J-2 : rien n'est encore joué... #cdanslair 05.07.2024
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 15 %Attaque 35 %Défensif 50 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 1:28OuverteRéponse directe
Quels sont les principaux événements et déclarations de la journée ?
- 4:11OuverteRéponse directe
Dans quel état d'esprit se trouve E.Macron ? Qui est autour de lui ?
- 5:33OuverteRéponse directe
E.Macron va boire le champagne pour l'anniversaire de R.Ferrand. Il est loin de la réalité ?
- 7:03OuverteRéponse directe
Comment E.Macron s'en sort-il ?
- 7:44RelanceRéponse directe
Comment E.Macron s'en sort-il ?
- 9:53OuverteRéponse directe
E.Macron voulait gommer les partis en décidant de dissoudre et il a fait réapparaître de manière brutale un clivage.
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 2:50?Fait
« -51 candidats et suppléants ont été agressés. »
- 4:11C.CornudetFait
« Ce qui me frappe, c'est l'extrême sévérité des macronistes sur le président depuis la dissolution. Comme s'ils n'avaient pas compris pourquoi il avait pris cette décision et qu'il y avait presque un malin plaisir à les dissoudre eux-mêmes. »
- 4:51C.CornudetFait
« Il nous montre ses troupes à terre. 3 semaines après sa dissolution, c'est un peu comme ça... La rupture est vraiment consommée avec des personnalités qui étaient vraiment liées au président, comme G.Attal. »
- 6:18I.TrippenbachFait
« Dans les premiers temps après la dissolution, il y a eu énormément de colère. On parle même de haine au sein de son propre camp. »
- 7:44J.FourquetFait
« A Verdun ou en Ukraine, on sait que si on n'est pas trop mauvais, on peut renvoyer une grenade qui vous a été lancée. C'est sans doute ce qu'il s'est passé. »
- 8:25J.FourquetFait
« Le Nouveau Front populaire est plus présent que Renaissance. Au total, cette majorité va se retrouver avec des effectifs très réduits par rapport à ceux qui prévalaient il y a 3 semaines, quand le président a décidé de dissoudre pour, soi-disant, sortir d'une impasse politique. »
- 9:10J.FourquetChiffre
« Il manquait juste 40 sièges pour la majorité. Au mieux, là, il va manquer une centaine de sièges au président de la République. »
- 9:53J.FourquetFait
« E.Philippe a dit dans une interview que le président avait dissous la majorité présidentielle. On est déjà dans le jour d'après pour la Macronie. »
- 10:34M.LazarFait
« Il avait dit que grâce à lui, les extrémismes reculeraient. Résultat: on voit un parti, le RN et un allié, E.Ciotti... Il a réussi à détruire Les Républicains. »
- 11:08M.LazarFait
« Cette gauche qu'il pensait envoyer aux oubliettes de l'histoire. Cette gauche se reconstitue autour de cette alliance qui, d'après moi, est une alliance électorale. »
- 11:53M.LazarFait
« On a La France insoumise et les autres partis. Le PS retrouve une nouvelle phase. Il ne faut jamais oublier que le PS, dans son histoire, a toujours eu des possibilités de se reconstituer sur 2 ensembles: le corps enseignant et la fonction publique. »
- 12:37M.LazarFait
« Le projet originel et cette grenade qui revient sur E.Macron... E.Macron n'a jamais voulu construire véritablement son parti. »
- 15:09J.FourquetFait
« On avait déjà la crainte de ce scénario pour le 1er tour. Il ne s'est fort heureusement rien passé. »
- 15:52?Fait
« J.Bardella avait un discours de quasi-Premier ministre. Quelques jours plus tard, les sondages ne sont plus aussi favorables pour le RN. »
- 18:00J.-L.MélenchonFait
« Une élection aussi dangereuse n'est pas le moment de régler des comptes personnels. Lui, en particulier, se met en danger. »
- 18:45J.BardellaFait
« Nos candidats investis partout en France sont des candidats de très grande qualité. Ce sont des hauts fonctionnaires, des chefs d'entreprise, des mères de famille, des jeunes, des retraités... On ne les entend pas car le focus médiatique depuis 5 jours est mis sur ces 5 candidats que j'ai moi-même mis à la porte. »
- 20:51J.FourquetFait
« On a des précédents qui nous ont marqués... C'était aux élections régionales de 2015 dans les Hauts-de-France, qui est pourtant un bastion du RN et en PACA, où le front républicain avait été mis en place. »
- 22:13?Fait
« F.Ruffin Est dans une posture plus difficile qu'attendu dans la Somme pour sa réélection. Il est arrivé 2e derrière le RN au 1er tour. Il a plus de 3000 voix de retard. »
- 24:59M.LazarFait
« Il va y avoir la nécessité de regarder quel est l'équilibre des forces entre LFI, le PS, Les Ecologistes et le Parti communiste. »
- 26:21M.LazarFait
« C'est historique en France, l'aspiration à l'unité de la gauche. C'est peut-être utopique, mais c'est une grosse aspiration pour les électeurs de gauche. »
- 27:05C.CornudetFait
« On sent que dans cette élection se joue peut-être un nouveau rapport de force. Ca fait plusieurs mois que le mouvement a été lancé. R.Glucksmann a fait sa campagne européenne sur le fait de rompre avec J.-L.Mélenchon. »
- 27:47?Fait
« Plus les partenaires de gauche disaient qu'il fallait qu'il se mette en retrait et plus il intervenait et prenait la parole de façon provocante, comme au soir du 1er tour, avec R.Hassan, qui n'était pas candidate. »
- 28:28?Fait
« Il le fait pour provoquer. Il y a une interrogation autour de J.-L.Mélenchon. »
- 29:12J.FourquetFait
« F.Ruffin a toujours été un électron libre. Il n'était pas officiellement insoumis. Il a été investi par les insoumis mais n'appartient pas au mouvement. »
- 29:57?Fait
« LFI, parmi ses élus dès le 1er tour, sont quasiment uniquement des élus en banlieue ou dans les grandes villes. Pour F.Ruffin et d'autres élus dans des circonscriptions rurales ou de province, le positionnement de LFI ne leur convient pas. »
- 32:06I.TrippenbachFait
« Dans son entourage, on avait mésestimé la volonté de l'extrême droite d'exercer le pouvoir. »
- 34:47?Chiffre
« A Tourcoing, près de 1 électeur sur 3 ne s'est pas rendu aux urnes dimanche dernier. »
- 35:27?Chiffre
« Au 1er tour, 43 % des 18-24 ans n'ont pas voté. »
- 36:51?Chiffre
« Au 1er tour, 66 % des Français se sont mobilisés. Selon les derniers sondages, ils devraient être 68 % à se déplacer lors du scrutin de dimanche soir. »
- 38:18J.FourquetChiffre
« On a noté une hausse de la participation assez significative. Aux élections législatives passées, quand elles étaient dans la foulée d'une présidentielle, c'était à peine 1 Français sur 2 qui se déplaçait. Là, on est monté à 2/3 des votants. »
- 39:02J.FourquetFait
« On a eu un choc civique. Néanmoins, nous avons une partie importante de la population qui regarde ça de manière très distante. »
- 40:29C.CornudetFait
« On peut répondre à un autre aspect de la question. Pourquoi on n'en sait pas plus sur cette future coalition ? Elle sera d'abord construite à partir du rapport de force qu'il y aura dans la prochaine Assemblée. »
- 43:50?Fait
« Ca parle d'une sorte de hold-up démocratique si le RN n'avait pas de majorité absolue. »
- 44:33I.TrippenbachFait
« Il y a cette caricature du front républicain qui se radicalise au fil des jours. Ca rappelle un peu aussi ce qu'on a pu entendre sur la place du Trocadéro en 2017 parmi l'électorat de F.Fillon, qui était très meurtri par les affaires de F.Fillon en campagne. »
- 45:17M.LazarChiffre
« 67 % des Français qui sont allés voter n'ont pas choisi le RN. »
- 46:31M.LazarFait
« Le soir du 30 juin, on a commencé à se demander si ce scrutin majoritaire ne pouvait pas profiter cette fois-ci au RN. »
- 47:16M.LazarFait
« Si jamais le résultat des votes de dimanche soir, c'est encore une fois un échec pour le RN, ça veut dire qu'il n'a pas la majorité absolue attendue. Ca mettrait peut-être un peu en difficulté M.Le Pen. »
- 47:58C.CornudetChiffre
« Elle va sans doute appeler à une présidentielle anticipée. Vous avez raison. Il y a 35 %, et en face, 60 % de gens qui sont contre. Mais il y a quand même 10 millions de gens... »
- 50:12J.FourquetFait
« On disait qu'ils auraient à eux seuls la majorité absolue. Aujourd'hui, on n'est même plus sûrs qu'ils soient la première formation politique dimanche soir au jeu des désistements. »
- 50:56I.TrippenbachFait
« Il y a aussi des profils extrêmement problématiques. On a beaucoup parlé de profils racistes, antisémites, voire criminels, qui sont extrêmement problématiques pour J.Bardella, qui a dû s'en expliquer. »
- 51:40I.TrippenbachFait
« On parlait des débats sur les sujets de fond, mais il y a aussi des profils extrêmement problématiques. »
- 52:18C.CornudetFait
« Si ça, ça fait la majorité absolue, ce sera très compliqué. »
- 53:02?Fait
« Des cadres de l'Education nationale se disent prêts à désobéir. ... Désobéir malgré les risques de mutation ou encore de révocation... Qu'importe, l'auteur de la tribune anticipe de potentielles mesures radicales, typiques de l'extrême droite. »
- 53:46?Fait
« Ce pourrait être une demande de vérification du caractère légal du droit de séjour des élèves ou de leurs familles sur le territoire français. »
- 54:29C.BerlingFait
« Je fais partie de ces gens de gauche extrêmement dégoûtés par le trajet politique de Macron depuis qu'il est au pouvoir. »
- 55:13C.BerlingFait
« Les artistes que nous sommes doivent se battre pour cette liberté. Cette liberté, avec des théories simplistes, totalitaires, autoritaires, propagandistes comme le propose le RN, qui veut limiter la culture au patrimoine, qui considère que l'art, c'est son domaine... »
- 55:57C.CornudetFait
« Bien sûr. Il n'y a pas eu de manifestations monstres, alors que jamais le RN n'a été aussi proche du pouvoir. »
- 56:41M.LazarFait
« Je connais mieux le monde de l'éducation, qui s'est mobilisé par l'intermédiaire de ces pétitions. Sur les associations, c'est intéressant. Beaucoup d'associations dans les villes contrôlées par le RN ont expliqué ce qu'il se passait là-bas. »
- 57:19M.LazarFait
« On présente madame G.Meloni comme une grande démocrate pro-européenne, mais elle a mis la main sur la télévision publique. Forza Italia, son allié, possède l'autre partie du paysage télévisuel. »
- 57:53M.LazarFait
« On peut comprendre les associations de la Ligue des droits de l'homme et les autres, qui disent qu'avec le programme de la préférence nationale... Ca aura des implications sur la vie quotidienne. »
- 58:37M.LazarFait
« M.Proust, le plus grand sociologue qu'on a connu, disait que les faits ne pénétraient pas dans le monde des croyances. »
- 59:21J.FourquetFait
« Ce n'est pas négligeable. On n'hésite pas entre voter Nouveau Front populaire ou RN. On hésite entre y aller ou ne pas y aller. »
- 1:00:48J.FourquetFait
« Tout ça accrédite, aux yeux des électeurs du RN, l'idée qu'il y aurait une caste qui serait celle des puissants. »
- 1:01:33I.TrippenbachFait
« Dans cette élection en particulier, il y avait beaucoup de fébrilité autour des prises de position communes d'un corps de métier, par exemple. »
- 1:02:17I.TrippenbachFait
« La nouveauté dans cette élection, c'est que l'extrême droite séduit désormais une partie de ces élites aussi. »
- 1:03:02I.TrippenbachFait
« Ca, c'est utile à l'égard de ces milieux élitaires et chez le public. »
- 1:03:46J.FourquetChiffre
« Dans un sondage, on interroge les gens sur leur intentions de vote. Ensuite, il faut qu'on projette ça circonscription par circonscription. Aujourd'hui, on serait sur une moyenne de 200 sièges pour le RN, à plus ou moins 20. »
- 1:04:30C.CornudetFait
« Les électorats vivent dans des bulles de déni où ils ne se rendent pas compte qu'ils sont peut-être minoritaires... Là, les électeurs ont tellement eu le sentiment que ça pouvait marcher cette fois, ils sont entourés de tellement de gens qui pensent comme eux que forcément, ils pensent que ce sont les élites qui se coalisent contre eux. »
Temps de parole
- ?100 %
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Ca traverse les âges. ... - M.Lauqué: Bonsoir. Bienvenue dans "C dans l'air". "Le boulet et la girouette", ça sonne comme une fable de La Fontaine, mais qui aurait lieu dans un octogone politique. Le duel à gauche entre J.-L.Mélenchon et F.Ruffin est l'un des derniers sursauts de l'entre-deux-tours de cette élection qui ne ressemble à aucune autre. Alors que la campagne pour ce 2d tour s'achève dans quelques heures, les jeux semblent encore très ouverts. Une gauche qui se fissure à l'intérieur d'un front républicain qui semble montrer son efficacité. Un RN qui doute à travers les sondages et crie déjà au vol qu'il ne tient pas à la majorité absolue. Bien malin celui qui pourra dire à quoi ressemblera l'Assemblée nationale dimanche soir. Le pays sera-t-il gouvernable? J.Bardella va-t-il décrocher les clés de Matignon? Voici le titre de cette émission. Avec nous ce soir, C.Cornudet, éditorialiste politique aux "Echos".
Votre dernière chronique est à lire sur le site du journal. J.Fourquet, vous êtes directeur du département opinion de l'institut de sondage Ifop. Le titre de votre dernier titre est "La France d'après". M.Lazar, vous êtes professeur émérite d'histoire et de sociologie à Sciences Po. I.Trippenbach, vous êtes grand reporter au "Monde". Je cite votre dernier titre paru aujourd'hui. Nous allons revenir sur les principaux événements et déclarations de la journée.
Le dernier journal de campagne. - Au bord de la piscine ou confortablement installé dans votre mobile home, vous êtes nombreux à avoir laissé la politique loin derrière... - Pas nous! Dernier jour de campagne. - Je suis à ta gauche, vraiment à l'extrême gauche. - Heureusement que vous n'étiez pas de l'autre côté! - On espère que tout le monde va se mobiliser pour voter et voter pour le bon côté. - Je suis très féru de football. - Sur le terrain, ça dégénère. -51 candidats et suppléants ont été agressés. - P.Thevenot et son équipe sont pris à partie par plusieurs personnes. - On est encore un peu choqués. - J'appelle chacun à revenir au calme. - Ce n'est pas compliqué pendant une semaine de n'être qu'amour, force de persuasion... - Je ne le crois pas. - Je suis en colère quand je vois que des sociaux-démocrates n'ont pas eu le courage de couper net avec un parti qui tient des propos antisémites. - Nous pouvons gagner. Madame Le Pen aussi peut gagner. - C'est vraiment un problème.
- Qui siégera sur les rangs de l'Assemblée? - J.Bardella parlait de brebis galeuse, mais quand il y a plusieurs candidats, c'est un troupeau qui est malade. - Il y a des brebis galeuses partout... - Bon vote et rendez-vous le jour d'après. - Vivement lundi, pour une fois. - M.Lauqué: Vous pouvez interpeller nos experts grâce au QR code en bas de votre écran. On va revenir en arrière, puisqu'on est en fin de campagne, un mois après la dissolution. Dans quel état d'esprit se trouve E.Macron? Qui est autour de lui?
Qui le conseille? - C.Cornudet: Ce qui me frappe, c'est l'extrême sévérité des macronistes sur le président depuis la dissolution. Comme s'ils n'avaient pas compris pourquoi il avait pris cette décision et qu'il y avait presque un malin plaisir à les dissoudre eux-mêmes. Il y a eu cette photo, qui avait été publiée quelques jours après la dissolution, où on voyait les têtes de G.Attal et G.Darmanin au moment où ils l'apprennent. Une photo comme ça ne peut pas être publiée sans l'aval du président.
Il nous montre ses troupes à terre. 3 semaines après sa dissolution, c'est un peu comme ça... La rupture est vraiment consommée avec des personnalités qui étaient vraiment liées au président, comme G.Attal. On le raconte très bien dans "Le Monde": il n'est plus seul. Il y a toujours un cercle de conseillers. R.Ferrand... Il y a toujours des gens autour de lui mais il est seul et personne n'a le sentiment qu'il a un regret dans ce qu'il a fait. Les images et impressions données sont celles de dire
qu'il n'avait pas le choix et qu'il fallait faire quelque chose. Il attend dimanche soir pour voir comment il peut se sortir de cette situation. - M.Lauqué: Il y a beaucoup d'infos dans votre papier. D'abord, vous revenez sur cette histoire à l'issue de la 1re soirée électorale. E.Macron va boire le champagne pour l'anniversaire de R.Ferrand. Elle a marqué, cette anecdote. Il est loin de la réalité? C'est l'impression que ça donne. - I.Trippenbach: Ca cristallise cette impression. Dans les premiers temps après la dissolution, il y a eu énormément de colère.
On parle même de haine au sein de son propre camp. Au fil des semaines, ça s'est transformé en une forme de rupture, comme une rupture amoureuse, comme si tout le monde tournait le dos à ce président qu'ils ont adoré. L'anecdote du champagne... Ils l'ont ouvert à minuit car c'était l'anniversaire de R.Ferrand. Ca cristallise ce moment où les fidèles et ceux qui ont suivi E.Macron dans son aventure commencent à le regarder comme s'il appartenait à un autre monde, comme s'il était décalé par rapport à la réalité électorale, la douleur des candidats qui ont dû
se désister pour faire ce front républicain. Lors de cette soirée, ce qui nous est raconté par les participants, c'est qu'il y a eu une hésitation sur la vigueur du front républicain à reformer. On pourra parler des conséquences de cette stratégie... - M.Lauqué: On va y revenir. - I.Trippenbach: Autour du président, c'était plus hésitant. A Matignon, G.Attal est allé très vite tout seul dans cette voie. - M.Lauqué: Il y a eu cette phrase prêtée à E.Macron, qu'il a démentie...
Comment E.Macron s'en sort? - J.Fourquet: A Verdun ou en Ukraine, on sait que si on n'est pas trop mauvais, on peut renvoyer une grenade qui vous a été lancée. C'est sans doute ce qu'il s'est passé. La déflagration va faire beaucoup de dégâts, d'abord dans le camp macroniste. On verra quels seront les résultats, mais on a déjà les résultats du 1er tour. Face à la poussée du RN, le camp présidentiel a été forcé de retirer des dizaines et des dizaines de candidats. Même s'ils vont aussi à leur tour à bénéficier du front républicain... Le Nouveau Front populaire est plus présent que Renaissance. Au total, cette majorité va se retrouver avec des effectifs très réduits par rapport à ceux qui prévalaient il y a 3 semaines, quand le président a décidé de dissoudre pour, soi-disant, sortir d'une impasse politique.
Il manquait juste 40 sièges pour la majorité. Au mieux, là, il va manquer une centaine de sièges au président de la République. Il a envoyé cette grenade dégoupillée qui a provoqué des dégâts immenses dans son propre camp, mais il a aussi accéléré le temps politique. Tout le monde savait qu'à un moment, quand l'issue du quinquennat commencerait à se dessiner, les écuries personnelles se formeraient au sein de la Macronie pour être dans la rupture ou pour incarner une forme d'héritage. On voit dans toutes les déclarations
des principaux barons de la Macronie que chacun va régler ses comptes avec le père puis va s'émanciper et et se mettre à son propre compte. E.Philippe a dit dans une interview que le président avait dissous la majorité présidentielle. On est déjà dans le jour d'après pour la Macronie. - M.Lauqué: E.Macron voulait gommer les partis en décidant de dissoudre et il a fait réapparaître de manière brutale un clivage. - M.Lazar: C'est un des éléments de la période du macronisme
dans sa période crépusculaire. Il y a ce fameux chapitre dans le livre "Révolution" de 2017, où il explique que les corps intermédiaires ne servent à rien, que les partis politiques ne servent à rien. C'était écrit noir sur blanc. Son projet était très clair. Ca avait étonné au sein des marcheurs. Le résultat paradoxal de tout le macronisme... Il avait dit que grâce à lui, les extrémismes reculeraient. Résultat: on voit un parti, le RN et un allié, E.Ciotti... Il a réussi à détruire Les Républicains. En revanche, il y a cette chose étrange: cette gauche qu'il pensait envoyer aux oubliettes de l'histoire. Cette gauche se reconstitue autour de cette alliance qui,
d'après moi, est une alliance électorale. On a La France insoumise et les autres partis. Le PS retrouve une nouvelle phase. Il ne faut jamais oublier que le PS, dans son histoire, a toujours eu des possibilités de se reconstituer sur 2 ensembles: le corps enseignant et la fonction publique. Pour ces élections, on voit combien c'est important d'avoir encore un peu de partis. C'est très important pour des élections. Il y a ce réseau localement qui favorise le retour du PS. Quand on reprend la parabole de 2017 à 2024, le projet originel
et cette grenade qui revient sur E.Macron... E.Macron n'a jamais voulu construire véritablement son parti. On a vu ça avec S.Berlusconi. - C.Cornudet: C'est comme si le clivage gauche-droite était réapparu de façon extrême. Les 2 personnalités les plus proches d'E.Macron, E.Philippe et G.Attal, ont complètement tourné la page, depuis 15 jours, du "en même temps", comme s'ils ne croyaient plus au dépassement. G.Attal a décidé de reconstruire une nouvelle social-démocratie. C'est pour ça qu'il est dans le front républicain aussi fort. Il revient à son ADN d'origine. E.Philippe dit qu'il va reconstruire
la droite et le centre. C'est comme s'il mettait une croix sur E.Macron, mais aussi sur le macronisme. - M.Lauqué: Cette dissolution a soufflé les personnalités politiques, déstabilisé les Français. L'atmosphère est très tendue. 30 000 policiers et gendarmes seront déployés dimanche soir. Faut-il craindre des manifestations de colère? - J.Fourquet: On avait déjà la crainte de ce scénario pour le 1er tour. Il ne s'est fort heureusement rien passé. Dimanche, tout dépendra du verdict des urnes. On peut avoir 2 types de mobilisation et de débordements violents, soit qui viendraient du camp du RN parce qu'on aurait le sentiment de s'être fait voler la victoire, soit du côté de la gauche radicale et de LFI car à l'inverse, le RN
serait aux portes du pouvoir... Tout dépendra de quelle sera l'issue du scrutin et si personne n'aura le sentiment de s'être fait "voler sa victoire" ou qu'il n'y a pas de perspective d'une accession au pouvoir du RN... Alors il se peut très bien que les manifestations soient relativement résiduelles. Des organisations antifascistes avaient appelé à la mobilisation devant l'Assemblée nationale. On est 90 ans après le 6 février 1934. Ce n'est plus l'extrême droite mais la gauche radicale. Le préfet de police a interdit cette manifestation.
Ce n'est pas évident d'avoir quelque chose qui éclate dans la rue dès dimanche. En revanche, si on est face à une Assemblée ingérable, il se peut que les tensions politiques et sociales réapparaissent un peu plus tard. Une fois que les gens sont rentrés de vacances, après les Jeux olympiques, il faudra remettre tout cela à plat car il n'y aura pas de majorité. - M.Lauqué: Il y a moins d'une semaine, J.Bardella avait un discours de quasi-Premier ministre. Quelques jours plus tard, les sondages ne sont plus
aussi favorables pour le RN. A gauche, un autre combat se joue en interne, celui que se livrent J.-L.Mélenchon et F.Ruffin. Le boulet et la girouette... - Quand on est un candidat au pied du mur, on lâche du lest. En difficulté face au RN, F.Ruffin annonce quitter LFI et s'émancipe de J.-L.Mélenchon. - F.Ruffin: J'ai des désaccords profonds mais je veux replacer les choses à leur juste place. On a un président de la République qui a gouverné avec brutalité et on a un gros risque, celui du RN.
- F.Ruffin qualifie même J.-L.Mélenchon de boulet. Il empêcherait des candidats de gauche de l'emporter. Il est accusé d'être clivant. R.Glucksmann relance également sa critique du fondateur de LFI. - R.Glucksmann: C'est la fin de l'hégémonie de J.-L.Mélenchon. C'est un problème immense. En réalité, toute cette stratégie, ce rapport politique, ce rapport à la politique, c'est vraiment un problème. - Mais pour d'autres, au Nouveau Front populaire, l'heure est toujours à l'union et à la mobilisation. On réglera ses comptes plus tard.
- M.Tondelier: Je pense que ce n'est pas compliqué de se concentrer une semaine et d'arrêter de se taper dessus, surtout pas au sein du même camp. - Le principal intéressé prend acte du divorce, tout en mettant en garde F.Ruffin. - J.-L.Mélenchon: Une élection aussi dangereuse n'est pas le moment de régler des comptes personnels. Lui, en particulier, se met en danger. Quand il dit qu'il quitte les insoumis alors qu'il est dans une circonscription attribuée aux insoumis et qui l'ont investi, les gens qui votent ne savent plus pour quoi ils votent. - Pour J.-L.Mélenchon, l'enjeu du moment n'est pas dans ces bisbilles. L'objectif premier, c'est battre le RN et pousser E.Macron à la démission. - J.-L.Mélenchon: Il n'y a pas de majorité. La solution, c'est qu'il s'en aille. C'est normal... - Qui pourrait l'emporter dimanche? Selon une nouvelle projection, le RN n'aurait pas de majorité absolue. Le RN serait donc en moins bonne posture que prévu. Depuis une semaine, une centaine de ses candidats sont épinglés dans les médias pour propos haineux ou complotistes... J.Bardella s'en défend. - J.Bardella: Nos candidats investis partout en France sont des candidats de très grande qualité.
Ce sont des hauts fonctionnaires, des chefs d'entreprise, des mères de famille, des jeunes, des retraités... On ne les entend pas car le focus médiatique depuis 5 jours est mis sur ces 5 candidats que j'ai moi-même mis à la porte. - C'est inédit: une trentaine de candidats du RN ont refusé de débattre. Pour d'autres, les débats sont compliqués: manque de préparation, stress ou imprécision. Ici, ce candidat RN est en difficulté face au candidat macroniste. - Quelles taxes sur les entreprises voulez-vous baisser? - Toutes les taxes liées... - Donnez-nous un exemple.
- Encore quelques heures pour tenter malgré tout de convaincre. La campagne se termine ce soir à minuit. 2,5 millions de Français ont fait une procuration pour ce 2d tour. - M.Lauqué: On apercevait votre projection dans le sujet. Il y a une nouvelle projection qui vient de tomber? - J.Fourquet: Elle a été refaite et affinée. Il faut toujours être prudent. Ce n'est pas 577 circonscriptions, car 80 ont été attribuées dès le 1er tour. Il y a des duels, des triangulaires... Néanmoins, ce que l'on constate, c'est que 2 phénomènes se télescopent. D'abord, il y a la dynamique européenne et du 1er tour des élections législatives qui continue de porter le RN, mais cette dynamique est contrariée par le front républicain qui s'est matérialisé par le retrait de plus de 200 candidats de gauche ou de la majorité macroniste. Quand on prend les circonscriptions une par une, un candidat du RN peut avoir fait un très bon 1er tour, être à 40 %
et son adversaire à 25 %... On se dit que l'affaire est entendue, mais le candidat à 25 % va bénéficier des reports de tous les candidats éliminés. On a des précédents qui nous ont marqués... C'était aux élections régionales de 2015 dans les Hauts-de-France, qui est pourtant un bastion du RN et en PACA, où le front républicain avait été mis en place. Les 2 têtes de liste de l'époque, madame Le Pen dans les Hauts-de-France et M.Maréchal en PACA, avaient été battues au 2e tour par ce front républicain. En PACA, ça s'est réitéré en 2021. La question pour nous, c'est de savoir
quelle va être l'efficacité de ce front républicain. Va-t-il être à un haut niveau ou amoindri car des électeurs du centre ou de droite ne voudront pas voter pour LFI et car des acteurs de gauche se diront qu'ils ont soupé du front républicain? Les électeurs LFI peuvent ne pas vouloir voter pour un candidat macroniste en raison de la réforme des retraites. - M.Lauqué: Question. - I.Trippenbach: Il est déterminé, c'est certain. On peut dire qu'il accélère son agenda.
F.Ruffin Est dans une posture plus difficile qu'attendu dans la Somme pour sa réélection. Il est arrivé 2e derrière le RN au 1er tour. Il a plus de 3000 voix de retard. Il a vu sur le terrain que J.-L.Mélenchon était un problème. Il se balade en disant à tout le monde que c'est terminé avec J.-L.Mélenchon. F.Ruffin avait imaginé cette rupture depuis des mois. Quand, la nuit du 9 juin, le soir de la dissolution, tous les partis de gauche se passent des coups de téléphone pour s'organiser, F.Ruffin sort en disant: "Une seule bannière: le Front populaire." Ca paraît spontané, mais c'est une appellation qui était testée depuis des semaines par ses équipes pour imaginer un mouvement lancé à la fin de l'été par F.Ruffin. Ca fait des mois que c'était en gestation. Je pense à un moment important à gauche, à LFI, le 7 octobre, les attaques du Hamas.
3 jours après, F.Ruffin donne un entretien dans "Le Monde" pour se démarquer de J.-L.Mélenchon et d'autres insoumis. Il explique qu'il faut poser des mots forts sur l'antisémitisme et le caractère fanatique de l'organisation du Hamas. Dans le monde politique, on interprète cela comme une volonté de marquer une rupture avec J.-L.Mélenchon. - M.Lauqué: Il accélère aujourd'hui le calendrier parce qu'il est en difficulté dans la Somme? - M.Lazar: Je pense qu'il prend un risque, mais il est pris à la gorge. Il est en ballotage défavorable. Il a un bon retard. Il a vu que leur candidat Ensemble s'est retiré et appelle à voter pour lui.
Il a besoin de faire passer ce message... J.-L.Mélenchon connaît bien les mécaniques électorales. Il lui dit que son électorat risque de ne pas voter pour lui. Son projet politique va dépendre de savoir s'il est élu ou battu. S'il est battu... Il joue son avenir politique immédiat. Je pense que la gauche va être dans une relative satisfaction. Elle aura contribué à barrer la route au RN. Elle va pouvoir se satisfaire du fait qu'elle a augmenté son nombre de députés.
Il va y avoir la nécessité de regarder quel est l'équilibre des forces entre LFI, le PS, Les Ecologistes et le Parti communiste. Il va falloir voir si on va sortir les couteaux pour régler des comptes. La question Mélenchon fait penser à ce qu'on appelait la question communiste, à une époque. Il y avait eu un problème G.Marchais, à une époque. F.Mitterrand a réglé ce problème. Mais le problème de la gauche, elle n'a pas l'équivalent d'un F.Mitterrand. Il peut y avoir des rivalités dans cette nécessité de recomposer la gauche.
R.Glucksmann y pense, F.Ruffin également. F.Ruffin est beaucoup sur la question du travail. R.Glucksmann, sur des questions internationales. Le peuple de gauche, c'est intéressant de voir ses attitudes dans les opinions. Il pense qu'il peut gagner et il pense que l'accord qui a été passé n'est pas qu'un accord électoral. Il y a une grosse aspiration à l'union. Pour tout leader, déclencher la bagarre à l'intérieur de la gauche risque de ne pas être compris par un électorat de gauche.
C'est historique en France, l'aspiration à l'unité de la gauche. C'est peut-être utopique, mais c'est une grosse aspiration pour les électeurs de gauche. - M.Lauqué: Pour les électeurs de gauche, J.-L.Mélenchon continue d'incarner LFI? - C.Cornudet: C'est tout ou rien. Ca dépend de l'électeur de gauche. On sent que dans cette élection se joue peut-être un nouveau rapport de force. Ca fait plusieurs mois que le mouvement a été lancé. R.Glucksmann a fait sa campagne européenne sur le fait de rompre avec J.-L.Mélenchon. F.Ruffin, ça fait 2 ans qu'il contestait la stratégie électorale de J.-L.Mélenchon.
Mais finalement, la dissolution les a obligés à faire alliance à nouveau alors qu'ils tentaient de se séparer de la Nupes. Finalement, ils ont fait l'union pour le 1er tour et au 2d car ils se rendent compte qu'il y a beaucoup d'électeurs pour qui J.-L.Mélenchon, ce n'est plus possible. Pourquoi? Car il a une telle attitude dans cette campagne que les gens se demandent s'il veut vraiment que le Nouveau Front populaire gagne. Joue-t-il l'élection de M.Le Pen pour se retrouver face à elle dans une élection présidentielle?
Plus les partenaires de gauche disaient qu'il fallait qu'il se mette en retrait et plus il intervenait et prenait la parole de façon provocante, comme au soir du 1er tour, avec R.Hassan, qui n'était pas candidate. R.Hassan était candidate aux européennes et il n'était pas avec elle le soir des européennes. Mais là, elle était avec lui. Elle avait son keffieh autour du cou. Il le fait pour provoquer. Il y a une interrogation autour de J.-L.Mélenchon. F.Ruffin, ça fait un an qu'il laisse entendre qu'il veut être candidat à la prochaine présidentielle. Il y a un gros match entre eux deux. - M.Lauqué: J.-L.Mélenchon joue déjà 2027? - J.Fourquet: Le président a appuyé sur le bouton d'accélération de la vie politique. A gauche, toutes les grandes manoeuvres ont commencé de manière amplifiée. Concernant ce qu'il se passe à LFI, F.Ruffin a toujours été un électron libre. Il n'était pas officiellement insoumis.
Il a été investi par les insoumis mais n'appartient pas au mouvement. Au sein du mouvement, on a parlé de cette fameuse purge. Plusieurs candidats importants des insoumis n'ont pas reçu d'investiture: D.Simonnet, A.Corbière... Il y avait des tensions sur la ligne politique, sur comment on fait vivre la démocratie à l'intérieur du parti. 2e ligne de clivage qui revient: l'opposition entre les insoumis et F.Ruffin. Qui est une opposition territoriale également.
LFI, parmi ses élus dès le 1er tour, sont quasiment uniquement des élus en banlieue ou dans les grandes villes. Pour F.Ruffin et d'autres élus dans des circonscriptions rurales ou de province, le positionnement de LFI ne leur convient pas. Dans certaines régions, si on dit "la police tue", ce n'est même pas la peine de se présenter. - M.Lauqué: J.-L.Mélenchon, on l'a entendu dans le reportage, estime qu'E.Macron devrait démissionner. Une démission qu'on souhaite aussi au RN si l'extrême droite obtient la majorité absolue. Dans un cas comme dans l'autre, est-ce qu'E.Macron pourrait décider de démissionner? - I.Trippenbach: Il peut toujours décider. Il a très vite démenti cette option, dès le lendemain de la dissolution. La question a émergé très rapidement, émanant de la presse d'abord. Il était naturel que ses adversaires principaux s'en saisissent. - M.Lauqué: Ses proches disent qu'il est capable de tout.
- I.Trippenbach: Bien sûr, on ne peut pas savoir ce qu'il fera dans quelques mois si on est dans une situation ingouvernable et bloquée. Dans les premiers temps, son équipe de conseillers à l'Elysée semblait surprise que cette question se pose. Pour eux, il avait entrepris un geste très gaullien avec cette dissolution sans imaginer la logique de démissionner à l'issue de résultats électoraux qui le désavouraient de nouveau. Il y a une forme d'improvisation dans les jours qui ont suivi la dissolution.
Sur cette question de la démission mais également sur d'autres questions comme le style de cohabitation qui pourrait résulter dans l'optique d'une victoire du RN... Dans son entourage, on avait mésestimé la volonté de l'extrême droite d'exercer le pouvoir. La démission, comme d'autres aspects de cette séquence que l'on vient de vivre, ce sont des questions qui se posent de manière naturelle et institutionnelle mais qui ont peut-être été sous-estimées par les proches du président. - M.Lazar: Je crois qu'il y aura une pression de LFI et du RN, surtout si on se retrouve avec une Assemblée difficilement gouvernable. Le problème, ça va être: quel type de gouvernement va être composé? Il y a 2 candidats potentiels qui ont intérêt à une élection présidentielle le plus rapidement possible:
M.Le Pen et J.-L.Mélenchon. M.Le Pen est dans cette dynamique, comme J.-L.Mélenchon, car il peut redouter une concurrence éventuelle. Est-ce que ça peut se faire? Je ne suis pas dans la tête d'E.Macron. - M.Lauqué: Du point de vue institutionnel? - M.Lazar: S'il n'y a pas de gouvernement, si chaque gouvernement proposé est l'objet d'une motion de censure, ça a des effets politiques, économiques, financiers sur la France... Il y a un précédent historique en 1924, la IIIe République, le président de l'époque...
Les socialistes soutiennent le président. Le président de la République essaye de former plusieurs gouvernements et il n'y arrive pas, il est contraint à la démission. Gardons cela en tête... - C.Cornudet: S'il démissionne; L'Assemblée ne peut pas être dissoute. S'il y a une Assemblée ingouvernable, de toute façon, elle existe pendant un an. Peut-être que M.Le Pen et J.-L.Mélenchon se disent qu'ils pourraient faire avec une Assemblée où le RN serait très haut et le Nouveau Front populaire également. E.Macron ne peut pas se représenter... - M.Lauqué: S'il démissionne, il peut se représenter? - C.Cornudet: Non. Il n'a aucun intérêt à ça. - M.Lauqué: Dans ce 2d tour, il y a cette question: quel sera le poids
des abstentionnistes? - A Tourcoing, près de 1 électeur sur 3 ne s'est pas rendu aux urnes dimanche dernier. G.Darmanin est arrivé en tête et sera opposé à un candidat du RN. Une question taraude certains électeurs: faut-il choisir ou s'abstenir? Cet homme est commerçant depuis 5 ans sur ce marché du centre-ville. Dimanche, ce sera ni Macron ni Bardella, dit-il. - J'ai bien conscience que dimanche est un vote historique très important, mais mon coeur est déchiré. Je n'arriverai pas à voter pour ces 2 partis. On a le choix entre Darmanin et le Rassemblement national...
C'est la peste ou le choléra. Je ne veux pas attraper de maladie du tout, donc je m'abstiens. - Un choix assumé, même si le haut score du RN au 1er tour l'a déboussolé. - Si le RN monte au pouvoir, je crains vraiment une grosse division. Ca amènera peut-être à une guerre civile. - A 200 km de là, la politique s'est aussi invitée à l'heure de l'apéro pour ces jeunes étudiants. - Il y a beaucoup de gens qui ont des préjugés sur les procurations. J'ai plein de copines qui disent qu'elles ont la flemme d'en faire. Ca prend 2 minutes. - Au 1er tour, 43 % des 18-24 ans n'ont pas voté.
Tout juste arrivé à Paris pour ses études de commerce, Mathis, comme au 1er tour, s'abstiendra. Aucun parti n'a gagné sa confiance. - Pour moi, c'est du marketing. Au niveau des politiques, ils changent tout le temps de discours. On s'adapte en politique en fonction de comment ça évolue, de quel parti on a en face. On va tout le temps dire le contraire de l'autre parti en face pour récupérer des voix. Je n'y crois plus... En tout cas, la situation politique ne me convient pas.
- Il y en a qui se sont abstenus de voter depuis bien longtemps. Michel, retraité de 74 ans, ancien cadre d'une grande entreprise, n'a jamais mis les pieds dans un bureau de vote. Désabusé de la politique, son choix est formel: ce n'est pas dimanche prochain qu'il changera d'avis. - C'est mon certain confort personnel qui me dit de ne pas me mêler de ça. Je me dis Que ça aille à gauche, à droite ou au centre, pour moi, ça ne va pas changer grand-chose. Je ne suis pas tellement intéressé par ce genre de choses. Je suis un peu trop personnel.
- Une position affirmée qui choque même ses camarades de jeu. - La démocratie, c'est un gain de l'humanité qu'il faut préserver. Moi-même, j'éduque ma famille, autour de moi... Je me sens terriblement concerné. Je suis très surpris par les gens qui ne votent pas du tout. - Au 1er tour, 66 % des Français se sont mobilisés. Selon les derniers sondages, ils devraient être 68 % à se déplacer lors du scrutin de dimanche soir. - M.Lauqué: J.Fourquet, vous allez répondre à cette question.
... - J.Fourquet: Comme il a été rappelé, les chiffres sont plutôt encourageants. On a noté une hausse de la participation assez significative. Aux élections législatives passées, quand elles étaient dans la foulée d'une présidentielle, c'était à peine 1 Français sur 2 qui se déplaçait. Là, on est monté à 2/3 des votants. C'est beaucoup. 3 semaines avant les législatives, aux européennes, on était à peu près à 50 % de votants également seulement. Il y a eu un vrai choc dans le pays, une prise de conscience du moment historique que nous étions en train de vivre. On a vu les procurations se multiplier.
On a eu un choc civique. Néanmoins, nous avons une partie importante de la population qui regarde ça de manière très distante. La question de Brigitte est déjà une question d'une électrice ou d'une citoyenne assez politisée. Elle parle de coalition qui n'a ni queue ni tête... Là, les propos qu'on entendait n'étaient pas de cette nature. Ce sont des gens très éloignés. Même dans un moment important, soit ils sont désabusés, soit ils se demandent quelles seront les conséquences pour leur situation personnelle. Certains considèrent que leur vie quotidienne
ne sera pas chamboulée, donc ils ne ressentent pas le besoin ni la nécessité d'aller voter. - M.Lauqué: Dans quel camp on trouve le plus d'abstentionnistes? - J.Fourquet: C'est assez réparti. Ca permet de dissiper un mythe. On entend souvent dans les états-majors politiques: "Nous avons énormément de réserves dans les abstentionnistes." En général, les réserves sont équitablement réparties. C'est assez réparti entre les forces politiques. Même l'élection reine en France, la présidentielle, vous avez plus de 20 % de gens qui ne vont pas voter. Là, cette élection législative est importante, mais ça ne va pas
dégeler le couvercle des abstentionnistes, qui sont encore nombreux dans ce pays. - C.Cornudet: On peut répondre à un autre aspect de la question. Pourquoi on n'en sait pas plus sur cette future coalition? Elle sera d'abord construite à partir du rapport de force qu'il y aura dans la prochaine Assemblée. Il y a donc un flou. Dans ces dernières semaines, on réfléchissait à l'Elysée à quel type de coalition on pouvait avoir. Ca n'a fait qu'alimenter dans l'électorat le sentiment qu'il y avait un dépatouillage, des rapprochements, et que ça allait contre la volonté des électeurs. Le mot d'ordre a été de ne plus parler de la coalition. - M.Lauqué: Mais vous dites qu'elle va peut-être commencer à se construire dimanche soir. J'espère que les discussions ont déjà commencé. - C.Cornudet: Beaucoup de gens se voient déjà
en Premiers ministres très rassembleurs, capables de réunir beaucoup de gens. On en a vu sortir beaucoup du bois. Des profils un peu retraités de la politique qui se voient en grands sages, F.Bayrou, M.Barnier... A gauche, il y en a aussi. D.Migaud... - M.Lazar: B.Cazeneuve... - C.Cornudet: Lui, son problème, c'est que c'est un homme de gauche qui n'est plus considéré comme quelqu'un de gauche par les électeurs de gauche. C'est plus compliqué pour lui. Mais il y a des discussions. Il faut bien qu'il y ait un gouvernement à la France. Les gens commencent à se demander s'ils pourraient travailler ensemble... Mais ils ont été tellement durs les uns envers les autres à travers
ces campagnes que ça sera difficile. - M.Lauqué: On revient à votre article dans "Le Monde". Il y a des frictions entre E.Macron et G.Attal. Les relations sont quasi inexistantes entre les 2? - I.Trippenbach: Oui. Elles sont glaciales. Les frictions ont eu lieu avant dimanche. Là, on est dans le moment électoral, donc c'est vis-à-vis de LFI que les frictions sont très fortes, notamment sur la ligne "ni-ni", qui était un moment plus portée à l'Elysée... Du côté de G.Attal, c'est plutôt le front républicain face à l'extrême droite de manière plus nette. Mais après dimanche, l'un et l'autre disent qu'ils ne gouverneront pas avec LFI.
Là, ils se rejoignent. Si la participation est aussi élevée qu'au premier tour ou s'en rapproche, ce sera un élément-clé pour renforcer la légitimité du résultat du scrutin. Ca ne va pas empêcher les partis adversaires à cette coalition plurielle ou à E.Macron de dire que cette élection a été volée. Des cadres de l'extrême droite disent qu'il y a des dépatouillages... - M.Lauqué: Ca parle d'une sorte de hold-up démocratique si le RN n'avait pas de majorité absolue.
- I.Trippenbach: Voilà, dans une rhétorique un peu trumpiste. C'est comme s'ils se préparaient à une éventuelle défaite ou à un résultat déceptif par rapport à ce qui leur était promis. Il y a cette caricature du front républicain qui se radicalise au fil des jours. Ca rappelle un peu aussi ce qu'on a pu entendre sur la place du Trocadéro en 2017 parmi l'électorat de F.Fillon, qui était très meurtri par les affaires de F.Fillon en campagne. Il pensait que son élection avait été volée. Sur le long terme, on s'est rendu compte que cet électorat orphelin
de droite s'est durci lui aussi. Il a pu choisir E.Zemmour lors de la campagne de 2022. Aujourd'hui, cet électorat se tourne vers le RN et M.Le Pen. Il y a une dérive vers la droite de cet électorat. Il faudra voir quelles seront les conséquences sur le long terme de la réapparition d'un front républicain. - M.Lauqué: Comment faut-il entendre cette petite musique du hold-up démocratique si jamais le RN n'obtient pas une majorité absolue? - M.Lazar: C'est totalement infondé. Il y a des élections. Le RN a fait un remarquable score au premier tour, qui s'inscrit dans une dynamique depuis une dizaine d'années. C'est un très bon résultat, mais il y a un scrutin qui s'appelle le scrutin majoritaire. 67 % des Français qui sont allés voter
n'ont pas choisi le RN. Si on avait un système proportionnel, on aurait beaucoup moins de conversations. Ce parti aurait eu 1/3 des députés et il y aurait eu 2/3 des députés qui essaieraient de trouver une solution. Parfois, avec des antagonismes, on essaye de trouver des compromis. Ca se passe dans beaucoup de pays. Ce qui est intéressant, c'est la réflexion sur le scrutin majoritaire. On est passés par 2 phases. Historiquement, depuis qu'on a installé le scrutin majoritaire à 2 tours au lendemain de la Ve République, ce scrutin avait été aussi conçu pour éviter les succès des partis
"extrémistes". Pendant des années, c'était contre le PC. C'était le premier parti de gauche. On savait qu'il ne pouvait pas l'emporter parce qu'il y avait un réflexe anticommuniste très puissant. Et dans un 2e temps, lorsque le FN a commencé à avoir des succès, on a considéré que ce scrutin majoritaire était toujours efficace parce que le FN n'arrivait pas à gagner. Le soir du 30 juin, on a commencé à se demander si ce scrutin majoritaire ne pouvait pas profiter cette fois-ci au RN.
Du côté du RN, on a dû y penser très fort. Si jamais le résultat des votes de dimanche soir, c'est encore une fois un échec pour le RN, ça veut dire qu'il n'a pas la majorité absolue attendue. Ca mettrait peut-être un peu en difficulté M.Le Pen. Ce serait son 4e échec après 2012, 2017 et 2022. Ca ouvrirait peut-être la question du mode de scrutin. Le RN a peut-être eu l'illusion dimanche dernier de se dire que ça peut lui être profitable. Il pourra peut-être accepter une réforme du scrutin. Je pose cette question de la réforme du scrutin parce que ça pourrait être un des objectifs du gouvernement de coalition qui se constituerait. Pour sortir de cette situation... C'était d'ailleurs le projet d'E.Macron en 2017. Il voulait instaurer une part de proportionnelle dans son programme. Mais comme il avait gagné avec un scrutin majoritaire à 2 tours, il s'est dit que ça ne serait peut-être pas nécessaire de le faire. - M.Lauqué: Je vous voyais réagir sur M.Le Pen. Si le RN n'obtient pas une majorité absolue, ce sera une défaite personnelle pour elle? - C.Cornudet: C'est pour ça qu'elle installe l'idée qu'on lui a volé l'élection.
Elle va sans doute appeler à une présidentielle anticipée. Vous avez raison. Il y a 35 %, et en face, 60 % de gens qui sont contre. Mais il y a quand même 10 millions de gens... Vous n'abordez pas la situation de la même façon. Le front républicain, ça pouvait être quelque chose d'anti-RN. Là, ça pourrait être vécu comme quelque chose contre les gens. C'est ce qu'elle va essayer d'activer. Il y a ce besoin de revanche de ces gens qui se mettront peut-être derrière elle pour faire pression sur le président de la République pour qu'il démissionne et fasse une présidentielle anticipée. Il y aura aussi une petite musique du "décidément, elle n'y arrive pas, décidément, on se heurte au mur de l'incompétence".
Ce qui a fait mal ces dernières semaines, ce sont tous les profils des candidats... - M.Lauqué: Les brebis galeuses... - C.Cornudet: Des candidats pas très au point sur les sujets de fond. Elle se heurte à chaque fois là-dessus. G.Darmanin, qui veut réactiver la droite et jouer un rôle dans la prochaine Assemblée et qui a des ambitions présidentielles, se dit ça. Il se dit: "Il y aura peut-être des gens à récupérer du côté du RN parce que M.Le Pen pourra apparaître comme ne pouvant finalement pas y arriver." - M.Lauqué: Le 3e tour débutera dimanche soir. Dans les prochains jours, on peut imaginer que le gouvernement
reste en place au moins provisoirement le temps des JO? - J.Fourquet: C'est possible. Il faudra voir la nature de l'Hémicycle et quel sera le degré de détermination des oppositions. Est-ce que le RN sera vent debout contre ce maintien du gouvernement? "On nous a volé l'élection. On a fait des dizaines et des dizaines de députés. Maintenant, il faut un changement de politique." Ca peut mettre la pression. Tout le monde attend d'abord de voir comment le ballon va rebondir et quel sera le poids de chacune des composantes pour discuter. On est dans une inconnue totale. Vous voyez comment le soir du premier tour des législatives,
d'aucuns disaient que c'était la route du pouvoir qui s'ouvrait pour le RN. On disait qu'ils auraient à eux seuls la majorité absolue. Aujourd'hui, on n'est même plus sûrs qu'ils soient la première formation politique dimanche soir au jeu des désistements. Tout le monde attend de voir comment les choses vont évoluer. Si, comme d'habitude, on a des évocations spontanées qui se révèlent pour occuper le poste de Matignon, bien malin qui va pouvoir chevaucher cette Assemblée. Il faudra avoir beaucoup de talent et de diplomatie pour faire travailler ensemble des gens qui sont totalement antagonistes.
- I.Trippenbach: Quels que soient les résultats, le Rassemblement national sortira très entaché de cette fin de campagne. J.Bardella avait beaucoup misé aussi sur son image de compétence, d'image très lisse et très maîtrisée. Il avait mis en avant son fameux plan Matignon mis en place au sein de la direction du parti depuis mars 2023, avec 90 % des candidats quasiment prêts à être investis. Et on se rend compte que la base militante, intermédiaire du parti, n'est pas du tout prête à exercer des fonctions de responsabilité. On parlait des débats sur les sujets de fond,
mais il y a aussi des profils extrêmement problématiques. On a beaucoup parlé de profils racistes, antisémites, voire criminels, qui sont extrêmement problématiques pour J.Bardella, qui a dû s'en expliquer. C'est quelque chose qui va perdurer et qu'il va devoir purger au fil du temps, y compris après les résultats de dimanche. - C.Cornudet: Dimanche soir, il y aura une addition à faire. Il faudra additionner les députés RN plus les députés LFI. Si ça, ça fait la majorité absolue, ce sera très compliqué. - M.Lauqué: Vous l'avez sans doute vu ces dernières semaines et ces derniers jours, des artistes ont pris la parole dans cette campagne. Les tribunes se multiplient pour analyser les programmes ou pour informer les citoyens, notamment celle d'un haut fonctionnaire de l'Education nationale. - Elles se multiplient ces dernières semaines dans les grands journaux nationaux, des tribunes signées par des influenceurs, avocats, scientifiques ou encore historiens. Fin juin, 170 diplomates rompent leur devoir de réserve dans les colonnes du "Monde". Ils dénoncent les risques géopolitiques d'une victoire du RN. Des cadres de l'Education nationale
se disent prêts à désobéir. ... Désobéir malgré les risques de mutation ou encore de révocation... Qu'importe, l'auteur de la tribune anticipe de potentielles mesures radicales, typiques de l'extrême droite. - Ce pourrait être une demande de vérification du caractère légal du droit de séjour des élèves ou de leurs familles sur le territoire français. Pour un inspecteur, ce pourrait être, notamment en histoire, de vérifier que le programme révisé par les instances du gouvernement d'extrême droite soit appliqué. La crainte sur les programmes, notamment en histoire, c'est notamment la substitution d'un programme fondé sur des recherches, la science, sur des travaux universitaires, par un programme de propagande comme on peut en voir dans un certain nombre de pays où les gouvernements sont autoritaires. - Autre secteur très mobilisé depuis la dissolution de l'Assemblée: le monde de la culture. 1500 signataires pour cette lettre adressée au président de la République. Parmi eux, l'acteur C.Berling. - C.Berling: Je fais partie de ces gens de gauche extrêmement dégoûtés par le trajet politique de Macron
depuis qu'il est au pouvoir. J'ai été, comme beaucoup de personnes de gauche, à sa défense, ou en tout cas à la défense de la démocratie contre la menace totalitaire du RN. Je me sens comme beaucoup de gens de gauche profondément trahi. - Du théâtre au cinéma, le secteur craint de devenir la première victime du RN. - C.Berling: Les artistes que nous sommes doivent se battre pour cette liberté. Cette liberté, avec des théories simplistes, totalitaires, autoritaires, propagandistes comme le propose le RN, qui veut limiter la culture au patrimoine, qui considère que l'art, c'est son domaine... Le problème, c'est que le politique disant à un artiste que ça, c'est de l'art, et que ça, ça ne l'est pas, c'est le début du totalitarisme. Je pense que les gens vont avoir un retour de bâton qu'ils n'imaginent même pas. - Des tribunes qui déclenchent parfois des réactions violentes. Un site d'extrême droite appelle à éliminer une centaine d'avocats signataires d'une tribune contre le RN.
Le Conseil de l'Ordre du barreau a saisi le parquet. - M.Lauqué: On vient d'apercevoir C.Berling, mais je ne les trouve pas si nombreux que ça, les artistes, à avoir pris la parole, comparé à 2002... - C.Cornudet: Bien sûr. Il n'y a pas eu de manifestations monstres, alors que jamais le RN n'a été aussi proche du pouvoir. En revanche, on sent une énorme inquiétude dans le monde associatif sur ce que vont devenir les subventions, le Planning familial... Ce sont des inquiétudes sourdes. Les grandes prises de position comme ça, les gens se rendent compte que ça ne sert pas à grand-chose. Il y en a beaucoup eu dans le passé. Il vaut peut-être mieux se battre dans les urnes. - M.Lauqué: Comment vous analysez cette hésitation des artistes?
- M.Lazar: Je connais mal le monde des artistes. Je connais mieux le monde de l'éducation, qui s'est mobilisé par l'intermédiaire de ces pétitions. Sur les associations, c'est intéressant. Beaucoup d'associations dans les villes contrôlées par le RN ont expliqué ce qu'il se passait là-bas. Il y a une expérience. Dans votre reportage, une personne dit: "On sait ce qui s'est passé dans d'autres pays." Il n'a pas tort. On sait ce qui s'est passé en Hongrie, en Pologne... On sait ce qui se passe en Italie. On présente madame G.Meloni comme une grande démocrate pro-européenne, mais elle a mis la main sur la télévision publique. Forza Italia, son allié, possède l'autre partie
du paysage télévisuel. Elle remplace systématiquement les gens à la tête des institutions culturelles par des gens proches d'elle. On comprend les motifs d'inquiétude. On peut les partager pour certains d'entre nous. Je comprends l'attitude des scientifiques, qui n'arrêtent pas de dire qu'il y a un problème avec le réchauffement climatique. On peut comprendre les associations de la Ligue des droits de l'homme et les autres, qui disent qu'avec le programme de la préférence nationale... Ca aura des implications sur la vie quotidienne. Il y a aussi le sujet des immigrés, notamment étrangers... On peut comprendre ça. Mais est-ce que c'est efficace? J'ai quelques doutes. Les signataires parlent surtout pour des gens déjà convaincus. C'est très difficile de convaincre les électeurs du RN. Toutes les enquêtes que nous avons montrent que ce n'est plus un vote de protestation mais d'adhésion.
Par conséquent... M.Proust, le plus grand sociologue qu'on a connu, disait que les faits ne pénétraient pas dans le monde des croyances. En revanche, ça peut convaincre ceux qui hésitent, ceux qui sont à droite et qui se disent qu'ils pourraient peut-être essayer. C'est la fameuse formule qu'on entend. Mes collègues historiens qui ont fait des pétitions... Moi, je n'en ai pas signé pour des raisons diverses et variées... Ils peuvent rappeler qu'on va voter pour un parti qui a une histoire. - M.Lauqué: Sauf que ceux qui hésitent ne sont pas si nombreux que ça. Si? Il y a encore un taux d'hésitation important? - J.Fourquet: Ce n'est pas négligeable.
On n'hésite pas entre voter Nouveau Front populaire ou RN. On hésite entre y aller ou ne pas y aller. Ces pétitions et ces tribunes participent d'un bruit de fond ambiant qui peut inciter à la mobilisation et rappeler la gravité du moment auprès d'électeurs déjà plus ou moins convaincus. Un électeur de gauche qui se dit que dans ça conscription, il n'y a plus de candidat de gauche, donc il va devoir voter pour un candidat macroniste ou de droite pour faire barrage au RN...
Peut-être que dans son milieu de l'éducation de la culture, on va lui dire de se mobiliser et ça pourra marcher. En revanche, ça accrédite dans l'électorat du RN l'idée qu'ils sont considérés comme le parti paria. S'il y a moins de personnes qui signent aujourd'hui ces tribunes et ces pétitions, il n'y a en revanche aucune personne qui signe des pétitions pour appeler à voter pour le RN. Il n'y a pas un sportif ou un artiste, pas un chanteur, pas un rappeur qui appelle à voter pour le RN. Tout ça accrédite, aux yeux des électeurs du RN,
l'idée qu'il y aurait une caste qui serait celle des puissants. Les états-majors politiques se sont mis d'accord pour retirer leurs candidats. Et puis, chaque corporation, des gens qui prennent la lumière, des gens qui vivent des vies confortables... Ca peut nourrir ce ressentiment que tout est joué, que les dés sont pipés et qu'il y a un système qui les enserre et les prive d'une victoire légitime. - I.Trippenbach: Il y a eu une sidération dans un premier temps avec beaucoup de débats, notamment pour faire émerger des tribunes collectives. On l'a vu au "Monde" avec la tribune des diplomates qui est arrivée plusieurs jours après la dissolution. Ca a généré des débats sur le bilan d'E.Macron au Quai d'Orsay
et sur des positions des hauts fonctionnaires. Ensuite, j'ai posé la question au service chargé des tribunes au "Monde"... On m'a expliqué que dans cette élection en particulier, il y avait beaucoup de fébrilité autour des prises de position communes d'un corps de métier, par exemple. Une tribune était finalement jugée trop modérée, trop brutale... Ou alors, des signatures se retiraient au dernier moment. - M.Lauqué: Il y a donc une prudence. - I.Trippenbach: Et une tension. La politique appartient à tout le monde, donc c'est très bien que des gens de la société civile s'expriment, y compris par le biais de tribunes, même si la sidération a pu s'expliquer dans un premier temps
parce que le RN a quand même fait plus de 31 % aux européennes, et aussi parce qu'on a internalisé cette idée de sécession des élites, selon laquelle les élites culturelles, économiques se rassemblent entre elles et défendent leurs intérêts. Néanmoins, la nouveauté dans cette élection, c'est que l'extrême droite séduit désormais une partie de ces élites aussi. Le fait que des historiens s'expriment pour rappeler quelles sont les valeurs de la République, pourquoi J.Bardella raille J.Moulin, qui devrait être une référence commune que l'on défend encore...
Ca, c'est utile à l'égard de ces milieux élitaires et chez le public. - M.Lauqué: On passe à vos questions. Question. - J.Fourquet: Dans un sondage, on interroge les gens sur leur intentions de vote. Ensuite, il faut qu'on projette ça circonscription par circonscription. Aujourd'hui, on serait sur une moyenne de 200 sièges pour le RN, à plus ou moins 20. Ce ne sont que des projections. On est très loin de la majorité absolue. Par contre, ils ont déjà eu 39 élus dès le premier tour. - M.Lazar: Ils en avaient 89. - M.Lauqué: Question. - C.Cornudet: C'est une bonne question. Ce sont les électeurs RN qui peuvent s'en offusquer. Les électorats vivent dans des bulles de déni où ils ne se rendent pas compte qu'ils sont peut-être minoritaires... Là, les électeurs ont tellement eu le sentiment que ça pouvait marcher cette fois, ils sont entourés de tellement de gens qui pensent comme eux que forcément, ils pensent que ce sont les élites qui se coalisent contre eux. Ce phénomène de bulle dans lequel on est tous enfermés...
Dans une grande ville, on ne mesure pas le niveau du RN. Dans la campagne, on ne se rend pas compte qu'il y a d'autres choses que le RN dans la vie. Ca crée ce sentiment de vol d'élection. - M.Lauqué: Merci. Dans un instant, vous avez rendez-vous avec A.-E.Lemoine et toute son équipe. Bonsoir. Quel est le programme? - A.-E.Lemoine: Bonsoir. Depuis l'annonce de la dissolution, près de 1 Français sur 2 se dit angoissé. 70 % en ont parlé en famille. 16 % se sont même engueulés avec leurs proches. Le scrutin de dimanche tient la France en haleine,
entre espoir et tristesse. Une question qu'on soumet ce soir au patron des socialistes, O.Faure. Il sera notre invité.
François Ruffin