Entretien d'actualité n°63.1 - 31/05/2018
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 30 %Attaque 50 %Défensif 20 %
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 2:54Invité politiqueFait
« En France, nous avons un système qui est un système d'élections législatives au scrutin uninominal majoritaire à deux tours. »
- 4:19Invité politiqueChiffre
« Ils ont donc une majorité qui est une majorité assez faible, surtout au Sénat, où ils n'ont que 6 voix d'avance. »
- 4:57Invité politiqueFait
« En Italie, comme c'est le cas d'ailleurs en Allemagne, le président de la République est une entité plutôt honorifique. »
- 5:38Invité politiqueFait
« C'est exactement la même chose. C'est exactement ce qui s'était passé lorsque Emmanuel Macron avait été élu l'année dernière. »
- 8:18Invité politiqueFait
« Le président du Conseil qui avait été nommé (NDLR : quatre jours avant), M. Conte, a jeté l'éponge et a démissionné. »
- 8:59Invité politiqueFait
« M. Cottarelli, qui – lui – est réputé pour être un partisan de l'austérité, qui avait blanchi sous le harnais du FMI. »
- 9:41Invité politiqueFait
« J'ai vu que Mme Le Pen, qui n'est jamais à une outrance près, a parlé de coup d'État. »
- 10:24Invité politiqueFait
« Il y a déjà des présidents de la République italienne qui ont justement refusé des nominations de ministres. »
- 12:23Invité politiqueFait
« En 1986, lorsqu'il y a eu le premier gouvernement de cohabitation de l'histoire de la Ve République, lorsque les élections législatives ont donné une majorité à droite alors que c'était François Mitterrand qui était président de la République, François Mitterrand a agi exactement comme vient de le faire le président italien. »
- 14:16Invité politiqueFait
« Le président de la République italienne dit qu'il a voulu absolument nommer un gouvernement issu de la majorité. »
- 14:54Invité politiqueFait
« M. Savona était contre en fait l'euro et qu'il envisageait de prendre des mesures qui auraient notamment par la création éventuelle d'une monnaie parallèle, qui auraient entraîné l'Italie vers la sortie de l'euro. »
- 19:07Invité politiqueFait
« Je m'adresse ici parmi les gens qui m'écoutent aux partisans de Mme Le Pen, du FN, aux partisans de M. Dupont-Aignan, de DLF, aux partisans de M. Mélenchon et de la FI. »
- 25:05Invité politiquePromesse
« La première chose que je ferais si j'étais élu président de la République... D'abord, je serais élu sur un programme clair et net. »
Temps de parole
- François Asselineau100 %
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{Bonjour à tous et bienvenue pour ce nouvel entretien d'actualité avec François Asselineau. Nous sommes le 31 mai 2018. Bonjour François Asselineau. La situation en Italie inquiète les marchés financiers et la scène européenne. Quelle est votre analyse ?} Eh bien bonjour à toutes et à tous. Nous sommes en effet, au moment où cet enregistrement est réalisé, le 31 mai 2018. Merci de votre fidélité. Alors effectivement, le premier sujet qui domine vraiment tous les autres, c'est ce qui se passe en Italie, parce que ça peut avoir des répercussions tout à fait historiques sur l'avenir de l'euro, l'avenir de l'UE et l'avenir de la situation sur l'ensemble du continent européen, et même au-delà.
Alors je voudrais revenir sur les événements et apporter une analyse un petit peu renouvelée – je pense – par rapport à tout ce que j'ai lu. Comme on le sait, il y a donc 2 partis politiques : la Lega, qui est comparée parfois au FN et à l'extrême-droite en France, mais un FN qui voudrait en réalité sortir de l'euro, alors que Mme Le Pen a confirmé que le FN ne souhaitait pas sortir de l'euro. Elle l'a dit et redit, et reredit. Et puis un autre parti qui est le Movimento Cinque Stelle, le Mouvement 5 étoiles, qui avait été créé par Beppe Grillo, qui est plutôt classé... Un petit peu l'équivalent de ce que serait un mélange de la FI, de EELV, de certains anarchistes un petit peu...
Anarcho-syndicalistes, des choses comme ça. Voilà. Alors ce qu'il faut savoir – j'en avais déjà parlé mais j'y reviens – : les deux mouvements politiques avaient fait campagne tout à fait séparément pendant les élections législatives qui ont eu lieu au mois de mars. La Lega, à l'extrême-droite, avait fait alliance avec le mouvement de Berlusconi pour avoir une espèce de pôle de droite et d'extrême-droite, alors que le Movimento Cinque Stelle avait fait sa campagne séparément. Comme vous le savez, le Mouvement 5 étoiles a fait 35% des suffrages à peu près. La coalition entre Berlusconi et puis la Lega a fait à peu près une trentaine de %.
Et à l'intérieur de cette coalition, la Lega d'extrême-droite a fait 17%. Alors le système en Italie est un peu comme en Allemagne. Il est différent de ce que l'on trouve en France. En France, nous avons un système qui est un système d'élections législatives au scrutin uninominal majoritaire à deux tours, comme on le dit, qui présente beaucoup d'inconvénients, puisque ça a tendance à écraser, à faire disparaître les oppositions, mais qui présente aussi un sacré avantage : c'est-à-dire que ça fait apparaître tout de suite une majorité. Et dès les jours suivant les élections législatives, dès le lendemain, on sait quelle est la nouvelle majorité et quel va être le gouvernement.
En revanche, en Italie comme en Allemagne, ou prévaut un système avec de la proportionnelle, on aboutit à des résultats qui sont beaucoup plus ambigus, puisqu'il n'y a pas cette prime que donne le scrutin uninominal majoritaire à deux tours, ce qui fait que... Vous l'avez vu en Allemagne, ça a duré des mois. En Italie, ça dure des mois. C'est que parfois, lorsque le hasard des urnes ne fait pas ressortir une majorité claire, eh bien alors les gens se cassent la tête pour savoir comment faire pour avoir une majorité. En l'espèce, en Italie, faut avoir la majorité donc à la Chambre des députés et au Sénat.
Alors après bien des vicissitudes, après bien des essais, ce qui est apparu au bout de plus de deux mois de tractations et de négociations, c'est qu'en réalité, la Lega d'extrême-droite, contre toute attente, a fait une alliance de circonstance avec le Mouvement 5 étoiles qui est situé à gauche, un peu comme si, en France, on avait une alliance comme ça sortie d'un chapeau entre le FN et puis FI, entre Mme Le Pen et M. Mélenchon. Ça vaudrait son pesant de cacahuètes. Alors c'est exactement ce qui s'est passé. Ils ont donc une majorité qui est une majorité assez faible, surtout au Sénat, où ils n'ont que 6 voix d'avance.
Et ils ont donc proposé un Premier ministre, qu'on appelle « président du Conseil » en Italie, qui doit être nommé par le président de la République italien. Alors là, il est important, déjà pour que les Français qui m'écoutent comprennent bien : en Italie, c'est pas le même système qu'en France. Le président de la République, il porte le nom de « président de la République », mais il est différent du président de la République française. En France, le président de la République française, il est élu au suffrage universel par tous les Français. Et c'est lui, le chef de l'exécutif.
Et c'est lui qui, en effet, est le vrai patron, le Premier ministre étant son subordonné, alors qu'en Italie, comme c'est le cas d'ailleurs en Allemagne, le président de la République est une entité plutôt honorifique, un peu comme pouvait l'être le président de la République en France sous la IIIe et sous la IVe République, c'est-à-dire quelqu'un qui a essentiellement un pouvoir de représentation de l'État mais qui n'a pas à gérer le gouvernement au quotidien. Alors il a néanmoins les prérogatives qui lui sont fixées par la Constitution italienne, le président de la République italienne. Et en particulier, il nomme le président du Conseil issu de la majorité aux élections législatives.
Et il nomme également par décret les ministres qui lui sont proposés par le président du Conseil. J'espère que jusqu'ici, tout est clair. D'ailleurs, au passage, on notera que c'est à peu près le même système qu'en France, pour le coup, puisqu'en France aussi, le président de la République nomme par un décret du président de la République le Premier ministre. Et ensuite, c'est le Premier ministre qui vient le voir pour lui proposer la formation d'un gouvernement, avec des ministres qui sont nommés par décret. C'est exactement la même chose. C'est exactement ce qui s'était passé lorsque Emmanuel Macron avait été élu l'année dernière.
Il avait nommé comme ça – c'est une prérogative propre du président de la République – le Premier ministre, en l'espèce Édouard Philippe. Et ensuite, M. Philippe était venu à plusieurs reprises, avec des consultations, proposer un gouvernement au président de la République. En fait, ils sont tous les deux un peu à... Ils tombent d'accord pour nommer des ministres. Alors de ce point de vue-là, la Constitution italienne, sur ce seul aspect-là des choses, ressemble à la Constitution française, puisque le président de la République a à peu près les mêmes pouvoirs de nomination des ministres. Alors qu'est-ce qui s'est passé ?
Il s'est passé d'abord que le président de la République italienne, qui est un monsieur qui a une autorité un peu morale... C'est le premier président de la République italienne issu de Sicile, d'ailleurs : M. Sergio Mattarella. Il a essayé d'exercer son mandat comme il pensait devoir le faire. Et finalement, lorsqu'il y a eu l'entente entre le Mouvement 5 étoiles et la Lega, et que le représentant du Mouvement 5 étoiles, qui est jeune, qui a (NDLR : 31 ans), M. Di Maio, et le patron de la Lega, M.
Salvini sont convenus de lui proposer un nom comme président du Conseil, qui était ce Giuseppe Conte dont j'ai parlé l'autre jour – je crois –, qui a 53 ans, qui était un avocat, mais que personne ne connaissait, qui était une espèce de... Ils étaient tombés d'accord sur une personnalité très effacée que personne ne connaissait qui ne pourrait pas faire d'ombre aux deux dirigeants. Le président de la République italienne, au vu de cela, a décidé de nommer ce président du Conseil, M. Giuseppe Conte, tout en faisant comprendre qu'il trouvait qu'il manquait un petit peu d'expérience et de bouteille pour exercer ce poste qui est le poste suprême du pouvoir italien.
Le président du Conseil, c'est quand même lui, le vrai chef de l'exécutif. Et puis ensuite, ce qui s'est passé, c'est que le président du Conseil est venu lui présenter un gouvernement avec différents ministres. Le président de la République italienne, après tous ses conciliabules, a donné son accord sur tous les ministres, sauf un. Sauf un, qui s'appelle M. Savona, et que la coalition voulait nommer comme ministre de l'Économie et des Finances, et que le président Mattarella a refusé de nommer à ce poste. Et comme il a refusé de le nommer à ce poste, et comme les dirigeants de la Lega et du Mouvement 5 étoiles n'ont pas présenté un autre nom à la place de M.
Savona, eh bien il y avait une situation de blocage. Le président du Conseil qui avait été nommé (NDLR : quatre jours avant), M. Conte, a jeté l'éponge et a démissionné. Et à ce moment-là, M. Mattarella a fait une déclaration à la presse. Et puis dans la foulée, il a nommé un nouveau président du Conseil, M. Cottarelli, qui – lui – est réputé pour être un partisan de l'austérité, qui avait blanchi sous le harnais du FMI. Alors pourquoi... Là, il faut vraiment être très précis, je crois. Et je vais prendre le contrepied d'un certain nombre de gens que j'ai entendus. J'ai entendu certains qui disaient que... J'ai vu que Mme Le Pen, qui n'est jamais à une outrance près, a parlé de coup d'État.
J'ai vu qu'il y a également M. Sapir – je crois – qui a parlé de coup d'État et qui a ressorti un écrit d'un livre de 1952 dans lequel un constitutionnaliste italien de l'époque avait dit que le président du Conseil ne pouvait pas choisir les ministres. Alors moi, je ne suis pas d'accord avec ça. Je pense qu'il n'y a pas eu de coup d'État. Et pourquoi je peux dire ça ? Parce que la Constitution italienne donne au président de la République italienne le pouvoir de signature, de nommer par décret. Il est très très rare... C'est même, je crois...
Ça n'existe quasiment pas qu'il y ait des constitutions qui prévoient que de demander à un chef d'État de signer quelque chose en lui interdisant de faire autre chose que de signer. À ce moment-là, ça sert à rien. À ce moment-là, autant ne pas prévoir cette procédure, et que ce soit le président du Conseil qui nomme les ministres directement. On comprend mal quelle serait la logique constitutionnelle de cette affaire. Ça, c'est le premier argument. Le deuxième argument, qui est un argument béton, c'est qu'il y a déjà des présidents de la République italienne qui ont justement refusé des nominations de ministres.
(NDLR : En 1978, il y avait un président qui s'appelait Pertini qui avait refusé la nomination de quelqu'un au poste de ministre de la Justice). Après ça, dans les années (NDLR : 90), c'était le président de la République italienne Scalfaro qui avait refusé la nomination de (NDLR : l'avocat personnel, ami personnel de Berlusconi) au ministère de la Justice. Il y a eu 4 exemples de présidents de la République italienne antérieurs qui ont refusé. Donc le texte de la Constitution italienne dit que c'est au président de la République italienne de signer les décrets. Donc il ne dit pas... C'est pas un pouvoir lié, comme on dit.
Il n'y a pas marqué dans la Constitution : « Le président de la République italienne, il lui est interdit de ne pas signer ». Ça n'est pas marqué. Et c'est lui qui nomme en signant. Donc le texte objectif de la Constitution italienne lui donne ce pouvoir. Deuxièmement, la jurisprudence montre qu'il y a déjà eu des exemples. Donc je ne vois pas où est-ce que des gens voient un coup d'État. Ce qui est vrai, c'est que dans les 4 exemples précédents, lorsque le président de la République italienne s'était opposé à la nomination d'un ministre, le président du Conseil nouvellement nommé lui avait proposé une solution de rechange, lui avait proposé un autre ministre.
Et à ce moment-là, le président de la République italienne avait nommé la solution de rechange. Donc ce qui s'est passé en fait ici, c'est que le gouvernement en formation du président du Conseil de M. Giuseppe Conte, en fait, n'a pas proposé de solution de rechange au président de la République italienne. C'est cela qu'il s'est passé. Mais on peut pas parler de coup d'État. Ceux qui auraient encore un doute, je leur rappelle d'ailleurs au passage : je faisais la comparaison avec la France...
Je rappelle que la situation actuelle en Italie ressemble à ce qu'on a eu en France avec la cohabitation, puisqu'en France, le président de la République nomme par décret les ministres – je le disais tout à l'heure –. En 1986, lorsqu'il y a eu le premier gouvernement de cohabitation de l'histoire de la Ve République, lorsque les élections législatives ont donné une majorité à droite alors que c'était François Mitterrand qui était président de la République, François Mitterrand a agi exactement comme vient de le faire le président italien.
C'est-à-dire qu'il a nommé comme Premier ministre Jacques Chirac, qui émanait de la nouvelle majorité, de même que le président Mattarella a nommé Giuseppe Conte, qui lui était proposé par les leaders de la majorité. Mais au moment de la nomination des ministres, François Mitterrand s'est opposé à la nomination de certains ministres dans le gouvernement Chirac de 1986, au premier rang desquels Jean Lecanuet. François Mitterrand avait une dent contre Jean Lecanuet, peut-être qui remontait à 1965 ou à bien d'autres choses auparavant. C'est possible. Mais il l'a refusé. Et donc Jacques Chirac a été obligé de nommer quelqu'un d'autre.
Donc on n'a pas dit à l'époque que c'était un coup d'État de la part de François Mitterrand. Alors ce qui est intéressant aussi, c'est de comprendre les raisons pour lesquelles le président italien a refusé de nommer M. Savona. Et je suis allé sur le site de la présidence italienne, au palais du Quirinal. Ça s'appelle « quirinale.it ». Le palais du Quirinal, qui est à Rome, qui est un très beau palais, qui est le siège de la présidence de la République italienne. Et j'ai trouvé sur le site le discours entier qui a duré 7, 8 minutes que le président de la République italienne a fait devant les médias pour expliquer pourquoi il avait refusé la nomination de M. Savona. Je l'ai traduit.
Et il est en ligne sur notre site. Et quand on lit ce texte, on s'aperçoit que le président de la République italienne dit qu'il a voulu absolument nommer un gouvernement issu de la majorité, qu'il avait donc accepté la nomination de M. Conte, même si... Il dit qu'il avait des réticences, parce que c'est quelqu'un qui n'avait jamais été élu. Mais il l'a quand même nommé. En revanche, il a refusé la nomination de M. Savona – dit-il – parce que... En substance, le raisonnement qu'il tient, c'est que M.
Savona était contre en fait l'euro et qu'il envisageait de prendre des mesures qui auraient notamment par la création éventuelle d'une monnaie parallèle, qui auraient entraîné l'Italie vers la sortie de l'euro. Et ce qui est très important à comprendre... Parce que moi, je suis quelqu'un d'honnête et de juste. J'ai regardé minutieusement ce qu'il dit. C'est que (NDLR : M. Mattarella) ne dit pas qu'il est contre le fait d'avoir un ministre qui veut sortir de l'euro. Il dit que cette question est très importante, qu'elle risque de mettre en cause la stabilité financière de l'Italie, l'épargne des Italiens.
Et il dit que c'est très important, parce que derrière, c'est peut-être la participation de l'Italie à l'UE qui risque de s'effondrer aussi. Il rappelle que l'Italie est un membre fondateur de la (NDLR : Communauté économique européenne). Et le président de la République italienne dit : « Face à des sujets de cette nature, il faut qu'il y ait un vrai débat ». Et il dit : « Or, pendant la campagne électorale, cette question n'a pas été abordée ». Il fait remarquer d'ailleurs que les deux partis qui font partie de la majorité avaient fait des campagnes différentes.
Et il ne fait pas remarquer, mais tout le monde le sait en Italie, que le Mouvement 5 étoiles avait dit que de toute façon, il resterait dans l'euro. Donc en fait, ce qu'a voulu faire le président de la République italienne... Je suis pas là pour le défendre, mais je suis là pour le comprendre, et surtout pour en voir les conséquences pour la France. C'est qu'il a dit en substance, en gros : « Si un jour, les Italiens veulent sortir de l'euro et de l'UE, soit. Mais encore faut-il qu'ils le veuillent vraiment. Or, la campagne électorale n'a pas parlé de ce sujet. Ça n'a pas été abordé. Le Mouvement 5 étoiles a parlé de tout autre chose : la relance par la consommation.
Et le mouvement La Lega a parlé de l'immigration. Mais ils avaient caché sous la table la question de l'euro ». Et il dit : « Sur un sujet de cette importance, on ne peut pas ne pas avoir le sentiment plein et entier de la majorité. Or, ... » – dit-il – « ...j'aurais nommé un responsable des Finances qui eût été en harmonie avec le projet de la majorité ». Or, le projet de la majorité, quand on va voir les formulaires électoraux, notamment du Mouvement 5 étoiles, c'est pas du tout de sortir de l'euro. C'est au contraire d'y rester. C'est la raison pour laquelle il a fait ça. Et il a nommé à la place donc un partisan de l'austérité.
Alors moi, si j'ai vraiment une critique à formuler, alors premièrement, bien sûr, j'ai bien compris que M. Mattarella est un européiste. Et j'ai bien compris aussi que si c'était dans d'autres circonstances, les européistes auraient laissé passer quelque chose si ça avait servi à la construction européenne. Donc ça, j'ai bien compris. Ce n'est quand même pas quelque chose qui est parfaitement, totalement démocratique, ce qu'il a fait. Mais du point de vue constitutionnel, et j'allais même dire du point de vue de la morale politique, j'estime que ce qu'a fait le président de la République italienne mérite quand même que l'on regarde ça de près et qu'on en tire les conséquences.
Parce que finalement, ce qu'il a dit... Il a condamné l'alter-européisme. Il a condamné l'hypocrisie. Il a condamné tous ceux – et on en connaît en France – qui ne veulent pas parler de ces sujets dans l'opposition. J'ai déjà eu l'occasion récemment d'en parler, je voudrais y revenir. Je m'adresse ici parmi les gens qui m'écoutent aux partisans de Mme Le Pen, du FN, aux partisans de M. Dupont-Aignan, de DLF, aux partisans de M. Mélenchon et de la FI. J'en connais beaucoup. J'en vois dans la rue. Je discute avec des gens. Il y a des gens qui me disent : « Oui, c'est très bien. Mais en fait, en fait, vous êtes pas assez malin. Il faut aller beaucoup plus malignement.
Faut être beaucoup plus malin que ça. Il faut pas dire qu'on va sortir de l'euro. On va y aller petit à petit. Puis après, on le fera ». C'est ce que beaucoup de gens de FI croient, d'ailleurs. Ils croient que : « Non, non, on veut pas sortir. On dit qu'on veut pas sortir de l'UE et de l'euro. Mais une fois qu'on sera arrivés au pouvoir, on le fera ». Soit dit en passant, d'autres électeurs de FI, eux, qui écoutent ce que dit Mélenchon... Et Mélenchon ou Adrien Quatennens, ou tous ses collaborateurs, ont toujours dit : « Hors de question de sortir de l'UE et de l'euro ». Donc il y a beaucoup d'électeurs qui, eux, se fondent sur l'autre discours, le discours officiel de FI.
Pareil à droite, avec l'extrême-droite. Alors ce qui est très très important à comprendre, c'est que la jurisprudence – si l'on peut dire – de Mattarella, ce qui vient de se passer en Italie montre exactement ce qui se passerait en France si les électeurs tombaient dans le panneau qui leur est tendu par le FN, DLF ou la FI, qui leur font croire qu'en fait, on peut avancer masqués, puis qu'au dernier moment, on fera ce qu'on veut. Non, ça n'est pas comme ça. Et je vais le prouver. Je vais le prouver. Parce qu'imaginons que FI ou que le FN arrive au pouvoir. Imaginons. Leur discours officiel, c'est : « On ne sort pas de l'UE. On veut la réformer de l'intér... »...
C'est ce que disait d'ailleurs le Mouvement 5 étoiles, et ce que disait aussi la Lega : « On veut réformer de l'intérieur. On veut éventuellement avoir une autre monnaie. Mais on ne sort pas de l'euro. On ne sort pas de l'UE ». Très bien. Qu'est-ce qui se passerait à ce moment-là ? Si, à ce moment-là, ils veulent faire par exemple une politique de relance économique, s'ils veulent se mettre à nationaliser, s'ils veulent se mettre à faire le contraire exact des GOPÉ que la Commission européenne envoie à la France chaque année, et... On vient de l'avoir il y a quelques jours.
En vertu de l'article 121 du TFUE, eh bien si le gouvernement issu des urnes faisait cela, ne tenant plus aucun compte des directives européennes, on pourrait très bien avoir – et on l'aura, on l'aura – 60 députés ou sénateurs français appartenant aux Républicains, au MoDem, à EELV, au PS ou à En marche qui saisiraient le Conseil constitutionnel français, devant par exemple le projet de loi de finances budgétaire qui procéderait à une relance tous azimuts. Ils pourraient le faire, puisqu'il faut qu'il y ait 60 députés et sénateurs qui peuvent saisir le Conseil constitutionnel. Or, le Conseil constitutionnel pourrait très bien réagir comme le fait M.
Mattarella, c'est-à-dire dire : « Je suis désolé. Mais les dispositions que vous prenez... », ou bien « Créer une monnaie parallèle... », etc., « Ces dispositions, en fait, ont pour effet de faire sortir la France de l'UE et de l'euro. C'est le risque que vous prenez ». C'est ça que pourrait dire le Conseil constitutionnel. Et le Conseil constitutionnel pourrait ensuite dire : « Ça, c'est inconstitutionnel, parce que dans notre constitution, il y a un article 88-1, qui a été modifié sous Nicolas Sarkozy, qui prévoit que la France fait partie de l'UE. Donc ce projet de loi est anticonstitutionnel ». Et donc il serait censuré. À ce moment-là, on imagine que M. Mélenchon, Mme Le Pen, M.
Dupont-Aignan hurleraient au coup d'État. Mais non ! Ça ne serait pas un coup d'État. Ça serait l'application rigoureuse de la Constitution d'une part, et des engagements électoraux d'autre part, parce que je suis certain que le Conseil constitutionnel non seulement dirait que c'est contraire à l'article 88-1, mais le Conseil constitutionnel en France dirait exactement ce qu'a dit le président de la République italienne, c'est-à-dire : « En plus, vous n'avez jamais fait campagne auprès de vos électeurs sur ces thèmes. Vous avez dit au contraire que vous resteriez dans l'UE et dans l'euro ». Vous avez donc compris : ce qui se passe est très important. C'est une formidable leçon de choses.
Et en fait, c'est un coup de projecteur fantastique qui vient d'être porté sur les hypocrites des oppositions factices, ceux qui disent : « On va faire une autre Europe », « On va faire un autre euro », « Hors de question de sortir de l'UE et de l'euro, mais on va tout modifier », c'est-à-dire des gens qui mentent. En réalité, sur des sujets de cette nature – et de ce point de vue-là, le président de la République italienne a raison –, on ne peut pas faire ça dans l'ambiguïté. On peut pas faire en sorte que la France ou que l'Italie sortent de l'UE comme ça par une nuit sans lune, presque par hasard. Ça n'est pas possible. Il faut que ça soit fait de façon claire et nette.
C'est d'ailleurs tout le problème qu'il y a au Royaume-Uni avec le Brexit. C'est que c'est un référendum qui a eu lieu : oui ou non. Et les partisans du Brexit ont voté oui majoritairement à 52%. Et là, il n'y a plus d'ambiguïté. Il n'y a pas d'ambiguïté sur la lecture du programme. C'est tout ce qui fait le problème des européistes au Royaume-Uni, qui sont furieux, qui essayent de trouver d'autres situations, d'autres solutions pour essayer... Le bruit court ces jours-ci que Mme Theresa May – paraît-il –, sans doute sous la pression de l'inénarrable George Soros, serait en train de vouloir reporter le Brexit peut-être à 2023. En attendant, ils sont très embêtés.
Je voudrais terminer ce propos en vous renvoyant, pour ceux que ça intéresse, pour ceux qui ont le souci de ne pas être enfumés par la politique... Je renvoie toutes les personnes intéressées à ma conférence que je fais déjà depuis plusieurs années – ça fait au moins 3 ans – qui s'appelle « Le jour d'après ». Et moi, je dis dans « Le jour d'après »... Allez l'écouter. J'ai dit que la première chose que je ferais si j'étais élu président de la République... D'abord, je serais élu sur un programme clair et net. Chez moi, il n'y a pas un autre euro, une autre Europe, etc.
J'explique, j'ai toujours expliqué que c'était impossible, parce qu'il y a l'article 48 (NDLR : du TUE) qui impose l'unanimité, et que les changements ne pourraient être que cosmétiques et en tout cas certainement pas les changements voulus par le seul peuple français. Donc j'ai toujours dit qu'il fallait sortir de l'UE et de l'euro. Mais ce que j'ai dit aussi... Allez voir cette conférence qui date d'il y a plusieurs années. Vous allez voir que je suis fiable et constant dans mes analyses. J'ai dit que la première chose que je ferais étant élu : je ferais une réforme constitutionnelle par référendum.
La première chose que je ferais, c'est proposer aux Français par référendum dans le mois ou le mois et demi suivant mon élection une réforme de la Constitution française. Et je proposerais aux Français notamment d'abroger cet article 88-1 qui fait obligation à la France de faire partie de l'UE, parce que je n'oublie pas par ailleurs que l'article 50 du TUE prévoit que tout État membre peut sortir de l'UE « conformément à ses règles constitutionnelles ». Et donc pour sortir de l'UE, il faut effectivement que ça soit conforme aux règles constitutionnelles. Donc faut enlever ce verrou qui avait été imposé par Nicolas Sarkozy et ses conseillers il y a une dizaine d'années.
Donc vous voyez bien toute la différence qu'il y a. Et ça, c'est une formidable leçon de choses sur la scène politique française : la formidable différence qu'il y a entre l'UPR, mon programme présidentiel et le (NDLR : gloubi-boulga) du FN, de DLF et de FI, etc. Moi, ce que j'ai proposé aux Français depuis 11 ans, c'est quelque chose qui est extrêmement clair, extrêmement logique et contre lequel le Conseil constitutionnel se casserait les dents, parce que j'aurais été élu sur le programme clair et net de sortir de l'UE et de l'euro, parce qu'ensuite, j'aurais demandé aux Français de modifier la Constitution en abrogeant l'article qui nous fait imposition d'être dans l'UE.
On pourrait même d'ailleurs ajouter un article – je crois que je l'avais d'ailleurs précisé aussi – précisant que la monnaie de la République française est le franc. Et une fois que ceci aurait été intégré dans la Constitution française, eh bien il n'y aurait plus aucun parlementaire, aucun député ni sénateur qui pourrait saisir le Conseil constitutionnel avec quelque risque de succès pour empêcher que la France sorte de l'UE, puisque le Conseil constitutionnel serait quand même bien obligé d'appliquer le texte de la Constitution. Voilà ce que m'inspire cette affaire italienne.
C'est en fait à mon avis très important du point de vue théorique et constitutionnel, que ce soit en Italie, en France ou ailleurs. C'est en fait très important parce que je pense que c'est la fin, le début de la fin de l'alter-européisme, le début de la fin de tous ces enfumeurs professionnels qui font comme si on pouvait sortir sans y entrer, entrer sans en sortir, et qui surtout conseillent de ne surtout jamais parler du fond à leurs concitoyens. Tous ceux qui m'ont dit : « Oui, François Asselineau, c'est très bien. Mais en fait, il est beaucoup trop franc. Faut y aller masqué, parce que les gens ne sont pas assez... Les gens ont peur. Les gens ne sont pas au courant, etc.
J'ai toujours dit le contraire. J'ai dit que sur des sujets aussi graves que ceux-là, il faut au contraire que les Français sachent exactement ce qu'ils veulent. Et ceci fait ressortir l'immense responsabilité de Mme Le Pen, de M. Mélenchon, de M. Dupont-Aignan, parce que si depuis des années, depuis 6 ans, 7 ans, 8 ans, 11 ans comme je le fais, tous comme moi avaient dit qu'il fallait sortir de l'euro, il y aurait beaucoup plus de Français aujourd'hui qui seraient favorables à la sortie de l'euro et qui n'auraient pas peur.
C'est justement parce qu'ils se sont laissés aller à l'intimidation voulue par les autres et qu'ils ont dit : « Ah non non, on peut pas sortir de l'euro parce que ça fait peur aux Français »... Ce sont des petits raisonnements minables qui font que la situation dans laquelle nous sommes est actuellement une situation de blocage. En fait, c'est le même réflexe un petit peu minable qu'avait eu la Lega et qu'avait eu le Mouvement 5 étoiles en Italie. Et le grand mérite – et je terminerai là-dessus – de la décision du président Mattarella, du président italien, c'est qu'il va y avoir de nouvelles élections, parce que...
Là, pour le coup, ce qu'il a fait qui n'est pas bien, c'est d'avoir nommé comme président du Conseil quelqu'un qui est ouvertement contre la grande majorité de ce que souhaitaient les Italiens. Donc c'est une espèce de provocation, à se demander même s'il n'a pas voulu justement provoquer des élections anticipées. Mais il va donc y avoir très probablement, à moins qu'il y ait encore une autre surprise à l'italienne... La commedia dell'arte en Italie... Il peut y avoir encore des surprises. Mais a priori, aujourd'hui où je parle, tout le monde avait l'air de penser qu'on s'orientait vers de nouvelles élections à court terme en Italie.
Et normalement, la décision qu'il a prise va forcer les partis italiens, et en particulier le Mouvement 5 étoiles et la Lega, va forcer à les sortir du bois et à expliquer à leurs compatriotes les raisons pour lesquelles on ne peut plus tergiverser, on peut plus faire ça comme ça de façon discrète, subreptice, camouflée, les raisons pour lesquelles l'Italie doit absolument sortir de l'euro. Et en effet, je suis d'accord avec eux. L'Italie doit sortir de l'euro. Sinon, l'industrie italienne va finir par être complètement détruite à court terme.
François Asselineau