Macron 2 : le plus dur commence ? #cdanslair 20.08.2018
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 30 %Attaque 40 %Défensif 30 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 95 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:34OuverteRéponse directe
Comment financer des réformes quand la croissance ralentit ?
- 0:37OuverteRéponse directe
Comment faire des économies en conservant la paix sociale ?
- 0:40OuverteRéponse partielle
Comment faire oublier l'été agité et regagner en popularité ?
- 1:52OuverteRéponse directe
Est-ce qu'Emmanuel Macron a réussi son été ?
- 2:49RelanceRéponse partielle
Est-ce que Brégançon a permis de corriger le début d'été compliqué ?
- 8:23OuverteRéponse directe
Est-ce que ça vous a étonné, Jérôme Fourquet, le fait qu'on ne voie que très peu de politique ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:55Invité politiqueFait
« Non, il n'a pas réussi son été. C'est un été orageux, on va dire, pour Emmanuel Macron. »
- 2:28Invité politiqueFait
« L'Élysée, d'abord muet, puis imprécis dans ses premières réponses. »
- 2:37Invité politiqueFait
« Ça ne ressemblait pas au nouveau monde qu'Emmanuel Macron ait vendu l'année dernière. »
- 9:20Invité politiqueChiffre
« Il est à peu près au niveau où était Nicolas Sarkozy, au bout d'un an après son élection. »
- 32:56InvitéChiffre
« La croissance pour l'année 2018 pourrait bien être inférieure aux prévisions du gouvernement. Plus 1,7% selon l'INSEE, au lieu des 2% annoncés. »
- 33:37InvitéChiffre
« L'inflation. Hausses des taxes, des prix de l'énergie ou encore du tabac, c'est la bête noire des ménages. Plus 2,3% en un an. »
- 34:26InvitéChiffre
« les crédits de la mission Solidarité, Insertion et Égalité des chances ont été rabotés de 530 millions d'euros pour l'année prochaine. »
- 35:55Invité politiqueFait
« On a eu la fameuse tirade sur le pognon de dingue qui était dilapidée dans notre modèle social, dixit le président de la République. »
- 35:55Invité politiqueFait
« On a eu la fameuse tirade sur le pognon de dingue qui était dilapidée dans notre modèle social, dixit le président de la République. »
- 37:28Invité politiquePromesse
« La promesse du président du candidat, Emmanuel Macron, c'est 60 milliards sur le mandat. »
- 37:53Invité politiqueChiffre
« La France ne surperforme pas dans la zone euro. Elle est même plutôt dans les derniers, si on s'en tient aux chiffres du premier trimestre 2018, par exemple, par rapport à l'Allemagne, par rapport à nos voisins. »
- 39:43Invité politiqueFait
« La croissance effectivement est moins bonne que prévu. »
- 39:45Invité politiqueChiffre
« Puis il y a aussi les chiffres du chômage qui sont tombés cet été. Et le chômage baisse moins bien, enfin pas autant qu'escompté. »
- 40:12Invité politiquePromesse
« C'est un président effectivement qui promet 60 milliards d'économies sur le quinquennat. »
- 43:35Invité politiqueFait
« Ça, c'est un élément très important qui explique en partie le ralentissement de la croissance. »
- 44:38Invité politiqueChiffre
« la hausse des contraventions, deux fois plus de personnes qui ont été flashées au mois de juillet 2018 qu'en 2017 sur les fameux tronçons qui sont passés à 80 km heure. »
- 45:17PrésentateurChiffre
« plus 2,3% pour l'inflation qui repart. »
- 57:30Invité politiqueChiffre
« Je crois que c'est 1 600 postes de fonctionnaires supprimés dans le budget 2018. »
- 57:39PrésentateurChiffre
« 120 000 prévus sur le quinquennat. »
- 57:40Invité politiqueChiffre
« 60 milliards sur la dépense publique. »
- 1:00:16Invité politiqueFait
« la procréation médicalement assistée qu'il devrait mettre en place »
- 1:00:38Invité politiqueFait
« la défense sanctuarisée, l'intérieur sanctuarisé, l'éducation nationale sanctuarisée, et maintenant le développement durable. »
- 1:04:23InvitéChiffre
« en 2010, la réforme WIRT, c'est quand même plus d'un million de personnes dans la rue, c'est un record depuis 15 ans à l'époque »
Temps de parole
- Emmanuel Macron58 %
- Présentateur16 %
- Invité13 %
- ?4 %
- Invité 23 %
- Invité 33 %
≈ 23,2 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
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Bonsoir
à toutes et à tous, nous attendons vos questions, SMS, Internet et réseaux sociaux pour alimenter notre discussion. Ça se complique, Emmanuel Macron sera de retour demain à Paris. Fini les bains de foule chaleureux à Bormes-les-Mimosas. Ce qui l'attend est un brin plus rude, un conseil des ministres mercredi crucial pour lancer la deuxième année de son quinquennat et une équation avec, il faut bien le dire, plusieurs inconnus. Comment financer des réformes quand la croissance ralentit ? Comment faire des économies en conservant la paix sociale ? Comment faire oublier l'été agité et regagner en popularité avec une équipe politique si réduite ?
L'an dernier, à la même époque, le président avait le vent dans le dos. Cette rentrée sera nettement plus contrainte. Macron 2, le plus dur comment ? C'est une question et c'est le titre de cette émission avec nous pour en parler ce soir. Bruno Jeudy, vous êtes rédacteur en chef du service politique de Paris Match. Soazic Kemener, vous êtes rédactrice en chef du service politique de Marianne. Je renvoie à votre dernier livre, L'irrésistible à son ascension, les dessous d'une présidentielle insensée aux éditions Flammarion. Jérôme Fourquet, vous êtes directeur du département Opinion de l'Institut de sondage IFOP.
Vous avez publié un sondage en juillet où la cote de popularité d'Emmanuel Macron perd 8 points. Nous y reviendrons. Citons enfin votre dernier livre, le nouveau clivage, publié aux éditions du Cerf. Enfin, Tristan Kino-Mopoil, vous êtes journaliste politique au Figaro. Votre journal titre aujourd'hui,
«
Rentrée politique, le grand malaise des partis ». Bonsoir à tous les quatre. Bonsoir.
Merci
de participer à ce C'est dans l'air en direct. On a vu par le passé, Bruno Jeudy, qu'on pouvait rater son été quand on est président de la République. On peut penser à François Hollande ou à Nicolas Sarkozy.
Il
y avait quelques images comme ça qui étaient restées très longtemps et qui avaient plombé les rentrées politiques. Est-ce qu'Emmanuel Macron a réussi son été ?
Non, il
n'a
pas réussi son été. C'est un été orageux, on va dire, pour Emmanuel Macron. Il a plutôt bien commencé avec, souvenons-nous, le discours à Versailles. Il avait essayé de jouer une carte sociale, essayé d'effacer cette critique sur la présidence des riches pour apparaître comme un président qui allait ouvrir une séquence sociale. Et puis patatras,
il
y
a
eu l'affaire Benalla. Alors non pas que ce soit une affaire d'État, mais c'est une affaire qui a plombé en quelque sorte l'été parce que l'Élysée, d'abord muet, puis imprécis dans ses premières réponses. Et puis finalement, on découvre une affaire qu'on n'imaginait pas au cœur du système d'Emmanuel Macron. Ça ne ressemblait pas au nouveau monde qu'Emmanuel Macron ait vendu l'année dernière. Et du coup, ça a créé un été orageux pour le président de la
République. Ça, c
'était le début de l'été. Ensuite, il y
a
eu la période fort de Brégançon. Est-ce que ça a permis de corriger un petit peu, justement, ce début d'été compliqué ?
Cette séquence-là,
elle n
'est pas ratée, en tout cas, sur Brégançon, parce qu'on a vu effectivement François Hollande, par exemple, qui s'était pris les pieds dans le sable. Il avait trébuché dans la plage de Brégançon. Là, ce n
'est
pas le cas.
Qu
'est
-ce
qui s'était passé ?
En tout cas, il était arrivé. On se souvient que ce polo est
un
peu trop grand, un peu nonchalant. Et à l'époque, les Français avaient trouvé qu'il y
avait
un décalage entre la volonté de travailler et les vacances. On ne
l
'avait trouvé un peu pas à sa place. Là, Emmanuel Macron a réussi à entretenir l'idée qu'il travaillait à Brégançon, notamment grâce à des entretiens diplomatiques nourris pendant toute la séquence, et des bains de foules qui étaient salamment orchestrés. Donc ça, c'est plutôt réussi. Mais effectivement, si on regarde l'été en général, effectivement, il est plombé par l'affaire Benalla, qui est plus qu'un grain de sable, mais qui vient enrayer toute la machine Macron qui, jusqu'à maintenant, marchait plutôt bien.
C
'est
-à-dire qu'à Brégançon,
ça
se passe bien. Pendant 15 jours,
ça
se passe bien. Ça ne se passe pas, on ne sait rien. Ça ne se passe pas, donc il n
'y a
pas de quoi, en tout cas. Alors qu'avant, l'affaire Benalla était très mal gérée, alors qu
'on
a l'impression que Brégançon, au contraire, on a fait attention à tout. Donc il y a une interrogation, en fait, sur ce contact alternatif avec la communication. Ça, c'est la première chose. Ensuite, je pense que cette rentrée, il l'a fait quand même à découvert, Emmanuel Macron.
C
'est-à-dire que, quelque part, il est son armeur. Je rejoins ce que disait Bruno Jeudy, c'est-à-dire qu'on n
'est
pas... L'affaire Benalla, ce n
'était
pas une affaire d'État, mais ce n'était pas non plus l'affaire d'un été. Je pense qu'il y
a
des fragilités qui sont apparues. Et on voit, d'ailleurs, les opposants se sont servis très, très vite pour essayer de piquer le président. Et donc, il arrive dans une posture compliquée en cette rentrée parce qu'il y
a
une incertitude autour de son organisation, autour de lui, autour de la façon dont les choses sont organisées autour de lui. Et pas seulement à l'Élysée, parce que pour l'instant, on parle de réformer l'Élysée après l'affaire Benalla. Mais il
y a
une vraie interrogation sur l'ensemble de la structuration politique autour d'Emmanuel Macron. Et ça va jusqu
'à La République en marche. Il y avait la volonté de rester très discret. On nous a expliqué, c'était les éléments de langage, comme on dit, discret et studieux. C'est toujours comme ça que ça se passe ? Ou là,
il
y
a
quelque chose de singulier qui raconte dans quel état d'esprit il peut être en cette rentrée de l'an 2 dont on va voir qu'elle est un peu plus contrainte que celle de la première année de Macron ?
Là, ce temps à Brégançon a été un temps de prudence extrême.
C
'est-à-dire qu
'on
ne s'expose pas, très peu de bain de foule simplement. Il n'y a pas eu de photo. Il y a un discours qui est fait pour l'anniversaire de la Libération, pour les commémorations de
la
Libération. Il dure 8 minutes. On a l'habitude de discours fleuve d'Emmanuel Macron. Là, il parle très, très peu. Donc, il y avait vraiment une volonté d'avoir une trêve. Et puis, surtout, pas de quoi. Quand on sait, il y a un livre d'ailleurs de confrères qui était sorti sur les étés meurtriers. Alors, ce n
'est
pas seulement Brégançon, pas seulement la période particulière où le président disparaît. Mais là, il y avait une volonté de faire filtrer, en fait, pas d'image, mais en revanche de l'écrit. C'est-à
-dire
qu'on était abreuveux de communiquer sur les coups de téléphone d'Emmanuel Macron avec Vladimir Poutine, avec Donald Trump. Donc, il y
avait
une volonté de
dire qu'il était au travail. – Mais ça n'était sans image.
Parce que c'est vrai que l'année dernière, si on compare l'été 2018 avec l'été 2017, il y avait eu la partie de football avec les joueurs de l'OM à la commanderie. Il y avait eu la balade en vélo sous les regards des caméras. On avait vu les Macron passer leur été devant les médias. Cette année, pas du tout, peu ou pas d'images. Et lorsqu'il y en a eu, elles étaient extrêmement sous contrôle. Borm, les mimosas, la commémoration de la libération, et puis une petite sortie devant Brégançon. Le reste du temps, ça a plutôt été une partie de cache-cache avec les journalistes. Il faut dire les choses telles qu'elles sont à nos téléspectateurs. C'est-à-dire que
les journalistes
ont passé leur temps à chercher où étaient les Macron. Et il y avait un conseiller qui, chaque jour, venait instruire les confrères pour leur dire « Hier, il était à Cavalère, il avait rencontré telle ou telle personne. Avant-hier, il a vu le maire de Porquerolle.
»
Voilà, donc on a eu un système très verrouillé pendant l'été pour essayer aussi de réparer la séquence Benalla où le président a énormément parlé à la fin de cette séquence. Il faut se souvenir qu'après, le président, à la fin, il a pris la parole devant les députés, puis il a pris la parole dans les Pyrénées, puis il en a reparlé. Il a essayé, il a écopé dans cette affaire à la fin juillet pour essayer de se sortir de cette histoire. C'est pour ça qu'ensuite, au mois d'août, il
y
a vraiment une coupure.
Jérôme Fourquet
?
Oui,
alors il y
a
une coupure, effectivement, de manière stratégique pour essayer d'éteindre totalement l'incendie qui s'était déclenché. Et puis il y avait peut-être aussi le besoin de recharger les batteries, parce que même si on vante l'extrême endurance du jeune président, je pense que l'année qui s'est écoulée n
'a
pas été de tout repos. Il sait que ça va être compliqué aussi. Et quand on parle de l'été, c'est quand même deux semaines seulement. A Brégançon, ce n
'est
pas énorme. Il a été sur le pont et quasiment en première ligne jusqu'au début du mois d'août. Donc là, il y a une petite trêve qui s'est instaurée. Alors même que ses ministres, certains ont été appelés à prendre position. Nicolas Hulot sur l'affaire du glyphosate, sa ministre de la Santé au moment de la canicule. Ce
sont les seuls.
La
ministre de la Défense qui a été rappelée pour faire le service officiel et accueillir les Britanniques à Amiens pour les commémorations de la balade de la Seine.
Est-ce que ça vous a étonné, Jérôme Fourquet, le fait qu'on ne voit que très peu de politique ? On se souvient d'une époque, alors peut-être que tout ça est révolu, c'était avant, où les ministres de l'Intérieur allaient sur le terrain, il fallait qu
'on
voit les équipes au travail, même pendant cette période assez courte de vacances
du gouvernement.
Là, on n'a vu personne.
On n
'a
vu personne pendant deux ou trois semaines. Deux semaines, parce que l'affaire Benalla, plus la canicule et d'autres événements ont quand même occupé l'actualité jusqu'au début du mois
d'août.
Donc on a eu deux ou trois semaines de temps mort. Et là, on repart.
Et là, on repart, comme vous dites. Juste un point sondage, pardon de le dire comme ça. On a dit, là, c'est un été en demi-teinte. Il a réussi ses 15 jours à Brégançon, mais le début de l'été était un peu plus compliqué. Il commence cette rentrée. Avec quel rapport avec les Français, Emmanuel Macron ?
Alors, en termes de niveau de popularité, il se situe aujourd'hui, en
tout
cas en juillet, puisque c'est la dernière mesure. La prochaine, l'IFOP en tout cas, aura lieu dans les prochains jours. Vous
l'avez déjà ?
Non, non,
je
ne fais pas durer le suspense. Il est à peu près au niveau où était Nicolas Sarkozy, au bout d'un an après son élection. Il est encore au-dessus de l'étiage de François Hollande. Mais qu'est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire qu'Emmanuel Macron, quelque part, est en voie de normalisation
en
termes de popularité. Ce n
'est
pas catastrophique, mais il n
'y
a plus l'attentisme bienveillant qui a pu le servir au début du quinquennat. Et donc, aujourd'hui, il a un soutien encore à peu près de 38 à 40 % de Français. Ce n'est pas négligeable, mais c'est très nettement minoritaire. Et c'est avec cette popularité un peu érodée qu'il va devoir affronter les dossiers qui s'annoncent assez chargés pour la rentrée.
Et faire face à une opposition qui fait, elle aussi, sa rentrée. Un parti socialiste inaudible, des Républicains divisés, un rassemblement national au bord de la faillite rentré morose pour une opposition que l'on pensait pourtant ragaillardie par, justement, l'affaire Benalla. Seul Jean-Luc Mélenchon semble à l'offensive. Son pari, misé sur la réforme des retraites pour réveiller la grogne sociale. En attendant, le président lui fait ses valises. Au revoir, Brégançon. Retour donc à l'Élysée. La fin de 18 jours, précisément, de vacances, discrètes, on l'a compris, et studieuses. Ça aussi, on l'a compris. Walid Berissoul, Malkir Guenou et Clément Voyer.
Aller
au contact des Français en vacances,
un
exercice incontournable sous la Vème République. Certains de ses prédécesseurs en raffolaient. Emmanuel Macron, lui, aura fait le strict minimum. Vendredi dernier, dernière chance pour les vacanciers de croiser le président en marge d'une commémoration.
Car
derrière les murs du fort de Brégançon, son agenda ne s'est jamais
allégé. Entre sommets informels avec Theresa May sur le Brexit, coup de fil à Donald Trump et au président turc Erdogan,
et
préparation du Conseil des ministres de la rentrée, mercredi prochain.
Fin
des vacances, fin aussi de la trêve estivale pour ses opposants.
Jeudi, Jean-Luc Mélenchon sera à Marseille pour la rentrée des Insoumis.
C
'est là qu'il avait ouvert début juillet un nouveau front contre l'exécutif, celui de la réforme des retraites.
C
'est la prochaine grande bataille qui arrive. La retraite, c
'est
la prunelle de nos yeux. C'est gravissime. Celle-là, c'est la mère de toutes les batailles pour de vrai, pour de bon. Autant que la réforme du Code du Travail.
Pour
lui, c'est une toute autre bataille qui s'annonce. Réunir son parti et ses différentes chapelles sur une même photo de famille.
Mais
8 mois après l'élection de Laurent Wauquiez, les Républicains font leur rentrée toujours en ordre dispersé. Valérie Pécresse et son mouvement libre, abrive la gaillarde, les jeunes Républicains au Touquet, Bruno Retailleau et son courant force républicaine à la boule. Le patron des LR, lui, gravira en fin de semaine le mont Mézinque. Comme chaque année, entouré non pas des grandes figures de son parti, mais juste de ses plus proches fidèles.
Bon, tout le monde vient au Mézinque là ou pas ? Jordan, tu viens au Mézinque ? Ouais. Rentrée de Laurent Wauquiez ? Pas très loin, sommet de voir le monde,
c
'est pas très loin.
Ouais ?
Ah bien sûr, bien sûr que je vais au Mézinque.
Faire bloc autour de Laurent Wauquiez, un chef contesté, est critiqué cet été pour son silence, notamment pendant l'affaire Benalla.
Quand Wauquiez est en tête de ligne, on dit, c'est le chef,
il
faut que tout le monde ait le petit doigt sur la bouteille du pantalon, et dès qu'il laisse jouer le collectif, c'est-à-dire les parlementaires, là où ça se joue en réalité, on dit, il n
'est
pas présent, il faut trop savoir.
Être
un bon chef, savoir gouverner, c'est aussi savoir déléguer, et déléguer ne veut pas dire qu'on ne contrôle pas, qu'on ne
s
'intéresse pas,
mais l'équipe, la cohésion, c'est très important, ça je pense que Laurent l'a compris, et c'est de ça dont on a besoin pour refonder et amener les Républicains
aux prochaines échéances électorales.
Pour les élections européennes en mai prochain, le Rassemblement national se demande, lui, s'il existera encore. Depuis la saisie de 2 millions d'euros d'aides publiques par la justice dans l'affaire des assistants parlementaires européens, le parti de Marine Le Pen aborde sa rentrée sous la menace de la banqueroute, et s'en remet au portefeuille de ses électeurs.
Vous
qui avez voté pour moi au second tour de la présidentielle, et qui voulez que vos idées continuent à être défendues, aidez-nous.
Aidez
-nous, sans cela nous serons en cessation de paiement fin août, et le Rassemblement national sera donc condamné à la disparition.
Vous
pouvez donner 5, 10, 20, 50 euros d'un simple clic.
Pas d'argent, pas de grand rassemblement. Fini le rendez-vous traditionnel de Brachet comme l'an dernier. Il faut dire que son maire est passé depuis dans le camp de Florian Philippot.
Pour
le Parti Socialiste aussi, les temps sont durs.
Le
rendez-vous de La Rochelle est désormais réservé aux élus, loin des foules, autour de François Hollande, qui
a enchaîné tout l'été
les séances de dédicaces.
C
'est difficile de ne pas être là où les gens sont. Moi, je suis parmi ces personnes-là qui viennent ici en vacances, comme moi. Après avoir laissé planer le doute, l'ancien chef de l'État a finalement confirmé aujourd'hui qu
'il ne se rendrait pas à La Rochelle. Et
nous reprenons avec cette question, après ces images d'un François Hollande, assez détendue et qui a peut-être, lui, réussi son été.
Il savoure en tous les cas ce premier été, deuxième été hors l'Élysée. Et surtout, c'est un sentiment de reconquête de l'opinion. Alors, vrai ou pas vrai, parce que dans les sondages, on ne le vérifie pas. Mais dans les ventes de livres, il y a du monde. Alors, est-ce que c'est le vu à la télé, comme on dit ? Les gens veulent venir faire signer des livres. C'est assez étonnant.
Plus
de 100 000 exemplaires, c'est beaucoup.
Actuellement, 100 000 exemplaires d'un livre politique, c'est beaucoup.
Oui,
alors c'est beaucoup, mais ce n
'est
pas ça qui permet de mesurer un lien restauré avec l'opinion publique. On se souvient d'anciens présidents de la
République qui ont
vendu aussi beaucoup de livres et qui ont vu leurs espoirs éteints lors des primaires. Mais en même temps, François Hollande ne bouge pas son plaisir. Il occupe le devant de la scène.
Mais
ce faisant, il parasite aussi la rentrée politique de sa famille politique, le Parti socialiste. Il a donc du coup accepté de ne pas venir à La Rochelle parce que je pense que tous vos confrères n'auraient eu Dieu et de micro que pour lui. Et donc, on n'aurait rien retenu de ce qu'Olivier Faure va raconter.
On
lui a demandé
de
ne
pas
venir, à votre avis,
à
François Hollande
?
Ce qui est sûr,
c
'est qu'une bonne partie des élus aujourd'hui du Parti socialiste ne veulent plus entendre parler de François Hollande parce qu
'ils
pensent que la reconstruction ne passe pas par lui. Et on voit bien, la force médiatique qu'a conservée François Hollande est très importante. Effectivement, il
y
a ce phénomène, la vue, c'est l'ancien président. Les livres n'ont jamais fait une réélection, mais il a ce pouvoir-là. Il est ancien président, donc il est en place. Mais c'est dangereux parce que ça peut enivrer aussi.
C
'est-à-dire que de vendre 100 000 livres, on peut tout de suite penser à des multiplications. Pour l'instant, les multiplications, elles ne sont pas là, mais il empêche totalement, il parasite totalement la moindre reconstruction du Parti socialiste. Et c'est d'autant plus compliqué que certaines figures du Parti socialiste, on pense à Emmanuel Morel, l'eurodéputé, sont ouvertement, j'allais dire dragués, mais sont ouvertement chassés, en tout cas, par la France insoumise. Et il sera peut-être d'ailleurs Emmanuel Morel sur la liste des insoumis. Donc on voit que le Parti socialiste arrive encore à se réduire. Et pendant ce temps-là, François Hollande occupe la lucarne, en tout cas.
Cette question, on y revient. Et côté opposition, alors on met de côté François Hollande, qui joue plutôt en solo. Et côté opposition, qui a profité de cet été
?
Plutôt Jean-Luc Mélenchon, qu'on a quand même beaucoup vu. Il n'avait pas réussi à transformer les selles dans des mouvements sociaux. Il était resté sur un échec. Et on l'a vu sur l'affaire Benalla quand même assez présent. Et on va le voir là, à la rentrée, c'est celui quand même qui va être en capacité de présenter une rentrée plutôt offensive. La droite, on le sait, va être plutôt divisée. La gauche, plutôt absente, le Parti socialiste. Et Jean-Luc Mélenchon, il a eu une idée qui médiatiquement peut être payante. C'est d'inviter à son rassemblement à Marseille des députés de d'autres partis.
Et donc il va y avoir des socialistes, des communistes, des écolos et même deux députés, des républicains. Officiellement, c'est bien sûr pour débattre. C'est du symbole.
Mais
ça raconte
qu'il veut
que
Marseille soit la capitale anti-Macron. Il veut que ce soit la ville où les oppositions sont convergentes. Et puis on a raconté au début de l'été que
l
'opposition était unie contre Emmanuel Macron. C'est assez faux en réalité. Mais lui veut entretenir l'idée qu'il est rassembleur, alors qu'on a souvent dit et longtemps dit qu'il n'était pas en capacité de rassembler.
Alors ce n
'est
pas la première fois qu'il promet le grand soir social. Là, on l
'a entendu dans le
reportage. Il le fait sur
la
question des retraites qui fera l'objet de multiples émissions sur ses deniers. J'en suis sûre qu'il sera une réforme majeure du mandat d'Emmanuel Macron si elle est menée à son terme. Mais cette fois-ci, il est un peu contraint de réussir. Parce que ce n
'est
pas la première fois qu'il annonce une opposition ferme et déterminante vis-à-vis d'Emmanuel Macron.
Alors il ne peut pas faire autrement. Ça fait partie du job et du poste. Et donc il va essayer de fédérer en partie sur les décombres du Parti socialiste. Mais on voit que, ne serait-ce que dans son propre espace politique, l'entente n'est pas forcément au beau fixe avec les communistes. Il y
a
des choses aussi qui se passent du côté des écologistes qui ont refusé la main tendue de Benoît Hamon. Donc on est encore en période de recomposition. Et pour revenir sur votre question précédente,
je
pense que la droite quand même a pas mal géré la séquence de l'affaire Benalla. Puisqu'on en parlera peut-être tout à l'heure. Il y a une des réformes importantes à laquelle Emmanuel Macron tenait, c'est la réforme constitutionnelle. Et la droite sénatoriale, avec aussi le travail qui a été fait dans cette commission d'enquête sénatoriale, a quand même donné beaucoup de fil à retordre à la majorité présidentielle pendant tout l'été. Et va donner encore du fil à retordre en cette rentrée. Puisque sans un accord avec en gros Gérard Larcher, qui a le contrôle d'une part importante du Sénat, il n
'y a
pas de majorité des trois cinquièmes au Congrès.
Et
donc la réforme institutionnelle ne peut pas se faire. Donc Laurent Wauquiez, lui, a été discret. Il n'est plus parlementaire en même temps. Donc il a laissé ses lieutenants sonner la charge. Mais la droite a quand même occupé le terrain. Et
elle profite
de cet été. –
Moi je trouve aussi que c'est plutôt la droite qui a tiré les marrons du feu cet été. Alors peut-être pas la personne de Laurent Wauquiez en tant que président de parti. Parce que c'est vrai qu'il a laissé plutôt les parlementaires monter en ligne. À la fois au Sénat, Gérard Larcher, Philippe Bas, qui s'est tout à coup comme ça, ancien ministre, qui était un peu inconnu, mais qui en président, cette commission s'est fait connaître. Et puis à l'Assemblée, les chevaux légers de la droite ont plutôt, à mon avis, plutôt bien mené la bataille. – Alors je trouve que Mélenchon, c'est toujours les coups de menton de l'été, il
y
a le côté bout en train, bon voilà. Mais après, qu'est-ce qui se passe derrière ? C'est vrai que c'est quand même la droite qui, numériquement, est la plus importante à l'Assemblée nationale, qui fait aussi que, sans doute, la première reculade, suspension pour l'instant dans ce mandat qui commence, c'est quand même la réforme. Les débats à l'Assemblée sur la réforme constitutionnelle sont suspendus. On ne sait pas quand est-ce qu'ils vont reprendre. Et ça, c'est quand même une victoire pour les oppositions.
–
C
'est
la première depuis bien longtemps.
–
C'est même la première, sans doute, du mandat.
–
Depuis le début.
– Alors que Jean-Luc Mélenchon a cessé d'annoncer qu'il allait faire reculer Macron sur ci, Macron sur ça. Déjà, l'année dernière, on parlait des ordonnances travail, ici même, à la même époque. Et le gouvernement n'avait pas reculé.
–
Jean-Pourquet. – Alors, autre victoire peut-être, alors pas totale et pas définitive, de la droite, en tout cas de la droite canal historique, c'est que tout semblait se dessiner pour qu
'il
y
ait
un accord
électoral
entre le camp jupéiste, Jean-Pierre Raffarin et d'autres, et Emmanuel Macron dans la perspective des européennes. Ça, à l'occasion de l'affaire Benalla, ça devient moins évident. Et Jean-Pierre Raffarin s'est fendu d'une interview dans Le Monde il
y
a quelques jours pour dire que tous les scénarios étaient encore ouverts. Et donc, celui qui était le plus plausible devient un scénario parmi d'autres. Et donc, ça aussi, c'est intéressant pour Laurent Wauquiez, notamment dans la perspective du débat sur le budget. Parce que toute cette droite modérée qui pourrait se rallier à Emmanuel Macron, elle est très sensible à l'équilibre des comptes publics. Et donc, Laurent Wauquiez peut faire monter au créneau d'autres personnalités que lui, Éric Wörth par exemple, en disant, mais regardez, on a en face de nous quelqu'un qui est en fait l'héritier spirituel de François Hollande, qui ne sait pas tenir les comptes.
Et donc, je m'adresse à vous, électeurs de centre droit, revenez au bercail et ne vous laissez pas tenter par les scénarios. Et
ça, nous allons revenir parce que c'est un des enjeux très importants de cette rentrée, les questions budgétaires, comme vous venez de le souligner, Jérôme Fourquet. Nous avons choisi d'intituler cette émission ce soir, Macron 2, le plus dur commence. Est-ce que vous diriez que le plus dur commence, que vous avez évoqué rapidement en début d'émission, en ce qui concerne l'équipe politique autour d'Emmanuel Macron ? On se souvient, l'an dernier, peut-être à la même époque,
on
saluait le Renouveau, une équipe de jeunes ministres, un personnel politique absolument renouvelé à tous les étages. Et puis, un an après, là,
on
fait les comptes et on se dit, est-ce qu'Emmanuel Macron ne fait pas cette rentrée-là ? Peut-être, non, pas plus seul, mais avec une équipe qui n'a pas forcément montré sa capacité à le protéger.
Mais
il avait une équipe, une excellente équipe de conquêtes. C'était une équipe de raids, ils ont fait un raid politique incroyable. Je pense qu'on en parlera encore dans l'Emmanuel d'Histoire dans plusieurs décennies, peut-être pas plusieurs décennies, mais on en parlera longtemps en tout cas. Mais dans la pratique, tout ce qui semblait si bien organiser les premiers mois du quinquennat, souvenez-vous des symboles, il y avait des symboles ratés, on se souvient des APL, mais dans l'installation du pouvoir, tout semblait penser. Et qu'est-ce qui s'est passé cet été ? Patatras, on a l'impression que quelque part, tout ça s'est effacé.
Et
qu'on n'a plus la... Alors déjà, il n
'y a
plus la chance, il n'y
a
plus la baraka. Emmanuel Macron, c'est ce qui avait marqué aussi son ascension politique, c'est la baraka. Et puis surtout, il
y
a une vraie interrogation. Effectivement, il est seul et il n
'a
pas réussi à fédérer une équipe de pouvoir, non pas une équipe de conquête, mais une équipe de pouvoir autour de lui. C'est-à
-dire
que ça manque de poids lourd, ça manque de relais.
Et ça, ça complique
la rentrée,
Soazie Clémonnaire,
pardon,
je vous coupe.
Quand on
affronte comme ça une rentrée et que le vent de face, parce qu'on va le voir, les indicateurs économiques sont moins évidents qu'il ne l'était il y a un an. Ça, ça complique la donne ? Oui, parce qu
'il
a besoin de lieutenants, un président, il a besoin de lieutenants, mais au sens ancien du terme,
c
'est-à-dire des personnes qui tiennent les choses, qui tiennent les dossiers. Alors, on a des ministres techniques qui connaissent très bien leurs dossiers, mais qui les tiennent politiquement et qui les tiennent dans l'adversité. Alors, c'est aussi sa faute, c'est-à-dire que certains ont été interdits de parler à certains moments. Enfin, la communication est très centralisée, très dosée, donc on autorise, on n'autorise pas. Mais il y
a
un moment où, dans une équipe politique, il faut faire confiance aux autres.
Et
on a l'impression que la confiance, elle est en un clan, en un cercle très restreint, mais qu'elle ne s'élargit pas. Et elle devrait s'élargir au fur et à mesure du quinquennat. C'est-à-dire qu'il a élargi son assise politique, enfin, il a une assise politique à la base très très large, quand on regarde qui a voté pour lui,
il y a des gens
qui le soutiennent, qui l'a soutenu d'ailleurs dans la première année de son quinquennat, même si ça a bougé un petit peu. Mais il manque des personnalités fortes en qui il aurait confiance. Eh
bien,
il
va remanier, il va
remanier Emmanuel
Macron,
non ? Peut-être, mais il faut regarder aussi le parti. On a vu l'affaire Benalla était un révélateur de l'absence de parti, c'est-à-dire l'absence de riposte, l'absence de personnalités qui sont capables de protéger le président,
l
'exécutif. Et Christophe Castaner, qui a une double casquette de ministre et de chef de parti, on a vu qu'il n'était pas efficace dans ce rôle. Et au gouvernement,
il
y
a
des techniciens qui ont, certains se sont révélés d'ailleurs à leur poste, mais ne se
sont pas révélés comme
des politiciens, vraiment, qui sont capables de porter une parole forte pour protéger et encadrer et parer au coup, aux polémiques, etc. Et vous l'avez dit, il y
a
des
gros
vents,
des orages qui arrivent économiques. Il faudra l'expliquer, il faudra avoir une capacité pour porter une parole politique. Et ça, on ne la voit pas. Donc, effectivement, c'est un trou dans la raquette qui est apparu.
C'est un trou dans la raquette. Mais est-ce que ça veut dire, je vous posais la question un peu rapidement, mais est-ce qu'il faut remanier ? Est-ce que dans le sas compliqué de la rentrée, il va y avoir dans l'équation d'Emmanuel Macron, peut-être de bouger un peu quelques pièces du dispositif pour se protéger par période de gros temps
? – C
'est compliqué de remanier maintenant, juste après l'affaire Benalla. Ce serait quand même concédé qu'il y
a
eu un problème politique. Or, on voit bien qu'Emmanuel Macron, il veut plutôt maintenant se laisser cette affaire derrière lui, regarder devant. Et tant pis si c'est vrai qu'il y a des maillons faibles au gouvernement, il
y
a un certain nombre de ministres qui ne fonctionnent pas très bien et qui mériteraient d'être changés. J'ai le sentiment maintenant qu'on est parti plutôt pour rester avec cette équipe-là à l'automne. En revanche, ce
qui
est assez étonnant, et l'affaire Benalla l
'a
montré, c'est qu'Emmanuel Macron ne s'appuie sans doute pas suffisamment sur son premier ministre. On l
'a
vu pendant l'affaire Benalla, les interventions d'Édouard Philippe, notamment à l'Assemblée nationale, ont été assez efficaces. Ça
a
peut-être été un de ceux qui l'a le mieux défendu, lorsque, comme le disaient Tristan et Soazig, le parti a été très faible. Christophe Castaner a été critiqué pour sa mauvaise gestion de cette séquence. Je trouve que Emmanuel Macron ne
s
'appuie peut-être pas sur ses maillons forts. Aujourd'hui, ses maillons forts, il se trouve que c'est plutôt son premier ministre, voire ses ministres de droite. Et là, on ne les a pas beaucoup vus et entendus pendant cette séquence. Il a eu tendance à se recroqueviller sur son équipe de conquête, peut-être, comme le disait Soazig-Keménère. Les Benjamin Griveaux, les Christophe Castaner, voilà, l'équipe, la garde rapprochée de l'Élysée et sa garde rapprochée politique.
Jérôme Fourquet, on a vu là récemment que plus de la moitié du gouvernement était quasiment inconnue des Français. Un an après être arrivé au pouvoir, c'est normal. Est-ce qu'encore une fois, ça fait partie des petits cailloux dans la chaussure du gouvernement et des défis de cette rentrée, de constituer peut-être une équipe politique plus solide autour de lui ?
– Alors, ce n
'est
pas forcément normal, mais ça s'explique. C'est-à-dire que, non, mais en prenant pas mal de ministres qui étaient issus de la société civile et qui n'avaient pas de notoriété préalable, eh bien, vous n'aidez pas à avoir des gens qui sont très connus et très populaires immédiatement. Ça, c'est le premier point. Le deuxième point, d'autant plus qu'avec le quinquennat, maintenant, on commence à avoir un peu de recul. On avait beaucoup glosé sur Nicolas Sarkozy, l'hyper-président, mais même sous François Hollande et maintenant avec une présidence jubitérienne, toute la tension se concentre en permanence sur l'Elysée et dans une moindre mesure sur Matignon. Et donc,
il
est très difficile,
même
à des ministres de poids, de se faire entendre. Regardez, par exemple, ce qui est arrivé à Jean-Yves Le Drian. Alors, il est passé maintenant dans le domaine purement réservé du président de la République, mais il est au Quai d'Orsay. Il a disparu des radars. Collomb est plus visible, mais à part… Et
affaibli
? Alors,
il a fallu gérer difficilement ce qui s'est passé cet été. On a beaucoup parlé aussi d'un éventuel remaniement pour sortir Gérard Collomb, mais même si les dossiers économiques vont vraiment occuper l'attention du gouvernement à cette rentrée, je pense que sur le front sécuritaire, Emmanuel Macron doit et souhaite s'appuyer sur quelqu'un qui connaît les dossiers. On a vu encore aujourd'hui qu'il y a eu une attaque suicide en Espagne, une attaque terroriste. On voit que sur ce front-là, les choses ne se calment pas. On a des tensions aussi dans les prisons françaises. Et donc, je pense qu'Emmanuel Macron veut pouvoir s'appuyer sur les migrants également, sur quelqu'un qui est relativement…
Ça peut être plutôt pour
« on prend les mêmes et on recommence ».
Oui, et pour, comme disait Bruno, ne pas concéder à l'opposition un point en disant « je reconnais implicitement que nous avons été touchés par cette affaire », Emmanuel Macron répète sans cesse qu'il ne veut pas se faire dicter sa conduite et être le maître des horloges. Donc, s
'il y
a un remaniement, ce n
'est
pas pour tout
de suite.
Juste, très vite, ça fait partie de ces talons d'Achille en salle de rentrée où,
je
le dirais comme ça, c'est anecdotique. Parce que, justement, c'est lui qui décide, c'est lui qui est visible et qu'au fond, peu importe qu'il n
'ait
pas encore de poids lourd, susceptible de le défendre dans la tempête politique. Est-ce que c'est anecdotique ou est-ce que ça commence à être un problème ?
C'est un problème dans la mesure où vous avez eu l'affaire Benallard. C'est-à
-dire
qu'il sera toujours ramené, maintenant, on va toujours revenir à l'exemple de l'affaire Benallard. Encore une fois, ce n
'est
pas un scandale d'État, mais c'est un révélateur puissant de la manière dont les choses ne fonctionnent pas. Et je ne pense pas, encore une fois, qu'un simple remaniement à l'Élysée ou en tout cas une réorganisation telle qu'elle est prévue suffisent à remettre ça en cause de façon durable.
Alors
maintenant, on entre dans le dur. C'est peut-être la fin, vous l'avez dit tout à l'heure, de l'alignement des planètes. Cet été, la croissance française a marqué le pas, freinée notamment par la hausse des prix du pétrole. Alors il va falloir faire avec. Et il va falloir aussi faire des choix. Ce sera l'objet des réunions de cette semaine avec une question. Comment tenir les promesses en faveur du pouvoir d'achat sans croissance et sans creuser les déficits ? Le gouvernement s'apprête à jouer les équilibristes, tout en promettant de garder le rythme des réformes. Les explications de Victoria Rouxel, Pierre-Philippe Mélano et Stéphane Opès.
Ces
vacances auront été de courte durée.
Sur
le pont tout l'été pour gérer l'épisode de canicule, la ministre de la Santé Agnès Buzyn s'apprête à plancher sur une des réformes phares de la rentrée, le plan anti-pauvreté.
La
question qui se pose c'est comment on simplifie le système, parce que c'est un maquis pour les personnes qui aujourd'hui ont besoin d'aide sociale, comment on rend plus lisible et plus efficace un système qui aujourd'hui maintient les personnes dans un état de pauvreté, puisqu'on a
tout
investi sur l'indemnisation des personnes au lieu d'investir sur la formation, l'accompagnement, l'insertion professionnelle. Agnès Buzyn ne sera pas la seule en première ligne. L'heure de la rentrée a sonné pour tous les ministres qui doivent se réunir en conseil dès mercredi.
Puis
un séminaire se tiendra la semaine prochaine pour fixer le calendrier parlementaire. Parmi les dossiers brûlants,
la
loi alimentation et agriculture,
la
réforme de l'hôpital, autre grand projet d'Agnès Buzyn, ou encore l'ouverture des négociations sur l'assurance chômage voulue par Emmanuel Macron.
Une
rentrée d'autant plus chargée que certains projets ont pris du retard. La faute à l'affaire Benalla.
Les
caméras, vous les descendez. Descendez-moi les caméras.
Le
scandale avait réveillé l'opposition. La polémique et les motions de censure ont contraint le gouvernement à reporter la réforme de la Constitution.
Le
gouvernement prend acte de cette situation, de ce choix qui ne peut être que déploré.
En
conséquence, le gouvernement a décidé de suspendre l'examen de la révision constitutionnelle, mais souhaite que celui-ci puisse reprendre ultérieurement dans des conditions plus sereines.
Autre
incertitude, la date d'examen de la loi PACTE.
Un
texte tentaculaire destiné à rendre l'économie française plus compétitive. Sujet cher à Bruno Le Maire.
Je
souhaite vivement que nous puissions examiner ce projet de loi sur la croissance et la transformation des entreprises le plus tôt possible. Pourquoi ? Parce que nous avons engagé depuis un an, avec Emmanuel Macron, avec Edouard Philippe, une transformation en profondeur de notre économie.
Mais
le ministre de l'économie et des finances est bien placé pour le savoir. Les réformes vont être difficiles à mener avec un budget serré. La croissance pour l'année 2018 pourrait bien être inférieure aux prévisions du gouvernement. Plus 1,7% selon l'INSEE, au lieu des 2% annoncés.
Une
déception qui s'explique par le contexte international actuel.
Clairement,
il
y a le renchirissement du prix du pétrole qui finit par se faire sentir. Il
y a
l'appréciation passée de l'euro. Et puis il
y
a les incertitudes géopolitiques qui s'accumulent. Qui s'accumulent avec le Brexit, avec les risques de guerre commerciale, avec les incertitudes autour du nouveau gouvernement italien, la conduite de sa politique économique. Ça fait beaucoup. Et donc ça ne peut pas ne pas avoir un effet.
Un
autre indicateur économique pourrait contrarier les projets du gouvernement. L'inflation. Hausses des taxes, des prix de l'énergie ou encore du tabac, c'est la bête noire des ménages. Plus 2,3% en un an. Du jamais vu depuis 2012.
Un
contexte économique tendu qui va contraindre l'exécutif à jouer les équilibristes. Comment honorer ses promesses sans laisser filer le déficit ? L'une des solutions serait de couper dans les dépenses publiques.
Ce serait la réponse qui serait adaptée. Couper plus dans les dépenses, encore faut-il avoir un bon diagnostic de là où on veut couper et où sont les grandes masses. Il n
'y
a pas de véritable détermination affichée, en tout cas, sur une maîtrise forte de la dépense. Ce qui nous laisse à penser que ce sera à nouveau le penchant pour laisser filer le déficit qui sera probablement adopté en 2019.
Pourtant, le gouvernement a d'ores et déjà pris les devants dans certains ministères. Bien qu'en hausse par rapport à 2018, les crédits de la mission Solidarité, Insertion et Égalité des chances ont été rabotés de 530 millions d'euros pour l'année prochaine.
Et
nous reprenons avec cette question d'une téléspectatrice ou d'un téléspectateur de C'est dans l'air. Maintenant qu'il est délaissé par le peuple de droite, ça c'est ce que vous voyez dans les sondages, va-t-il faire une politique sociale de gauche ?
Alors
il n'est pas tant délaissé que ça par l'électorat de droite.
Il
y a encore à peu près 35 à 40% des gens qui se déclarent sympathisants des Républicains, donc c'est pas rien, qui se disent satisfaits en juillet, à l'issue de l'affaire Benalla, d'Emmanuel Macron. Donc il y a encore ce socle
qu
'il faut conforter, sans doute élargir, notamment dans la perspective des Européennes, puisque c'est le grand schéma d'Emmanuel Macron, d'où la nomination d'Edouard Philippe à Matignon, c'est d'élargir sur la droite
en
allant décrocher l'électorat modéré des Républicains. Pour ce qui est maintenant du virage social, qui est réclamé par une partie des troupes d'Emmanuel Macron, dont on rappelle que la majorité des électeurs
est
issue de la gauche ou du centre-gauche, et que cette majorité n'a pas été trop servie jusqu'à présent,
on
peut penser, on peut faire l'hypothèse qu'il n
'y
aura pas forcément beaucoup de choses à attendre de ce côté-là. Pourquoi ? Parce que, comme on l'a dit dans votre reportage, les marges de manœuvre budgétaires ne sont plus là, il y
a
une croissance qui est en berne, il
y a
une inflation qui augmente,
alors
même que nos partenaires européens demandent qu'on tienne nos engagements, donc il va falloir serrer quelques boulons ici et là. Et puis, dans les signaux qui ont été envoyés par l'exécutif,
on
n'est pas dans un virage social. On a eu la fameuse tirade sur le pognon de dingue qui était dilapidée dans notre modèle social, dixit le président de la République.
On
a ce week-end une initiative de certains parlementaires d'En Marche qui demande à ce qu'on élargisse les conditions pour favoriser le travail du dimanche. Donc vous voyez bien que l'agenda, là, pour l'instant, il n
'est
pas sur des avancées en matière sociale. Sans doute qu'on sera fixé très clairement au moment de
l
'examen du budget avec le plan pauvreté, ce qui restera du plan Borloo sur les banlieues, et également aussi le plan sur l'hôpital. Donc là, on aura peut-être un certain nombre de signaux. Mais de la même façon, un ballon d'essai est envoyé pour essayer de faire payer par les entreprises les arrêts maladie de courte durée, avec sans doute l'idée implicite que les employeurs allaient être plus attentifs à ces arrêts maladie de courte durée qui augmentent. Là non plus, on n'est pas à franchement parler sur un tournant social.
Régé. Je
pense que s'agissant de l'électorat de droite, il y a un doute qui s'installe sur l'audace réformatrice d'Emmanuel Macron. Au fond, les premiers résultats de l'année, alors il y
a
eu des réformes, les ordonnances travail l'année dernière, la réforme de la SNCF, mais
il
n
'y a
pas une lecture globale de quelque chose qui se dessine au niveau des réformes. On voit que Emmanuel Macron a plutôt mis de côté la baisse des dépenses publiques. L'électorat de droite est assez sensible au gaspillage de l'argent public. Et là, pas grand-chose. Alors on va voir avec les
armes. Ça devrait
arriver là, non ?
La promesse du président du candidat, Emmanuel Macron, c'est 60 milliards sur le mandat. Il n
'y a
rien eu la première année. On peut imaginer qu'il n
'y
aura rien la dernière. Il en reste trois. Donc s'il ne commence pas maintenant, on oublie. Ça paraît mal engagé. Évidemment, ça intervient à un moment où il y a un ralentissement de l'économie mondiale. La France ne surperforme pas dans la zone euro. Elle est même plutôt dans les derniers, si on s'en tient aux chiffres du premier trimestre 2018, par exemple, par rapport à l'Allemagne, par rapport à nos voisins. Donc on n'est pas vraiment en grande forme. Et ce qui est assez étonnant, pour l'électorat de droite, je pense qu
'il
y
a
une déception, parce que c'est vrai que la situation économique dont hérite Emmanuel Macron, il est quand même dans une situation meilleure que l'ont été ses prédécesseurs.
Et
au fond, au bout
d'un an... Encore
aujourd'hui, en cette rentrée
?
Au bout d'un an, on pouvait imaginer qu'avec un gouvernement pro-business, une situation économique en 2017 qui était assez favorable, ça aurait dû mieux fonctionner. Alors peut-être que ça fonctionnera, on n
'est
qu'à la fin de la première année. Peut-être que ça ira mieux les prochaines années. Mais ce qui est certain, c'est qu'à cette rentrée 2018, je dirais qu'on a parlé de l'orientation politique qui est un peu moins favorable, mais ça c'est normal, l'élan est passé. Sur le plan économique, c'est aussi moins bon. Il y a quelques nuages qui s'amoncèlent au-dessus de la tête de l'exécutif, et ça va rendre compliqué l'équation budgétaire. Ça, ça va être difficile. Il va devoir faire des choix.
Alors justement, il va devoir faire des choix. Et quand on voit, tel que s'était exposé dans le reportage, les chiffres tels qu'ils sont énoncés de la croissance française, les objectifs en manière de réduction de déficit public, on se dit, comment fait-il pour présenter un budget
sans
faire de casse, c'est-à-dire sans aller vers un automne où il va falloir défendre des décisions qui seront difficiles. On avait vu, on s'en souvient, on en a beaucoup parlé, Jérôme Fourquet à l'époque, des faits des APL sur l'opinion, avec cette attente qui était née de l'élection d'Emmanuel Macron, et des attentes en termes de pouvoir d'achat,
c
'est compliqué.
C'est vrai que c'est une équation absolument impossible. Il entame cette rentrée avec un double doute. Il y
a
le doute de l'affaire Benalla, on en a parlé. Il y a le doute effectivement sur sa capacité à avoir des résultats économiques. La croissance effectivement est moins bonne que prévu. Puis il y a aussi les chiffres du chômage qui sont tombés cet été. Et le chômage baisse moins bien, enfin pas autant qu'escompté. Et ça, c'est une vraie interrogation du coup, qui égratine un peu l'image qu'on pouvait avoir effectivement de ce président pro-business. Et concernant la croissance, c
'est
la clé de voûte de toute action d'un gouvernement. Et sans les fruits de cette croissance, ça entrave sa capacité effectivement à mener des réformes audacieuses et à par exemple faire des économies. C'est un président effectivement qui promet 60 milliards d'économies sur le quinquennat. Comment tenir cet engagement avec des chiffres économiques qui sont moins bons ? C'est compliqué. Et sa majorité également qui demande des gestes sociaux. C'est compliqué de le faire quand les chiffres ne permettent pas cette bouffée d'oxygène.
Alors le gouvernement reste plutôt optimiste en disant qu'on pourrait avoir vers 1,8% de taux de croissance. Alors certains économistes disent que
c'est
absolument impossible. Ils ont intérêt comme ça jusqu'au bout, jusqu'à la clôture du budget, à dire qu'il y
a
encore un peu de souffle. Pourquoi ? Oui, mais tout
le problème c'est les hésitations.
C
'est-à-dire, souvenez-vous, on attendait avec impatience presque le rapport Cap 22 des experts. Vous
vous attendiez avec impatience le rapport Cap 22 des experts. Vous allez voir
sur la réforme de l'État et quels étaient les choix. Ça devait être un grand moment du quinquennat.
Et
puis le rapport, il a fuité dans la presse, mais il a quand même été laissé de côté. Et je pense que c'est le problème, vous parliez des conséquences sur l'électorat de droite maintenant, et puis sans doute un peu plus tard. C'est-à
-dire
qu'on a l'impression qu'il
n'y
a pas de cap défini. C'est-à
-dire
que c'est une stratégie qui...
De cap économique, vous voulez dire ?
De cap économique et de choix économiques clairs en ce moment.
C
'est-à-dire que ce rapport, on l'attendait, c'était annoncé. On en avait parlé pour une première fois. Il a été présenté à Édouard Philippe. C'était à la fin de l'hiver dernier, même au début du printemps dernier. Il n'a jamais été publié.
Pour faire clair, ce
rapport,
c
'était
en
gros la méthode du
gouvernement
pour mener les réformes structurelles.
Voilà, c'était confié à vraiment
tout un ensemble d'économistes, de personnes très intéressées par ces questions, surtout à tonalité très libérale. Mais on allait avoir la feuille de route, en fait. Et ça n'est jamais arrivé. Et donc, c'est vrai qu'il
y a
des interrogations, alors que justement, pour Business, cette ligne-là devait être claire. Et même celle-là ne l'est pas. C'est ça qui est étonnant.
Il y
a
une petite musique qui devrait monter à la rentrée. En tous les cas, on sent bien qu'à droite, les leaders ont envie de s'appuyer là-dessus. C'est l'idée, au fond, que si on met de côté la suppression de l'ISF et la suppression partielle de la taxe d'habitation, il y
a
cette idée qu'au fond, pour les classes moyennes, les impôts n'ont pas vraiment baissé. Et qu'au fond, Emmanuel Macron, il reste aussi sur une politique fiscale avec des hausses. Alors, ce n
'est
pas forcément les impôts sur le revenu, mais en l'occurrence, ce sont les taxes. Et c'est vrai qu
'il
va peut-être pouvoir prendre sa revanche en fin d'année, parce qu'au début de l'année, la baisse des cotisations partielles des retraites a été effacée par la hausse des taxes énergie, taxes tabac, taxes diverses.
Et
du coup, l'effet que… La
CSG. La
CSG pour les retraités. L'effet qu'aurait pu escompter le gouvernement s'est évanoui, s'est perdu dans les sables du printemps. Alors là, à la fin de l'année, le gouvernement mise beaucoup, espère retrouver de l'élan avec la baisse à nouveau, la deuxième baisse des cotisations salariales, la baisse, évidemment, la suppression partielle de la taxe
d'évaluation. Là, ça se
verra.
Là, ça se verra. Pour une partie des Français, c'est un tiers, mais ça se verra. Et le gouvernement compte beaucoup là-dessus pour justement retrouver un peu d'élan qu'il n'a pas pu avoir au début de l'année, parce qu'au fond, tout ça a été effacé par l'augmentation des taxes diverses
et
variées et notamment la hausse des prix pétroliers, vous le disiez dans votre question. Ça, c'est un élément très important qui explique en partie le ralentissement de la croissance.
Le sujet reste
le pouvoir d'achat. On est d'accord là-dessus.
Cet effet, effectivement, que le gouvernement espère retrouver risque d'être caché par le prélément à la source.
On va en parler. Il risque d
'entraver un petit peu cet effet-là. De la même manière, effectivement, que les taxes que vous avez évoquées sur l'essence, le tabac, sont arrivées avant la suppression des cotisations sur la fiche de paie. Et du coup, les classes moyennes ont vu les taxes avant les cadeaux. Et ça se voit d'ailleurs dans la consommation qui stagne en France par rapport à d'autres pays européens. Un sentiment qui ne s'est rien passé.
C
'est pas dans cette année de sonnant
et
trébuchant pour
une
partie des
Français ? Oui, on a beaucoup
parlé de la fin de l'ESF, de l'augmentation de la CSG pour les retraités, notamment.
Alors, qu'il ne s
'est
rien passé ou qu'il s
'est
passé des choses qui se sont annulées. Parce que le mécanisme qui est décrypté par l'opinion, c'est ce qu'on nous a donné d'une main, on l'a repris de l'autre, avec la hausse des carburants. Alors, c'est lié à la hausse des prix du pétrole, mais aussi à une fiscalité qui est plus importante. Et c'est toujours cette
idée
-là, la hausse des contraventions, deux fois plus de personnes qui ont été flashées au mois de juillet 2018 qu'en 2017 sur les fameux tronçons qui sont passés à 80 km heure. Et donc, les Français disent tout ça. On est encore un peu dans le jeu de bonnes taux habituel que les politiques ou que les gouvernants nous font. C'est-à-dire, on annonce avec beaucoup d'emphase les baisses, mais on a des hausses de manière subreptiste qui se dessinent. Et donc,
c
'est ça qui va structurer un petit peu le débat.
Je posais la question, le pouvoir d'achat, on est d'accord que c'est encore l'enjeu. Donc, dans les arbitrages budgétaires qui sont en train d'être rendus entre Bercy et l'Elysée, il y a cette question-là.
Oui, et vous indiquez dans votre reportage, plus 2,3% pour l'inflation qui repart. Donc ça, c'est le prix du panier de course qui augmente. Et donc, à la fin du mois, notamment en janvier, quand on regardera la fiche de paye qui sera amputée facialement de l'impôt sur le revenu, plus l'augmentation des prix de la consommation, tout ça n'est pas d'un meilleur effet sur le pouvoir d'achat.
Alors, vous l'avez évoqué rapidement, mais c'est vrai que s'il y a bien un sujet sur lequel le gouvernement va devoir faire de la pédagogie, comme on dit, c'est bien le prélèvement à la source. À partir du 1er janvier, l'impôt sur le revenu sera prélevé directement sur la feuille de salaire, sur le salaire des Français. Et le gouvernement redoute déjà un choc psychologique et même un ralentissement de la consommation. De quoi faire plutôt sourire nos voisins. Vous allez le voir, nous sommes rendus en Belgique, où l'impôt à la source est une évidence, une réalité depuis près de 60 ans. Reportage, Maëlle Kerguenou, Pierre de Horne avec Mathieu Lignot.
Pour
ces salariés belges, c'est l'heure de la rentrée. Je vous amène les petits nouveaux. Les petites nouvelles. Parmi elles,
Anne-Virginie Lousberg.
Elle
vient d'être embauchée dans cette entreprise de gestion.
Ici,
c'est les locaux de l'équipe Purple où je suis. Je suis destinée, affectée. Je venais voir mes futurs collègues. Reste a signé son contrat avec le responsable des ressources humaines. C'est lui qui s'occupe de tout.
Je
m'occupe essentiellement, on va dire, du salaire et tout ce qui touche au salaire, les contrats de travail.
Et aussi et
surtout
de l'impôt à la source. En Belgique, on l'appelle le précompte professionnel. L'employeur
connaît le taux d'imposition de ses salariés. Pour le calculer, le responsable RH a besoin d'une série d'informations très personnelles.
Les informations au niveau de ton statut, si tu es marié, célibataire, si tu as des enfants à charge, etc. Toutes ces informations, on va les rentrer dans notre système de
paye. Et
lui,
il
va calculer automatiquement le taux de ton précompte.
Pour
Anne-Virginie, livrer ses données presque intimes, ce n'est pas un problème. Le système est très encadré selon elle.
C
'est
très
limité parce que, par exemple, si j'ai une seconde résidence à Saint-Tropez, voilà, mon employeur ne le sait pas du tout. Ou si j'ai hérité d'un patrimoine considérable d'une tente en Amérique, ils ne savent rien du tout. Après déclaration,
le résultat s'affiche directement sur la fiche de paye.
Vous
avez donc la rémunération de base, qui est le salaire brut.
Et
ici, vous avez donc le précompte brut, qui correspond donc aux impôts. Donc ici, on est dans le cadre d'une personne célibataire qui n'a pas d'enfant à charge. Et donc, voici le montant pour le
précompte, qui
est d'environ 21%
de
la rémunération brute.
En
Belgique, cela fait des années que le prélèvement à la source est entré dans les mœurs.
En
Europe, seule la France et la Suisse ne l'ont pas encore mise en place. Alors que chez nos voisins, l'Allemagne a lancé l'impôt à la source en 1925. En Grande-Bretagne, c'était 1944.
Et
en Belgique, 1962.
Mais
toutes les sociétés ne s'occupent pas elles-mêmes des démarches administratives. 90% des entreprises belges les délèguent à des spécialistes du prélèvement à la source, appelés ici secrétariats sociaux.
Dans
ces bureaux, on édite 500 000 fiches de paie par mois.
Parmi
leurs clients, beaucoup de petites entreprises.
Pour
une PME,
ce
n
'est
pas possible de faire des calculs complexes comme ça. Le temps que ça prend, le risque d'erreur est important. Donc ils vont externaliser la gestion de la paix et le calcul de l'impôt à la source, le précompte professionnel, pour un coût qui est peu élevé. Donc prenons l'exemple d'une entreprise avec trois salariés. Vous avez un montant de base par mois de 66 euros à payer et 30 euros par salarié.
Ces secrétariats sociaux sont agréés et ils sont à but non lucratif.
Et
l'État veille au grain.
Car
pour ce fiscaliste,
le
prélèvement à la
source est très intéressant pour le trésor public. La recette est prélevée, le mot le dit,
à
la source, donc immédiatement. Ce qui veut dire que l'État dispose directement de sa recette fiscale au moment où les salaires sont payés. Donc il n'y a pas de mécanisme lourd de déclaration, de collecte et de recouvrement pour l'État. C'est une rentrée stable qui rentre automatiquement à concurrence de quasiment 100% de l'impôt sur les revenus.
L
'exemple belge parmi les sources d'inspiration du gouvernement français.
Mais
sur le passage au prélèvement à la source,
le
ministère des Finances marche sur des œufs et démine le terrain. Bercy lancera la semaine prochaine une grande opération de communication
pour
tenter de rassurer
les
contribuables français.
Alors ce reportage nous montre que ça se passe bien en Belgique, mais pourtant le gouvernement s'inquiète.
Oui, le
gouvernement s'inquiète parce que c'est vrai qu'il y a une dimension psychologique dans cette affaire. D'abord, ça fait des années qu'on en parle et ça fait des années finalement que ça a été reporté. C'est une décision du gouvernement François Hollande qui a été reportée d'une année par Emmanuel Macron et qui sera donc mise en place en janvier prochain. Sur le papier,
ça
paraît très simple, ça paraît la bonne idée. Après, il
y
a les cultures. C'est vrai qu'en France, l'impôt, tous les foyers ne sont pas mensualisés. C'est déjà une chose. Ensuite, il y aura évidemment le choc psychologique de voir sa fiche de paye amputée d'une partie des impôts. C'est ce que redoute le gouvernement. Et le gouvernement redoute que le bénéfice politique des baisses de cotisations, la deuxième partie des cotisations salariales dont on parlait tout à l'heure, de la taxe d'habitation, Tristan en parlait tout à l'heure, que ce bénéfice politique disparaisse avec le début du prélèvement à la source,
en
espérant que ça se passe bien. Parce qu'en plus, c'est une
méga
machine. On espère que le ministre des Comptes publics va mettre tout ça bien en ligne, parce que c'est une opération spectaculaire.
Et il part de loin, cette question impôt à la source, je n'y comprends rien. C'est normal ?
Il va y avoir
un gros trail de com à faire.
Jérôme
Darmanin va se démultiplier dans la presse locale, notamment régionale, pour aller faire une succession d'interviews à la rentrée pour expliquer comment ça marche. Et effectivement, tout le monde n'a pas encore compris, malgré le petit encart qu'on peut voir sur le site des impôts, quand on est allé déclarer nos
impôts en
juin dernier. Mais ça risque aussi de créer un petit attentisme psychologique quand ça va arriver. C'est-à-dire qu'on a vu que la consommation n'était pas très bonne en ce moment. Ça risque d'amplifier ce phénomène, parce qu'effectivement, quand on va voir notre fiche de paye coupée d'une part qui va aux impôts,
ça va se
voir quand même.
Ça va
se voir et ça peut provoquer un petit flottement dans les ménages et qui risque d'avoir pour victime la consommation.
Il
y
a
déjà une crainte qui s'exprime dans l'opinion sur ce sujet-là ou est-ce que ce n
'est
pas encore totalement
intégré ? Oui, c'est en
train de monter parce que c'est un sujet très technique et que les Français, hormis ceux qui sont employeurs, qui eux se font des cheveux blancs parce que c'est très compliqué à mettre en place. D'ailleurs, le gouvernement a dit qu'il
y a
un délai supplémentaire
pour
les très petites entreprises. Parce que ce qu'il faut bien voir,
c
'est qu'on compare aux autres pays européens, mais on a un système fiscal qui est basé sur le foyer fiscal. Or, rarement, ça peut arriver, mais vous travaillez rarement avec votre conjoint dans la même entreprise. Et donc, les autres pays sont avec des fois des individus. Donc, c'est beaucoup plus facile à tracer. Et nous, on a adossé à ce foyer fiscal toute notre politique de niche, des niches fiscales et autres. Et donc, le fondement même est très différent de ce qui se passe dans les autres pays. Donc, techniquement, c'est très compliqué de changer la brique élémentaire parce que tout a été construit dessus. Et juste techniquement, on se souvient qu
'il
y
a
eu des fiascos très récents. Au ministère de la Défense, il
y
a un fameux logiciel qui s'appelait le logiciel Louvois
qui
devait rationaliser toute la paye des militaires. Alors, armée de l'air, armée de terre, est-ce qu'on est parti en opération extérieure ou autre
?
Ça fait des années que les meilleures boîtes d'ingénierie françaises travaillent dessus. Et le gouvernement a sabordé ce programme parce que ça ne marchait pas. Et c'était pour quelques centaines de milliers de fonctionnaires
où
normalement, sur le papier,
c
'était techniquement possible. Donc là, ça risque quand même potentiellement de poser un certain nombre de questions. On le voit par exemple pour les personnes qui emploient des salariés à domicile. Eh bien, on a dit qu'il y aura une année blanche pour l'année prochaine parce que sinon, c'était à ces ménages, d'eux-mêmes en tant qu'employeurs, déclarer le revenu de leur femme de ménage, de leur nounou, de la personne qui s'occupe de leurs parents âgés. Et donc, on voyait que c'était quand même très,
très compliqué. Déclarer le
revenu, ça, ils le font. Mais c'était surtout calculer le
montant d'impôt.
Calculer, oui,
puis faire l'avance,
etc. Et collecter pour le fisc.
En sachant que quand on touche aux sujets fiscaux, je ne
sais
pas si vous regardez dans les sujets précédents et dans les années précédentes également, à chaque fois qu
'on
touche à ces sujets-là, c'est dangereux. Oui, oui. Politiquement, j'entends. Oui, oui, bien sûr. Il y a toujours le doute qu'on change les règles du jeu.
Oui, et puis, comme on l
'a
dit tout à l'heure, beaucoup de salariés, en tout cas ceux qui payent l'impôt sur le revenu, qui, on le rappelle, sont 40 à 45 % des Français, il y
a
quand même plus de 50 % de Français qui ne
sont
pas concernés, ils vont voir sur la fiche de paye, concrètement, tout ce qui parle d'État. Dans le reportage que vous avez montré, on s'est fait la réflexion tout à l'heure, vous avez vu la fiche de paye en Belgique.
Il y a quelques lignes. Il y a
une dizaine de lignes de retenues. En France, on est royalement à deux fois plus de lignes. Alors, 0,5 par-ci, 1 % par-là. Plus, maintenant, il y aura une grosse ligne en bas, qui sera l'impôt sur le revenu. Il faut rappeler quand même que c'est une promesse, à peu près, de tous les candidats socialistes, depuis Lionel Jospin, au début des années 2000. Pas
seulement
socialistes.
Beaucoup, en tous les cas. À droite, ils sont... À gauche, il y avait plutôt unanimité sur cette question. À droite, il y a une partie de la droite qui a toujours été hostile au prélèvement à la source. Mais globalement, c'était plutôt une idée qui était assez admise par le personnel politique en France. Finalement, il revient Emmanuel Macron de le mettre en application. Et on voit que là, on est à quelques mois maintenant de l'application. Et ça paraît une opération extrêmement périlleuse qui va rendre encore plus compliquée cette rentrée piégeuse, notamment avec le budget 2019 dont on parlait précédemment.
Mais ça veut dire que l'opposition aura du mal à s'emparer de ce sujet-là politiquement ? Parce
qu'il y avait une forme de consensus... Ça va beaucoup
dépendre aussi de si ça marche, si ça
fonctionne bien, si
ça marche bien au mois de janvier. Parce qu'il
y a
une dimension technique sur ce dossier qui est très, très importante. La perception va se faire beaucoup aussi sur les ratés
ou pas, les couacs.
On voit bien que c'est une forme de compte à rebours qui est engagé aujourd'hui. Si Gérald Darmanin multiplie, comme vous le disiez à l'instant, la communication, c'est que peu à peu, on a l'impression que des nouveaux dossiers s'ouvrent. C'est-à-dire qu'effectivement, il y a des particuliers employeurs, il
y
a des employés à domicile. Et puis comment ça va se passer pour lui ? Et on voit que les questions, plus on avance, plus on se rapproche du moment fatidique, plus les questions, de nouvelles questions apparaissent. Et donc, effectivement, il
y
a un vrai enjeu pour Gérald Darmanin. On sait que c'est une des étoiles montantes de la Macronie à gérer politiquement ce dossier pour rassurer. On va voir justement s'il est capable de porter ce dossier. C'est un vrai test. Pour lui, le président de
la
République attend beaucoup de Gérald Darmanin. On voit qu'il a été propulsé. C'est une prise sarkoziste. Et donc, on va voir comment...
Ils vont laisser se débrouiller avec ce
dossier,
en clair.
On voit bien. On voit bien. On voit bien. C'est la tentation. C'est un peu le crash test pour Gérald Darmanin.
Et nous passons maintenant à
vos questions. Et
la réduction du train de vie de l'État parmi les économies, est-ce qu'elles sont là, réellement, les économies ?
Elles ont été mises de côté dans le budget précédent.
Il
y
a
eu très peu de... Je crois que c'est 1 600 postes de fonctionnaires supprimés dans le budget 2018. Donc, ce qui est vraiment très faible.
120 000
prévus sur le quinquennat.
120 000 prévus sur le quinquennat. 60 milliards sur la dépense publique. On va bien voir ce qu'il en sera sur les arbitrages qu'on aura dans les jours qui viennent. Mais c'est vrai qu'on voit bien que le gouvernement est plutôt tenté maintenant de laisser ça de côté. Alors,
comment on fait, Bruno ? Je l'ai
dit, pour laisser ça de côté, ça veut dire laisser filer les déficits. C'est possible, ça, quand
on est Bruno
Le Maire et qu'on a
dit... Alors, quand on est
Bruno Le Maire, non, parce que Bruno Le Maire est très pointilleux. Et justement, lui, il est plutôt sur une position assez pointilleuse sur ce sujet. Mais il y a une partie de la majorité qui pense qu'il faut lâcher un petit peu sur le domaine social. N'oublions pas que cette majorité, elle est constituée en partie d'anciens socialistes qui savent se rappeler au bon souvenir d'Emmanuel Macron et qui savent aussi lui dire que s'il a été élu, c'est en partie aussi grâce à ces électeurs
-là. Donc ça, c'est
une option. Ce n'était pas du tout une option l'an dernier de dire, allez, 2,3% de déficit, on n'y sera peut-être pas, mais ce n
'est
pas si grave.
Certains, effectivement, dans la majorité, disent qu
'on
n'est pas à 0,1, 0,2
points
près. Ce qui est effectivement à rebours de l'identité politique de Bruno Le Maire qui a toujours eu un discours fort sur les
déficits qu'il fallait
mesurer. C'est effectivement un marqueur de la droite.
Et le clivage peut-être gauche-droite pourrait apparaître sur cette question-là au moment de l'examen du budget où il va falloir se poser la question parce que l'équation, elle est impossible, très compliquée. Et donc, il faut choisir soit faire filer les déficits, soit engager...
Surtout qu'il y a des promesses. Des économies. Il y a une autre
option, augmenter les impôts. Ça, c'est exclu ? On
a vu que rien que
la question... Ça fait partie des options qu'ils ont posées sur la table
parce
qu'on habite à Bercy. La CSG, ça
avait déjà provoqué une bronquia pas possible et que les retraités, notamment, sont très... Non, je ne
sais
pas, alors. Mais on peut demander des économies aux autres. C'est-à-dire pas à l'État, mais par exemple à la Sécurité sociale ou par exemple aux employeurs sur le fait que ce soit eux qui financent maintenant, par exemple, les arrêts maladie
ou
aux collectivités locales. Les collectivités locales. C'est ça, le bras de fer aussi qui est engagé.
Hollande peut-il empoisonner la rentrée de Macron
?
Du PS, oui. Du
PS,
oui. Plus chez de Macron.
Nicolas Hulot ne devait-il pas faire un bilan ? Ah oui, il avait dit qu'il ferait un bilan
en juillet et qu'il en
tirerait les leçons.
Qu'en est-il ?
Il ne nous a pas donné l'état de son check-up, mais en tout cas, il est resté. Donc il a dû considérer qu'il fallait rester. Néanmoins, il a saisi la balle au bon quand la justice américaine a condamné la firme Monsanto sur le glyphosate. Tout de suite, il est monté au créneau. Et ça peut être aussi
un
des arbitrages de cette rentrée qui ne coûtera pas forcément très cher. C'est-à
-dire
qu'il n
'y aura
peut-être pas de volet de tournant social, mais peut-être qu'Emmanuel Macron, on n
'a
pas parlé de la procréation médicalement assistée qu'il devrait mettre en place, de dire « voilà, je suis progressiste en matière de valeurs culturelles. »
Et
puis, vous voyez, je soutiens mon ministre, Nicolas Hulot, sur les sujets environnementaux. Et donc, ça peut faire une espèce de balance par rapport au reste des réformes qui seront plus d'inspiration libérale.
– Dans tous les cas,
il y a un indice, c'est que dans la liste des priorités des budgets sanctuarisés, on sait que la défense sanctuarisée, l'intérieur sanctuarisé,
l'éducation nationale
sanctuarisée, et maintenant le développement durable. Donc c'est un indice sans doute qui laisse penser que Nicolas Hulot n
'a
peut-être pas gagné tous ses arbitrages, mais il en a gagné quelques-uns.
– Parmi les ministres, y a-t-il des maillons faibles ?
– Oui,
il y a des maillons faibles, mais c'est surtout parce qu'il y a des dossiers faibles. Ce n
'est
pas vraiment les personnalités, c'est plutôt la façon dont les dossiers sont traités. Je pense notamment à la cohésion des territoires.
On
parlait tout à l'heure des relations avec les collectivités territoriales. C'est quand même un des gros points noirs de la première année du quinquennat d'Emmanuel Macron. Les relations avec les maires, les relations avec les départements, les relations avec les régions, vous allez me dire que quasiment toutes les régions sont tenues par la droite, mais il a quand même un souci dans sa relation au territoire. C'est porté aujourd'hui par Jacques Mézard, qu'on entend assez peu. C'est porté par Julien Denormandie, qui est pourtant un très proche de Macron et qui n'a pas réussi à s'imposer non plus sur ces dossiers-là. Et puis on se souviendra toujours de ce qui s'est passé le 22 mai à
l
'Elysée, la réunion banlieue, et pour l'instant, pas de mesures fortes en tout cas en direction des quartiers. – Agnès
Buzyn est-elle la femme de la situation ?
– Elle
l'a été cet été ?
–
Oui, cet été, elle s'est plutôt bien acquittée de sa tâche. Je trouve que c'est une des ministres qui, sur la durée, commence à s'imposer dans son domaine. Elle est très critiquée, mais sur la santé, sur le social, elle apporte une touche sociale qui manque à ce gouvernement et peut-être même presque une fibre, le petit côté gauche, qu'on n'entend pas beaucoup. Alors c'est vrai qu'elle est comme d'autres ministres techniques, donc elle a un poids politique insuffisant, mais elle s'affirme petit à petit.
– Et elle aura
le plan hôpital ?
–
Alors elle va avoir deux dossiers sur lesquels on va beaucoup juger, et ce sera aussi son crash test pour reprendre l'expression de son lycée vénère.
–
C'est violent. – Le plan pauvreté, qui a été reporté avant l'été, et là on attend beaucoup à la rentrée, et le plan hôpital. –
Vous disiez, ce sera son moment de vérité, le plan pauvreté ? – Oui, parce qu'effectivement, il a été reporté, on
en
parle depuis longtemps. La majorité, on voit des personnes qui font monter la pression sur cette question, qui veulent justement un tournant social. Est-ce qu'elle est en capacité de l'incarner ? Est-ce qu'elle va avoir tous les outils pour le faire ? Les budgets aussi pour le faire ? On va voir un peu l'ampleur de ce plan de pauvreté, ce sera à la mi-septembre, il me semble. Et c
'est
là qu'on verra si elle est en capacité d'avoir un poids, notamment politique, et non pas seulement technique, au sein de ce gouvernement.
– Les
syndicats ne jouent-ils pas leur avenir sur le dossier de la réforme des retraites
? – Si,
parce qu'ils ont énormément perdu, on parlait tout à l'heure de la France insoumise de Jean-Luc Mélenchon, mais la bataille sur la réforme du Code du travail a été perdue, la bataille du rail à la SNCF a été perdue, alors même que le front syndical est resté uni jusqu'au bout. Et donc là, effectivement, sur les retraites,
en
fonction de comment les choses vont évoluer, ça aura une incidence très claire, sur l'avenir des syndicats, sachant qu
'Emmanuel
Macron s'entend peut-être le vent un petit peu tourner, au moment du Congrès,
au
début de l'été, a dit voilà, on s'engage vers une démocratie contractuelle, il se cherche sans doute des alliés, des points d'appui, alors que jusqu'à présent il les avait snobés, notamment la CFDT, qui se retrouve sur un certain nombre de grands axes de la réforme des retraites, et qui pourrait éventuellement, mais ça lui a coûté cher de soutenir une réforme gouvernementale en
2003,
au moment des retraites, donc elle y regardera deux fois, elle vendra chèrement son soutien. Ils
ont pris
deux buts, ils ont pris deux buts pendant la première année, les syndicats sont plutôt à terre, mais quand même, au début de l'été, il ne faut pas oublier qu'Emmanuel Macron a fini par les recevoir tous ensemble, donc sur la réforme des retraites, manifestement, le gouvernement a envie de changer sa
méthode.
Il
a envie de changer sa
méthode. C'est
une
question ultra sensible, il faut quand même se rappeler, en 2010, la réforme WIRT,
c'est quand même plus
d'un
million de personnes dans la rue, c'est un record depuis 15 ans à l'époque, donc c'est une réforme quand même, tout le monde arrive à s'identifier à ça, plus que la question de la SNCF. Les cheminots ont un pouvoir de blocage, assurément, mais les retraites, ça touche tout le
monde. Et donc, la possibilité d'avoir dans la rue beaucoup de personnes, c'est à ce moment-là qu'on peut le voir, effectivement, et du coup, c'est une réforme
à
manier avec précaution.
Depuis le début de son quinquennat, Emmanuel Macron ne fait pas mystère de ce qu'il veut faire.
C'est
une réforme très ambitieuse sur les retraites. Est-ce qu'on est dans le plus dur comment ? Est-ce que la réforme des retraites, c'est un calendrier qui commence à approcher dangereusement ou est-ce qu'il peut se laisser encore un petit peu de temps ?
Non, parce qu'il a un agenda qui est très serré et là aussi, il est instruit de l'expérience du quinquennat précédent. S'il veut obtenir des résultats sonnant et trébuchant à la fin du quinquennat, il faut qu'il ait réformé en profondeur. Et un des gros piliers à réformer aujourd'hui, c'est les retraites.
Marine Le Pen a-t-elle encore quelque espoir de jouer un rôle majeur à la prochaine élection présidentielle
? Je
pense que ce serait beaucoup trop tôt, en tout cas, de dire qu'elle n'en jouera pas. On est un an après l'élection d'Emmanuel Macron. Les sondages montrent encore qu'en tout cas, ces idées sont soutenues par une bonne
partie
importante de la population française. Donc ce serait une erreur, je pense, de la laisser de côté et
de faire comme s
'il
n'existait plus. J'ai moins de retraites à cause de l'augmentation de la CSG. Donc cette année, ni soldes, ni vacances. Où Macron croit-il qu'on trouve l'argent pour consommer
?
Les retraités sont durablement mécontents de la hausse de la CSG. Et à mon avis, sur justement la réforme des retraites, ils vont regarder ça avec beaucoup d'attention, surtout parce qu'un retraité, il a aussi des enfants et des petits-enfants.
Le socle électoral d'Emmanuel Macron est-il toujours aussi solide
? Pour
l'instant, ils le soutiennent. Ceux qui avaient voté pour lui, ils sont restés là. Et on l'a dit tout à
l
'heure, il y a même une partie de la droite qui continue de le soutenir.
Merci à vous tous. C'est la fin de cette émission qui sera rediffusée ce soir à 22h25. On se retrouve demain à 17h50 pour un nouveau C'est dans l'air. Belle soirée sur France 5.
Emmanuel Macron