80 ans du Plan - Discours de Dominique de Villepin
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- 2:04Dominique de VillepinFait
« Nous entrons à nouveau dans un monde de rareté, dans un monde de domination et de prédation. »
- 2:48Dominique de VillepinFait
« La pression extérieure des empires est intense et pose des problèmes d'accès aux ressources critiques des nouveaux circuits industriels. »
- 5:42Dominique de VillepinFait
« Il n'y a pas de visibilité sur la planification sans lisibilité fiscale et budgétaire. »
- 7:06Dominique de VillepinPromesse
« Il faut mobiliser l'épargne française. Nous manquons d'un outil qui permet de guider et d'accompagner l'investissement privé vers les priorités de la souveraineté nationale. »
- 7:51Dominique de VillepinPromesse
« Aujourd'hui, un pacte national de l'énergie qui assure la maîtrise de l'État sur le hors marché est la clé à la fois de la stabilité sociale, de la réussite de la lutte contre le changement climatique, de la garantie de la souveraineté française et européenne et de la réindustrialisation conséquente de notre pays. »
- 8:35Dominique de VillepinPromesse
« Il faut mobiliser les territoires autour d'un projet commun d'aménagement. Cela suppose une distribution des rôles et une contractualisation des relations sur le long terme avec une clarification des responsabilités devant les électeurs. »
- 9:18Dominique de VillepinPromesse
« Il est indispensable de se doter d'un conseil de l'IA auprès du président de la République ayant vocation à piloter la stratégie d'intelligence artificielle au titre de la continuité nationale. »
- 10:02Dominique de VillepinChiffre
« On parle aujourd'hui de centaines de milliards d'euros pour rivaliser avec Anthropique, Open AI et Google Gemini. »
- 10:46Dominique de VillepinPromesse
« Un CEA de l'intelligence artificielle aura vocation à mobiliser et articuler la recherche française et si possible européenne. »
- 14:27Dominique de VillepinFait
« Il nous faut retrouver l'esprit de grands projets qui mobilise ces ressources humaines. »
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Donc Clément Bonad, nous avons le plaisir d'avoir avec nous Dominique de Vilpa, l'ancien premier ministre qui a supprimé le plan comme vous le savez et qui va nous expliquer pourquoi. Monsieur le Premier ministre, c'est à vous. Chers amis, il y a des anniversaires où l'on fête le chemin à parcourir et il y a ceux où l'ont fait le chemin parcouru et ce sont en général deux ambiances très différentes où on sommes-nous ici ? Nous en sommes à mi-chemin. Le plan à sa jeunesse insouciante derrière lui, il a même, je crois, sa crise de la quarantaine derrière lui, vécu tout au début de ce siècle.
Et j'en sais quelque chose puisque je me suis penché sur son sort en ce temps pour lui donner un coup de jeûne vécu ici ou là comme un crime de l'aise majesté. Il est aujourd'hui dans le second souffle de la maturité quand on peut transformer l'expérience en une action nouvelle. Pourquoi cette passion pour nos plans du passé ? Il semble qu'il n'y ait plus personne qui ne se réclame de la planification en France aujourd'hui. Le général de Gaulle reste la statue du commandeur du de ce maman français. On le revendique avec ardeur et c'est compréhensible car le plan à la française est une vraie originalité. Le plan à la française est une œuvre complexe, composite, collective.
Elle suppose une adaptation constante entre les experts, les acteurs économiques, les territoires. C'est une sorte de grand débat perpétuel sur l'avenir de notre pays. C'est aussi un geste de rassemblement et la lecture des signataires du décret du 3 janvier 46 créant le commissariat général le Mondre, Charles de Gaulle, Jules Moc, Ambroise Croisa, Charles Tillon, René Plévet. Le plan à la française est une œuvre évolutive et c'est pour cela que je l'ai conduit à changer en 2006 pour l'adapter au nouveau monde de la mondialisation. Et c'est pour cela qu'il a besoin aujourd'hui à nouveau d'une grande rénovation.
Le plan à la française, c'est la mèche lente des intérêts de long terme et de la de la continuité nationale. Et c'est pourquoi il supposera toujours une forte implication du président de la République tel qu'institué par notre 5e République. Nous sommes dans un temps de doute, dans un temps de déprime française. La pression extérieure des empires est intense et pose des problèmes d'accès aux ressources critiques des nouveaux circuits industriels. Nous entrons à nouveau dans un monde de rareté, dans un monde de domination et de prédation. L'affessement intérieur de la capacité de l'action de l'État donne un sentiment d'impuissance qui détourne les Français du respect de la puissance publique.
Le plan, c'est le souvenir du bon temps où l'action publique produisait des résultats visibles ou raisonnaient des mots rassurants comme grands équipements, comme aménagement du territoire. La transformation de la France est là, mais elle semble subie, inquiétante. Elle a le visage des canicules et des inondation du réchauffement climatique, de la désindustrialisation française, de l'impact de l'intelligence artificielle sur l'emploi. Nous pouvons avoir le sentiment que l'enjeu de notre temps est de basculer d'une planification de l'espoir vers une planification de la menace. L'idée de progrès, de croissance même est devenue suspecte.
Comment planifier un temps de vieillissement, un temps de recul démographique accéléré ? Comment planifier dans un monde qui est devenu aujourd'hui très largement imprévisible ? Comment planifier dans dans un monde devenu massivement interdépendant et où on maîtrise beaucoup moins la chaîne d'intervenant privés face à la transformation historique de la France, plus importante que la révolution industrielle du 19e 20e siècle, plus profonde que la reconstruction des tres glorieuses, nous devons basculer vers un plan du 21e siècle. Le plan, c'est d'abord une idée et il est indispensable de revenir à l'essentiel.
La grande idée du 20e siècle, c'est d'associer l'intelligence humaine au flux monétaire pour produire une prévisibilité des stocks matériel. C'était le contrôle de la finance qui était perçu comme décisif pour assurer l'allocation de ressources optimales. La question clé était marché ou planification centralisée. La planification de moyens est aussi importante que la planification d'objectifs. La France a opté pour un modèle mixte d'économie de marché régulé et planifié. Aujourd'hui, il y a tout de même un principe simple à rappeler. Il n'y a pas de visibilité sur la planification sans lisibilité fiscale et budgétaire.
Et donc redresser les comptes publics, c'est la clé des portes de notre avenir commun. Et c'est pourquoi je plaide pour une loi organique de loi de finances qui inscrit l'obligation d'une programmation pluréannuelle contraignante sur la trajectoire budgétaire à laquelle seule une super majorité pourrait déroger en cas de crise. Au 21e siècle, nous devons mettre à jour notre conception du plan. Finances, énergie, intelligence artificielle sont désormais un flux synchronisé, convertible et liquide. Le kilow, l'euro, le token des modèles d'intelligence artificielle sont désormais presque immédiatement convertible l'un dans l'autre.
La matière elle-même relève désormais de flux continu de la matière, d'où l'importance du recyclage. C'est une véritable révolution de la planification qui s'en suit. Le plan est par nature. Une articulation entre la connaissance et l'action et l'équilibre a toujours été délicat à trouver entre une organisation d'experts dressant un tableau intelligible de la France et des acteurs opérationnels structurant les politiques publiques de l'avenir. Sans doute avons-nous basculé à l'excès du côté de l'expertise. Le plan du 21e siècle, c'est une gouvernance des flux. C'est une maîtrise des réseaux. Premièrement, il faut mobiliser l'épargne française.
Nous manquons d'un outil qui permet de guider et d'accompagner l'investissement privé vers les priorités de la souveraineté nationale. Et c'est pourquoi je suis favorable à la création d'un fond de souveraineté et de solidarité français qui rassemble les éléments épart du patrimoine national et qui ajoute un instrument de mobilisation volontaire incitative et réglementaire à gestion publique et à rendement garanti pour flécher une partie de l'épargne des ménages. Ce véhicule permettrait aussi le coinvestissement entre fonds publics et fonds privés. Cela signifie deuxièmement mobiliser les ressources énergétiques françaises.
Aujourd'hui, un pacte national de l'énergie qui assure la maîtrise de l'État sur le hors marché est la clé à la fois de la stabilité sociale, de la réussite de la lutte contre le changement climatique, de la garantie de la souveraineté française et européenne et de la réindustrialisation conséquente de notre pays. Je parle d'impact entre les générations, entre l'État et les territoires autant qu'entre producteur et consommateur d'électricité. Troisièmement, il faut mobiliser les territoires autour d'un projet commun d'aménagement. Cela suppose une distribution des rôles et une contractualisation des relations sur le long terme avec une clarification des responsabilités devant les électeurs.
À l'état, la fixation des objectifs et l'apport de l'ingénierie. aux régions la conception de stratégie territoriale aux opérateurs de déployer et réussir les travaux aux communes d'accompagner les citoyens. Quatrièmement, il s'agit de mobiliser la technologie. C'est une projection dans l'avenir des possibilités technologiques d'aujourd'hui. Le cœur du plan des 50 prochaines années, c'est l'intelligence artificielle de confiance en vue d'une intelligence générale maîtrisée. C'est une nécessité absolue de faire de la France une puissance dotée de capacité d'IA souveraine, sûre et sobre.
C'est pourquoi il est indispensable de se doter d'un conseil de l'IA auprès du président de la République ayant vocation à piloter la stratégie d'intelligence artificielle au titre de la continuité nationale. En l'état, soyons réalistes, cela n'arrivera pas. Nous prenons un retard conséquent en France et nous risquons de devenir une colonie cognitive des empires résurgent. Soyons clair, la France ne pourra pas développer seul un modèle de taille mondiale. On parle aujourd'hui de centaines de milliards d'euros pour rivaliser avec Anthropique, Open AI et Google Gemini. Mais il y a un autre modèle qui est possible et qui repose sur deux piliers.
Le premier pilier, c'est un partenariat public privé de dimension paneuropéenne dans lequel les États deviendraient cofondateur. Il s'agit de créer un cadre de coopération renforcée avec nos partenaires européens volontaires et des alliés sûrs à l'image de la Grande-Bretagne ou du Canada avec un investissement de départ de chaque état modeste de l'ordre d'un milliard d'euros chacun. D'autre part, un CEA de l'intelligence artificielle aura vocation à mobiliser et articuler la recherche française et si possible européenne. Enfin, les États mobiliseront leur capacités énergétiques et déploiront les infrastructures donnant la puissance nécessaire aux modèles émergents.
Il faudra alors être prêt à mobiliser des centaines de milliards d'euros comme aux États-Unis et comme en Chine, notamment à travers l'emprunt mutualisé européen. Il est public et privé. Il faut mobiliser le fond de souveraineté et de solidarité pour les investissements tout en y adossant des coinvestissements privés européens massif. Le deuxième pilier, c'est celui d'une maîtrise et d'une vigilance continue de l'État qui repose sur une stratégie favorisant l'adoption volontariste, l'alignement des intérêts publics et privés et l'accompagnement des effets. Cela passe par une régulation forte.
Cela passe par des institutions de vigilance bien dotées comme une autorité de sûreté de l'IA, plus sur le modèle de l'ASN et surtout d'une haute fonction publique formée et impliqué dans la transformation numérique assistée d'un corps d'ingénieur public de l'intelligence artificielle. C'est à cette condition que la planification à la française demeurera pertinente dans les prochaines décennies.
C'est la condition pour entrer de plein pied à égalité avec les grands dans un monde où l'écart entre l'esprit et la matière aura pour ainsi dire disparu, nous mettant en charge de piloter une nouvelle forme d'abondance avec tous les risques qu'elle peut comporter d'inégalité, d'inumanité et d'accélération. L'enjeu, ne nous y trompons pas, c'est bel et bien notre liberté collective. Le plan, c'est le supplément d'âme du marché, ce qui dépasse l'appariment de l'offre et de la demande par le prix en ajoutant la variable temps. Le plan du 21e siècle, c'est un pilotage de la demande autant que de l'offre. L'imperfection du marché est une donnée fondamentale.
Il s'agit de réinternaliser les externalités de l'économie. Le plan du 20e siècle, c'est un ancrage de la demande et de l'offre dans les réalités de longue durée de la France. Le plan du 21e siècle, c'est un rouage dans un cercle vertueux européen de planification qui reste lui aussi à engager. Nous sommes une pièce de puzzle dans un ensemble nécessairement à l'échelle européenne à nous de convaincre par nos résultats de la nécessité d'adopter des mécanismes de planification chez les autres États-membres et à l'échelle européenne. Mais chers amis, transformer, c'est vouloir conserver l'essentiel. Il n'est de plan qui vaille s'il n'est pas un plan humaniste.
Le plan du 21e siècle, c'est comme au 20e siècle l'impulsion de l'intérêt général dans la société civile et dans l'économie nationale. La puissance publique n'a pas d'autre légitimité que de faire vivre l'intérêt général. Plus précisément, j'ai la conviction que c'est la tâche du président de la République d'assurer cette continuité nationale à travers les grands objectifs existentiels que sont la souveraineté. la stabilité de notre système politique et social et la sécurité de notre territoire et de nos intérêts vitaux. Gardien du temps long, le président de la République a vocation à être le maître d'ouvrage de la planification.
Le plan du 21e siècle, c'est comme au 20e siècle, la mobilisation des acteurs autour d'une participation volontariste. C'est ma conception d'une planification humaniste, un plan par les humains, pour les humains, avec les humains. C'est d'abord une pensée d'ingénieur dans une nation d'ingénieurs et de savants. Il nous faut retrouver l'esprit de grands projets qui mobilise ces ressources humaines. Il nous faut tourner la planification. d'abord vers une prévision des besoins de compétences parce qu'une vie humaine, ça se respecte, ça ne se traite pas comme une ressource convertible, liquide et changeable. C'est du temps immobilisé.
Il faut traiter frontalement la question de l'impact de l'IA sur l'emploi notamment des jeunes. Traiter la construction de filière de compétences pour le nucléaire ou l'électrification mais aussi envisager dès la formation continue l'avenir de professionnels dans des secteurs en fermeture comme les infrastructures gazières. C'est ensuite une pensée de la démocratie revivifiée. Nous peinons à expliquer aux Français les enjeux des efforts qui leur sont demandés. et les perspectives qui leur sont offertes. Il s'agit de conserver sa dimension technocratique indispensable, ce centre d'information et de pilotage des signaux qui en est le cœur.
Mais il s'agit aussi d'y ajouter une dimension délibérative en transformant le Conseil économique, social et environnemental en une assemblée du futur prenant toute délibération pertinente pour la planification et sa mise en œuvre. Il s'agit enfin de renforcer la la dimension territoriale du plan en y associant plus étroitement les collectivités territoriales et y compris les intercommunalités et les communes. Enfin, et il ne faut pas l'oublier, c'est ensuite pardon enfin c'est une pensée des vulnérabilités. Ce n'est pas une planification d'uni d'uniformisation mais de respect des différences. C'est une planification autour des besoins et services essentiels de la population.
C'est elle qui doit demeurer le maître étalon du plan. Le besoin en logement, le besoin en transport, le besoin en nourriture ou encore le besoin en service. Chers amis, c'est en renouant avec l'esprit originel du plan que nous retrouverons le chemin de l'avenir commun. Le plan est mort. Vive le plan !
[musique] [musique]
Dominique de Villepin