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interviewRMC — Face à Face (sur Podcast)· 3 juillet 2023 25 min

Face-à-Face : Vincent Jeanbrun - 03/07

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Vous écoutez RMC RMC jusqu'à 9h Apolline Matin Face à face Apolline de Malherbe

0:12
Vincent Jeanbrun

Il est 8h30 et vous êtes bien sur RMC et BFM TV Bonjour Vincent Jambrun Bonjour Merci de prendre le temps de venir ce matin dans ce contexte si particulier venir raconter ce qui s'est passé dans votre ville donner aussi votre regard sur ces émeutes depuis 5 jours Vous êtes le maire de La Île-et-Rose La Île-et-Rose c'est dans la banlieue sud de Paris 30 000 habitants c'est la ville où vous avez grandi c'est votre deuxième mandat vous êtes maire LR et dans la nuit de samedi à dimanche à 1h30 du matin votre domicile a été attaqué est-ce que vous pouvez nous raconter ce qui s'est passé d'abord ?

0:52
Locuteur non identifié

Effectivement après quelques jours d'émeutes des criminels parce qu'il n'y a pas d'autre mot ont attaqué ma maison avec une voiture bélier une voiture qu'ils ont visiblement volée donc ça montre une vraie préméditation cette voiture a défoncé le portail de la maison ce qui d'ailleurs va provoquer un bruit qui réveillera ma femme et mes enfants le véhicule est fort heureusement arrêté par une grande descente d'escalier en pierre qui est juste devant la maison ce qui oblige ces assassins à sortir du véhicule ils y mettent le feu avec ce qu'on appelle un accélérateur finalement de l'essence d'une certaine manière ils commencent à asperger également mon véhicule qui est juste à côté et un vélo et des abris vélo qui sont à côté et ce qui est presque le plus choquant c'est que c'est pas que la maison qu'ils ont attaqué puisqu'en fait à partir du moment où la lumière s'allume à l'intérieur de la maison puisque ma femme est réveillée ils continuent ils continuent à essayer de ramener le feu jusqu'à la maison en prenant les conteneurs de poubelle qui se trouvent là en faisant un espèce de chemin de conteneurs de poubelle jusqu'à la véranda en prenant un olivier en pot alors que je suis sûr puisqu'il était tout ouvert à le coller à la véranda tout ça pour vraiment que le feu de la voiture aille jusqu'à la maison pour faire un chemin pour le feu alors qu'ils voient qu'il y a de la lumière à l'intérieur et même avec la lumière ils commencent à faire des tirs de mortier

2:14
Vincent Jeanbrun

en direction de la maison

2:16
Locuteur non identifié

des tirs de mortier qui certains passeront d'ailleurs au-dessus de la maison et donneront l'impression à ma femme qui à ce moment-là met des chaussures aux enfants en leur disant on s'enfuit on s'enfuit et elle part à l'arrière

2:27
Vincent Jeanbrun

vos enfants de 5 et 7 ans

2:29
Locuteur non identifié

oui ma petite fille de 5 ans et mon petit garçon qui aura bientôt 8 ans tout à fait

2:35
Vincent Jeanbrun

elle les emmène elle sort de la maison

2:38
Locuteur non identifié

elle sort de la maison dans la précipitation elle-même elle est pieds nus ils courent dans le jardin il faut imaginer la scène le noir total avec juste une espèce de lumière rouge immense qui est à l'avant de la maison puisque les agresseurs avaient des espèces de fusées de détresse vous savez rouge et donc c'est ce que mon fils m'a répété 10 fois il y a cette lumière rouge c'était tout rouge c'était tout rouge et donc ils arrivent au bout du jardin ça faisait plusieurs jours qu'on discutait de risques éventuels et c'est ce qui fait que la nuit précédente vendredi et samedi ma femme et mes enfants n'aient pas dormi à la maison ma femme avait eu l'idée de dire si jamais il faut qu'on s'enfuit on met un escabeau au fond du jardin le long du monde des voisins et j'avais presque trouvé ça excessif en fait elle a eu tellement raison et de fait dans la précipitation sous le tir des mortiers qui passe au dessus de la maison elle a le courage la bravoure on peut le dire de prendre les enfants de les faire passer de l'autre côté du mur puis les enfants passaient de l'autre côté dans la panique crient elle se précipite encore plus et effectivement elle va chuter de l'autre côté du mur ce qui fait que elle s'est brisée le genou et elle a été donc opérée hier et l'opération s'est bien passée et de fait voilà ils sont de l'autre côté du mur ça continue à canarder il y a des cris de partout les voisins se réveillent on entend hurler de tous les côtés et effectivement vous imaginez le traumatisme que ça comment il va

4:16
Présentateur

ce matin comment va votre femme comment vont vos enfants

4:19
Locuteur non identifié

ma femme il y a juste quelques instants au téléphone là elle est réveillée son opération s'est bien passée personne opérait physiquement meurtrie mais ça à la limite c'est pas le plus grave en revanche vous imaginez vous imaginez psychologiquement ce que ça implique pour nos enfants également parce qu'il y a des questions du type est-ce qu'ils vont revenir est-ce qu'on pourra habiter encore à la maison mais pourquoi pourquoi ils nous en voulaient à nous etc en vous disant tout ça je peux pas m'empêcher de me dire que c'est la fonction que j'occupe c'est les prises d'opposition que j'ai eues en considérant que non on n'allait pas laisser brûler les équipements municipaux qu'on n'allait pas laisser brûler les toits de ville et c'est vrai que je l'ai dit je l'ai affirmé j'ai voulu dire on tiendra on résistera et j'ai l'impression que c'est ça qu'il y a des plus c'est ça qui fait que des fous furieux sont venus incendier ma maison essayer d'attenter à nos vies et vous imaginez bien que qu'on est tous très affectés

5:26
Vincent Jeanbrun

Vincent Jambrun vous faites un lien direct entre ce qui s'est passé effectivement à votre domicile et ce qui s'était passé les jours qui ont précédé je voudrais qu'on y revienne votre mairie votre ville je le disais 30 000 habitants vous y avez grandi c'est une ville de la banlieue sud de Paris plutôt calme habituellement et depuis le début vraiment depuis le premier jour où ça s'est embrasé dans le pays à la île est rose votre mairie a été ciblée au point que vous avez été obligé ensuite de la protéger comment ça s'est passé ça a été crescendo

5:59
Locuteur non identifié

la première nuit il y a des émeutiers un petit peu partout en tout cas des rassemblements mettre le feu à des poubelles mettre les feux à des voitures mais le gros la vraie violence la casse complètement démesurée elle se fait dans un des quartiers politiques de la ville qui effectivement de temps en temps avait quelques feux de poubelle au moment du 14 juillet ou de la Saint-Civest et là effectivement on assiste à autre chose puisque l'accès au quartier est coupé par des barrages des checkpoints ils ont été jusqu'à déceler des pierres immenses qui servent à empêcher de garer les voitures vous savez sur les pelouses donc pour bloquer l'accès aux pompiers et aux forces de l'ordre et et ils vont jusqu'à cette première nuit incendier un relais mairie ce qui pour moi est une pure folie puisque le relais mairie c'est le service public de proximité où on aide leurs parents leurs familles à faire le calcul les quotients familiales à faire toutes les démarches et on distribue les bons alimentaires bref c'est vraiment le service public de proximité qui fait qu'on tire vers le haut aussi les quartiers et c'est la première chose qu'ils ont ciblé je salue d'ailleurs le courage du directeur de l'école qui habite juste en face et quand quelques émeutiers ont essayé de se rapprocher de l'école il a eu le courage de descendre d'aller au contact de leur dire ne faites pas ça c'est une école etc il a détourné les émeutiers de l'école ça c'est la première nuit je résume puisque évidemment il y a eu plein d'autres actes terribles il y a eu des garages de pavillons incendiés juste en face il y a eu des choses quand même terribles cette première nuit elle surprend tout le monde vous ?

oui puisque je n'aurais jamais imaginé qu'on brûle un équipement public quelle que soit la cause en fait il y a des tags absolument partout il y a de la colère il y a de la menace et déjà ce jour là pour la première fois il y a marqué la police la mairie on va vous cramer et ça c'est du jamais vu en fait jamais j'avais vu la mairie il y a souvent eu dans cette cité des attaques contre la police mais jamais contre l'institution municipale cette nuit là on n'était pas préparé ni des polices municipales ni des polices nationales enfin c'était mais ça aurait dû servir instantanément de leçon parce que ce qu'on a vécu le lendemain c'était de la folie complète il y avait quasiment entre 180 et 200 personnes sur la ville mais il y avait un bloc un noyau dur d'à peu près 80 personnes qui lui s'est organisé c'est structuré avec des éclaireurs en scooter qui allaient d'un point A à un point B pour savoir si la route s'était dégagée

8:30
Vincent Jeanbrun

il y avait une stratégie

8:31
Locuteur non identifié

il y avait clairement une stratégie ça se voit aux images de caméras de vidéoprotection vous même à ce moment là

8:35
Vincent Jeanbrun

vous êtes en situation de crise dans la mairie

8:37
Locuteur non identifié

à ce moment là au poste de police municipale effectivement au pied de la mairie et on regarde évoluer un gang en fait on a presque l'impression que c'est une milice dans une guérilla urbaine avec je dirais l'infanterie qui était armée de barres à mines il y avait quelques piolets il y avait une hache dont d'ailleurs ils sont servis pour abattre des arbres pour les mettre dans le feu bon c'est pas très malin parce que des arbres verts dans le feu c'était pas franchement un combustible idéal mais il y avait je vous dis piolets, barres à mines etc vous aviez visiblement des véhicules qui les réapprovisionnaient en mortier et puis il y avait les airs artificiers avec des types qui avaient des bouteilles prêtes à l'emploi de cocktails Molotov dans le sac à dos et ils s'organisaient donc c'était très structuré et des tout petits qui étaient à l'arrière pour monter des barrages

9:25
Vincent Jeanbrun

on vous dit des tout petits on a parlé de jeunes de 11, 12, 13, 14 ans c'est à peu près stage-là

9:30
Locuteur non identifié

c'est ça en tout cas on voit qu'ils sont plus petits que les autres ils sont à l'arrière et eux ils sont chargés de mettre plein de choses sur la route pour empêcher force de l'ordre aux pompiers de passer derrière eux

9:38
Vincent Jeanbrun

ce que vous nous racontez c'est un véritable plan de bataille

9:40
Locuteur non identifié

c'est comme ça qu'on l'a vécu et là on se dit on n'est pas préparé et je dois vous dire que j'ai une immense fierté en tant que maire d'avoir la chance d'avoir des policiers municipaux de la qualité que ceux que nous avons à la île est rose qui ont été pour moi héroïques puisqu'ils ont été au-delà de tout ce qu'on est en droit légitimement de leur demander ils se sont mis de manière raisonnable mais en risque au sens où ils ont été défendre tous les équipements publics qui étaient sur le chemin la bibliothèque qui essuyait des tirs de mortier dans un premier temps la halle de marché qui a été attaquée pour le coup les émeutiers ont brisé les premières vitres ont aspergé la halle d'essence la police municipale arrive à les disperser et à ce moment-là si vous voulez j'ai en tout et pour tout pour défendre le marché la mairie les commerces du centre-ville 7 policiers municipaux

10:28
Vincent Jeanbrun

7 policiers municipaux

10:29
Locuteur non identifié

face à cette grosse centaine

10:32
Vincent Jeanbrun

les 80 noyaux durs disiez-vous et tout ce qui tourne autour

10:37
Locuteur non identifié

et c'est vrai que la police nationale était mobilisée elle pour défendre le commissariat qui était également attaqué le commissariat de police nationale mais de fait on manquait terriblement d'effectifs sur le terrain et à 7 ils ont réussi parce qu'ils sont bien équipés bien formés parce qu'ils sont extrêmement courageux à protéger en tout cas empêcher l'incendie de la halle ce premier soir-là la mairie aussi est victime d'attaque on voit les images ils brisent les vitres du hall de la mairie ils saccagent un tout petit peu le hall même si on arrive à les en faire sortir très rapidement par dépit ils vont dans le centre-ville ils brisent toutes les vitrines du centre-ville et particulièrement les agences immobilières et ce qui est fou c'est qu'ils brisent les vitrines ils rentrent dedans et il n'y a pas ils ne volent pas il y a des ordinateurs portables ils ne volent pas ils détruisent il y a de la haine il y a une espèce de folie meurtrière qui est complètement dingue ils arrachent ils détruisent ils cassent tout et puis ils continuent ils attaquent le commissariat de police nationale et puis la police nationale les fait reculer donc ils remontent ils refontent le parcours à l'envers et pareil re-combat etc ça dure ça dure des heures interminables et rien que devant la mairie nos policiers municipaux vont les tenir pendant au total avec les allers les retours c'est 40 minutes de combat incessant et vraiment bravo à eux

11:56
Vincent Jeanbrun

c'est un siège quasiment

11:58
Locuteur non identifié

en mairie on a vécu un état de siège vous savez nos je précise

12:03
Vincent Jeanbrun

pour ceux qui nous écoutent à la radio Vincent Jambrun que vous mettez régulièrement votre main sur le torse on a presque l'impression que c'est pour vérifier que tout ça est réel j'ai l'impression d'avoir face à moi quelqu'un qui se réveille en se disant mais est-ce que tout cela est bien réel

12:17
Locuteur non identifié

c'était un sacré cauchemar je vous confirme on n'a pas envie qu'il revienne oui on a vécu un état de siège absolument en fait ils nous ont tiré dessus avec des cocktails Molotov ils nous aspergeaient enfin nous pardon je dis nous c'est évidemment les policiers municipaux mais ils les ont aspergés d'essence en fait ils jetaient des bidons d'essence de 4-8 litres vous savez les tout petits ils ne voulaient pas juste casser des bâtiments ils voulaient tuer du flic et c'est inentendable il n'y a pas de mot pour expliquer ça

12:53
Vincent Jeanbrun

ils voulaient tuer le mot est dit il n'est pas dit que par vous il est dit aussi par l'enquête qui a été ouverte notamment après si c'est passé à votre domicile le mot d'assassinat tentative d'assassinat a été prononcé vous utilisez aussi le mot de criminel est-ce que vous savez qui ils sont ?

13:11
Locuteur non identifié

concernant mon domicile l'enquête est en cours et j'espère sincèrement qu'on les retrouvera le ministre de l'intérieur hier m'a assuré que tous les moyens seraient mis en place pour qu'ils répondent de leurs actes mais j'ai la certitude qu'ils font partie des gangs des premiers jours puisque vraiment même mode opératoire la voiture brûlée le même type d'accélérateur pour que le feu se propage plus vite les mêmes mortiers d'artificiers comment dire les mêmes feu de détresse comme vous disiez etc donc tout ça c'est ce qu'on a vécu pendant toutes les modes et après ce qui est fou c'est que et là c'est dur en tant que maire mais c'est dur aussi en tant qu'enfant des quartiers HLM de la ville sur les images de caméras de vidéosurveillance on voit en fait que les groupements se font au pied des quartiers c'est pas un afflux massif qui viendrait d'autres villes

14:01
Vincent Jeanbrun

il n'y a pas qu'un point de ralliement il y a des points de ralliement avec la volonté d'aller en découdre

14:05
Locuteur non identifié

exactement

14:05
Vincent Jeanbrun

et ils viennent effectivement de chez vous ce que vous voulez dire c'est que ce qui s'est passé à la île est rose ce sont des jeunes de la île est rose

14:11
Locuteur non identifié

tout indique que c'est le cas et objectivement ça me fait le coeur de le dire parce que encore une fois moi j'ai grandi dans des quartiers comme ça à la île est rose dans des grands ensembles de bars de tours et on était modeste et on n'avait pas grand chose mais on avait envie de s'en sortir on avait de l'espoir on y croyait on se serrait les coudes il y a toujours eu des trafics dans les quartiers moi je les ai connus il y avait toujours un dealer au pied de la tour qui ouvrait la porte aux mamans qui ramenaient leurs courses ça ne fait pas lui un symptôme mais je veux dire il y avait un respect pour ses voisins et tout ça a totalement disparu je le disais chez vos confrères hier soir c'est même au sein d'une même famille en fait l'autorité des parents a chuté considérablement à l'école on ne respecte plus le professeur c'est cette jeunesse là cette petite partie de la jeunesse parce qu'il faut rappeler que c'est une toute petite partie mais oui je comprends une dame hier qui me disait ils sont perdus pour la république c'est sûr c'est qu'aujourd'hui ils ne comprennent même plus ce que c'est que la république ça me fait penser à ce très beau texte de Victor Hugo qui a beaucoup tourné ces derniers jours sur internet c'est à qui la faute vous savez c'est un intellectuel qui dit un révolutionnaire qui a une torche à la main devant une bibliothèque mais tu ne peux pas brûler une bibliothèque les livres c'est merveilleux les livres c'est la liberté c'est l'émancipation c'est ce qui va toi pauvre te libérer et à la fin le type lui dit mais moi je ne sais pas lire donc il ne comprend pas il ne comprend même pas de quoi on lui parle et en fait ces jeunes là quand on leur parle république ils ne comprennent même pas ce qu'on met derrière comme mot en fait il y a presque un problème de vocabulaire de concept et donc on a un défi gigantesque le sursaut dont je parle depuis quelques jours il est là dessus c'est comment on accepte nous de redéfinir des éléments fondamentaux qu'on prend pour acquis qu'est-ce que c'est la république qu'est-ce que c'est la démocratie qu'est-ce que c'est la liberté qu'est-ce que c'est l'égalité et l'égalité et la fraternité ça ne peut pas être la somme de toutes les individualités chacun fait ce qu'il veut etc non il y a un vivre ensemble ce vivre ensemble il nécessite des concessions il nécessite qu'on travaille ensemble et il nécessite qu'on dise à la jeunesse il y a un ordre républicain il y a des lois et il y a de l'autorité et ce n'est pas des vilains mots et c'est parce qu'il y a tout ça qu'on peut ensuite avoir de la liberté de l'égalité

16:17
Vincent Jeanbrun

vous avez dit Vincent Jambrin chez nous il n'y a plus de commerce plus de service public plus de mixité il faut remettre debout la république mais en fait si je vous écoute ce n'est même pas la remettre debout c'est la recréer on a l'impression qu'on repart de zéro

16:29
Locuteur non identifié

il y a quelques jours je ne vous aurais pas dit ça aujourd'hui je vous le dis oui je crois que dans certains quartiers auprès de certains habitants de notre pays la république n'est plus c'est pas que vous savez parfois il y a une guerre on se dit ça fonctionne comme ça mais je ne suis pas totalement d'accord ou carrément j'y suis opposé là ce n'est pas le sujet je ne comprends même pas de quoi tu me parles je ne sais pas ce que c'est que la république aujourd'hui de France puisque moi j'ai toujours grandi au pied de ma tour dans mon quartier avec énormément de violence le sentiment d'être laissé à l'abandon attention je ne l'excuse pas je dis juste que ils ne comprennent pas les concepts qu'on emploie nous et ça c'est terrifiant et c'est des jeunes qui ont pourtant été à l'école mais qui ont un peu traversé les classes parce que maintenant on ne redouble plus donc finalement même un élève qui ne suit pas ce n'est pas grave il passe de classe en classe bon il ne maîtrisera pas très bien les savoirs fondamentaux mais ce n'est pas grave il avance parce qu'il est interdit maintenant d'interdire on ne peut plus sanctionner un mauvais comportement réellement j'ai des gamins qui ont frappé des directrices d'école sur la commune pas de vagues surtout pas de vagues et le gamin il n'est même pas exclu une semaine le père du gamin qui vient cracher sur la directrice en lui disant tu n'as pas touché à mon enfant

17:40
Vincent Jeanbrun

ça s'est passé oui ça s'est passé

17:42
Locuteur non identifié

bien sûr et c'est aussi pour ça que même le concept de laïcité qui est un concept qui me tient énormément à coeur qui pour moi est une des conditions fondamentales du vivre ensemble il est complètement abîmé parce qu'on n'est pas capable de le défendre et pas capable de le définir clairement

17:55
Vincent Jeanbrun

est-ce que c'est parce que vous manquez d'outils c'est-à-dire que quand vous racontez cette scène on comprend bien que pour vous tout est lié que ce qui arrive aujourd'hui n'est finalement que l'explosion de ce qui était de ce qui couvait en réalité depuis quelque temps quand vous racontez cette scène quand vous racontez cette directrice d'école qui est menacée l'enfant qui est censé être exclu qu'il est à moitié le père qui vient qui crache sur la directrice qu'est-ce qui vous a manqué dans ces moments-là dans tous ces moments qui ont jalonné une sorte de défaite ?

18:29
Locuteur non identifié

Alors d'abord on peut pas tout mais typiquement dans ce cas-là c'est l'éducation nationale qui avait ce fameux slogan interne pas de vague et c'est là où l'autorité de l'État n'est plus moi j'ai mis en place au niveau de la police municipale le fait vous savez de convoquer des jeunes qui clairement ont fait une bêtise mais qui n'ont pas été dans un délit ou un acte de délinquance grave et certains me disaient franchement tu vas les convoquer c'est un peu comme si tu les convoquais dans le bureau du directeur ça va pas changer grand chose je peux vous assurer que ça change quand on convoque ces jeunes-là d'ailleurs on voit s'ils viennent pas déjà c'est un signe que c'est bien plus grave que ça mais s'ils viennent ils viennent avec leurs parents beaucoup de parents s'excusent beaucoup de parents prennent conscience qu'ils doivent être plus présents dans ces entretiens c'est des choses qu'on doit pouvoir faire aujourd'hui on convoque plus dans le bureau du directeur d'école aujourd'hui on convoque plus dans le bureau du principal et encore moins du proviseur parce que la société et là je parle vraiment la société dans son ensemble au niveau de l'état a considéré à un moment donné que l'autorité c'était un vilain mot que l'autorité l'ordre c'était des vilain mots c'est ringard mais c'est ce qui nous manque le plus aujourd'hui et l'autorité encore une fois c'est vrai pour un parent vis-à-vis de ses enfants et on ne parle pas d'autoritarisme on ne parle pas de violence on parle juste de il y a des règles elles doivent être respectées

19:42
Vincent Jeanbrun

est-ce que vous estimez comme Emmanuel Macron je voudrais qu'on l'écoute un instant que la responsabilité elle vient aussi des parents écoutez

19:49
Présentateur

les tiers des interpellés de la dernière nuit sont des jeunes parfois des très jeunes c'est la responsabilité des parents de les garder au domicile et donc il est important pour la quiétude de tous que la responsabilité parentale puisse pleinement s'exercer et j'en appelle au sens de la responsabilité des mères et des pères de famille la République n'a pas vocation à se substituer à eux

20:09
Vincent Jeanbrun

alors j'entendais ce matin il y avait une responsable d'association des mères des mères des mamans je veux dire vous êtes mère des mamans qui ont monté des associations pour tenter d'aller parler à leurs enfants et elle réagissait à cette phrase d'Emmanuel Macron en disant bon il n'a pas tort bien sûr et on ne se défausse pas de nos responsabilités mais elle estimait que c'était une manière de rejeter la faute sur eux les parents alors que disait-elle moi mes enfants par exemple moi je suis une mère qui a deux jobs je pars le matin je reviens très tard le soir et mon fils de 16 ans n'a pas de place à l'école parce qu'il n'y a plus de place ou alors il y a une place tellement loin que de toute façon je ne peux pas le gérer vous entendez quel discours quelle partie celle d'Emmanuel Macron ou celle de cette maman

20:48
Locuteur non identifié

il faut tout entendre d'abord parce que évidemment que les parents ont une immense responsabilité et j'ai même envie de vous dire au-delà des parents chacune et chacun d'entre nous nous sommes citoyens de la république française si on redéfinit bien la république c'est qu'on la choisit c'est qu'à un moment donné on se dit c'est un bien commun qu'il faut défendre et partager et donc chacun à sa part à chacun son niveau en disant bonjour quand on rentre dans un magasin en laissant traverser la rue et en remerciant la personne qui vous laisse traverser c'est des petits gestes du quotidien déjà

21:18
Vincent Jeanbrun

ce que vous disiez sur ces dealers quand vous étiez enfant qui malgré tout tenaient la porte

21:23
Locuteur non identifié

c'est la base du vivre ensemble et puis derrière il y a effectivement l'autorité parentale il y a beaucoup de parents qui ont laissé tomber il y a des parents qui parfois même eux-mêmes avaient été délinquants il y a quelques années ou en tout cas faisaient la petite délinquance donc ils sont dans un laissé-aller total de leurs enfants c'est possible ceux-là il faut les réactiver mais derrière ce qu'a dit Emmanuel Macron d'abord c'était quand même pas vraiment le bon timing parce que nous on était en train de vivre des scènes de guérilla sur le terrain et effectivement la réponse c'est attention les parents prenez un peu soin de vos enfants c'était quand même pas tout à fait le niveau qu'on attendait quand on était sur le terrain mais bien sûr qu'il faut que les parents soient restés

22:04
Vincent Jeanbrun

au début on l'a bien entendu là vous êtes dans une émotion immense parce qu'il y a effectivement ce stade qui a été franchi avec votre femme vos enfants votre domicile qui ont été clairement ciblés par des assassins mais Vincent Jambrun au début de ces émeutes vous avez estimé que l'état avait failli

22:20
Locuteur non identifié

ah mais oui moi je réclamais un état d'urgence ou en tout cas un état hors du commun puisque ce qu'on vivait était hors du commun pour avoir des moyens supplémentaires moyens humains moyens juridiques on n'avait plus de munitions l'état d'urgence aurait permis de réquisitionner des munitions

22:33
Vincent Jeanbrun

vous n'aviez plus de munitions ça c'est revonté de plusieurs commissariats qui disaient nous n'avons plus de munitions

22:38
Locuteur non identifié

les commissariats de police nationale étaient arrivés au bout les polices municipales 80 cartouches de flashball le soir où la mairie est attaquée c'est à dire 100% du stock qui était à notre disposition donc tout ça moi le lendemain je me dis bon est-ce que je prends un arrêté de couvre-feu et je me dis non le président de la république va parler à 14h avec les scènes qu'on a vécues la nuit précédente il ne peut pas ne pas annoncer quelque chose donc je vais laisser la démarche nationale se faire et on a eu droit à bon il faut que les parents se responsabilisent et puis attention les jeux vidéo c'est pas bien non c'était pas au niveau à ce moment-là par rapport à ce que nous on vivait sur le terrain et en l'occurrence qu'au moins toute cette crise nous serve de leçon et que la prochaine fois on ait les outils et juridiques et matériels et humains à déclencher instantanément si ça devait recommencer parce que la vérité c'est que quand bien même ça s'apaise actuellement quand bien même les forces de l'ordre font un travail extraordinaire d'interpellation d'enquête etc et je voudrais encore une fois les saluer et les remercier du fond du coeur on a un enjeu c'est que les ingrédients de départ ils sont toujours là ça fait plusieurs années maintenant que tout l'été on a des tirs de mortier tous les soirs dans les cités qui empêchent les gens de dormir qui les rendent fous qui les poussent certains à faire des bêtises à essayer de se faire justice eux-mêmes etc et on est impuissant été après été donc c'est aussi ça qui montre que finalement l'impunité est là donc ça c'était pas au niveau il faut aller plus loin et objectivement l'état également doit aller beaucoup plus loin les budgets politiques de la ville ont beaucoup baissé et dans des endroits qui n'ont pas de sens j'ai la chance dans les quartiers plus difficiles où tout a commencé d'avoir ce qu'on appelle un programme de réussite éducative en plus de l'école on fait de l'ado-devoir on a des orthophonistes qui accompagnent les enfants les plus en difficulté on a des psychologues etc ça l'état a payé 60% nous 40 quand on a commencé ça s'est inversé aujourd'hui et l'état continue à se désengager

24:31
Vincent Jeanbrun

et donc vous avez besoin de moyens vous avez besoin que ce travail de fond soit fait en attendant il s'agit d'abord déjà de reconstruire au minimum et tenter de maintenir l'ordre il y aura ce rassemblement auquel vous appelez d'abord un rassemblement à la île et rose chez vous ça se sera à 15h pour soutenir les maires et la police et puis devant toutes les mairies de France aujourd'hui à midi merci d'avoir pris le temps ce matin Vincent Jambrun de revenir sur ce qu'il vous est arrivé et sur votre regard aussi sur ces émeutes je rappelle que vous êtes le maire de la île et rose il est 8h54 sur RMC merci

Face-à-Face : Vincent Jeanbrun - 03/07 — Vincent Jeanbrun · Pourquijevote