François Hollande : "La politique, c’est des idées, de la réflexion, pas simplement de la gesticulation"
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Merci d'écouter France Inter, il est 8h22. France Inter, Léa Salamé, Nicolas Demorand, le 7-9. Et avec Léa Salamé, nous recevons ce matin dans le grand entretien un ancien président de la République avec lequel vous pourrez évidemment dialoguer dans quelques instants au standard d'Inter, 0145 24 7000. Autrement, les réseaux sociaux et l'application mobile de France Inter. Bonjour François Hollande. Bonjour. Bonjour.
Et merci d'être au micro de France Inter en ce 10 mai qui marque le 40e anniversaire de l'élection de François Mitterrand à la présidence de la République en compagnie de Lionel Jospin, de Pierre Joggs, de Bernard Cazeneuve, d'Annie Dalgo et d'un certain nombre de compagnons de route. Vous étiez hier au Creusot pour célébrer l'événement. Pardon d'être franc, mais en regardant dans la presse cette photo de famille, forcément un peu sépia et nostalgique, on se demande si en 2021 la gauche ne célèbre pas son passé à défaut d'avoir un avenir. François Hollande, n'est-ce pas la situation actuelle ?
Quoi sert le passé si ce n'est à retenir des leçons pour l'avenir ? Le passé, ce n'est pas un culte que l'on pourrait avoir en pensant que c'était mieux avant, pour rester sur une formule habituelle. Non, l'histoire, elle vous enseigne ce qui a permis des changements profonds. Et moi, c'est ce que j'ai voulu faire en ce rassemblement du Creusot hier, de dire quelles étaient les leçons de François Mitterrand, de sa victoire, mais aussi de ceux qui lui avaient succédé pour permettre à la France d'avancer. Est-ce qu'aujourd'hui, ces leçons sont encore valables ? Est-ce que le socialisme tel qu'il pouvait être imaginé ou inspiré en 1981 et après, a encore un sens aujourd'hui ?
Est-ce que la gauche, qui a été effectivement victorieuse en 1981, qu'il a été aussi en 1997 avec Lionel Jospin en 2012 avec moi, peut de nouveau être un facteur d'espérance ? Ou est-ce que cette histoire est terminée ? Eh bien non, l'histoire n'est pas terminée.
C'est la question qu'on va vous poser, on va revenir à l'avenir de la gauche. Vous allez nous dire quelles sont les leçons que vous pouvez tirer de mai 1981. Mais d'abord, dites-nous François Hollande, quelle était l'atmosphère dans le pays ce 10 mai 1981, le jour de l'élection de François Mitterrand ? Vous aviez 26 ans, vous. Qu'est-ce que cette journée a représenté pour vous ?
J'allais dire pour les plus de 50 ans aujourd'hui. Ils ont tous le souvenir du 10 mai 1981, parce que ça faisait des années, pour certains des décennies, qu'ils n'avaient jamais connu une alternance. C'est-à-dire l'arrivée de forces politiques qui ne s'étaient pas faites remarquer pour être des soutiens du régime et même n'avaient pas accepté les institutions. Donc c'est vrai que c'était un acte, pas simplement français, un acte européen et même mondial, que de voir arriver la gauche après 23 ans d'opposition.
Il y avait un espoir qui était sans doute très fort, trop fort, puisque c'était des revendications qui étaient nées pour partie dans les luttes sociales, les luttes culturelles, féministes, écologiques. Déjà, c'était aussi la suite du mouvement de mai 68. Donc il y avait comme un débouché politique qui arrivait là en 1981. Mais à un moment, on a pensé que ça ne deviendrait jamais. Et moi, j'avais 26 ans, je n'avais même pas pu voter. En 1974, la majorité électorale était à 21 ans. Et Mitterrand avait échoué de 400 000 voix. Il y avait eu des élections législatives en 1978, des unions de la gauche, nous avions perdu. Donc on se disait, mais ça ne viendra donc jamais. Et c'était donc venu.
Et c'est ce qui explique la ferveur populaire qui a dépassé de loin les 110 propositions que le candidat François Mitterrand avait proposé aux Français.
Quand vous repensez aux deux septennats de François Mitterrand, que diriez-vous, François Hollande, aujourd'hui ? Qu'il y en eut un septennat de la promesse, un autre de la désillusion ? Ou alors les choses étaient plus liées, peut-être moins simples à séparer que ce que je viens de dire ?
D'abord, c'est deux septennats qui sont deux quinquennats. Puisqu'il y a eu deux cohabitations. Mais déjà, dans le premier septennat, il y a eu, après des mesures extrêmement positives pour les Français, la retraite à 60 ans, la cinquième semaine de congés payés, les 39 heures, des mesures très fortes, l'abolition de la peine de mort, la décentralisation, la liberté de l'audiovisuel. Il y a eu assez rapidement aussi la prise en compte de la réalité et aussi des changements, des corrections qu'il fallait opérer si l'on voulait rester dans la construction européenne. Donc c'était déjà, finalement, ce qu'on a connu aussi après, c'est-à-dire l'épreuve du pouvoir.
Il faut reconnaître à François Mitterrand qu'il a été jusqu'au bout de ses promesses et qu'il a été capable aussi, parce que c'était sa responsabilité de chef d'État, de prendre des décisions qui permettaient à la France de rester dans le jeu mondial.
Mais que reste-t-il de ces 110 propositions ? Du point de vue économique, le communiste Fabien Roussel dit qu'il ne reste plus rien aujourd'hui des années Mitterrand, plus rien de la retraite à 60 ans, rien de l'ISF, des nationalisations des 40 banques et d'une trentaine de grandes entreprises. Est-ce que vous êtes d'accord avec ce constat ? Les réformes économiques ou la vision économique de 81 ne marchent plus du tout aujourd'hui ?
Il faut voir ce que représentait pour beaucoup de Français qui avaient plus de 60 ans et qui devaient attendre 65 ans pour accéder à la retraite, la décision de François Mitterrand, une fois élu, de faire cette réforme. Beaucoup de femmes et d'hommes ne vivaient pas au-delà de 70 ans. Moi, j'en ai vu pleurer le jour de la victoire, pas simplement parce qu'ils étaient heureux de l'alternance, mais parce qu'ils savaient que ça allait pour eux être des années, j'allais dire, en plus de vie. De la même manière, sur les congés payés, aujourd'hui, tout le monde pense RTT, etc.
C'est quand même, là aussi, une mesure qui est née, avant avec le Front populaire, mais ensuite, c'est François Mitterrand qui a donné, au temps libre, ça a été beaucoup critiqué à l'époque, un rôle qui n'était pas simplement de libération par rapport à ce qu'on croyait être le travail, c'était aussi la culture qui s'est retrouvée là, portée comme grande priorité. Donc, on dit, mais qu'est-ce qui reste ? Mais qu'est-ce qui reste ? Et l'abolition de la peine de mort ? Et la décentralisation ? Et la libération de l'audiovisuel ? Et la fin des tribunaux d'exception ? Et la fin de la Cour de sûreté de l'État ?
Et puis aussi, un certain nombre de réformes structurelles, parce qu'il y a eu l'élargissement de la sécurité sociale. Donc, cessons de dire, c'était mieux avant, et ça s'est dégradé depuis. Non ! D'ailleurs, quand il y a des manifestations dans la rue pour défendre la retraite, on défend quoi ? On défend les réformes de François Mitterrand, de Lionel Jospin et de moi-même.
François Hollande, deux questions précises, si vous le voulez bien, sur l'héritage de Mitterrand. Un pan de l'héritage de François Mitterrand est revenu dans le débat public ces dernières semaines. À la demande de l'Italie, Emmanuel Macron a ouvert la voie à l'extradition de dix anciens membres des Brigades Rouges réfugiés en France depuis près de 40 ans. Sept d'entre eux ont été interpellés le 28 avril. En 1985, François Mitterrand s'était engagé à ne pas extrader les anciens militants d'extrême-gauche, ayant renoncé à la lutte armée, à l'exception de ceux impliqués dans des crimes de sang. C'est ce qu'on appelle la doctrine Mitterrand.
Jean-Luc Mélenchon a dénoncé la décision d'Emmanuel Macron comme un acte de vengeance plus qu'un acte de justice. Quelle est votre position ? La doctrine Mitterrand est-elle respectée ou pas dans ce cas ? Emmanuel Macron a-t-il raison de faire ce pas vers l'Italie ?
C'est la doctrine Mitterrand, mais c'est aussi la doctrine Chirac-Sarkozy-Hollande. C'est-à-dire le fait qu'on ait accepté, au milieu des années 80, que des extrémistes qui avaient commis des actes extrêmement graves puissent être en France accueillis en renonçant totalement à la violence. C'était un accord qui avait été passé d'ailleurs entre François Mitterrand et le gouvernement italien de l'époque. Alors ensuite, les temps ont changé, la justice italienne est incontestable, il y a des procédures. Je ne suis pas sûr qu'aujourd'hui, à quelques jours de la prescription des crimes de ces individus, il était nécessaire d'engager ce dialogue avec l'Italie.
Mais en tout cas, la justice est maintenant saisie. Laissons la justice travailler, puisque c'est la justice française qui doit décider de l'extradition.
C'est sur sa politique étrangère, François Hollande, que François Mitterrand est actuellement le plus durement critiqué. La conclusion du rapport Duclair sur le génocide des Tutsis par les Hutus au Rwanda pointe clairement son rôle. Les autorités françaises ont fait preuve d'un aveuglement continu dans leur soutien à un régime raciste, corrompu et violent. L'alignement sur le pouvoir rwandais procède d'une volonté du chef de l'État. François Mitterrand, donc, je citais le rapport. La semaine dernière, Nicolas Sarkozy a pointé également la responsabilité de François Mitterrand. Je le cite, beaucoup avaient compris ce qui se passait.
L'aveuglement dramatique était le fait d'un petit groupe au plus haut sommet de l'État. Chef d'État-major particulier, cellule Afrique et le président Mitterrand lui-même. Fin de citation. Quelle est la responsabilité de François Mitterrand dans ce génocide ?
D'abord, il y a eu génocide. Il y a eu un massacre qui a fait 800 000 morts au Rwanda et avec une volonté d'écraser une ethnie, donc les Tutsis, parce qu'ils étaient Tutsis. C'est un génocide. Ensuite, pourquoi parler de la responsabilité de la France ? 25 ans plus tard, les auditeurs peuvent être surpris. Qu'est-ce que faisait la France au Rwanda ? La France avait été appelée, c'était un accord de coopération, de défense, en 1975, donc avant Mitterrand. Et il s'est trouvé que la France a été amenée à donner son soutien à un régime qui était menacé, disait-on, de l'extérieur, mais aussi de l'intérieur.
Ce qui est grave, et je pense que les rapports ont permis de faire, d'une certaine façon, une part de la clarté, même s'il reste encore un certain nombre de zones, d'ombre. Ce qui est clair, c'est qu'il n'y a pas eu de complicité de la France. Et ça, aussi bien le rapport Duclair que le rapport commandé par le Rwanda lui-même à des avocats américains, l'a établi.
Je vous demandais la responsabilité de François Mitterrand.
C'est elle qui est pointée dans ce rapport. Elle est pointée, non pas au sens d'une quelconque complicité ou d'une acceptation même de violences qu'il aurait essayé de laisser faire ou qu'il n'aurait pas empêchée. Non. François Mitterrand est hors de cause de ce point de vue. Là où il peut y avoir des explications, et elles sont nécessaires, et des clarifications, c'est qu'il y a eu une erreur d'appréciation dans le soutien à un régime qui était un régime qui comportait des extrémistes et qui ne faisait pas vraiment œuvre de réconciliation. Voilà ce que l'on peut dire. Mais reconnaître des erreurs, reconnaître des fautes, soit...
Le rapport est très dur tout de même, sans aller jusqu'à la complicité de génocide évidemment. Mais sur François Mitterrand, le rapport est très très dur. François Mitterrand, moi je n'étais pas du tout en responsabilité à ce moment-là, donc je n'ai rien à défendre, et je ne suis pas le gardien de la mémoire. Je suis, j'essaye d'être aussi, parce que j'ai été président, aussi clair sur la responsabilité de la France que c'est possible de l'être. La France doit-elle s'excuser ? Je pense que la communauté internationale a une très lourde responsabilité. Puisque vous savez qu'entre avril et juillet, elle n'a rien fait.
Quand je dis la communauté internationale, c'est l'ONU, c'est les Etats-Unis, c'est la France. Et la France a été la seule nation quand même à envoyer des militaires pour faire cesser, mais il était trop tard, le génocide. Donc oui, je pense que la communauté internationale doit reconnaître qu'elle a une très grave responsabilité dans ce qui s'est produit à ce moment-là.
François Hollande, il n'y aura pas de commémoration officielle du 10 mai 1981, mais Emmanuel Macron recevra, après le week-end de l'ascension, les anciens collaborateurs de François Mitterrand à l'Elysée. Donc vous, puisque vous étiez chargé de mission, est-ce que vous avez été invité ? Est-ce que vous y rentrez ?
Il se trouve que moi, j'étais un collaborateur très lointain, et donc je n'étais pas officiellement dans les nominations qui avaient été faites à cette époque du cabinet de François Mitterrand, où j'étais à la Cour des comptes. Mais je pense que ceux qui voudront y venir, ils iront à mon avis avec un très bon esprit. L'idée, c'est toujours de saluer ce qui a pu être fait de président à président. Ce qui m'a surpris dans cette démarche, c'est qu'il aurait pu inviter les anciens ministres de François Mitterrand. Pourquoi les anciens collaborateurs ? C'est d'ailleurs une conception assez étrange du pouvoir, de penser que c'est les collaborateurs qui font la politique.
Non, ce sont les ministres qui font la politique. C'est les premiers ministres, c'est les gouvernements. Voilà pourquoi...
Vous irez ou vous irez pas ?
Mais moi, je ne suis pas invité, donc je n'irai pas.
40 ans après l'élection de François Mitterrand, la gauche est un champ de ruines, selon le politologue Pascal Perrineau. Le total de la gauche dans les intentions de vote n'a jamais été aussi faible. François Hollande, la gauche ne parvient plus à imposer un imaginaire politique aux Français. La société est de plus en plus à droite, on le voit à sondage après sondage. Comment expliquez-vous cette déroute ?
Vous savez, les commentateurs sont toujours très bons pour les nécrologies. Moi, je ne suis pas dans ce type de raisonnement. Je me pose la question, est-ce que la France a besoin de la gauche aujourd'hui ou pas ? Il peut y avoir des époques où elle n'en a pas besoin. J'ai cité 23 ans pendant lesquels la gauche a été dans l'opposition. Je pense qu'aujourd'hui, la France a besoin de la gauche pour assurer une relance économique et écologique dans de bonnes conditions après 2022. La France a besoin de la gauche pour assurer une place de l'État qui permette de garantir la cohésion nationale.
La France a besoin de la gauche pour une politique fiscale qui permette une redistribution des richesses. La France a besoin de la gauche pour que l'éducation prenne véritablement toute sa place pour assurer le pacte républicain. La France a besoin de la gauche aussi pour réussir une transition qui va être extrêmement difficile, qui est la transition écologique. Pourquoi les Français ne le ressentent pas ?
François Hollande, pourquoi les Français ne ressentent pas ce que vous dites là ? Pourquoi avoir les sondages, ce n'est pas du tout ce qu'on retient ? On n'a pas l'impression que la France a besoin de la gauche si on lit les sondages.
Moi, je ne lis pas simplement les sondages. Si j'avais lu les sondages, je ne serais jamais devenu président de la République. Le problème que vous posez, c'est que comme la gauche ne propose rien et c'est ça le problème, c'est qu'elle est toujours en train de rechercher je ne sais quelle union, de provoquer je ne sais quelle réunion, d'assurer qu'elle va se mettre d'accord. Alors en fait, elle ne se met d'accord sur rien.
Eh bien, ce que je propose, c'est tout simple, c'est que d'abord une force politique, je suis socialiste, je pense que cette force-là doit être socialiste, qu'une force politique fasse un projet, un programme et l'ouvre à la discussion, à la discussion avec des partenaires, mais à la discussion avec les Français. Il reste un an jusqu'à l'élection présidentielle. Le premier acte de la politique, la politique c'est des idées, la politique c'est de la pensée, c'est de la réflexion, c'est de la proposition, c'est pas simplement de la gesticulation, de la combinaison, des arrangements, des tables rondes. Donc le premier acte, c'est de faire un projet.
Le second acte, c'est de proposer à la discussion. Le troisième acte, c'est d'avoir une force politique qui puisse au premier tour faire le score le plus élevé, c'est ce qu'a fait François Mitterrand, c'est ce que j'ai fait pour gagner en 2012. Et enfin, de faire l'union. Mais d'abord, il faut convaincre les Français.
Hugues est au standard. Donnons la parole aux auditeurs de France Inter. Bonjour et bienvenue. Bonjour. On vous écoute.
Merci de m'accueillir. On m'a conseillé d'être bref, donc je vais l'être. Je veux simplement recontextualiser brièvement, en 81-84, ces trois années de progrès sociaux, vous l'avez dit, M. Hollande, avec, j'ajouterai à ce que vous avez dit aussi, la titularisation de nombreux précaires dans la fonction publique. Et en 84, le virage de la réelle politique avec des puissances financières qui font d'ailleurs que les ministres communistes quittent le gouvernement. Et rappelons que le 26 avril 1981, le Parti communiste français faisait 16,5% et ce n'était pas la même chose qu'aujourd'hui.
Mon cher Hugues, essayez d'être bref,
donc sautez à la question. Sautez à la question. Oui, ma question est simple. Comment M. Hollande peut-il venir à l'antenne pour prétendre incarner les 40 ans de la victoire de François Hollande alors qu'il a été un faux soyeur de la gauche pendant cinq ans à la tête du pays avec un quinquennat calamiteux ? Et vous, cher M. Demorand, on n'aurait pas été plus opportun d'inviter Olivier Faure qui peut incarner peut-être une gauche plus réelle et moins droitière que celle de M. Hollande.
Merci. Merci Hugues pour cette double question. Je laisse François Hollande vous répondre sur son quinquennat. Faux soyeur, désastreux, etc.
Hugues n'est pas le seul au standard. Oui, j'imagine. Mais de quelle gauche voulez-vous parler ? D'une gauche qui va rester pour toujours dans l'incantation, dans la protestation ? De la gauche qui était autrefois celle du Parti communiste qui ne pouvait à aucun moment prétendre arriver au pouvoir ? D'une gauche qui regarde des modèles étrangers qui ont été soit dépassés l'Union soviétique soit qui sont aujourd'hui dans une forme d'autoritarisme pour ne pas dire de dictature ? De quelle gauche voulons-nous parler ? D'une gauche qui veut rompre avec le monde entier ? Les alliances que nous avons avec un grand pays aujourd'hui dirigé par Joe Biden ? Justement.
Vous voulez que l'on se coupe de l'Europe ? Mais il faut assumer ce qu'est aujourd'hui le monde. Il faut savoir ce que l'on veut aussi faire de l'Europe. Il faut donc gouverner la France. Et pour gouverner la France, on ne fait pas que des mesures toujours favorables, distributrices et qui ne font que des gens heureux. Mais justement, France Hollande. En répondant oui à toutes les revendications, la gauche devrait faire 55%, 60% dans les sondages. Mais ce que demandent les Français, ce n'est pas qu'on réponde oui à toutes les revendications, c'est qu'on leur propose un projet cohérent, une société d'ensemble qui garantisse la protection de tous. C'est ça qu'ils veulent.
François Mitterrand... Non, pas encore. Il fallait la faire. Oui, mais il fallait la faire. Quelquefois, ça se fait dans l'autre sens. Elle est faite. Vous parlez de Joe Biden à l'instant. On ne peut pas comparer la France et les Etats-Unis. Mais tout de même, quand vous voyez les 100 jours du président américain, plan de relance, plan d'investissement, mesures sociales, augmentation des impôts sur les sociétés, augmentation des impôts sur les plus riches, quand vous voyez ça, vous ne vous dites pas que vous auriez pu taper plus fort dans votre quinquennat, faire une politique plus à gauche, comme le disait l'auditeur ?
Premièrement, moi j'ai fait une politique plus à gauche sur la question fiscale. Ce que fait Joe Biden, c'est très bien. Et moi je trouve que ça donne même quelques perspectives pour les sociodémocrates et les socialistes. Mais en gros, l'impôt sur les sociétés aux Etats-Unis est moins élevé que lorsqu'il j'étais moi-même au pouvoir. De même que sur l'impôt sur la fortune, de même que sur l'impôt sur le revenu. De la même façon, je trouve que ce que fait Joe Biden est tout à fait majeur en termes de relance budgétaire et d'un grand projet d'infrastructure. Mais nous ne sommes pas dans le même contexte.
Moi j'étais dans un contexte de crise où nous n'avions aucune disponibilité pour faire un plan de relance de cette importance. De la même manière que François Mitterrand en 1981. Et enfin, je suis très heureux que Joe Biden ait rejoint l'accord sur le climat. Mais je dois rappeler que c'est quand même sous mon autorité que l'accord sur le climat s'est fait en décembre 2015. Donc tant mieux. Moi je pense que c'est pour la gauche européenne et pour la gauche française ce qui se passe aux Etats-Unis est très propice pour que justement nous allions tous plus loin dans les mesures que nous pouvons proposer.
Le JDD, changeons de sujet à l'instant, affirmait hier que le référendum pour inscrire la défense de l'environnement dans l'article 1er de la Constitution n'était plus d'actualité, faute d'accord avec le Sénat. Faut-il faire selon vous ce référendum ?
Je pense que c'est parce qu'il y a eu cette proposition de référendum qu'il y a sûrement une crispation. Parce que quand même faire un référendum à l'automne ou au moment de l'élection présidentielle ça paraît quand même difficile. En revanche, ce qui pourrait être fait je pense que c'était l'objet de la Convention pour le Climat c'est qu'au moins l'Assemblée Nationale et le Sénat se mettent d'accord sur un texte et que, sur le texte d'ailleurs tel qu'il est proposé et qu'ensuite au Congrès à Versailles la révision constitutionnelle puisse avoir lieu.
On est en ligne avec Daniel. Bonjour Daniel, vous nous appelez de Cannes. Et je crois que vous avez une question rapide.
Oui, j'ai une question très rapide. Monsieur Hollande, j'ai entendu Bernard Cazeneuve dire que Jean-Luc Mélenchon devait être combattu. Moi, je pense que c'est le Rassemblement National qui doit l'être. Enfin bon, je vous pose une simple question. Je vous ai une réponse très simple. S'il y a un deuxième tour Macron-Mélenchon, pour qui allez-vous voter ?
Merci Daniel pour cette question.
François Hollande vous répond. Je vais vous répondre. Pourquoi penser qu'il y aura Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon au second tour ? Vous me direz, Emmanuel Macron a plus de chances aujourd'hui d'être au second tour que Jean-Luc Mélenchon. Le problème de Jean-Luc Mélenchon, c'est qu'il n'est pas dans une démarche d'union et qu'il ne le sera pas. Le problème de Jean-Luc Mélenchon, c'est qu'il est sur un projet qui ne peut pas être celui d'un candidat crédible qui peut devenir président de la République. Et c'est pour ça qu'il n'y est pas parvenu en 2017 et qu'il n'y parviendra pas en 2022. Ce n'est pas un problème personnel.
Moi, je n'ai aucun contentieux de cet ordre avec Jean-Luc Mélenchon. Mais il est sur une ligne où il ne peut pas accéder au deuxième tour. Et quand bien même accéderait-il au second tour, si d'aventure ça se produisait, il ne peut pas être élu. Même contre Marine Le Pen, c'est bien là le problème.
Oui, enfin si on regarde tous les sondages, aucun candidat de gauche ne peut être élu face à Marine Le Pen.
Pas dans les mêmes conditions.
François Hollande, après la tribune des généraux à la retraite qui avait fait polémique le 21 avril dernier, le magazine Valeurs Actuelles a mis en ligne hier soir une nouvelle tribune de militaires pour la survie de notre pays, lancée cette fois par des militaires d'actifs sous couvert d'anonymat. Ces deux textes sont-ils le signe d'un malaise dans l'armée ou d'une politisation inédite de l'armée ? Est-ce que cela vous inquiète ?
Oui, c'est inquiétant que Valeurs Actuelles fassent une pétition sans signature. C'est-à-dire sans que l'on sache qui tient ses propos ou défend cette ligne. Quelle est la déontologie ? Comment on peut laisser penser que l'armée aujourd'hui serait animée par des tels sentiments ? Et par une volonté de mettre en cause les principes même de la République et d'abord les règles qui s'imposent aux armées. Donc voilà, moi je pense qu'il y a un vrai problème. Bien sûr que je ne nie pas ce qui peut se produire des mouvements extrémistes qui infiltrent un certain nombre de corps sociaux, y compris nos armées. Mais le vrai problème est un problème de méthode.
On ne devrait même pas donner crédit à ce que vient de faire Valeurs Actuelles, dans la mesure où, quand il n'y a pas de signature, il n'y a pas de texte.
Merci François Hollande d'avoir été au micro de France Inter ce matin. Il est 8h46. Disse C'est parti.
François Hollande