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Discours / meetingUnion Populaire Républicaine· 7 mars 2015 51 minAutoproduitActualité / polémiqueEurope & internationalÉconomie & entreprisesInstitutions & électionsDéfense

L'influence américaine dans les organisations internationales (2/4)

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Attaque 95 %Défensif 5 %

Affirmations vérifiables (citations exactes)

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    « les États-Unis ont infiltré la Commission européenne, par des relais d'influence »
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    « Frank Carlucci est un agent de la CIA »
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    « Georgetown University est un peu l'équivalent de l'ENA en France, mais plus que l'ENA, puisqu'on y forme notamment tous les cadres des services de renseignement »
  • 8:30Chiffre
    « les commissaires européens qui partageaient le point de vue américain représentaient, à peu près, 80% du total »

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François Asselineau

Je voudrais quand même insister sur le fait que, comme on n'est jamais aussi bien servi que par soi-même, les États-Unis ont infiltré la Commission européenne, par des relais d'influence. Je vais présenter ici, parce que honnêtement, j'ai pas eu le temps de mettre à jour avec la nouvelle Commission qui a été installée il y a quelques semaines, l'ancienne Commission sortante : José Manuel Barroso, le président de la Commission européenne qui a été maintenant remplacé par Jean-Claude Juncker, le Luxembourgeois. Il a commencé sa jeunesse en étant président des étudiants maoïstes, au Portugal, après la révolution des Œillets d'avril 1974.

Issu de la petite bourgeoise de Lisbonne, il était le président de l'Union des étudiants maoïstes. C'était l'époque, en 74, vous savez peut-être, c'était la fin du régime de Salazar. En l'espèce de Marcelo Caetano d'ailleurs, qui était à la tête du Portugal. C'était un régime autoritaire, de droite assez dure, catholique, intégriste, etc. Et qui se livrait dans une guerre qui ravageait les finances du pays, pour essayer de maintenir, contre le cours de l'histoire, l'Angola et le Mozambique notamment, parmi les possessions coloniales portugaises.

Et donc il y a eu un coup d'État qui a été fait le 25 avril 1974 par des jeunes officiers de l'armée portugaise, et qui ont voulu reprendre le pouvoir. D'un seul coup d'un seul, ça a été la révolution dite des Œillets. Et puis il y a eu une très grande libération de la parole sur place, avec des mouvements politiques divers et variés. Il a notamment été autorisé de nouveau le Parti communiste portugais, le PCP, qui était clandestin, et qui était resté alors lui, un des mouvements communistes les plus paléo-staliniens de l'Europe occidentale. Et qui était essentiellement comme le Parti communiste espagnol, et un peu moins mais pas mal aussi comme le Parti communiste français.

Mais c'était surtout le parti très tenu par Moscou. Et puis les choses ont un peu dégénéré... Et puis les États-Unis ont eu peur que le Portugal bascule dans l'orbite soviétique. En 1974-1975, c'est l'époque où, justement, le camp socialiste marque de nombreux points. Notamment, il y a l'effondrement du Cambodge, le 17 avril 1975. Ensuite il y a l'effondrement du Viêt Nam, qui bascule dans la sphère socialiste. Le Laos, et puis, justement, l'Angola, le Mozambique, etc. C'est une époque où les États-Unis voient leur sphère d'influence rétrécir rapidement. Et donc ils craignent que le Portugal ne bascule dans le camp socialiste.

Or le Portugal, c'est les Açores, et les Açores l'une des toutes principales bases américaines en dehors des États-Unis. Les îles des Açores c'est une base américaine. Entre autres choses. Évidemment ça aurait eu un effet de domino, puisqu'en France c'était la période de l'Union de la gauche. Puisque, l'Espagne elle-même allait bientôt se libéraliser donc il y avait un effet d'exemplarité que les Américains ne pouvaient pas tolérer. Ils ont donc envoyé un nouvel ambassadeur à Lisbonne, qui s'appelait Frank Carlucci. Qui est américain, même si son nom fait penser un peu à Caltanissetta, vous savez. Vous connaissez, c'est le centre de la Sicile. D'où est originaire la mafia.

Je ne dis pas ça pour être offensant à nos compatriotes d'origine italienne. J'aime beaucoup l'Italie. Frank Carlucci est un agent de la CIA. On le sait de source certaine, puisqu'il est devenu ensuite directeur-adjoint de la CIA. Et donc, Frank Carlucci est envoyé à Lisbonne pour essayer de tout faire pour empêcher la prise du pouvoir par le PCP, par le Parti communiste portugais. Et sur la base « les ennemis de nos ennemis sont nos amis », mais aussi sur le fait qu'il est de notoriété publique, enfin il devrait l'être, que les mouvements gauchistes, maoïstes, trotskistes, ont très largement été de tout temps financés, en Europe occidentale, par la CIA, par les États-Unis.

Comme par hasard, il trouve que le président des étudiants maoïstes, M. Barosso, est un type formidable. Donc d'un seul coup paf ! Voici que notre José Barroso part à Genève, bénéficie de fonds de la fondation Volkswagen-Werk, pour faire des études à Genève dans une institution huppée. Et puis ensuite, il devient boursier de l'OTAN, pour aller faire des études à Georgetown University, à Washington. Il faut quand même avoir une sacrée souplesse d'échine, pour passer du stade de président de l'Union des étudiants maoïstes, et un an et demi après être à Washington DC à Georgetown University, aux frais de l'OTAN ! C'est quand même pas mal.

Je signale (âmes sensibles s'abstenir) que Georgetown University est un peu l'équivalent de l'ENA en France, mais plus que l'ENA, puisqu'on y forme notamment tous les cadres des services de renseignement. Alors je peux vous assurer que c'est pas du tout le cas à l'ENA. Bref ! Donc, à Georgetown University, qu'est-ce qu'il y fait ? On n'en sait rien. Ça se passe certainement très très bien puisqu'on le retrouve quelques années après, au congrès de Davos. Et d'un seul coup d'un seul, les journalistes découvrent un type absolument génial ! Toute la presse nationale portugaise et internationale explique que... une star is born. Une nouvelle étoile est née.

Il y a un type absolument fantastique qui a vocation à devenir Premier ministre du Portugal, sinon président. C'est sûr ! Le type est absolument extraordinaire ! On entretient un bruit de fond. Ça fait partie de ce que les Américains appellent les « self-fulfilling prophecies », les prophéties autoréalisatrices. Eh oui ! À force de dire : « Il est bien »... Quelqu'un était pas mal dans ce genre-là. Vous vous rappelez peut-être. C'était y a quelques années, dès que vous disiez : « Dominique Strauss-Kahn », tout le monde : « Ah ! Il est bien ! », « Ah ! Il est bien ! Oui, vraiment, il est bien ! ». On ne savait pas pourquoi il était bien, d'ailleurs.

Il avait fait une catastrophe lorsqu'il était au ministère des Finances, quand ensuite il était au Fonds monétaire international, il n'avait pas non plus brillé... Bon. Mais là, il y avait une espèce de bruit de fond – tout ça est parfaitement ciselé – qui avait été orchestré. Eh bien c'est ce qui s'est passé. Et donc, les Portugais, on leur a mis dans le ciboulot. Ils ont entendu, semaine après semaine, qu'il y avait un type formidable qui s'appelle José Manuel Barroso, qui allait devenir Premier ministre... Bien, effectivement, c'est ce qu'il est devenu ! Ah oui ! Ça marche ! Si les Américains font ça, c'est que ça marche.

C'est le fruit vénéneux du progrès des sciences cognitives et des sciences humaines, tout au long du XXe siècle. Vous savez que les Américains ont recueilli Edward Bernays, qui était le neveu de Freud, que Bernays est l'inventeur d'un livre fondamental du XXe siècle, qui s'appelle « Propaganda ». D'ailleurs, paraît-il que c'était le livre de chevet d'Adolf Hitler, enfin, de Goebbels. Les États-Unis ont découvert la façon de manipuler les foules, la façon de leur faire prendre des vessies pour des lanternes.

Donc, les Portugais se sont retrouvés avec José Barroso, qui est donc devenu Premier ministre, et puis qui est resté célèbre dans son pays pour un gros scandale, alors qu'il était Premier ministre. Il a voulu, en 2003, voyez que je ne remonte pas à l'âge, comment dirais-je, du néolithique. C'était il n'y a pas si longtemps. Il a voulu vendre de gré à gré la société nationale de pétrole du Portugal. Un des grands fleurons du patrimoine public portugais ! Un peu l'équivalent de Total, si Total était entièrement une entreprise publique par exemple, ou EDF. Il a voulu cela vendre de gré à gré, vous savez ce que ça veut dire, de gré à gré : sans appel d'offres. « Tiens ! Je te file ça !

» En général, quand vous avez un joyau, et que vous voulez le vendre le meilleur prix, vous faites quoi ? Vous faites de la publicité, vous dites : « Voilà ! Ça va passer en salle des ventes chez Sotheby's, chez Christie's, à New York, à Hong Kong ou à Londres ». Et vous faites tout un foin, et vous êtes sûr de faire venir un maximum de gens pour faire monter les enchères. Donc là, c'était vendu de gré à gré, et c'était vendu où ? Au Groupe Carlyle ! Le Groupe Carlyle dont le directeur général se trouvait être, – oh ! – le monde étant vraiment petit, Frank Carlucci.

Lequel Frank Carlucci, ayant été ambassadeur des États-Unis à Lisbonne en 1975, ayant lancé la carrière de José Barroso, était ensuite revenu dans ses pénates, comme directeur général adjoint de la centrale de Langley, la Central Intelligence Agency. Puis, ensuite, avait pantouflé comme directeur général du Groupe Carlyle qui se trouve être le groupe qui gère les fonds privés, qui se chiffrent en milliards de dollars, d'une famille que vous connaissez peut-être, je ne sais pas, c'est la famille Buisson... Famille américaine qui s'appelle Buisson. Georges Buisson. Il y a le père et le fils. George Buisson : George Bush. Et puis qui gère aussi ses copains, la famille ben Laden.

Non, vous connaissez pas ? Bon. C'est une famille... une famille saoudienne... Alors à ce moment là il y avait quand même le Parti communiste portugais qui était toujours là, qui était dans l'opposition, et qui a dit : « De quoi, de quoi ? », qui a fait un foin. C'était en 2003. Malheureusement, au Portugal comme en France, on n'est pas allé vers plus de liberté d'expression dans la presse. On est plutôt allé vers de moins en moins. En 2003, il y a quand même eu encore un petit sursaut, il y a eu un énorme scandale. Donc du coup, l'affaire ne s'est pas faite. Barosso a été prié de regagner ses chères études.

Et c'est à ce moment-là que d'un seul coup, les européistes se sont dit : « Il ferait un formidable président de la Commission européenne ! ». Chassé par les Portugais, il s'est retrouvé, donc, à la tête de la Commission. Il vient de quitter la Commission après dix années, mais Barroso était un homme qui était extrêmement proche des Américains. Je vais avancer, parce que je voudrais pas quand même m'éterniser, je ne parle que trop longuement.

Dans cette même Commission, nous avons eu le regret de voir partir, après dix ans de mauvais et déloyaux services, Mme Neelie Kroes, qui était commissaire chargée de la société numérique, et vice-présidente de la Commission, quand même, dans la Commission Barroso II. Mais qui, dans la Commission européenne Barroso I, qui l'avait précédée, était responsable de la concurrence. Mme Kroes s'était fait remarquer en 2005 lorsque – vous vous rappelez peut-être – il y avait eu l'affaire du rachat de la sidérurgie Arcelor par des intérêts anglo-indiens, par Mittal. Ça avait fait un tollé en France.

Les Français se sont dit : « Si on vend notre sidérurgie aux Indiens, est-ce qu'on va bientôt vendre La Joconde au Bangladesh, quoi ? ». C'était un peu ça la réaction. Donc Dominique de Villepin avait dit : « Je veux un certain patriotisme économique. J'ai décidé de prendre un décret anti-OPA pour protéger les secteurs les plus sensibles des achats étrangers ». C'était il y a dix ans ! Eh bien Mme Neelie Kroes, qui était à l'époque à Londres, a dit : « Il n'en est pas question ! ». Elle est intervenue et elle a fait cette déclaration : « Confrontés à l'insécurité et à une perte de confiance collective, certains politiques sont prompts à rechercher des politiques régressives de repli sur soi.

Ils veulent protéger des champions et des marques nationaux – ou même européens – ». Vous vous rendez compte le scandale ? Le Premier ministre français veut protéger une entreprise française. Et même européenne ça ne marche pas. « des assauts du marché mondial pour relancer les canards boiteux de l'industrie. Nous ne pouvons pas nous permettre d'être complaisants face à la résurgence actuelle de la rhétorique protectionniste. Le risque est à la fois réel et urgent. » C'était le 14 septembre 2005. Jour de mon anniversaire, ça n'a rien à voir. Devant la presse, après l'annonce de Dominique de Villepin. De Londres, où elle a fait cette déclaration dans la presse, elle est venue à Paris.

Moi j'étais à l'époque dans les services théoriquement chargés d'intelligence économique, on m'avait demandé de participer à l'élaboration du décret. Je peux vous dire que ça n'est pas allé très loin, puisque ça s'est terminé tout de suite. Elle s'est invitée à l'hôtel de Matignon et elle a dit : « Pas question ! ». Après il y a eu un vague décret qui a été pris ultérieurement, mais qui n'a eu absolument aucun effet. Uniquement pour sauver la face. Donc, cette femme a été beaucoup plus puissante que le Premier ministre français, à qui d'ailleurs, à cette période-là, les sondages donnaient 75 % d'approbrobation des Français.

Je crois même que ça frôlait les 80 % de Français qui voulaient que l'État intervienne pour protéger l'industrie française, justement dans les cas où c'était nécessaire. Donc quelle était cette dame ? Eh bien cette dame, il faut savoir d'où elle vient, quel est son pedigree. Elle était dans 40 conseils d'administration, avant d'être nommée commissaire européenne de nationalité batave, néerlandaise. Sur les 40 conseils d'administration où elle siégeait, à peu près 37 étaient d'entreprises américaines. McDonald's, je ne sais pas si vous connaissez cette entreprise. PricewaterhouseCoopers.

C'est un cabinet de consultance, dont certaines méchantes langues disent, dans certains services de renseignement, que c'est, parfois, une couverture des services de renseignement américains. Lockheed Martin. Ça fait partie du lobby militaro-industriel américain. Lockheed Martin fabrique des avions. Lockheed Martin c'était quand même ceux qui ont gagné le marché des chasseurs en Pologne, contre Dassault. Lockheed Martin utilisait par ailleurs les bons services de Mme Lagarde. Christine Lagarde, si vous voyez qui c'est. Christine Lagarde qui travaillait donc pour les intérêts de Lockheed Martin, contre les intérêts de Dassault.

C'est une des raisons d'ailleurs pour lesquelles on a perdu les F-15, ou les F/A-18. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle Mme Lagarde ensuite est devenue ministre du Commerce extérieur en France, sans doute compte tenu du fait qu'elle avait fait capoter ce projet de vente de produits français. Lockheed Martin, dont le baseline comme on dit, c'est-à-dire le slogan en américain, c'est : « We never forget who we're working for », « Nous n'oublions jamais pour qui nous travaillons ». Et puis Lucent Technologies, c'est aussi du complexe militaro-industriel. Vous savez ce que c'est quand vous êtes dans un conseil d'administration ? Vous touchez ce que l'on appelle des jetons de présence.

C'est-à-dire, à l'origine, au XVIIIe siècle, c'était des jetons en argent, des choses comme ça. Maintenant, jeton de présence, ça veut dire que l'on vous fait un chèque, enfin, un virement. Vous recevez un virement. Donc en gros, pour des grandes grandes entreprises de cette nature, ça va peut-être aller chercher du style 2 000 ou 3 000 euros la participation à un conseil d'administration. S'il y en a 3 ou 4 dans l'année, disons que ça fait quelque chose peut-être de 10 000 euros, 10 000 dollars. En jetons de présence, pour aller 3 ou 4 fois dans un conseil d'administration. Vous multipliez ça par 40, ça fait 400 000 dollars.

Je ne suis pas sûr qu'elle avait des compétences ahurissantes, et que toutes les entreprises américaines avaient besoin de cette néerlandaise. En attendant, elle était devenue ensuite conseiller à la concurrence. Voilà. Alors pour aller plus vite, le commissaire chargé des relations inter-institutionnelles et de l'Administration, c'était un commissaire slovaque, repris d'ailleurs dans la nouvelle Commission. Donc lui, sa formation : l'université de Stanford, la Hoover Institution en Californie aux États-Unis, et formé par Dale Carnegie. En Finlande, Olli Rehn, qui a été responsable d'abord de l'élargissement, puis des Affaires économiques et monétaires.

Olli Rehn, lui, était finlandais mais diplômé de l'université de Berkeley, et auparavant du collège de Saint-Paul, Minnesota. Le commissaire estonien chargé des transports, M. Siim Kallas, lui ça valait trois étoiles dans le Michelin, « vaut le voyage », puisque c'est un homme qui avait été, dans sa jeunesse, membre du Parti communiste de l'Union soviétique. Et ce pendant un grand nombre d'années, de 1972 à 1990. Il avait d'ailleurs été ministre des Finances de la République soviétique d'Estonie de 1975 à 1979. Et après, il s'est retrouvé vice-président de la Commission européenne.

Je n'ai jamais vu un seul Français, à part ceux qui ont vu mes conférences, qui savait que l'un des vice-présidents de la Commission européenne était un ancien ministre de Brejnev. C'est quand même le cas. Entre-temps, il était devenu président de la banque centrale d'Estonie. Lorsque l'Union soviétique s'est désintégrée, il a été mêlé à un scandale. En gros, on a perdu la trace d'à peu près 30 millions de dollars, dans le bilan de la banque. Alors ça a fait mauvais genre. Ils ont envoyé des experts. Il y a eu des cabinets. Ils ont regardé. « On trouve pas 30 millions de dollars ».

Finalement, tous les regards se sont tournés vers le président : « Vous n'auriez pas vu passer 30 millions de dollars ? ». Il a répondu : « Non, non, pas du tout ». Ça s'est arrêté là, parce qu'entre-temps, – c'est pas du saxo, c'est du pipeau qu'il devrait jouer – il est devenu d'un seul coup très pro-américain. L'ancien ministre de Brejnev a négocié l'entrée de son pays dans l'OTAN et dans l'UE. Il est devenu vice-président de la Commission européenne, et il était également devenu, comme Barroso, un très grand ami du président Buisson, des États-Unis. En Espagne, le commissaire chargé de la Concurrence a lui suivi le programme « Senior managers in Government » de la John F.

Kennedy School of Government à Harvard, Massachusetts. Le commissaire polonais M. Lewandowski, chargé du Budget était, lui, diplômé de Harvard. Le commissaire chargé de l'Emploi, des Affaires sociales et de l'Insertion, M. Andor, ce qui est bien pour recevoir des syndicats, M. László Andor, lui, était diplômé de l'Université du Wisconsin. Etc, etc. Je me suis amusé un jour à faire un camembert. Camembert des influences, au sein de la Commission européenne Barroso I. Ça vaut ce que ça vaut, parce que les commissaires représentent, bon, des intérêts divers et variés. En gros la France, c'était un commissaire sur 28, donc 3,7 %.

En gros, deux, trois commissaires européens qui, souvent, soutiennent la position française. Ça peut être le cas de l'Espagnol, du Portugais, de l'Italien. Les sœurs latines, on a un petit peu la même vision des choses. La Belgique. On a assez souvent la même vision des choses, les mêmes intérêts, défendre quand même un niveau de vie, etc. Il y a l'allemand avec lequel on est pratiquement tout le temps en désaccord, en dépit du couple franco-allemand dont on nous rebat les oreilles depuis des décennies. Avec tout ceci en jaune, vous aviez tous les pays de l'Est avec lesquels, en gros, nous sommes toujours en opposition de phase.

Puisqu'eux sont entrés dans l'UE pour avoir le maximum d'argent, donc ils demandent une augmentation du budget de l'UE, c'est-à-dire qu'on paie plus pour eux. Et puis ils demandent également toujours qu'il y ait le moins de contraintes possibles pour les délocalisations vers les pays de l'Est. Ils refusent toute harmonisation salariale et sociale. Et puis il fallait y ajouter ensuite tous les commissaires qui avaient travaillé aux États-Unis, c'est en rouge. Tous ceux qui avaient travaillé pour des entreprises américaines en plus, c'est en rose. Ceux qui étaient anglophones de naissance. Tous les commissaires ayant suivi des études au Royaume-Uni.

Alors, comme vous l'avez compris, tout ça, c'est pas aussi simple que ce que je présente. On peut ergoter, à juste titre d'ailleurs : « Oui mais là, vous exagérez sur tel ou tel dossier ». C'est vrai, mais c'est pour faire ressentir un état d'esprit. Quelqu'un qui est un commissaire, comme le commissaire finlandais, qui a passé des décennies aux États-Unis, qui a été diplômé du secondaire à Saint-Louis dans le Missouri, et puis ensuite a été, comment dirais-je, en Californie. C'est quelqu'un qui est pénétré d'une pensée tout à fait anglo-saxonne, nord-américaine. Qui n'est pas la nôtre. Pareil pour des commissaires venus des pays de l'Est.

Donc en gros, les commissaires européens qui partageaient le point de vue américain représentaient, à peu près, 80% du total. Je suis désolé d'entrer dans ce genre de choses. Je vous ai épargné le reste, allez voir ma conférence : « Qui gouverne la France ? ». Parce qu'après, il faudrait aussi aller au niveau des fonctionnaires. Mais enfin, on voit ce que c'est qu'un phénomène d'infiltration d'une structure, c'est-à-dire que, en gros, les décisionnaires sont à peu près tous formatés à la même à la même aune. Quand vous voyez d'ailleurs que notre commissaire, maintenant, est M. Moscovici, bon, bah M. Moscovici, c'est quand même pas non plus quelqu'un de farouchement anti-américain.

Donc malheureusement l'exception française a disparu également de la scène. Il n'y a pas seulement que les commissaires européens, il y a également tous les think-tanks. Toutes les organisations qui sont là pour influer à la place des peuples. Comme les Français, mais pas plus les Portugais, pas plus les Danois, pas plus les Irlandais ne s'investissent à Bruxelles. Personne n'a jamais eu envie d'aller à Bruxelles manifester. De temps en temps il y a quelques syndicats qui essaient de le faire, mais alors c'est contraint et forcé. Ils font venir des permanents depuis Montauban pour aller à Bruxelles, aux frais de la princesse. Mais en gros, il n'y a pas de manifestation à Bruxelles.

D'ailleurs, c'est fait pour ! On n'a jamais expliqué aux peuples où se trouvait le vrai pouvoir. Donc la CGT, la CFDT, FO, font défiler les Français en France. Et leur font taper sur le ministre des Finances. Moi je suis celui qui montre la Lune. Vous savez comme on dit en chinois : « Quand le sage montre la Lune, l'imbécile regarde le doigt ». Donc on dit aux Français : « Regardez le doigt ! Oui, c'est de la faute de Sarkozy, c'est de la faute de Hollande ! ». Loin de moi l'idée d'exonérer Sarkozy et Hollande de leurs responsabilités qui sont écrasantes, bien entendu, mais ceux qui décident pour de bon se situent ailleurs ! Ils se situent notamment à Bruxelles.

Et à Bruxelles, comme les peuples n'y vont pas, eh bien ceux qui font le siège des bureaux bruxellois, là où s'élaborent les directives européennes, les réglementations européennes, eh bien ce sont des think-tanks qui s'auto-propulsent représentants des peuples. Et il y a donc tous ces think-tanks qui viennent ici défiler. Vous avez par exemple la Ludwig Von Mises Institute, un truc allemand. Vous avez l'Instituto Bruno Leoni, c'est un truc italien. Vous avez NDA, c'est New Defense Agenda, c'est un truc américain. Tout ça, c'est financé notamment par des grandes entreprises. J'en ai pris un en particulier, important, c'est le Center for European Reform.

Un des lobbies les plus importants à Bruxelles. Le CER dont le journal The Economist a dit : « Un think-tank qui s'arrange pour être à la fois atlantiste et europhile ». Je vois pas pourquoi c'est un problème, puisque c'est la même chose, mais bref. Le Financial Times a dit : « Un think-tank avec un rôle d'influence croissant dans la formation des politiques officielles ». Donc ça, c'est un think-tank qui vient voir les commissaires européens, qui vient voir les chefs de bureau, les chefs de sous-direction, etc, en leur disant : « Voilà ce que veut le peuple européen ! ». Il parle en votre nom ! En disant : « Voilà ce que nous voulons ! ».

« Nous voulons absolument l'entrée de la Turquie dans l'Union. Nous voulons absolument les OGM. Nous voulons absolument qu'il y ait une meilleure réglementation des ascenseurs ». Ça c'est les ascenceurs, c'est Otis et Schindler qui ont graissé la patte à des organismes de lobbying qu'ils vont voir. Pourquoi d'un seul coup dans toute l'Europe il faut refaire les ascenseurs ? C'est une directive européenne. C'est assez pratique !

Si vous voulez faire fortune, je vous l'ai toujours dit, suivez l'exemple de ces gens qui ont découvert un moyen d'avoir des petits gilets jaune fluo achetés en Chine pour pas grand-chose, qu'ils importent ensuite en Europe, où ils disent : « Il faut absolument que tous les Européens aient un gilet jaune fluo dans leur voiture ». Ah oui c'est très important ! Ça fait avancer la cause de l'Europe. Donc d'un seul coup, évidemment, si vous avez le monopole d'importation des gilets jaunes fluo fabriqués en Chine, c'est le pactole.

Je dis ça pour les ambitieux parmi vous, qui veulent faire fortune, et qui, en attendant que l'UPR arrive au pouvoir, se disent qu'il y a encore peut-être un peu de grain à moudre. Donc réfléchissez par exemple à un projet de directive sur les presse-purée à roulettes, qui serait un grand progrès au niveau de la construction européenne. Si tant est qu'elles obéissent à des normes précises. Alors, vous négociez ça avec un fabricant de Shanghai ou de Zhuhai. Et puis vous avez le monopole, et puis fortune est faite. Donnez-moi une petite commission à la fin. Alors je vous dis tout ça parce que le CER, c'est un think-tank qui est au Royaume-Uni.

Et, si vous allez sur le site du CER, vous voyez ceux qui les financent. Ce ne sont que des entreprises ! Et pas rien, que des grands groupes ! C'est un peu comme les sponsors de Mme Neelie Kroes. C'est-à-dire que les entreprises en question, eh bien c'est ça, c'est Apax Partners, entreprise américaine, German Marshall Fund of the United States, une entreprise germano-américaine qui, en fait, gère les reliquats des fonds marcheurs, c'est-à-dire l'agent direct de la CIA. Vous avez Goldman Sachs, je sais pas si vous savez, Goldman Sachs, ce que c'est ? C'est une petite banque d'affaires, qui est américaine. United Parcel Service, c'est américain. Boeing c'est américain.

Rolls Royce, comme son nom l'indique, c'est allemand. Ça a été racheté par Bentley. United technologies, c'est américain. Morgan Stanley, américain. Time Warner, américain. Unilever c'est anglo-néerlandais. Lockheed Martin, tiens les revoilà ! « We never forget who we're working for ». Ils sont là, ils financent le CER. Le Citigroup, américain. The Economist, un journal britannique. JPMorgan, banque américaine. British Bankers' Association, l'association des banquiers britanniques. La British Petroleum, c'est britannique. Merrill Lynch, américain. Deutsche Bank c'est allemand. Une fois quelqu'un m'a dit : « Oui vous exagérez parce qu'il y a Thales ! ». Ah oui, il y a Thales.

C'est une entreprise française qui met un peu d'argent là-dedans, mais enfin c'est ce qu'on appelle la recette du pâté de cheval et d'alouette. Vous mettez, pour faire le pâté de cheval et d'alouette, une alouette et un cheval. Vous avez un cheval américain dans le pâté, et puis là une alouette française qui défend les intérêts francais. Vous voyez ce que ça donne. C'est quand même étonnant de voir que – Je prends cet exemple. Il y en a des dizaines d'autres, mais celui-là est l'un des plus significatifs – cet institut de lobbying, ce think-tank, qui fait donc le siège permanent de la Commission européenne, est presque entièrement financé par des intérêts américains.

Ici je rentre un peu dans le détail, mais c'est important d'entrer dans le détail. Comme disent les Allemands : « Der Teufel liegt im Detail ». Le diable réside dans les détails, justement. Parce que, quand on vous parle, « Oui, l'Europe, etc. Comment ? Vous êtes contre l'Europe ? Mais enfin Cervantes ! Dante ! Goethe ! Mozart ! Ça ne vous dit rien ? » Ce n'est pas la question. Arrêtez de vous payer nos têtes. Nous on parle de choses qui sont très concrètes. Très concrètement, on voit comment les différents cercles de pouvoir aux États-Unis ont mis la main sur l'Europe. Alors, j'ajoute que si j'enlève quelques-uns d'entre eux, il nous reste Goldman Sachs et JPMorgan par exemple.

Je note que l'une des dernières forfaitures faites par le gouvernement Fillon – avant qu'il ne cède la place au brillant gouvernement Ayrault, enfin ce ne sont que des hérauts – a été d'ouvrir le marché du gaz en France à Goldman Sachs et JPMorgan. Je vous assure que Goldman Sachs et JPMorgan ne sont pas vraiment des entreprises philanthropiques. Elles se moquent éperdument de servir du gaz à une personne retraitée, qui est au RSA à Romorantin. C'est pas ça leur truc. Leur truc, c'est de mettre la main sur les services publics. Dans un premier temps on dit : « Ces services publics sont gérés n'importe comment ! Il faut absolument les privatiser ».

Et d'ailleurs, c'est pas nous qui le disons, c'est la Commission qui lui impose, en vertu notamment de l'article 121, sur les grandes orientations de politiques économiques. Bien. On privatise, et puis trois mois après, les mêmes. Orchestration médiatique : « Qu'est-ce que c'était mal géré ! Vous ne connaissiez pas vos prix. En fait vous devez payer beaucoup plus cher, que ce que vous payez ». Avant, on nous explique qu'on va ouvrir la concurrence, parce que ça va faire baisser les prix. Et après, on nous dit : « Il faut augmenter considérablement les prix ». On a vu ça à peu près partout, sauf sur la téléphonie, parce que c'est pas le même modèle économique.

Mais on l'a vu pour les réseaux d'eau, les réseaux autoroutiers, l'énergie, etc. Et donc c'est l'ouverture de ça. Puis si vous séparez encore Goldman Sachs, je vous rappelle, pour ceux qui l'auraient oublié, que Goldman Sachs a à sa tête un Américain. Mais je ne l'ai pas mentionné ici. J'ai préféré mentionné Peter Sutherland, un Irlandais, président de Goldman Sachs International, et qui se trouve être par ailleurs le président pour l'Union européenne du Transatlantic Policy Network, ceux qui nous concoctent aux oignons le TAFTA, le traité Transatlantique, que vous connaissez peut-être. Puis également ses répliques, comme on dit en termes sismiques.

Sous ses ordres, Peter Sutherland avait un petit jeune prometteur, et qui s'appelait Mario Draghi. Mario Draghi, qui était l'ancien vice-président de Goldman Sachs Europe. C'était donc un junior. Lui, il était président de Goldman Sachs International. Peter Sutherland avait donc sous sa coupe les vice-présidents de l'Europe, de l'Amérique du Nord, du Moyen-Orient, Asie du Sud, Extrême-Orient, etc. Donc ce M. Mario Draghi est devenu le président de la Banque Centrale Européenne en décembre 2011. C'est-à-dire un homme qui a beaucoup beaucoup beaucoup beaucoup plus de pouvoir que M. Hollande. Je parle même pas du ministre actuel des Finances : M. Sapin. Ni non plus du ministre de l'Économie M.

Macron. C'était également Goldman Sachs qui avait organisé la falsification des comptes pour que la Grèce entre dans l'UE. Donc lorsque le Premier ministre grec Papandréou a été viré, car il s'était avisé de faire un référendum pour demander aux Grecs s'ils étaient d'accord pour se faire entièrement piller le patrimoine national accumulé depuis 2500 ans. On a dit : « Ça va, c'est bon », on l'a viré. Enfin, « on » : pas vous, pas moi. Il a été remplacé par M. Papadímos, qui était justement le type qui avait organisé avec Goldman Sachs la falsification des comptes publics de la Grèce pour qu'elle se qualifie pour l'euro. Et c'est pas du baratin, hein.

Allez voir, on a toutes les informations nécessaires. C'est sorti dans le Wall Street Journal, le Financial Times. Ce sont des choses de toute première certitude que je vous dis. Ces comptes ont été falsifiés par Goldman Sachs, et par ce M. Papadímos. Et puis Mario Monti, vous vous rappelez, a été consultant de Goldman Sachs, ancien commissaire européen. C'est lui qui a été nommé président du Conseil italien en novembre 2011, lorsque, pareil, l'oligarchie a viré Berlusconi. Ils ont mis ce M. Mario Monti, qui a eu quand même la chance, ce qui est finalement assez rare dans une démocratie, de devenir chef du gouvernement, sans jamais passer devant les urnes.

Sans jamais avoir fait de politique. Il est passé directement de la case banquier, à la case dirigeant du gouvernement italien. Puisque nous parlons d'économie, je voudrais attirer votre attention sur l'influence américaine sur le sauvetage de l'euro en 2011. Certains d'entre vous croient peut-être encore que les États-Unis voudraient la peau de l'euro. Je me rappelle avoir eu une prise de bec avec cette charmante Myret Zaki à l'Université d'automne en 2011. Elle est rédactrice en chef d'un journal suisse. Elle assurait que les États-Unis voulaient la peau de l'euro. En réalité, les États-Unis ne veulent pas la peau de l'euro.

D'ailleurs, je vous ai montré tout à l'heure qu'ils en sont à l'origine. Entre autres, il y a beaucoup d'autres sources mais, la fameuse note confidentielle de cette réunion du 11 juin 1965, que l'on voyait tout à l'heure, où c'étaient les États-Unis qui justement, au contraire, poussaient à la roue pour que Marjolin fasse fissa, pour accélérer la construction d'une monnaie européenne. Mais là c'est quand même intéressant de vous montrer, toutes preuves à l'appui, toute une série d'événements, que chacun peut voir, à condition qu'il regarde minutieusement la presse.

D'ailleurs nous avons mis en ligne, hier, sur notre site et sur notre page Facebook un article qui a été cosigné par Vincent Brousseau. Il est responsable des questions monétaires à l'UPR et est un ancien économiste de la BCE, où il a passé 15 ans. Donc il sait de quoi il parle. Ça a été coécrit avec moi-même, nous avons publié un article qui s'appelle : « À quoi joue Mme Merkel ? ». Dont je vous conseille la lecture, si vous avez des insomnies, puisque vous y comprendrez ce qui se passe. Mais ce que nous, nous expliquons, et nous sommes les seuls, je crois, à le dire, c'est que les élites du monde économique et financier allemand, ne veulent plus de l'euro.

Pour toute une série de raisons que j'explique dans une conférence : « La tragédie de l'euro », et dont je pourrai vous parler tout à l'heure au moment des questions. Et ça il faut bien le comprendre. Il faut bien comprendre que les Allemands, ils sont comme nous. On leur a imposé l'euro, et eux, ils voudraient s'en aller. Sauf qu'ils ne le peuvent pas. Ils ont peur que tout ceci leur retombe sur le nez, avec un coût absolument prohibitif. Le 30 avril 2011, Axel Weber a démissionné de la présidence de la Bundesbank pour protester contre la politique de la Banque centrale européenne qui entraîne selon lui l'Allemagne dans le gouffre. C'était le 30 avril 2011.

Ensuite, le 9 septembre 2011, c'est Jürgen Stark, le chef économiste allemand de la Banque centrale européenne, le grand manitou des économistes de la Banque centrale européenne, un Allemand, qui démissionne avec fracas, à son tour, pour protester contre la politique de la Banque centrale européenne qui entraîne, selon lui, toute la zone euro dans le désastre. Et puis, ce sont les États-Unis qui exigent le sauvetage de l'euro. Quelques jours après le 16 septembre 2011, Il y a eu une réunion de l'Eurogroupe, c'est-à-dire les ministres des Finances. Ça se tient à Wroclaw, en Pologne. Eh bien, les Américains font la leçon aux Européens. Vous voyez cet article tiré de La Tribune, je crois.

C'est Timothy Geithner que l'on voit ici à gauche, qui est à l'époque le secrétaire au Trésor américain. Il s'invite à l'Eurogroupe pour faire la leçon aux Européens. – Ici on voit Juncker, qui maintenant est devenu président de la Commission européenne – en leur intimant l'ordre de sauver l'euro. Et vous voyez d'ailleurs ici dans l'encadré une dame, dont je vais reparler dans quelques secondes qui est Mme Lael Brainard, qui est une haut fonctionnaire américaine, qui va être la cheville ouvrière de la mainmise américaine, pour faire tout le possible pour maintenir de force la Grèce dans l'euro, et que l'Allemagne reste dans l'euro.

Ça, c'était le 4 novembre 2011 : « Au sommet du G20 de Cannes, le président Obama « exhorte les dirigeants européens à résoudre la crise de l'euro, « qu'il voit comme étant la principale menace pour l'économie américaine et pour sa réélection. » Ici, il a Mme Merkel pour... compagne. Oui, on peut dire les choses comme ça. Voilà Mme Lael Brainard. Vous savez, celle qui était dans l'encadré, le 26 janvier 2012. Le New York Times – encore une fois c'est pas des canards – révèle le rôle joué dans les coulisses par Mme Lael Brainard, sous-secrétaire du Trésor pour les affaires internationales, afin de sauver l'euro, qu'il qualifie, c'est dans l'article même, de « arm-twister ».

Arm c'est le bras, twist c'est la danse. Ça veut dire tordre. Arm-twister, tordeur de bras. Mme Lael Brainard est venue faire une partie de bras de fer auprès des ministres des Finances européens. « Derrière la scène – c'est dans l'article – elle a fait 17 voyages discrets en Europe au cours des années 2010 et 2011, pour la préservation de la zone euro et de sa monnaie ». C'est un intérêt stratégique fondamental pour les États-Unis que l'euro soit maintenu. Parce qu'ils ont bien compris que si l'euro se défait, c'est le phénomène du château de cartes. C'est l'ensemble du glacis géopolitique qui s'est constitué après 1945 qui va se défaire.

D'où l'importance fondamentale que les Américains portent à la survie de l'euro. Ensuite, le 19 mai 2012, au sommet du G8 de Camp David. Alors là, M. Hollande vient d'être élu, vous savez c'est là où il était là et... comme ça. À un moment, il lève la main : « Est-ce que je peux aller faire pipi ? ». Vous avez vu la photo. Donc au sommet du G8 de Camp David, « Obama et Cameron se sont affrontés avec la chancelière [allemande] lors du sommet du G8 à Camp David, exigeant qu'elle dresse un chemin clair pour sortir l'Europe de sa crise actuelle ».

Ce qui est fort de café quand même, c'est que non seulement Obama est américain, n'est pas dans l'euro, mais que Cameron au Royaume-Uni est dans l'UE, mais n'est pas dans l'euro ! Parce que les Anglais, bien entendu, ont appliqué la politique du wait and see. Sachant que c'était un truc pourri, et qui allait mener au désastre, ils se sont bien gardés d'y entrer. Mais ils disent aux autres : « Continuez ! ». Donc, « La dirigeante allemande a résisté à leur pression pour de nouvelles mesures qui incluraient une politique monétaire plus souple de la BCE, ce qui permettrait un assouplissement quantitatif similaire à celui déployé par la Réserve fédérale et la Banque d'Angleterre.

» Allez lire l'article dont je vous parlais : « À quoi joue Mme Merkel ? » C'est actuellement le grand débat dans les coulisses. Pendant qu'on dit aux Français que la menace number one c'est le terrorisme djihadiste, ce qui se passe en ce moment dans les coulisses c'est que la BCE est en train de préparer un assouplissement quantitatif. C'est-à-dire d'ouvrir les vannes avec quantité d'argent. Ce qui aura pour effet, au bout du compte, potentiellement, de ruiner complètement l'Allemagne. Donc en ce moment, c'est de la très très haute partie de bras de fer.

Le 31 mai 2012 : « À l'occasion d'une vidéoconférence, le président Obama incite une fois de plus ses homologues allemands, français, et italiens, à trouver des solutions à la crise de l'euro. Ça, c'est dans le Figaro. Ensuite, c'est dans le JDD du 6 juin 2012 : « Obama appelle David Cameron, Mario Monti et Angela Merkel pour leur rappeler la nécessité de renforcer la zone euro et stimuler la croissance. Obama et Cameron exigent une stratégie à long terme pour assurer l'existence d'une monnaie unique forte ». Après ça, il y a encore des gens qui me disent : « Ah non non non ! Les États-Unis veulent torpiller l'euro ! ». Il y a quand même des limites à l'aveuglement.

Alors ça continue – je vous en ai mis un paquet –. Le 6 juin 2012, la presse britannique le confirme, ici le Guardian : « Obama et Cameron exigent un plan immédiat pour résoudre la crise de l'euro ». Le 15 juin 2012 : Washington dépêche de nouveau en Europe votre amie, Lael Brainard, qui est toujours là. À Paris, elle s'est entretenue avec le ministre de l'Économie Pierre Moscovici et le directeur général du Trésor Ramon Fernandez. Elle s'est également rendue au siège de la BCE, à Francfort puis à Madrid puis à Berlin. Elle y va pour donner ses instructions, hein ! « Il faut que ça soit ça, ça, ça et ça ! » « Pas question de sortir de l'euro !

» Vous comprenez pourquoi, moi, quand je viens avec ma bouche en coeur pour dire, sur TF1 : « Est-ce que je peux parler de la sortie de l'euro ? », je ne suis pas le bienvenu. D'autant plus que TF1 est possédée par Bouygues, mais que dans le groupe Bouygues, y a au moins 15 à 20% du capital détenu par American Funds. Des fonds de pension américains des retraités de Californie. Alors, les élites du monde économique et financier ne veulent toujours pas de ça. Ça, c'est toutes les parties de bras de fer qu'il y a eu entre 2011 et 2012.

Malgré tout ce que je viens de vous présenter, 25 juin 2012 : Dans une interview à la télévision ZDF, le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble s'insurge contre les demandes d'Obama pour forcer l'Allemagne à sauver l'euro. Ça, c'est très rare, hein. Dans la bouche d'un dirigeant occidental en général, d'un allemand en particulier. Le ministre des Finances allemand a dit : « M. Obama devrait avant tout s'occuper de la réduction du déficit américain qui est plus élevé que dans la zone euro. Il est facile de donner des conseils aux autres ! » Ça c'est rare. Ce qui prouve à quel point c'est fondamental. les Allemands voient la corde se resserrer autour de leur cou. Dans l'interview M.

Schaüble a également réitéré son opposition à des euro-obligations, en précisant que « chaque pays doit rester individuellement responsable de sa dette publique ». Puisqu'en réalité, ce qui se cache derrière tout ça, c'est qu'on communautarise les dettes de tous les États. C'est comme si vous habitiez par exemple dans un immeuble avec 28 locataires. Puis vous vous avez pas grand-chose en banque, mais vous n'avez pas de dette. Et puis on dit : « Allez, on est tous copains ! On met toutes les dettes ensemble. » Puis vous avez la voisine du dessus. Elle, elle s'est achetée un trois pièces. Elle a 180 000 euros de dette. Le voisin d'en face, lui, il a 57 000 euros de dette.

Puis on va partager tout ça et diviser par 28. Bah vous dites : « Non, excusez-moi. Pas d'accord ». Ça, c'était le 27 juin 2012. Alors ensuite, 31 août 2012. Cette fois-ci, c'est le successeur d'Axel Weber, le nouveau président de la Bundesbank, M. Jens Weidmann qui, un an et trois mois après son prédécesseur, rumeurs de démission à son tour. Lui aussi pour protester contre la politique de la BCE, qui entraîne selon lui l'Allemagne dans le gouffre. On est toujours là, hein ! Le problème n'est toujours pas réglé. Il va d'ailleurs probablement exploser dans les semaines, ou dans les mois qui viennent. Et puis, août-septembre 2012 : la presse allemande, la presse allemande de caniveau, hein.

Voyez ici, ça doit être Bild. La presse allemande s'indigne du chèque en blanc de la BCE pour les dettes des États. « Blanko-Scheck für Schulden-Staaten » « Le chèque en blanc de la BCE pour les dettes des États », c'est exactement ça que ça veut dire. Parce que tout le peuple allemand est vent debout derrière ces histoires. Le 11 septembre 2012, Jürgen Stark, celui qui avait démissionné, l'ancien chef économiste allemand de la BCE, qui vole au secours de Weidmann et dénonce « le comportement incompréhensible de la BCE ». Et puis de nouveau l'oligarchie qui impose, qui impose, qui impose.

Et finalement, le 11 septembre 2012, le milliardaire américain George Soros – On se demande pourquoi, d'un seul coup, ça le concerne – pense qu'une solution à la crise de l'euro est proche, et est content de noter que le débat politique en Allemagne a penché en faveur d'un sauvetage de l'euro. Donc derrière George Soros, c'est évidemment – comme vous le savez – Rockefeller. C'est évidemment la très très très haute finance mondiale. Et qui a donc tapé du poing sur la table. Et Mme Merkel, elle a été obligée de filer doux. Pas tout à fait quand même, puisque ça revient. Le 18 septembre, M. Axel Weber, l'ancien président de la BCE, vole à son tour au secours de son successeur, Jens Weidmann.

Il critique durement la BCE, et est convaincu que les achats d'obligations ne seront pas la solution, mais la source de nouveaux problèmes. Et puis ensuite, et puis ensuite, quoi ? Et puis ensuite, voilà. J'arrête là mon propos. Je pourrais vous en montrer. C'est une partie constante de bras de fer. Ce qui est intéressant, c'est que le 5 novembre 2012, l'analyse du think-tank Breugel, avec à sa tête quelqu'un qui s'appelle Pisani-Ferry, avec lequel j'avais débattu sur France 24. Il est à la tête d'un think-tank, qui est en partie financé par Goldman Sachs. D'ailleurs, une petite anecdote cocasse, vous pourrez le retrouver.

À un moment je dis, sur France 24 – c'était il y a deux, trois ans – je dis à M. Pisani-Ferry devant les caméras : « Très bien, mais moi, je représente un mouvement politique, et vous, vous représentez un think-tank financé par Goldman Sachs ». Notamment. Il y en a d'autres mais à ce moment-là, la journaliste, qui se met en colère : « Et alors ? C'est normal ! Il faut bien être financé par quelqu'un ! ». Ça, c'était une petite anecdote. Comment le journaliste prenait fait et cause, et ne trouvait rien à redire au fait que ce think-tank soit invité, et financé par Goldman Sachs, par JP, etc. Comme si c'était un porte-parole des intérêts du peuple français.

En attendant, ce think-tank basé à Bruxelles s'est procuré l'agenda officiel du chef du Trésor américain, du secrétaire au Trésor Tim Geithner, de janvier 2010 à juin 2012, sur 30 mois. Ça a été publié sur un site qui s'appelle EUobserver, et c'est quand même tout à fait intéressant. Le Timothey Geithner en question, il a eu pendant les 30 mois 114 réunions ou coups de fil avec le FMI, dont la plupart liée à la crise de l'euro. 168 contacts avec les institutions de l'UE, ou les ministères des Finances. Je cite ce think-tank, très européiste par ailleurs, qu'on peut pas soupçonner d'être hostile.

Indiquant une application directe de l'administration américaine dans les discussions des politiques européennes. 5,6 fois par mois, c'est-à-dire une conversation importante tous les 4 jours ouvrables. 58 fois avec les dirigeants de la BCE. Timothy Geithner a appelé une fois toutes les deux semaines Jean-Claude Trichet, Mario Draghi pendant deux ans et demi. Tous les quinze jours un coup de fil du secrétaire au Trésor américain. 36 fois avec le ministre des Finances allemand, 32 fois avec le ministre des Finances anglais. Comme l'a conclu Jean Pisani-Ferry : « Les informations trouvées suggèrent une implication constante... » [Réactions du public, étonné de « suggèrent »] Oui, « suggèrent ».

C'est ce que j'ai dit. Oui. Je vous ai dit que monsieur Pisani-Ferry, c'est un type qui est un ultra-européiste. Je n'ai d'ailleurs pas très bien compris pourquoi il a publié ce truc-là qui ne va pas dans le sens selon lequel l'Europe a vocation à faire contrepoids aux États-Unis. « Les informations trouvées suggèrent une implication constante et très active de l'administration Obama dans la recherche de solutions à la crise de l'euro. » Qu'en termes galants ces choses-là sont dites. Ça devrait dire, en termes plus précis : « Les informations trouvées prouvent que l'administration Obama pilote directement ce qu'elle veut, dans la zone euro. Voilà. C'est ça que ça veut dire, très exactement.

La réalité actuelle de la zone euro, c'est très exactement ça. Je vous renvoie à l'article dont je vous parlais tout à l'heure. Pour terminer sur ces affaires de l'euro, je signale ici que nous avons, de 1995 à 2011, la part dans les réserves planétaires des différentes monnaies du monde. Vous voyez que le dollar, en 1995, représentait 59% de la part des réserves mondiales de monnaies, à travers le monde. Eh bien en 2011, il est passé à 62,1%. Donc vous voyez que la création de l'euro qui, prétendument, avait vocation à s'opposer au triomphe du dollar, n'a rien fait du tout puisqu'au contraire, on est passé de 59 à 62,1%.

En revanche, ce qui est intéressant, c'est de constater que le Deutsche Mark et le franc, si on regarde bien les choses, en définitive, l'euro n'a fait que reprendre à peu près la part qu'il y avait pour les différentes monnaies qui le constituaient. C'est même d'ailleurs, je pense, un petit peu moins. Ah non, pas tout à fait, un petit peu plus. Mais, ceux qui ont beaucoup baissé, c'est plutôt le franc suisse. Mais tout ça est à revoir avec les évolutions actuelles. En d'autres termes, l'introduction de l'euro n'a pas du tout menacé, ni remis en cause la suprématie du dollar. Elle a en revanche tendance à évincer les « autres monnaies » et cela ça se termine à la crise de l'euro.

Parce qu'effectivement, mon tableau n'est pas à jour. Puisque depuis la crise de l'euro, au contraire, justement, les banques ne veulent plus avoir d'euros. C'est la raison pour laquelle la Banque nationale suisse, le 15 janvier, donc il y a quelques jours, a décidé d'arrêter d'assurer un cours plancher pour l'euro. Et donc la BNS, comme une grande, a accepté de perdre 40 milliards d'euros, en arrêtant d'acheter des euros. Parce qu'elle en a. Elle ne sait plus où les mettre. Donc elle a arrêté d'acheter des euros.