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Podcast / conversationLe Média (sur Podcast)· 4 novembre 2022 27 minContradictoireActualité / polémiqueOutre-merImmigration & asileÉconomie & entreprisesEnvironnement & énergie

"La France ne veut pas que la Guyane se développe" : pourquoi ce député est en colère | Jean-Victor Castor

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 30 %Attaque 60 %Défensif 10 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 96 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 1:07OuverteRéponse directe

    Vous aviez promis lors de votre campagne électorale que vous porteriez à Paris la question de la restitution foncière en Guyane. On aimerait en savoir un peu plus sur la nature et la profondeur du problème foncier auquel vous êtes confronté et quel type de solution vous préconisez ?

  • 1:34ComplaisanteRéponse partielle

    1 300 000 hectares, on peut comparer à quel ?

  • 2:35OuverteRéponse directe

    Acheter à qui ?

  • 6:08OuverteRéponse directe

    D'un point de vue médiatique, vous avez commencé à évoquer cette question, à peine élue, mais vous avez également interpellé le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, à ce sujet.

  • 6:40RelanceRéponse directe

    Alors, quel est précisément le levier exclusivement étatique dont vous parlez et que vous voudriez voir activé par le gouvernement pour régler, une fois pour toutes, ce problème de dépossession foncière qui dure maintenant depuis des siècles ?

  • 8:21OuverteRéponse directe

    Est-ce que quelque part, si on est paranoïaque, est-ce que l'État a les moyens d'embêter une collectivité territoriale ou une entreprise ou un projet en refusant de lui attribuer les terres nécessaires à ce projet-là ? Et donc à choisir les entrepreneurs, les agriculteurs ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:24Invité politiqueChiffre
    « Premièrement, il faut rappeler aux personnes qui nous écoutent que la Guyane, c'est 8 300 000 hectares. »
  • 1:34Invité politiqueChiffre
    « C'est 84 000 km², c'est la superficie de l'Autriche ou du Portugal. »
  • 1:46Invité politiqueFait
    « Et donc il y avait des gens, quand Christophe Colomb aurait dit tant de découverts à l'Amérique et la Guyane particulièrement, ce qui se passe c'est que l'État s'est déclaré propriétaire des terres et 90% on va dire de la surface de la Guyane aujourd'hui est détenue, on va dire administrativement par l'État. »
  • 2:40Invité politiqueFait
    « Les agriculteurs ne peuvent pas avoir les terres. Des jeunes qui sont au lycée agricole doivent attendre parfois 4-5 ans de procédures administratives pour espérer avoir un open terres. »
  • 3:08Invité politiqueFait
    « Je rappelle quand même que la France refuse de signer, de ratifier la Convention 169 de l'EIT. »
  • 3:41Invité politiqueChiffre
    « la population de la Guyane aujourd'hui est de plus de 300 000 habitants officiellement, mais on pense qu'il y en a un peu plus d'ailleurs. »
  • 6:34Invité politiquePromesse
    « Êtes-vous prêts à utiliser immédiatement ce levier exclusivement étatique pour mettre fin à une situation inacceptable et anachronique ? »
  • 7:40Invité politiqueFait
    « il y a 400 000 hectares de prévus qui devraient être restitués aux peuples autochtones, 250 000 hectares aux collectivités et à peu près 20 000 hectares pour les agriculteurs. Nous sommes en 2022. Jusqu'à aujourd'hui, rien n'est fait. »
  • 9:59Invité politiqueChiffre
    « le taux de pauvreté en Guyane, c'est-à-dire le nombre de personnes en dessous du seuil de pauvreté, était de 30%. 5 ans après, nous sommes à 53%. »
  • 11:20Invité politiqueFait
    « Les 400 000 hectares qui devraient être restitués au peuple autochtone, rien n'est fait aujourd'hui. Les 250 000 hectares aux collectivités, rien n'est fait aujourd'hui. Et les 20 000 hectares aux agriculteurs, là encore, rien n'est fait. »
  • 12:25Invité politiqueFait
    « Les Guyanes n'aient pu utiliser leur génie. Et on a eu donc une balance commerciale qui était à 90% d'exportation et 10% d'importation. Aujourd'hui, c'est tout à fait le contraire. »
  • 14:12Invité politiqueChiffre
    « Quand vous avez un vol en Guyane, c'est reconnu officiellement. Vous avez un passager sur quatre qui transporte de la drogue. »
  • 17:08Invité politiqueChiffre
    « Le budget de la collectivité territoriale en Guyane, c'est 700 millions d'euros. »
  • 20:00Invité politiqueFait
    « 200 millions d'euros répartis sur l'ensemble des territoires d'Outre-mer, c'est du pipitia. »
  • 23:28Invité politiqueChiffre
    « Ça fait 40 ans que notre territoire est pillé par des activités clandestines sur nos ressources d'orifère. Et c'est entre 10 et 15 tonnes d'or par an. »

Temps de parole

  • Jean-Victor Castor80 %
  • Présentateur19 %

3 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

Chers auditeurs du Média, vous aimez nous écouter ? Vous êtes la garantie de notre liberté et de notre indépendance et nous avons besoin de vous pour continuer. Devenez sociaux et abonnez-vous sur lemédiatv.fr. Il s'appelle Jean-Victor Castor, il est député de la Guyane, membre du mouvement de décolonisation et d'émancipation sociale. Soutenu au second tour par le Parti Socialiste Guyanais et Nouvelle Force de Guyane, il siège désormais à l'Assemblée Nationale au sein du groupe gauche, démocrate et républicaine dominé par les communistes.

Il a choisi de remettre au goût du jour un problème de fond, un problème explosif dans ce département outre-mer situé en Amérique du Sud, celui de la dépossession foncière des Autochtones lors de la colonisation et qui se poursuit. Au Média, nous avons voulu l'entendre parler de cette problématique qui n'a que peu d'écho dans l'Hexagone et des défis auxquels, des autres défis auxquels la Guyane fait face. Bonjour Jean-Victor Castor. Bonjour Théophile. Alors vous aviez promis lors de votre campagne électorale que vous porteriez à Paris la question de la restitution foncière en Guyane.

On aimerait en savoir un peu plus sur la nature et la profondeur du problème foncier auquel vous êtes confronté et quel type de solution vous préconisez ?

1:24
Jean-Victor Castor

Premièrement, il faut rappeler aux personnes qui nous écoutent que la Guyane, c'est 8 300 000 hectares. C'est un processus de colonisation.

1:31
Présentateur

1 300 000 hectares, on peut comparer à quel ?

1:34
Jean-Victor Castor

C'est 84 000 km², c'est la superficie de l'Autriche ou du Portugal. Voilà, c'est le vie. Voilà, et donc il y avait des gens, quand Christophe Colomb aurait dit tant de découverts à l'Amérique et la Guyane particulièrement, ce qui se passe c'est que l'État s'est déclaré propriétaire des terres et 90% on va dire de la surface de la Guyane aujourd'hui est détenue, on va dire administrativement par l'État.

1:58
Présentateur

En fait l'État s'est installé, s'est imposé, il a fait tabou la rasa, il a dit toutes les terres m'appartiennent. C'est ça.

2:05
Jean-Victor Castor

Au début, au commencement. En considérant que ce sont des terres en friche et sont propriétaires. Voilà, ce que je veux dire c'est que c'est un grave problème parce que bien sûr c'est une dépossession, donc bien sûr des peuples autochtones, mais c'est une dépossession aujourd'hui de l'ensemble de la population guyanaise. Parce que je rappelle que même pour construire des équipements publics, nos institutions, les collectivités territoriales, mairies, collectivités de la Guyane ou les EPCI, etc. doivent acheter des terres pour construire une crèche, une école, etc.

2:35
Présentateur

Acheter à qui ?

2:36
Jean-Victor Castor

À l'État. Pas l'intermédiaire d'organisme, mais à l'État. Et donc du coup, ce sont des problématiques aussi pour les agriculteurs. Les agriculteurs ne peuvent pas avoir les terres. Des jeunes qui sont au lycée agricole doivent attendre parfois 4-5 ans de procédures administratives pour espérer avoir un open terres. Donc en fait, quand j'ai exposé ce problème qui date d'un certain nombre d'années, moi j'ai voulu vraiment mener la campagne là-dessus parce que c'est une problématique qui est transversale, qui pose une problématique originelle avec la reconnaissance des droits des peuples autochtones.

Je rappelle quand même que la France refuse de signer, de ratifier la Convention 169 de l'EIT, mais c'est une problématique, on va dire... Que dit cette Convention ? Alors cette Convention, elle reconnaît donc l'existence des peuples autochtones et elle délibère sur plusieurs aspects, sur les aspects culturels, sur le droit coutumier, mais aussi donc sur le rattachement à la terre et donc des problématiques de légitimité foncière. Donc ça c'est un premier point.

Et puis un deuxième point aussi, c'est le point qui concerne l'ensemble de la population, je dirais, puisque entre-temps, la Guyane, voilà, les autochtones ont été décimés, mais la population de la Guyane aujourd'hui est de plus de 300 000 habitants officiellement, mais on pense qu'il y en a un peu plus d'ailleurs. Ce que je veux dire, c'est que c'est une problématique qui est transversale. Ça concerne mon économique, puisque si vous êtes chef d'entreprise, jeune créateur d'entreprise, vous avez besoin de foncier, vous ne pouvez pas obtenir le foncier facilement. C'est une problématique, on va dire même psychique, on va dire... Parce qu'en fait, quand on n'est pas rattaché à sa terre...

4:06
Présentateur

À la terre de ses ancêtres, en fait, où on a vécu...

4:07
Jean-Victor Castor

À la terre de ses ancêtres, on ne sait pas où on est. Je rappelle quand même que la Guyane a aussi subi la traite négrière. Donc, nous avons des communautés qui vivent aussi, qui ont créé des modes de vie, les fameux marrons, qu'on appelle aussi les bouchénégés, et qui ont créé des villages qui ressemblent énormément aux villages qu'on retrouve en Afrique.

4:24
Présentateur

Et qui ne leur appartiennent pas, ces villages.

4:26
Jean-Victor Castor

Qui ne leur appartiennent pas. Et il faut que les gens qui nous écoutent sachent que parfois, des mairies... Je parle du bâtiment. La siate foncière où est située certaines mairies n'appartient pas aux mairies. Il y a les trois plus grandes communes dites de France, c'est-à-dire Maré-Pasola, Régina et Camopi. Par exemple, pour la commune de Maré-Pasola, c'est 18 000 km². C'est-à-dire, c'est 18 fois la superficie de la Martinique. Eh bien, la commune de Maré-Pasola n'a pas de foncier. Et pourtant, administrativement, sa surface administrative est de 18 000 km².

4:59
Présentateur

Alors, ces communes qui n'ont pas de foncier, elles prélèvent quand même des impôts sur la base du foncier ?

5:03
Jean-Victor Castor

Alors, les problématiques fiscales en Guyane sont multiples parce qu'on va dire que le droit commun est censé s'appliquer. Mais il y a donc des difficultés qui sont... Enfin, il y a des difficultés, il y a des particularités ou des réalités qui sont liées à notre histoire, justement, à ces modes de vie. Par exemple, les peuples autochtones ont un mode de vie qui est collectif, où la notion de propriété privée, eh bien, aujourd'hui, fait discussion. Mais en tous les cas, leur mode de vie, c'est un mode de vie qui est transmis de génération en génération. Et ils veulent vraiment conserver ce mode de vie-là.

Et leur façon d'exercer un petit peu, on va dire, leurs activités culturelles, leurs activités, on va dire, économiques, leurs activités, on va dire, liées, en fait, étroitement avec leur environnement, c'est-à-dire la forêt, puisque ce sont des gens qui vivent de la pêche, de la chasse et de la cueillette, enfin, et qui ont aussi ce qu'on appelle l'habitation chez nous, c'est-à-dire une activité agricole.

6:02
Présentateur

Ok. D'un point de vue médiatique, vous avez commencé à évoquer cette question, à peine élue, mais vous avez également interpellé le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, à ce sujet. On écoute un extrait de votre interpellation.

6:17
Jean-Victor Castor

Monsieur le ministre, vous vous êtes engagé à ouvrir un dialogue sur la restitution des terres. C'est un préalable au développement endogène et le développement économique est un préalable à la sécurité publique. Êtes-vous prêts à utiliser immédiatement ce levier exclusivement étatique pour mettre fin à une situation inacceptable et anachronique ?

6:40
Présentateur

Alors, quel est précisément le levier exclusivement étatique dont vous parlez et que vous voudriez voir activé par le gouvernement pour régler, une fois pour toutes, ce problème de dépossession foncière qui dure maintenant depuis des siècles ?

6:53
Jean-Victor Castor

Alors, je rappelle déjà que politiquement, déjà, on va dire socialement, le mouvement social de mars-avril 2017 a repris cette revendication qui est très ancienne de restitution totale des terres. Les élus en congrès, à l'issue de ce mouvement, ont aussi délibéré pour la restitution des terres. Moi, en tant que parlementaire, donc, je vais mener campagne, enfin, en tant que candidat d'abord, je vais mener campagne sur la restitution totale des terres.

Mais en attendant immédiatement, il suffit que l'État décide, par l'intermédiaire de notre ministre dit de l'Outre-mer, monsieur Darmanet, décide, par exemple, que toutes les collectivités qui veulent réaliser des équipements publics, etc., que les terres soient mises à disposition gratuitement. Bon, je rappelle que quand même, dans les accords de Guyane, il y a 400 000 hectares de prévus qui devraient être restitués aux peuples autochtones, 250 000 hectares aux collectivités et à peu près 20 000 hectares pour les agriculteurs. Nous sommes en 2022. Jusqu'à aujourd'hui, rien n'est fait. Donc, en fait, on a des réponses étatiques, mais qui sont des réponses dilatoires, en fait.

On nous fait croire que les problématiques vont être réglées et elles ne le sont pas. Donc, c'est la raison pour laquelle, moi, je considère que c'est ma mission, c'est de ma responsabilité, mais je ne suis pas le seul, d'exposer cette problématique au sein du Parlement pour que déjà nos collègues comprennent ce qui se passe en Guyane et que tout le monde se rende compte que nous sommes dans une situation vraiment anachronique en Guyane.

8:21
Présentateur

– Est-ce que quelque part, si on est paranoïaque, est-ce que l'État a les moyens d'embêter une collectivité territoriale ou une entreprise ou un projet en refusant de lui attribuer les terres nécessaires à ce projet-là ? Et donc à choisir les entrepreneurs, les agriculteurs ?

8:36
Jean-Victor Castor

– Bien sûr, c'est une pratique qui est une pratique régulière. C'est-à-dire que c'est un passage qui est obligé, alors que la France est totalement illégitime dans ce droit. La situation est même une situation illégale, puisque si vous demandez à l'État quel est votre type de propriété, « Montrez-moi votre type de propriété, ils sont incapables de le faire ». Et d'ailleurs, sur cette surface, l'État ne paye pas d'impôts fonciers. Donc voilà, c'est la réalité de la Guyane, c'est une réalité qui perdure, et il faut mettre un terme à ça de façon définitive.

9:04
Présentateur

– Alors, globalement, est-ce que vous considérez que l'État ait de mauvaise volonté ce dossier ? Vous parlez des réponses dilatoires.

9:10
Jean-Victor Castor

– Alors, qu'est-ce qui se passe ? C'est que si, on peut faire un peu de perspective, la Guyane, l'État restitue les terres totalement, et que les terres sont gérées, donc, d'une part, par les peuples autochtones, bien sûr, sur leurs problématiques, que par les collectivités locales, par les agriculteurs, enfin, voilà, tous les acteurs de cette problématique foncière. Mais vous pensez bien que la Guyane, cette entrave au développement de la Guyane, car le foncier aujourd'hui sera levé, et donc, du coup, la Guyane sera dans une dynamique de développement endogène dont la Guyane a besoin pour ses enfants, a besoin pour son économie, pour les aspects sociaux. Je veux juste faire un parallèle.

Est-ce que vous vous rendez compte qu'on a une population qui, on va dire, il y a 5 ans de ça, le taux de pauvreté en Guyane, c'est-à-dire le nombre de personnes en dessous du seuil de pauvreté, était de 30%. 5 ans après, nous sommes à 53%. C'est du jamais vu. C'est du jamais vu et du peu connu. Voilà, c'est du jamais vu. Et donc, on nous dit, oui, mais bon, c'est pas facile, c'est pas facile, c'est pas facile, mais c'est délaté. Chaque famille en Guyane pourrait, devrait avoir un loupé de terre. Et rien qu'avec ça, on peut, on a la possibilité de résoudre pas mal de problèmes sociaux.

10:27
Présentateur

Alors, vous considérez que les accords de Guyane, négociés en 2017, étaient insuffisants dès le départ. Faites un peu de pédagogie avec nous. Est-ce que vous pouvez nous situer le cadre de ces accords et pourquoi vous estimez que ça n'allait pas dès le commencement ?

10:40
Jean-Victor Castor

Alors, les accords de Guyane, vous savez, quand il y a des manifestations, des mouvements sociaux d'ampleur, c'était quand même 40 à 50 000 personnes qui étaient dans les rues. C'est un mouvement historique. On n'avait jamais vu ça en Guyane. Et voilà, il en est ressorti, ce qu'il en est ressorti. La problématique de fond, c'est que l'État doit restituer la totalité des terres. Parce qu'ils sont illégitimes, parce que c'est illégal. Maintenant, suite à ces accords, qui sont, je rappelle, au journal officiel, l'État n'a pas réglé les problèmes, y compris dans le cadre des accords de Guyane.

Je rappelle, les 400 000 hectares qui devraient être restitués au peuple autochtone, rien n'est fait aujourd'hui. Les 250 000 hectares aux collectivités, rien n'est fait aujourd'hui. Et les 20 000 hectares aux agriculteurs, là encore, rien n'est fait. Et vous savez, l'État a les moyens de jouer, en fait. Vous savez comment l'administration fonctionne. C'est une administration qui est très jacobine. Nous avons des gouvernements aussi, des personnes, des politiques, qui sont très jacobins dans leur façon de penser. Tout est décidé à Paris.

Et cette façon de détenir et de verrouiller le pays, je vous l'expliquais, moi, je ramène ça au postulat de départ, c'est-à-dire, la France veut-elle vraiment développer ce territoire ?

11:54
Présentateur

On en parlera.

11:55
Jean-Victor Castor

Et juste pour vous dire qu'en fait, vous savez, la citation de Colbert, « Pas un seul fer à cheval ne doit sortir de la colonie ». Et la Guyane est confrontée à ça, parce que parallèlement à cette...

12:05
Présentateur

Pas un seul fer à cheval ne doit sortir de la colonie, c'est-à-dire que la colonie ne doit pas fabriquer, s'industrialiser, elle doit être un endroit à partir duquel on extrait.

12:12
Jean-Victor Castor

C'est ça. La Guyane est mise sous cloche depuis qu'elle existe, pratiquement. On a eu une période faste avec les périodes des guerres. Et comme la France n'était pas présente pendant ces deux périodes, eh bien, qu'est-ce qui s'est passé ? Les Guyanes n'aient pu utiliser leur génie. Et on a eu donc une balance commerciale qui était à 90% d'exportation et 10% d'importation. Aujourd'hui, c'est tout à fait le contraire.

12:36
Présentateur

Alors, la Guyane fait également parler d'elle au sujet du trafic de drogue et des homicides qui ont atteint des sommets dans ce contexte d'appauvrissement record, quasiment un doublement en quelques années. Au point où le gouvernement a pris acte de l'échec de sa stratégie de lutte contre le trafic de drogue, notamment. Est-ce que la cause est perdue ? Comment régler ce problème du trafic de drogue ?

12:55
Jean-Victor Castor

Alors déjà, moi, je ne sais pas si le gouvernement a pris acte. Il y a eu des assises.

12:59
Présentateur

Quand il a dit avoir pris acte d'une manière, peut-être c'est une manière de parler.

13:02
Jean-Victor Castor

Hier encore, nous étions avec un syndicat de douaniers en consultation qui nous expliquait comment, au cours du temps, les effectifs du personnel douanier ont extrêmement diminué en Guyane. Et donc, il y a le discours et il y a les actes. Moi, ce que je retiens, c'est qu'on a laissé faire. Ce trafic de stupéfiants a passé par le biais de Paramarebo, Suriname, en direction de la Hollande. Le gouvernement de Suriname, à l'époque, avait pris la décision de mettre un scanner. Et depuis... Mettre un scanner dans les aéroports ? C'est ça, à l'aéroport. Et du coup, les trafiquants sont passés par la Guyane. Et ça fait plus de 10 ans qu'en Guyane, on réclame un scanner.

Le scanner fait partie, faisait partie des revendications des accords de Guyane. Et on est encore aujourd'hui à savoir, est-ce qu'on le met en fonctionnement ? Est-ce qu'on... Voilà. C'est-à-dire qu'en fait, on a laissé se développer un réseau. Je rappelle quand même, il faut bien que les gens se rendent compte. Quand vous avez un vol en Guyane, c'est reconnu officiellement. Vous avez un passager sur quatre qui transporte de la drogue. Et ni en Guyane, ni à l'arrivée... Non mais je ne sais pas si vous imaginez. Donc en fait, nous avons chacun dans nos familles des personnes qui sont impliquées. C'est ça la réalité.

Nous avons des jeunes par milliers qui sont impliqués dans des trafics de l'ordre.

14:38
Présentateur

C'est pour ça que l'État ne veut pas aller trop fort dans cette lutte. Puisque premièrement, il n'est pas vraiment capable de régler les problèmes sociaux. Et ça agit comme une sorte de matelas social. Et puis deuxièmement, parce qu'il y a tellement de personnes impliquées que ce serait une lutte sans fin.

14:54
Jean-Victor Castor

Moi, je ne sais pas quelles sont les intentions. Je trouve tout simplement que c'est une situation qui est dramatique. et que l'État a une responsabilité totale dans cette affaire. Parce qu'on a laissé faire. Les interventions de M. Darmanet et de M. Dupond-Moretti et de M. Attal. Ce sont les trois ministres qui sont directement concernés. Quand ils sont venus en Guyane, je me posais la question de... Mais pourquoi ? Pourquoi vraiment ont-ils fait ce déplacement ? Et dans le discours ambiant aujourd'hui, on se rend compte que la problématique, elle est ici.

C'est-à-dire que c'est parce qu'il y a un tel développement du trafic de drogue, passant par la Guyane et la Martinique notamment, avec ce déferlement, on va dire, de distribution de drogue sur l'ensemble du territoire français, ici, dans l'Hexagone, qu'ils commencent à être interpellés. Et d'ailleurs, leur problématique aujourd'hui, c'est 100% de contrôle à l'aéroport de Cayenne. Mais si la drogue, elle circule en Guyane, ça ne leur pose pas de problème.

15:59
Présentateur

Alors, donc vous dites que... Vous venez de dire que la Guyane, non seulement elle n'est pas développée, mais que la France ne veut pas la développer.

16:07
Jean-Victor Castor

Oui, moi je le pense fortement. Mon parti le pense fortement. Mais pourquoi dans le fond... J'ai mené compagnie, en le disant ouvertement, et je pense que c'est un positionnement politique qui a reçu l'adhésion en termes de compréhension au niveau des électeurs. Les faits, ils sont têtus. Vous avez un territoire aussi grand que l'Autriche, le port du Cal. On a un réseau routier, nous avons deux routes nationales. Et dans quel état ? On va dire, tout ce qui doit présider au développement de territoire, nous ne l'avons pas. Nous n'avons pas de banque de développement. Et pourtant, c'est réclamé à Coréa Cri.

Les collectivités, vous avez une commune, par exemple, de 18 000 m², elle n'a pas le foncier, mais elle n'a pas les recettes suffisantes. Et le maire, il fait quoi ? Donc en fait, les collectivités, elles sont face à des recettes qui sont largement insuffisantes. Et on demande à ces collectivités de faire du développement.

17:03
Présentateur

Elles sont condamnées à l'impuissance.

17:05
Jean-Victor Castor

Mais c'est une position... Le budget de la collectivité territoriale en Guyane, c'est 700 millions d'euros. Vous faites quoi pour développer un territoire aussi grand ? Donc ce n'est pas possible. Donc ça veut dire que comme tout territoire, comme tout pays, quand un pays veut se développer, la force publique, la puissance publique de l'État doit intervenir. Et c'est la raison pour laquelle, malheureusement, il faut des crises cycliques avec des mouvements populaires pour qu'on puisse avoir un peu de développement.

Et encore, une fois qu'on a les accords, une fois qu'on a des accords écrits avec les différents gouvernements, il faut, pour les faire respecter, encore se mobiliser, faire des manifestations populaires.

17:46
Présentateur

Alors, en parlant un peu d'actualité, là, il y a une quatrième utilisation du caractéristique.

17:49
Jean-Victor Castor

Je voulais juste simplement dire, quand la France veut, elle peut, quand en 1960, dans les années 60, ils ont décidé de faire la base spatiale, tout a été, comme un métronome, tout a été programmé, planifié, et aujourd'hui, vous avez trois bases de lancement, Vega, enfin Soyouz, il n'y a plus Soyouz, puisque maintenant, il y a le conflit avec la Russie, et Ariane. Donc, ce sont des milliards. Je rappelle quand même que c'est en Guyane qu'est parti, donc, le fameux télescope Hubble, la nouvelle version, qui a coûté 10 milliards de dollars. Et pourtant, quand vous circulez en Guyane, vous avez des zones blanches partout, le réseau téléphonique, c'est une catastrophe.

Et d'ailleurs, sur le fleuve, à la frontière, le ministre Carinco, il a fait l'étonner quand je lui ai parlé de ça, les gens, quand les gens circulent sur le fleuve, ils sont connectés via des opérateurs du Suriname, du pays voisin. Petit territoire, mais qui a su mettre la 4G partout.

18:50
Présentateur

Mais il y a une question, manifestement, devant les pays politiques.

18:52
Jean-Victor Castor

Voilà, les satellites parlent de Guyane, mais pour autant, on n'a pas de téléphonie. Non, non, il faut être très clair, la France ne veut pas, elle ne souhaite pas que ce territoire se développe, et surtout une économie endogène.

19:03
Présentateur

Pour mieux le contrôler, peut-être.

19:06
Jean-Victor Castor

Ils ont peur que le peuple guyanais, à un moment donné, réclame son émancipation. Ce qui est un droit reconnu international.

19:14
Présentateur

Alors, parlons un peu d'actualité. Donc, Elisabeth Borne, la première ministre, a utilisé pour la quatrième fois le 49.3 pour boucler, en fait, le projet de loi des finances. Et parmi les amendements qu'elle a donc écrasés, il y en avait qui concernaient l'économie des Outre-mer. Quelle est votre réaction à ce sujet ?

19:34
Jean-Victor Castor

Moi, je ne sais pas si c'était un jeu. En fait, ils étaient absents dans l'Assemblée. Tout le monde a considéré que c'était quelque chose d'historique, parce qu'effectivement, chaque fois qu'il y avait un amendement, l'amendement était voté. Bon, y compris moi, j'ai applaudi, j'étais un peu content, etc. Mais en fait, il faut bien ramener... Comme je dis souvent, il faut avoir raison gardée. La totalité des amendements, M. Coquerel le disait, les rapporteurs aussi, on va dire que c'est entre 100 et quelques millions à 200 millions d'euros. Il y en a qui sont gagés, d'autres qui ne sont pas gagés.

Ce que je veux dire, ce que les gens doivent comprendre, c'est que 200 millions d'euros répartis sur l'ensemble des territoires d'Outre-mer, c'est du pipitia. De toutes façons ? De toutes les façons. Et là, maintenant, on va descendre à... Moi, j'ai fait la déclaration, c'est moi qui ai fait la déclaration, on va dire, sur les minaires, sur le projet de loi sur l'Outre-mer, la partie crédit de l'Outre-mer. Et mon intervention consistait à dire que c'est un jeu de dupe, en fait, cet exercice budgétaire. Parce qu'effectivement, le ministre annonce 11% d'augmentation. Vous ne pouvez pas le nier. Mais quand vous ramenez aux problématiques et aux enjeux, ce n'est rien, ce n'est pas comme ça.

Et du coup, moi, j'ai plaidé pour que chaque territoire bénéficie d'une véritable loi de programmation où, effectivement, si on regarde l'échelle des crédits à avoir, ça se chiffrerait en plusieurs centaines de millions, voire milliards. Je rappelle que les accords de Guyane, l'ensemble des accords de Guyane de mars-avril 2017, c'est un milliard en termes de plans d'urgence et deux milliards en termes de plans d'investissement. Investissement pour faire des routes, pour faire des ports, pour faire des ponts, etc. Rien n'a été appliqué.

21:09
Présentateur

Alors, on parle aussi, on a parlé, avant de venir dans ce studio, on a parlé de l'inflation. Où en est la Guyane de l'inflation ? Vous en revenez tout juste.

21:19
Jean-Victor Castor

Alors, la situation, on va dire structurelle, c'est-à-dire en dehors de la conjoncture d'aujourd'hui, c'est que vous savez que les fonctionnaires, d'ailleurs, c'est assez symptomatique, ont la prime de vie chère qui est une prime de 40%. Si vous n'êtes pas fonctionnaire, vous ne bénéficiez pas de prime de 40%. Et pourtant, vous achetez le pain au même endroit. Donc, ce qu'il faut dire, c'est que...

21:38
Présentateur

Sur les minimas sociaux, il y a aussi cette prime de 40% ?

21:41
Jean-Victor Castor

Ah non, pas du tout. Ce que je veux dire, c'est que vous avez un décalage, donc, une forme de discrimination, donc, à la base. Mais ça, ça existe depuis très longtemps. Et vous savez que même la revendication pour les fonctionnaires, on va dire, guyanais, les fonctionnaires qui étaient de passage, les expatriés l'avaient. Et il a fallu qu'il y ait de grandes grèves qui ont duré des mois pour que les fonctionnaires guyanais, en occupant les mêmes fonctions, pour qu'ils puissent en bénéficier.

22:09
Présentateur

Donc, en réalité, c'est de la discrimination, c'est même une violation complètement des principes de la République.

22:14
Jean-Victor Castor

Bien sûr. Ce que je veux dire, c'est qu'aujourd'hui, le contexte actuel fait que les choses ont empiré. Je vais vous donner un petit exemple qu'on reprend souvent. Quand vous avez un bidon de gaz sur le littoral qui coûte à peu près, on va dire, 20 euros, si vous êtes à l'intérieur de la Guyane, ce même bidon de gaz, il est déjà à 100 euros. Donc, vous avez un décalage aussi entre les habitants du littoral et les habitants de l'intérieur puisqu'il n'y a pas de réseau routier. Donc, ça, ce sont des problématiques qui sont internes, mais le décalage entre les prix en Guyane et les prix en France, c'est énorme. C'est énorme. Et vous avez des populations qui souffrent.

Quand on dit en France que les familles n'arrivent pas à joindre les deux bouts à la fin du mois ou à la mi-du-mois, mais chez nous, c'est la croix et la bannière. Et les gens sont obligés de s'orienter justement sur des activités parallèles. Sur des activités parallèles parce que les gens n'ont pas le choix. D'où le trafic de drogue. D'où tous les trafics. Tous les trafics. Vous avez un trafic au niveau de l'immigration, vous avez des marchands de sommeil, vous avez le trafic de drogue, mais vous avez le trafic d'armes. Là où vous avez la drogue, vous avez l'arme. Le trafic d'armes.

Et puis vous avez les grands fléaux aussi où l'État a une responsabilité importante, c'est-à-dire l'orpaillage illégal. Ça fait 40 ans que notre territoire est pillé par des activités clandestines sur nos ressources d'orifère. Et c'est entre 10 et 15 tonnes d'or par an. Je ne sais pas si vous vous rendez compte de ce que ça représente. Et l'État amène des opérations militaires, soi-disant, mais qui sont totalement inefficaces. Et on le sait depuis des années et des années. Vous avez le pillage de nos ressources halieutiques. C'est encore la même chose. Vous avez le pillage de nos ressources en matière de biodiversité.

Là, par des personnes qui font de la recherche et qui s'attribuent donc le patrimoine et les connaissances de nos populations pour en faire, pour en tirer profit au travers de brevets qu'ils déposent. En fait, la Guyane est une terre où on vient, on se sert, on la pille. Mais pour les peuples qui habitent ce territoire, pour les Guyanais qui réclament leur émancipation, qui veulent que ce territoire se développe, n'obtenant rien. Donc, la France en bénéficie géostratégiquement, géopolitiquement. Elle a la base spatiale, elle bénéficie de la biodiversité, etc. et nous, on n'a pas de retour. La taxe carbone, c'est la France qui en bénéficie. Mais nous, on n'a rien.

Par contre, aujourd'hui, on nous dit, il faut protéger la planète, il ne faut pas développer la Guyane, il faut mettre la Guyane sur cloche. Nous avons une réserve, enfin, un parc du Sud, c'est le parc national, qui couvre près de 50% du territoire. Nous avons des zones zinèvres, nous avons des réserves naturelles. Ce sont des zones, vous avez toutes sortes de réserves de protection de l'environnement. Moi, je veux bien, mais vous ne pouvez pas protéger que l'environnement et ne pas permettre aux personnes de s'émanciper, d'avoir une activité. Donc, en fait, il faut trouver un équilibre.

Tout à l'heure encore, nous étions donc avec la mission forêt en discussion sur la forêt guyanaise, qui est une forêt qui a des atouts énormes, mais il faut la protéger, évidemment, mais il ne faut pas la protéger et ne pas permettre le développement du territoire. Vous comprenez ? Il y a un risque de colonialisme vert. Et il faut surtout que cette protection de l'environnement, qu'elle s'inspire de nos populations. Parce que les peuples autochtones, ils n'ont jamais détruit la nature, la forêt guyanaise. Les marrons, les bouchenégés, ils n'ont jamais détruit la nature.

Tous les afro-descendants qui habitent, même nous-mêmes, même les personnes qui étaient en milieu rural, on n'a jamais détruit la nature. Parce qu'on sait qu'on en a besoin. Donc, ça fait presque partie de nos gènes. Alors, bien sûr, tout développement entraîne une forme de dégradation de la nature, mais il faut trouver le juste équilibre. Parce que, justement, on peut, nous, s'inspirer de ce qui s'est très mal passé en Occident pour ne pas refaire les mêmes erreurs.

26:20
Présentateur

Merci beaucoup, Jean-Victor Castor. Quant à nous, c'en est fini de ce bulletin d'info. N'oubliez pas, pour que le Média survive, il nous faut réunir d'ici la fin de l'année 200 000 euros de dons défiscalisables. Il en va de la survie de notre antenne 24-7, mais aussi de la survie du Média. Ce n'est que grâce à vous que nous pouvons proposer un autre regard sur l'actualité en direct sur YouTube et on espère à la télévision bientôt. On compte sur vous. Connectez-vous sur le Média TV.fr. Donnez, abonnez-vous, parlez de nous En attendant, je vous laisse. N'oubliez pas votre grande émission du soir, toujours debout à 18h30. Sous-titrage Société Radio-Canada