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interviewRCF — L'Invité de la Matinale· 16 mai 2023 15 min

Daniel Labaronne, député : "Cela créé un climat d'insécurité pour mes proches"

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Ce programme est disponible grâce au don de nos auditeurs. Pour diffuser un message d'espérance, rendez-vous sur rcf.fr. Le Grand Invité 8h10, bienvenue à tous si vous venez de nous rejoindre. C'est l'heure de notre Grand Invité. Bonjour Daniel Labarone. Bonjour à vous. Vous êtes député Renaissance d'Indre-et-Loire. Le petit-neveu de Brigitte Macron, agressé lundi soir, les actes de violence contre les élus et leurs proches semblent se multiplier. Est-ce qu'on a franchi là une ligne rouge en s'attaquant aux proches du président de la République ?

0:42
Daniel Labaronne

Oui, c'est tout à fait inadmissible. Bien évidemment, j'apporte tout mon soutien à la famille de Mme Macron. C'est tout à fait inadmissible d'abord de s'en prendre à un enfant, mais en plus de s'en prendre à un enfant qui a la malchance ou en tous les cas qui se trouve dans la situation d'être un membre d'une famille, d'un élu. C'est tout à fait inadmissible. Mais en même temps, on le voit bien, beaucoup d'élus locaux sont agressés. On en a, je crois, recensé plus de 2000 en 2022. Mais voilà, la fonction d'élu est désacralisée et c'est tout à fait dommageable.

1:25
Présentateur

Vous-même, vous avez été la cible d'actes de violence. Les murs de votre domicile ont été aguées il y a quelques semaines. C'est le lot d'un député ?

1:33
Daniel Labaronne

Ça ne devrait pas être le lot d'un député. Si je prends mon cas, je suis sur le terrain, je vais au contact, je dialogue. Je n'hésite jamais à recevoir les syndicats ou à discuter avec mes opposants politiques qui connaissent mon engagement en faveur de la politique du président de la République. Par conséquent, voilà, c'est tout à fait regrettable. D'autant que ça crée un climat un peu d'insécurité, notamment pour mes proches qui ne sont pas engagés dans la politique.

2:05
Présentateur

Vous éprouvez une certaine lassitude à être élu parce que vous pourriez tranquillement travailler dans le secteur privé ou associatif sans ces craintes, peut-être sur votre domicile et votre famille. Il y a de la lassitude ?

2:14
Daniel Labaronne

Non, en ce qui me concerne, personnellement, je ne suis pas du tout lassé par mon activité de parlementaire. Je défends les intérêts légitimes et qui me paraissent nécessaires pour notre pays, la réindustrialisation, la réforme des retraites. En ce qui me concerne, mon cas personnel n'est pas très important. Ce que je souhaite, c'est qu'on puisse revenir à un débat apaisé dans le champ politique.

Mais quand on voit les débats à l'Assemblée nationale avec des députés qui ne cessent de nous agresser, de nous insulter, de nous invectiver, qui utilisent un ballon avec l'effigie d'un ministre, qui sont des députés qui sont dans une stratégie insurrectionnelle, bien évidemment, ça donne des idées aux citoyens qui se disent « si les députés peuvent le faire, pourquoi moi je ne le ferais pas ? »

3:12
Présentateur

Vous pensez qu'il y a un sujet d'exemplarité de la part de certains députés ?

3:15
Daniel Labaronne

Bien évidemment, il faut que nous soyons exemplaires, il faut que nous soyons dignes, il faut que nous soyons respectueux de nos adversaires. Que notre fonction nous impose une conduite qui soit digne. Or, bien souvent dans l'hémicycle, nous voyons que l'indignité est plus souvent en rendez-vous que le respect et le dialogue.

3:41
Présentateur

Très concrètement, est-ce que vous vous êtes protégé en tant que député ? Je disais tout à l'heure que les murs de votre domicile avaient été tagués il y a quelques semaines. Est-ce que les députés bénéficient d'une certaine protection ?

3:52
Daniel Labaronne

Oui, alors moi j'habite Amboise, ma maison est très connue parce que c'est une des plus anciennes d'Amboise. La gendarmerie fait des rondes régulièrement. J'ai un numéro spécial que je peux appeler en cas d'agression, mais ça s'étend également à ma compagne et à mes enfants ou à mes petits-enfants. Donc vous voyez le climat un petit peu d'inquiétude. Donc nous avons un numéro de téléphone direct qui nous permet de joindre la gendarmerie très rapidement. Et puis les services de renseignement regardent un petit peu ce qui se passe dans ma commune.

Et surtout j'ai un soutien fort de monsieur le préfet ou de monsieur le sous-préfet dès que je suis l'objet de menaces ou d'atteintes à mon intégrité physique ou à mes biens personnels.

4:50
Présentateur

Ça fait bientôt six ans que vous êtes député, Daniel Labarone. Quelle évolution avez-vous vue justement sur ces sujets de violence face aux élus ?

4:59
Daniel Labaronne

Il y a une montée en puissance. Comme je vous le disais, je crois que les citoyens se croient autorisés à agresser les élus parce qu'ils voient ce triste spectacle dans l'hémicycle. Nous n'avions pas ces échanges aussi heurtés, aussi brutaux, aussi dans l'hémicycle sous l'ancienne mandature. Là, on a le sentiment que tout est permis. Les députés de la NUPES en particulier se croient autorisés à nous invectiver en permanence de manière extrêmement agressive. Encore hier, à l'occasion d'un débat sur le développement du nucléaire en France. Alors, nous pouvons ne pas avoir les mêmes idées, bien sûr, mais nous pouvons en débattre de manière non pas courtoise, mais de manière respectueuse.

Or, ce n'est pas le cas. Dès lors, n'importe quel citoyen peut se croire autorisé à venir insulter, invectiver un élu qui se promène dans la rue, qui fait ses courses, qui emmène ses enfants à l'école ou à dégrader son domicile.

6:11
Présentateur

La violence ne vient-elle pas aussi de la méthode utilisée par la majorité présidentielle sur la réforme des retraites, qui a choqué beaucoup ? Beaucoup y ont vu une violence symbolique extrêmement forte. Est-ce que vous comprenez que cette violence, que cette réforme des retraites ait aussi pu être vécu dans la violence ?

6:28
Daniel Labaronne

Mais moi, je récuse cette idée que nous soyons passés de manière violente par la voie législative, s'agissant de la réforme des retraites. Nous avons respecté la Constitution. Si maintenant, le respect de la Constitution, c'est d'être violent, il y a une violence dans la réflexion, là, qui me surprend. Par conséquent, nous avons utilisé les moyens que nous donne la Constitution. Par conséquent, soit c'est la Constitution qui est violente, soit ce sont nos oppositions qui veulent mettre de la violence partout. Mais en l'occurrence, nous avons utilisé les moyens que nous offre la Constitution. Par conséquent, je ne vois rien de violent dans cette démarche.

7:15
Présentateur

Et c'est vrai qu'il y a eu un certain nombre d'articles de la Constitution qui ont été utilisés, que l'on ne connaissait pas. On devient tous constitutionnalistes avec cette réforme. Il y a eu l'article 49.3. Il y a maintenant l'article 40 de la Constitution qui serait utilisé contre le groupe Liotte. Le groupe Liotte qui veut déposer un projet de loi pour abroger la loi sur la réforme des retraites. Et désormais, l'article 40 pourrait permettre à la majorité présidentielle d'éviter que cette loi passe à l'Assemblée. Est-ce que là, vous ne voyez pas aussi de la violence à utiliser peut-être des articles qu'on n'utilise jamais, des nouveautés constitutionnelles presque ?

7:50
Daniel Labaronne

Mais ce n'est pas des nouveautés constitutionnelles. Ces dispositions sont dans la Constitution. Nous les utilisons, je crois, à bon escient pour éviter que n'importe quel parlementaire propose une loi engageant les dépenses publiques à hauteur, là en l'occurrence, de 15 milliards d'euros, sans gager ces dépenses, sans dire où il va trouver l'argent pour cette dépense de 15 milliards. Alors, si, ils peuvent gager cette dépense en augmentant le prix du tabac. Voilà, c'est généralement ce qui se fait pour gager de nouvelles dépenses. Ça va faire passer le paquet de cigarettes à un euro. Par conséquent, non, ce n'est pas raisonnable.

8:38
Présentateur

En l'occurrence, ce projet de loi, là, il est déposé par Charles de Courson, entre autres. Charles de Courson, il est député depuis des décennies. Il incarne presque à l'Assemblée la rigueur budgétaire. Il y a quand même quelque chose de presque humoristique. À voir qu'on braque Charles de Courson en lui opposant le fait que son texte risque d'aggraver l'état des finances de l'État ?

9:00
Daniel Labaronne

Mais d'abord, son texte, il est contraire à la Constitution. Parce que des députés ne peuvent pas engager une dépense publique sans proposer en face les moyens budgétaires pour financer cette proposition de loi. Donc déjà, il y a un premier problème d'un point de vue constitutionnel. Et puis, je connais bien Charles de Courson. Très régulièrement, il invoque l'inconstitution, il invoque l'inconstitutionnalité de certaines dispositions que nous votons pour dire « Ah, attention, vous allez voir, le Conseil constitutionnel va vous retoquer ». Généralement, ce n'est pas le cas.

Donc, je ne suis pas très sûr que Charles de Courson, avec toutes les styles que je lui porte, soit un très très bon constitutionnaliste.

9:43
Présentateur

Nous sommes avec Daniel Labaronne, député de la majorité présidentielle. Hier a été présenté en Conseil des ministres le projet de loi sur l'industrie verte. Au programme, un nouveau crédit d'impôt, le crédit d'impôt industrie verte, refonte aussi du bonus automobile. Est-ce qu'il n'y a pas là, avec ce crédit d'impôt industrie verte, un risque de greenwashing ? Que les entreprises bénéficient de ce crédit d'impôt sans réellement faire leur transition verte ?

10:06
Daniel Labaronne

Écoutez, nous aurons des dispositifs de contrôle pour faire en sorte que ce crédit d'impôt soit bien utilisé.

10:13
Présentateur

Lesquels ?

10:14
Daniel Labaronne

Nous demanderons aux entreprises de justifier de manière extrêmement sérieuse l'utilisation qu'ils ont dû faire de ce crédit d'impôt, notamment pour s'engager dans une trajectoire vertueuse, dans une trajectoire verte. Mais déjà, c'est le cas s'agissant du crédit d'impôt recherche, où nous offrons des crédits d'impôt aux entreprises qui font de l'innovation, qui font de la recherche, qui font du développement. Et je peux vous dire que les contrôles sont extrêmement rigoureux. Donc ce sera exactement la même chose.

Alors c'est vrai que s'agissant de certains crédits d'impôt, et moi je ne suis pas tout à fait favorable au déploiement, au développement des crédits d'impôt, s'ils ne sont pas contrôlés. Mais s'ils sont contrôlés, s'ils sont évalués, si on s'aperçoit que c'est très efficace, moi j'y suis favorable.

11:07
Présentateur

Il y a aussi un projet de réduire les délais d'autorisation pour implanter des usines en France, en allégeant l'administratif et la charge administrative. Effectivement, les entreprises vont être plus intéressées. En revanche, elles peuvent peut-être se dire qu'il y a là une opportunité, peut-être, d'éviter des enquêtes publiques, d'éviter les processus administratifs habituels qui permettent de contrôler le caractère vert de ces implantations. Est-ce qu'il n'y a pas là un risque de réduire ces délais d'autorisation ?

11:35
Daniel Labaronne

Le délai d'autorisation, c'est demander aux administrations d'être plus agiles, d'être plus rapides, de répondre dans des délais beaucoup plus courts. Il se trouve que moi, ma circonscription est territoire d'industrie depuis 2019. J'ai trois zones d'activité qui sont habilitées pour une accélération des procédures d'implantation. Et ça marche plutôt bien. C'est quoi l'idée ? C'est que toutes les administrations se mettent autour de la table de manière à accélérer toutes les procédures. Donc c'est ça. De permettre à des entreprises de contourner les règles sur l'archéologie préventive, sur le respect de l'environnement, sur que sais-je.

C'est de demander aux administrations d'être beaucoup plus réactives, beaucoup plus agiles, et qu'il y ait une sorte de pilote dans l'avion qui indique à toutes les administrations qu'il faut accélérer l'ensemble des procédures administratives, des procédures d'enquête, des procédures d'administration de ce type de dossier. Voilà. Donc c'est inciter l'administration à être plus véloce.

12:54
Présentateur

Hier, il y avait donc cette présentation du projet de loi sur l'industrie verte en Conseil des ministres. Au Parlement, le projet de loi de relance du nucléaire était lui définitivement adopté. Au Parlement européen, pourtant, les élus de la majorité présidentielle française votent parfois contre le nucléaire, ou en tout cas ne font pas tout pour développer le nucléaire. Comment comprendre ce double discours ? À la fois au Parlement français, il y a une forte volonté de faire avancer le dossier nucléaire et de construire de nouveaux EPR.

En revanche, au niveau européen, sur les sujets notamment de taxonomie européenne, les élus macronistes sont parfois en deçà peut-être des attentes du Parlement.

13:32
Daniel Labaronne

Alors, s'agissant de la taxonomie, l'idée que le nucléaire soit une énergie décarbonée, c'est une idée qui n'est pas forcément partagée par tous les Européens. Et c'est nous, Français, qui développons et qui avons imposé cette idée que le nucléaire était une énergie décarbonée. Moi, je voudrais revenir sur le vote à l'Assemblée nationale hier. Plus de 300 députés, donc une très, très large majorité, a adopté, cette majorité a adopté ce projet de loi. Et moi, je m'en félicite, je l'ai voté.

14:08
Présentateur

Et pourtant, au Parlement européen, votre majorité ne vote pas forcément la même option.

14:14
Daniel Labaronne

Oui, alors, je crois que c'est peut-être plus compliqué que ça, dans la mesure où, au Parlement européen, nous défendons une position qui est de dire que le nucléaire est, comment dirais-je, une énergie décarbonée. Et c'est sur ce point-là que nous avons du mal à nous faire entendre par nos partenaires européens. Et du coup, ça peut amener à s'opposer à certains textes qui viseraient à ce que le nucléaire soit exclu de ce que l'on appelle les énergies vertes. Et là, il y a un combat très important que nous menons, notamment sous l'autorité du président de la République, pour imposer, justement, le nucléaire comme énergie verte et donc comme une énergie décarbonée.

15:01
Présentateur

Merci beaucoup, Daniel Labaronne. Je rappelle que vous êtes député de la majorité présidentielle. Merci d'avoir été ce matin au micro de RCF.

Daniel Labaronne, député : "Cela créé un climat d'insécurité pour mes proches" — Daniel Labaronne · Pourquijevote