L'ENVOL DE MÉLENCHON
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Le meeting immersif de Jean-Luc Mélenchon à Nantes et la communication habile de Marine Le Pen. C’est le sommaire du numéro 11 de la Guerre du trône. Qui a dit que la politique sentait mauvais ?
À Nantes, Jean-Luc Mélenchon a fait la démonstration inverse en organisant le premier meeting olfactif et immersif. Vidéos à 360 degrés sur les murs et effluves dans la salle qui accueillait les 3 000 spectateurs. 1 500 suivaient la retransmission à l’extérieur.
Une incontestable réussite technique sur laquelle le candidat de l’Union populaire a surfé pour développer sa vision de l’humanité. C’est la Terre, voyez, bleue, la planète bleue. C’est le nid de l’humanité.
Regardez-le, et quand vous le regardez vous comprenez qu’il y a un intérêt général humain parce qu’il n’y a qu’un seul écosystème qui permet la vie des êtres humains, celui-ci, nous n’en n’avons pas de rechange. Dès lors, il y a un peuple humain qui n’a de cette façon-ci, aucune autre limite à ses intérêts mutuels que celui qui lui permet de vivre tous ensemble. Vu de l’espace, plus que jamais, le racisme est une absurdité.
La mer, Thalassa ! Voilà la porte de sortie du nucléaire qui est devant vous. Elle contient 66 fois l’énergie dont on a besoin à terre.
Si le discours se voulait prospectif, JLM n’a pas oublié de décocher quelques flèches très contemporaines. Nous ne sommes pas concernés par les mésaventures du centre gauche, et nous n’irons pas nous disputer avec eux parce que nous ne sommes pas concernés par la compétition entre le parti radical de gauche de madame Taubira et le parti socialiste de madame Hidalgo. Quel est le sérieux de gens qui prétendent être une force gouvernementale et qui 80 jours avant l’élection n’ont aucune certitude ni sur le candidat ni sur le programme ?
Tout est perdu si nous ne sommes pas unis. Pardon, c’est si nous sommes unis que tout est perdu. Eh oui, Christiane Taubira est candidate à l’élection présidentielle.
Elle l’a annoncé samedi depuis la Croix Rousse, berceau des Canuts, devant une maigre foule de supporters transis de froid. L’espoir est là, il tient, il tient, et c’est pour cela que je veux prendre ma part, toute ma part, contre la démoralisation, contre les discours de haine et les propos belliqueux, pour que nous puissions affronter ensemble les anciens périls. C'est-à-dire les risques de dislocation sociale et aussi les nouveaux défis, la nécessaire et urgente transition écologique.
Pour satisfaire toutes ces exigences, je suis candidate à la présidence de la République. Il faut dire que Christiane Taubira était un peu pressée. Seule candidate à se soumettre à la Primaire populaire, il lui fallait se déclarer avant midi pour que son nom soit retenu.
Une primaire dont on a rapidement compris le rôle qu’elle entendait lui faire jouer. Écoutez sa réponse au journaliste Laurent Delahousse qui la questionnait sur ce qu’elle ferait si Jean-Luc Mélenchon était investi par la dite primaire. La personne qui sortira de cette primaire est la personne qui symbolise, représente, l’union de la gauche.
Parmi les candidates et candidats de gauche il y en a qui ont dit qu’ils sont prêts à gouverner ensemble, parce qu’ils voient bien les proximités de leurs programmes. C’est à monsieur Mélenchon de dire s’il est disposé à gouverner avec les autres candidates et candidats de gauche. En clair, si Mélenchon nous promet des portefeuilles, on fera sa campagne.
Sinon, chacun reprendra sa liberté. Voilà où s’arrête la comédie des incantations sur l’union de la gauche. À la course aux maroquins.
Mais la messe est déjà dite. S’il y a des discussions, ce ne sera qu’après le premier tour. Dans l’hypothèse, bien sûr, où le candidat de l’Union populaire franchirait celui-ci.
Moi je prends l’engagement après avoir consulté mes amis qui en sont tous d’accord, que si nous arrivons au deuxième tour, nous accueillerons tous ceux qui veulent participer à la mise en œuvre du programme et nous sommes d’accord pour en discuter de la forme d’application. Mais on fera l’union et on saura pour quoi faire. Anne Hidalgo, qui réclamait une primaire, il y a encore quelques semaines, semble s’être fait une raison.
Jeudi dernier, elle présentait son programme avec la volonté d’aller jusqu’au bout. Personne aujourd’hui ne peut prévoir ce que sera le résultat de cette élection. Les campagnes présidentielles, on le sait, réservent toujours des surprises, celle-ci en réservera aussi.
Les électrices et les électeurs maintenant vont s’intéresser de beaucoup plus près à nos idées, à la vision que nous portons pour le pays. Et bien sûr aux mesures concrètes qui vont permettre d’accéder à cette vision. Moi j’ai confiance dans le verdict des Françaises et des Français et je n’espère qu’une seule chose, c’est qu’elles et ils nous jugent sur pièce, valeur contre valeur, projet contre projet.
Arrêtons-nous un instant sur cette Primaire populaire qui accordera le 30 janvier son investiture à un candidat. Samedi dernier, ses animateurs ont livré la liste des nominés. Il y aura donc sept personnes présentées au vote, je le redis : Anna Agueb-Porterie, Anne Hidalgo, Yannick Jadot, Pierre Larrouturou, Charlotte Marchandise, Jean-Luc Mélenchon et Christiane Taubira.
Ce n’est pas faire injure à quiconque de remarquer que, parmi les sélectionnés, il y a deux personnes qui sont surtout connues de leur entourage. Cela ne serait pas gênant si, dans le même temps, Fabien Roussel, le candidat communiste, n’avait été écarté de la sélection. L’union de la gauche est donc à géométrie variable.
Ce qui rend un peu vain le plaidoyer des responsables de la Primaire populaire sur l’existence d’une seule gauche. Le parti socialiste qui pour nous a fait l’inventaire du quinquennat Hollande, l’Europe Ecologie Les Verts avec l’écologie politique au centre de sa matrice, la France insoumise, le Parti communiste, pour nous forment une seule et même gauche qui est une gauche sociale, écologique et démocratique. Et nous sommes persuadés que ces gauches-là elles ne sont pas irréconciliables, malgré les rancoeurs, et jouer le jeu de la théorie des deux gauches, pour nous, c’est nous condamner à la défaite alors que du côté des électeurs, on a tant à faire ensemble.
Au vu des sondages comparés d’Anne Hidalgo et Jean-Luc Mélenchon, il n’est pas certain que les électeurs soient convaincus par l’inventaire des socialistes. À supposer qu’il y en ait eu un. Autre interrogation sur cette primaire populaire, le mode de scrutin retenu.
Le jugement majoritaire. Chloé Ridel, une des responsables de l’association “Mieux voter” en a expliqué le principe : Il demande à l’électeur d’évaluer tous les candidats en leur attribuant une mention sur une échelle commune. Celles que la Primaire populaire a choisies, Mathilde vous l’a dit, c’est “très bien”, “bien”, “assez bien”, “passable”, “insuffisant”.
Tous les candidats sont évalués indépendamment les uns des autres, d’accord. Un électeur peut mettre la même mention à tous les candidats s’il le souhaite, et à la fin, celui qui remporte l’élection, c’est le candidat le mieux évalué. C’est-à-dire celui qui aura à la fois plus de mentions positives et moins de mentions négatives que les autres.
Bref, le vainqueur sera celui qui réunira sur son nom le plus fort capital de sympathie et le plus faible capital d’antipathie. Malheur, alors, aux personnages clivants. En décembre, l’association Mieux voter a commandé un sondage à OpinionWay sur les intentions des Français pour la présidentielle.
L’institut a livré deux estimations : une qui reprend le mode de scrutin qui sera utilisé pour la présidentielle et une qui simule la même élection, cette fois au jugement majoritaire. Voilà ce que ça donne. Selon le jugement majoritaire, Jean-Luc Mélenchon, le candidat de gauche le mieux placé pour arriver au second tour, est à rejeter.
Et le moins bien placé, Arnaud Montebourg, devient, toujours dans cette hypothèse, celui qu’il faudrait soutenir. Quelle lucidité politique ! On l’a compris, le jugement majoritaire favorise les politiques qui présentent bien.
Ceux qui ne mettent pas les pieds sur la table ou, pire, la renversent. Ceux qui sont consensuels et n’effraient pas le bourgeois. C’est le triomphe du ventre mou de la politique.
Tout ce qu’il faut pour faire grimper l’abstention. Si Jean-Luc Mélenchon a réussi son coup d’éclat avec le meeting de Nantes, Marine Le Pen ne se débrouille pas mal non plus. Le clip de campagne qu’elle a mis en ligne la semaine dernière démontre qu’elle a progressé en matière de marketing politique.
Regardez bien. La candidate du Rassemblement national déambule dans la cour du Louvre. À l’endroit exact où le 7 mai 2017, Emmanuel Macron allait prononcer son premier discours de président.
Le message est clair. Marine Le Pen est de la même trempe qu’Emmanuel Macron, celle des chefs d’État. Mais il y a un second contenu.
Subliminal, cette fois-ci. Marine Le Pen est filmée de jour. Histoire de souligner justement qu’entre elle et le président sortant, c’est le jour et la nuit.
Une nuit dans laquelle le chef de l’État a plongé le pays. Alors qu’avec elle, un jour nouveau se lève. Bon, tout ça, c’est de la com.
On est d’accord. Mais c’est malin. Si vous avez aimé cette chronique, si vous voulez nous soutenir, n’hésitez pas à vous abonner à notre chaîne Youtube.
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