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interviewFrance Inter — L'invité de 6h20 (sur Site radio)· 13 décembre 2021 8 min

Sébastien Lecornu : en Nouvelle-Calédonie, "ce n’est pas la fin d’une histoire mais le début d’une autre"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Il est 6h20, l'invité du 5-7 ce matin est le ministre des Outre-mer. Bonjour Sébastien Lecornu.

0:06
Sébastien Lecornu

Bonjour.

0:07
Présentateur

Vous êtes en direct de Nouméa, en Nouvelle-Calédonie. Le référendum d'autodétermination, boycotté par les indépendantistes, s'est soldé par la victoire écrasante du non à plus de 96%. Vous êtes satisfait du résultat, vu les circonstances ?

0:22
Sébastien Lecornu

C'est un résultat qui s'inscrit dans le cap d'un accord qui prévoyait trois référendums. Je crois que l'honnêteté commande de regarder les résultats des trois référendums 2018, 2020 et 2021 qui amènent trois fois non et qui confirment que la Nouvelle-Calédonie a toute sa place dans la République mais qui montre par trois fois une division importante du corps électoral. Les deux premières fois par la justesse ou l'étroitesse des écarts de score entre le oui et le non. Et hier, ici en Nouvelle-Calédonie, quand on regarde la carte de l'abstention, elle correspond à la carte du oui et la carte de la participation correspond à la carte du non sur les deux premiers.

1:02
Présentateur

Mais quelle est la valeur justement d'un tel scrutin quand il n'y a même pas un habitant sur deux qui se rend aux urnes ?

1:10
Sébastien Lecornu

Alors la question de la valeur, ça a à peine deux commentaires. La valeur juridique, elle est pleine et entière. Comme vous le savez, dans les consultations électorales dans une démocratie, il n'y a pas d'obligation de participer à un scrutin. Il n'y a pas de quorum dans les textes de l'accord de Nouméa tel que ces référendums avaient été prévus. Donc peu importe le taux de participation, en droit, c'est un scrutin qui produit ses effets, comme les deux premiers avaient déjà produit le non par deux fois. En revanche, est-ce que politiquement ça veut dire quelque chose ? La réponse est oui.

C'est ce que je suis venu dire au nom du président de la République et du Premier ministre, ici à l'ensemble du corps électoral de Nouvelle-Calédonie. C'est qu'il faut regarder cette division. Vous savez, l'accord de Nouméa, il avait prévu ces trois référendums en 1998. Et il a enfermé malheureusement la fin de cet accord dans une dimension très binaire. Et donc on le voit bien que cette dimension binaire, elle ne le satisfait plus personne ici sur place, quelles que soient les bases, quelles que soient les orientations politiques. Et donc il faut désormais repartir de ce destin commun. C'est la formule retenue dans l'accord de Nouméa.

Et qu'il faut forcément tresser, travailler avec l'ensemble des deux parties. En tout cas, nous allons nous y forcer.

2:13
Présentateur

Et justement, vous avez écrit dans un tweet hier que cette décision, le résultat de ce référendum, cette décision nous oblige. C'est ce que vous avez écrit, mais ça veut dire quoi exactement ?

2:22
Sébastien Lecornu

Bien sûr. En fait, il ne s'agit pas tant que la Nouvelle-Calédonie reste française. Encore faut-il que la stabilité politique, la paix sociale, la capacité à revivre un développement économique se fasse ici. Au-delà des questions de souveraineté qui sont absolument fondamentales, il y a aussi quand même la question de la prospérité et du devenir de la Nouvelle-Calédonie. Au fond, d'ailleurs, ici, hier soir, tout s'est bien passé. Tout était calme, y compris du côté des familles autonomistes, c'est-à-dire non-indépendantistes. Personne n'a créé victoire de manière arrogante. Et pour cause, tout le monde a le sentiment que c'est une étape.

Ce n'est pas la fin d'une histoire, c'est le début d'une autre, en quelque sorte, qui est en train de se jouer sous nos yeux. Il y avait les accords de Matignon 88, c'est le principe de l'autodétermination. C'est 98, les accords de Nouméa. Ce sont les référendums, mais pas que, les rééquilibrages, la création des provinces. Et là, c'est un moment historique dans la relation entre la République et la Nouvelle-Calédonie, parce qu'il faudra avoir le même niveau d'exigence de réponse dans les temps qui viendront. Et une fois de plus, on va prendre le temps de le faire dans les semaines et les mois qui viennent.

3:19
Présentateur

Mais ça veut dire quoi ? Qu'est-ce qui va se passer ? Il faut redéfinir le statut de la Nouvelle-Calédonie, statut déjà très autonome ?

3:26
Sébastien Lecornu

Alors qu'effectivement, les auditeurs de France Inter doivent le savoir, tout ce qui a été imaginé par l'accord de Nouméa est transitoire. Ça veut dire que, quoi qu'il arrive, en cas de oui comme en cas de non, il faut de toute façon revoir la Constitution, revoir la loi organique qui régit le pays, ici, comme on dit si bien, de Nouvelle-Calédonie. Donc un pays d'autonomie, c'est en clair un territoire. Jadis, on appelait ça les tomes. Rappelez-vous, dans le dom-tom, c'était la signification de tomes. Et donc, oui, il va falloir effectivement réfléchir à un statut nouveau. Vers plus d'autonomie encore ? Pour faire un état de transition. Alors déjà, l'accord de Nouméa le prévoyait.

Nous ne sommes pas allés jusqu'au bout de cette autonomie jusqu'au bout. En tout cas, maintenant, il y a une période de transition qui va s'ouvrir jusqu'en juin 2023 et qui va permettre de réfléchir à ce statut d'avenir. Mais je vais vous dire, malheureusement, on a des sujets plus brûlants qui vont nous rattraper avant même les questions institutionnelles. D'un mot, j'en cite trois. La crise Covid et le sanitaire, parce que malheureusement, là aussi, nous sommes concernés. Deux, la question du nickel, dont vous savez qu'elle est centrale en Nouvelle-Calédonie, avec des usines qui sont parfois pas en bonne santé. On va dire ça comme ça assez rapidement.

Puis trois, la question des finances locales, parce que c'est un pays d'autonomie, vous l'avez dit, mais malheureusement, l'autonomie n'est pas suffisamment bien financée aujourd'hui. Et il y a malheureusement des impasses budgétaires dans les semaines qui vont venir. Et ça, ce sont des dossiers pour la fin de ce quinquennat, car ils ne pourront pas attendre juin 2023, au début du prochain quinquennat.

4:42
Présentateur

Emmanuel Macron a cité d'autres enjeux, d'autres chantiers importants. La lutte contre les inégalités, le taux de pauvreté en Nouvelle-Calédonie est bien plus important qu'en métropole. Il y a aussi le problème de l'autonomie alimentaire, où tous les aliments coûtent bien plus cher, là encore, qu'en métropole. Mais concrètement, qu'est-ce que vous pouvez faire contre ça ?

5:00
Sébastien Lecornu

Ça va poser la question du rôle de l'État. Parce que sur la plupart des thèmes que vous avez cités ou énumérés, que le président de la République a rappelés hier au soir, ce sont parfois des thématiques ou des politiques publiques sur lesquelles l'État n'est plus compétent. Or, la population, qu'elle soit d'ailleurs canaque, non canaque, indépendantiste, pas indépendantiste, présente sur le caillou depuis peu de temps ou depuis très longtemps, nous demande désormais de bouger. Les inégalités sociales, il faut bien comprendre qu'on est sur un rapport pratiquement de 1 à 10, là où dans l'hexagone, le rapport est de 1 à 4.

Cette question-là, elle est plus tolérable, et d'ailleurs, elle vient nourrir aussi beaucoup de ressentis. On a mis beaucoup d'argent ces dernières années dans le nickel, je pense que c'était une bonne chose, mais chemin faisant, il y a encore beaucoup de tribus dans lesquelles il n'y a pas d'eau potable. Alors l'eau potable, vous allez me dire, ce n'est pas l'État qui est compétent, c'est vrai, mais on voit bien que ces questions désormais aussi vont dominer le débat local, notamment aussi la place faite aux femmes. Malheureusement, la Nouvelle-Calédonie détient un triste record des violences faites aux femmes, notamment dans le cadre intrafamilial.

Autant de sujets que la jeune société calédonienne, les moins de 30 ans, entend bien traiter dans les temps qui viendront, et ça, évidemment, il faudra qu'on soit au rendez-vous. En tout cas, c'est aussi le sens de ma présence.

6:03
Présentateur

Et je vous repose la question, que peut faire l'État, par exemple, pour lutter contre les inhérités ? Ce serait d'augmenter le salaire minimum, qui est inférieur, là encore, à celui de la métropole, par exemple ?

6:12
Sébastien Lecornu

Ça, c'est une décision du pays, mais en tout cas, il est clair que sur une réforme, par exemple, de la fiscalité, pour financer les services publics, pour permettre aussi peut-être d'avoir une égalité territoriale plus forte entre les îles, la province nord, la province du sud et le Grand Nouméa, il est possible que l'État puisse se tenir à la disposition des formations politiques locales pour le faire. Mais il faut bien comprendre quelque chose depuis Paris. Ici, on n'imposera pas les choses, parce que la culture et la délicatesse du dossier, d'une part, et le statut d'autonomie, d'autre part, fait de toute façon l'État.

Il devra agir de manière multipartite avec les indépendantistes, parce qu'ils sont au pouvoir, je pense qu'il faut le dire aux auditeurs de France Inter, les indépendantistes, ils sont à la tête du Congrès, du gouvernement collégial, de deux provinces sur trois, et de 18 communes, pardonnez-moi, sur 33. Donc de toute façon, le dialogue avec les familles politiques indépendantistes, même si le nom l'a emporté trois fois, parce qu'il y a une démocratie derrière qui a fait... Mais ils ne veulent pas discuter avec vous, les indépendantistes. Ils ont gagné l'élection, il faut discuter avec eux.

7:05
Présentateur

Mais ils ne veulent pas discuter avec vous, en tout cas pas avant la présidentielle.

7:08
Sébastien Lecornu

Oui, mais pour bien les connaître, parce que c'est mon cinquième déplacement en Nouvelle-Calédonie, moi je comprends qu'ils se laissent du temps pour traiter les questions institutionnelles au début d'un prochain quinquennat. Moi je n'y vois pas d'obstacle pour être complètement transparent et clair avec vous. Néanmoins, je verrai des leaders politiques, y compris indépendantistes, sur les questions financières, sur les questions de nickel, ou sur les questions de santé, parce qu'ils sont aux affaires, et donc il est au quotidien, le haut commissaire de la République, ici, qui représente l'État, travaille avec eux, et donc je continuerai de le faire de mon côté, sans aucun problème.

7:37
Présentateur

Merci Sébastien Lecornu, ministre des Outre-mer et invité du 5-7.

Sébastien Lecornu : en Nouvelle-Calédonie, "ce n’est pas la fin d’une histoire mais le début d’une autre" — Sébastien Lecornu · Pourquijevote