Brexit - Nathalie Loiseau : "On se prépare à une absence d'accord"
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 40 %Attaque 35 %Défensif 25 %
Questions et réponses
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- 0:47OuverteRéponse directe
Comment avez-vous reçu ce résultat ? Est-ce là le retour à la case départ ou bien pire encore ?
- 2:16OuverteRéponse directe
Pourquoi est-ce que c'est si long, si grave, si difficile de divorcer de l'Union Européenne ?
- 3:42OuverteRéponse directe
Quelles sont les options ? Est-ce qu'il y a du grain à moudre ?
- 4:53OuverteRéponse directe
Quand vous entendez que Nigel Farage dit ça, vous dites quoi ?
- 6:07OuverteRéponse partielle
Est-ce que le 29 mars, c'est demain ?
- 6:28OuverteRéponse directe
Sur l'idée de repousser la date, ça, c'est une option pour vous, Paris, Bruxelles, les Européens ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:06Invité politiqueFait
« C'est un très bon accord et c'est même le seul accord possible. »
- 2:36Invité politiqueFait
« Un certain nombre de Britanniques, y compris parmi les hommes politiques britanniques, n'avaient pas mesuré ce que ça voulait vraiment dire que d'être membre de l'Union Européenne. »
- 2:56Invité politiqueFait
« Regardez Airbus, les ailes d'Airbus sont fabriquées au Royaume-Uni et d'autres parties d'Airbus sont fabriquées en Allemagne et en France. »
- 3:14Invité politiqueFait
« Oui, c'est possible, mais c'est tout de même beaucoup plus intéressant de faire partie d'un groupe de pays de 500 millions d'habitants. »
- 3:35Invité politiqueFait
« Je n'avais pas mesuré l'intensité du trafic commercial entre Douvres et Calais. »
- 4:28Invité politiqueFait
« On a vraiment exploré toutes les options. »
- 7:26Invité politiqueFait
« On se prépare, nous, Européens, notamment nous, Français, à une absence d'accord. »
- 7:32Invité politiquePromesse
« Tout à l'heure, à l'Assemblée nationale, sera adopté le projet de loi que j'avais présenté pour donner au gouvernement la possibilité de prendre toutes les mesures nécessaires pour qu'on soit prêt en cas d'absence d'accord. »
- 14:24Invité politiqueChiffre
« Je rappelle que l'Union européenne a un excédent. La France a un excédent commercial vis-à-vis du Royaume-Uni. »
- 15:11Invité politiqueFait
« Il y avait ce qu'on appelait le fameux chèque britannique. Vous savez, Madame Thatcher, I want my money back. »
- 15:39Invité politiqueFait
« Mais, très honnêtement, si les Britanniques veulent rester dans l'Union européenne, ils seraient vraiment les bienvenus. »
- 16:10Invité politiqueFait
« En cas d'absence d'accord, on rétablit des contrôles, des contrôles douaniers, mais aussi des contrôles réglementaires. »
- 16:45Invité politiqueFait
« Gérald Darmanin a déjà commencé à recruter des douaniers supplémentaires. »
- 16:48Invité politiqueFait
« Le ministère de l'Agriculture a recruté des vétérinaires supplémentaires pour mettre en place des contrôles à l'entrée sur le territoire. »
Temps de parole
- Nathalie Loiseau68 %
- Présentateur15 %
- Présentateur 27 %
- ?3 %
- Locuteur 13 %
- Locuteur 32 %
≈ 20,2 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
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8h21,
France Inter,
Nicolas
Demorand,
le
7-9.
Et
avec Léa Salamé, nous recevons ce matin dans le grand entretien la ministre chargée des affaires européennes. Question au 01 45 24 7000 sur les réseaux sociaux, sur l'application France Inter. Vous avez la parole, amis auditeurs, dans une dizaine de minutes. Nathalie Loiseau, bonjour. Bonjour. Le Parlement britannique donc a voté, le résultat est brutal, il restera dans les annales. Pierre Aski nous le disait encore à l'instant, l'accord sur le Brexit négocié par Theresa May a été rejeté massivement, 432 voix contre. Ce n'est pas une défaite, c'est une déroute, une motion de censure déposée par les travaillistes et d'ailleurs soumise au vote tout à l'heure.
Nathalie Loiseau, pour commencer, comment avez-vous reçu ce résultat ? Est-ce là le retour à la case départ ou bien pire encore ?
Alors
d'abord c'est une mauvaise nouvelle parce que cet accord de retrait que Theresa May a soumis à la ratification, vous l'avez dit, il a été négocié pendant près de deux ans. C'est un très bon accord et c'est même le seul accord possible. On a exploré énormément de choses, Michel Barnier qui est le négociateur européen et qui fait un travail remarquable a exploré avec les britanniques énormément d'options avant d'en arriver à cet accord de retrait. Donc le fait qu'il soit rejeté est une mauvaise nouvelle. Qu'est-ce qui va se passer ? C'est aux britanniques d'en décider ? Mais
ça fait eux-mêmes ce qu'ils
veulent. Alors on voit bien que c'est une absence de majorité pour ce texte mais on ne sait pas pour quelle issue il y
a
une majorité. C'est quand même assez troublant de voir qu'il y
a
eu un référendum avec une campagne dont on se souvient tous qu'elle était étrange, qui avait beaucoup de désinformation déjà à l'époque, une décision radicale de prise, quitter l'Union Européenne mais quitter pour faire quoi
? S
'approcher ou s'éloigner encore beaucoup plus de l'Union Européenne, ça, ça n'a jamais été tranché.
Nathalie Loiseau, avant de rentrer dans les différentes options maintenant qui s'ouvrent à l'Union Européenne et aux Britanniques, ça fait deux ans et demi, c'était en juin 2016, ça fait deux ans et demi, une éternité que les Britanniques ont voté pour ce Brexit. Depuis, ils discutent, ils négocient, ils votent et rien ne se passe. Je sais bien qu'il y
a
des divorces compliqués mais là, est-ce que vous pouvez nous expliquer pourquoi est-ce que c'est si long, si grave, si difficile de divorcer de l'Union Européenne
? Parce
que je crois qu'un certain nombre de Britanniques, y compris parmi les hommes politiques britanniques, n'avaient pas mesuré ce que ça voulait vraiment dire que d'être membre de l'Union Européenne. Par exemple, appartenir à ce qu'on appelle le marché unique. On a longtemps appelé ça le marché commun et puis on l'a rendu encore plus intégré,
d
'ailleurs, à l'initiative des Britanniques. Le marché unique, c'était une idée de Tony Blair. Ça veut dire qu'on a les mêmes règles, ça veut dire que les entreprises sont en général très intégrées. Regardez Airbus, les ailes d'Airbus sont fabriquées au Royaume-Uni et d'autres parties d'Airbus sont fabriquées en Allemagne et en France. Ça veut dire que les personnes vont et viennent en permanence et qu'il ne suffit pas de dire « on reprend le contrôle, par exemple, de notre politique commerciale
». On
peut signer des accords avec le reste du monde. Oui, c'est possible, mais c'est tout de même beaucoup plus intéressant de faire partie d'un groupe de pays de 500 millions d'habitants. Et ça, ça a été sous-estimé par beaucoup de Britanniques. Moi, l'un de mes interlocuteurs qui a démissionné, parce que ceux qui s'occupent du Brexit, en général, n'ont pas duré longtemps, disait la veille de sa démission, la veille de sa démission, parce qu'il était allé à Douvres, « je n'avais pas mesuré l'intensité du trafic commercial entre Douvres et Calais ». C'est un peu dommage de s'en apercevoir
après.
Bon, alors maintenant, Nathalie Loiseau, quelles sont les options ? Thérésa May a,
jusqu
'à lundi, pour présenter à nouveau un texte éventuellement amendé au vote des parlementaires. Est-ce qu'il y a du grain à moudre
?
Est-ce qu'il y a des éléments qui ne sont pas déjà sur la table ? Est-ce que ce texte-là, d'accord, peut être amendé ? Que pouvez-vous nous dire ? Ou il n
'y
a rien ?
Alors, ce texte, il ne peut pas être rouvert, parce que quand vous passez 17 mois avec des va-et-vient entre le négociateur européen et tous les chefs d'État et de gouvernement européens, moi,
c
'est un tiers de mon travail, depuis que je suis ministre en charge des Affaires européennes, c'est quelque part excessif, parce qu'il y
a
bien d'autres choses à faire en Europe que de s'occuper d'un divorce, comme vous disiez tout à l'heure. On a vraiment exploré toutes les options. Si on veut une séparation ordonnée et qui permette que, dans l'avenir, le Royaume-Uni reste proche de l'Union européenne, c'est ce texte. Les autres options, et Thérésa May l'a très bien dit, c'est soit pas d'accord, soit pas de Brexit.
À
l'instant, Nigel Farage, c'était le chef de file du Brexit, celui qui a le plus défendu la sortie de
l
'Union européenne. À l'instant, voilà ce qu'il dit, il estime que le Royaume-Uni se dirige probablement vers un report du Brexit et un second référendum. Quand vous entendez que Nigel Farage dit ça, vous dites quoi ? Il est gonflé
?
Oui, mais ça, on le sait depuis longtemps. C'est quand même quelqu'un qui s'est fait élire député européen,
qui
est toujours député européen, qui est salarié par l'Union européenne, pour cracher sur l'Union européenne. À chaque fois que je vais à Strasbourg, j'y étais encore hier, je le croise, pas hier parce qu'il s
'est
passé quelque chose dans son pays, mais à chaque fois que j'y vais, je le croise devant tous les micros, disant tout le mal qu'il pense de l'Union européenne. Et maintenant, il veut un second référendum. Et maintenant, il a l'air de dire qu
'il
veut un second référendum. Pour le moment, la situation au moment où nous parlons, c'est que ni Theresa May, ni vraiment Jeremy Corbyn, le chef des travaillistes, ne se sont prononcés en faveur d'un nouveau référendum. C'est le cas de Farage, c'est le cas de certains travaillistes, c'est le cas de la première ministre d'Ecosse, mais cette hypothèse reste une hypothèse. Ça n'est pas à nous,
Français, Européens. Elle est crédible, mais elle est crédible.
Alors, ça n'est pas à nous, Français, Européens, de dire aux Britanniques ce qu'ils doivent faire. Ce que nous pouvons leur dire, c'est dépêchez-vous.
Est-ce que le 29 mars, c'est
demain ?
Quelle question, d'ailleurs, serait soumise à
référendum ? Et quelle question serait soumise à référendum
? Est-ce que c'est, voulez-vous de l'accord de retraite tel qu'il existe ou pas ? Et si c'est non, est-ce que vous voulez rester ou est-ce que vous voulez sortir ? Et là, la réponse, bien sûr, il
y a
des sondages, mais on se souvient qu'au moment du premier référendum, les sondages s'étaient trompés.
Et sur l'idée de repousser la date, ça, c'est une option pour vous, Paris, Bruxelles, les Européens ?
Au moment où on en parle, ce n'est aussi qu'une hypothèse, puisque là encore, Mme May ne l'a jamais demandé, ni personne de son entourage. C'est juridiquement, techniquement, c'est possible. Il faut que les Britanniques le demandent et il faut qu'il
y ait
un accord à l'unanimité des 27 États membres de l'Union Européenne pour dire, d'accord, vous aviez choisi, vous, la date du 29 mars pour sortir, vous nous demandez, ok, on repousse. Mais la question,
c'est... Aujourd'hui, la France, elle dit oui, pourquoi pas
? Pour
combien
de temps et pourquoi faire
? Parce
que si c'est pour nous dire, il faut davantage de concessions européennes, là, on sera
embarrassé. Mais il
n'y
a pas un moment où vous dites, bon, ça y est, c'est fini, ça fait trois ans qu
'on
négocie, maintenant, nos deals, ils quittent et il n
'y a
pas d'accord, ils quittent. Alors, personne ne trouve qu'une
absence d'accord est une bonne solution.
Oui, mais est-ce qu'il n'y a pas un moment où il faut... Mais
on se prépare, nous, Européens, notamment nous, Français, à une absence d'accord. Tout à l'heure, à l'Assemblée nationale, sera adopté le projet de loi que j'avais présenté pour donner au gouvernement la possibilité de prendre toutes les mesures nécessaires pour qu'on soit prêt en cas d'absence d'accord. Et donc, on sera prêt, c'est notre responsabilité politique de faire en sorte que les Français qui reviendraient du Royaume-Uni, s'ils le souhaitent, les Britanniques qui vivent en France et dont on apprécie qu'ils vivent chez nous, et les entreprises qui travaillent avec le Royaume-Uni ne soient pas impactées par une absence d'accord.
Je ne sais pas si vous parlez le Donald tous couramment, Nathalie Loiseau, mais voilà ce que le président du Conseil a déclaré, Pierre Aski, le rappelait. Si un accord est impossible, on parle toujours du Brexit, et que personne ne veut qu'il n'y ait aucun accord, alors qui aura enfin le courage de dire quelle est la seule issue positive ? Traduisons-les, comme on dit sur Internet.
Oui, ce n
'est
pas forcément extrêmement clair.
Dit comme ça,
je comprends sa précaution de langage. Ce qu'il dit en réalité, c'est ce que nous pensons tous. La décision de quitter l'Union Européenne a été prise par le Royaume-Uni, mais les Européens la regrettent.
La
meilleure relation, la plus étroite
qu
'on puisse avoir entre pays européens, c'est d'être membre de l'Union Européenne. Donc ce que dit Donald tous, c'est que si vous voulez revenir sur votre décision de quitter l'Union Européenne, soyez les bienvenus. Il aurait pu le dire de manière un peu plus simple, mais c'est aux Britanniques de le décider, pas à nous. Mais c'est ce que vous dites en fait, c'est
ce
que vous dites
sans le dire,
c
'est oui,
il
faut un
deuxième référendum. On a toujours dit que la porte était ouverte. Reviens, comme
quand on dit au bout d'un divorce, on n'arrive pas à divorcer, restons ensemble.
Ce qui est un peu compliqué dans la négociation, puisque j'y pense beaucoup de temps, un mot de toi et j'annule tout. Ce qui est un peu compliqué dans la négociation,
c'est que les Britanniques nous disent... Vous pensez à Nicolas Sarkozy
assez souvent ?
Non, je ne
veux pas me
maquiller en le matin en tout cas. Mais c'est que depuis le début de la négociation, les Britanniques nous disent à la fois, nous voulons partir, nous voulons reprendre le contrôle, mais ne voulons rien perdre de l'intensité des relations que nous avons avec vous. Et ça, c'est assez compliqué. Le Brexit, c'est forcément une dégradation de la relation entre les Britanniques et nous. C'est forcément moins bien. Il y
a
des perdants des deux côtés, quoi qu'il arrive. Si
on veut ne rien perdre, il faut rester. Après,
il y
a
aussi la question du vote du peuple, je veux dire. Bien sûr. On a vu ce que c'était de ne pas tenir compte du
vote du
peuple en 2005. Là, le peuple britannique, il a voté. Je suis
complètement d'accord avec vous. Et je pense qu'en 2005, on a fait une énorme erreur de contourner le sujet en passant par le traité de Lisbonne et par une ratification parlementaire. Mais le vote du peuple, quand il y a désinformation massive, c'est un sujet pour nous tous aujourd'hui, pour vous les médias, pour nous les politiques. Et en 2019, c'est un sujet d'une très grande actualité. La désinformation, c'est tous les jours. Hier, j'étais à Strasbourg.
J
'étais en train de déjeuner avec la présidente du conseil départemental du Haut-Rhin. Et nous parlions de l'accord du traité d'Aix-la-Chapelle, qui va être signé la semaine prochaine, entre Angela Merkel et Emmanuel Macron,
un
nouveau traité d'amitié franco-allemand.
Et
si nous déjeunions ensemble, c'est que les Alsaciens sont ravis, parce qu'il y a toute une dimension transfrontalière pour faciliter la vie des gens, pour faire simple. Pendant que nous déjeunions, sortait sur des pages Facebook, et des pages Facebook malheureusement de Gilets jaunes, l'idée que la semaine prochaine, Emmanuel Macron allait vendre l'Alsace et la Moselle à l'Allemagne.
La
question de la désinformation,
on
la vit tous les jours avec une intensité folle, elle a beaucoup existé au moment de la campagne sur le Brexit. Donc oui, il y
a
eu un vote populaire, mais dans quelles conditions on doit se poser la question ?
Une dernière question rapide avant d'aller au standard et de donner la parole aux auditeurs de France Inter. Si jamais une demande est faite de retarder la date du Brexit, Nathalie Loiseau, ce serait retarder a priori sur le papier de combien de temps ? Parce que là aussi, il
y
a un flou, il
y
a les élections européennes qui arrivent. Alors dites-nous, le calendrier est possible dans cette hypothèse ?
La première question, c'est retarder pour quoi faire
? Voilà, ça vous
l'avez dit.
Si
c'est
pour nous dire qu'il faut que la solution prévue sur l'Irlande ait une date de péremption, on a déjà dit que
ce
n'est pas possible. On a besoin d'assurance que la solution irlandaise est solide. Pourquoi faire ? Ça nécessite combien de temps pour le faire ? Ça, c'est aux Britanniques de le dire. Je ne sais pas si Mme May a un plan B, les députés britanniques lui ont demandé de préparer un plan B et de le présenter la semaine prochaine. Si ça va au-delà
des
européennes, ça veut dire
que
les Britanniques devraient élire de nouveaux députés européens au moment même où ils réfléchissent à sortir.
Ça me paraît très compliqué. Toute dernière question avant de passer aux auditeurs. Est-ce que Theresa May est une partie du problème ?
Écoutez, Theresa May, c'est le chef du gouvernement britannique. Elle a été élue, elle est issue d'élections démocratiques. Donc moi, je respecte les gens qui sont issus d'élections démocratiques. C'est notre partenaire.
Le
Royaume-Uni, nous ne l'oublions pas.
Dans
cette confusion ou dans cette situation quelque part très agaçante qu'on vit à attendre qu'ils se mettent d'accord, c'est un grand partenaire de la France, un grand partenaire commercial, un grand partenaire dans la recherche, un grand partenaire dans la défense.
On
a intérêt à ce que la relation reste étroite. On travaille beaucoup bien avec Theresa May. Mais aujourd'hui, le problème, la partie du problème, c'est la classe politique britannique, c'est la capacité à se mettre d'accord sur une solution qui soit acceptable pour les Britanniques, qui soit acceptable pour nous. Parce que nous n'avons pas choisi de détricoter l'Union européenne au motif que les Britanniques sortent de l'Union.
Allez, on file au standard. Bonjour Benjamin et bienvenue à l'antenne d'Inter.
Oui, bonjour.
On vous écoute.
Ça fait à peu près 40 ans que l'Union européenne subit ou se fait imposer ses décisions par la Grande-Bretagne et se plie aux décisions de la Grande-Bretagne. Il n'y
a
pas de raison que cette fois-ci, ça ne change pas. Dans la mesure où aujourd'hui, 2 millions de voitures destinées au marché européen sont fabriquées en Angleterre, qu'il y a les accords entre Airbus et la France, tout est fabriqué en Angleterre.
C
'est le premier pays le plus riche après l'Allemagne. Je ne
vois
pas pourquoi les Anglais tiennent le jeu entre les mains. Ils ne vont pas plier et c'est l'Union européenne qui va se déballonner une fois de plus.
Merci Benjamin pour cette question. Nathalie Loiseau.
Alors Benjamin, c'est ce que je disais juste avant que vous preniez la parole. Les Britanniques choisissent de sortir. A notre avis, c'est une mauvaise idée. En tout cas, c
'est
une décision qu'on regrette mais qu'on respecte. Nous, nous n'avons pas choisi d'affaiblir l'Union européenne. C'est tout l'objet de la position européenne. Et les 27 Etats membres sont restés unis de bout en bout et continueront à l'être. Dans cette négociation, beaucoup s'attendaient à une Europe divisée, inefficace.
Et
en fait, tout le monde est resté uni pour défendre les intérêts européens. Je rappelle que l'Union européenne a un excédent. La France a un excédent commercial vis-à-vis du Royaume-Uni. Ça corrige un petit peu sa nuance, ce que vous avez dit. Notre objectif,
c
'est de garder des relations étroites avec le Royaume-Uni, ce qui est dans l'intérêt de tout le monde.
S
'ils veulent sortir, qu'ils sortent. S'ils veulent rester, ils sont les bienvenus.
Sur l'application France Inter, Renaud vous pose la question suivante. Si le Brexit est annulé et que les Britanniques reviennent, entre guillemets, dit-il, dans l'Union européenne, est-ce qu'ils garderont tous les avantages spéciaux qu'ils avaient ? Participation au budget inférieur aux autres pays, etc. Merci pour votre réponse, Nathalie Loiseau.
Alors, il y a des avantages qu'ont les Britanniques, parce qu'ils sont parmi les plus gros contributeurs du budget de
l
'Union européenne, ce qu
'on
oublie souvent. Ils ne
sont
pas les seuls à en avoir. Il y avait ce qu'on appelait le fameux chèque britannique. Vous savez, Madame Thatcher, I want my money back. D'ailleurs, le seul qui reprend ça aujourd'hui, c'est Jean-Luc Mélenchon, qui, à chaque fois que je présente la contribution française au budget européen, dit, je veux en avoir exactement pour mon argent. Et Thatcher sort de ce corps. Mais les Allemands aussi avaient négocié des retours. Je vous l
'ai
déjà dit. Les Néerlandais aussi. Donc, il y a un système qui, à mon avis, est contestable, qui ne permet pas de répondre aux grands défis d'aujourd'hui, et qu'il faut remettre à plat. Mais, très honnêtement, si les Britanniques veulent rester dans l'Union européenne, ils seraient vraiment les bienvenus.
On
retourne au standard. Jean-Pierre, bonjour. Oui,
bonjour. Bonjour, François Terre.
On vous écoute, Jean-Pierre.
Oui, voilà. J'aurais voulu savoir, si les Royaux-Unis sortent de l'Europe, j'aurais voulu savoir si les douanes seraient rétablis
et
s'en paieraient des taxes douanières sur les articles.
Merci, Jean-Pierre, pour cette question. Nathalie Loiseau, ça, c'est en cas de no deal. En
cas
d'absence d'accord, on rétablit des contrôles, des contrôles douaniers, mais aussi des contrôles réglementaires, par exemple, des contrôles vétérinaires sur la viande ou le poisson qui vient du Royaume-Uni. Et oui, s'appliqueraient les règles de l'OMC, donc il y aurait des tarifs douaniers, jusqu'à ce qu
'on
négocie un nouvel accord avec le Royaume-Uni. Mais en cas d'absence d'accord, c'est ce qui se passerait. C'est là où je disais que nous avions besoin d'une loi pour nous préparer, pour être prêt à cette option-là. Gérald Darmanin a déjà commencé à recruter des douaniers supplémentaires. Le ministère de l'Agriculture a recruté des vétérinaires supplémentaires pour mettre en place des contrôles à l'entrée sur le territoire, non seulement français, mais européen, parce que 80% des marchandises qui arrivent à Calais vont ailleurs dans l'Union Européenne qu'en France. On est le principal point d'entrée dans le
marché unique pour les métiers.
Les avions cloués au sol, les fils de camions à l'infini pour passer la manche,
les pénuries de
médicaments...
Si
on n'avait rien fait, ce serait vrai. Ça fait des mois qu'à la fois les pays et l'Union Européenne se préparent à une absence d'accord. Demain, on a une nouvelle réunion avec Édouard Philippe et les ministres concernés pour vérifier qu'on est bien prêts. On a regardé tous les sujets. Notre objectif et les moyens qu
'on
s'est donnés, c'est de faire en sorte qu'il n
'y ait
pas de chaos au 30 mars. Est-ce que les Britanniques eux-mêmes sont prêts ? Est-ce qu'il n
'y
a ou pas des files d'attente à Douvres, par exemple pour les marchandises françaises qui vont vers le Royaume-Uni
? J
'espère qu
'ils
sont prêts. Il y a des questions. J'espère vraiment qu
'ils
sont prêts. Parce qu'aujourd'hui, le risque d'une absence d'accord, il existe.
Monique, bonjour. Bonjour. Bienvenue.
On
vous écoute, Monique.
Oui, je voudrais poser la question à cette dame. Bonjour tout le monde, d'abord.
Vous
ne pensez pas que si l'Europe, qui est une très bonne idée au départ,
moi
j'étais assez enthousiaste d'ailleurs, si l'Europe avait été une Europe sociale et non pas une Europe de la finance, comme on le constate, je pense que les Britanniques n'auraient jamais voté pour le Brexit et qu'en Italie ou qu'en France même, il n'y aurait pas des gens qui disent ou qui ont dit qu
'il
faudrait sortir de l'Europe.
En
plus,
avec des gens qui n'ont pas été élus à la Commission européenne, il aurait mieux fallu renforcer le Parlement et non pas des gens non élus à la Commission européenne.
Et on aurait préduit
autre chose.
Merci, Monique. Nathalie Loiseau vous répond.
Merci, Monique, pour cette question, parce que vous avez raison, il faut que l'Europe soit davantage sociale. C'est d'ailleurs ce que nous faisons depuis deux ans sur la question des travailleurs détachés, qui est une question qui avait beaucoup animé le débat pendant la campagne de la présidentielle. Nous nous sommes attelés, dès l'arrivée d'Emmanuel Macron au pouvoir et dès ma prise de fonction, à réformer ce régime des travailleurs détachés pour qu'on puisse appliquer le principe à travail égal, salaire égal sur le même lieu de travail. En ce moment, on est en train de faire la même chose sur le transport routier, pour qu
'il
n
'y ait
pas de concurrence déloyale entre des camionneurs de l'Est, c'est souvent de l'Est, et des camionneurs de l'Ouest. Donc là-dessus, on avance, et vous avez raison. Je ne suis pas sûre que ça aurait suffi à éviter le Brexit, parce que le débat sur le Brexit, il était beaucoup sur les questions migratoires, il avait beaucoup été mis en avant le fait, à tort, une fake news, que par exemple, il y aurait des millions de Turcs qui arriveraient au Royaume-Uni, alors que la Turquie n'est même pas dans l'Union Européenne.
Madame la Ministre, pour que l'Europe soit plus sociale, il faut changer aussi ce qui va se passer en mai prochain, les députés européens.
On
connaît désormais les têtes de liste RN et la France insoumise pour les Européennes. Quand aurez-vous une tête de liste La République en marche ? Quel est le calendrier ? Quel est le profil de cette tête de liste ? On est à 4 mois du
vote. On est à 4 mois du vote. Je vous rappelle qu'en 2014, les têtes de liste avaient été connues en mars, avec un calendrier qui était à peu près celui de cette année. Et puis aujourd'hui, on est dans le grand débat national. Les préoccupations des Français sont autour de sujets sociaux, cette dame l'a d'ailleurs très bien dit, mais de sujets de pouvoir d'achat, de sujets de comment est-ce qu'on finance la transition écologique. Il y a d'ailleurs une dimension européenne à cette question.
Donc pas
de tête de liste dévoilée avant la fin du grand débat
?
Écoutez, en tout cas, à mon sens, pas avant, assez tard au mois de février, parce que les Français n'ont pas la tête à ça. D'ailleurs, vous ne connaissez pas de tête de liste ni du Parti Socialiste, ni des
Républicains. Vous êtes
le parti majoritaire aujourd'hui. Bien
sûr. Emmanuel
Macron se veut le rempart contre les populismes. Donc, quel doit être le profil de cette... Selon vous, Nathalie Loiseau, quel doit être le profil de cette personne-là qui va porter la liste européenne d'Emmanuel Macron ? On travaille beaucoup
en ce moment sur le programme en ayant écouté les Français. Moi, j'ai eu la chance de faire le grand débat avant le grand débat, si j'ose dire. On a eu des consultations sur l'Europe à travers la France. Il y en a eu 1100. Moi, j'ai fait le tour de France pendant six mois. Et c'est sur la base de ce que les Français nous ont dit qu'on prépare notre programme. Les Français veulent une Europe plus sociale, ça vient d'être dit, plus soucieuse de la protection de l'environnement dans tous ses aspects, que ce soit la lutte contre le changement climatique, mais aussi le glyphosate, mais aussi la qualité de l'air, la qualité de l'eau, le recyclage, etc.
Vous
peinez
à trouver une tête de liste ? Pas du tout. Mais simplement, en parler maintenant alors que les Français ont la tête ailleurs, c'est une erreur. Et je pense que ceux qui l'ont fait, verront très vite qu'ils ont fait une erreur.
Césaré Battisti, ancien activiste italien d'extrême gauche, condamné en Italie pour quatre meurtres et désormais en prison, terrorisme, en prison en Italie, après une cavale de plusieurs décennies. Matteo Salvini a dit que ça n'était qu'un début que bien d'autres Italiens de profil comparable se promènent en Europe et dans le monde. Il y en a quelques-uns en France, a-t-il dit. Nathalie Loiseau, pouvez-vous déjà nous dire si c'est vrai et combien ?
Alors,
vous savez, on n'a pas attendu Matteo Salvini pour traiter cette question très douloureuse pour les Italiens parce que l'Italie a vécu des années de plomb,
l
'Italie a vécu un terrorisme meurtrier et depuis les années 2000, il y a des échanges entre la France et l'Italie pour savoir ce que l'on fait des personnes qui sont poursuivies en Italie. Alors, c'est du cas par cas et c'est la justice qui nous dit s'il s'agit d'un crime de sang ou pas, qui nous dit si le crime est prescrit ou pas. Ce cas par cas, il a eu lieu et d'ailleurs, s'agissant de César et Battisti, une décision d'extradition avait
été prise par
la France.
Aujourd
'hui, combien dans ce
cas ? Néo
Salvini a des dossiers à nous passer aujourd'hui qu'il nous les passe. Ils seront examinés par la justice donc ce n
'est
pas à moi à me prononcer au cas par cas évidemment dans un esprit de responsabilité et en ayant parfaitement à l'esprit à quel point ça a été traumatisant pour l'Italie ces années
de terrorisme. En tout cas, il n'y a plus
de doctrine Mitterrand, c'est l'extradition désormais, la règle en France.
C'est du cas par cas,
c
'est ce que je vous ai dit, ça dépend s'il
y a
prescription, ça dépend s'il
y
avait crime de sang.
Merci Nathalie Loiseau, merci beaucoup d'avoir été au micro de France Inter ce matin et merci aux auditeurs qui étaient très nombreux au Standard.
Nathalie Loiseau