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interviewC à vous (sur YouTube)· 24 octobre 2024 18 min

Liban : la France va débloquer 100 millions d’euros - Jean-Noël Barrot - C à Vous - 24/10/2024

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Vous pouvez voter... 1 pour M.Bouhafsi en cuisine.

Merci de votre fidélité. On parle de cette guerre qui dure depuis un mois. Un mois de guerre et de bombardements.

Plus de 2000 morts, dont de nombreux civils et des enfants. Plus d'un million de déplacés, soit près d'un cinquième de la population libanaise qui vit dans l'angoisse quotidienne. Plusieurs immeubles du sud de Beyrouth ont été détruits hier, conséquence des frappes israéliennes les plus importantes depuis le début du conflit avec le Hezbollah. - Les restes d'un immeuble dans un quartier de la banlieue sud de Beyrouth.

Il a été totalement détruit. Une nuit terrible pour la capitale libanaise, à l'image de cette série d'explosions. D'après Israël, un dépôt d'armes a été frappé ici.

Beyrouth a été frappée à 17 reprises la nuit dernière par l'armée israélienne. Une intensification des bombardements à Beyrouth et dans le sud du Liban. En un mois, cette guerre a provoqué la mort de plus de 1500 personnes au Liban et déplacé près de 1 million d'habitants, selon les Nations unies. - A.-E.Lemoine: La France accueille depuis ce matin une conférence internationale de soutien au peuple et à la souveraineté libanaise.

Objectif: aider un pays au bord de l'effondrement qui a besoin d'argent. Près de 1 milliard d'euros d'aide au Liban a été débloquée, ce qui n'empêche pas de réclamer un cessez-le-feu immédiat. - E.Macron: On parle beaucoup de guerre de civilisation, ...si on sème la barbarie.

Je regrette qu'Israël poursuive ses opérations militaires au Liban, au sud, à Beyrouth, ailleurs et que le nombre des victimes civiles continue d'augmenter. Il faut un cessez-le-feu au Liban. - A.-E.Lemoine: Bonsoir, J.-N.Barrot, ministre de l'Europe et des Affaires étrangères.

La France a débloqué 100 millions sur le milliard de dollars récoltés. 800 millions pour l'aide humanitaire et 200 millions pour l'armée libanaise. C'est une aide humanitaire à défaut de faire taire les armes? - J.-N.Barrot: L'aide humanitaire était indispensable.

Le Liban a besoin que la communauté internationale se mobilise. La communauté internationale s'est mobilisée aujourd'hui à Paris. Les opérations terrestres ont été lancées il y a un mois par Israël.

Elles ont provoqué, au Liban, des déplacements du sud vers le nord. Il y a eu plusieurs milliers de morts, des dizaines de milliers de blessés. Dans tout le pays, une pression très forte s'exerce sur le logement, la santé, les écoles qui sont fermées ou occupées par des réfugiés.

On voit se profiler une catastrophe humanitaire majeure au Liban. - A.-E.Lemoine: Comme à Gaza? - J.-N.Barrot: On voit se profiler des choses qu'on a vues à Gaza, comme des épidémies.

On a détecté de premiers cas de choléra au Liban. Ca signifie qu'il y a urgence. Il fallait apporter une urgence, mais ça ne suffit pas en soi.

Il y a peu de pays au monde qui puissent, comme la France, rassembler toute la communauté internationale pour lever 1 milliard d'euros pour répondre à une crise humanitaire. L'an dernier, pour Gaza, un mois après le 7-Octobre, c'est à Paris que la communauté internationale s'est réunie pour lever 1 milliard d'euros. - A.-E.Lemoine: Depuis fin octobre 2022, il n'y a plus de président au Liban.

Est-ce un pays livré à lui-même qui doit faire face à cette guerre? - J.-N.Barrot: Parmi les messages passés par un grand nombre de pays, dont la France, il y a urgence que le Liban élise un président.

Ce qui fait la singularité du Liban, c'est que c'est un pays multiconfessionnel, avec des musulmans sunnites, des musulmans chiites, des druzes, des chrétiens. Cette nature multiconfessionnelle du Liban est menacée. - A.-E.Lemoine: Menacée de dislocation. - J.-N.Barrot: Oui.

Au sud habitaient notamment des populations chiites, qui se retrouvent aujourd'hui à occuper les écoles dans des villages maronites chrétiens ou druzes. Il peut y avoir de fortes tensions internes confessionnelles qui pourraient déclencher une guerre civile. L'élection d'un président au Liban, c'est un impératif pour pouvoir donner au Liban un visage, une voix qui garantisse son unité et sa souveraineté.

C'est vrai pour que la crise ne dégénère pas et pour les discussions qui doivent s'engager avec Israël. Le Liban doit être représenté par son président. - A.-E.Lemoine: Il faut une élection avant un cessez-le-feu?

Ca paraît impossible, avec 1 million de Libanais déplacés, sous des bombardements permanents. - J.-N.Barrot: Il faut le faire le plus vite possible.

Même si ça devait intervenir avant un cessez-le-feu, ce serait une bonne nouvelle. On ne sait pas combien de temps les hostilités vont durer. Peut-être que demain, la situation sera encore plus difficile et l'absence d'un président encore plus dommageable. - A.-E.Lemoine: E.Macron a de nouveau demandé un cessez-le-feu au Liban.

Est-ce que vous croyez que ce nouvel appel puisse être entendu, notamment par B.Nétanyahou? - J.-N.Barrot: Nous y travaillons.

Il y a un mois, quand l'escalade a commencé au Liban... - A.-E.Lemoine: 23 septembre. - J.-N.Barrot: Avec les Américains, nous avons mis sur la table une proposition.

Cette proposition disait: cessez-le-feu pendant 3 semaines et d'ici 3 semaines, on met en application la résolution du Conseil de sécurité de l'ONU numéro 1701. C'est le cadre qui a été fixé en 2006, à la fin du précédent conflit, pour que le nord d'Israël soit en sécurité. 3 semaines de trêve suivies de l'application de cette résolution. - P.Cohen: Il y a un plan dont Nétanyahou ne veut pas.

Il l'a répété à A.Blinken, qui est reparti de Jérusalem sans rien obtenir, aucune promesse de la part du gouvernement israélien. - A.-E.Lemoine: On se demande où il s'arrêtera. - J.-N.Barrot: Ce n'est pas parce que B.Nétanyahou poursuit ses opérations au Liban, ce que nous dénonçons...

Dans l'intérêt même d'Israël, la force doit céder la place au dialogue et à la négociation. C'est pourquoi nous continuons de travailler avec nos partenaires, notamment américains, à essayer de définir les conditions d'un cessez-le-feu le plus rapide possible, mais aussi de la résolution durable de cette crise. Qu'est-ce qui peut garantir que la paix s'installe durablement au Liban?

C'est que cette occupation transitoire d'Israël puisse être remplacée le plus vite possible par les forces armées libanaises, accompagnées par la Finul. La Finul, c'est les Casques bleus. Les atteintes portées aux emprises de la Finul, les tirs sur les Casques bleus, c'est une violation manifeste du droit international.

Nous l'avons dénoncé. Nous avons convoqué l'ambassadeur israélien pour lui dire qu'Israël a le droit de se défendre, mais en respectant le droit international humanitaire. - A.-E.Lemoine: B.Nétanyahou était interrogé hier sur CNews.

Il demandait un soutien accru de la France. - B.Nétanyahou: Nous combattons pour vous aussi.

C'est une guerre de civilisation contre le barbarisme. Ce n'est pas seulement du terrorisme. Ils ont décapité un professeur en France. - L.Ferrari: D.Bernard. - B.Nétanyahou: Il y a eu aussi le Bataclan, Toulouse, Nice...

Ces gens-là vous tueraient tous s'ils le pouvaient. Ce sont des islamistes radicaux. Ils assassinent des chrétiens, des Arabes, des juifs, tout le monde.

C'est une guerre de civilisation contre la barbarie. La France doit soutenir Israël. - A.-E.Lemoine: E.Macron a dit qu'il n'était pas sûr qu'on défende une civilisation en semant soi-même la barbarie.

C'est ce que fait Israël? - J.-N.Barrot: C'est B.Nétanyahou qui parle de civilisation et de barbarie.

S'agissant de civilisation, je veux rappeler qu'Israël et son gouvernement doivent respecter le droit international, s'abstenir de porter atteinte aux Casques bleus, permettre à l'aide humanitaire de s'acheminer sans entrave à Gaza comme au Liban, s'abstenir de s'en prendre aux autorités des Nations unies et mettre fin à la politique de colonisation agressive en Cisjordanie. Ce que nous disons aussi dans l'intérêt d'Israël, c'est que la violence engendre la violence. Parfois, en voulant traiter un mal, le mal qui ressort de telles initiatives peut être pire que celui auquel on voulait remédier.

J'illustre ce que je dis par l'exemple du Liban. En 1982, ce n'était pas le Hezbollah, mais l'Organisation de libération de la Palestine qui semait le chaos au sud du Liban, donc au nord d'Israël. Israël a engagé des opérations terrestres pour assurer la sécurité du nord de son territoire.

Les destructions, les pertes civiles ont créé un terreau à partir duquel a surgi le Hezbollah. Il ne faut pas répéter les erreurs du passé. Il faut que cesse le feu et que la force cède la place à la diplomatie. - P.Cohen: Comment la France regarde la démonstration de force de V.Poutine à Kazan, où le président russe a réuni les leaders des Brics, c'est-à-dire la Chine, l'Inde, l'Iran, l'Afrique du Sud...

Il y a eu des démonstrations d'amitié entre Téhéran et Moscou. Le président sud-africain a dit que Poutine était un allié proche. Il y avait aussi A.Guterres, secrétaire général de l'ONU, ce qui pose des questions.

G.Araud a posté un commentaire: "Ce qui se passe à Kazan est un basculement du monde, la célébration de la fin de 30 ans de domination occidentale." Qu'en pensez-vous? - J.-N.Barrot: Ce qui se passe à Kazan, c'est la manifestation d'un risque pour la communauté internationale telle qu'elle s'est structurée depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Etaient présents à Kazan les pays que vous avez cités, mais pour la 1re fois, beaucoup d'autres aussi, qui considèrent que l'ONU et d'autres instances ne les représentent pas suffisamment et ne les protègent pas suffisamment. Ils vont se mettre sous le parapluie d'autres grandes puissances, comme la Russie, la Chine ou le Brésil. Qu'est-ce que ça veut dire pour nous, qui sommes garants de cet ordre international fondé sur le droit?

Ca veut dire qu'on doit accélérer dans ce combat que nous menons, qui consiste à réformer l'ONU pour permettre que ce Conseil de sécurité...

Il sert à prendre des décisions au nom de la communauté internationale. On peut y faire entrer l'Inde, la Chine, l'Allemagne, le Japon et le Brésil. De cette manière, lorsque le Conseil prendrait des décisions, la communauté internationale se sentirait embarquée.

Il y a aussi le financement. Il y a la question d'avoir une banque spéciale, internationale pour ces pays. Le combat que la France porte, que je porte, c'est de réformer nos institutions internationales, le FMI et d'autres, pour que les besoins des pays du Sud, notamment vis-à-vis de la transition énergétique et écologique...

Ce sont les pays occidentaux qui ont pollué le plus. Il faut réformer cela pour que ce soit plus dans leur intérêt. - P.Cohen: A.Guterres, c'était sa place là-bas? - J.-N.Barrot: Le secrétaire général des Nations unies y va tous les ans.

Ce qui m'a le plus surpris, c'est qu'on se retrouve avec une photographie... - A.-E.Lemoine: Aux côtés de V.Poutine. - P.Cohen: Il y avait aussi N.Maduro, le Vénézuélien. - J.-N.Barrot: V.Poutine, membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies, fondateur des Nations unies, qui viole délibérément le droit international en Ukraine depuis 2 ans et demi et qui s'est rendu coupable de crimes de guerre en arrachant des enfants à leur famille, en essayant de les reprogrammer psychologiquement...

J'ai rencontré des enfants qui sont rentrés de leur captivité en Russie. Voir le secrétaire général des Nations unies aux côtés de V.Poutine, qui déshonore son siège au Conseil de sécurité, c'était une forme d'inquiétude pour moi. - E.Tran Nguyen: Vous avez vu les enfants en Ukraine le week-end dernier.

Vous avez aussi vu la guerre de près. Vous étiez à l'est du pays, non loin de la ligne de front. La Russie continue son avancée.

Ce déplacement vous a marqué? - J.-N.Barrot: Oui.

Les morsures de la guerre sur les corps des soldats mutilés...

Je pense au récit des enfants déportés, arrachés à leur famille, qui se sont parfois retrouvés très loin à Moscou, dans un climat hostile, et qui ont parfois dû faire le tour de l'Europe pour revenir en Ukraine. Revenir en Ukraine depuis la Russie, ce n'est pas possible. Ce qui m'a marqué aussi, c'est l'importance vitale du soutien que nous apportons collectivement à l'Ukraine.

Ensuite, la résilience extraordinaire des Ukrainiens, que ce soient les soldats ou d'autres. Nous sommes allés dans le musée des beaux-arts de Soumy, où la France a aidé les équipes sur place à protéger les collections d'oeuvres d'art. On sent que la guerre ne se livre pas seulement sur le champ de bataille.

Elle se livre avec les armes de l'esprit. C'était assez remarquable. - E.Tran Nguyen: Sur le soutien qu'il faut apporter à l'Ukraine et à V.Zelensky, qui appelle à un plan pour la victoire, notamment à lever les restrictions sur l'utilisation des armes à longue portée contre des sites militaires en Russie...

Est-ce que la France soutient ce plan? - J.-N.Barrot: Si je récapitule...

V.Zelensky a présenté ce qu'il a appelé la formule de paix. C'est l'ensemble de chantiers destinés à préparer la paix en Ukraine et la reconstruction du pays.

On y contribue. J'ai réuni la semaine dernière les acteurs sur le sujet. La principale centrale nucléaire d'Europe se situe en Ukraine et est aux mains des Russes.

V.Zelensky a présenté son plan pour la victoire, c'est-à-dire un message aux alliés. "Donnez-moi de la force pour repousser les Russes et que je puisse négocier en position de force le moment venu." Il y a des éléments sur lesquels la France a dit qu'elle était ouverte.

L'invitation de l'Ukraine à rejoindre l'Otan et la possibilité de frapper des cibles russes sur territoire russe dès lors que ces cibles sont des objectifs à partir desquels la Russie attaque l'Ukraine. Nous essayons désormais de convaincre nos alliés, les Américains, les Anglais, les Allemands de nous rejoindre sur ces positions. - P.Cohen: Des bataillons nord-coréens en Ukraine au service de la Russie.

C'est la mondialisation de la guerre? - J.-N.Barrot: Ce n'est pas tout à fait une surprise.

La Corée du Nord soutient directement ou indirectement la Russie depuis un moment. - P.Cohen: Par les armes, jusqu'ici. - A.-E.Lemoine: Là, ce sont les hommes. - J.-N.Barrot: C'est une nouvelle étape escalatoire dans ce conflit.

C'est aussi une exportation de ce conflit vers l'Asie. C'est aussi la preuve de la fragilité de la Russie de V.Poutine.

Il est obligé d'aller chercher en Corée du Nord,