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InterviewFrance Culture — L'invité(e) des Matins (sur Site radio)· 20 octobre 2026 40 minContradictoireActualité / polémiqueSécuritéJusticeInstitutions & électionsSolidarités & famille

Face aux violences du 17 octobre, l’État impuissant ?

Source d'origine 2 locuteurs

Audio original de l'émission.

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 17 %Attaque 55 %Défensif 28 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 91 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:53OuverteRéponse partielle

    À quoi ça sert un couvre-feu ?

  • 2:08OuverteRéponse directe

    Quelle analyse faites-vous de ce fiasco du 17 octobre ?

  • 3:57OuverteRéponse directe

    Qu'est-ce que ça veut dire, l'évolution des doctrines de maintien de l'ordre ?

  • 5:39RelanceRéponse directe

    Pourquoi les méthodes utilisées les semaines précédentes n'ont-elles pas fonctionné ?

  • 7:49RelanceRéponse directe

    Comment expliquer une telle sous-estimation de l'ampleur des manifestations ?

  • 9:13OuverteRéponse directe

    Peut-on distinguer les lycéens des pillards dans les manifestations ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:53PrésentateurFait
    « On n'avait jamais vu de telles scènes de pillage et de destruction. »
  • 1:58PrésentateurChiffre
    « En un samedi, on avait finalement réussi à en faire autant que durant toutes les journées de mobilisation des gilets jaunes. »
  • 16:42PrésentateurChiffre
    « On est à plus de 10 000 gardes à vue. »
  • 19:16PrésentateurChiffre
    « Il y a eu 2500 personnes placées en garde à vue après les violences de ce week-end. »
  • 19:21PrésentateurChiffre
    « 700 ont été présentées à un magistrat, c'est-à-dire ont été déférées à l'issue de la garde à vue. »
  • 19:31PrésentateurChiffre
    « 8 personnes sur 10 pour l'instant qui font l'objet d'une réponse pénale, c'est-à-dire 20% de ces dossiers qui sont classés sans suite. »
  • 20:16InvitéChiffre
    « On avait un taux quasiment de 70% de ce qu'on appelle des alternatives aux poursuites. »
  • 36:01InvitéFait
    « je trouve que c'est l'expression du monopole de la violence légitime »
  • 36:12InvitéFait
    « c'est le monopole de la force parce que la violence c'est toujours condamnable »
  • 37:17InvitéChiffre
    « les policiers reçoivent aussi une violence absolument qui est du jamais vu »
  • 38:55PrésentateurFait
    « il faut évidemment les réprimer »
  • 39:13InvitéFait
    « la violence elle n'émerge pas de nulle part »

Temps de parole

  • Présentateur45 %
  • Présentateur 229 %
  • Invité23 %
  • ?4 %

≈ 12,3 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:07
Présentateur

C'est la une de libération, nous niaise, autrement dit, le ministre de l'Intérieur. Dans la NAS, couvre-feu à Paris, Lyon et Lille, restrictions de circulation imposées donc dans quelques villes de France. Un ministre de l'Intérieur fragilisé après le rejet de sa démission. Essayons de comprendre ce qui s'est déroulé le 17 octobre avec une présence policière manifestement en sous-effectif. Bonjour Marie Lajus, vous êtes ancienne préfète et ancienne commissaire de police. Tout d'abord, si l'on prend les choses dans l'ordre et l'on prend donc la dernière décision, celle des couvre-feu. A quoi ça sert un couvre-feu

0:54
Locuteur

? Bonjour

0:56
Présentateur

Guillaume Herner.

0:57
Locuteur

La

0:58
Présentateur

difficulté qu'ont à traiter les autorités administratives et policières face à des troubles à l'ordre public, c'est souvent celle de distinguer les fauteurs de troubles

1:06
Locuteur

du

1:07
Présentateur

reste des publics, qu'ils soient manifestants ou non, plus pacifiques.

1:12
Locuteur

C

1:12
Présentateur

'est manifestement ce qui s

1:13
Locuteur

'est

1:13
Présentateur

déroulé le 17 octobre.

1:14
Locuteur

La

1:15
Présentateur

réponse par le couvre-feu, elle vise à distinguer ces publics en restreignant très largement la liberté des publics pacifiques et en faisant apparaître plus clairement sur la voie publique ceux qui pourraient être des fauteurs de troubles, facilitant ainsi le travail des forces de police en interdisant de sortie ou en limitant drastiquement la liberté des autres.

1:40
Locuteur

Aujourd

1:41
Présentateur

'hui, nous nous interrogeons tous sur les raisons de ce fiasco, ce 17 octobre, qui a été particulièrement impressionnant. On n'avait jamais vu de telles scènes de pillage et de destruction. J'ai lu qu'en un samedi, on avait finalement réussi à en faire autant que durant toutes les journées de mobilisation des gilets jaunes. Marie Lajus, vous qui avez été préfète, avez été commissaire de police, quelle analyse avez-vous de ce fiasco ? Il me semble qu'il faut le restituer dans un enchaînement d'événements dans le mois qui a précédé.

L'échec du 17 octobre, c'est d'abord l'incapacité ou la très grande difficulté à traiter et à apaiser la montée de tensions du mouvement lycéen qui déjà a commencé à coaliser un certain nombre de colères multiples. Il passe d'un mouvement lycéen à un mouvement lycéen et étudiant, à un mouvement qui ramène aussi une logique émeutière de banlieue comme on a pu le connaître ces dernières années. Et puis il s'agrège avec un appel à manifester des gilets jaunes. En tout cas, la tension montait depuis plusieurs semaines et la réponse qui a été faite à cette montée de tensions manifestement n'a pas suffi à apaiser, à diminuer la mobilisation.

3:07
Locuteur

Le

3:07
Présentateur

deuxième facteur, me semble-t-il, c'est le sous-dimensionnement absolument manifeste du dispositif policier en réponse à une sous-estimation de la mobilisation. On reviendra peut-être sur la très grande difficulté à prévoir ce type de mobilisation qui sont particulièrement diffuses. On est loin des organisations bien connues avec lesquelles on travaille, des organisations syndicales, etc. Et puis, sans doute qu'un troisième facteur des difficultés qui ont émaillé la journée du 17, c'est celle des réponses policières, des techniques de maintien de l'ordre mises en œuvre et aussi de l'état physique et psychologique des troupes éreintés par les semaines précédentes.

Justement, vous insistez beaucoup, Marie Lajus, sur l'évolution du maintien de l'ordre, des doctrines de maintien de l'ordre durant ces dernières années en France. Qu'est-ce que ça veut dire

3:58
Locuteur

? Alors,

4:00
Présentateur

de fait, le maintien de l'ordre a évolué face à des modalités manifestantes qui elles-mêmes ont beaucoup évolué. Dans l'histoire un peu longue du maintien de l'ordre en France, c'est d'abord l'histoire de terribles échecs de l'autorité politique et gouvernementale face à des manifestants sur lesquels on tire, notamment à l'époque où c'est l'armée qui fait face et qui répond. Face à ces échecs, la France a élaboré non seulement une doctrine de maintien de l'ordre mais construit des équipes, des entités très spécialisées dans la capacité à répondre aux mouvements de foules par une logique de distance,

4:37
Locuteur

de

4:38
Présentateur

retenue et d'évitement du contact avec les foules manifestantes. C'est ce qu'ont su développer les compagnies de CRS et les escadrons de gendarmes mobiles. Mais alors, ce qu'on ne comprend pas très bien, c'est qu'à la fois, on a vu des scènes extrêmement violentes par exemple pendant les gilets jaunes, donc un certain nombre

4:58
Locuteur

de visages

5:00
Présentateur

éborgnés, de mains arrachées, etc. On a vu ça de manière récurrente et dans le même temps, lorsqu'il s'agit donc d'en venir à des moyens qui permettent, je ne sais pas, d'empêcher les pilleurs ou les émeutiers de nuire, là, on a l'impression qu'il y a un usage de la retenue beaucoup plus important.

5:24
Locuteur

Je

5:25
Présentateur

crois que ce qui s'est passé clairement samedi, c'est un défaut d'effectif face à l'ampleur des phénomènes. Mais si l'on revient aux méthodes par lesquelles on a fait face aux manifestants déjà les semaines précédentes, elles sont caractéristiques de ces évolutions que j'évoquais, dans lesquelles, en gros, depuis la fin des années 90, début des années 2000, on a des mouvements très violents, avec notamment les black blocs qui apparaissent dans les manifestations, doublés de l'apparition de casseurs et ou de pillards, comme par exemple ça a été le cas à l'époque des émeutes et des manifestations violentes contre le CPE.

C'est le début des vitrines brisées, de voitures brûlées, mais aussi de pillages dans les rues de Paris, face auxquelles la doctrine de distance, de retenue, de non-contact est battue en brèche parce que la décision est à ce moment-là de mettre en œuvre de l'interpellation, beaucoup plus largement, quitte à changer la manière d'intervenir, c'est-à-dire d'avoir des policiers qui, au lieu de rester massés à distance, vont au sein même de la manifestation procéder à des interpellations, et à des interpellations qui vont être de plus en plus nombreuses, en s'adjoignant l'usage d'armes dont on a beaucoup parlé ces dernières semaines, et notamment les lanceurs de balles de défense. Voilà.

Pourquoi ça ne s'est pas passé ainsi samedi ? Parce qu'ils étaient tout simplement sous-effectifs, comme vous l'avez dit

6:45
Locuteur

? Samedi,

6:46
Présentateur

manifestement, dans l'ensemble des villes de France, il y a eu une sous-estimation du nombre de manifestants qui fait que les policiers se sont retrouvés acculés à gérer également des cortèges multiples. C'est-à-dire qu'un autre phénomène qui est assez caractéristique de la journée de samedi, c'est la difficulté à organiser des cortèges dans un contexte dans lequel on n'a pas d'organisation fortement structurée. Jusqu'à la veille au soir, le cortège n'est pas complètement calé avec les forces de l'ordre. Il y a sans doute un défaut de capacité de négociation aussi entre les préfectures et les organisateurs, si tant est qu'il existe des organisateurs et des cortèges multiples.

Ça oblige à démultiplier les localisations des forces de sécurité et, dans un certain nombre de situations, à avoir des zones entièrement dépourvues de policiers et de gendarmes. Mais alors, justement, parce que c'est ça qui étonne, et beaucoup de commentaires sont d'ailleurs assez cruels à cet égard. Il y

7:47
Locuteur

a

7:47
Présentateur

la question, on va en reparler, du renseignement. Comment fait-on pour, à ce point, se tromper sur l'ampleur et la nature aussi peut-être d'une manifestation ? Et puis, il y

7:58
Locuteur

a

7:58
Présentateur

la question de savoir comment on articule à la fois une police qui sait se montrer violente à certains moments et qui se montre absente à d'autres et n'est pas capable de faire assurer l'ordre

8:09
Locuteur

? D

8:11
Présentateur

'assurer l

8:11
Locuteur

'ordre ? Dans

8:12
Présentateur

un contexte dans lequel la paix publique ne peut être exclusivement garantie par les forces de sécurité intérieure. Le sujet, il est à la fois, évidemment, de technique policière, mais aussi de réponse politique.

8:26
Locuteur

C

8:26
Présentateur

'est-à-dire ?

8:28
Locuteur

C

8:28
Présentateur

'est-à-dire que, notamment, je l'évoquais d'un point de vue policier, la montée de tensions qu'on a quand même vue se former ces dernières semaines avec le mouvement lycéen

8:41
Locuteur

n

8:42
Présentateur

'a pas trouvé de réponse ou d'échappatoire autre que la réponse policière. C'est-à-dire que c'est le ministre de l'Intérieur et les forces de sécurité qui ont été envoyées en première ligne face à un mouvement qui, certes, avait des déclinaisons extrêmement violentes, des usages de mortiers artifices dans de nombreux lieux, des blessures des deux côtés, mais un mouvement qui a toujours, je crois, des revendications et une demande de débouchés politiques. Parce que, justement, samedi dernier, on a distingué à tort ou à raison, je vous pose la question, Marie Lajus, on a distingué des lycéens, des manifestants, des gilets jaunes, et puis de l'autre, des

9:25
Locuteur

pillards

9:26
Présentateur

et des émeutiers.

9:28
Locuteur

Alors,

9:28
Présentateur

on le distingue, évidemment, après coup et dans le discours politique. Mais d'un autre côté, dans la manifestation, c'est très difficile de distinguer.

9:38
Locuteur

C'est ce

9:38
Présentateur

que

9:39
Locuteur

j'ai pensé à l'instant. Mais est-ce que vous pensez qu'il

9:39
Présentateur

y a une porosité ? Là, il y a les premières comparutions. Alors, sociologiquement, j'aurais beaucoup de mal à vous répondre dans le détail. Ma conviction, c'est qu'on a vraiment

9:51
Locuteur

des

9:52
Présentateur

profils extrêmement différents entre, par exemple, les militants d'ultra-gauche, les anarcho-autonomes, qui sont

10:01
Locuteur

peu

10:02
Présentateur

nombreux relativement à la masse manifestante, mais extrêmement hostiles, extrêmement violents, les profils de casseurs, les profils de délinquants, de voleurs, qu'ils soient pour certains un peu organisés ou pour d'autres des délinquants d'opportunité, et les profils manifestants pacifiques, qui sont l'immense majorité. Tous ces profils sont très différents, mais ils se mêlent dans une même manifestation à une réponse unique. Passons maintenant à la question du renseignement. Marie Lajuste, vous avez été préfète, vous avez été également commissaire de police.

10:37
Locuteur

Est

10:38
Présentateur

-ce que l'on est aujourd'hui en présence

10:41
Locuteur

d

10:42
Présentateur

'un appareil inadapté à faire du recueil d'informations ? Je ne sais pas, est-ce que les nouvelles mobilisations échappent

10:49
Locuteur

à

10:50
Présentateur

ces méthodes de renseignement

10:52
Locuteur

? Il

10:52
Présentateur

ne s'agit pas de jeter l'opprobre sur les fonctionnaires des services de renseignement, mais manifestement, déjà, lors des Gilets jaunes, on est passé complètement à côté du phénomène. Ce qui rend les choses plus difficilement excusables aujourd'hui, c'est qu'on avait déjà eu les Gilets jaunes il y a quelques années. C'est un peu le même phénomène qui se produit. Alors, ça s'explique sans doute

11:14
Locuteur

par

11:15
Présentateur

la nature de ces mobilisations qui ne prennent pas du tout les canaux habituels, auxquels sont habitués les services de renseignement.

11:22
Locuteur

Vous voulez dire

11:23
Présentateur

des mobilisations syndicales ? Voilà, exactement. En même temps, on a quand même l'impression, mais là, je vous parle comme tout citoyen français qui aurait le même niveau de connaissance, mais il y a une diffusion d'informations sur les réseaux sociaux qui est extrêmement largement partagée.

11:39
Locuteur

Je

11:40
Présentateur

ne crois pas que l'essentiel de ces mobilisations soit passé par des outils cryptés ou des modalités complexes d'organisation. Et il semble qu'on soit insuffisamment outillés, peut-être du fait d'ailleurs d'une concentration des services de renseignement sur d'autres problématiques, notamment les problématiques de radicalisation islamiste, sur lesquelles on a mis pas mal d'effectifs ces dernières années, et c'est bien normal. Mais d'un autre côté, ce qui se passe dans les banlieues, ce qui se passe sur les réseaux sociaux, on est manifestement bien moins bien outillés.

12:14
Locuteur

Et

12:14
Présentateur

puis, j'ai aussi le sentiment que c'est un peu en ligne avec une incapacité de l'ensemble du monde politique à percevoir ce qui se passe dans la société.

12:24
Locuteur

Ce qui

12:25
Présentateur

est assez déri, parce que ça veut dire que finalement, il n'y a plus véritablement de corps intermédiaires, aussi bien syndicaux que politiques, Marie Lajus

12:33
Locuteur

? Alors

12:34
Présentateur

là encore, je sortirai de ma compétence en m'engageant sur une analyse sociologique de ces phénomènes, mais d'un point de vue policier, il est certain que la préparation, l'anticipation et la gestion des manifestations est beaucoup plus difficile quand on n'a pas d'interlocuteur et de modalité de négociation, d'apaisement ou d'établissement d'un lien de confiance. Vous n'êtes pas si éloigné que cela, parce que vous avez été préfète, et j'imagine que quand on est préfet, on a ces problèmes-là à prendre en compte. Bien sûr, et j'ai pu juger par exemple au moment de la mobilisation des gilets jaunes, de la grande difficulté à comprendre ce qui se passait. On était vraiment

13:18
Locuteur

à côté de la plaque.

13:19
Présentateur

Vous discutiez avec des gilets jaunes ?

13:22
Locuteur

Oui,

13:23
Présentateur

alors en l'espèce, j'étais en poste en Charente à l'époque, et avec les services de police du département, le directeur départemental de la police, avec lequel on fonctionnait extrêmement bien, on a cherché vraiment à aller au contact avec les gilets jaunes, et tenter d'identifier les meneurs, les organisateurs, si tant est qu'il y en est, mais en tout cas avoir un minimum d'échanges, de manière à tenter de mettre en œuvre ce à quoi j'ai vraiment toujours cru, c'est-à-dire la nécessité d'un contact accru avant et pendant les manifestations, avec une partie des foules manifestantes, celles qui se comportent le mieux, et une politique de désescalade.

14:02
Locuteur

Voilà,

14:02
Présentateur

donc ça, c'est pour ceux qui peuvent être partie prenante dans une négociation, dans un dialogue. Pour les pillards, en revanche, et les émeutiers, là, qu'est-ce qu'on peut faire, Marie Dajus

14:16
Locuteur

? Le

14:17
Présentateur

plus important, c'est déjà d'être capable d'établir une relation de confiance avec une proportion la plus importante possible des manifestants ou des organisateurs de manifestations. Je suis convaincue qu'avec une partie des casseurs ou des pillards, la négociation est absolument impossible et qu'il faut être capable de les interpeller, de les poursuivre et de les condamner. Mais ce qui rend les choses difficiles, c'est quand la distance qui s'accroît, je crois, ces dernières semaines, qui s'est accrue beaucoup entre les forces de sécurité et les manifestants, tente à coaliser, finalement, l'ensemble des manifestants contre les forces de sécurité.

Mais alors, là aussi, quand vous dites interpeller les pilleurs et les casseurs, on a vu se développer une technique de maintien de l'ordre à laquelle on n'était pas habitués, sauf erreur de ma part, le fait de nasser les manifestants. C'est assez désagréable. Mais si on réussit à nasser des manifestants, pourquoi ne réussit-on pas à nasser des casseurs, alors que ceux-ci à République... Alors,

15:18
Locuteur

on

15:18
Présentateur

voit bien que le dispositif était sous-effectif, mais si on nasse des manifestants, pourquoi ne réussit-on pas à nasser des casseurs

15:30
Locuteur

? On

15:31
Présentateur

a fait un usage parfois un peu immodéré de la métaphore de la pêche au chalut. La question,

15:37
Locuteur

c

15:37
Présentateur

'est de savoir qui se trouve à l'intérieur du chalut, à l'intérieur du filet. La technique de la NAS, pourquoi pas, si on a la certitude d'avoir isolé, dans un coin de la manifestation ou d'un côté du boulevard, exclusivement ou quasi exclusivement des fauteurs de troubles. Sauf que

15:53
Locuteur

la particularité de ces

15:55
Présentateur

fauteurs de troubles,

15:55
Locuteur

c

15:55
Présentateur

'est de se mêler aux foules. Donc, dans ces cas-là, on se retrouve à ramasser au chalut tout ce qui passe, y compris les gens qui courent le moins vite et des personnes qui peuvent se retrouver en grande difficulté à ne pas pouvoir s'échapper. Et c'est extrêmement problématique. Un des principes du maintien de l'ordre que j'ai appris à l'école des commissaires de police, c'est de toujours ménager des possibilités de sortie suffisamment visibles, suffisamment larges pour que personne ne se retrouve enfermé. Bon, mais ça, ça n'est pas toujours respecté par la police.

16:25
Locuteur

C

16:25
Présentateur

'est compliqué à mettre en œuvre et ça l'est d'autant plus quand il y a une recherche trop systématique d'interpellations non ciblées.

16:34
Locuteur

Et

16:35
Présentateur

c'est manifestement ce qui s

16:36
Locuteur

'est

16:36
Présentateur

dérouvé.

16:36
Locuteur

Pourquoi vous

16:36
Présentateur

voulez dire qu'il y

16:37
Locuteur

a

16:37
Présentateur

une politique du chiffre ?

16:38
Locuteur

Il

16:38
Présentateur

y a eu des interpellations incroyablement nombreuses ces dernières semaines, notamment sur les mouvements lycéens. On est à plus de 10 000 gardes à vue. Ça montre à quel point les consignes ont été larges sur l'interpellation. provoquant d'ailleurs sans doute l'encombrement de la chaîne pénale. On en parlera sans doute tout à l'heure avec une magistrate. Absolument. Nous serons en compagnie de la première vice-procureure au tribunal judiciaire de Paris, Béatrice Brugère.

17:03
Locuteur

Mais

17:04
Présentateur

ces pratiques d'interpellation très très généralisées, elles peuvent aussi avoir un effet de rupture, de l'équilibre au sein même de la manifestation. c'est-à-dire que ça peut avoir un effet pervers d'antagonisation forte entre les manifestants et les forces de sécurité et voire même d'embrasement.

17:26
Locuteur

D

17:26
Présentateur

'embrasement, c'est-à-dire que cela peut mettre de l'huile sur le feu ? Dans certaines situations, absolument. Et notamment face à certains comportements policiers

17:38
Locuteur

qui,

17:39
Présentateur

j'en suis convaincu, restent isolés, mais qui sont très largement diffusés sur les réseaux sociaux qui coalisent des manifestants extrêmement pacifiques dans une grande hostilité contre les forces de sécurité, ce qui est tout à fait problématique. Marie Lajus, on vous retrouve dans quelques minutes. Vous êtes ancienne préfète, ancienne commissaire de police. Vous serez, comme je l'ai dit, rejointe par une magistrate, Béatrice Brugère, qui est secrétaire générale du syndicat Unité Magistrat FO. On lui doit justice, la colère qui monte aux éditions de l'Observatoire. 8h sur France Culture.

18:12
Locuteur

Les

18:13
Présentateur

matins de France Culture. Guillaume Erner. 8h21, on évoque ces violences du 17 octobre. Un État qui, semble-t-il, était impuissant. Marie Lajus, vous êtes ancienne préfète et ancienne commissaire de police. Vous nous avez expliqué à quel point, selon vous, le dispositif avait été sous-dimensionné. Il y avait des défaillances, notamment, peut-être explicables, par les nouvelles modalités de ces manifestations avec un exercice du renseignement plus complexe qu'auparavant, un exercice du dimensionnement de ces phénomènes là aussi complexes. Nous accueillons Béatrice Brugère. Bonjour. Bonjour.

Béatrice Brugère, vous êtes magistrate, vous êtes première vice-procureure au tribunal judiciaire de Paris et secrétaire générale du syndicat Unité Magistrat FO. On vous doit justice, la colère qui monte aux éditions de l'Observatoire. Alors, on a évoqué

19:10
Locuteur

ces

19:11
Présentateur

émeutes,

19:11
Locuteur

ces

19:11
Présentateur

pillages et puis, désormais, ce sont les gardes à vue. Alors, il y a eu 2500 personnes placées en garde à vue après les violences de ce week-end. 700 ont été présentées à un magistrat, c'est-à-dire ont été déférées à l'issue de la garde à vue. Et puis, 8 personnes sur 10 pour l'instant qui font l'objet d'une réponse pénale, c'est-à-dire 20% de ces dossiers qui sont classés sans suite. Un commentaire sur ces chiffres. Qu'est-ce qu'ils signifient ? Qu'est-ce qu'ils veulent dire ?

19:46
Invité

Oui, merci d'abord pour votre invitation. Je tiens juste à dire que je ne parle pas comme première vice-procureure pour ne pas brouiller le message, mais bien comme secrétaire général du syndicat Unité Magistrat. Sur les chiffres que je découvre avec vous ce matin, ils sont assez intéressants mais ils ne sont pas complets et ne permettront pas non plus de vous répondre peut-être comme vous le souhaitez sur la finalité. En fait, ce qui est intéressant, ça va être de voir les condamnations surtout.

Il y a eu beaucoup d'interpellations la dernière fois encore plus et on avait un taux quasiment de 70% de ce qu'on appelle des alternatives aux poursuites et finalement assez peu de personnes qui sont renvoyées devant un tribunal. C

20:24
Locuteur

'est

20:24
Invité

beaucoup 70% ? D'alternatives aux poursuites ? Oui, mais ça veut dire beaucoup de choses. D'abord, c'est un chiffre qui correspond aussi à la moyenne de ce que pratiquent en général les tribunaux mais ça peut dire beaucoup de choses.

20:36
Locuteur

Ça

20:36
Invité

veut dire un, vous l'avez rappelé immédiatement, il y

20:38
Locuteur

a

20:38
Invité

un effet d'échelle et de masse qui fait qu'on n

20:40
Locuteur

'a

20:40
Invité

pas la capacité de toute façon de traiter cette masse de procédures. Deux, ça peut vouloir dire que les procédures ne sont pas en l'état d'être jugées parce qu'elles sont mal faites, parce qu'il n

20:50
Locuteur

'y a

20:50
Invité

pas assez de preuves, parce que les faits ne sont pas assez importants. Il y a plein de possibilités. Ce qui est sûr, c'est qu'aujourd'hui il y

20:58
Locuteur

a

20:58
Invité

eu un discours du ministre qui a été très fort il y a quelques jours pour dire au parquet soyez extrêmement sévère, on a un chiffre plus important de renvoi, ce qu'on appelle 700 déférés. Et donc ce qui va être important c'est de voir ce que ça va donner en termes de résultats. C'est-à-dire que oui le parquet est à la main pour orienter les procédures, c'est-à-dire soit déférés, soit faire des alternatives aux poursuites, mais ce qui va être intéressant c'est qu'est-ce que les magistrats vont in fine vraiment juger et comment ils vont condamner. Béatrice Brugère, est-ce que ça sert à quelque chose lorsqu'un ministre demande plus de sévérité

21:31
Locuteur

? Sur

21:32
Invité

l'orientation des procédures, oui. Je pense que ça peut avoir un impact puisque c'est le parquet je le rappelle qui a quand même la main sur l'orientation des procédures même s'il ne peut pas faire n'importe quoi bien sûr.

21:44
Locuteur

Mais

21:44
Invité

je vais dire... Il y a

21:45
Présentateur

quand même j'imagine une loi qui s'applique...

21:47
Invité

Bien sûr, mais par exemple pour vous donner un exemple assez concret le parquet peut décider de renvoyer soit directement en comparation immédiate je ne

21:55
Locuteur

parle

21:55
Invité

que pour les majeurs évidemment soit de faire une convocation beaucoup plus tardive ce qu'on appelle par procès verbal soit d'ouvrir une information judiciaire avec la saisine d'un juge d'instruction et une mise en détention ou des contrôles judiciaires soit de faire des alternatives aux poursuites genre contribution citoyenne rappel à l'ordre rappel à la loi des choses comme ça donc oui bien sûr que l'orientation elle est extrêmement importante mais ce qui va être le plus important c'est d'analyser et c'est un peu tôt je suis désolée pour vous mais si vous m'invitez je reviendrai avec plaisir c'est d'analyser les condamnations et ce que ça donne réellement en termes de sanctions par rapport à la réalité des procédures

22:33
Locuteur

On

22:34
Présentateur

a l'impression que l'usage de la garde à vue s'est largement démocratisé

22:38
Locuteur

Oui

22:39
Invité

mais ça peut-être que Madame la Jules répondra mieux que moi puisque dans ses précédentes fonctions elle connaît ça dans le maintien de l'ordre on peut utiliser la garde à vue et les interpellations pour faire un peu baisser la pression aussi quand vous avez des effets la garde à vue c'est

22:53
Locuteur

pas fait pour ça Des

22:54
Présentateur

garderies en quelque sorte

22:55
Locuteur

C

22:55
Invité

'est pas fait pour ça la garde à vue la garde à vue n'est pas faite pour ça mais en réalité et la difficulté et je m'arrête là c'est que le maintien de l'ordre ou en tout cas le schéma de maintien de l'ordre qui a été mis en place est rendu extrêmement difficile par la multiplicité des agressions et des violences donc c'est compliqué de faire la voie du judiciaire et de l'administratif

23:18
Locuteur

Marie

23:19
Présentateur

La Jules Ces

23:20
Locuteur

gardes

23:20
Présentateur

à vue qui ont été multipliées A mon sens il y

23:24
Locuteur

a

23:24
Présentateur

une forme de confusion entre la logique judiciaire qui consiste à poursuivre des auteurs d'infractions et la logique administrative qui est une logique préventive La

23:33
Locuteur

garde à vue ça

23:34
Présentateur

sert à quoi a

23:35
Locuteur

priori

23:35
Présentateur

? Normalement la garde à vue ça sert à établir une enquête et à ramener des preuves qui permettent de traduire une personne mise en cause devant la justice

23:43
Locuteur

En

23:44
Présentateur

pratique depuis un certain nombre d'années et là on est tout à fait un paroxysme de cette logique il

23:49
Locuteur

y a

23:49
Présentateur

une forme de détournement de la garde à vue à des fins préventives c'est-à-dire qu'on interpelle extrêmement largement on a plus de 10 000 gardes à vue ça n'a jamais été vu ces dernières années plutôt pour retirer des personnes dans la manifestation voire pour les dissuader avec des suites judiciaires qui finalement sont extrêmement limitées très minoritaires moins

24:08
Locuteur

d'un tiers des personnes La garde à vue

24:09
Présentateur

abusive je veux dire dans la loi pas dans les faits

24:12
Locuteur

C

24:13
Présentateur

'est ce qu'on appelle une voie de fête absolument Je suis d'ailleurs moi-même très étonnée que les magistrats ne s'élèvent pas plus bruyamment contre cet usage détourné de la garde à vue Mais alors comment ça se passe ? Donc vous êtes gardé à vue et alors au terme de cette garde à vue on vous laisse repartir chez vous parce qu'on comprend bien Déjà on est interpellé dans une dynamique à mon sens beaucoup trop large et insuffisamment ciblée d'interpellations c'est-à-dire que évidemment qu'il faut interpeller les auteurs de faits

24:44
Locuteur

graves

24:44
Présentateur

et la population est très en attente je pense notamment aux commerçants qui dans les outils de travail ont été massacrés pour certains bref il

24:52
Locuteur

faut être capable d'interpeller Mais interpeller

24:55
Présentateur

10 000 personnes Je vous coupe justement quand on voit les chiffres les gardes à vue ont été extraits le pic des gardes à vue a été au moment des manifestations lycéennes où là on n'avait pas affaire à ces pillages

25:07
Locuteur

Absolument

25:08
Présentateur

il y a eu un manifestation des consignes d'interpellations extrêmement nombreuses avec pour beaucoup très peu d'éléments constitutifs permettant d'amener ces personnes devant la justice Or c'est quand même ça le but d'une garde à vue ça n'est ni préventif ni punitif

25:24
Locuteur

Alors

25:24
Présentateur

ça veut dire excusez-moi je vous repose la question mais ça veut dire que si par exemple on décide d'une garde à vue parce qu'une personne a dans son sac à dos des lunettes de piscine on n'est pas complètement naïf on sait aussi que les lunettes de piscine peuvent servir hors de la piscine mais ça peut se servir aussi tout simplement à se protéger des gaz lacrymogènes est-ce qu'on a affaire à ce que vous appelez une voie de fête

25:47
Locuteur

?

25:48
Présentateur

Il y a manifestement un usage disproportionné de la garde à vue qui a été réalisé en dehors des cadres du droit

25:56
Locuteur

Qu

25:57
Présentateur

'est-ce que vous en pensez Béatrice Brugère

25:59
Locuteur

?

25:59
Invité

Moi j'entends ça parce que en tout cas ce qui abonde dans votre sens c'est que par rapport au nombre de gardes à vue il y a très peu de déferments et

26:07
Locuteur

il

26:07
Invité

y a très peu de poursuites donc on voit bien que ça veut dire que les procédures ne sont pas judiciarisées jusqu'au bout à contrario je dirais et ça c'est quelque chose qui est peu dit c'est que certes il y a beaucoup de garde à vue mais moi je pense que par rapport au nombre de violences qui sont commises sur les derniers faits je parle de la séquence de

26:31
Locuteur

ce week-end

26:32
Invité

évidemment par rapport au nombre de faits de violences qui sont commises je pense qu'en vrai on est très très loin de la réalité et la question c'est que on met peut-être pas d'ailleurs en garde à vue les plus nocifs vous voyez à contrario je dirais que la garde à vue n'est peut-être pas non plus assez utilisée pour ceux qui sont les plus dangereux parce qu

26:52
Locuteur

'ils

26:52
Invité

sont les plus habiles d'ailleurs pour échapper souvent aux forces de police parce qu'ils sont extrêmement bien organisés et ils sont rodés à l'exercice et que l'usage de la garde à vue est quelque chose qu'il faudrait analyser à peut-être moins à chaud et peut-être plus à distance sur son usage ou son bon usage ou sur la bonne cible aussi il y a une certaine insatisfaction souvent chez les forces de police et aussi chez les magistrats à voir et ça ça se voit au moment du jugement que finalement on n'a pas souvent les plus dangereux qui sont devant nous je ne

27:27
Locuteur

dis

27:27
Invité

pas que ceux qui sont devant nous n'ont pas fait des choses mais ce n

27:30
Locuteur

'est

27:30
Invité

pas notamment souvent les plus dangereux ou les plus actifs en termes de violence ou de délinquance donc ça remet en question ce que vous dites et moi peut-être de façon un peu différente ce que je dis de toute façon la gestion de ce genre de manifestation sur le plan de l'efficacité de j'allais dire sur le plan de la délinquance et de sa réponse

27:56
Locuteur

comment

27:57
Présentateur

vous expliquez Fabienne Brugère que Béatrice pardon Brugère comment expliquez-vous que les personnes qui sont aujourd'hui déférées puisqu'on commence à avoir dans les journaux dans Libération dans le Parisien les premiers émeutiers déférés soit semble-t-il des personnes qui ont été là un peu par hasard on comprend bien que c'est aussi propice de raconter ça devant un juge mais on a l'impression que la police a attrapé ceux qui couraient les moins vite

28:32
Locuteur

Oui

28:32
Invité

c'est exactement ce que je suis en train de vous dire c'est-à-dire qu'on n'a pas nécessairement les plus actifs et les plus dangereux qui sont interpellés parce que et l'expression est assez réelle ceux qui courent le plus vite évidemment échappent à la police et les autres sont plus béossiens entre guillemets dans les manifestations

28:55
Locuteur

en

28:55
Invité

vrai

28:57
Locuteur

je

28:58
Invité

pense qu'on n'a pas un diagnostic très clair des profils il faudrait le faire on ne le fait très peu il faudrait faire du renseignement sur le renseignement c'est-à-dire que à partir des interpellations à partir aussi des décisions il faudrait quand même aller un peu plus en profondeur sur les motivations sur les profils aussi parce que ça dit beaucoup et sur les suites judiciaires pour comprendre exactement ce qui est en train de se passer avec cet angle mort que vous n'avez qu'une toute petite fraction en réalité devant le tribunal on est à peine à quelques pourcents de la réalité de ce qui se passe donc ne tirons pas non plus des généralités mais en tout cas peut-être des enseignements c'est déjà pas mal de ce que l'on a déjà sous nos yeux

29:40
Présentateur

mais alors justement pourquoi ce désintérêt

29:43
Locuteur

c

29:43
Invité

'est un regret pour moi

29:44
Locuteur

je le regrette au contraire

29:47
Présentateur

pourquoi ce désintérêt pour la sociologie parce que par exemple oui pardon vous avez compris ma question pourquoi finalement il y a-t-il aussi peu d'enquêtes qui précisent le profil de ces gens si bien que à chaque fois qu'on lit il y a comme je vous l'ai dit deux reportages un dans Libération l'autre dans Le Parisien et donc quand on voit les premiers émeutiers déférés on ne comprend rien à leur logique alors j

30:16
Locuteur

'imagine qu'ils font

30:16
Présentateur

tout pour ne rien comprendre pour que peut-être qu'eux ne comprennent pas en tout cas eux expliquent qu'ils étaient là par hasard qu'ils avaient des chiffons et de l'essence dans leur sac à dos et que tout ça était lié à un barbecue qu'ils voulaient organiser bref

30:30
Invité

en réalité vous avez complètement raison non seulement c'est un déficit de sociologie moi je vais plus loin parce que j'ai peut-être un défaut professionnel je pense que

30:38
Locuteur

c

30:38
Invité

'est même un déficit de criminologie mais depuis longtemps sur les mouvements sociaux qui sont à l'oeuvre ce qui fait qu'aujourd'hui vous avez des débats où chacun se renvoie où la responsabilité où mais non c'est pas eux c'est tel mouvement etc je pense qu'il y

30:52
Locuteur

a

30:52
Invité

une urgence à comprendre ce qui se passe parce que si on comprend pas qui est à l'oeuvre et comment ça fonctionne pardon vous n'aurez jamais la bonne réponse d'abord dans l'ordre public mais non plus sur le plan judiciaire

31:03
Présentateur

alors Marie là juste vous avez un M2 en sociologie bravo les informations sont bonnes donc au moins il y a bien le temps vous ne

31:11
Locuteur

vous désintéressez pas de la

31:12
Présentateur

sociologie

31:13
Locuteur

pas

31:13
Présentateur

complètement c'est resté c

31:15
Locuteur

'est resté

31:15
Présentateur

un outil d'analyse c

31:17
Locuteur

'est resté un

31:17
Présentateur

outil d'analyse pour moi

31:19
Locuteur

vous avez

31:19
Présentateur

été préfète et commissaire de police et la sociologie si l'on y croit enfin c'est pas une question de croyance si on la pratique bien normalement elle sert à comprendre les phénomènes oui enfin pour revenir à la question des gardes à vue il faudrait supposer d'abord que l'échantillon des personnes gardées à vue soit représentatif de quelque chose mais évidemment il ne l'est pas mais

31:40
Locuteur

or ça

31:41
Présentateur

pose la question de qui on place en garde à vue et à quoi servent les gardes à vue et ça

31:45
Locuteur

j'aimerais

31:45
Présentateur

bien revenir là-dessus

31:47
Locuteur

d'après

31:48
Présentateur

d'après Béatrice Brugère c'est ceux qui courent le moins vite non je n

31:51
Locuteur

'ai

31:51
Présentateur

pas dit que ça mais ça en fait partie moi ce que je voudrais indiquer c'est qu'on va vraiment avoir besoin de faire du retour d'expérience sur ce qui s'est passé de remettre à plat un certain nombre de pratiques du maintien de l'ordre la pratique de la mise en garde à vue très généralisée telle qu'on l

32:07
Locuteur

'a

32:07
Présentateur

observée mais pas uniquement cette pratique la question de la relation entre la police et la population dont je crois qu'elle s'est très largement dégradée c'est

32:17
Locuteur

une

32:17
Présentateur

préoccupation extrêmement forte pour moi c'est

32:19
Locuteur

-à

32:19
Présentateur

-dire que la manière de gérer ces manifestations avec une ligne de commandement qui à aucun moment n'a condamné les actes absolument inacceptables que l'on voit circuler sur les réseaux sociaux on envoie systématiquement vers les enquêtes de l'IGPN qui certes donneront une réponse judiciaire mais la réponse elle ne doit pas être uniquement judiciaire elle doit être aussi une réponse de management et de contrôle des effectifs par des consignes extrêmement claires justement

32:46
Locuteur

Marie moi

32:47
Présentateur

je me réjouis qu'une commission parlementaire ouvre tous ces sujets je vais vous poser une question extrêmement candide dans les vidéos que l'on voit il

32:55
Locuteur

y a

32:55
Présentateur

une multitude de vidéos qui circulent on voit par exemple une personne à terre donc manifestement quelqu'un qui a été un pilleur un émeutier que sais-je et alors frappé de manière complètement folle par des policiers est-ce qu'un policier a le droit de faire ça est-ce que l'usage de la force est légitime y compris lorsqu'une personne est à terre

33:22
Locuteur

évidemment

33:23
Présentateur

on a tous en tête ou pour ceux qui ne l'ont pas on va la rappeler la formule de mon maître en maintien de l'ordre qui était Maurice Grimaud le préfet de mai 68 qui écrivit à l'ensemble des policiers de la préfecture de police que frapper un manifestant à terre c'est se frapper soi-même en portant atteinte à toute l'institution

33:39
Locuteur

c

33:40
Présentateur

'est à la fois illégal mais c'est aussi un enjeu de réputation et de relation avec la population

33:48
Locuteur

qui est

33:50
Présentateur

insuffisamment prise en compte à l'heure actuelle je suis convaincue que les actes délétères que l'on voit filmer circuler sur les réseaux sociaux sont des actes minoritaires mais le fait qu'ils ne soient pas condamnés qu'ils ne soient pas rappelés des règles de déontologie des règles de respect du droit que des petites atteintes à la déontologie par exemple le tri des pancartes à l'entrée des manifestations par exemple les comportements verbaux brutaux ou violents de certains policiers ne soient pas visiblement ouvertement recadrés ne grandissent pas la police nationale qui a besoin que ce lien de confiance soit rétabli or je crains que les orientations qui ont été données au maintien de l'ordre ces dernières semaines ne nourrissent une distance absolument délétère pour la conduite des manifestations certes mais délétère

34:45
Locuteur

pour

34:46
Présentateur

la visibilité la crédibilité de l'ensemble de l'autorité publique

34:50
Locuteur

et

34:50
Présentateur

je crois que c'est ça aussi notre enjeu à travers ces manifestations ma question elle était presque moins ambitieuse que votre réponse lorsqu'on a l'usage du bâton par exemple que l'on voit employé dans les manifestations pour frapper un manifestant quand un policier a-t-il le droit de frapper un manifestant qui semble-t-il

35:14
Locuteur

la

35:15
Présentateur

règle c'est la proportionnalité de l'usage de la violence la

35:18
Locuteur

violence n'est jamais

35:19
Présentateur

légitime en soi il y a eu beaucoup de mauvaises interprétations de très mauvaises lectures ou absence de lecture de Max Weber en considérant que tout usage de

35:30
Locuteur

la force c'était une

35:30
Présentateur

lecture

35:32
Locuteur

de

35:32
Présentateur

Max Weber qui était rapide ou d'absence de lecture

35:34
Locuteur

vous faites référence au monopole de la violence

35:39
Présentateur

légitime cette légitimité elle n'est jamais donnée elle doit être à chaque instant acquise par la proportionnalité de l'usage de cette violence vous faites la moue je

35:50
Locuteur

vous ai vu Béatrice Brugère

35:51
Invité

alors il faut que j'arrête de me faire filmer plus sérieusement alors moi vous

35:56
Locuteur

êtes

35:56
Présentateur

en désaccord avec ce qui vient d'être dit

35:58
Invité

non en fait moi je suis surtout sur l'expression je trouve que c'est l'expression du monopole de la violence légitime je ne

36:03
Locuteur

suis

36:03
Invité

pas sûre que d'ailleurs ce soit le mot exact dans le texte de Max

36:06
Locuteur

Weber on ne lui

36:07
Présentateur

donne pas le bon sens

36:08
Invité

non mais elle est catastrophique cette expression en vrai c'est le monopole de la force parce que la violence c'est toujours condamnable la force par contre c'est autre chose c'est

36:18
Locuteur

à

36:18
Invité

dire j'utilise et c'est la proportionnalité la force d'ailleurs j'utilise quelque chose qui est légitime qui est celui de conserver j'allais dire la préservation des biens des personnes par la force dans la proportionnalité et je trouve que c'est vrai qu'à force d'utiliser le terme de violence légitime il ouvre un champ des possibles qui est parfois un peu gênant mais

36:38
Présentateur

c'est pas du tout ce que Weber a cherché à dire

36:40
Locuteur

non non mais c'est pour ça que

36:41
Invité

ces forces doivent rester à la loi l'expression d'ailleurs exacte c'est pas violence non mais c'est important de le rappeler parce que vous avez raison tout dévoiement de cette force en violence illégitime et sera un problème pour les policiers moi je voulais simplement dire Mamou était de là plutôt excusez-moi c'est que vous avez raison de pointer toutes les défaillances ou les problèmes déontologiques mais il ne

37:08
Locuteur

faut

37:08
Invité

jamais oublier que la violence c'est quelque chose de dynamique à contrario les policiers reçoivent aussi une violence absolument qui est du jamais vu regardez aussi les chiffres non non mais c'est un mouvement dynamique vous savez c'est comme d'ailleurs ce qui se passe dans les manifestations aujourd'hui certains disent bon la violence elle répond à une violence aussi de l'état il y a toujours une dynamique dans la violence elle ne vient pas de nulle part et il faut l'expliciter d'ailleurs vous avez raison sur le plan même sociologique

37:37
Présentateur

mais Marie Lajus tout à l'heure je ne voulais pas vous pousser dans vos retranchements mais j'ai décidé de le faire pour la fin de l'émission vous avez dit bon il y a une dimension politique dans tout cela il

37:46
Locuteur

y

37:46
Présentateur

a une dimension morale aussi c'est-à-dire que quelles que soient les techniques de maintien de l'ordre si une personne décide de forcer une porte et qu'il a un pied de biche il va réussir à le faire donc il y

37:55
Locuteur

a

37:55
Présentateur

un moment où s'il n'y a pas intégration d'une norme morale une société ne peut pas tenir et les scènes que l'on a vues le 17 octobre sont des scènes où on avait l'impression justement que la société était en train de se déliter parce qu'il n'y avait plus de normes morales et donc dans cela la police mais la justice aussi ne peuvent être qu'impuissants

38:16
Locuteur

d

38:16
Présentateur

'où l'importance d'une réponse politique à ce mouvement qui est un mouvement à la fois violent mais qui est un mouvement social auquel les forces de l'ordre ne peuvent être les seules à répondre

38:27
Locuteur

mouvement

38:27
Présentateur

social dans un sens oui mouvement politique oui mais pour d'autres les comportements ont été infrapolitiques

38:35
Locuteur

à moins de considérer que tout

38:37
Présentateur

est politique peut-être les comportements infra-violents sont-ils aussi une forme de mouvement politique mais quoi qu'il en soit

38:44
Locuteur

les comportements

38:45
Présentateur

de délinquants je veux dire le vol n'est pas un comportement politique ou alors à moins d'avoir une vision très extensive

38:52
Locuteur

en tout cas

38:52
Présentateur

là ça n'est pas ma compétence il faut évidemment les réprimer mais ce dont je suis convaincue c'est qu'ils sont facilités et que la porte leur est ouverte

39:02
Locuteur

par

39:02
Présentateur

l'émergence de manifestations dont le fondement revendicatif et social est manifeste

39:08
Locuteur

il

39:09
Invité

faudra oui en conclusion par rapport à ce qui a été dit ce qui est sûr c'est que la violence elle n'émerge pas de nulle part il y a aussi un discours sur une forme de démocratisation de la violence comme une réponse d'ailleurs à quelque chose de plus social qu'il ne faut pas ignorer c'est à dire que c'est là où ça va être difficile de voir qui est délinquant qui est pilleur qui est dans une contestation politique mais il y a aujourd'hui un discours dominant qui favorise aussi cette violence qu'il ne

39:37
Locuteur

faut

39:37
Invité

pas ignorer

39:37
Présentateur

le dernier mot Marie Lajus

39:39
Locuteur

de

39:39
Présentateur

l'importance de retrouver des enceintes et des institutions capables de dialogue et d'avancer merci à toutes les deux je rappelle le titre de votre livre Béatrice Brugère Justice La colère qui monte plaidoyer pour une refondation complète aux éditions de l'Observatoire