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InterviewC dans l'air (sur YouTube)· 12 février 2026 63 minContradictoireActualité / polémiqueAgriculture & alimentationBudget & impôtsEurope & internationalInstitutions & élections

Agriculteurs, budget : le retour des blocages ? - C dans l’air - 13.01.2026

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 20 %Attaque 50 %Défensif 30 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:43OuverteRéponse directe

    Quels sont les motifs de la colère des agriculteurs aujourd'hui ?

  • 2:06OuverteRéponse directe

    On a l'impression que la révolte paysanne n'a jamais cessé. Pourquoi ?

  • 3:32OuverteRéponse directe

    Qu'est-ce que la crise agricole révèle sur l'état du pays ?

  • 4:59FerméeRéponse directe

    Pourquoi le Salon de l'agriculture sera sans bovins cette année ?

  • 5:44OuverteRéponse directe

    Les politiques vont-ils au contact des agriculteurs pour apaiser la colère ?

  • 6:29OuverteRéponse directe

    Quel est le rôle du budget dans la crise agricole actuelle ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 14:15Fait
    « Cet accord n'a pas de sens pour nous. C'est sur des normes sanitaires et environnementales à des années-lumière de ce qu'on nous impose à nous. »
  • 14:59Fait
    « On a surtout besoin de concret. Dans les corps de ferme, il n'y a rien qui transpire. »
  • 16:24M.BompardFait
    « Depuis qu'E.Macron est arrivé au pouvoir, presque 8 ans, il n'a strictement rien fait pour empêcher l'adoption de cet accord de libre-échange avec le Mercosur. »
  • 16:24J.-P.TanguyFait
    « Il ne s'est pas battu du tout. C'était du cinéma intégral. »
  • 17:00Chiffre
    « Elle a augmenté de 7 milliards au 1er janvier. »
  • 17:44B.RetailleauPromesse
    « Je demande au gouvernement d'avoir le courage de faire un 49-3 pour un budget qui serve l'économie française. »
  • 18:28C.BarbierFait
    « Un E.Macron de 2017-2018 aurait obtenu gain de cause ou beaucoup de temps sur ce dossier. »
  • 19:10O.DétroyatFait
    « Il nous manquait l'Italie, qui nous a fait faux bond dans la dernière ligne droite après avoir négocié son propre cas. »
  • 19:51O.DétroyatFait
    « Ca a montré qu'il a choisi les intérêts nationaux plutôt qu'européens, sur un risque de censure et de révolte paysanne assez fort. »
  • 22:33J.JaffréFait
    « Ca met en cause le système de cogestion du ministère de l'Agriculture et de la FNSEA. »
  • 24:01N.MauretFait
    « Cette lettre a eu une durée de vie de 30 minutes. »
  • 26:51C.BarbierFait
    « Il est le Premier ministre le plus faible de la Ve République. »
  • 27:34C.BarbierFait
    « Il a posé une méthode. Il vient, dès potron-minet, sur le perron de Matignon, annoncer des choses, et il repart dans son terrier. »
  • 29:03J.JaffréFait
    « Ca vient de Matignon, qui a ensuite rectifié le tir devant le hourvari que ça avait provoqué dans le milieu politique et médiatique. »
  • 33:23N.MauretFait
    « Si le budget est par ordonnance, la censure dont vous parlez sera encore plus forte. »
  • 34:05O.DétroyatFait
    « On pourrait considérer que des circonstances exceptionnelles pourraient amener à changer la position du Premier ministre sur cet engagement à ne pas recourir au 49-3. »
  • 37:41M.Le PenFait
    « J'espère pouvoir être entendue par une cour d'appel. J'ai un esprit d'espérance. »
  • 39:09N.MauretFait
    « Elle a changé d'attitude. Lors des voeux de J.Bardella hier, ils ont affiché leur confiance en disant qu'ils avaient l'espoir que ça se passe bien. »
  • 39:52J.BardellaFait
    « Aujourd'hui, ce n'est plus le gouvernement des juges, mais la tyrannie des juges. »
  • 39:52L.AliotFait
    « Nous ne sommes plus dans un Etat de droit. »
  • 39:52M.Le PenFait
    « Ce n'est pas une décision de justice! C'est une décision politique! »
  • 40:34Fait
    « La critique des décisions de justice, dans une démocratie, il faut l'accepter. »
  • 41:18M.Le PenPromesse
    « Si je peux être candidate, je le serai et il sera mon Premier ministre. Si je ne peux pas, il sera candidat. »
  • 42:00Chiffre
    « 56 % des électeurs du RN, J.Bardella ferait un meilleur président de la République que M.Le Pen. »
  • 43:27N.MauretFait
    « Elle acte le fait qu'elle avait peu d'espoir que ce soit ainsi le cas. Elle est contrainte de sauver sa peau. »
  • 44:11N.MauretFait
    « C'est pendant ces 5 semaines que se joue son destin présidentiel, qu'elle a construit patiemment depuis 30 ans. »
  • 44:55C.BarbierFait
    « La justice est un acteur politique, de par ses décisions. »
  • 47:03J.JaffréFait
    « Dans cette affaire, madame Le Pen joue sa candidature à l'élection présidentielle. La justice joue la compréhension de son rôle par les Français si elle décide de maintenir une sanction qui empêche M.Le Pen d'être candidate. »
  • 49:51C.BarbierFait
    « Jusqu'où la justice peut priver des électeurs de leur choix, entraver le choix des électeurs ? »
  • 52:41J.BardellaFait
    « Il y a beaucoup de patrons, que ce soient des petits patrons, de petits ou de grands groupes, qui considèrent que les mesures que nous portons sur la simplification, le prix français de l'énergie ou le patriotisme économique, partagent les diagnostics et les propositions que formule le RN. »
  • 55:25O.DétroyatChiffre
    « On a quasiment 500 000 agriculteurs. On en avait 2 millions il y a encore quelques années. »
  • 56:09N.MauretFait
    « Dès qu'on rencontre les agriculteurs, on voit qu'ils sont de plus en plus proches du RN. »
  • 56:53N.MauretFait
    « M.Le Pen et J.Bardella n'oublient jamais les agriculteurs dans leurs discours. »
  • 57:33O.DétroyatChiffre
    « Plus de 90 % des Français soutiennent ce mouvement agricole. »

Temps de parole

  • ?100 %

≈ 0 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

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0:00

- C.Roux: Il est temps de dire non. ... - C.Roux: Bonsoir. Bienvenue dans "C dans l'air". "La révolte paysanne reprend", voilà le message déployé sur une banderole devant l'Assemblée nationale aujourd'hui. Depuis ce matin, 350 tracteurs se sont installés dans la capitale à l'appel de la FNSEA et des Jeunes Agriculteurs. Blocages également ce matin sur l'A64 entre Toulouse et Bayonne, aux abords des ports du Havre et de La Rochelle. Encore un cri de colère. Les agriculteurs ont des difficultés pour vivre de leur travail, vivent une accumulation de normes et la crise de la dermatose nodulaire. La signature de l'accord du Mercosur est perçue par certaines filières comme le coup de grâce. Le RN et LFI ont déposé une motion de censure contre ce traité de libre-échange. M.Le Pen mènera un tout autre combat au palais de justice de Paris. Un combat qui scellera son avenir pour la prochaine présidentielle. Avec nous pour en parler, J.Jaffré, politologue et chercheur associé au Cevipof.

1:21

C.Barbier, vous êtes conseiller à la rédaction de "Franc-Tireur". N.Mauret, vous êtes grand reporter politique pour le groupe de presse régionale Ebra. O.Détroyat, vous êtes journaliste économique au "Figaro", en charge notamment des questions agricoles. Le journal fête ses 200 ans cette semaine. Bon anniversaire au "Figaro"! Voici votre article. Bonsoir à tous les quatre. Merci de participer à ce "C dans l'air" en direct. 353 tracteurs devant l'Assemblée nationale. La banderole, c'est "la révolte paysanne reprend".

2:06

On a l'impression qu'elle n'a jamais cessé. - J.Jaffré: Absolument. Nous en parlions avec l'éminente spécialiste qui est parmi nous. Depuis au moins un an, les agriculteurs sont en colère et en rupture avec le monde politique, le monde économique. Ils montrent leur souffrance. Ca soulève une solidarité dans le pays. Il y a une acceptation du conflit, des affrontements. Ca remonte même jusqu'au pouvoir. Je suis frappé qu'on laisse les tracteurs Aller jusque devant l'Assemblée nationale. - C.Roux: Parce que c'était vu avec la préfecture. Ils avaient annoncé leur venue.

2:49

- J.Jaffré: Malgré tout, c'est rare qu'on aille devant l'Assemblée nationale. On voit sortir et passer les politiques, venant s'expliquer. Malgré tout, il y a une impuissance du pouvoir à régler la crise agricole, et pas seulement. C'est l'ensemble des crises que traverse le pays, que le pouvoir est considéré comme incapable de résoudre. Peu de Français pensent qu'un autre pouvoir réglerait mieux les crises et les difficultés. Ca crée un climat que je qualifierais d'exécrable, dans le pays, dans le rapport des Français à la politique,

3:32

dans la façon dont ils voient comment les problèmes peuvent être réglés. La crise agricole nous dit beaucoup plus que le seul problème de l'agriculture. - O.Détroyat: C'est même plus qu'il y a un an. On entre dans le 3e hiver de contestation agricole. On a l'impression d'un éternel recommencement Sur ce sujet agricole, avec des tracteurs avant Noël à Bruxelles, maintenant, à Paris, la semaine prochaine, à Strasbourg... Et donc, cette incapacité du politique à trouver la solution. S.Lecornu vient d'annoncer une loi d'urgence agricole, qui sera probablement un énième texte fourre-tout. L'an dernier, c'était la loi d'orientation agricole

4:15

qui avait été passée au forceps par E.Macron juste avant le Salon de l'agriculture, qui avait très bien en mémoire son dernier passage porte de Versailles, particulièrement musclé. Il se rendait compte que ça fait partie des priorités de l'exécutif. S.Lecornu a changé son agenda de rentrée pour replacer ce sujet agricole en tête de ses priorités. Une ambiance dans les campagnes, à Paris et dans les régions qui devrait rester mouvementée jusqu'au prochain Salon de l'agriculture, fin février. - C.Roux: Salon de l'agriculture sans bovins. - O.Détroyat: Ce sera une première. D'autres filières agricoles, par solidarité, n'iront pas, comme les porcs, qui ont annoncé cet après-midi qu'ils n'iront pas

4:59

au Salon de l'agriculture. C'est une première. La vache égérie, qu'on met en avant tous les ans, ne sera pas là. C'est un symbole de l'agriculture. - C.Roux: C'est en raison de l'épidémie de dermatose. - O.Détroyat: Symbole des problèmes qu'a à affronter l'agriculture française. - C.Roux: On a vu les politiques français se relayer pour aller à la rencontre des agriculteurs, pour entamer une forme de dialogue. On a vu M.Barnier, F.-X.Bellamy, Y.Braun-Pivet...

5:44

On a l'impression que c'est un énième recommencement, avec des politiques qui vont au contact des agriculteurs. Ils connaissent les raisons de la colère. - C.Barbier: Il y a beaucoup de récoltes saisonnières, dans le monde agricole. Les révoltes aussi. En cette période, les agriculteurs ont le temps de se mobiliser. Les champs sont au repos. C'est aussi en ce moment que se règlent les problèmes budgétaires. L'actualité du Mercosur et de la dermatose a fait chauffer le chaudron de la colère. Aujourd'hui est une journée plutôt dominée par la FNSEA.

6:29

C'est Organisé, cadré, scénarisé, avec des belles images de pommes de terre en libre-service sur le pont de la Concorde. Des politiques viennent s'expliquer et écouter la colère. On a fait une loi d'orientation pour répondre à ces justes réglementations, mais ça ne règle pas le problème. L'urgence, c'est le budget. Dans cette France sans budget, toute une série de politiques sont enrayées, dont les politiques en faveur de la défense de l'agriculture. On n'a pas abordé complètement la fracture sociétale de la France. Vous avez une France qui aime les agriculteurs. C'est celle qui va au Salon de l'agriculture. Et puis, vous avez une France qui a dit,

7:11

au moment de la loi Duplomb, "pas question", cette loi qui devait aider les agriculteurs. "Notre santé, l'environnement, avant les agriculteurs!" "Leur rentabilité, je m'en fiche", comme avait dit S.Rousseau. Là, il y a une cassure. Les minorités commencent à être dans la vindicte, comme on l'a vu à Sainte-Soline. On a aussi un problème de structure économique. Il faudrait des exploitations plus grandes. C'est pas notre tradition. - O.Détroyat: C'est un tabou, aujourd'hui. - C.Barbier: Est-ce qu'on peut être compétitifs à l'export avec nos petites exploitations, qui assurent la qualité et la proximité? Il y a un peu de schizophrénie. - C.Roux: Vous êtes d'accord avec ce diagnostic sur un début d'année exécrable? - C.Barbier: Oui. Ce pays n'est plus piloté

7:56

depuis l'été 2024. Le président se démonétise un peu plus chaque jour. Rien ne prend le relais. Il n'y a rien, comme perspective. On n'a pas de grande figure qui domine, de grand programme qui est en train d'imposer ses problématiques à défaut de ses propositions. En favori des sondages, on a un parti et des candidats qui sont devant la justice aujourd'hui même. C'est pas un très bon climat. - C.Roux: Sur les blocages devant l'Assemblée nationale... Ca raconte plus que la colère des agriculteurs, qui s'exprime dans le pays de manière très régulière

8:37

depuis de nombreuses années. - N.Mauret: Ca raconte une France fracturée, une France en face de ses problèmes, qu'elle ne peut pas résoudre. Ca montre une France fracturée, où il y a plus d'émotions et où il n'y a pas de raison. Encore une fois, aujourd'hui, il y avait des panneaux sur le Mercosur... Le Mercosur, c'est un symptôme. Les agriculteurs disent qu'ils ne veulent pas le Mercosur, mais c'est pas ça, le problème. - C.Roux: On les entendait dans les manifestations dire: "On aimerait pouvoir vivre de notre travail.

9:21

On n'en peut plus des normes." C'est ces choses-là, avec cette idée d'un match inégal contre des produits importés qui ne répondent pas aux normes qu'on impose pourtant aux agriculteurs. - N.Mauret: Ca dit surtout l'impossibilité du politique de répondre à ça. Il y a 2 ans, quand G.Attal arrive à Matignon, immédiatement après, une crise agricole arrive. Il s'était mis devant cette botte de foin en disant "je vous comprends, ça va être réglé". C'était il y a 2 ans. Rien ne s'est produit. Il y a eu des textes législatifs, notamment pour tout ce qui est passations d'entreprises agricoles,

10:06

mais est-ce que les agriculteurs, aujourd'hui, vivent mieux de leur travail qu'il y a 2 ans? Non, ou alors à la marge. qui est trop dure à porter pour eux. C'est impossible pour eux de vivre. - C.Roux: J'aimerais voir les chiffres de l'excédent de la balance commerciale de l'agroalimentaire. C'est intéressant de comparer les chiffres. ... Qu'est-ce qui s'est passé entre 2024 et 2025? - O.Détroyat: On a eu une conjonction de facteurs assez conjoncturels.

10:50

En 2025, on a eu du mal à exporter nos céréales. On a eu une petite guerre commerciale, avec des droits de douane sur un certain nombre de productions agricoles, comme les vins et spiritueux. C'était vraiment le fer de lance de notre capacité exportatrice. Ce sont des raisons conjoncturelles. Plus structurellement, on a une France agricole qui s'affaiblit à l'international. Si on entend autant les agriculteurs sur le sujet des normes, de la concurrence déloyale, de la surtransposition des lois européennes, c'est parce qu'ils estiment qu'ils n'arrivent plus à combattre à armes égales contre les agriculteurs

11:29

des pays tiers, et même ceux de l'intérieur de l'Europe. Ca explique Le déclin de la France agricole sur la scène internationale. Probablement que cette année, on sera pour la 1re fois depuis 1977 en déficit commercial avec le reste du monde. Pour une France qui se vantait d'être la puissance agricole européenne et dans le monde, on est tombés durement de notre piédestal. - J.Jaffré: Il y a un cocktail terrible. Incompréhension, impuissance, colère. L'incompréhension, c'est: "Les politiques avaient proclamé que le Mercosur, on ne le signerait pas,

12:13

que c'était exclu, qu'on verrait ce qu'on verrait." L'Assemblée nationale, à l'unanimité, a voté le refus. On va avoir des motion de censure LFI et RN. Au-delà de tout ça, le Mercosur se fait. Vous avez le sentiment de l'impuissance totale et un sentiment antieuropéen qui n'avait pas besoin de ça pour être nourri. Du coup, c'est une France affaiblie dans l'Europe qui ne peut pas se faire entendre, un sentiment de déclin français qui se renforce, de la voix de la France qui ne compte pas et une sorte d'humiliation nationale.

12:49

Ca débouche vers une colère. Le problème, c'est: quelles sont les solutions politiques que nous avons en 2027 par rapport à l'ensemble de ces problèmes, quel que soit le résultat des élections? Une élection est faite pour créer un choc, rebâtir une légitimité, un élan, une capacité du pays à résoudre ses problèmes. C'est ce qui commence à inquiéter en profondeur les Français. Non seulement ça ne marche pas, mais on ne voit pas comment sortir de cette situation. La politique sert à trancher des problèmes. - C.Roux: 37 % des Français pensent que la solution passe par le RN. - J.Jaffré: Je l'entends, mais il me paraît très minoritaire, ce chiffre.

13:33

Le RN, on peut en parler, si vous voulez, si ce n'est pas prématuré... - C.Roux: On peut en parler plus tard, si vous le voulez bien. - J.Jaffré: Vous me lanciez sur le sujet. - C.Roux: C'était une sorte de teasing. C'est une colère sourde déclenchée par la signature du Mercosur. Les agriculteurs sont arrivés au coeur de la capitale. Coup de pression supplémentaire pour le gouvernement. Un budget toujours introuvable. - Des tracteurs dans les rues de Paris... - Ils ont mis le barbecue en route, ou quoi? - Un barbecue devant l'Assemblée nationale...

14:15

- Tiens, Bernard. -350 agriculteurs venus de toute la France pour répéter une fois encore leur opposition à l'accord de libre-échange entre l'UE et les pays du Mercosur. - Cet accord n'a pas de sens pour nous. C'est sur des normes sanitaires et environnementales à des années-lumière de ce qu'on nous impose à nous. Vous avez 40 produits phytosanitaires interdits en Europe depuis plus de 20 ans et qui sont autorisés en Amérique du Sud. - Notre gouvernement parle, parle, braille, brasse.

14:59

On a surtout besoin de concret. Dans les corps de ferme, il n'y a rien qui transpire. Depuis 2 ans, on a fait des efforts budgétaires, mais il n'y a rien qui transpire. - Des agriculteurs en colère. Pourtant, l'exécutif assure les avoir entendus. ... - A.Genevard: Tant qu'un combat n'est pas achevé, il n'est pas perdu. J'ajoute un point important. Ce n'est pas la fin de l'histoire, le 12. Ca n'est pas la fin de l'histoire! Le 12, le conseil des chefs d'Etat va se prononcer.

15:40

Après, ça va partir au Parlement européen. Il n'est pas du tout garanti que l'accord soit validé par le Parlement européen. - Le Mercosur, symbole de l'impuissance de la France. Le RN et LFI déposent chacun une motion de censure, débattues cette semaine. - M.Bompard: Depuis qu'E.Macron est arrivé au pouvoir, presque 8 ans, il n'a strictement rien fait pour empêcher l'adoption de cet accord de libre-échange avec le Mercosur. Il a eu de multiples occasions, avant le vote définitif de vendredi dernier... - J.-P.Tanguy: Il ne s'est pas battu du tout. C'était du cinéma intégral.

16:24

Il aurait pu suspendre la contribution financière de la France à l'UE, pas l'augmenter de 7 milliards. Elle a augmenté de 7 milliards au 1er janvier. Quand vous négociez, vous n'augmentez pas votre contribution de 30 %. - Des motions de censure qui ont peu de chances d'aboutir mais qui mettent le gouvernement sous pression, à l'heure où il ne parvient toujours pas à faire voter un budget pour 2026. S.Lecornu tente un coup de poker: une fuite dans la presse. Des élections législatives pourraient avoir lieu en même temps que les élections municipales. Un chantage à la dissolution. Indignation de la classe politique.

17:00

... - F.Hollande: Le rôle d'un Premier ministre, c'est vrai qu'il n'est pas facile, c'est quand même de mettre un peu de stabilité là où il y a de l'inquiétude. Il a peut-être voulu, sous la pression du président de la République... Je crois qu'ils se sont vus... Donner un coup d'alerte. Mais non, c'est pas comme ça qu'il faut procéder. - Mais alors, comment faire passer le budget? Certains pressent S.Lecornu d'utiliser la méthode forte. - B.Retailleau: Je demande au gouvernement d'avoir le courage de faire un 49-3 pour un budget qui serve l'économie française.

17:44

La situation est catastrophique aujourd'hui. On est la lanterne rouge de l'Europe. On a commencé cette discussion par ce constat. Les faillites sont en train d'exploser. Le chômage augmente. N'accroissons pas les maux de l'économie française. - Mais le Premier Ministre avait promis à son arrivée à Matignon de ne pas l'utiliser. Reste le recours à l'ordonnance. Il va falloir trancher rapidement. Selon Bercy, cette loi spéciale a coûté 12 millions d'euros aux finances publiques. - C.Roux: Question.

18:28

- C.Barbier: Clairement. Un E.Macron de 2017-2018 aurait obtenu gain de cause ou beaucoup de temps sur ce dossier. Aujourd'hui, il pèse moins. L'Europe a été perturbée par ce qui s'est passé avec D.Trump. La minorité de blocage qu'il fallait réunir, on n'en était pas très loin. Je crois qu'on a eu l'Autriche, la Pologne et l'Irlande avec nous. Il nous manquait l'Italie, qui nous a fait faux bond dans la dernière ligne droite après avoir négocié son propre cas. Juridiquement, c'est tellement compliqué...

19:10

On a perdu une bataille mais pas la guerre du Mercosur. Il faut aller devant la Cour de justice européenne, compter sur le Parlement ou dresser des barbelés juridiques en France, faire en sorte qu'il y ait des contrôles pour ne pas faire rentrer en France des denrées déloyales pour l'agriculture française. - O.Détroyat: C'est un énorme échec pour E.Macron. Il était parti dans l'idée de dire "nous, France, première puissance agricole européenne, on ne pourra qu'écouter notre voix". Il s'est rendu compte que le jeu de jambes diplomatique de G.Meloni lui a coupé l'herbe sous le pied et l'a obligé à avoir une opposition de principe sur ce texte, qui était une opposition

19:51

pour calmer les agriculteurs. Ca a montré qu'il a choisi les intérêts nationaux plutôt qu'européens, sur un risque de censure et de révolte paysanne assez fort. - C.Roux: On y est, avec un vrai risque de révolte paysanne? On a parlé de la FNSEA et des Jeunes Agriculteurs qui se sont dirigés vers Paris. La semaine dernière, c'était la Coordination rurale. On a une petite carte de France de la représentation syndicale des agriculteurs. En vert, on voit la FNSEA et les Jeunes Agriculteurs. En jaune, la Coordination rurale. ...

20:35

Qu'est-ce que ça raconte? - O.Détroyat: Cette même carte, il y a 6 ans, était intégralement verte ou presque. On voit cette poussée de syndicats radicaux, comme la Coordination rurale, qui a gagné 14 à 15 chambres d'agriculture. Elle a un projet et des modes d'action beaucoup plus radicaux que la FNSEA et les Jeunes Agriculteurs, qui reste le syndicat majoritaire ou presque, mais qui a perdu beaucoup de terrain. C'est ça qui explique la radicalisation et la durée

21:14

de ce mouvement. Ces nouveaux syndicats qui ont pris une place assez prépondérante dans le débat sont de nature à avoir des demandes contradictoires, avec la Confédération paysanne... C'est un syndicat classé à gauche. D'où l'impossibilité pour les politiques de répondre à toutes les demandes. - C.Roux: On retrouve une fracture qu'on retrouve dans le monde politique? - O.Détroyat: Oui. Tous sont opposés au Mercosur. - J.Jaffré: Ca met en cause le système de cogestion du ministère de l'Agriculture et de la FNSEA. Ca oblige la FNSEA à durcir le ton. La polarisation qu'on constate sur le champ politique, on la retrouve sur ce champ syndical, dans le domaine de l'agriculture aussi. Il est très difficile d'apparaître satisfait d'un accord ou de mesures... Vous êtes obligé d'être en permanence dans la surenchère, le mécontentement, la critique.

22:33

Sinon, vous perdez l'écoute des agriculteurs. La FNSEA, on lui reproche de défendre davantage les grands agriculteurs que les petits, les systèmes céréaliers que d'autres secteurs. Nous n'arrivons plus à bâtir ce système de compromis. Nous polarisons dans tous les domaines. - C.Barbier: La percée de la Coordination rurale, dans ce Sud-Ouest, dans des terres qui, jadis, étaient plutôt de gauche... Est-ce l'illustration de la percée du RN dans des couches

23:16

géographiques et sociologiques qui lui étaient interdites auparavant? - J.Jaffré: Le département de l'Aude, qui était celui de Léon Blum, qui avait 3 circonscriptions, qui élisait toujours 3 députés socialistes... Aux législatives de 2024, 3 députés RN ont été élus dans l'Aude. C'est un signe de basculement. - C.Roux: Les 2 partis qui ont déposé une motion de censure, c'est le RN et LFI. - N.Mauret: On sait déjà qu'elles ne seront pas votées. C'est presque contre-intuitif. E.Macron a dit "non" au Mercosur pour faire en sorte

24:01

que le gouvernement ne soit pas renversé. Malgré tout, il y a 2 motions de censure qui n'ont aucune chance d'être votées. On voit bien qu'on est dans un moment très émotionnel. Vous disiez, Christophe, qu'il faut une espèce de grillage pour faire en sorte qu'il y ait de plus en plus de contrôles. C'est exactement ce qu'a promis de faire S.Lecornu dans une lettre ouverte à l'ensemble des agriculteurs. Cette lettre a eu une durée de vie de 30 minutes. - C.Roux: Parce que? - N.Mauret: La parole politique n'est pas crue. Dans cette lettre extrêmement longue,

24:43

il répondait point par point à l'ensemble des doléances des syndicats agricoles, notamment la FNSEA, en promettant des contrôles, l'arrêt des sur-réglementations... Les agriculteurs n'ont pas entendu du tout ce discours. On est dans un moment où la parole politique est totalement dévalorisée. C'est à se demander si elle a un poids quelconque. - C.Roux: Si elle ne pèse plus, étant donné qu'on n'a pas de budget pour ce qu'on fait habituellement, c'est-à-dire ouvrir immédiatement le chéquier et essayer de déverser de l'argent

25:25

pour apaiser les tensions... A.Genevard avait fait des annonces en fin de semaine, notamment débloquer une enveloppe de 300 millions... - O.Détroyat: C'est un peu la liste à la Prévert. Ce sujet de la rupture de confiance entre les agriculteurs et les politiques, c'est très fort. Je pense que le politique ne peut pas tout. Il y a aussi un rapport entre les Français et leurs agriculteurs qui est très schizophrénique. Au moment où il faudrait payer son alimentation au juste prix... Le pouvoir d'achat, il y a des difficultés... On attend beaucoup du politique. Le modèle agricole français, si on veut le garder

26:09

et si on veut garder ce qu'on demande aux agriculteurs, il faut trouver un modèle économique stable et que les Français comprennent que ce qu'on demande... Il faut soutenir les agriculteurs aussi dans l'acte d'achat et dans l'acte de consommation. Attendre tout du politique, pour moi, c'est l'assurance d'avoir les mêmes questions et les mêmes débats tous les ans. - C.Barbier: Ce patriotisme alimentaire serait salvateur, mais il se heurte à l'autre grand souci des Français: le pouvoir d'achat. Face à ces images, on se dit qu'on va acheter des produits de la ferme d'à côté, mais quand on arrive au supermarché et qu'on voit les prix, la question change de nature. - C.Roux: Question. Il n'a toujours pas de budget.

26:51

- C.Barbier: D'abord, il se fait discret depuis toujours. C'est un politique dont la discrétion et l'humilité sont un peu la marque de fabrique. Ca semblait naturel quand il dirigeait la Défense, la Grande Muette, mais ça détonne plus quand il est à la tête du gouvernement. En plus, il est le Premier ministre le plus faible de la Ve République. Il ne va pas venir plastronner devant les caméras parce qu'il n'a pas les moyens de cette arrogance. Il a posé une méthode. Il vient, dès potron-minet, sur le perron de Matignon,

27:34

annoncer des choses, et il repart dans son terrier. Il dit "vous voyez, ils veulent pas". Ca, c'est habile pour durer. Il dure, quand même. Ca nourrit une colère qui va aller sur tous les ambitieux, les présidentiables qui disent "élisez-moi et tout ira bien". Ca va donner un climat politique en 2027 qui sera marqué par cette stratégie de S.Lecornu, si ça marche. - C.Roux: Cette stratégie a été étrillée par E.Lombard, qui a dit à propos du budget: "C'est un pudding à l'arsenic." Il dit que sa méthode ne fonctionne pas. L'engagement de S.Lecornu, c'était de faire adopter un budget

28:19

avant la fin de l'année. E.Lombard dit que ce n'est pas fait. La méthode Lecornu se heurte au déséquilibre à l'Assemblée nationale et aux ambitions présidentielles qu'on retrouve. - J.Jaffré: Ce qui est curieux à propos de cette discrétion, c'est ce très étonnant message disant qu'on envisageait très sérieusement des élections législatives en même temps que les municipales, prévues les 15 et 22 mars. - C.Roux: Pourquoi étonnant? - J.Jaffré: Ca vient de Matignon, qui a ensuite rectifié le tir

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devant le hourvari que ça avait provoqué dans le milieu politique et médiatique. Les élections municipales, c'est un rendez-vous sacré pour les Français. C'est la relation de leur commune, avec les maires. Le maire, c'est ce qui reste de populaire dans le personnel politique. Abîmer cette relation en faisant des législatives le même jour, c'est une idée qu'il fallait trouver. On voit l'intérêt tactique. Pression sur Les Républicains et le PS, qui tiennent les mairies des grandes villes... - C.Barbier: Et Les Ecologistes. - J.Jaffré: Ils ne s'attendent pas à un grand résultat. Ca remet le mot "censure" au centre du jeu

29:46

politique et parlementaire. La question d'une censure sur le budget se repose très fortement, alors qu'elle était plutôt écartée. Le PS est dans une situation... Il est difficile de dire que le compromis nous va. Comment peut-on dire qu'un compromis va, quand on a une liste de demandes énorme et un déficit qu'il faudrait limiter à moins de 5 %? C'est la quadrature du cercle. Dans cette situation, les socialistes peuvent voter en groupe, car ils ont le droit de voter entre eux. Dans ces conditions, il vaut mieux censurer.

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A ce moment-là, est-ce qu'il y aurait une dissolution? Pas du tout évident. C'est un sabre de bois que S.Lecornu brandit, très loin de la discussion et de la prudence. - C.Roux: Question. - C.Barbier: C'était une mystification. Pour tenir des législatives les 15 et 22 mars, il faut dissoudre le 20 février. Si vous êtes censuré le 15 janvier et que vous attendez le 20 février pour dissoudre, c'est incohérent. Je pense qu'on est dans un jeu de poker menteur

31:10

et de bluff entre O.Faure et S.Lecornu. Aux pudeurs des socialistes qui sont revenus des fêtes en disant "on voudrait une demi-heure de plus", S.Lecornu a répondu une autre idiotie qui a eu son petit effet dans le débat. - C.Roux: Ce soir, nous analysons les blocages, ceux des agriculteurs et celui à l'Assemblée. Est-on toujours dans une situation de blocage? R.Lescure vient de s'exprimer à l'Assemblée: "Le budget est à portée de main." Est-il le seul à le croire? - N.Mauret: Des députés socialistes pensent aussi qu'on n'est pas loin

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d'une réponse. Qu'est-ce qui se passe? Juste avant Noël, le budget de la Sécurité sociale a été voté grâce à un compromis avec le PS. C'est la première fois. C'est pas rien. Maintenant, il y a le budget de l'Etat. C'est pas tout à fait la même chose. C'est un peu plus compliqué. Pour les oppositions, voter le budget de l'Etat, ça veut dire appartenir à une majorité. C'est pour ça que c'est difficile. Ce à quoi on assiste maintenant, c'est à une négociation. - C.Roux: Ca fait longtemps que ça dure, non? - N.Mauret: C'est assez inédit. Jusqu'à présent, on faisait semblant de négocier. Depuis 2022, le gouvernement présentait un budget. On faisait semblant de l'amender.

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A la fin, ça passait avec un 49-3. Là, le Premier ministre dit qu'il n'y aura pas de 49-3. Comme il n'y aura pas de majorité, chaque groupe est obligé de composer les uns avec les autres. C'est ce à quoi on assiste. Là, ça vient juste de reprendre dans l'Hémicycle. Attendons. - C.Roux: C'est trop tôt pour parler de blocage? - N.Mauret: Oui. Je crois pas au 49-3. Pour S.Lecornu, je pense qu'il est très important de tenir sa parole. En revanche, si ce n'est pas le 49-3, il est possible que ça passe par des ordonnances. - C.Roux: Un budget par des ordonnances?

33:23

- N.Mauret: C'est une possibilité. Si le budget est par ordonnance, la censure dont vous parlez sera encore plus forte. - J.Jaffré: Elle est automatique. - O.Détroyat: Il y a beaucoup de sujets où les blocages sont importants, comme la surtaxe sur les sociétés, qui crispe beaucoup les grands patrons, l'ISF, la taxe sur les holdings, qui était la nouvelle version de la taxe Zucman, et ce sentiment d'urgence qui pourrait amener S.Lecornu à se dédire sur son engagement sur le 49-3. Il semblerait qu'il y ait une forme d'agacement du président de la République sur la durée des débats,

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qui sont en train de s'enliser. On pourrait considérer que des circonstances exceptionnelles pourraient amener à changer la position du Premier ministre sur cet engagement à ne pas recourir au 49-3. - C.Barbier: Pour se dédire, il faut qu'il ait l'aval du PS. Il faut que le 49-3 devienne une arme parlementaire et que les socialistes l'autorisent à utiliser le 49-3. Ca veut dire que les socialistes ne s'opposeront pas à ce budget car il n'est pas assez mauvais pour mériter une censure,

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mais ils ne le voteront pas. Soit on le laisse voter par ordonnance, soit on dit à S.Lecornu: "Tu as le droit d'utiliser un 49-3 estampillé Parlement." Ca fera beaucoup de ricanements du côté des Français, mais un peu de soulagement. - C.Roux: Est-ce qu'il y a une échéance qui oblige S.Lecornu à trouver un point de passage? - O.Détroyat: L'échéance est surtout sur la confiance des milieux économiques et d'affaires. Si on regarde l'économie française, jusqu'ici, tout va bien. Mais le plus dur, c'est l'atterrissage. Le chômage a réaugmenté, mais est plutôt sur des niveaux plutôt bas. - C.Roux: Et la croissance? - O.Détroyat: Elle sera probablement meilleure que celle prévue par Bercy. Le sujet, c'est combien de temps cette confiance va durer. Les entreprises ont cette capacité assez étonnante, qu'on avait vue pendant le covid et l'inflation, à s'adapter et à réviser leurs budgets, s'adapter et avoir une forme de flexibilité.

36:14

- C.Roux: Le problème, c'est peut-être le solde de tout compte politique au bout de cette séquence pour les uns et les autres, en termes de reniement ou de confusion pendant les débats budgétaires. - C.Barbier: Les socialistes ont choisi la voie du compromis et de la négociation. Si ça se passe mal, qu'on n'a pas de budget et qu'on passe en censure ou en dissolution, LFI va les traîner dans la boue. Mais si ça marche, les socialistes pourront dire: "On a obtenu la suspension de la réforme des retraites..." - J.Jaffré: Si ça marche, LFI les traînera quand même dans la boue. - C.Barbier: Certes, mais ce sera peut-être

36:57

moins performant électoralement. Il y a cette échéance des municipales, qui commence à la fin des travaux parlementaires. Il reste 5 à 6 semaines pour que le Parlement accouche d'un budget. Je ne vois pas un budget adopté fin avril ou début mai. - C.Roux: Question. Est-ce qu'il y a une inquiétude sur la question des agriculteurs et la question budgétaire? La situation est-elle sous contrôle? - N.Mauret: Non. Tout le monde est très inquiet. Il y a une date fixée par le président de la République: il veut un budget avant la fin janvier. - C.Roux: M.Le Pen ne bataillera pas contre le Mercosur à l'Assemblée nationale.

37:41

Elle mène depuis aujourd'hui un autre combat. Face à la justice, elle est arrivée sans un mot dans la 2e instance de l'affaire des eurodéputés du Front national, à l'époque où son parti est donné victorieux dans les sondages. Les juges pourraient mettre un coup d'arrêt à son ambition élyséenne. *-M.Le Pen face à la justice, épisode 2. Son procès en appel commence aujourd'hui. *-La patronne de l'extrême droite française joue son éligibilité à la présidentielle. - L'avenir de M.Le Pen à la une.

38:25

Arrivée seule et silencieuse au palais de justice ce midi... Le procès doit durer un mois. Sur les plateaux télé, ses lieutenants portent les éléments de langage du parti. - T.Ménagé: M.Le Pen n'a absolument pas été condamnée pour un quelconque enrichissement personnel. - J.-P.Tanguy: Elle est innocente. - La justice reproche à M.Le Pen d'avoir fait rémunérer par le Parlement européen des assistants parlementaires qui auraient en fait travaillé pour le compte de son parti, le Front national. Plus de 4 millions d'euros de fonds publics détournés en 2 ans.

39:09

Ce matin, à l'Assemblée nationale, très courte déclaration de la cheffe de l'extrême droite. - M.Le Pen: J'espère pouvoir être entendue par une cour d'appel. J'ai un esprit d'espérance. - Changement de ton et de stratégie. En première instance, après la condamnation de M.Le Pen à 4 ans de prison, dont 2 ferme, et 5 ans d'inéligibilité avec exécution provisoire, le RN attaque les juges de façon brutale. - J.Bardella: Aujourd'hui, ce n'est plus le gouvernement des juges, mais la tyrannie des juges. - L.Aliot: Nous ne sommes plus dans un Etat de droit. - Le parti ira même jusqu'à organiser une manifestation de soutien en plein Paris.

39:52

Démonstration de force plus ou moins suivie mais virulente. - M.Le Pen: Ce n'est pas une décision de justice! C'est une décision politique! - Des critiques violentes et une remise en cause de l'indépendance de la justice, dénoncée encore récemment par le procureur général. - Les magistrats ont besoin de calme, de sérénité pour travailler de façon apaisée et rendre des décisions. Et bien faire aussi la nuance, la distinction. Des décisions peuvent avoir des conséquences sur le plan politique, mais elles ne sont pas inspirées par des considérations politiques. La critique des décisions de justice,

40:34

dans une démocratie, il faut l'accepter. Ce qu'on ne peut pas accepter, ce sont le discrédit porté sur l'institution, les menaces, les intimidations. - Des juges sous pression et un climat de défiance alimenté par les récentes révélations de "Der Spiegel". ... L'administration Trump a démenti toute volonté d'ingérence, mais l'un des plus hauts magistrats français prévient. ... Pour M.Le Pen s'ouvre donc aujourd'hui un procès en appel déterminant. Pourrait-elle être candidate à la présidentielle en 2027 ou laissera-t-elle sa place à J.Bardella? - M.Le Pen: Si je peux être candidate, je le serai et il sera mon Premier ministre. Si je ne peux pas, il sera candidat. - M.Le Pen est-elle résignée? Aurait-elle fait une croix sur son rêve élyséen? Selon un sondage de l'institut Verian, pour 56 % des électeurs du RN, J.Bardella ferait un meilleur président de la République que M.Le Pen.

42:00

- C.Roux: Un mot sur la stratégie de M.Le Pen devant les juges... Est-ce qu'elle a changé sa stratégie? Elle a déclaré avoir le sentiment de n'avoir commis aucun délit. - N.Mauret: C'était la question que tout le monde se posait. Elle a changé d'attitude. Lors des voeux de J.Bardella hier, ils ont affiché leur confiance en disant qu'ils avaient l'espoir que ça se passe bien, que c'était une nouvelle juridiction, de nouveaux juges, donc une nouvelle histoire qui commence. On est loin des diatribes contre les juges qu'on a vues dans votre sujet. Ensuite, au sein du RN, certains avaient l'espoir qu'elle change sa stratégie.

42:45

En première instance, elle a dit qu'elle n'avait rien fait de mal, que c'était normal. "On n'est pas militant 8 heures par jour, mais 24h/24." Le fait qu'elle fasse une inflexion dans sa défense, c'est énorme. Dans la façon de se présenter... M.Le Pen est avocate. Elle s'était présentée en première instance comme avocate d'elle-même, militante et femme politique. Ca lui a été reproché par les juges. Il y a un changement de stratégie. L'objectif, c'est que le jugement soit plus clément et qu'elle n'ait plus 5 ans d'inéligibilité,

43:27

mais que cette inéligibilité soit au mieux réduite de 3 ans, c'est-à-dire à 2 ans, ce qui lui permettrait d'être candidate. Comme il y a eu une exécution provisoire, fin mars 2027, on serait à 2 ans et ça lui permettrait d'être candidate. Le chemin est petit, la voie étroite. Elle l'a dit dans ces termes. En le disant, elle acte le fait qu'elle avait peu d'espoir que ce soit ainsi le cas. Elle est contrainte de sauver sa peau... Quand je lisais ce matin dans les journaux qu'elle était face à son destin, c'est vraiment ça. C'est pendant ces 5 semaines que se joue son destin présidentiel, qu'elle a construit patiemment depuis 30 ans. C'est vertigineux pour elle. - C.Roux: Elle a un discours moins véhément à l'encontre de la justice. - N.Mauret: Elle dit qu'elle a l'espérance d'être entendue par les juges. C'est loin de ce qu'elle a dit au journal télévisé le soir de sa condamnation, en disant que c'était une condamnation politique et qu'on voulait sa mort politique. - C.Roux: Question.

44:55

- C.Barbier: D'évidence, oui. La justice est un acteur politique, de par ses décisions. On a eu un précédent avec la justice américaine et D.Strauss-Kahn, qui a été sorti de la présidentielle de 2012 par la justice américaine. Quand N.Sarkozy est envoyé en prison, on voit qu'il y a un choc politique dans le pays, que lui-même en fait une opération de contre-communication politique. Montesquieu avait parlé de la séparation des pouvoirs. Il a théorisé l'équilibre des pouvoirs. C'est autre chose. Ce serait un monde hermétique, utopique de penser que la justice n'a pas d'impact sur le comportement et la capacité d'agir des acteurs politiques, mais aussi sur le comportement des électeurs. Quand la justice apparaît à l'opinion trop clémente

45:40

quand elle libère un détenu, pas assez vindicative dans tel procès, trop lente sur tel sujet de société, ça a aussi des conséquences sur le comportement politique des électeurs. Nous sommes un Etat de droit. La justice participe de cette alchimie qui s'appelle la politique. - C.Roux: Question. On a entendu que ça avait été démenti par les autorités américaines. - J.Jaffré: Ce serait extrêmement grave. Il y a un soutien fort de l'administration Trump aux partis d'extrême droite en Europe. Ca figure même en toutes lettres dans le document sur la stratégie américaine en Europe.

46:22

On parle de "partis patriotiques". Le véritable objectif est de faire perdre son sens à l'UE comme projet d'intégration. Vous avez reçu T.Breton avant l'émission. Lui-même est interdit de se déplacer aux Etats-Unis. Sur cette affaire Le Pen et la justice... On est devant quelque chose de majeur. Dans cette affaire, madame Le Pen joue sa candidature à l'élection présidentielle. La justice joue la compréhension de son rôle par les Français si elle décide de maintenir une sanction qui empêche M.Le Pen d'être candidate. La façon dont la justice communiquera

47:03

sur son jugement devient un élément du grand débat médiatique. On voit les procureurs venir à la radio, à la télé, s'expliquer sur ce sujet. Ce qui protège la justice en France, c'est qu'il n'y a pas une action anti-justice sur cette affaire. C'est l'anti-politique qui domine. Pour M.Le Pen, il n'y a que 36 % des Français qui trouvent qu'elle a été maltraitée par la justice. Les autres considèrent qu'elle a été traitée comme une justiciable comme une autre.

47:46

On continue de parler de totale innocence. Vu le jugement en première instance... Le minimum, c'est d'arrêter d'injurier les juges avant d'aller devant eux. C'est le minimum. Ce minimum est accompli. L'autre problème, c'est... - C.Roux: Vous dites qu'il faudrait qu'elle change de stratégie? - J.Jaffré: Je ne me permettrais pas de donner le moindre conseil en la matière. Mais si vous affirmez l'innocence absolue, c'est que vous ne reconnaissez pas vos torts.

48:29

La justice en France est de culture catholique. Beaucoup de juges sont d'anciens élèves... Il faut dire "j'ai péché et je ne pécherai plus." Dans le jugement provisoire, vous aviez le risque de la récidive, puisque madame Le Pen ne reconnaît pas ses fautes en la matière. Il faut dire: "Nous nous sommes trompés dans l'appréciation que nous avons faite du rôle des assistants parlementaires." On peut très bien dire: "Nous tenons compte du premier jugement." - C.Roux: Cette déclaration de J.Bardella, interrogé hier lors de ses voeux, la veille du procès

49:09

en 2e instance de M.Le Pen... ... Il y a un accent très clair mis sur l'enjeu. Ce qui se joue, c'est la participation de M.Le Pen à la présidentielle. - C.Barbier: Jusqu'où la justice peut priver des électeurs de leur choix, entraver le choix des électeurs? On a déjà eu cette question en 2017 avec la mise en examen extrêmement rapide de F.Fillon. Parfois, c'est une contrition de classe, d'obédience marxiste. Là où Bardella s'avance sur un terrain juridiquement balisé, c'est que le Conseil constitutionnel s'est prononcé récemment. Les phrases du Conseil constitutionnel sont toujours alambiquées. Mais il a dit clairement que les juges devaient observer la proportionnalité de la réponse, l'impact de leur jugement sur le bon fonctionnement d'une démocratie. Jusqu'où ce qu'ils vont décider va gêner l'exercice démocratique? On a eu un exemple lors du premier jugement. L.Aliot, Perpignan... Il n'y a pas eu d'exécution provisoire. On s'est dit

50:34

qu'on n'allait pas l'obliger à démissionner, qu'on laissait les électeurs trancher. Il y a eu cette réserve judiciaire. Sur M.Le Pen, N.Sarkozy, les juges ont considéré que la brutalité de leurs décisions n'entravait pas abusivement le processus démocratique. En quoi avoir été 2 fois finaliste donnerait une sorte de droit à se présenter dans l'immunité judiciaire? Ca se défend aussi. - C.Roux: Hier, J.Bardella adressait ses voeux à la presse. Celui qui s'est depuis des mois installé par la force des choses dans le rôle du recours travaille ses réseaux, en particulier auprès des patrons.

51:13

Certains acceptent volontiers l'hypothèse RN. - Au coeur du 8e arrondissement de Paris, dans les salons feutrés de ce club parmi les plus fermés de France, une quarantaine de chefs d'entreprise ont répondu présent pour ce déjeuner du très libéral mouvement patronal Ethic. - Je suis vraiment ravie de vous avoir aujourd'hui tous ici. Je voudrais signifier que ça suffit d'insulter les patrons, de les taxer, de les faire payer, de les détester quand ils réussissent.

51:57

- Et de faire trop de grève! - N'en parlons pas! - A sa tête, S.de Menthon, souvent présentée comme le trait d'union entre le RN et les patrons. Elle appelle de ses voeux l'union des droites, comprendre avec l'extrême droite. - Ca s'appelle pas l'extrême droite, mais le RN. Si le RN arrive au pouvoir, je travaillerai avec eux. - Même si la contradiction à la tête du parti ne lui a pas échappé. - Le plan marketing est magnifique. Il y en a un qui prend les patrons, l'économie, le libéral, et l'autre qui prend les gens qui souffrent, qui travaillent trop dur pour partir à la retraite, le nord de la France. C'est M.Le Pen. - A l'Assemblée nationale, M.Le Pen mise sur la ligne sociale,

52:41

Vote pour la taxation des multinationales, pour la taxation des superdividendes et surtout pour la suspension de la réforme des retraites. Mais qu'importe pour celui qui incarne la vitrine libérale du RN. J.Bardella tente de séduire les milieux économiques. - J.Bardella: Il y a beaucoup de patrons, que ce soient des petits patrons, de petits ou de grands groupes, qui considèrent que les mesures que nous portons sur la simplification, le prix français de l'énergie ou le patriotisme économique, partagent les diagnostics et les propositions que formule le RN.

53:20

- Le RN en pleine mue... Au Medef, J.Bardella tentait en août dernier de gagner la bataille de la crédibilité, couronné d'un certain succès. - P.Martin: Certains sont plus conscients des périls et de ce qui se passe dans le reste du monde que d'autres. Ce n'est pas un parti pris de ma part, mais c'est plutôt G.Attal, B.Retailleau et J.Bardella dans une certaine mesure. - Une forme de validation qui pousse de plus en plus de chefs d'entreprise à discuter, comme le patron de Total,

54:03

P.Pouyanné, convaincu de la nécessité d'engager un dialogue avec les extrêmes. Et ce n'est pas le seul. - T.Cotillard: C'est logique qu'un chef d'entreprise ou un représentant du monde économique parle avec un politique, quel que soit son bord. - Echanger, pour peut-être réussir à influer sur la politique économique du RN. Au déjeuner du mouvement de S.de Menthon, certains croient l'objectif réalisable. - Je n'ai pas de sympathie particulière, mais je pense que nous pourrons plus facilement nous adapter, apprendre et prendre des leçons d'économie plus que LFI. - Quand une partie du monde économique n'a plus peur du RN... - On a essayé ceux qui ont gouverné

54:47

ces 30 dernières années. On a essayé l'élite française. Regardez la situation du pays: appauvrissement, déclassement, désindustrialisation, la santé, c'est une catastrophe. Même si le RN gagne demain, il ne gouvernera pas seul. - Selon "L'Opinion", d'ici la fin janvier, environ la moitié des dirigeants du CAC 40 auront rencontré M.Le Pen ou J.Bardella. - C.Roux: Question. - O.Détroyat: Très clairement. Si vous regardez le dernier recensement agricole, qui date de 2023... On a quasiment 500 000 agriculteurs. On en avait 2 millions il y a encore quelques années. La surface agricole n'a pas tellement diminué, mais c'est parce que les fermes se sont agrandies. On a un sujet de renouvellement des générations. Certaines filières, comme la volaille ou les fruits et légumes, s'étiolent. Pareil pour le sucre. Elles ont du mal à résister aux importations et à maintenir leur compétitivité. - C.Roux: On voyait les efforts du RN

56:09

vis-à-vis des chefs d'entreprise. Est-ce qu'ils ont besoin de faire des efforts vis-à-vis des agriculteurs? - N.Mauret: Dès qu'on rencontre les agriculteurs, on voit qu'ils sont de plus en plus proches du RN. Peut-être que c'est bien de regarder la carte électorale, celle des européennes. C'était un scrutin national. 93 % des communes ont mis en tête le RN. C'est essentiellement toute la ruralité. Il y a beaucoup d'agriculteurs. Ils prospèrent beaucoup sur la colère agricole. Ils sont très présents.

56:53

M.Le Pen et J.Bardella n'oublient jamais les agriculteurs dans leurs discours. Les idées du RN sont de plus en plus répandues dans le milieu rural. - C.Roux: Nous revenons à vos questions. Question. - C.Barbier: C'est une manifestation organisée d'une séquence politique assez bien scénarisée des 2 côtés. C'est là qu'on voit l'expérience de la FNSEA. - C.Roux: Question. - O.Détroyat: Tout à fait. Si on regarde les derniers sondages, plus de 90 % des Français soutiennent ce mouvement agricole. Le monde agricole a eu beaucoup de gestes politiques depuis

57:33

quelques années. Malgré ça, les Français considèrent que leurs demandes sont légitimes. L'enjeu va être de garder ce soutien, notamment concernant les sujets de radicalisation des actions de la part des syndicats contestataires, qui tendent à verser de plus en plus dans la violence. Le risque, c'est de perdre le soutien des Français. - C.Roux: Est-ce qu'on est au début de quelque chose? On parle des blocages. Est-ce amené à durer? Il y a le Salon de l'agriculture... Dans quel moment sommes-nous? Est-ce que la signature du Mercosur samedi

58:15

va clore une séquence, en ouvrir une autre? - O.Détroyat: Elle va en ouvrir une autre. C'était le point qui cristallisait toutes les difficultés du monde agricole, la capacité à exporter, la concurrence déloyale, la mondialisation. Au moins jusqu'au Salon de l'agriculture, la démonstration de force va se poursuivre. Les cycles agricoles font qu'une fois qu'il faudra ressemer et repartir dans les champs, on aura moins de monde sur les routes. - C.Roux: Question.

59:00

- C.Barbier: C'est de la souveraineté au sens propre. Après, on ne cultivera pas toutes les denrées qu'on aime manger dans notre pays. Le libre-échange a encore de l'avenir, pourvu qu'il soit fait en équité pour les producteurs et en sécurité pour les consommateurs. - C.Roux: T.Breton disait que c'était Un traité d'un autre âge. - C.Barbier: C'est d'un autre âge. Ca fait plusieurs décennies qu'on le négocie. Les Américains du Nord nous tapent dessus avec leurs droits de douane. De nombreuses filières se taisent en ce moment, comme les spiritueux,

59:33

les fromages, les appellations d'origine. - C.Roux: Ces pays pourraient passer sous la coupe de l'Amérique de Trump, nous disait l'ancien commissaire européen. Question. - C.Barbier: Il y a des tas de secteurs qui s'en sortiront bien dans l'agriculture et certains matériels, comme le plastique ou l'informatique. Des tas de secteurs espèrent tirer les marrons du feu. - J.Jaffré: Maintenant, ils expliquent que le traité avec le Canada... - C.Roux: Le Ceta.

1:00:15

- J.Jaffré: A la même époque, ils disaient qu'il fallait défendre les intérêts français. Il n'y a pas de capacité à tenir un discours qui emmène les gens vers quelque chose de positif. Les politiques sont devenus si faibles dans cette situation qu'ils épousent à leur façon cette colère et qu'ils la nourrissent. - C.Roux: Question. - O.Détroyat: Cette question est symptomatique de la vision d'une partie des Français de notre modèle agricole. On a parmi les tailles d'exploitation

1:00:52

les plus petites. Pourtant, les Français ont une vision de cette agriculture ultra-industrialisée. Le poulet industriel n'est pas produit de la même manière que dans les mégafermes qu'on voit en Amérique du Sud, que ce soit pour le bien-être animal, les pesticides ou les techniques de production. - C.Roux: Question. - C.Barbier: Il y a eu des mouvements de colère vers Bruxelles venus d'autres pays. Les Polonais et les Autrichiens ont manifesté. Il y a une Europe des agriculteurs. Il y a quelque chose qui a dépassé les frontières. - C.Roux: Est-ce que c'est une douleur? On parle de colère, mais c'est aussi une douleur qui existe dans d'autres pays européens. - C.Barbier: Et l'inquiétude de perdre la souveraineté. On est obligés d'accueillir des volailles ou des oeufs ukrainiens, on ne sait pas comment nourrir le bétail parce qu'on était dépendants d'un pays qui nous exportait

1:02:15

son maïs ou ses tourteaux... Dans cette colère partagée, il y a beaucoup de concurrence. Les Allemands nous ont taillé des croupières dans des tas de productions, comme le porc. - O.Détroyat: C'est un redoutable compétiteur. - C.Barbier: Le maraîchage aussi. - C.Roux: Question. Avec l'idée qu'au coeur de cette discussion, il y a les normes, qui ne sont pas les mêmes. - O.Détroyat: C'est ça qu'il faut protéger. La souveraineté alimentaire, ce n'est pas l'autarcie alimentaire. C'est assurer la nourriture du pays. Ca suppose du libre-échange. - C.Roux: Question. - C.Barbier: Débloquer les budgets et les subventions promises. C'est cette loi d'urgence.

1:02:59

Le monde politique doit doter la France pour l'après-2027 d'une vraie politique ambitieuse agricole, avec une vision à long terme. - C.Roux: Merci. Fin de cette émission. Bonsoir, A.-E.Lemoine. - A.-E.Lemoine: Bonsoir. Au programme, la Corse sous le choc après l'assassinat du nationaliste A.Orsoni alors qu'il assistait aux obsèques de sa mère.