« LE MOMENT FRANÇAIS » | CONFÉRENCE À LA SORBONNE
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 87 %Attaque 8 %Défensif 4 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 63 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 12:00OuverteRéponse directe
Comment appréhender ce gaullisme moderne pour l'actualité et pour l'avenir ?
- 18:00OuverteRéponse partielle
Vous sentez-vous plus proche d'Olivier Faure ou de Gabriel Attal ?
- 24:00OuverteRéponse directe
Plusieurs bords affectent la cohésion nationale. Comment y répondre ?
- 30:00FerméeÉludée
Êtes-vous candidat ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 7:00Chiffre
« Depuis 20 ans, la France tourne au ralenti. Sa croissance moyenne est d'à peine plus de 1% depuis 2010, soit moins de la moitié de celle des trois décennies précédentes. »
- 8:00Chiffre
« D'ici 2030, la totalité des recettes de l'impôt sur le revenu sera consacrée à rembourser les seuls intérêts de nos emprunts. »
- 10:00Fait
« La législation a doublé en volume depuis 2002. Son application s'est effondrée. »
- 11:00Chiffre
« En 2006, lorsque j'étais Premier ministre, grâce à des efforts conséquents, les déficits baissaient à 2,5%. La dette baissait à 64% du produit intérieur brut. »
- 17:00Chiffre
« Un quart des lycéens ont des pensées suicidaires. »
- 23:00Fait
« La France est une puissance innovante, créative, imaginaire, pleine d'atouts. Elle en a bien plus qu'on ne le croit. »
- 4:00Fait
« Nous sommes dans l'épreuve. »
- 8:00Fait
« L'antisémitisme a progressé dans notre pays au fil des années. »
Modèle mistral-small-latest · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
Alors, vous avez indiqué que je ne venais pas parler de politique étrangère, mais le monde vient à nous, ici, dans cet amphithéâtre Richelieu, à la Sorbonne, pacem summa tenent. Nous sommes donc dans le monde, puisque nous tenons ici, tous ensemble, main dans la main, nous tenons la paix. Et c'est peut-être en tenant la paix que nous sommes le mieux placés pour mesurer la responsabilité de la France.
Et pourtant, le moment français est aujourd'hui un moment d'inquiétude. Aujourd'hui, je suis venu vous parler de la France, parce que personne n'en parle plus vraiment. Pas de la nouvelle France, je n'y crois pas, pas de la France de souche, elle n'existe pas, non, la France tout court, celle qui nous unit, celle que nous aimons, universelle et humaniste, celle que nous voulons défendre et protéger.
Le mot France lui-même, c'est comme effacé du vocabulaire, réduit à n'être plus qu'un logo sur un papier à en tête. Tout s'est rétréci, tout s'est déshumanisé. On n'écrit plus une histoire commune, on ne s'adresse plus aux citoyens, on gère des statistiques.
Tout sonne creux en politique. Comme des enfants, il nous faut ensemble réapprendre des mots oubliés. Liberté, égalité, fraternité, dignité.
Mais il nous faut aussi ranimer des mots rétrécis. Identité, sécurité, laïcité, souveraineté et surtout, humanité. Le rôle du politique tel que je le conçois, c'est la révélation patiente et exigeante du pays à lui-même, fidèle aux mémoires et ouvert à l'avenir.
Alors prendre la parole ici, en Sorbonne, dans un lieu si chargé d'histoire et de savoir, dont les murs résonnent encore de temps de débats, cela invite à la gravité. La gravité de ce moment français, où il nous appartient de choisir et de faire face à cette vérité d'une France qui a renoncé à être la France. D'une France abandonnée par ses dirigeants politiques, incapable de surmonter les dénis, les contradictions et les occultations, incapable d'assumer les vérités qui permettent à un pays d'avancer.
Voilà ce qu'ont su faire tous les grands hommes d'État et tous les grands politiques que ce pays a produit. Richelieu, Clémenceau, Blum, Madès France, De Gaulle, Mitterrand, Chirac. Comme Perceval devant le Graal, nous voyons bien ce qui est en train de disparaître.
Mais nous ne savons plus toujours poser la question décisive et, faute de nommer l'essentiel, nous laissons le mal grandir. La vérité la voici. La France s'efface chaque jour un peu plus.
J'ai parfois l'impression qu'elle disparaît devant nos yeux. Nous vivons dans un pays qui porte encore le nom de la France, qui en a la géographie, les institutions, mais où quelque chose d'essentiel s'est perdu. La France ne fait plus pleinement corps avec son peuple.
La France, ce n'est pas un décor. C'est l'odeur de la terre après la pluie, ce pétricor qui monte des chemins, des champs, des jardins. C'est la brocante sur la place du village, les volets entrouverts le matin, le café pris debout avant de partir travailler, les grandes tablées de campagne, la pétanque improvisée et l'ombre du tilleul sur la nappe à carreaux.
C'est la cour d'école où deux manteaux jetés par terre suffisent à faire des cages de football. C'est le quart scolaire en retard, le métro arrêté entre deux stations, la salle d'attente bondée du médecin quand il y en a un. Le guichet qu'on espère encore ouvert, le verre partagé en rentrant du travail.
C'est l'adolescent qui cherche sa liberté dans un premier baiser ou une première cigarette. Les familles qui se retrouvent ou se déchirent, les deuils, les mariages, les amitiés qui se font et se défont. La France, c'est la vie ordinaire de millions de gens.
C'est ce qui nous relie les uns et les autres sans bruit. C'est ce qui fait que malgré tout ce qui nous divise, nous continuons à nous reconnaître comme un même peuple. Remettre l'humain au cœur, c'est reconnaître à l'origine du projet républicain l'affirmation que le but de la société est le bonheur commun.
C'était le premier article de la première constitution, de la première république. Et cela exige que nous regardions à nouveau comme un peuple d'histoire et de destin partagé, comme une nation d'intranquillité et d'humanité. Cette France est aujourd'hui livrée à tous les périls du monde.
La première menace, c'est le réchauffement climatique, qui franchit tous les seuils d'alerte scientifique, qui vide la planète de ses ressources et remplit l'atmosphère de gaz carbonique, qui met en danger nos existences elles-mêmes, nos paysages et nos modes de vie. La deuxième menace, c'est le retour de la force. Et j'en parlais ici même, il y a un peu plus d'un an, la guerre s'étend.
Ukraine, Gaza, Iran, Liban. Pourquoi ? Parce que la force supplante le droit.
Et que les empires sauront toujours s'entendre entre eux, contre les États-nations, contre cette France qui en est l'emblème depuis 1789. La troisième menace, c'est le populisme identitaire. Partout revient la préférence pour les liens du sang, de la religion, de la communauté.
L'extrême droite globalisée le sait, si la France laïque et républicaine tombe. C'est une idée universelle qui recule. La quatrième menace, enfin, c'est l'emprise sur les esprits.
Les réseaux sociaux captivent et capturent les consciences, assistées par l'intelligence artificielle. Ils affaiblissent nos défenses cognitives et font vaciller le sens des existences individuelles. De nouveaux oligarques comme Elon Musk peuvent désormais exercer plus de pouvoir qu'un grand État démocratique.
Et tout cela est le fruit de la marchandisation de la société. Un monde qui transforme les vies humaines en données et les données en marchandises, qui déshumanise pour justifier le pire. C'est une bataille contre la vérité qui a commencé et c'est la loi de l'argent qui gagne.
Une bataille décisive dans la guerre conduite contre l'humanité. Et la France est d'autant plus exposée qu'elle est empêtrée dans ses nœuds gordiens. Le premier, c'est la stagnation économique.
Depuis 20 ans, la France tourne au ralenti. Sa croissance moyenne est d'à peine plus de 1% depuis 2010, soit moins de la moitié de celle des trois décennies précédentes. Cette dégradation est le résultat d'une absence de choix depuis près de 20 ans.
Le refus de réformer vraiment, la préférence pour le sous-poudrage, la peur de blesser les intérêts particuliers. Le deuxième nœud, c'est l'impuissance de l'État. Toujours plus de dépenses pour des services publics qui paraissent toujours moins efficaces.
C'est l'expérience de tous les contribuables. L'hôpital public est à la peine, la justice s'essouffle, l'école ploie et la police est sous tension. Pendant ce temps, l'État numérisé semble parfois couper le lien avec ses citoyens.
L'État est partout dans les procédures, mais de moins en moins dans la vie réelle. Troisième nœud, la blessure des mémoires. Nous sommes prisonniers des fantômes d'une guerre d'Algérie et d'un passé colonial qui ne cesse de projeter le rombe sur notre quotidien.
Ces fantômes pèsent sur le regard porté sur la jeunesse, issu de l'immigration, vu trop souvent comme un ennemi de l'intérieur, et ils nourrissent les ressentiments. Comment sommes-nous passés de la France, de 1998, aux polémiques sur Aya Nakamura, chantant sur le pont des Arts, aux côtés de la garde républicaine ? Une nation qui s'aveugle sur son passé et vouait à trébucher sur le présent.
Quatrième nœud, la société des colères. Les gilets jaunes, les agriculteurs, les soignants, les enseignants, les policiers, les jeunes des banlieues. Chaque année s'allonge le cortège de ceux qui ont l'impression de ne plus compter, de ne plus être entendus que dans la violence.
À chaque fois, le pouvoir choisi entre l'ignorance et la concession. Et à chaque fois, rien ne se règle durablement. Cinquième nœud, enfin, le cercle vicieux des déficits.
Notre dette nous place à la merci de l'humeur de nos créanciers, augmentée de 1 000 milliards d'euros en moins de 10 ans. D'ici 2030, la totalité des recettes de l'impôt sur le revenu sera consacrée à rembourser les seuls intérêts de nos emprunts. Nous vivons à crédit sans en assumer les conséquences.
La réalité de la France de 2026 est celle de l'étrange défaite décrite par Marc Bloch après la débâcle de 1940. L'histoire d'un blocage social collectif qui entraîne un engrenage de l'impuissance, la cause en est l'effondrement des trois grandes institutions de la confiance, le droit, la sécurité sociale, l'école. Le droit n'est plus la langue commune du vivre ensemble, à tel point qu'un ministre de l'Intérieur en fonction ait pu, sans vergogne, remettre en cause l'état de droit.
On commence par dire que le droit international est impuissant, on finit par dire qu'il est inutile, on commence par dire que l'état de droit protège les malfaiteurs, on finit par dire qu'il entrave le peuple, on commence par tolérer l'ambiguïté avec la haine et la violence, on finit par banaliser la brutalité politique. Voilà le vrai glissement de notre époque. Nous devons tenir ferme.
Le droit n'est pas une faiblesse. Il est la forme civilisée de la force. L'état de droit n'est pas un obstacle à la démocratie.
Il est la condition même de sa durée. La sécurité sociale n'est plus le rempart contre les accidents de la vie. Les Français s'inquiètent désormais de la pérennité des retraites et de l'assurance santé universelle.
L'école n'est plus le tremplin de l'égalité des chances, de l'élévation morale et de l'ascension sociale. La défiance qui en résulte est un mal contagieux. Elle alimente toutes les dérives.
Fièvre des promesses toujours plus éloignées des réalités. Fièvre des lois bavardes. La législation a doublé en volume depuis 2002.
Son application s'est effondrée. Fièvre d'une vie à crédit sur les générations futures autant que sur la planète. Fièvre des impôts, des taxes, des accises.
Si la France en est arrivée là, c'est qu'elle a été abandonnée. Oui, elle a été abandonnée par ses dirigeants. Et le macronisme porte une lourde responsabilité.
C'est l'échec de la ruse en politique. C'est en même temps qu'ils ne voulaient pas dire rassemblement mais bon plaisir. C'est l'échec du dogmatisme en matière économique, d'un ruissellement qui n'est jamais venu, d'un paternalisme qui prétend que traverser la rue suffit à trouver du travail et prend de haut des gens qui, dit-il, ne sont rien.
C'est l'échec de la gesticulation en politique étrangère, le grand discours qui prétend réformer l'Europe depuis ses mêmes murs, puis l'action brouillonne qui sape toute ambition réelle par des nominations hasardeuses et des calculs mesquins. Mais la trahison est plus ancienne. La présidence de François Hollande a contribué à affaiblir la puissance publique et à abaisser la fonction présidentielle.
Il a miné le pacte républicain en proposant la déchéance de nationalité. Le sarkozisme, quant à lui, a introduit en France le virus de la division. Il a fragilisé l'État de droit au nom d'une sécurité qui ne s'améliorerait pas, introduit le venin d'une identité nationale définie contre l'immigration.
Depuis 2007, la France n'est ni gouvernée ni réformée. Piégée entre l'hyper-présidentialisation de la fonction et la banalisation de la parole des chefs d'État successifs. La clé de voûte qu'est le président de la République dans la Vème République est sortie de son axe.
Nous avons perdu la protection d'un président qui préside, qui arbitre, qui rassemble, qui pense à l'avenir de la France. Jacques Chirac a été le dernier président de tous les Français, le dernier d'une lignée, De Gaulle, Pompidou, Giscard d'Estaing, Mitterrand. Et je reconnais ma dette à l'égard de cette lignée des grands chaînes abattues, ces chaînes à terre qui n'ont pu empêcher, au début de ce siècle, que la France soit foudroyée.
Foudroyée. Oui, foudroyée. Foudroyée en 2002, un 21 avril, par une élection présidentielle qui a vu le Front national prendre jusqu'à ce jour le premier rôle dans notre vie politique.
Foudroyée en mai 2005 par un référendum perdu sur le traité constitutionnel européen qui a affaibli la France en Europe et nourri la défiance légitime des Français. Foudroyée en mai 2007 par la prise de pouvoir de Nicolas Sarkozy, jouant de ressentiments et de divisions internes pour surjouer la rupture qui fut en définitive un détournement de nos principes républicains transformés en armes de combat d'une France contre une autre. À chaque étape, la même dérive.
Substituer la tactique à la vision, le court terme à la durée, la division au rassemblement. Ma première vie politique s'est déroulée entre ces coups de tonnerre. Elle a menacé d'être fracassée, elle aussi, par la foudre.
Les crocs de boucher, l'ostracisme, les rumeurs, la calomnie qui ont la vie dure. J'ai eu ma part d'épreuves. J'ai eu ma part d'erreurs aussi.
Je n'ai jamais craint de les reconnaître. Sur le CPE, sur les autoroutes, sur les banlieues. J'ai eu ma part d'exil.
La traversée du désert, je l'ai connue. J'ai dû construire, pour ainsi dire, une vie hors de France. Développer une activité, ouvrir un chemin pour faire vivre autrement mes convictions.
Aujourd'hui, je reviens parmi vous parce que, comme tant de Françaises et de Français, je ne peux plus accepter l'abaissement de la France. Car les Français sont aussi manipulés par les démagogues, de gauche comme de droite, exploitants avisés des colères. L'extrême droite est un danger imminent pour la France, mais elle n'est pas tombée du ciel.
Elle est le produit d'un monde politique qui, trop souvent, a aimé le pouvoir plus qu'il n'a servi la démocratie. En jouant avec les peurs, en fabriquant de l'exclusion, en inventant des boucs émissaires, il a préparé le terrain sur lequel des radicalités prospèrent. Car les radicalités vivent toujours du même vide.
Celui que laisse une République qui ne protège plus, ne parle plus juste, ne rassemble plus. Il faut aussi nommer la désertion des élites sociales, économiques, culturelles. Elle conduit les intellectuels et les nouveaux clercs à abandonner le service de la vérité et de la raison pour se rêver en moines soldats des guerres culturelles.
Quand la pensée se radicalise, le débat disparaît. Les uns veulent imposer des mots, des orthodoxies nouvelles, comme si la langue devait être placée sous surveillance. Les autres s'enferment dans une croisade contre le wokisme qui sent l'arrière-garde.
La vraie tradition française n'est pas d'anonner ou d'abolir, mais de transmettre en progressant. Les scolastiques le disaient ici même, nous sommes des nains juchés sur des épaules de géants. Alors, puisque l'heure est grave, acceptons d'aller jusqu'au bout de la question des responsabilités.
Nous, Françaises et Français, en avons tous notre part. Nous avons consenti à notre enchaînement, nous avons renoncé à l'unité nationale et accepté le jeu des divisions. Nous avons laissé la peur gouverner.
La Fontaine en a fait une fable. Dans les grenouilles qui demandaient un roi, un peuple lassé cherche un chef pour être rassuré et finit par recevoir une grue prête à le dévorer. De celui-ci, contentez-vous de peur d'en rencontrer un pire.
La tyrannie s'installe dans un engrenage impitoyable. Ainsi abandonnée, la France se retrouve dépossédée. Dépossédée de son destin collectif, nous avons l'impression que tout se décide ailleurs.
Mondialisation, Europe, GAFAM. Mais c'est d'abord l'affaiblissement intérieur qui a rendu possible ces dépendances aux géants numériques américains, à l'industrie automobile chinoise, aux marchés, aux faits et gestes d'un seul homme à Washington. La réalité, c'est aussi la dépossession de nos vies individuelles.
Tout semble toujours être décidé par d'autres, au niveau d'une bureaucratie opaque, d'un algorithme compliqué, d'un siège de banque lointain. Nos agriculteurs épuisés par une transition qui n'en finit pas et acculés parfois au suicide. Enseignants, artisans, aides-soignantes, chacun éprouve le même sentiment de ne plus être pleinement maître de son métier et de sa vie.
Or, il n'y a pas de fatalité. Pour redresser la République, il nous faut relever ensemble ces trois piliers. La dignité, l'unité, la souveraineté.
Tout renaît en effet par la dignité. La dignité, c'est la lumière intérieure qui nous permet de choisir, d'agir, d'assumer la responsabilité de nos actes et transmettre. La dignité, c'est le pouvoir sur sa propre vie et la source de la citoyenneté.
C'est la grandeur de notre condition humaine quand elle accepte de regarder en face sa fragilité. Je suis l'autre. C'est l'enseignement du gentil Nerval.
C'est ici, dans ce creux de vie, où se niche le ferment de la République, que se niche la vérité la plus pure, la plus nette et la plus claire de l'humanité. Dans le regard porté sur l'autre, dans l'amour de l'autre, dans l'attention portée aux ombres de la vie. Saint-Exupéry nous en a laissé une image plus juste que toutes les abstractions.
Dans Terre des Hommes, il raconte son ami Guillaumet, perdu dans la neige des Andes, avançant pas à pas au bord de l'épuisement. Ce qui frappe dans ce récit, ce n'est pas la puissance d'un surhomme. C'est au contraire la fidélité d'un homme vulnérable, exposé, presque perdu, et pourtant debout, parce qu'il se sait attendu, parce qu'il se sait responsable. « Ce que j'ai fait, je te le jure, jamais aucune bête ne l'aurait fait, dira Guillaumet. » Voilà peut-être la vraie dignité humaine.
Non pas nier sa faiblesse, mais continuer magréel, répondre de soi jusqu'au bout. Et il est des épreuves qui transforment plus encore. Blaise Sandrard, dans la guerre de 1914, perd son bras droit.
Cette perte au-delà de la mutilation devient une rupture intérieure. Comme si, dans cet arrachement, quelque chose de violent en lui s'était défait. Comme si l'épreuve, en le diminuant, l'avait libéré d'une illusion de la force.
Il n'y a là ni héroïsme facile, ni consolation trompeuse, mais une vérité plus nue. L'homme ne se grandit pas en s'augmentant sans limite, mais en consentant à ce qui le limite. En apprenant à vivre autrement avec lui-même et avec les autres.
La dignité, c'est la puissance insoupçonnée de la vulnérabilité assumée. C'est l'acceptation de notre finitude, non comme une défaite, mais comme une condition de notre liberté. C'est la reconnaissance qu'il n'y a pas d'empire bienveillant, pas de technologie rédemptrice, pas de providence politique qui nous dispense de choisir et d'assumer notre vie.
C'est l'accomplissement de l'exigence des Lumières, de cet impératif que formulait Kant. S'appérait à Oudé, ose savoir, ose penser, ose malgré tout. Pensez à cet homme qui marche encore, après la catastrophe auquel Giacometti a donné forme en 1947.
Une silhouette mince, exposée, consumée par le vent et pourtant tendue en avant. La France est forte quand elle se sait vulnérable. Elle est forte quand, en juin 1940, tout semble perdu et qu'elle choisit Londres contre l'abdication.
Elle est forte quand elle entre en clandestinité dans les maquis, quand elle vit pour un projet qui la dépasse. Elle est faible, au contraire, quand elle se croit en sûreté derrière les lignes maginaux et les empires coloniaux. Et l'Europe aussi est plus forte quand elle se sait vulnérable, quand elle regarde en face ses dépendances plutôt que de donner des leçons au monde.
L'humanité, elle aussi, est forte quand elle se sait vulnérable, quand au milieu des pires épreuves, elle continue de créer, de raconter, de transmettre. Quant au cœur même de la nuit, quelque chose en elle refuse de céder. C'est ce que Vassili Grossman appelait la petite bonté.
Dans vie et destin, dans ce roman fleuve, à vous arracher l'âme au cœur de la guerre, au cœur des camps, au cœur de l'écrasement total des systèmes, il décrit ces gestes minuscules qui ne changent rien en apparence, mais sans lesquels tout serait perdu. Un morceau de pain partagé dans une file d'attente, une main posée sur une épaule, un regard qui reconnaît encore un visage humain, un sourire échangé au milieu de la peur, rien d'héroïque, rien de spectaculaire. Mais c'est cela, dit-il, qui sauve l'humanité.
Cette bonté-là n'a pas de doctrine, pas de partie, pas de drapeau, elle ne s'organise pas, elle ne se proclame pas, elle se donne. Elle passe d'un être à l'autre, elle est fragile, presque invisible, et pourtant indestructible. Et c'est peut-être à cela, au fond, que se mesure la dignité d'une société, à sa capacité à laisser vivre ses gestes simples, à ne pas les écraser, à ne pas les ridiculiser, à ne pas les rendre impossibles.
Et vous, mes chers amis, vous aussi, vous êtes fortes et forts quand vous acceptez ce que la vie comporte de vulnérable, sans en faire une humiliation. La vieillesse, la maladie, la solitude, l'égarement de l'esprit, cela ne sert à rien de les rejeter avec honte. C'est une part intégrante de notre condition, et donc une part de notre vie politique.
Une grande société n'est pas celle qui nie ces réalités, mais celle qui s'organise pour qu'elle n'écrase personne. Nous sommes fortes et forts quand nous regardons l'autre sans jugement. Celle ou celui assis à côté de nous, celle ou celui croisé dans la rue, ou dans le métro, dans la tente, dans la peine.
Et que nous comprenons qu'ensemble, il n'est pas de destin qu'on ne puisse forcer. Quand nous découvrons que dire « tu », c'est mieux apprendre à dire « je ». Nos consciences sont nos derniers refuges contre les menaces du monde.
Jamais dans l'histoire de l'humanité, elles n'ont été autant en danger, attaquées et manipulées par les réseaux sociaux et l'intelligence artificielle, convoitées par sectes et idéologies. C'est peut-être la dernière frontière de notre liberté. Protéger les consciences, c'est le rôle de la laïcité.
La loi de 1905 est une grande loi d'équilibre et de paix culturelle. Encore faut-il l'appliquer pleinement. Et protéger les consciences, c'est aussi la mission de l'école, qui doit donner des repères et transmettre les savoirs, partager le patrimoine commun de l'humanité, favoriser le développement harmonieux des personnalités et des corps.
Il lui faut nourrir l'esprit critique et son complément indispensable, l'éducation à l'écoute, à l'émotion, à l'altérité. La révolution de la dignité, c'est la reconnaissance d'une société où chaque vie compte. Finissons-en avec la cascade des mépris qui empoisonnent la France depuis si longtemps.
Le mépris de ceux qui gouvernent pour ceux qui sont gouvernés. Le mépris des castes, des écoles, des rangs et des grades. Des centres-villes pour les banlieues, des métropoles pour les villages.
Le mépris des personnes valides pour les personnes en situation de handicap. Le mépris de celui qui possède pour celui qui travaille. Et tragiquement, le mépris de celui qui travaille pour celui qui ne peut pas.
Reconstruire la France, c'est substituer à cette logique une cascade de reconnaissance. C'est enclencher un cercle vertueux de l'hospitalité. Nous pouvons rendre sa dignité à chacun en lui accordant les moyens de conduire sa vie, en rendant à chacun le pouvoir de se loger, le pouvoir de se soigner, le pouvoir d'entreprendre, de se déplacer, de se nourrir sainement, d'apprendre et de s'informer.
C'est le pouvoir, en un mot, de vivre pleinement sa vie. La priorité, cela doit être de réparer la République sociale bafouée au cours des dix dernières années, afin de reconstruire la société d'émancipation dont nous avons besoin. Cela passe par un État fort, un État de protection citoyenne garant des équilibres et de la justice.
Il revient de garantir trois biens communs vitaux. Le premier bien commun, c'est l'égalité. C'est l'égalité réelle des femmes et des hommes, d'abord qui est la condition de toutes les autres.
Il ne s'agit pas d'une égalité de papier, d'une égalité octroyée, mais d'une égalité qui reconnaît que la vie est meilleure pour tous lorsqu'elle est à parts égales. D'une égalité qui rend enfin visible ce que la France, ce que la République doivent déjà aux femmes, à leur combat, à leur engagement. Le bien commun de tous les Français, c'est bien sûr l'égalité des droits ainsi qu'une vraie égalité des choix.
Mais c'est aussi une vraie égalité des chances et même une égalité des deuxièmes chances, avec une attention particulière aux plus fragiles, à celles et ceux les plus exposés aux violences de genre, aux vulnérabilités silencieuses. C'est aussi, et peut-être surtout, une égalité d'accès aux soins, aux études, aux opportunités à l'emploi. Le deuxième bien commun, c'est la sûreté.
Je ne laisse pas ce mot au démagogue. Chacun a le droit de se sentir en sécurité. On se moque parfois du sentiment d'insécurité, comme si seuls comptaient les chiffres.
Je crois au contraire que c'est cela qui compte. Le sentiment concret d'être protégé, parce qu'il conditionne tous les autres choix. Cela suppose de renforcer toutes les sécurités.
La sécurité sanitaire, énergétique, qui permet de chauffer son logement. La sécurité sociale, mais aussi la sécurité nationale, qui garantit la présence des services publics partout sur le territoire. C'est aussi la sécurité des corps et des biens qui luttent contre ce poison de la peur qui peut empêcher les femmes de sortir librement, d'emprunter telle rue à telle heure, qui fait redouter aux médecins, aux fonctionnaires, aux agents de services d'accomplir simplement leur métier.
Le troisième bien commun, c'est la participation et d'abord le travail. Un travail qui paye suffisamment pour vivre. Un travail qui donne un sens, une identité, une place au sein de la communauté.
Nous devons revaloriser les métiers manuels, les métiers du soin, du lien ou de l'artisanat. Cela signifie rendre une continuité à une carrière par une formation qui permet de progresser, par un revenu net qui reflète l'effort par le transfert de l'ancienneté. Nous devons construire une véritable participation dans l'esprit retrouvé du gaullisme social en confiant aux partenaires sociaux un domaine propre de compétences et en refondant l'état social du XXIe siècle.
Cette France humaniste a besoin de s'ancrer au plus proche de la personne, sur des points d'appui concrets qui nécessitent des réformes. La famille d'abord. C'est devenu l'impensée de la gauche, le fantasme de la droite.
Et en attendant, plus personne n'en parle vraiment depuis des décennies. A tel point que nos politiques publiques sont toutes inadaptées. La priorité aujourd'hui doit être à la lutte contre les violences au sein de la famille.
En outre, divorces, successions, gardes alternés, fiscalité sont autant de sujets qui méritent une remise à plat lucide à travers des assises de la famille pour s'adapter aux réalités du nouveau siècle. La commune ensuite. La République au village, retaillée pour être le bassin de vie effectif des Français, avec des compétences directes sur l'emploi, la protection de l'environnement et la sécurité.
L'entreprise également. Premier lieu de solidarité et de reconnaissance. Qu'il faut rendre plus désirable par le dialogue social, par une meilleure répartition de la valeur et par une attention concrète aux conditions de travail et au salaire.
Et enfin, tous nos lieux publics, le stade, la salle de concert, le théâtre, tous les lieux où les Français cherchent la vie collective, l'optimisme, l'enthousiasme, le partage et qui doivent revenir, redevenir accessibles à tous. Cette révolution de la dignité, elle ne viendra pas d'en haut. Elle sera l'œuvre de tous et de chacun.
Elle sera le fruit d'une responsabilité partagée. En effet, notre deuxième pilier, c'est l'unité qui aujourd'hui nous fait défaut. Jadis, il y avait une hauteur, nous dit Paul Ceylan en hommage à François Villon.
Jadis, il y avait une perspective vers un point d'unité qui mettait en ordre l'ensemble de notre société. À nous de retrouver cette hauteur perdue. L'unité entre les Françaises et les Français, bien sûr, celle qui surmonte la diversité du réel au nom de quelque chose qui nous dépasse tous.
Mais aussi l'unité du monde sur lequel nous voulons agir. Notre société d'experts, de spécialistes, de procédures a éparpillé, fragmenté, éclaté notre vision du monde. Or, il n'y a pas d'action possible, pas de responsabilité possible.
Là où manque l'étincelle de la conscience. Nous devons rétablir l'unité du vivant d'abord. Les partis ont déçu en faisant d'une exigence un dogme.
Les gouvernements ont déçu en la rendant technique. L'Europe a déçu en reniant son exemplarité. Je plaide pour une écologie humaniste, une écologie de vie, de vérité et de volonté.
Une écologie de vie, car la protection de l'environnement est un enjeu de santé immédiat dans nos vies personnelles. À travers l'alimentation, l'eau, le sol et l'air pollué. Et un jeu d'inégalité sociale, car les risques climatiques pèsent en priorité sur les plus pauvres.
Notre maxime doit être « vivant » d'abord. Une écologie de vérité ensuite, car si la nature a pu devenir la variable d'ajustement de notre productivisme, c'est que nous avons brouillé les signaux. Une politique cohérente doit d'abord rétablir le signal du prix à travers une tarification nationale, européenne et mondiale du carbone.
Elle doit rétablir le signal d'alerte en donnant accès à la pleine information sur les risques et laisser s'exercer le principe de responsabilité. Elle doit rétablir le signal de l'impact pour accompagner l'investissement des ménages et des entreprises, là où il sera le plus efficace. Une écologie de volonté enfin, c'est-à-dire qui se donne les moyens et les instruments d'une planification efficace intégrant entièrement objectifs économiques et écologiques sur la base d'un large consensus inscrit dans la Constitution, associant largement la société civile et les collectivités territoriales.
Nous devons rétablir l'unité du territoire ensuite, à force de traiter les territoires comme des problèmes distincts, les banlieues, les campagnes, les îles. Nous avons oublié le principe premier de la République, une et indivisible, promesse unique, moyen variable, plus partout où il y a moins. Les sous-préfectures doivent redevenir le maillage de base des politiques territoriales.
Les maires doivent être associés aux grandes décisions nationales, à travers une assemblée annuelle des maires et les régions représentées au sommet de l'État par un Conseil des territoires autour du Président de la République. Unité du peuple ensuite. La France a toujours été le produit de la diversité.
Nous ne demandons pas aux gens d'oublier d'où ils viennent. Nous leur proposons de participer à ce que nous voulons devenir. La République ne nie pas les origines, elle les dépasse dans un destin commun.
Unité de l'effort, enfin. Les politiques publiques ont perdu de vue les résultats. L'État est lourd, myope, centré sur lui-même et cloisonné.
La dispersion qui prévaut depuis 20 ans a multiplié les niches, les effets d'aubaine et d'évasion. Les dénis de responsabilité. La fonction publique est démobilisée par le sentiment de surplace.
Il faut simplifier les lois et les organigrammes et reconstruire des administrations de missions temporaires, interministérielles, chargées de forger des nouvelles politiques publiques. C'est le rôle d'impulsion que peuvent jouer les chantiers présidentiels, à l'image de ceux que Jacques Chirac avait lancés en 2002. Car l'État ne doit pas seulement réapprendre à bien administrer, il doit à nouveau savoir ouvrir de nouvelles voies.
Le premier projet de l'État, c'est encore et toujours la souveraineté. Car, et c'est notre troisième pilier, tout recommence par la souveraineté. Le mot est devenu banal, galvaudé, vidé de son sens, mais ce mot magnifique, laissons-le résonner un instant avant d'en prendre toute la mesure.
J'entends par souveraineté la possibilité de l'action libre des hommes. Comme pourrait le dire Anna Arendt, c'est la liberté en acte, dans la responsabilité, face à l'incertain, quand les mots d'ordre, d'interdiction et réglementation sont devenus la norme. Cette responsabilité est un principe fondamental du droit.
La souveraineté, c'est à la fois la capacité de dire non et la volonté de dire oui. Elle est faite d'une multitude de souverainetés enchevêtrées, planétaires, européennes, nationales, personnelles et même intérieures, dont dépend notre identité individuelle et collective. La souveraineté nationale, pour commencer, doit tisser ensemble les souverainetés sectorielles.
Notre souveraineté énergétique, d'abord, nous devons mobiliser les ressources disponibles pour agrandir un parc de production électrique décarboné, manœuvrable, diversifié et sécurisé. Notre souveraineté numérique, c'est l'enjeu d'un cloud souverain et de confiance pour maîtriser nos données, face aux trois géants américains qui monopolisent deux tiers du marché. Notre souveraineté technologique et industrielle dépend de la maîtrise des modèles d'intelligence artificielle, du calcul quantique, de la robotique, des nanotechnologies.
Encore faut-il apprendre à raisonner en termes de filières et à nous doter des instruments capables de sécuriser nos approvisionnements en matériaux critiques. Notre souveraineté financière exige de renforcer nos défenses face à un dollar tout puissant, désormais prolongé par l'essor des crypto-monnaies grâce à un euro numérique fort. A une place financière de Paris consolidée en réseau avec Francfort, Milan ou Amsterdam et à la maîtrise de nos comptes publics.
Notre souveraineté agricole et alimentaire, enfin, car nous avons besoin d'un nouveau modèle agricole fondé sur l'équilibre qui garantisse à la fois la permanence de l'agriculture familiale et le progrès d'une agriculture compétitive, saine et de qualité. Cette souveraineté nationale reposera sur trois instruments pour retrouver notre élan. Celui de la France conquérante, du TGV, du Concorde, d'Ariane, ces fleurons de la technologie qui ont fait notre fierté.
Le premier instrument, notre fonction publique, qui doit redevenir une poutre porteuse de la société. A commencer par le rétablissement de l'École nationale d'administration et des grands corps, pour rétablir la continuité de l'État, pour en faire un vivier de serviteurs de l'État, ouverts sur la société et garants d'un projet commun, fondés sur les grandes transitions. Ensuite, un fonds de souveraineté et de solidarité, fer de lance d'un patriotisme financier réunissant les instruments publics éparpillés et mobilisant l'épargne nationale dont tous les Français deviendraient actionnaires à travers un volet d'épargne-retraite publique à rendement garanti, avec pour mandat central d'investir dans les souverainetés réelles.
Enfin, un conseil de souveraineté permanent auprès du Président de la République, instance dédiée à la souveraineté, la continuité et la sécurité de l'État français, avec des compétences de doctrine, de mesure et de sanction. La souveraineté populaire des Français est tout aussi vitale, car la démocratie n'est pas un accident pour la France. Elle est la nature même de notre pacte national.
N'ayons pas peur des référendums. De Gaulle en a organisé quatre. Depuis 2007, trois présidents se sont succédés, sans qu'un seul n'ait été tenu.
Nous avons besoin, pour débloquer le pays, d'un référendum d'initiative citoyenne inscrit dans un processus législatif rigoureux, préparé par une convention citoyenne permanente. Nous devons renforcer l'autorité judiciaire et lui donner l'indépendance d'un vrai pouvoir. L'histoire américaine récente en prouve avec urgence la nécessité.
Nous devons assurer l'indépendance, la sincérité et l'équité de tous les médias, en posant clairement la question de la concentration de leurs propriétés, car la démocratie ne peut survivre sans pluralisme réel de l'information. Cette souveraineté doit être aussi culturelle, car la culture est le territoire de l'esprit, là où se dessinent les frontières de notre liberté. Notre place dans le monde, c'est celle de nos idées, de nos récits, de nos images.
C'est une infrastructure de résistance et de souveraineté de nos imaginaires, de la culture pour tous des années Malraux à la culture de tous de la génération Mitterrand. Il faut relever aujourd'hui le défi de la culture par tous. Musées, ateliers, universités doivent s'ouvrir sur la société.
Faisons de nos industries culturelles des atouts dans l'édition, l'audiovisuel, la musique, les jeux vidéo. Intégrons les plateformes de diffusion à un cadre repensé de l'exception culturelle et du soutien à la création française. Soyons pionniers dans la maîtrise de l'intelligence artificielle, non pour la subir, mais pour l'orienter vers plus de création et de partage.
L'intelligence artificielle est entraînée sur notre patrimoine culturel, médiatique, artistique, administratif, sur les milliers d'œuvres générées par le génie humain. Il est essentiel que les artistes puissent accepter, ou non, que leurs œuvres soient mobilisées et toucher des droits sur elles, le cas échéant. Le rayonnement de notre culture à l'international est un impératif d'influence.
À l'heure où la France est menacée de rétrécissement, où elle semble parfois passer du statut d'avant-garde à celui de dernier carré, il est temps de rompre cet encerclement, d'œuvrer avec tous nos partenaires, à donner un nouveau souffle à la francophonie, de ne plus subir les dictates de courant venus d'ailleurs, ni de nous dissoudre dans des imaginaires d'emprunts qui uniformisent la pensée et affaiblissent nos génies propres. Notre voix ne redeviendra singulière, précise, audacieuse que si elle refuse les mimétismes serviles. C'est en restant maîtres de nos récits et de nos imaginaires que nous pourrons à nouveau parler au monde avec autorité.
Enfin, nous devons innover en faveur de notre patrimoine artistique et historique, qui contribue à notre identité. Il s'agit de développer de nouveaux moyens de valorisation. Les besoins des vieilles nations sont immenses et spécifiques.
Une coopération avec l'Italie, l'Espagne, l'Allemagne, la Grande-Bretagne, qui font face à des exigences similaires, pourraient permettre d'inventer une Europe du patrimoine. N'ayons pas peur, à l'heure du numérique, d'inventer de nouveaux instruments, des plateformes, jusqu'à la tokenisation. Je le dis sans embages, il n'y a pas de souveraineté française sans souveraineté européenne.
Nous sommes aujourd'hui dans une profonde impasse sur le droit et les sanctions, sur les finances et la monnaie, sur le numérique et la technologie. L'Europe est une passoire. Il faut donner une priorité à la souveraineté immédiate, au prix d'un peu d'unité, pour obtenir vite plus de sécurité et retrouver enfin toute l'unité.
C'est le rôle que j'assigne à un Conseil de sécurité européen, fondé conjointement par les cinq grandes puissances européennes, Allemagne, France, Espagne, Italie et Pologne, qui représente à elle seule les deux tiers de la population et de la richesse européenne. C'est l'espace crédible d'une avant-garde pour une accélération à travers des politiques coordonnées, ciblées et trop longtemps bloquées. Une fois les colonnes du Temple républicain relevées, nous pourrons œuvrer à un nouvel espoir.
Car la France est une puissance innovante, créative, imaginaire, pleine d'atouts. Elle en a bien plus qu'on ne le croit. Des chercheurs, des ingénieurs, des artistes, des artisans, des entreprises de renommée mondiale.
Il faut mobiliser tous nos atouts au lieu de les laisser partir à l'étranger. Cela passe par une politique de recherche puissante qu'il nous faut d'abord fonder sur des garanties essentielles. Une recherche fondamentale, ouverte, libre, inscrite dans la durée.
Un accueil des meilleurs étudiants et chercheurs étrangers. Une revalorisation des chercheurs. Une plus grande liberté d'aller et venir entre recherche fondamentale et appliquée.
Entre monde académique et entreprise. Une libération du temps de recherche en réduisant la charge administrative qui a transformé la vie de chercheur en parcours du combattant bureaucratique. Cela passe par une politique économique qui renforce la compétitivité et l'innovation.
Il s'agit d'abord aujourd'hui d'offrir aux entrepreneurs, aux investisseurs, aux salariés, ce qui manque tant au monde. De la sécurité, de la prévisibilité, de la clarté. Nous devons être capables de garantir plusieurs sécurités économiques essentielles.
Une sécurité physique des personnes et des biens. Une sécurité juridique mettant fin à l'empilement des textes et assurant une mesure de leur impact avant toute modification. Une sécurité fiscale en offrant une visibilité pluriannuelle.
Une sécurité de la propriété intellectuelle en renforçant la lutte contre l'espionnage industriel et la protection des brevets. La France, c'est aussi une jeunesse qui reprend espoir en ses propres forces. La France est une chaîne de génération dont nous ne sommes chacune et chacun qu'un maillon.
Nous ne la possédons pas. Nous la recevons. À charge pour nous de l'aimer de toutes nos forces et de la transmettre.
Romper un seul de ses anneaux par le mépris, par l'exclusion ou par la guerre. Et c'est tout l'édifice qui vacille. Nous traversons aujourd'hui une crise de transmission.
Les enfants se retrouvent pris au piège d'un monde qui ne fait plus lien. Sans lien, plus de transmission. La satisfaction immédiate et factice des besoins, des désirs, des impulsions empêchent la rencontre, le lien, l'altérité et en définitive la construction d'une personnalité autonome.
Ce qui est en danger, la souveraineté, la dignité, l'unité de l'individu, l'être humain éclaté. Aujourd'hui, la France est menacée par une incompréhension sans précédent entre des générations écartelées, parfois même antagonistes. La génération de l'après-guerre s'enorgueillit d'avoir construit la société dans laquelle nous vivons, dans un temps de progrès, de croissance et de modernisation, tout en demandant parfois aux jeunes générations d'en payer le prix.
La génération la plus jeune hérite d'un monde dépourvu de sens et de liens, perclus d'apocalypse, du réchauffement climatique à la prolifération nucléaire et au terrorisme global, tout en oubliant parfois qu'elle bénéficie de conditions de vie que bien des anciens leur auraient enviées. Entre les deux s'insère une génération qui s'est toujours sentie sacrifiée, héritière des récits libérateurs de ses aînés, mais soumise au chômage de masse, à l'épidémie du SIDA et à la montée du Front National, tout en ayant bénéficié de la plus longue période de paix mondiale. Pour établir l'harmonie des générations, nous devons aligner leurs intérêts vers nos enfants, ceux qui sont encore à naître et ceux qui s'apprêtent à entrer dans la carrière, comme le dit la Marseillaise.
Il s'agit d'abord de traiter ce nœud des retraites qui nous paralysent. Il faut se donner les moyens d'un équilibre durable. Ma préférence va à un système plus souple, plus juste, plus simple.
Il supprimerait l'âge légal et reposerait sur une règle de durée des cotisations, avec une prise en compte sérieuse de la pénibilité des métiers. Je sais que le défi à surmonter reste notre capacité à rassembler les Français, avec les partenaires sociaux, autour d'une réforme durable et partagée, en se fixant l'objectif du consensus. Mais quel que soit le choix, nous aurons besoin d'une règle d'or organique, d'équilibre des comptes, qui nous fera revenir à la vertu romaine de la sécurité sociale d'Ambroise Croizat.
Il faudra également investir sur la jeunesse, aussi bien dans l'éducation, l'emploi que dans la culture, avec trois points névralgiques. Première étape, l'accueil de l'enfant. Les premières années de la vie conditionnent tout le reste, et nous n'y investissons pas assez, notamment en répartissant plus justement les avantages familiaux et en concentrant les moyens sur la petite enfance.
Deuxième étape, l'épanouissement de la personnalité, qui doit être protégée dans une société qui expose les jeunes par les réseaux sociaux à des pressions et des dangers que nulle génération n'avait connus avant eux, grâce à des règles claires. Pas d'algorithme de recommandation, pas de scrolling pour les plus jeunes. Avec un grand plan de santé mentale des jeunes, érigé en priorité collective, quand on sait qu'un quart des lycéens ont des pensées suicidaires.
De la même manière, nous ne laisserons pas l'algorithme de Parcoursup choisir leur vie à la place de nos enfants. Troisième étape, l'entrée dans le monde professionnel. À l'articulation de la formation, de l'emploi et des stages, devenu un long tunnel angoissant pour beaucoup de jeunes, l'insertion professionnelle des jeunes doit devenir la priorité numéro un du nouveau service public de l'emploi, notamment pour assurer l'équité dans l'accès aux stages professionnels et à l'alternance.
La France doit surtout se mobiliser pour faire le saut de l'avenir. Beaucoup de Français semblent ne plus y croire et imaginer que le pays est fini. Rien n'est plus faux, mais il faut se tourner vers l'avenir pour pouvoir l'embrasser.
Il faut pouvoir avancer ensemble pour enfranchir les portes. L'espoir est à portée de main. C'est un avenir qui sera révolutionnaire et qui transformera profondément nos modes de vie, nos moyens de production, nos médias, nos maisons.
Cela peut susciter la crainte, mais si nous domptons ensemble ces forces à l'œuvre, nous pourrons les mettre au service du bien-être de tous. Nous pourrons accomplir cette nouvelle révolution industrielle comme nous avons réussi les précédentes. Au palais du passé, aux grandes gares, aux cités radieuses, nous ajouterons nos propres monuments encore à inventer.
La France qui en émergera pourra être plus riche, plus sûre, plus ouverte, plus unie et plus confiante qu'aujourd'hui. Elle pourra ajouter de nouveaux motifs de fierté à ceux que nous avons déjà. Elle pourra redevenir pionnière des sciences et de la technique comme elle le fut durant les deux premières révolutions industrielles.
Elle pourra revenir à l'avant-garde des arts et de la culture comme elle le fut des impressionnistes à la nouvelle vague. Il suffit d'ouvrir les yeux pour voir les opportunités immenses de ce nouveau monde qui augure un temps de croissance, de productivité et d'innovation comme nous n'en avons pas connu depuis plus d'un demi-siècle. C'est un avenir qui se mérite, pas un avenir qui s'hérite.
Il demande la mobilisation de toutes et de tous, exige d'inventer de nouvelles institutions, de nouvelles fonctions, une planification ouverte sur la société et appuyer sur un État solide. Cette planification doit se fixer pour objectif qu'un euro investi contribue à la fois à la souveraineté, à la dignité et à l'unité. Il s'agit d'accomplir de front cinq modernisations qui, chacune, aura un impact sur toutes les autres.
La première, c'est la décarbonation. C'est l'investissement le plus profitable que nous puissions faire, une transition à la fois ambitieuse et réaliste et possible, portée par la liberté des choix individuels plus que par les interdits imposés d'en haut. La clé, c'est évidemment la décarbonation de l'énergie et l'électrification des usages accompagnés d'une baisse de la facture d'énergie pour les ménages et pour les entreprises et l'indépendance face au marché des hydrocarbures incertains et trop volatiles.
En outre, un principe de transition solidaire doit s'imposer. Chaque instrument doit être accompagné d'un mécanisme de protection des ménages précaires. La deuxième modernisation, c'est la digitalisation.
L'intelligence artificielle génère tant des fractures sociales que des progrès. L'enjeu public est d'aligner la technologie sur l'humain pour éviter le paradoxe de l'usine de trombone, cette fable moderne ou une IA omnipotente pour remplir sa mission, consommerait tout le métal de la Terre, puis des corps. L'humain doit rester maître des tâches.
Cela exige un soutien accru à la recherche et une régulation forte à travers une agence de sûreté de l'intelligence artificielle. Troisième modernisation, la défense. La guerre aux portes de l'Europe impose de réinvestir dans notre industrie, le renseignement et la résilience.
Avant de chiffrer les crédits, une revue stratégique devra définir nos besoins pour gagner les conflits futurs. L'enjeu des équipements de pointe associés à des investissements humains et structurels, du spatial au cyber. Quatrième grande modernisation, la démocratisation.
Rétablir notre démocratie et investir dans notre État de droit et dans notre État social, c'est la meilleure riposte aux tentations populistes dans la durée. Cinquième, enfin, grande modernisation, la démographie. Nous avons la chance d'être dans une société où mettre au monde des enfants est un choix, un choix réfléchi et soutenu.
C'est le rôle de la société d'accompagner tous ceux qui font ce choix et de leur faciliter la décision. Nous avons la chance, j'assume ce mot, d'être un pays attractif dans le monde. L'enjeu d'une politique d'immigration, c'est notre stabilisation démographique, au service de notre croissance, de notre retraite et de notre avenir.
Sachons piloter une politique d'immigration de long terme et courageuse fondée sur une logique de réciprocité, dans le respect des mêmes règles et d'efforts partagés, accueil conditionné par l'acceptation des retours dans les pays d'origine, encouragement aux allers et retours, par priorité au visa, intégration renforcée misant d'abord sur la langue, la formation et la répartition sur le territoire, refus de l'acceptation tacite de la clandestinité qui conduit à aggraver les dangers sécuritaires, sanitaires et sociaux, en mobilisant l'État pour connaître et encadrer les populations présentes sur le territoire. Tout commence maintenant. Pour nous tourner vers l'avenir, nous devons mesurer le moment présent.
D'abord, le macronisme est mort et la vie politique est entrée dans un temps de deuil et de déchirements successoraux. Ensuite, les élections municipales ont montré que la polarisation se poursuit, s'accentue, s'enracine dans le pays. Enfin, ces élections ont démontré l'impuissance des partis.
Les combines d'appareils sont rejetées par les électeurs. Leur fragmentation transforme l'élection présidentielle en catastrophe annoncée. Enfin, l'extrême droite et l'extrême gauche, seules forces structurées.
Entre l'extrême droite et l'extrême gauche, seules forces structurées, tout flotte. Les partis ne sont plus que des appareils de cadres locaux, incapables de gagner, incapables de céder devant les nécessaires forces de renouveau. Il faut accepter de faire ce deuil pour se tourner vers l'avenir, parachever la transformation politique française.
Il faut prendre le temps de cette transformation, de cet éveil politique du pays. Nous devons prendre le temps de parler aux Français et d'aller à leurs rencontres, là où ils vivent, là où ils travaillent. L'heure est au labour et non à la charge de cavalerie.
Les mots d'ordre du moment sont ainsi rassemblement, travail de fond, sincérité. Quand le passé craque, l'avenir doit tisser de nouveaux habits. Nous devons désormais faire converger tous les talents, toutes les bonnes volontés, toutes les citoyennetés pour se retrouver sur une large plateforme et faire vivre la République, la Nation, l'État, l'intérêt général, dans le même esprit de réconciliation et de sursaut, qui fit celui du Conseil national de la résistance en son temps.
Le redressement doit partir du pays et il doit s'adresser à tous les Français, depuis les électeurs de la France insoumise jusqu'à ceux qui votent pour le Rassemblement national, sans excommunication, sans condescendance, sans exclusion. Ce redressement républicain, il a un nom. Le gaullisme.
Ni idéologie, ni nostalgie. Le gaullisme est une exigence. Sans elle, Charles Péguy nous l'a rappelé, la politique se dessèche.
Le gaullisme, c'est une fidélité à des principes. J'ai eu la chance, à certains moments de ma vie, de porter une fidélité. En 1995, une fidélité à Jacques Chirac et à travers lui, à l'héritage gaulliste.
En 2003, comme ministre des Affaires étrangères, une fidélité à l'indépendance de la France. Puis comme Premier ministre, une fidélité à l'esprit de mission qui m'a permis, lorsque j'ai passé le témoin en 2007, avec une équipe formidable, avec Jean-Louis Borloo, avec Jean-François Copé, Nélie Hollin, Brigitte Girardin, Christine Lagarde, Thierry Breton, de laisser une France qui tenait encore son rang et faisait jeu égal avec l'Allemagne. D'aucuns parlent de ma solitude.
L'histoire de la France ne s'écrit pas avec des majorités confortables. Combien étaient-ils en 1940 ? Combien étaient-ils en 1958 ?
Combien étions-nous en 1995 ? Ce n'est pas le nombre qui fait la victoire, mais la force de tout un peuple et sa conviction inébranlable dans les capacités de la France à se redresser. La seule solitude que je connaisse est celle de tout homme face à son destin.
Elle est universelle. Elle fonde nos choix. C'est elle qui pousse chacun d'entre nous à se tourner vers l'autre.
Et en vous regardant ce soir, je me dis, nous ne sommes pas seuls. Le gaullisme, c'est aussi une méthode de redressement, de présence, de décision. Et la méthode, c'est d'abord la fidélité à la République.
Parce que la République n'est pas un régime comme les autres. Elle est le fruit d'une conquête, d'une longue maturation, l'enfant des Lumières et de notre héritage millénaire. Elle repose sur des principes intangibles.
Liberté, égalité, fraternité, laïcité, universalité. Elle tient au respect de l'autre. Parce que la République, c'est d'abord le choix de se reconnaître mutuellement, pour citoyens.
À l'heure de l'augmentation profondément inquiétante des actes antisémites dans notre pays, à l'heure de la polarisation sur des définitions incompatibles de l'antisémitisme, de l'antisionisme, de l'islamophobie ou du racisme, il faut d'urgence retrouver un esprit de paix civil et politique. Cela suppose de recourir à une commission de sages pour retrouver un consensus sur les termes de référence concernant les propos condamnables, de réaffirmer l'unité d'action et d'intention de l'État en la matière, et de formuler des propositions concrètes et novatrices pour la sécurité de tous, à l'instar de ce que Jacques Chirac avait souhaité accomplir pour apaiser le débat sur la laïcité en engageant les travaux de la commission Stasi. La méthode, c'est aussi l'autorité de l'État.
Jadis, l'État avait des serviteurs pour qui l'esprit de mission l'emportait sur toute considération politique. Je veux saluer personnellement mon ami Alain Juppé, qui est l'un des grands serviteurs de l'État à la légitimité, l'autorité et la compétence incontestable aux côtés de qui j'ai commencé ma carrière politique. Et j'ai bien sûr une pensée personnelle ce soir pour Lionel Jospin, dont je veux saluer l'exigence, la rigueur et le sens de l'État, et qui fut dans la cohabitation un adversaire rude, parfois, mais respectueux toujours et animé par l'intérêt général.
Et n'oublions jamais que l'État ne serait rien sans ces millions de fonctionnaires qui sont tous animés encore par ce même dévouement à la chose publique. Je sais leur inquiétude, mais je sais aussi qu'ils répondront présents lorsque le travail de reconstruction de l'État sera enfin engagé. Un État qui retrouve sa crédibilité en remettant de l'ordre dans nos finances publiques, la dette, c'est la défaite.
La dette, c'est la servitude, c'est la dépossession. Je veux le rappeler, en 2006, lorsque j'étais Premier ministre, grâce à des efforts conséquents, les déficits baissaient à 2,5%. La dette baissait à 64% du produit intérieur brut.
Il ne sert à rien aujourd'hui de demander du sang, de la sueur et des larmes pour le plaisir de poser en homme d'autorité ou en paire la morale. L'équilibre des finances publiques n'est pas une fin en soi, mais un projet de crédibilité mondiale, européenne et nationale, un projet d'investissement dans un avenir désirable. Il nous faut aujourd'hui une règle collective, organique, qui fixe une trajectoire quinquennale des finances publiques, imposant ensuite son cadre aux budgets annuels.
L'autorité de l'État, c'est aussi un État qui ne recule plus en assurant l'ordre républicain dans nos rues, à travers une politique de sécurité qui articule les niveaux territoriaux dans une logique de sécurité intégrale, en unissant police et justice au lieu de les opposer. C'est fixer des priorités fortes, déraciner aujourd'hui le narcotrafic, qui sème la mort et empoisonne la vie de nos concitoyens, lutter contre les violences sexistes et sexuelles par des réorganisations et des formations adéquates, assurer la sécurité du quotidien en augmentant les patrouilles dans les rues et en veillant à transmettre dès l'école le respect des règles élémentaires de civilité. Un État qui fonctionne, cela suppose à la fois la clarté pour l'exécution effective des peines et pour l'exécution des OQTF pour les migrants sans titre de séjour, aujourd'hui dramatiquement bas, bien au-dessus des normes de nos voisins.
Cela suppose une négociation pays par pays, d'accords de réciprocité, visa pour les accueils, contre laissé-passer consulaire pour les retours. Un État présent partout, là où l'État se retire, la défiance s'installe. Nos services publics ressemblent aujourd'hui aux costumes rapiécés de 1945.
L'État protecteur, l'État planificateur, l'État stratège, l'État accompagnateur et émancipateur, tout est à reconstruire. Et cela commence par un choix simple. Arrêter l'hémorragie du service public dans des territoires déjà exsangues.
La méthode, c'est le rassemblement de la nation. La France doit revenir à ses sources vives. La France est une nation-monde, un monde en modèle réduit, un pays carrefour entre nord et sud, entre est et ouest, entre mer et continent.
Nous sommes le creuset migratoire autant que l'éclat de nos outre-mer. De Saint-Pierre-et-Miquelon à Poilis et Futuna, la France est présente sur tous les océans. Sans ces points d'ancrage que sont les collectivités d'outre-mer, nous ne serions ni une puissance maritime, ni une puissance spatiale, ni une puissance de dissuasion.
La France est une certaine idée de l'universalité. La France, c'est bien cela, une famille de familles, tissées par les liens du sang, mais plus encore par les liens du choix. Des siècles d'histoire nous contemplent et des siècles d'avenir nous attendent.
Nous sommes sans cesse les mêmes, mais toujours nouveaux. Comme le disait Aimé Césaire, qui s'est fait l'interprète de tous, « Ma bouche sera la bouche des malheurs qui n'ont point de bouche ». Nous devons rester en définitive ce que les États-Unis ont cessé d'être, une puissance capable de porter l'universel sans écraser les cultures.
La France est la nation-liberté. Elle repose sur ce principe si simple, dont Alexandre Dumas faisait déjà la devise de ses mousquetaires, « Un pour tous, tous pour un ». Dans notre pays, la liberté de chacun est la garantie absolue de la liberté de tous.
Regardez le ciel. Dans une nuée des tourneaux, chaque oiseau a sa trajectoire propre, singulière, unique, magnifique. Et pourtant, à la fin, la magie opère.
Un ensemble cohérent, puissant, harmonieux. Cela s'appelle la murmuration. Utilisons chacun ce que Jaurès appelait notre part de souveraineté pour imaginer ensemble la murmuration française.
Et je vous le dis, le temps des orages est là, à nouveau. C'est précisément le moment où les étourneaux se réunissent, jour après jour, pour former ces grandes nuées qui tracent leurs signes dans le ciel. Ils se réunissent pour dissuader les oiseaux de proie, pour augmenter aussi les chances de chacun de trouver de quoi vivre.
Dans ce temps de rareté, de prédation et de brutalité, il est temps à nouveau de s'unir et de refaire nation. Ainsi, la France pourra redevenir enfin la nation œuvre. La nation est le geste continu d'un peuple qui se rêve sans cesse plus grand qu'il n'est, qui s'élève par la volonté et l'aspiration morale.
Michelet l'écrivait admirablement l'esprit est l'ouvrier de sa demeure. La nation appelle à nouveau ses maçons et ses ouvriers. Notre peur et notre joie doivent être à la mesure des bâtisseurs de cathédrales qui ont fait lever à travers l'Europe l'esprit français.
En définitive, le gaullisme, c'est bien cela. Un souffle, une certaine idée de la France, une certaine idée de l'homme, une certaine idée de la République, et peut-être au fond une œuvre inachevée qu'il appartient à chaque génération de poursuivre. C'est à vous, la jeunesse de France, que revient de relever ce défi.
C'est vous qui vivrez les conséquences de nos choix d'aujourd'hui. C'est vous qui avez l'énergie de vous lever et de dire « Cela suffit ! » Car à tous les grands rendez-vous de notre histoire, la jeunesse fut là, répondant « Présente ! » Vous étiez là au serment du jeu de paume.
Vous étiez là à Valmy, lors de l'affaire Dreyfus et face aux Ligues, dans les maquis du Vercors et des Glières. Vous étiez là en 1944, quand la France occupée, humiliée, divisée, était au bord du néant. Vous étiez là encore quand il fallut sortir de l'impuissance, et vous vous tenez là chaque fois qu'il faut relever le pays.
Parce que la France sait toujours se redresser. Elle en a le génie. Elle en a le secret.
Écoutons moins le vacarme du temps que ce qu'il recouvre encore. Ce murmure têtu, cette fidélité profonde, cette voix intérieure qui n'a jamais tout à fait cessé de parler. Nous ne nous y trompons pas.
Nous sommes à l'aube d'un combat pour la vie même, d'un combat pour rendre la vie vivable, d'un combat pour garder notre planète habitable, pour remettre la vie à l'échelle humaine, pour une vie à parts égales, pour une vie souveraine. Et ce combat commence par votre pouvoir de dire non. L'esprit de résistance, c'est Olympe de Gouche qui dit non à une république qui oublie les femmes.
C'est Louise Michel qui dit non à l'humiliation. C'est Lucie Aubrac, c'est Sophie Scholl, c'est Dolorès Ibarouri qui disent non au fascisme. C'est Rosa Parks qui dit non à la ségrégation.
Dites, dites, cela suffit à la société du spectacle qui se repaie de notre besoin insatiable d'attention. Dites, cela suffit à la société de performance qui pèse la valeur de l'homme à la mesure de son utilité. Dites, cela suffit à un monde de la force qui pèse tout selon le deux poids, deux mesures.
Dites, cela suffit à la médiocrité, à la petitesse, au bricolage partisan aux mains des marchands du temple qui vendent ses colonnes à la découpe. Tout peut recommencer, oui. Nerval nous l'a annoncé dans sa lucidité.
Il peut être reconstruit le temple au péristyle immense puisque le temps va ramener l'ordre des anciens jours. Vous n'avez pas à suivre une quelconque figure providentielle ni à vous ranger derrière une voix. Il s'agit de faire entendre à nouveau la voix de la France.
Il s'agit de retrouver une direction. C'est le combat d'une vie, de nos vies, de ma vie. J'ai 72 ans.
Beaucoup d'entre vous ici n'en ont pas 30. J'ai une famille, trois enfants dont je suis fier, très fier même. Et pour seule ambition que nous retrouvions ensemble notre terre de France, que nous la laissions plus juste, plus forte, plus vivante à celles et ceux qui viendront après nous.
Car c'est cela, au fond, la responsabilité de toute génération. Essayer de transmettre plus qu'elle n'a reçu. Il vient un moment dans une vie où l'on n'a plus d'autre devoir de transmettre que de transmettre ce que l'on a reçu de meilleur.
Mes convictions sont les mêmes que lorsque j'étais là, à votre place. Je n'ai pas varié dans la défense du droit et de la justice dans le monde comme dans l'engagement pour la défense des principes républicains. Alors oui, avec toutes celles et tous ceux qui veulent se mobiliser et se rassembler, faisons de ce moment un commencement et faisons en sorte qu'il devienne un élan, une exigence, une œuvre.
Faisons en sorte que la France, à nouveau, se reconnaisse, se rassemble et se relève. Ce moment français appelle une fidélité plus grande que nos personnes, plus grande que nos carrières, plus grande que nos intérêts. la fidélité à la France et à cet instant, comme une petite voix me le murmure au plus profond de moi.
Que vive la République, que vive la France. Merci pour ce discours. Je me permets de rebondir directement sur ce discours.
Vous avez consacré une partie importante au gaullisme. De 1958 à 1969, le général de Gaulle a été le président de la France. Aujourd'hui, vous revendiquez un gaullisme du XXIe siècle.
Comment appréhender ce gaullisme moderne pour l'actualité et pour l'avenir ? Merci infiniment et je m'excuse auprès de tous pour vous avoir infliger un pain somme d'une telle longueur. Mais vous avez été formidablement patientes et patients.
Merci à tous. Alors le gaullisme, je l'ai dit, c'est un principe, c'est une méthode, c'est un repère dans un monde bouillonnant et de plus en plus confus. Le gaullisme, c'est surtout une exigence.
Mais le général de Gaulle lui-même a donné l'exemple en toutes les circonstances, bien sûr en 1940, bien sûr en 1958, et y compris à l'heure où il a tiré sa révérence. C'est dire que le gaullisme vit avec les circonstances différentes. C'est un peu comme la Constitution de 1958.
On se souvient tous que François Mitterrand avait tiré à boulet rouge sur la Constitution de 1958, écrivant un livre fameux que tous les élèves de Sciences Po ont connu, qui est Le coup d'État permanent. Il critiquait des institutions qui étaient faites pour un seul homme, sous-entendu un homme plus grand que nature et peut-être même un dictateur, et qu'il fallait donc l'échanger. Et puis François Mitterrand a été élu et il s'est adapté.
Le costume, il l'a enfilé et il l'a habité. Eh bien, le gaullisme, c'est un peu pareil. Aujourd'hui, on le voit bien, tout le monde se revendique gaulliste.
Et pourtant, le gaullisme, je l'ai dit, le gaullisme, c'est pas un drapeau qu'on sort quand ça nous arrange. Le gaullisme, c'est une exigence. Et le gaullisme, il a évolué en fonction des nécessités de notre pays.
Le gaullisme, il a été un grand moment de mobilisation dans l'épreuve. C'est le général de Gaulle. Il a été un moment de mobilisation dans la reconstruction de la France.
C'est encore le général de Gaulle. Et puis, il a été davantage porteur d'une modernité permettant aux entreprises d'épanouir leurs talents dans notre société à l'heure où il fallait que la France prenne un tournant industriel et technologique. Et puis, le gaullisme, il a été aussi celui qui était capable d'être à l'écoute de la société française.
C'est le gaullisme de Chaband-Elmas, de la nouvelle société. Et puis, le gaullisme, il a été aussi avec Jacques Chirac un temps d'écoute, un temps de mesure, de la fracture sociale qui menaçait si fort dans notre pays. C'est dire que le gaullisme, il a pour vocation de répondre dans l'épreuve aux difficultés de notre pays.
Et aujourd'hui, qui pourrait contester le fait que nous sommes dans l'épreuve ? Et donc, aujourd'hui, le gaullisme, il a à nouveau la vocation de nous rassembler. Devant nous rassembler, évidemment, autour de plus grands que nous.
Et je l'ai dit, nous sommes des nains juchés sur des épaules de géants. Et c'est là où le gaullisme nous donne la boussole, il nous montre le chemin. À nous, bien sûr, d'être capables d'être à la hauteur du chemin qui est tracé par les repères de ce gaullisme et de retrouver l'élan.
L'élan de la participation, cela reste d'actualité. L'élan de la modernisation, c'est une exigence française. L'élan de l'indépendance.
Et s'il y avait deux mots pour caractériser ce qu'est aujourd'hui l'exigence gaulliste, c'est bien sûr l'unité, le rassemblement français qui nous fait tellement défaut depuis tant d'années. Et puis, c'est aussi l'indépendance qui est menacée, nous le voyons, menacée par les nouveaux empires à l'extérieur, menacée à l'intérieur par la montée des démagogues et des populistes et avec tous les outils de nouvelles technologies, tous les outils du numérique qui, dans la main de ces populismes, sont susceptibles de capturer nos esprits, de captiver notre attention et donc de nous éloigner de la vérité de nous-mêmes. Et c'est dire à quel point les chantiers qui sont devant nous sont titanesques, immenses, gigantesques, et qu'il faut que nous soyons nombreux à en prendre la mesure pour être capables d'ambitionner de relever le défi.
Alors, monsieur de Villepin, pour continuer avec le gaullisme, Thomas Legrand, en Libération, vous décrit comme un gaulliste certes, mais un gaulliste de gauche. Vous sentez-vous plus proche, finalement, d'Olivier Faure ou bien de Gabriel Attane ? Là, je dois dire qu'entre les deux, mon cœur hésite.
Mais nous voyons bien que l'écologie, aujourd'hui, est accommodée à toutes les sauces. On a parlé d'éco-gaullisme, on a parlé d'oro-gaullisme. C'est dire que le gaullisme a encore beaucoup d'avenir et que nous pourrons l'associer à beaucoup de courants de la modernité.
Mais je l'ai dit, le gaullisme, c'est d'abord une exigence. Ce n'est pas la prétention de s'habiller avec des habits d'or et de plumes. Ce n'est pas plastronné que de se dire gaulliste.
C'est d'abord la volonté de servir. Servir, c'est-à-dire de créer les conditions d'une mobilisation sans pourtant imaginer qu'à la fin on puisse être l'artisan d'une quelconque victoire, servir une bataille, servir un combat et puis créer les conditions pour que cette mobilisation puisse aboutir avec une seule boussole, la victoire de la France. Et c'est en ça que je l'ai dit au début de mon intervention, ce mot de France a trop souvent disparu des vocables partisans.
Il est trop souvent oublié à travers le fameux concrètement. Pas une interview, pas une rencontre où nous soyons soumis à la mitraille du concrètement qui finit par être tellement concret qu'il en oublie l'essentiel. Et l'essentiel c'est cet idéal que nous avons en commun, c'est cette chance que nous avons d'habiter ce pays et d'appartenir à cette lignée d'où que nous venions.
Quels que soient nos engagements, quelles que soient nos pensées, quelles que soient nos origines, nous avons cette communauté je ne dis pas communauté au pluriel mais cette communauté nationale auquel nous appartenons et il est important que nous mesurions à quel point nous avons des devoirs vis-à-vis de la France, vis-à-vis de nos compatriotes les français et donc l'interpellation qui est celle que provoque le gaullisme c'est une exigence de tous les jours qu'il nous faut faire vivre et donc ce n'est pas faire injure ni à monsieur Fort notre ami ni à Gabriel Attal c'est tout simplement considérer que chacun appartient à un lignage et mon lignage ce n'est pas une idéologie mon lignage ce n'est pas un parti mon ambition ce n'est pas de défendre et de faire vivre une quelconque boutique partisane dans la mesure où je considère qu'aujourd'hui la solution ne peut pas venir d'un esprit partisan mais au contraire d'un esprit de rassemblement Monsieur le Premier Ministre dont un bord politique fortement clivé vous parlez souvent du piège identitaire ne pensez-vous pas aujourd'hui que plusieurs bords affectent la cohésion nationale ? C'est vrai qu'aujourd'hui nous sommes menacés de toutes parts et il y a pour moi trois menaces existentielles pour la France la première c'est la menace partisane la menace des partis qui rétrécissent l'horizon national qui chacun se bat dans l'espoir d'agrandir le champ de sa propre boutique mais qui perd souvent la boussole de l'intérêt général et puis il y a une deuxième menace c'est la menace identitaire vous l'avez dit celle qui tente à mettre en avant d'abord une logique d'exclusion mettre d'abord en avant une certaine identité française au mépris d'autres représentations de la France d'autres visions d'autres héritages de la France et qui de ce fait élimine toute une diversité française toute une complexité de l'histoire de notre pays et je pense qu'on ne peut pas bâtir une France ni nouvelle ni ancienne à partir de cette logique d'exclusion et puis il y a une troisième menace il faut en être conscient qui est la menace communautaire c'est celle de considérer qu'à travers les communautés il y a toute une série d'intérêts particuliers à travers lesquels il faut jouer et qu'il faut jouer les uns contre les autres je pense que ce jeu des divisions il est dangereux nous avons vu à quel point l'antisémitisme a progressé dans notre pays au fil des années à quel point la xénophobie s'est trouvée renforcée également si nous voulons sortir de ce piège identitaire communautaire et partisan il faut que nous retrouvions un langage commun il faut que nous retrouvions des valeurs communes et donc ranimer des valeurs aussi anciennes que la liberté l'égalité la fraternité la laïcité et cesser d'arsenaliser les valeurs de notre pays arsenaliser c'est quoi c'est considérer que je détiens la vérité une certaine vérité dans l'interprétation d'un principe et que ma laïcité serait meilleure que la vôtre quand la laïcité a pour vocation d'être justement la neutralité de l'état la capacité de l'état à assurer la liberté de conscience cela veut dire revenir à une logique de paix civique et spirituelle et c'est cela que nous avons perdu de vue quand nous avons voulu armer faire de la laïcité une arme de combat et c'est vrai de la laïcité comme de beaucoup d'autres principes il faut revenir à tout ce qui nous rassemble en cessant de vouloir distinguer sans fin entre les français merci beaucoup monsieur le premier ministre on va enchaîner avec une question du public on m'entend on m'entend bien merci beaucoup monsieur le premier ministre vous nous avez livré pendant une heure et demie vos analyses vos perspectives pour la France vos analyses de son état du coup maintenant je vais vous poser la question que tout le monde se pose est-ce que vous êtes candidat alors d'abord nous sommes en Sorbonne qui est un lieu de culture de transmission et je ne prenais pas grand risque en venant devant vous ce soir parce que vous saviez comme moi que je ne répondrais pas à cette question respectons les lieux de savoir dans notre pays nous avons suffisamment eu de polémiques au cours des derniers mois à travers ce que devait être ou ne pas être une université mais certainement pas un lieu d'engagement politique qui puisse diviser peut-être pas ce soir mais avec d'autres et donc c'est dans le respect de cette institution de transmission du savoir que je me place mais je dirais ce qui est l'essentiel pour moi et que j'ai essayé de détailler dans le propos que je vous ai tenu l'essentiel c'est d'être au rendez-vous du combat de la France d'être partie prenante de toutes celles et tous ceux et au premier chef notre jeunesse dont il est question aujourd'hui de leur avenir et de faire en sorte que quel que soit nos âges nous puissions avoir le sentiment d'avoir tout fait pour léguer une France qui soit à la hauteur de celle que nous avons nous-mêmes reçue que de combats que d'efforts quand nous regardons le visage quand nous portons le souvenir de nos grands-parents de nos parents et bien je forme le vœu que nos enfants que nos petits-enfants que nos arrières-petits-enfants puissent se dire que tout tout a été fait pour que la France reste le pays que nous aimons le pays dont nous sommes fiers et que nous n'ayons pas à voir un jour la France saisie par les démons de l'identité du populisme une France qui ferait alors basculer l'Europe dans un autre âge régresser l'Europe dans un âge de soumission et qui ferait de l'Europe un peu plus qu'aujourd'hui deviendrait un champ de bataille deviendrait un champ d'idéologie deviendrait vassal de tant d'empires qui nous regardent avec appétit avec convoitise et c'est dire combien la tâche la tâche aujourd'hui de l'éducation la tâche de la culture la tâche de la transmission et bien est importante car voir d'où viennent les menaces voir et comprendre la force et l'importance des enjeux éclairer chacune de nos concitoyennes et concitoyens sur la mesure du monde qui vient c'est aujourd'hui notre premier devoir merci merci merci
Dominique de Villepin