Florian Philippot : "L'ultramajorité d'Emmanuel Macron à l'Assemblée peut ramener les électeurs aux urnes"
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
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Questions et réponses
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- 0:13OuverteRéponse directe
Qu'est-ce qui pourrait ramener au FN les électeurs perdus ?
- 1:23RelanceRéponse directe
Ces députés lanceurs d'alerte seraient très minoritaires, vous en convenez ?
- 2:42RelanceRéponse partielle
Vous ne m'avez pas répondu sur les déclarations des dirigeants du FN.
- 3:50OuverteRéponse directe
En 2012, les débats, on les aura surtout après. C'était triangulaire.
- 4:43FerméeRéponse directe
Politiquement, Jean-Marie Le Pen ne l'est pas. Vous le laisserez entrer ?
- 4:58FerméeRéponse directe
Avec la perspective que vous servez de bouc émissaire, vous le craignez ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 2:12Invité politiqueChiffre
« Ils ont fait 32% des voix dans un contexte de très très forte abstention, plus de 50% »
- 3:01Invité politiqueChiffre
« Nous avons réuni 10 600 000 ou 700 000 voix au second tour »
- 5:11Invité politiqueChiffre
« On a perdu 500 000 voix par rapport à 2012, mais les Républicains, 3 200 000, le Parti socialiste, 6 millions de voix en moins »
- 6:02Invité politiqueFait
« Nous avons une responsabilité, parce qu'aucun autre mouvement politique ne peut incarner cette opposition, cette alternative »
- 9:07Invité politiqueFait
« Évidemment qu'elle a le niveau pour être présidente de la République »
Temps de parole
- Florian Philippot71 %
- Présentateur29 %
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France Inter, point fr, il est 8h23, le 7h9, Patrick Cohen, sur France Inter. Bonjour Florian Philippot, vous êtes en duplex de Metz, qu'est-ce qui pourrait dimanche prochain ramener au Front National les électeurs perdus, ces millions d'électeurs de Marine Le Pen qui n'ont pas voté aux législatives, est-ce que vous trouvez que les déclarations publiques des dirigeants du Front National vont les y aider ?
Ce qui pourrait ramener les électeurs aux urnes, c'est une prise de conscience sur l'immense, l'ultra majorité que risque d'avoir le système Macron à l'Assemblée Nationale, majorité qui dépasserait largement la majorité absolue, qui serait donc parfaitement inutile et qui au contraire assécherait le débat démocratique, appauvrirait les discussions que nous pourrions avoir à l'Assemblée Nationale et je crois que cette prise de conscience peut amener des électeurs abstentionnistes du premier tour à se rendre aux urnes dimanche en souhaitant s'offrir des avocats, des représentants, des députés d'opposition qui auront une fonction d'opposition évidemment, d'alerte, de contrôle, d'alternative, de proposition, d'amendement.
Je crois que c'est cela l'enjeu et en tout cas moi je les appelle à se mobiliser largement parce que donner les pleins pouvoirs à M. Macron c'est très dangereux, surtout quand on connaît son projet pour la France.
Mais ces députés lanceurs d'alerte en quelque sorte seraient très minoritaires, j'imagine vous en convenez Florian Philippot, vous n'aurez au mieux que quelques sièges à l'Assemblée dimanche, loin de vos espérances passées ?
Ils seront de toute façon minoritaires, les choses sont maintenant absolument claires, mais vous savez au-delà de la fonction quantitative, on sait que des députés à l'Assemblée Nationale ont une caisse de résonance, ont une capacité de se faire entendre, de faire bouger les lignes, de faire émerger des débats nationaux qui peuvent ensuite prendre une tournure que le gouvernement n'avait pas prévue et qui peuvent déboucher sur des résultats qui sont beaucoup plus positifs que ceux qu'on attendait au départ. Donc il est absolument indispensable qu'il y ait une opposition, une vraie opposition.
Maintenant un problème structurel se pose tout de même, parce qu'au premier tour en marche ça fait certes évidemment un bon score, mais ils ont fait 32% des voix dans un contexte de très très forte abstention, plus de 50%, et ils risquent de se retrouver avec 80% des sièges à l'Assemblée Nationale. Est-ce qu'on peut appeler encore cela véritablement une démocratie ? Est-ce qu'il n'y a pas au bout d'un moment un mode de scrutin qui tord beaucoup trop la représentation nationale par rapport aux voix qui ont été exprimées dans les urnes ? Et c'est pour cela que nous militons pour la proportionnelle intégrale, corrigée par une prime majoritaire pour éviter évidemment l'instabilité.
Alors Florian Philippe, vous ne m'avez pas répondu sur les déclarations de la direction des dirigeants du Front National, cette ambiance de crise ou de règlement de compte qui semble poindre après le fiasco de la présidentielle ?
Fiasco, il y a pire comme fiasco malgré tout, puisque je rappelle que plusieurs grandes forces politiques n'étaient même pas qualifiées pour le second tour et que nous avons réuni 10 600 000 ou 700 000 voix au second tour, ce qui est quand même absolument historique et un record pour nous.
C'est vrai, mais crise ou règlement de compte, ça n'est pas vrai ?
Non, je trouve que ces mots-là sont très outranciers et que ce psychodrame est très artificiel. En réalité, il peut y avoir deux, trois débats, il n'y a rien de scandaleux, rien d'indigne, rien d'extraordinaire, rien d'ailleurs de problématique. Mais je crois que nous sommes d'abord et avant tout concentrés sur nos élections législatives. Nous avons encore 122 candidats en lice pour le second tour, c'est-à-dire deux fois plus qu'en 2012, on en avait 61 à l'époque et dans ces circonscriptions, aidés par les circonscriptions voisines où il n'y a plus de candidats, nous menons campagne comme je le fais, comme d'autres le font, en espérant bien l'emporter. C'est ça qui compte.
En 2012, les débats, on les aura surtout après. C'était triangulaire et là, sur des duels, c'est plus compliqué pour vous. Donc, la question, les questions, les débats en cours au Front National, ça va se régler le 20 juin en bureau politique, en présence de Jean-Marie Le Pen, qui a été rétabli par la justice comme président d'honneur du FN et qui compte se rendre au bureau politique. Vous le laisserez entrer, Florian Philippot ?
D'abord, c'est une décision de la présidente du mouvement, ce n'est pas une décision qui me revient. Vous savez, ce rétablissement, il n'est plus adhérent, et ça, ça a été confirmé par la justice, mais il a été exclu de son statut d'adhérent du Front National. Président d'honneur, juridiquement, pour une raison juridique un peu bizarre, comme si on pouvait l'être sans être adhérent, on n'a jamais très bien compris cette décision de justice.
Oui, mais les raisons bizarres, ça ne change pas la décision, Florian Philippot. Politiquement, il ne l'est pas. Bon, en tout cas, il compte se rendre au bureau politique, il l'a dit, et on ne sait pas si vous le laisserez rentrer. Avec la perspective que Florian Philippot, vous-même, serve de bouc émissaire à la situation du Front National ? Vous le craignez ?
Non, pas du tout, je ne crains rien de tout cela. Moi, je suis pour le débat, et y compris en interne dans nos instances. Vous savez, on a beaucoup de questions à voir. D'abord, il faut éviter la flagellation générale, ça n'a aucun sens. Certes, nous avons perdu des voix législatives, mais tout le monde, à part En Marche, évidemment, tout le monde a perdu des voix dans des proportions encore bien supérieures.
On a perdu 500 000 voix par rapport à 2012, mais les Républicains, 3 200 000, le Parti socialiste, 6 millions de voix en moins, donc on voit bien qu'En Marche a bousculé les forces politiques, et nous avons été beaucoup moins touchés par cela, parce que nous incarnons une alternative patriote qui doit maintenant se reconstruire. Moi, vous savez que je plaide pour une modernisation, pour un rassemblement très large des patriotes, au-delà des clivages de droite et de gauche aux gènes auxquels je ne crois absolument pas, absolument plus, et qui soit le professionnel, le plus professionnel possible.
Je crois que ce sont ces débats-là que nous devons avoir, en sachant, en ayant un esprit de responsabilité, en disant qu'il y a beaucoup d'électeurs, de françaises et de français qui nous regardent, et qui craignent les projets de Macron sur la hausse de la CSG, la fin du régime minier, la fin de certains régimes spéciaux, la loi de travail par ordonnance, la discrimination positive anti-républicaine, l'arrivée massive de migrants, etc., etc., et nous avons une responsabilité, parce qu'aucun autre mouvement politique ne peut incarner cette opposition, cette alternative.
Et sur le programme, sur le fond, vous avez peut-être entendu ce que disait Marine Le Pen hier sur Europe 1, dans le cadre de la campagne présidentielle, nous avons proposé un référendum sur l'euro, point, nous avons perdu cette élection présidentielle, fin de citation. Est-ce qu'elle a voulu dire que sur ce sujet, en quelque sorte, le peuple s'était prononcé ?
Non, ce qu'elle voulait dire, c'est que dans le cadre des élections législatives, nous n'avons pas, malheureusement, du fait que nous ne serons pas majoritaires, la possibilité de changer structurellement le cours des choses sur les grands choix politiques de la France. On sait bien que ce n'est pas avec nos députés que nous pourrons organiser ce référendum sur notre appartenance à l'Union européenne et d'autres questions fondamentales. Nous aurons un autre rôle. Mais ça, ce sont des questions qui pouvaient structurellement se régler, être tranchées par l'élection présidentielle, mais les débats reviendront, parce que de toute façon, rien n'est réglé sur le fond.
Moi, je vois l'attitude de la Commission européenne très méprisante, qui vient encore de sanctionner, qui veut sanctionner les pays parce qu'ils n'accueillent pas suffisamment de migrants, qui veut imposer, continuer d'imposer l'austérité sur les salaires, sur les retraites, sur les services publics, qui tord la Grèce comme pas possible. Donc, on voit que structurellement, rien n'est réglé. Mais ces débats-là, nous devrons, la nation française devra se les reposer rapidement, le plus rapidement possible, parce qu'ils sont cruciaux.
En attendant, un débat d'ici au second tour, ce Front National qui se fracture avec des candidats FN éliminés dans le Nord qui appellent à voter pour la France insoumise, et d'autres dans le Sud qui appellent à voter pour la droite. Qui a raison, Florian Philippot ?
Tous les plans de déconfiguration, vous savez, moi je ne suis pas choqué qu'on appelle à voter pour quelqu'un qui s'opposera au fait qu'il y ait 500 députés de Macron. Il faut regarder le contexte local, il faut regarder la qualité du candidat. S'il s'agit sur un sujet d'éviter qu'on ait un 500ème député de Macron qui votera la loi travail par ordonnance, une loi de précarisation absolument terrible, je veux dire, pourquoi pas ? Là où partout il y a un candidat Front National encore en lice, évidemment qu'il faut voter pour lui. Pour le reste, il y a beaucoup d'électeurs qui voteront blanc ou qui voteront ce qu'ils veulent. La consigne générale, nationale, c'est la liberté, vous le savez.
Nous n'avons pas l'habitude de donner des consignes, mais localement, je ne suis pas choqué qu'on puisse avoir une ou deux attitudes un peu différentes.
Donc les uns et les autres sont légitimes à appeler ou pour un candidat de Mélenchon ou un candidat du Parti des Républicains ?
Tout simplement parce que localement, les duels ne sont pas les mêmes. Vous pouvez avoir En Marche face à France Insoumise ou En Marche face aux Républicains à un autre endroit. Bon, je crois que ce sont des questions qui peuvent se regarder et qui ne peuvent se regarder que localement.
Une question enfin, Florian Philippot, avant la revue de presse. Question que se posent beaucoup de vos électeurs ou de vos anciens électeurs depuis quelques semaines. Marine Le Pen, elle a le niveau pour être présidente de la République ?
Évidemment qu'elle a le niveau pour être présidente de la République. Je ne suis pas certain d'ailleurs que ce soit une question qui se pose, comme vous le dites, beaucoup de nos électeurs. De vos anciens électeurs. Marine Le Pen a d'ailleurs brillamment réussi déjà son premier tour dans sa circonscription et je suis persuadé qu'elle l'emportera largement au second tour. Oui, bien sûr, vous savez, ce qui compte en politique, ce sont d'abord et avant tout les convictions. Et Marine Le Pen n'en manque pas. Je crois qu'elle l'a démontré dans son combat politique qui n'a pas toujours été facile, contre vents et marées. Et pourtant, elle le fait. Et nous le faisons avec elle.
Et évidemment que notre présidente a le niveau.
Vous êtes sûr qu'aucun des téléspectateurs du débat de l'entre-deux-tours ne s'est posé cette question ? Florian Philippot, est-ce qu'elle a le niveau ?
Non mais je pense, si vous faites référence à ce débat, vous savez que Marine Le Pen elle-même a reconnu sur une grande chaîne de télévision, à une heure de grande écoute, ce qui est quand même assez courageux et assez rare en politique, vous vous en conviendrez, qu'elle aurait pu faire autrement. Voilà, ce qu'on appelle un mea culpa. Ce n'est pas très violent. Elle a dit qu'elle avait péché par entusiasme. C'est rare en politique.
Florian Philippot, on vous retrouve dans quelques minutes avec les appels des auditeurs de France Inter. Il est 8h33.
Florian Philippot