Yannick Jadot : "Il faut une sécurité de l’environnement comme il y a eu la sécurité sociale après-guerre"
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Nous recevons ce matin dans le grand entretien la tête de liste EELV, Europe Écologie des Verts, aux élections européennes. Question réaction sur les réseaux sociaux, l'application France Inter est au 01 45 24 7000. Bonjour Yannick Jadot. Bonjour. Alors je vais faire la liste. Chèque énergie, prime à la conversion, indemnité kilométrique, taxe flottante sur les carburants, négociation ouverte à tous les acteurs dans toute la France sur la question de l'énergie, un haut conseil pour le climat chargé de mesurer l'impact écologique de toutes les décisions publiques.
Je sais que l'atmosphère est tendue en ce moment, que l'exécutif est empêtré dans la crise des gilets jaunes, mais cette liste-là, Yannick Jadot, est-ce qu'elle ne décrit pas exactement ce que vous demandez, à savoir un accompagnement social de la transition écologique ?
J'étais à l'Elysée lors du discours du Président de la République et celui du Premier Ministre, avec, en tant que parlementaire européen, il y avait les syndicats, les associations, les représentants des collectivités locales, et c'était un moment de sidération collective. A la fois, le Président de la République sortait, comme d'habitude, des grands mots, des belles paroles, mais il y avait une sidération, y compris chez les élus en marche, sur l'absence grossière de mesures d'accompagnement.
Tout ça, c'est rien. Je viens de faire une liste, avant qu'on en vienne à l'Elysée, à l'atmosphère là-bas, je viens de faire une liste. Chaque énergie... C'est rien, enfin, ou c'est quelque chose ?
Ce n'est pas du tout à la hauteur de l'enjeu. On a eu, de la part du gouvernement et du Président de la République, plusieurs phases de gestion des gilets jaunes. Un, on a commencé sur le mépris. Au fond, vous ne comprenez rien. Vous ne comprenez rien à ce que nous sommes en train de faire. Écoutez-nous mieux. Après, on a eu la partie culpabilisation. Vous utilisez du diesel, vous roulez beaucoup, vous ne pensez pas à l'avenir de vos enfants. Et puis ensuite, chèque énergie, prime à la conversion, indemnité, etc. Après, on a eu la stigmatisation. Peste brune, sédicieux, pour disqualifier un mouvement quand on n'y apporte pas de réponse.
Et là, on nous ressort ce qui existe déjà, en bougeant un peu les curseurs, mais sans répondre à la question de fond, c'est comment on fait en sorte que chaque euro collecté à travers la fiscalité écologique soit rendu aux Français pour les accompagner dans cette nécessaire transition et pour investir, pour répondre au sujet de fonds qui est la fracture territoriale.
Yannick Jadot, il aurait pu faire, comme a fait François Hollande face au bonnet rouge, il aurait pu reculer sur la fiscalité écologique. Est-ce que vous lui reconnaissez quand il dit qu'on ne peut pas être le lundi pour l'environnement et le mardi contre l'augmentation des prix du carburant ? Une certaine cohérence pour le moins est de tenir contre vents et marées, contre ce mouvement qui est soutenu par 80% des Français. Il tient et il maintient la fiscalité écologique. Je crois que vous êtes pour cette fiscalité écologique.
Je suis pour la fiscalité écologique. On a tous les jours des rapports des scientifiques qui nous alertent sur le climat. Tous les jours, on s'en prend plein la tête dans le monde entier sur le dérèglement climatique. On a les rapports sur la santé. Le diesel, c'est 10 000 morts prématurées en France tous les ans. Donc maintenir le cap sur le carbone et sur le diesel, c'est essentiel. Mais il n'y a pas d'écologie sans solidarité. Il n'y a pas d'écologie sans justice sociale. Souvenez-vous quand on est sorti du Grenelle avec la taxe carbone.
A l'époque, Sarkozy disait la taxe carbone, c'est l'équivalent de la décolonisation, de l'abolition de la peine de mort, de l'élection au suffrage universel, du droit à l'avortement. Michel Rocard fait un rapport pour dire attention, pour toute fiscalité carbone, il ne peut pas y avoir de perte de pouvoir d'achat. La loi de transition énergétique, on gagne aussi cet arbitrage. Il faut redistribuer ce qu'on collecte. Il faut accompagner. Et c'est pour ça. Moi, j'ai soutenu la proposition Berger de discuter avec les différents partis.
Il vous a entendu. Il y a un haut conseil pour le climat qui est avec Pascal Conchon. Ça n'a rien à voir.
Maître, pardonnez-moi, en plein moment où il faut, il y a un problème d'écoute, il y a un problème de reconnaissance des syndicats, des associations, des élus, des collectivités territoriales, des maires qui hurlent tous les matins aux besoins de reconnaissance et de moyens. De dire, on met 13 experts dans un coin qui vont nous indiquer la trajectoire, ça n'est pas à la hauteur du débat. Alors, quand je propose, quand les écologistes proposent une sécurité, une sécu de l'environnement. Ça veut dire quoi ? Après la Seconde Guerre mondiale, on avait deux grands défis. La santé, le social.
On a fait un grand projet qui réunissait l'ensemble des Français, qui les mettait autour d'une table pour traiter de ces deux défis, la santé et le social. Aujourd'hui, il faut faire la même chose avec l'environnement. On met, c'est la réponse à la France qui souffre sur les victimes des pesticides, les victimes des inondations.
Donc, vous voulez une table encore plus grosse ? Vous venez de dire, la négociation ne sert à rien dans ce contexte et vous dites, il faut encore plus, quelque chose d'encore plus gigantesque.
Je veux sortir la politique, je veux sortir l'environnement de Bercy. J'en ai marre que ce soit des inspecteurs des finances, des pages Excel qu'on nous raconte, madame Midi et Soir, pour nous projeter dans l'avenir. La sécu de l'environnement, c'est mettre les familles, les consommateurs, les salariés, les collectivités, l'État, évidemment, les associations, pour organiser cette transition énergétique, pour recevoir la fiscalité écolo et dire comment on accompagne les Français, comment on investit. Et il faut aussi, pardonnez-moi, un plan d'investissement.
Quand je défends un grand plan d'investissement européen, la BCE, aujourd'hui, la Banque Centrale Européenne, crache 30 milliards d'euros par jour qui ne sert pas l'économie. Moi, je veux qu'il y ait 100 milliards par an qui aillent sur cette transition énergétique que ça crée. Quand on créera des emplois d'artisans sur nos logements, de PME, de coopératives sur les énergies renouvelables, la mobilité, enfin, on ira vers l'agriculture paysanne, on aura de l'activité sur tous ces territoires qui appellent au secours. On aura des emplois pour tous ces gens qui appellent au secours. Et on aura des services publics, ce qu'il réclame aussi.
Yannick Jadot, je n'ai pas bien compris votre position, vous, à l'égard d'Emmanuel Macron, je l'ai compris, mais à l'égard des gilets jaunes, je ne comprends pas bien. Nicolas Hulot, à la télévision la semaine dernière, a dit clairement, face à un gilet jaune, il l'a interpellé, il lui a dit, arrêtez de taper sur l'écologie pour dire votre malaise fiscal. Ne tapez pas sur l'écologie, il y a eu un vrai affrontement et un dialogue de sourds. Vous, vous dites ça, vous dites aux gilets jaunes, vous leur dites quoi ? Vous les soutenez, les gilets jaunes ou pas ?
J'entends leur colère, j'entends, vous savez, ça ne sert à rien de dire qu'on a eu raison avant les autres. Mais quand ça fait 30 ans qu'on se bat contre le tout-et-GV pour garder des petites gares, quand ça fait 30 ans qu'on se bat contre le fait que tous les commerces aujourd'hui soient en périphérie et non plus en centre-ville, quand on se bat pour le maintien des services publics, quand on se bat pour la relocalisation de l'économie...
Oui, ils veulent arrêter la taxe diesel, vous êtes pauvre. C'est ça, les gilets jaunes,
30 ans d'impasse sur l'aménagement du territoire, 30 ans de relégation, 30 ans d'abandon, le problème, ce n'est pas la fiscalité écolo. Il ne faut pas se raconter d'histoire. C'est la fracture territoriale. Nous avons des solutions pour y remédier.
Vous allez manifester avec eux ?
Mais bien sûr que non. Pourquoi ? Je soutiens le rattrapage du diesel. On ne peut pas... Je l'ai dit, l'environnement, la santé, c'est essentiel. Mais en revanche, là où j'aimerais aussi entendre les gilets jaunes, c'est la question des constructeurs automobiles. Parce qu'on ne parle que de la fiscalité écolo, on ne parle pas de la responsabilité des constructeurs automobiles. Ça fait 15 ans que je travaille avec les salariés, les consommateurs, les associations de sécurité routière pour dire, pour contraindre les constructeurs automobiles à faire des voitures moins polluantes, c'est l'objectif de la fiscalité, et faire des voitures qui consomment moins.
Aujourd'hui, une voiture en Europe pollue 40% au-dessus de la norme, autorisée, c'est 400 euros de carburant par an. Et quand j'entends autour de ces gilets jaunes le bal des tartuffes de ceux qui les soutiennent, mais qui ont favorisé tous les commerces en périphérie, les grandes surfaces, qui ont réduit les gares, qui ont réduit les services publics, qui ont rendu ces territoires difficiles, pas à habiter, difficiles à vivre économiquement et socialement.
Quand j'entends, pardonnez-moi, Ségolène Royal à votre micro, dire porter le renoncement comme l'incarnation du courage politique aujourd'hui, à chaque fois que je passe sur une autoroute, c'est portique pour moi, ce sont des arcs de triomphe au renoncement politique. Parce que cette même, Ségolène Royal, quand elle était ministre de l'Environnement, elle est allée négocier à Bruxelles avec son collègue allemand le fait que les constructeurs de diesel puissent dépasser de 100% les normes autorisées en matière de pollution. Les États, nos gouvernements, depuis des années,
soutiennent... Donc Ségolène Royal, vous ne trouvez pas que c'est une bonne écologiste si je vous écoute ?
Ah mais c'est une bonne écologiste quand elle est dans l'opposition. Moi, vous savez, il y a plusieurs Ségolène Royal. Il y a une Ségolène Royal qui a un sens politique incroyable, une audace incroyable, mais je remarque que souvent nos responsables politiques, quand ils sont dans l'opposition, ils ont un peu plus de courage que quand ils sont au gouvernement. Nous, quand on est au Parlement européen, les lobbies, c'est matin, midi et soir. On ne l'a jamais.
Elle disait hier, Yannick Jadot, qu'il faut parfois avoir le courage de débrancher une mesure quand elle est mal emmanchée, qu'elle fait l'unanimité contre elle et qu'il y a eu un vice de forme. Donc, pardonnez-moi, je n'en porte pas. c'est aussi sortir d'une crise d'une manière ou d'une autre. Si tout le monde continue à dire qu'on a raison contre l'ensemble d'un pays, oui, ça va arriver dans une impasse. Donc, on peut à un moment
reculer pour mieux sauter. De ce que j'entends des gilets jaunes et reconnaissons qu'il y a beaucoup d'expressions chez les gilets jaunes. Et d'ailleurs, c'est probablement pour ça qu'ils portent un gilet jaune. Écoutez-nous, nous ne sommes pas invisibles, nous existons. Deuxièmement, il y a des grands enjeux de pouvoir d'achat. Est-ce que c'est la fiscalité écolo qui est responsable des problèmes de pouvoir d'achat dans le pays ? C'est une blague. C'est, et qui a trahi le pacte républicain ? Moi, j'étais la semaine dernière, cette semaine, chez les maires. Les maires, finalement, aujourd'hui, ils sont presque aussi écolos que nous.
Dans cette vision de dire, moi, je suis pour l'Europe des terroirs. Je suis que, pour à travers notre programme écolo, on crée des emplois sur tous les territoires. On crée des emplois dans nos terroirs. Qu'on les fasse vivre, qu'on reconnaisse les personnes qui habitent dans leurs compétences, dans leur dignité. Et si on arrive à faire ça, si on remet du pacte républicain, à ce moment-là, on n'aura plus ces colères. Parce qu'aujourd'hui, pour beaucoup, reconnaissons-le, ils ne savent plus pourquoi ils payent des impôts. Et c'est pour ça que je dis, chaque euro collecté doit être rendu aux Français sur l'environnement. parce qu'ils ne savent plus pourquoi ils payent des impôts.
Yannick Jadot, quand on vous entend ce matin sur Ségolène Royal, on se dit que la grande alliance de la gauche qu'elle appelle de ses voeux, ce n'est pas gagné, là.
Mais moi, pardonnez-moi, Ségolène Royal, je ne sais pas ce qu'elle veut faire sur les européennes, y compris...
Je crois qu'elle veut vous tendre la main, elle voudrait porter...
Moi, je n'ai pas entendu dire que je vais être tête de liste. La seule chose sur laquelle j'ai entendu Ségolène Royal, c'est de dire que je ne veux pas être député de base. Pardonnez-moi, quand on fait une campagne pour les élections européennes, c'est pour être député. Et moi, je suis très fier d'être député. Quand on gagne sur la pêche électrique, quand on gagne sur l'huile de palme, même si le gouvernement français après vient flinguer la mesure, quand on gagne sur les énergies...
L'idée d'avoir une liste plutôt qu'une demi-douzaine défendant à peu près les mêmes valeurs pour aller aux élections européennes vous semble baroque
et exotique ? Ce qui me semble baroque et exotique aujourd'hui quand je vois l'État de l'Europe, c'est d'instrumentaliser ce scrutin à des fins de politique nationale. J'entends ceux qui disent c'est le référendum anti-Macron. Pardonnez-moi, en Europe, il n'y a pas que Macron, il y a Salvini, il y a Orban. L'Europe est en train d'être conquise par les extrêmes droits. Moi, je ne déserterais... D'où l'important de se compter
et de se regrouper pour y aller.
Je ne déserterais jamais le combat européen. J'appartiens à un groupe politique au Parlement européen. Ça fait 40 ans qu'on a des élus. 20 ans qu'on a la famille européenne. J'étais, il y a quelques jours, dans notre congrès à Berlin. Il y a une dynamique de la famille écologiste européenne qui est très, très forte. Alors pardonnez-moi, vous avez raison,
il y a une vraie dynamique en Allemagne. En Allemagne, les verts, les écolos sont à plus de 20%. En Belgique, ils sont à plus... A Bruxelles, ils étaient aux dernières élections à plus de 16%. Et vous, quand on regarde les sondages, avec ce qui se passe, vous êtes à 5, 6, 7%. Pourquoi vous n'arrivez pas... On est fait à 5 depuis un petit moment. Vous n'êtes pas beaucoup plus. Vous êtes à 6. C'était le dernier sondage. Pourquoi, Yannick Jadot, comment ça se fait que vous n'arrivez pas à capitaliser alors que c'est le moment écolo ? Est-ce que vous vous interrogez ?
Je m'interroge toujours. Je m'interroge toujours sur qu'est-ce qu'on n'a pas réussi en ayant, avec cette, pardonnez-moi d'être prétentieux, en ayant autant raison. Qu'est-ce qui a fait qu'on n'a pas réussi ? Qu'est-ce qui a fait qu'on n'a pas empêché l'impasse dans laquelle se retrouvent toutes les populations aujourd'hui qui manifestent en France ? Moi, ce que je veux dans cette élection, c'est montrer qu'aujourd'hui, l'écologie, ce n'est pas le problème. L'écologie, c'est la solution. Il y a 15 ans, il y a 20 ans, il y a 10 ans, les énergies renouvelables n'étaient pas les énergies les plus compétitives.
Être paysan et faire du bio ou faire du durable, on vivait parfois plus difficilement que ceux qui aujourd'hui utilisent le Roundup et le reste. Aujourd'hui, c'est plus vrai. Aujourd'hui, l'écologie, c'est la solution. Moi, ce que je veux porter au niveau européen, c'est quand même... Vous vous rendez compte si vous êtes Brexiteur, vous avez voté pour le Brexit en Angleterre. Vous regardez vos enfants, vous leur dites, je t'ai fermé les portes du continent, je t'ai fermé l'horizon du monde.
Moi, je veux qu'on puisse regarder nos enfants fièrement en leur disant on va t'offrir l'Europe, on va t'offrir un grand projet de civilisation, tu vas pouvoir te projeter dedans parce que la façon dont on va investir, la façon dont on va penser la société, ça va être une société ouverte qui va te donner du boulot mais pourquoi la dynamique
qu'on peut voir en Allemagne ou ailleurs en Europe, on ne la voit pas encore en France ?
Ça va venir. Il y a un an, en Allemagne, ils étaient à moitié moins. Pardonnez-moi. La politique va vite. Moi, je veux croire que dans ce moment politique, il y a deux courants de pensée au fond qui voient le monde tel qu'il est. Il y a le courant des extrêmes droites qui arrivent au pouvoir. C'est pour ça que je dis que c'est très dangereux. Ils voient le monde tel qu'il est, le monde s'est rétréci, nous avons une communauté de destin et la vision de l'extrême droite c'est de refuser ça. Donc on refuse le dérèglement climatique, on refuse le métissage, on se referme, on se replie.
Mais il y a les écologistes qui veulent faire du monde non pas une mondialisation libérale du tous contre tous mais le lieu de la gestion des biens publics que sont le climat, la biodiversité, la solidarité contre Trump, contre Poutine, contre Bolsonaro. Et puis, de redonner encore une fois, je l'ai dit, à travers un projet européen du boulot pour nos jeunes, la protection de l'environnement, la protection de la santé.
La parole aux auditeurs de France Inter, Mirko, bonjour et bienvenue. Oui, bonjour. On vous écoute. Oui,
écoutez, bonjour M. Jadot. Bonjour. En fait, M. Trump a été élu, je crois, et M. Poutine aussi a été encore une fois élu. Donc, contre Trump, ça va être compliqué. Je voulais voir en fait avec vous, puisque moi, je suis un jeune installé, je suis agriculteur, dans le Var, et je suis un jeune installé. Et on voit bien qu'en fait, aujourd'hui, c'est très compliqué pour les structures d'installation, les nouvelles installations. On s'est culpabilisé sans tête sur la question il n'y a plus de paysans, on manque de masse, il y a un problème au niveau de la paysannerie aujourd'hui.
Et en fait, on voit bien que toutes les structures qui sont attachées, évidemment qu'un cadre de structure, il y a des êtres humains qui façonnent et qui aident les jeunes. On voit bien que tout le cadre autour qui a été construit, qui a été mis en place pendant plusieurs décennies, nous empêche de partir de paysans à pouvoir accéder justement à cause des spéculations foncières, à cause de plein de facteurs. On voit bien qu'aujourd'hui, dans 10 ans, il va y avoir plus de 20% ou 30% d'agriculteurs qui partent à la retraite. Qu'est-ce qu'on va faire sur cette grosse unité ? Comment on va reproduire justement le territoire ? Et qu'est-ce que vous allez proposer ? Merci, merci Mirko.
Merci Mirko pour cette question. Restez en ligne, restez en ligne. Première partie de la question, Yannick Jadot vous répond.
L'un des grands débats des élections européennes et de l'Europe, c'est la réforme de la politique agricole commune. Chaque année, en France, il y a 9 milliards d'euros d'argent public européen qui va vers l'agriculture. Jusqu'à maintenant, 80% de cet argent allait vers les agriculteurs les plus riches et puis on a un système qui est totalement parti en vrille où vous avez 40% des paysans qui vivent avec moins de 350 euros par mois. Vous avez un suicide tous les jours ou tous les deux jours et vous avez la pollution et y compris la malbouffe. Donc, ces 9 milliards doivent accompagner la transition agricole.
Franchement, vous avez aujourd'hui des dizaines de milliers de paysans dans notre pays qui font un boulot formidable, qui se sont réconciliés avec l'environnement, qui sortent des produits de qualité. Ce n'est pas de la malbouffe, c'est notre gastronomie qui protège notre santé et qui aménage nos territoires. C'est toujours la même chose. On a des territoires exceptionnels, on a de l'argent public. Arrêtons de financer davantage celui qui utilise du Roundup que celui qui va s'en passer.
Allez, Aurélie est au standard. Bonjour et bienvenue. Bonjour à tous. Bonjour, M. Jadot. On vous écoute. Moi, je voudrais savoir pourquoi on devrait voter pour vous ? Quel est votre programme différenciant pour les européennes 2019 par rapport notamment à un déloi à Mont ? Merci, Aurélie, pour cette question. Alors, dans le sillage de cette question, il y en a énormément sur l'application France Inter. Vous par rapport aux autres et pourquoi pas vous avec les autres ? Pierre, M. Jadot, pourquoi refuser l'alliance de la gauche en allant tout seul aux européennes ? Héloïse, à quand une réelle alliance de gauche entre Génération et Europe Écologie des Verts ?
Arnaud, Yannick Jadot, pourquoi étiez-vous le promoteur de l'union de la gauche à la présidentielle et pas pour les européennes ? Etc. Etc. Etc.
J'ai dit l'État... Pourquoi il y a les seuls ? J'ai dit je ne suis pas seul, M. Demeron. Je ne suis pas seul. Je suis le représentant en France de la famille écologiste européenne. Nous essayons de trouver un débouché politique aux marches pour le climat, aux marches contre les pesticides, à toute cette mobilisation. Et vous savez, y compris moi, je viens de la société civile et j'ai décidé de mettre les mains dans le cambouis politique. L'Europe, c'est trop important. C'est trop grave ce qui s'y passe pour se donner comme agenda de sauver la gauche. Pardonnez-moi. J'entends les militants qui me le disent aussi. Ils me disent mais tu ne te rends pas compte de la gauche à exploser.
Le parti socialiste est en ruine. Il y a autant de chapelles socialistes alors qu'avant il y avait une cathédrale. Mais ce n'est pas mon sujet. Pardonnez-moi. Ce sera le sujet de 2022. Ce sera probablement le sujet des municipales. Moi, j'appartiens à un groupe vert au Parlement européen. Et je sais que c'est ce groupe vert-là qui nous permet d'arracher chaque avancée sur la protection de l'environnement, sur la protection de la santé, sur la protection des données personnelles ou des libertés publiques. C'est une écologiste du groupe vert européen qui a fait le rapport contre Orban. Ce sont des écologistes qui mènent ces combats-là. Je ne veux pas me tromper d'agenda.
Je ne suis pas le médecin urgentiste de la gauche aujourd'hui. Et les écologistes
ne sont que chez vous ? Ils ne sont pas ailleurs ? Il n'y a pas d'écologistes au PS, chez Hamon, chez France Insoumise, même chez Macron, même à droite. Vous avez le monopole de l'écologie ?
Non, sûrement pas. Alors moi, je ne fais pas partie de ces gens qui considèrent qu'il y a un parti politique qui a le monopole qui a raison contre tout le monde. Parce que quand on considère que c'est le cas, on n'est plus en démocratie. Donc moi, pour ma part, je considère qu'il y a de l'écologie partout. Tant mieux. Il y a le bal des prétendants écolos aujourd'hui. Tant mieux. Moi, je veux que tout le monde parle d'écologie. Mais je sais ceux qui ne lâchent jamais face au lobby, je sais ceux qui agissent, qui réussissent, à Grande-Sainte avec Damien Carême, à Grenoble avec Éric Piolle ou au Parlement européen avec les députés écologistes.
On ne vous laissera pas partir sans parler du nucléaire puisque c'était les grands arbitrages hier d'Emmanuel Macron. Donc 2035 pour la réduction à 50% du nucléaire, fermeture de 14 centrales mais pas de date, pas de calendrier, plus pour les renouvelables et Fessenheim fermé à l'été 2020. Est-ce que vous êtes déçu, très déçu, pas déçu ou vous êtes où ?
Je suis extrêmement déçu. Je ne comprends pas qu'un président de 40 ans veuille nous remettre le vieux monde pour 50 ans avec des centrales nucléaires. Les centrales nucléaires aujourd'hui, ce sont des risques de plus en plus importants. Il n'y a qu'à lire les rapports de l'autorité de sécurité nucléaire. Ça fout vraiment les jetons. C'est le risque terroriste. C'est des déchets pour des centaines de milliers d'années. C'est EDF qui est en train de s'écrouler industriellement, financièrement du fait de l'obsession nucléaire alors que là encore, pardonnez-moi, vous faites de l'éolien. C'est de la valeur ajoutée sur tous nos territoires ruraux. Vous avez de l'éolien offshore.
Vous avez plein d'entreprises qui attendent et c'est l'éolien offshore qui est en train d'être sacrifié par ce gouvernement parce qu'il sait que c'est la vraie alternative au nucléaire. Vous avez des entreprises à Saint-Nazaire. Vous n'avez même pas vous avez une entreprise Général Electric Saint-Nazaire 450 employés possibles. Ils sont à peine 100 aujourd'hui à bosser. Vous avez les chantiers de l'Atlantique, une boîte, 300 salariés. Il n'y a personne. Vous en avez partout.
Est-ce qu'on peut enfin faire le choix de l'emploi, le choix de la protection de l'environnement, le choix de la révolution énergétique que font tous les autres Européens où est-ce qu'on doit se perdre dans cette faillite industrielle et dans ce risque qu'est le nucléaire ?
Deux questions rapides. Nicolas Hulot ne vous a pas soutenu, Yannick Jadot. Est-ce que vous le regrettez ?
Nicolas Hulot, il est passé, il est retourné à la société civile. Quand vous êtes dans la société civile et que vous voulez mobiliser l'ensemble de la politique, vous ne pouvez pas vous afficher clairement. Voilà. Il est revenu à son rôle primordial d'éveilleur des consciences. C'est essentiel. Moi, je suis très heureux qu'il ait repris la parole.
Et cette question qu'on pose à tous nos invités cette semaine et vous, Yannick Jadot, comme citoyen, non pas comme responsable politique, que faites-vous concrètement pour sauver, protéger la planète ?
J'essaye de supprimer totalement l'utilisation des bouteilles en plastique. Alors, pour la vidéo dans le studio, chaque Français utilise en moyenne 96 bouteilles plastiques par an. C'est 6 milliards et demi de bouteilles plastiques par an en France. C'est une saloperie liée au carbone, donc le dérèglement climatique, et ça se retrouve dans la nature, dans les décharges. Il faut essayer autant que possible de, un, l'eau du robinet, quand elle est bonne, c'est bien, on a des filtres, et puis prendre des bouteilles en verre ou des bouteilles en carton. Évitons au maximum le plastique.
J'essaye de le faire chez moi, et je ne doute pas que dès demain, à France Inter, vous prendrez aussi cet engagement. Les gobelets sont en carton, c'est très très bien. Est-ce que boire
du vin nature est un geste pour la planète ? Ah oui, j'adore. Est-ce un geste militant pour vous de boire
du vin nature ? Ah non, c'est d'abord un geste de plaisir. Mais quand vous rencontrez les viticulteurs, les vignerons qui fondent dans la nature, ils sont tellement heureux. Ils partagent tellement leur enthousiasme de respecter la nature, de faire un produit qu'on adore, pour lequel on est réputé dans le monde entier, que ça rajoute au plaisir du vin nature. Et les bains ? Bains ou douches ? L'écologie, ce n'est pas une douche par semaine froide dans le noir. C'est plutôt la douche que le bain. Moi, je prends des douches.
Voilà, on en reste là. Merci Yannick Jadot, tête de liste Europe Écologie Les Verts aux élections européennes.
Yannick Jadot