Delphine Batho explique pourquoi "la décroissance, ce n'est pas la récession"
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
— Bien. Alors comment faire ? Beaucoup s'expriment. J'ai vu Louis Gallois, par exemple. Vous avez lu ? — Non, je n'ai pas lu. — Louis Gallois, que vous connaissez bien, nous dit « Notre politique énergétique est étouffée par l'écologie politique sans rationalité ». Il défend le nucléaire. Vous défendez le nucléaire ou vous combattez le nucléaire ?
— Je ne défends pas le nucléaire. Le nucléaire n'est pas la question prioritaire. La question prioritaire... Le nucléaire, en fait, pose des problèmes de sûreté. C'est essentiellement un problème de risque et de sûreté, le nucléaire. La priorité, c'est la sortie des énergies fossiles. Mais c'est surtout d'en finir avec... — Le nucléaire permet de sortir des énergies fossiles. — Non. Le nucléaire, il est là. En même temps qu'aujourd'hui, la principale énergie en France consommée, c'est du pétrole. Il faut quand même le rappeler. Parce que le nucléaire, on parle que de l'électricité. Bon. Donc revenons à l'essentiel. L'essentiel, c'est qu'en fait...
— Qu'est-ce qu'avait dit la Convention citoyenne pour le climat ? Elle a dit « Le principal obstacle à l'action pour le climat, c'est l'obsession de la croissance ». Et en fait, quand on prend toutes les décisions qui ne sont pas prises aujourd'hui pour protéger le climat, pour préserver le vivant, à chaque fois, ça nous ramène à cette obsession de la croissance économique, alors même que les Françaises et les Français savent très bien que la croissance ne fait pas le bonheur, qu'elle est souvent synonyme d'explosion des inégalités.
Donc ce qu'on doit faire aujourd'hui, c'est que toutes les décisions sur tous les problèmes soient prises en fonction de la nécessité d'un équilibre entre les nécessités humaines et la nécessité de la préservation du vivant. Et on peut prendre des exemples très concrets parce que la décroissance... — Allez-y, allez-y, parce que la décroissance, oui. — La décroissance, en fait, les Français la pratiquent déjà. Quand vous allez à un vide-grenier ou dans une brocante où on trouve de tout, de la carte Pokémon au meuble de la grand-mère, c'est la décroissance.
Et en général, d'ailleurs, quand les gens vont dans les vide-greniers ou dans les brocantes, ils ressortent avec plus le sourire que dans le caractère harassant des grands magasins. Le Boncoin, où vous pouvez trouver, par exemple, une poussette d'occasion, parce qu'une poussette, ça sert que quelques mois. On n'a pas besoin d'en avoir une neuve. On peut la revendre après. C'est des millions de visiteurs
chaque mois. Le bénévolat... Enfin, la décroissance, elle est... Les circuits courts, le Made in France... — Mais la décroissance, c'est aussi synonyme d'emploi sacrifié, synonyme d'un niveau de vie qui baisse. Est-ce que les Français accepteraient un niveau de vie qui baisse ? — La décroissance, ce n'est pas la récession.
La décroissance, c'est plus d'emploi, plus de bien-être, plus d'éducation, plus de culture. Et on va prendre un exemple... — Mais comment plus d'emploi en produisant moins ? Expliquez-moi. — On va prendre un exemple, parce que la question qui est posée, c'est celle des limites. Aujourd'hui, je porte une proposition pour interdire le démarchage téléphonique. Les gens n'en peuvent plus du harcèlement moral que représentent les appels téléphoniques incessants pour leur vendre tout ou rien alors qu'ils sont tranquilles chez eux et que chacun dans notre pays doit avoir droit à la tranquillité quand il est à son domicile.
En fait, le gouvernement refuse d'interdire le démarchage téléphonique au nom de la croissance, au nom de l'emploi. Eh bien moi, je suis désolée. Ces emplois-là, je pense qu'ils seraient beaucoup plus utiles ailleurs qu'à enquiquiner les gens non-stop, parfois même la nuit. Et on a... J'ai, moi, dans les deux sèvres, des personnes âgées, par exemple, qui ne décrochent plus le téléphone, qui ne répondent plus au téléphone. Ça pose même des problèmes de sécurité à cause de ce harcèlement consumériste constant. Les gens débranchent complètement. Ben, décroissance, il faut interdire le démarchage téléphonique.
Delphine Batho