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interviewLe Média· 6 février 2020 15 min

BIENVENUE CHEZ LES DINGUES | LES INSOUMIS GRIPPENT LA REFORME DES RETRAITES

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Il n’y a pas de soutien des Républicains pour une tête de liste qui serait le Premier ministre. Je pensais que ça passerait comme une lettre à la Poste. Est-ce que c’est normal que ça soit la petite entreprise qui paie 100% ça et pas la solidarité nationale ?

On a manqué en tout cas de clairvoyance. Nous n’avions pas anticipé, ça c’est vrai. Ce qui est compréhensible de la part de Gilles c’est qu’il essaie de tenir son groupe.

Cette proposition de loi n’était pas mal ficelée, il faut arrêter les procès débiles. C’est une erreur, évidemment, il n’y a aucun doute là-dessus. Les conséquences de la candidature d’Édouard Philippe au Havre, la bévue du gouvernement sur l’allongement du congé pour le deuil d’un enfant, les suites de la dissidence de la candidature Villani à Paris, les errements de Nicole Belloubet, la garde des Sceaux sur la laïcité, et le blocage de l’examen du projet de loi sur les retraites.

C’est dans le numéro 62 du P’tit coup de Bourbon. Y a-t-il encore un pilote dans l’avion ? On finit par en douter quand on regarde la semaine qui vient de s’écouler.

Une accumulation de faux pas et de bourdes. Le gouvernement ressemble à ces canards qui continuent de courir alors même que le fermier vient de les décapiter. Prenons le Premier ministre.

Sous la Ve République, il est le chef de la majorité présidentielle. Eh bien, en Macronie, le chef de la majorité présidentielle conduit une liste municipale qui va, selon toute vraisemblance, porter à la tête de la ville du Havre un élu de l’opposition. Vous n’y croyez pas ?

Vous avez tort, tout est possible avec ce régime ubuesque. Vendredi dernier, le Premier ministre a donc annoncé sa candidature à la mairie du Havre. Expliquant, cependant, qu’il n’occuperait pas le siège de premier magistrat, puisque ses fonctions le retiennent à Matignon.

Jusqu’à quand, ça, c’est une autre histoire. Qui sera donc celui qui conservera sa place au chaud ? Le numéro 3 de la liste.

Qui n’est autre que l’actuel maire LR du Havre, Jean-Baptiste Gastinne. Du coup, Les Républicains se sont fâchés. Pas question de soutenir une liste conduite par celui qu’ils combattent à l’Assemblée : Il n’y a pas de soutien des Républicains pour une tête de liste qui serait le Premier ministre.

On est en combat par rapport à sa politique, notamment sur les retraites, sur beaucoup d’autres sujets, et les Français ne comprendraient pas, de notre part, qu’on soutienne un Premier ministre qu’on combat par ailleurs. Il y a une logique et une cohérence des choses qui sont faites aujourd’hui par le parti. Une incohérence qui n’est que la dernière en date d’une série qui s’allonge.

Ainsi l’affaire du congé pour le deuil d’un enfant. Au point de départ, une proposition de loi du député UDI Guy Bricout qui propose de porter de 5 à 12 jours le congé accordé aux parents confrontés à cette cruelle épreuve. Qui pourrait être contre ?

C’était le sentiment de François Ruffin lors de la discussion de ce texte, jeudi dernier, dans l’hémicycle. Je dois dire que, quand a été déposée cette proposition de loi de notre collègue de droite, monsieur Bricout, pour l’allongement de 5 à 12 jours du congé en cas de perte d’enfant, je pensais que ça passerait comme une lettre à la Poste et qu’il n’y aurait pas de division sur ces bancs. Qu’il n’y aurait pas de droite, qu’il n’y aurait pas de gauche, qu’il n’y aurait pas de majorité, qu’il n’y aurait pas d’opposition.

Mais voilà, le gouvernement s’est opposé à cette proposition. Avec cet argument, martelé par la ministre du travail Muriel Pénicaud et la députée LaREM du Var, Sereine Mauborgne. Est-ce que c’est normal que ce soit la petite entreprise qui paie 100% ça et pas la solidarité nationale ?

C’est ça le sujet. La proposition de loi qui nous est faite ce n’est pas de la générosité madame, quand on s’achète de la générosité à bon prix sur le dos des entreprises, c’est quand même un peu facile. Cette attitude a provoqué un tonnerre de protestations.

Au point qu’Emmanuel Macron lui-même est descendu de l’Olympe, le week-end dernier, pour enjoindre à ses disciples de faire preuve de davantage d’humanité. Ils auraient même été traités de “cons” dans les couloirs du palais présidentiel. Sous la Ve République, le député de la majorité est traditionnellement réduit au rôle peu glorieux de godillot.

Mais il arrive que le croquenot le plus lourdaud finisse par se révolter. Mardi, la réunion du groupe parlementaire LaREM a tourné à la grande lessive. Je crois que les députés ont voulu, un petit peu, laver leur honneur, et beaucoup sont montés au créneau, je le dis d’ailleurs pas forcément l’aile gauche qu’on entend souvent et que je peux représenter, mais des députés qui sont classiques on va dire qui sont plutôt en règle générale assez obéissants, qui sont montés au créneau pour dire “excusez nous mais le bouc émissaire ce serait que les députés En Marche qui seraient inhumains, qui auraient aucun sens politique, qui seraient des imbéciles, c’est un scénario qu’on n’accepte pas parce que la fois où vous nous avez dit de voter contre, certains ont voté contre en leur âme et conscience parce que techniquement ils trouvaient que le projet était pas bon.

On a voté contre et une fois qu’on a voté contre on ouvre la presse en faisant “oui c’est des cons, c’est des imbéciles, ces gens-là sont inhumains”.” C’est inacceptable, c’est inacceptable. Politiquement c’est une catastrophe parce que justement l’exécutif devrait anticiper ça, et nous aussi.

Depuis, les députés macronistes ne cessent de battre leur coulpe. On a manqué en tout cas de clairvoyance et de clarté dans le message. De ce point de vue c’est impardonnable, la preuve c’est que les gens ne nous le pardonnent pas aujourd’hui.

Ce que nous n’avions pas anticipé, ça c’est vrai, c’est le fait qu’on ne retiendrait de ce texte, de cette discussion, du travail parlementaire, que la question des jours de congés. Et que dans le contexte, cette question deviendrait vite inflammable et donnerait lieu à la polémique que vous avez sue. Du côté de l’UDI, partenaire de la majorité, on affecte de ne pas jeter d’huile sur le feu.

Mais les mots restent sévères. Cette proposition de loi n’était pas mal ficelée, il faut arrêter les procès débiles. Elle était parfaitement ficelée, simplement madame Pénicaud a jugé que ce n’était pas aux entreprises de payer quelque chose, le MEDEF lui même dit qu’il était d’accord.

Donc il n’y a pas de problème en réalité pour l’adopter, je pense qu’une erreur a été commise je n’en fais pas le procès. Maintenant l’important c’est de régler l’erreur, on l’inscrit au Sénat, on rétablit le texte, il est très bien ficelé, on rajoute des droits si la majorité actuelle souhaite en rajouter, et puis on fait vite surtout pour que dans un mois, un mois et demi, malheureusement, les 4500 parents par an qui perdent leur enfant aient un accompagnement, une solidarité de la nation. Et puis il y a toujours le Vaudeville parisien.

Je vous l’avais annoncé la semaine dernière, Cédric Villani, l’homme à l’araignée, candidat dissident contre l’ancien porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, a été exclu de LaREM. Logique, me direz-vous. Ce qui l’est moins, c’est que Villani, qui va vraisemblablement faire trébucher son parti dans la conquête de la capitale, reste membre du groupe parlementaire de LaREM.

J’avais moi-même du mal à y croire. J’ai donc demandé à Gilles Le Gendre s’il allait s’aligner sur le délégué général de la République en marche, Stanislas Guerini, et exclure à son tour le candidat dissident du groupe parlementaire. C’est normal que le mouvement soit le théâtre de ce genre de scène.

Il est normal que mon ami Stanislas Guérini et les instances du mouvement régulent, et le cas échéant sanctionnent, mais je veux sanctuariser notre groupe parlementaire parce qu’il a un travail à produire très clair, on vient d’en avoir un exemple mais il y en a beaucoup d’autres, qu’il doit mener à bien encore pendant deux ans et demi. Donc, je le dis, je ne prononcerai pas d’exclusion des membres de mon groupe pour ce motif-là. Et comme je n’étais toujours pas convaincu, j’ai demandé à Jean-François Cesarini de m’éclairer.

Ce qui est compréhensible de la part de Gilles c’est qu’il essaie de tenir son groupe pour pas que le groupe explose, c’est vrai que l’exclusion de Villani ne l’aide pas. J’imagine qu’il l’a mal vécu en disant “ça risque peut-être de déclencher la création d’un nouveau groupe parlementaire”. Il essaie de trouver un équilibre en disant : “le parti l’exclut mais le groupe le garde”.

Effectivement je pense que c’est inentendable dans l’opinion publique, personne ne peut comprendre pourquoi le parti l’a exclu mais que le groupe politique LaREM à l’Assemblée le conserve. Qu’ils le gardent ou qu’ils le gardent pas de toute façon je pense que Cédric ne restera pas dans le groupe, il ira ou dans un autre groupe, Liberté et Territoire, ou peut être créera un groupe à lui. Quoi qu’il en soit, le groupe de LaREM fond comme neige au soleil.

On a appris ce jeudi le départ de la députée de Charente-Maritime, Frédérique Tuffnell. Dans un communiqué, celle-ci déclare refuser de “creuser davantage le fossé” entre l’exécutif et l’opinion. Encore 12 départs et LaREM perd la majorité absolue à l’Assemblée nationale.

Le festival des bourdes ne s’arrête pas là. Prenons l’affaire de la jeune Mila, cette lycéenne qui s’est répandue en imprécations contre l’Islam après avoir été prise à partie sur les réseaux sociaux. Et qui, depuis, menacée de mort, ne peut plus fréquenter son lycée.

Dans notre République laïque, les choses sont simples. Chacun a le droit de conchier les religions, comme disait Aragon de l’armée. Mais pas de dénigrer les croyants.

C’est à cette règle simple que s’en est tenue Mila. Et c’est son droit absolu. Un droit que la République doit protéger.

Patatras. Commentant l’affaire la semaine passée, voilà que la Garde des Sceaux, Nicole Belloubet, pourtant docteur en droit et agrégée de droit public, convoque un délit qui n’existe pas : le blasphème. Écoutez-la sur Europe 1.

L’insulte à la religion, c’est évidemment une atteinte à la liberté de conscience, c’est grave. Là encore, l’affaire s’est soldée par un rétropédalage en règle le lendemain. La phrase, prise en tant que telle, c’est une erreur évidemment, il n’y a aucun doute là dessus.

Honnêtement je n’avais pas à dire ça, c’est sûr. Pour faire bonne mesure, je pourrais rajouter à ce tableau l’épisode de la circulaire Castaner sur les résultats électoraux. Je vous en avais parlé, il y a quinze jours.

Dans sa version initiale, elle permettait de maquiller les résultats des municipales. Eh bien, vendredi dernier, le Conseil d’État a retoqué la circulaire en question. Écarté le seuil de 9000 habitants pour prendre en compte les résultats, écartée surtout la nuance divers centre qui permettait à la République en marche de s’attribuer des victoires électorales qui n’était pas les siennes.

La France n’est pas encore une République bananière et c’est heureux. Cet empilement de maladresses politiques témoigne de l’isolement du pouvoir. Enfermé dans la certitude que tout lui est permis, il ne comprend plus le pays réel et s’égare dans son labyrinthe technocratique.

Depuis lundi, la commission spéciale de l’Assemblée examine les quelque 22 000 amendements apportés au projet de loi sur les retraites. Dont 19 000 rédigés par les députés de la France insoumise. Ces derniers ne font pas mystère de leur intention : retarder autant que possible l’adoption du texte.

On touche quelque chose de fond là, on touche le système des retraites ça nous concerne tous. Emmanuel Macron, je le rappelle, n’a pas été élu pour faire ça, il a même écrit page 13 de son programme qu’il n’allongerait pas la durée du travail, qu’il ne toucherait pas aux pensions. Il fait l’inverse aujourd’hui, nous on tire le signal d’alarme avec les quelques outils que nous avons.

Déposer ce nombre significatif d’amendements, déposer une motion de censure pour que les gens se disent “à l’Assemblée nationale c’est aussi la caisse de résonance de la grande protestation qu’il y a dans le pays”. Le pire ce serait que le pays soit mobilisé, en colère, et qu’ici il n’y ait que des gens raisonnables, des belles personnes qui se parlent gentiment et qui laissent passer ce texte de loi en ronronnant, moi je ne suis pas d’accord. Et dans cette entreprise, les insoumis ne sont pas seuls.

Les groupes communistes et socialistes, s’ils n’ont pas déposé autant d’amendements, ne condamnent pas le procédé. Il est vrai que sous la Ve République, toutes les oppositions ont, un jour ou l’autre, recouru à cette forme de guérilla. Le gouvernement fait preuve d’une violence institutionnelle sans nom. 29 ordonnances sur un sujet aussi important.

Une conférence de financement qui sort de l’Assemblée, les questions de fond sur comment on va financer les retraites d’aujourd’hui et de demain. Et donc notre rôle c’est de faire rentrer la colère du peuple en commission, dans l’hémicycle, par tous les moyens qui sont à notre disposition. Les communistes ont fait le choix d’amendements de fond, 500.

En séance on va lever le cran pour permettre d’ailleurs l’expression la plus large possible. Les insoumis ont fait le choix de déposer plusieurs milliers d’amendements, mais tout ça s’additionne, moi je n’oppose aucune stratégie, ces stratégies c’est un front commun de ceux qui sont opposés au projet pour faire en sorte que la vie de ce gouvernement, qui fait mal aux vies, qui fait mal aux gens, qui fait mal aux retraités d’aujourd’hui et aux retraités de demain, ne soit pas un long fleuve tranquille. Ce qui moi me paraît relever de l’obstruction parlementaire, c’est le comportement du gouvernement.

C’est le fait de nous présenter une étude d’impact en dessous et en deçà de ce qu’elle devrait être pour éclairer la représentation nationale. C’est de présenter une étude d’impact partielle et partiale avec des cas types qui sont tronqués ou truqués. C’est présenter un texte à trous avec 29 ordonnances, plus d’une centaine de décrets.

Nous demander de nous prononcer sans savoir exactement où l’on va. La droite, elle, pourtant opposée au projet de loi, renvoie dos à dos gouvernement et insoumis. C’est un non débat, c’est une mascarade.

Aujourd’hui nous sommes en commission spéciale, on a à peine étudié 300 amendements sur les 22 000 déposés, ça veut dire quoi ? Ca veut dire que la commission spéciale ne pourra certainement pas aller jusqu’à son terme, et donc on va avoir le projet de loi qui sera déposé dans l’hémicycle sera le même que le projet de loi gouvernemental. Donc c’est une mascarade avec un espèce de jeu de dupes entre d’un côté un gouvernement qui s’obtient dans une mauvaise réforme et de l’autre la France insoumise qui décrédibilise totalement l’action du Parlement.

Ce sont les idiots utiles du système qui servent les intérêts du gouvernement. Le gouvernement souhaite que l’examen en commission se termine dans le courant de la semaine prochaine. La discussion dans l’hémicycle doit en effet débuter le 17 février.

Mais il est vraisemblable que la commission spéciale n’aura pas achevé ses travaux. Dans ce cas, c’est le texte initial du gouvernement qui serait soumis aux députés. Et tout le travail d’amendements serait à refaire.

Autant dire que l’adoption définitive du texte s’éloigne. Mais à gauche, on réfléchit déjà au coup d’après. Et même le parti socialiste qui s’était montré plutôt frileux dans un premier temps, semble désormais prêt à utiliser toutes les voies de recours qui s’offrent à l’opposition.

Écoutez, nous on a dit que tous les instruments étaient sur la table, tous. Tous ceux que le parlement et notamment les oppositions ont à leur disposition, sont sur la table. Ca va de la motion de censure à la motion référendaire, en passant par le recours au Conseil constitutionnel, au droit de déposer et de débattre d’amendements dans de bonnes conditions.

Cependant, si le blocage perdure, le gouvernement n’aura d’autre porte de sortie que l’utilisation de l’article 49.3. Dans cette hypothèse, le projet de loi est réputé adopté sauf si une motion de censure, déposée dans les 24 heures qui suivent, est adoptée.

Pour le moment, le gouvernement ne veut pas envisager cette éventualité. Le coût politique d’un tel passage en force serait démesuré au regard du contexte actuel. Mais, d’un autre côté, combien de temps encore pourra-t-il endurer la paralysie du Parlement ?