Dette : "Il n'y a pas de risque grec" en France, estime le président du directoire d'Euronext
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La France est-elle au bord de la crise financière alors que l'examen du budget commence aujourd'hui à l'Assemblée nationale ?
- 0:40OuverteRéponse directe
L'année prochaine, la France paiera 91 milliards d'euros d'intérêt de la dette, soit une fois et demi le budget de l'éducation nationale, et les taux d'intérêt français sont à 4,9%. Comment qualifiez-vous notre situation ?
- 2:15OuverteRéponse directe
Quel est le mot juste pour qualifier notre situation ? On est en pré-faillite ? On est à l'aube d'une crise financière ?
- 3:29OuverteRéponse directe
Pourquoi la France est-elle regardée de façon aussi précise, aussi spécifique et aussi inquiétante ?
- 4:57RelanceRéponse directe
Il n'y a pas de risque grec ? Il n'y a pas de scénario grec ? Pourquoi ?
- 5:55RelanceRéponse directe
Vous dites qu'il n'y a pas de risque grec, qu'on ne court pas ce risque. Pourquoi ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:07InvitéChiffre
« On commence l'année avec un niveau de prélèvement de taxes, de charges sociales sur la société qui est l'un des plus élevés de tous les pays développés, 44% du PIB qui est ponctionné sur la société. »
- 1:44InvitéChiffre
« On va commencer la cinquième année à plus de 5% de déficit. »
- 10:19InvitéFait
« Après le confinement, après la Covid, la France a dépensé beaucoup d'argent. C'est le quoi qu'il en coûte. »
- 22:47InvitéFait
« Quand on emprunte et quand on rembourse sa dette, on achète un droit important qui est le droit de réemprunter. Si vous arrêtez de payer votre dette, vous renoncez à réemprunter. »
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La France est-elle au bord de la crise financière alors que l'examen du budget commence aujourd'hui à l'Assemblée nationale, que les discours sont de plus en plus alarmistes
?
Voici un grand entretien pour comprendre où nous en sommes et quels sont les risques réels qui pèsent sur l'économie française, avec deux invités pour nous éclairer ce matin, Benjamin. Bonjour Stéphane Boujna. Bonjour. Merci d'être avec nous ce matin sur France Inter. Vous êtes président d'Euronext, la société qui gère la Bourse de Paris et une grande partie des places européennes. A vos côtés, Sophie Péder, bonjour. Bonjour. Merci d'être avec nous. Vous êtes une journaliste britannique, chef du bureau parisien de l'hebdomadaire The Economist.
Alors pour commencer, une première question à tous les deux pour planter le décor, sachant que l'année prochaine, la France paiera 91 milliards d'euros d'intérêt de la dette, c
'est
une fois et demi le budget de l'éducation nationale, et que ce matin, les taux d'intérêt français sont à 4,9%, c'est-à-dire qu'on n'avait jamais emprunté aussi cher depuis 20 ans. Comment est-ce que vous qualifiez notre situation, la situation de la France
?
La situation est difficile, il est tard, mais il n'est pas trop tard. Vous avez mentionné deux des paramètres importants, c'est-à-dire le prix auquel on emprunte l'argent qu'on redistribue. Mais il y a quand même deux, trois autres facteurs. D'abord, on commence l'année avec un niveau de prélèvement de taxes, de charges sociales sur la société, qui est l'un des plus élevés de tous les pays développés, 44% du PIB qui est ponctionné sur la société. La deuxième chose, c'est qu'on dépense aussi 57% de la richesse, c
'est
-à
-dire
qu
'on
est le pays qui dépense aussi le plus d'argent dans la dépense publique. La troisième chose, c'est qu'on a un stock de dette qui n'a pas cessé d'augmenter depuis plusieurs années, notamment depuis le Covid, et on est les seuls.
La
quatrième chose, c'est qu'on va commencer la cinquième année à plus de 5% de déficit. Donc, on empile les déficits, on empile les stocks de dette avec, en plus, un point de départ compliqué. Et surtout, comme vous l'avez dit, la charge de la dette, qui est la résultante de tout cela, n
'est
pas seulement plus élevée que tout ce qu'on dépense pour les enfants de la maternelle au lycée, c'est aussi plus que l'impôt sur le revenu qu'on a collecté cette année. Donc, quand les gens demandent «
Mais
qu'est-ce qu
'on
fait de mes impôts
?
» L'année prochaine, ça sera facile. On pourra dire « Tous vos impôts sur le revenu, d'abord, ils partent au créancier. » Ça, c
'est
le point de départ.
Oui. Alors, Sophie Péder, une fois qu'on a dit tout ça, quel est le mot « juste » pour qualifier notre situation ? C'est-à-dire quoi ? On est en pré-faillite
? On
est à l'aube d'une crise financière
? Non, je dirais que c'est très préoccupant et qu'on n'est pas encore dans une situation de crise financière concernant la France. Mais ce n'est plus impossible. Et je pense, j'ai envie de dire une chose, c'est que j'ai l'impression parfois, dans le débat en France, qu'on traite la dette comme une idée un peu abstraite. Comme la dette, c'est quelque chose, on ne le voit pas, on ne sait pas trop ce que c'est. Mais c'est l'argent des Français. C'est l'argent de la France. C'est l'argent que les gouvernements empruntent tout le temps sur les marchés. Ils sont obligés d'aller chez les investisseurs, demander de l'argent pour payer en France des salaires, des retraites. Et c'est ça, la dette.
Ça appartient à tout le monde. Donc,
ce
n
'est
pas quelque chose d'abstrait. C'est quelque chose qui concerne le pays. Et quand les taux d'intérêt augmentent, comme on a vu, et comme vient de dire Stéphane Bougenat, c'est de l'argent encore plus pesant sur le budget de la France. Donc, c'est ça qui est important à comprendre, je pense.
Pour continuer à essayer de comprendre la situation, il faut dire, Stéphane Bougenat, que les taux d'intérêt, ils augmentent partout dans le monde. Mais pourquoi, dans ce cas, la France est regardée aussi de façon aussi précise, aussi spécifique
et
aussi inquiétante ? Il y a cette phrase qui nous a frappés du prix Nobel d'économie 2008 qui s'appelle Paul Krugman, qui dit maintenant la France est l'homme malade du monde occidental. Pourquoi est-ce que tous les regards sont rivés vers la France
? Tout
simplement parce que nous avons empilé la totalité des problèmes que les autres ont résolus au cours des 30 dernières années. Nous avons différé, nous sommes les seuls à l'avoir fait de cette manière. L'empilage, comme je le disais un instant, des déficits, mais aussi la fiscalité la plus élevée, mais aussi la dépense publique la plus élevée, mais aussi le stock de dettes qui augmente le plus. Et donc, le regard se pose sur la soutenabilité. Donc, d'un côté, il est vrai que le reste du monde constate que la France est un pays riche, mais c'est un pays riche qui s'appauvrit. Le reste du monde sait que la France ne va pas faire faillite comme la Grèce. Il n'y
a
pas de risque grec, il n
'y a
pas de risque de solvabilité ou de liquidité pour la France. Par contre, il y a un risque d'étouffement de la capacité des Français et du gouvernement français à prendre des décisions. Quand vous avez la plus grande partie des impôts que vous collectez qui partent à payer les créanciers, quand il y
a
une forme d'emballement qui fait que cette année, on va dépenser, l'année prochaine,
on
va dépenser 12 milliards de plus de charge de la dette que cette année, 12 milliards, c'est l'intégralité du budget du ministère de la Justice ou c'est beaucoup plus que
ce que les lycéens demandent ?
C'est important ce que vous venez de dire. Il n
'y a
pas de risque grec ? Il n
'y a
pas de scénario grec ? Pourquoi ? Parce que si la situation est aussi grave que vous le dites, pourquoi est-ce qu'il n'y aurait pas le risque d'un scénario équivalent ? Non.
Il y a quand même...
Dans
la situation dans laquelle on vit, il faut être très prudent et le plus factuel possible. Il y a deux risques qu
'il
faut éviter. C'est les gens qui ne parlent que du cataclysme et l'autre risque, c'est ceux qui disent il n
'y a
pas de problème, un peu comme le professeur Raoult pendant le Covid qui nous expliquait qu'il suffisait de prendre de l'hydroxychloridique pour régler le problème. La réalité, ce n
'est
pas ça. La réalité, c'est que nous sommes étouffés mais nous sommes tout seuls. C'est-à-dire, c'est notre problème. On trouvera toujours, comme dans une relation d'addiction entre des dealers et des junkies, on trouvera toujours des gens pour nous fournir. Mais ça va être de plus en plus cher et l'étouffement est en cours. Parce que, pardon, la crise financière, ça n'est pas un phénomène climatique. Ça dépend que de nous. Et c'est nous seuls qui allons résoudre le problème. Ça n'est pas un problème extérieur.
Alors, vous dites qu'il n
'y
a pas de risque grec, qu'on ne court pas ce risque. On entendait jusqu'ici cette expression des marchés, de la finance, la France too big to fail, c'est
-à
-dire trop importante pour faire faillite. Sauf que le même prix Nobel d'économie dont on vient de parler, Paul Krugman, invente une autre expression désormais, too big to save. C'est-à-dire trop importante pour être sauvé. C'est-à-dire que, lui, considère que ce risque existe et qu'on pourrait être
lâché. Lâché, ce n
'est
pas la France qui va être expulsée de la zone euro. Ce n
'est
pas possible. La zone euro ne se vivra pas. Mais il faut savoir ce que c'est quand un pays est en train de vivre une vraie crise financière. Rappelez-vous de ce qui se passait en Grèce. C'était un truc de trois institutions qui sont allées à Athènes, la Commission européenne, la Banque centrale et l'UFMI, et qui sont imposées. Mais des coupes budgétaires sévères, la privatisation des ports, des aéroports, il n'y
avait
pas de choix pour le gouvernement à l'époque. Donc, il faut savoir si la France n'est pas capable de mettre en œuvre un budget raisonnable et de poursuivre une consolidation, ce qui veut dire une réduction du déficit raisonnable. Ça, c'est le risque si jamais
on est dans
une
crise
financière.
Et
là, vous vous faites l'amour, Stéphane Bougenard.
Non,
je crois que le risque grec, c'est-à-dire un défaut complet avec une restructuration complète de la dette pour un pays comme la France, ça n'est pas possible. Par contre,
c'est l'étouffement dont vous parliez, c'est-à-dire qu'on ne va pas
avoir les moyens de nos politiques publiques. Mais c'est exactement ça. Le problème auquel nous sommes confrontés, c'est un problème d'addiction à la dépense publique. Comme toutes les addictions, il faut en sortir. Quand on boit et quand on fume, ça fait plaisir, mais on vit moins longtemps et on vit moins bien. Donc, quand on arrête de boire et quand on arrête de fumer, on vit plus longtemps et on vit mieux.
Alors, Stéphane Bougenard, oui, parfois c'est dur effectivement de se priver de ces substances comme on le voit, mais là encore, pour essayer de rendre les choses les plus palpables et les plus concrètes possibles. Dans le scénario du pire où les efforts ne seraient pas faits, où les taux d'intérêt continueraient d'augmenter, avec y compris, on va en parler, un contexte politique qui peut inquiéter les marchés, c'est quoi le pire risque ? C'est qu'à un moment donné, la France ne soit plus en mesure de payer les salaires des fonctionnaires, de payer les salaires des professeurs si les taux d'intérêt montaient à 5, 6, 7%. Dans ce cas-là, il se passe quoi
?
Un jour, l'agence France Trésor qui émet de la dette rencontre une demande beaucoup plus faible et à ce moment-là, les taux sont tellement élevés qu'on demande à la Banque Centrale Européenne d'activer les quelques mécanismes qui
sont
disponibles et on lui demande de faire des choses qui ne sont pas prévues par les traités, c'est-à-dire de nous aider alors que nous n'avons fait aucun des efforts que les autres ont faits. Et alors s'ouvre une discussion avec nos partenaires européens qui nous disent d'accord, peut-être, mais...
Mais en échange,
il
faut faire tout un tas de ce qu'on appelle des réformes structurelles.
Je ne
sais
pas. En échange, on fait ce que les autres ont fait. Vous savez, depuis 30 ans, les Danois et les Suédois dans les années 90, les Allemands dans les années 2000, les Italiens et les Espagnols dans les années 2010, les Grecs et les Portugais sous pression de la Troca comme l'évoquait à
l
'instant Sophie, ont fait des choses que tous les autres ont fait. Donc, on va nous demander de faire ce que les autres ont fait,
c
'est-à-dire retarder l'âge de la retraite, augmenter la TVA, supprimer des jours fériés, travailler plus, etc. Et donc, cette pression s'exprimera lorsque notre dette sera devenue insoutenable.
Vous parlez d'addiction à la dette. Les opposants d'Emmanuel Macron pointent son bilan depuis 10 ans. Lui se défend en disant qu'il a eu affaire à de nombreuses crises et que l'argent a bien dû être dépensé. Qui a raison ? Qui a tort en Sophie Péder ?
Écoutez, il y a une date que j'ai toujours trouvée intéressante.
C
'est la dernière fois que la France, un gouvernement français, a présenté un budget en équilibre. Et c'est 1974. Ça date de 50 ans. C'est incroyable. Regardez la Grèce. Stéphane vient de parler de la Grèce. La Grèce a un budget en excédent. Un budget excédentaire. Donc, la France, depuis des décennies, pas juste des années...
Donc, ce n'est
pas le bilan d'Emmanuel Macron
qui nous
a amené à la situation.
J'arrive
à cette dernière décennie. C'est vrai qu'après le confinement, après la Covid, la France a dépensé beaucoup d'argent. C'est le quoi qu'il en coûte. Et c'était une politique d'Emmanuel Macron qui était soutenue par tous les partis politiques à l'origine. Donc, il ne
faut
pas oublier ça. Ceux qui critiquent actuellement le fait qu'il y avait tellement de dépenses publiques à l'époque soutenaient cette politique et qui a sauvé quand même quand vous alliez sur le terrain à l'époque. Les bars, les restaurateurs, les petits commerces étaient très contents d'avoir ce soutien. Donc, c'était une combinaison.
Et avec même parfois des oppositions qui souhaitaient rajouter même quelques dépenses. Stéphane Bougenard, en même temps, quand on regarde nos pays européens, nos voisins européens, ils ont eux aussi subi le Covid. Ils ont subi une conjoncture économique qui n'était pas franchement favorable. Et ils ne sont pas dans la même situation que nous aussi. On essaye de faire en quelque sorte le bilan de la responsabilité d'Emmanuel Macron et des 10 ans de Macron sur la situation financière que l'on vit aujourd'hui.
Moi, je voudrais redire ce qu'a dit Sophie. Le problème, il est très au-delà du bilan d'Emmanuel Macron. Le bilan, il est culturel. Le pays, de manière consensuelle, depuis 30 ans, pas plus depuis 10 ans qu'ailleurs, fait... On dit que les Français ne font pas de sacrifice, mais non. On fait tous un sacrifice tous ensemble. C'est le sacrifice de nos propres enfants. Il y
a
un consensus politique qui est unanime, qui est d'augmenter la dépense publique. Même quand on nous parle de réduction dans les budgets les plus courageux, de réduction de la dépense d'un effort de 54 ou de 53 milliards, ce dont on nous parle, ça n'est pas de réduire la dépense, c'est de redire le rythme auquel elle augmente. Et donc, ça, c'est une réalité qui dépasse ces choses. Alors, c'est vrai que depuis le Covid, nous sommes le seul pays qui a continué à augmenter son stock de dette. Ailleurs, en Europe, partout, il y
a
eu la parenthèse du Covid, puis une décrue. Nous, nous avons continué avec une sorte d'effet de cliquet, c'est qu'on dire qu
'on
s'accoutume.
Mais,
c'est pas... Vous savez, les responsables politiques, c'est pas un clergé. Ce sont nous qui les élisons. C'est nous. C'est nous. Le problème, ça n'est pas eux. Et nous, le problème, c'est nous tous et la capacité que nous avons ensemble à inventer une manière d'organiser la décrue, de sortir de l'addiction, de trouver la voie de nous rassembler pour sortir de cette situation.
Alors, on va aborder la question du budget parce que ça commence aujourd'hui mais vu ce que vous venez de dire quand vous voyez qu'en France la moindre hypothèse de désindexation des pensions de retraite provoque des polémiques à n'en plus finir, ça ne
va
pas tout à fait dans le sens du changement
que vous appelez de vos voeux. Ah ben, de toute façon, soit, et c'est un peu ce que disait Sophie, soit on choisit ensemble un redressement qu'on va faire tous ensemble avec nos préférences collectives. Soit on aura une austérité subie. Mais il n
'y a
pas de monde dans lequel on continue à boire et conduire. Il n
'y a
pas de monde dans lequel on continue exactement avec le même fonctionnement qui a créé l'empilage des difficultés que j'ai indiquées et où il ne se passe rien. Donc, pour cela, il faut que tout le monde accepte un peu de changer d'avis et pour cela, il faut effectivement travailler sur trois choses. La réduction de la dépense, l'augmentation de certains prélèvements les moins toxiques et surtout, l'augmentation de
la croissance.
On va rentrer dans le vif du sujet. Le budget qui est donc présenté aujourd'hui à l'Assemblée qui va être débattu par les députés, est-ce que les places financières, le monde de la finance, le regardent attentivement ? Est-ce qu'il est de nature à les rassurer ou est-ce que, de toute façon, les places de marché savent que tout va se jouer à l'élection présidentielle
? Non,
je crois que tout le monde souhaite que ce budget soit adopté. C'est un budget de transition. C'est un budget qui fait ce qu
'il
peut dans un contexte politique qui n'a échappé à personne, qui est inédit. Mais il est évident que ce redressement qu'on doit mener, on ne
va
pas le faire avec cette loi de finances qui est une loi de finances de transition. Par contre, les marchés sont extrêmement attentifs au niveau de courage et d'engagement collectif qui sera celui de l'élection présidentielle.
Sophie Péder, le regard de celles qui scrutent à l'échelle européenne dans votre journal d'economiste, les débats français sur le budget et sur l'élection présidentielle, comment est-ce que tout ça est vu
?
Je pense que c'est un peu désolant. Au moins, on en parle. Et ça, c'est une avancée. Parce que c'est vrai qu'il y a quelques mois, je pense que c'était que les experts qui regardaient les marchés, les spreads. Le spread, ce n'était pas un mot qui a été utilisé beaucoup en France. Mais là, ça
commence à se comprendre. Le spread, c
'est la différence entre les taux d'intérêt français et taux d'intérêt allemand.
Exactement. Et donc, on en parle. Et c'est vrai que même dans les partis comme le Rassemblement national commencent à parler du besoin d'une consolidation fiscale, donc de réduire les déficits. Donc, c'est quelque chose qui commence à être un sujet de préoccupation pour les Français. Et c'est une bonne chose. Mais je pense que pour les partenaires européens et pour les autres alliés qui nous regardent, qui vous regardent, ils sont désolés parce que franchement, ce n'est pas impossible de faire ça, techniquement. Ce n
'est
vraiment pas impossible. On sait comment le faire. Mais, c'est politiquement extrêmement difficile. Et à six mois d'une élection présidentielle, avec un pays tellement polarisé,
c
'est difficile de trouver un consensus. Mais ce n
'est
pas impossible.
Stéphane Bougen a l'air de dire que ce n
'est
pas si difficile que ça. Non,
c
'est très difficile, mais c'est nécessaire. Vous savez, la politique, ça consiste à rendre possible ce qui est nécessaire. Malheureusement, si on veut faire un effort durable, si on veut faire un effort efficace, il faut qu
'il
soit durable. Et si on veut que l'effort soit efficace, il faut
embarquer tout
le monde.
La spécificité de votre ordonnance, si j'ose dire, docteur Bougenard, c'est que vous dites qu'il faut à la fois agir sur les impôts, sur la dépense et sur la compétitivité. Ce qui n'est pas tout à fait ce qu'on entend dans le débat politique où sur la dépense, il y a des déclarations d'intention, mais sur les impôts, la plupart des candidats considèrent qu'on va pouvoir s'en sortir sans augmenter les impôts. Ils se trompent ?
Ce n'est pas une ordonnance. Ce que je dis, c'est qu'il faut faire comme les autres. Il faut faire ce qu'ont fait tous les autres. Ce n
'est
pas spécifique. Et pour résoudre ce type de problème, vous savez, aujourd'hui, les lycéens sont dans la rue. Bon, un ratio, c'est de dette publique, c'est de la dépense moins des recettes ou des recettes moins dépenses sur de la croissance. Il faut agir sur les trois leviers. Et ceux qui pensent qu'on peut s'en sortir uniquement en augmentant les impôts sont dans une impasse. Ceux qui pensent qu'on peut s'en sortir uniquement en réduisant les dépenses sont dans une impasse. Et ceux qui oublient de parler de la croissance sont aussi dans une difficulté.
Dans
un ménage, quand vous avez des difficultés, vous avez deux solutions. Soit vous partagez la difficulté en petites tranches et puis vous allez faire un nouveau crédit à la consommation et vous sur-endenter. Et quand vous vous endettez, vous appauvrissez. Soit vous essayez, quand c'est possible, de trouver un job mieux payé. Ça,
ça
s'appelle la croissance. Je crois vraiment qu'il faut que les gens comprennent que si on n'engage pas tout de suite cette logique de redressement avec un effort qui doit être durable, qui fabrique du consensus,
on n'y arrivera pas. Mais l
'impôt pour qui, par exemple, rapidement ?
Les impôts, qu'est-ce qu'on fait tous les autres ? Tous les autres, on fait de la TVA parce que c'est un impôt à base large et qui transfère la protection sociale des travailleurs vers les consommateurs.
Ceux qui nous écoutent peut-être se disent que c'est un impôt injuste puisqu'il frappe tout le monde de la même manière
?
Absolument. C'est un impôt qui est assez difficile. C'est pour ça que la seule manière d'accepter une augmentation de la TVA, c'est de faire comme ce qu
'ont
fait les Allemands, c'est-à-dire de faire un transfert vers la réduction des charges sociales. Oui, j'ai envie juste d'ajouter une chose pour mieux comprendre ce que ça veut dire la pression des marchés.
Quand
vous empruntez pour acheter votre appartement, votre maison, vous empruntez normalement souvent sur un taux fixe. Donc pour 15 ans, 20 ans, vous avez le même taux. Sur les marchés, quand l'État emprunte, c'est un taux variable mais chaque minute, chaque seconde de la journée. Et donc pour comprendre à quel point la pression ajoute ou pose sur le budget de la France, il faut savoir que ça explose, ça explose l'argent qui est dépensé par l'État. Et on est quand même en guerre en Europe, pas la France mais l'Europe est en guerre parce qu'il y
a
une guerre sur nos continents je veux dire, en Ukraine. Et on a besoin de dépenser plus par exemple sur la défense, on a besoin de dépenser plus sur l'éducation, on le voit aujourd'hui dans les rues. mais on dépense plus sur les intérêts de la dette. C'est juste pas normal. C'est pas normal pour le pays,
c
'est pas normal pour les Français,
c
'est pas normal pour les armées, c'est pas normal pour les étudiants. Et donc il faut raisonner un peu comme ça pour arriver à avoir un résultat raisonnable pour le pays. Je voudrais vraiment quelque chose de très important, on peut le faire. On peut le faire parce qu
'on
l'a déjà fait dans le passé, vous savez, en 45-46, en 58-59, d'une certaine manière en 83 avec le tournant de la rigueur, d'une certaine manière en 97-99 quand il a fallu se qualifier pour l'euro et faire 3% de déficit, on a su le faire. Et les autres autour de nous l'ont fait. Donc si les autres l'ont fait et si on a pu le faire dans le passé, on doit pouvoir
le faire.
Alors il faut qu'on parle du prochain ou de la prochaine qui aura à gérer tout ça, c'est-à-dire qu'il y
aura
un nouveau président, une nouvelle présidente à partir du mois de mai prochain si on prend les deux candidats en tête des sondages qui sont les favoris du second tour pour l'instant. D'abord, le Rassemblement National et Marine Le Pen. La semaine dernière, ils ont présenté leur contre-budget, une trajectoire d'effort à 140 milliards d'euros, très critiquée sur ces modes de calcul et même ces erreurs grossières si l'on se réfère à la chronique de Patrick Cohen tout à l'heure. Le RN s'est vanté d'un effet positif qu'aurait-tu son contre-budget sur les taux d'intérêt. Est-ce que c'est crédible ? Est-ce que c'est vrai ?
Je ne sais pas.
Est-ce
qu'il y
a
une façon de dire non
?
Non, je ne sais pas. Je ne sais pas. Mais vous avez, Stéphane Bougenat, si on prend cette trajectoire financière, un effort qui, du moins c'est ce qui est dit dans le discours du RN, porté en grande majorité sur la question migratoire et sur la contribution française à l'Union Européenne. Est-ce que ça, de voir la favorite dans les sondages Marine Le Pen tenir ce discours-là, est-ce que c'est à même de rassurer ceux qui scrutent au quotidien les discours pour voir si on pourra continuer à se refinancer ? Non.
Non, parce que tout simplement quand vous prétendez réduire de moitié la contribution de la France à l'Union Européenne et que vous imaginez qu'il n'y a aucune conséquence, on se trompe parce que les premières victimes seront les agriculteurs français. Immédiatement, la politique agricole commune sera remise en cause et donc penser qu'on vit comme l'a dit Sophie sur une île, c'est-à-dire qu'on peut prendre des décisions tout seul sans que ça n
'ait
aucune conséquence chez nos alliés et nos partenaires qui ont mis leur monnaie en commun avec nous, c'est une erreur.
Sophie Péder, il y a un précédent que vous connaissez bien qui est le précédent de Liss Truss qui est élu premier ministre en Grande-Bretagne et qui doit quitter ses fonctions au bout d'un mois parce qu'elle avait promis des baisses d'impôts et que tout de suite les marchés financiers avaient très mal réagi. Ça, ce précédent-là, c'est quelque chose qui guette le futur ou la future présidente de la République s'il y a des mesures qui ne sont pas financées
? Sur
les marchés, c'est tout à fait possible et Liss Truss, 49 jours, elle a resté premier ministre donc c'était dramatique pour elle et c'était dramatique pour les Britanniques qui ont souffert aussi parce que leur taux d'intérêt sur leur emprunt pour acheter la maison était affecté. Mais la France a un avantage c'est qu'elle appartient à la zone euro donc il y a quand même la Banque Centrale Européenne derrière la France ou derrière la zone euro qui peut agir comme une espèce de backstop donc ça, c
'est
pas tout à fait comparable mais ça donne une idée de ce que ça pourrait être une crise.
Alors justement, puisqu'on est sur la Banque Centrale Européenne et rapidement parce qu'on arrive à la fin de cet entretien quand Jean-Luc Mélenchon qui est le second favori du second tour en l'état des sondages continue de vouloir annuler une partie de la dette détenue par la Banque Centrale Européenne en un mot c'est possible c'est pas possible
?
Soit il sait pas comment ça se passe et donc qu'il se trompe soit il sait comment ça se passe et il ment. Il est évident comme l'a rappelé le gouverneur de la Banque de France que c'est illégal que c'est inefficace que c'est contre-productif parce que imaginez un seul instant que nous soyons sur une île et que nous puissions dire à tous nos partenaires européens nous nous avons trouvé une solution pour échapper à l'effort c'est d'annuler 20% de notre dette
et
puis qu
'il
ne se passe rien et que les autres disent ah bah d'accord ok vous continuez à faire comme ça nous on continue à payer notre dette vous savez quand on emprunte et quand on rembourse sa dette on achète un droit important qui est le droit de réemprunter si vous arrêtez de payer votre dette vous renoncez à réemprunter quand vous prêtez 1000 euros à votre voisin et que votre voisin pour l'aider vous dit bah finalement j'ai décidé de ne
pas
rembourser à ma cousine ou à ma soeur parce qu'après tout c'est la famille est-ce que vous allez lui reprêter encore 1000 euros quand vous lui demandez de l'aide quand on rembourse ses dettes on achète le droit de réemprunter et quand on est surendetté on s'appauvrit mais je pense que les français tous ensemble sont capables de sortir de ça j'ai pas du tout d'inquiétude en
tout cas on comprend bien avec vous le peu de marge de manœuvre qu'aura le ou la présidente de la république qui sera élue au mois de mai prochain merci à tous les deux d'être venus au micro de France Inter ce matin la revue de presse à suivre
merci à tous