Redire ce qu'est la France, et ce qu'elle ne négociera jamais.
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Chapitres
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Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:00Invité politiqueChiffre
« Aujourd'hui vous avez sur le sol français une succession d'attentats qui a causé dans les dernières années plus de 260 morts et près d'un millier de blessés »
- 0:39Invité politiqueFait
« Le problème encore une fois aujourd'hui n'est pas la question de la relation entre les religions et la république, la question c'est la progression de l'islamisme dans notre pays. »
- 1:23Invité politiqueFait
« Emmanuel Macron dans l'entretien qu'il a donné à L'Express en décembre dernier rappelle que notre Code civil aujourd'hui – c'est le cas, le Code civil dit que personne ne peut prétendre être naturalisé s'il ne fait pas d'abord la preuve de son assimilation à la communauté nationale »
- 2:04Invité politiqueFait
« Comment voulez-vous lutter contre le séparatisme quand vous refusez le projet de l'assimilation ? »
- 3:21Invité politiqueFait
« Et par définition : nous sommes la France, nous sommes un pays marqué par une histoire, par une civilisation. Cette civilisation, n'ayons pas peur de le dire, elle est héritière de la tradition judéo-chrétienne »
- 4:00Invité politiqueFait
« Ici c'est la France, un pays dans lequel on n'a pas le droit de tondre une jeune fille parce qu'elle est amoureuse d'un chrétien. »
- 5:17Invité politiqueFait
« l'assimilation n'est en rien un projet raciste. Le racisme, ce serait de reconnaître le rejet, ce serait d'affirmer que certains parce qu'ils sont d'une autre ethnie ne peuvent pas être assimilés. »
- 7:03Invité politiquePromesse
« Lutter contre le séparatisme ça suppose évidemment de commencer par mettre fin aux flux migratoires massifs qui entrent aujourd'hui sur notre pays »
Temps de parole
- François-Xavier Bellamy100 %
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Aujourd'hui vous avez sur le sol français une succession d'attentats qui a causé dans les dernières années plus de 260 morts et près d'un millier de blessés et il faudrait mieux contrôler les paroisses catholiques ? Ça n'a aucun sens. Vous avez un professeur de l'enseignement public qui est décapité en pleine rue aux cris d'"allahou akbar" pour un cours sur la liberté d'expression et il faudrait restreindre la liberté d'enseignement en famille ? Mais ça n'a encore une fois aucun sens ! Et d'ailleurs c'est à la fois une loi liberticide pour des Français qui ne causent pas de problèmes, par bien des aspects.
Prenons simplement cette question de l'enseignement à domicile : c'est une question qui est fondamentale. Toutes les religions, les catholiques les protestants les juifs... tous s'inquiètent de la menace d'un contrôle renforcé sur l'exercice de leur culte, et au fond pourquoi en venons-nous à cette aberration ? Parce que nous n'avons pas su désigner l'adversaire. Le problème encore une fois aujourd'hui n'est pas la question de la relation entre les religions et la république, la question c'est la progression de l'islamisme dans notre pays. Et au fond un des sujets je crois qui mérite d'être traité c'est : est-ce d'abord par une loi que nous allons réussir à traiter ce problème ?
D'abord il est certain qu'une loi ne suffit pas : il faut mener un combat culturel un combat intellectuel, un combat éducatif que je crois prioritaire est de ce point de vue là. De toute façon une loi ne peut pas suffire. La question est même encore en amont : je me demande dans quelle mesure cette agitation législative n'est pas de toute façon une espèce de créativité inutile dans la mesure où aujourd'hui la priorité fondamentale c'est d'abord de faire appliquer la loi partout sur le territoire de la république.
Il y a des lois existantes qui sont défiées tous les jours, il y a des principes fondamentaux de notre droit qui sont menacés tous les jours, y compris par les autorités de l'État qui prétendent lutter contre le séparatisme. – Un exemple ? – Un exemple de ce problème culturel de fond : Emmanuel Macron dans l'entretien qu'il a donné à L'Express en décembre dernier rappelle que notre Code civil aujourd'hui – c'est le cas, le Code civil dit que personne ne peut prétendre être naturalisé s'il ne fait pas d'abord la preuve de son assimilation à la communauté nationale – Macron dit "l'assimilation il faut arrêter avec ça, ça n'est pas ce que nous voulons faire".
Comment voulez-vous lutter contre le séparatisme quand vous refusez le projet de l'assimilation ? Comment voulez-vous lutter contre le séparatisme quand vous affirmez comme Emmanuel Macron que chacun a droit à des appartenances multiples, et qu'il faut prendre en considération la diversité avant de regarder l'unité de la communauté nationale ? Il y a une espèce de de complaisance en effet, de lâcheté – qui a été partagée, il faut bien le dire, par tous les bords politiques, je ne dis pas qu'Emmanuel Macron est le seul à l'incarner, mais aujourd'hui il me semble qu'au delà de cette lâcheté il y a même une paresse dans le diagnostic, dans le constat.
Oui, le problème qui est devant nous – et nous devons le regarder face à face – ça n'est pas, encore une fois, la relation entre les religions et la république ; ça n'est pas la question de savoir si la loi de la république est supérieure à la loi religieuse ; la vraie question c'est de faire face à la réalité de cette rencontre à haut risque entre l'islam et le modèle républicain en France aujourd'hui. Regardons le en face : il n'y a pas un pays musulman par exemple qui garantit l'égalité successorale entre les entre les hommes et les femmes. Quand la Tunisie a tenté de le faire elle a été sommée de revenir sur ce projet – l'ancien président.
Il n'y a quasiment aucun pays musulman qui autorise de manière explicite la liberté religieuse, c'est à dire qui permette par exemple de quitter la religion musulmane et qui ne sanctionne pas pour cela, ou bien qui autorise d'autres religions à pratiquer librement leur culte et même à parler librement de leur religion. Et par définition : nous sommes la France, nous sommes un pays marqué par une histoire, par une civilisation. Cette civilisation, n'ayons pas peur de le dire, elle est héritière de la tradition judéo-chrétienne, et cela a fondé en nous l'idée de la liberté de conscience, l'idée de la liberté religieuse, l'idée même de la laïcité !
C'est pour ça que quand on prétend qu'il faut mieux contrôler les paroisses catholiques pour lutter contre le séparatisme, on est dans une espèce de folie. La clé, c'est au contraire d'être capable de redire paisiblement et sereinement "Ici c'est la France. Ici c'est la France, c'est à dire un pays qui respecte de manière inconditionnelle la liberté de conscience. Ici c'est la France, un pays dans lequel on n'a pas le droit de tondre une jeune fille parce qu'elle est amoureuse d'un chrétien.
Ici c'est la France, et si vous n'aimez pas ce modèle-là, si vous ne voulez pas vous y assimiler pleinement, vous avez parfaitement le droit de choisir un autre modèle, d'aller vivre dans d'autres pays ; mais nous ne négocierons pas sur nos principes fondamentaux, parce que c'est notre identité." Et en fait ce texte, loin de réaffirmer notre identité, ne fait que tenter d'apporter une réponse procédurale et technique à un problème qui est en réalité politique, intellectuel, fondamental. Je crois qu'il n'y a pas d'avenir pour une société qui se croirait multiculturelle. La vérité, c'est que nous devons pouvoir partager une référence commune.
Nous devons être encore capables de dire "nous", c'est-à-dire de savoir que nous sommes définis par une certaine manière de vivre, une certaine manière de regarder le monde, des principes qu'on ne négocie pas, au-delà de nos évidentes divergences sur le plan politique, intellectuel, confessionnel. Précisément, la liberté qui caractérise notre modèle est un aspect non négociable de la manière dont nous devons continuer de vivre ensemble, y compris la liberté religieuse. Et c'est la raison pour laquelle ce texte, me semble-t-il, commet une véritable erreur. Mais ça pour le coup ça suppose une volonté d'assimilation et ça suppose de renouer avec le projet de l'assimulation.
Le projet de l'assimilation – c'est Raphaël Doan qui a publié un ouvrage très récent sur la question de l'histoire de l'assimilation, un texte que nous devons absolument pouvoir lire pour pouvoir y puiser l'enseignement du chemin qu'il nous faut suivre – aujourd'hui Raphaël Doan montre très bien que l'assimilation n'est en rien un projet raciste. Le racisme, ce serait de reconnaître le rejet, ce serait d'affirmer que certains parce qu'ils sont d'une autre ethnie ne peuvent pas être assimilés.
Moi je crois au contraire – et je le dis comme professeur, comme un professeur de l'enseignement public qui a été devant des élèves qui étaient pour une immense majorité d'entre eux issus de l'immigration – je crois au projet de l'assimilation, je crois que nous pouvons dire à ces jeunes, d'où qu'ils viennent, "vous êtes en France, prenez tout, tout est à vous : le meilleur de notre culture, de notre histoire, toute la tradition européenne ; vous pouvez vous y assimiler et vous pouvez la prolonger". Et d'ailleurs notre histoire de France est remplie de figures et de personnalités venues d'ailleurs, qui ont su prolonger cette histoire.
"Mais ça n'est pas négociable, et si vous n'en voulez pas, alors il n'y a aucune raison que vous restiez parmi nous". J'essaye de parler avec mon expérience de professeur aussi. Cette crise, me semble-t-il, c'est ce que j'avais tenté de dire dans Les Déshérités (Plon, 2014) il y a déjà plusieurs années. Elle ne vient pas d'abord de ce que les jeunes – y compris les jeunes issus de l'immigration – ont refusé de recevoir ce que nous avions à leur transmettre : elle vient d'abord du fait que nous avons renoncé à leur transmettre.
Et donc le problème n'est pas que l'assimilation est impossible ; le problème c'est que nous avons refusé d'offrir, il y a des réserves que nous avons refusé de dire "ici c'est la France, et voilà ce qu'implique le fait de vivre en France". Le fait d'être français suppose d'épouser pleinement, complètement, sans négociation possible la plénitude d'un héritage et donc, d'une certaine manière de vivre. Et encore une fois, transmettre cela est aussi d'une certaine manière un acte d'amour, n'ayons pas peur de le dire, envers un pays, envers une histoire, mais aussi envers tous ceux qui vivent aujourd'hui et qui ont le droit d'en recevoir le meilleur.
Lutter contre le séparatisme ça suppose évidemment de commencer par mettre fin aux flux migratoires massifs qui entrent aujourd'hui sur notre pays, et vous avez raison de le dire, le projet de l'assimilation aujourd'hui est en échec complet d'abord parce qu'il n'est pas porté, et ensuite parce que de toute façon il est rendu impossible par le fait que l'immigration reste toujours aussi importante.
On voit bien qu'on ne peut pas, dans une situation où la communauté nationale est déjà profondément fracturée, on ne peut pas réussir à vaincre ces fractures et à rapprocher les plaques tectoniques qui s'éloignent si on ne commence pas d'abord par faire face au défi qui est aujourd'hui déjà devant nous. Il faut commencer par mettre fin aux flux migratoires, et comment prétendre lutter contre le séparatisme tout en ayant cette politique migratoire complètement aberrante ! Je crois que c'est évidemment la grande erreur d'Emmanuel Macron.
François-Xavier Bellamy