Jean-Christophe Cambadélis - L'interview politique du 05/10/25
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 10 %Attaque 60 %Défensif 30 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:19OuverteRéponse directe
On va bien sûr parler de la primaire, quand même pas la primaire socialiste ?
- 0:45OuverteRéponse directe
Est-ce que ça peut mal tourner cette affaire ?
- 1:45OuverteRéponse directe
Vous évoquiez le rôle de LFI, mais on a vu quand même tous les députés élu LFI mettant un peu de l'huile sur le feu de la contestation.
- 2:43OuverteRéponse directe
Beaucoup de casseurs venus, c'est ce que disent les services de renseignement ?
- 3:43OuverteRéponse directe
Personne ne l'a vu venir, ce mouvement ?
- 4:59OuverteRéponse directe
Comment vous l'interprétez ? C'est un vrai soutien ou c'est le minimum syndical qui annonce un lâchage ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:31Invité politiqueChiffre
« 1 000 établissements bloqués jeudi, des dizaines de millions d'euros de dégâts, 5 000 interpellations depuis lundi, Lana le disait. »
- 1:52Invité politiqueFait
« Baliba Gayoko a même dit, le maire de Saint-Denis, a même dit que la violence pouvait être légitime »
- 2:43Invité politiqueFait
« beaucoup de casseurs venus, c'est ce que disent les services de renseignement, de mouvements d'ultra-gauche. »
- 5:05Invité politiqueFait
« des propos antisémites tenus de manière répétée par Jordan Bardella, c'était en 2013. »
- 8:01Invité politiqueFait
« le Parti Vert d'Angleterre et du Pays de Galles vient de voter une résolution pour assimiler sionisme et racisme. »
- 8:09Invité politiqueFait
« Il a approuvé un État palestinien sur l'ensemble du territoire de la Palestine mandataire, c'est-à-dire avec l'État d'Israël actuel. »
- 9:23Invité politiqueFait
« Cinq candidats, Jérôme Gage, le député Ségolène Royal qui revient, Olivier Faure, le patron du parti, Emmanuel Morel et Raphaël Glucksmann, le président de Place Publique. »
- 11:02Invité politiqueChiffre
« il est à 11% au premier tour de la présidentielle contre 16% à Mélenchon. »
Temps de parole
- Présentateur61 %
- Jean-Christophe Cambadélis36 %
- ?3 %
≈ 22,9 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
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Bonjour
Jean-Christophe Cambadalis. Bonjour Vaudalon. Vous êtes ancien premier secrétaire du PS, ex-député de Paris, acteur et témoin privilégié de
l
'histoire du PS depuis plus de trois décennies.
On
va bien sûr parler de la primaire,
quand même
pas, quand même pas, la primaire socialiste. Le premier tour a lieu vendredi et samedi. Mais d'abord un mot sur le mouvement des lycéens puisque nous avions garance sur le plateau. Mouvement qui semble en passe de devenir incontrôlable. 1 000 établissements bloqués jeudi, des dizaines de millions d'euros de dégâts, 5 000 interpellations depuis lundi, Lana le disait. Les syndicats enseignants parlent même d'un mouvement hors de contrôle et aujourd'hui ça continue. 400 et 500 lycées vont suspendre les cours. Est-ce que ça peut mal tourner cette affaire
?
Ça tourne déjà mal.
Il
y a des violences,
il
y a des occupations,
il
y a des lycées qui brûlent.
Donc
nous sommes dans une situation, oui, hors de contrôle, contrairement à ce que l'on peut dire. C'est-à-dire qu'on dit que c'est la France insoumise qui manipule en partie. Ce n'est pas
vrai
? En partie, en partie. Mais vous savez, c'est toujours le même problème. Pour qu'un mouvement reprenne, il faut que la plaine soit sèche. Or aujourd'hui, nous sommes dans une génération angoissée. Angoissée par l'avenir, il n'y
en
a pas. Angoissée par le chômage, il est énorme, particulièrement dans la jeunesse. Angoissée pour des raisons budgétaires, tout le monde ne
va
pas chez Sephora. Et ainsi de suite. Et ils voient arriver l'extrême droite, ils voient la situation climatique. Bref, si vous mettez tout bout à bout, c'est l'angoisse par rapport à l'avenir. Donc ils sont disponibles à une mobilisation. Vous
évoquiez le rôle de LFI, mais on a vu quand même tous les députés élu LFI mettant un peu de l'huile sur le feu de la contestation. Baliba Gayoko a même dit, le maire de Saint-Denis, a même dit que la violence pouvait être légitime, même s'ils ont un peu rétro-pédalé depuis. Il y a quand même une grande responsabilité de LFI dans la tournure prise par ce mouvement.
Tout à fait. Il souffle sur les braises, mais il faut qu
'il
y
ait
des braises. Parce que ce n'existe pas de créer un mouvement ex nihilo, comme ça. Mais ils ont une responsabilité sur ce qui se passe. À savoir que quand vous avez Baliba Gayoko qui dit que la violence peut être légitime, il crée les conditions de la violence. Il n'est pas intercesseur, comme il le dit. Il est acteur de la violence qui s'exprime. Parce qu'il y a de la violence dans cette jeunesse qui ne voit pas d'avenir. On
parle
beaucoup de casseurs venus, c'est ce que disent les services de renseignement, de mouvements d'ultra-gauche. C'est-à-dire que les lycéens se font entraîner. Ce n
'est
pas forcément les lycéens eux-mêmes qui commettent toutes ces dégradations, ces incendies, ces attaques contre la police. Mais
c'est toujours le cas. Dès qu'il y a un mouvement de la jeunesse, il y a des casseurs. Et les casseurs viennent casser. Mais
des casseurs politisés d
'ultra-gauche. Oui, des casseurs politisés d'ultra-gauche, ils le sont, obligatoirement. Parce que sinon, ils ne seraient pas casseurs. Ils ne
sont
pas casseurs en soi. Il n'y a pas un magasin à casser.
C
'est des lycées à casser. Donc,
il
y a derrière une idéologie, une orientation, etc. Ce
qui est parallaxe, puisque les lycéens contestent contre leurs conditions de travail et leurs lycées dégradées.
Tout à fait. Tout à fait. Mais vous avez une situation qui est assez particulière, mais qui existe depuis deux, trois mobilisations.
C
'est-à
-dire
que les lycéens ne descendent pas dans la rue pour manifester. Ils restent dans leur bahut. Ils occupent leur bahut. Et ces occupations, ça permet... Ce ne
sont
pas des assemblées générales. Ça permet des minorités agissantes.
Alors, personne ne l'a vu venir, ce mouvement. Tout le monde disait que la colère sociale, l'inquiétude sur le pouvoir d'achat, elle allait s'exprimer dans les élections. Mais en réalité, là, il semble qu'on est à six mois du premier tour et on a possiblement une coagulation des luttes, comme on dit. Avec mardi, une grande journée d'action. L'ICN, mais aussi les syndicats, la CGT, etc.
Au fond, c'est un classique. On avait oublié. C'est-à-dire que les lycéens sont la plaque sensible de la société. Ils se mobilisent beaucoup plus vite que le reste de la société. Puis, après, il
y
a la jonction avec les enseignants. La FSU est là. En partie, avec des responsables qui sont à LFI. Qui ont débordé le Parti communiste. Et puis, à partir de là, il
y
a la jonction, d'abord, du monde enseignant, de l'éducation nationale. Et qui va déboucher sur la solidarité avec les salariés. Mais tout ça, c'est dû à quoi
?
C'est dû à une situation budgétaire épouvantable. À partir du moment où ça fait maintenant trois budgets, qu'on restreint, qu'on a décidé que le point d'indice de la fonction publique allait être bloqué une nouvelle fois, eh bien, vous avez des réactions dans le monde social. Et puis après, dans cette situation-là, il y a la stratégie, l'agenda de LFI qui veut faire monter
au
même niveau l'agenda social et l'agenda politique.
Alors, l'actualité politique, c'est aussi les suites des révélations de Mediapart qui avaient rapporté lundi dernier, je le rappelle, des propos antisémites tenus de manière répétée par Jordan Bardella, c'était en 2013. « Mediapart a apporté des éléments de preuve jeudi, Bardella continue à nier en bloc. » On se demandait si Marine Le Pen ne
l
'avait pas lâchée, puisqu'elle ne s'était pas exprimée pendant deux ou trois jours. Et là, elle a lâché juste une phrase hier. « J'ai totalement confiance en Jordan. » Fin de citation. Comment vous l'interprétez ? C'est un vrai soutien ou c
'est
le minimum syndical qui annonce un lâchage ?
Je crois qu
'ils
sont condamnés à rester ensemble.
Parce
que s'il y avait une rupture entre deux, eh bien, c'est le RN qui en subirait les conséquences.
C
'est la fin du ticket qui était un argument de vente.
Voilà, parce qu'il
y
a un ticket identitaire autour de Marine Le Pen, la vieille tradition de l'extrême droite, antisémitisme caché mais xénophobie affichée. Et puis, Bardella qui est plutôt sur une orientation union des droites avec Ciotti et peut-être, espère-t-il,
un
jour, tout ou partie de Retailleau. Et donc, c'était complémentaire. L'un pour la présidentielle, l'autre pour les législatives.
Alors, le RN bouclier des Juifs, puisque c'était l'argument de Marine Le Pen,
c
'était même une phrase de Marine Le Pen datant d
'il
y a plus d'une dizaine d'années, ça veut dire que ce n
'est
pas vrai ? C'est fini cet argument ?
Mais qui peut le croire ? Il fallait être un peu neuneux, si je puis dire, pour croire qu'un mouvement qui a été fondé par des Waffen-SS et des gens multicondamnés pour antisémitisme allait donner un bouclier de la communauté juive. Non, c'est une manière de se banaliser. Ils ont parfaitement compris que, depuis très longtemps, les mouvements d'extrême droite en Europe sont sur cette thématique qui n'était pas possible de revenir dans l'espace public en assumant la Shoah. C'était impossible. Donc, il fallait trouver autre chose. Ils ont trouvé l'immigration. Mais il ne reste qu'entre eux.
Et
ce n
'est
pas la première fois qu'on voit ces dérapages. Combien de fois entre eux, ils continuent à avoir cet antisémitisme latent ?
Alors, Jean-Luc Mélenchon, lui aussi, il a été qualifié par certains d'antisémitisme ou du moins d'attiser l'antisémitisme en France. C'est qui aujourd'hui le plus antisémite ?
C
'est LFI ou c'est le RN ?
C'est une situation qui l'est.
C
'est un antisémitisme d'atmosphère. Parce qu'à partir du moment où vous avez un dérapage de quelqu'un comme Ségolène Royal, par exemple, qui, dans les débats, dit qu'il
faut
que
les
Juifs
de France se positionnent contre la politique du gouvernement israélien.
C'est-à-dire qu'elle identifie les Juifs de France à Israël. Ce ne sont pas des Juifs de France. Les Français, deux confessions juives, ce sont des Israéliens. Et à partir du moment où vous êtes sur cette orientation-là, où vous dites ça, vous induisez que toutes les réactions, toutes les prises de position, toutes les estimations, si on peut dire, de cette communauté, c'est la projection d'Israël. Donc vous créez les conditions d'un antisémitisme. C'est ça le point commun.
Ça veut
dire que si même au PS, on a ce type de réaction, ça montre qu'effectivement,
l'antisémitisme n'est pas
résiduel, comme le disait
Jean-Luc Mélenchon. D'ailleurs, là-dessus,
le Parti Vert d'Angleterre et du Pays de Galles vient de voter une résolution pour assimiler sionisme et racisme. Il a approuvé un État palestinien sur l'ensemble du territoire de la Palestine mandataire, c'est-à-dire avec l'État d'Israël actuel. Et puis, il accuse aussi les membres de ce parti qui fréquentent des synagogues considérées comme organisations sionistes pourront être sanctionnés. Il y a quand même un problème à gauche, non, avec l'antisémitisme
?
C'est une gauche assez extrême, là, vous me permettrez. Mais je pense qu'il y
a
un problème d'antisémitisme dans toute la société, particulièrement aujourd'hui pour une fraction de la gauche qui identifie les Juifs, encore une fois, à un gouvernement qu'on peut critiquer, qui est critiquable, que je critique fortement, qui existe aujourd'hui en Israël. Mais c'est une situation
qui
est extrêmement grave. On a tendance à la sous-estimer parce qu'on a l'habitude, en France, d'une société à nouveau apaisée sur cette question. Mais on oublie qu'il y a une tradition, une vieille tradition française d'antisémitisme, que ceci a existé,
particulièrement
à l'extrême droite et à droite, mais aussi à gauche.
Alors,
à gauche, justement, la primaire socialiste tenait son dernier débat hier. Ça vote, le premier tour, je rappelle, le 9 et le 16, c'est-à-dire vendredi et samedi. Cinq candidats, Jérôme Gage, le député Ségolène Royal qui revient, Olivier Faure, le patron du parti, Emmanuel Morel et Raphaël Glucksmann, le président de Place Publique. Vous soutenez qui, vous
? Moi,
je soutiens les candidats sociodémocrates,
c
'est-à-dire Jérôme Gage ou Raphaël Glucksmann,
c
'est-à-dire ceux qui ont une prise de position pour une gauche réaliste
et
qui sont dans la rupture avec Jean-Luc Mélenchon tout en combattant l'extrême droite. Donc, ça me semble nécessaire aujourd'hui au pays. D'accord. Pour vous,
c'est une condition sine qua non, pas d'alliance avec Jean-Luc Mélenchon aux prochaines législatives, comme semble le défendre Olivier Faure, le patron du parti.
Oui, mais il avait dit avant les municipales qu'il n
'y
aurait jamais d'alliance avec eux. Il en a fait pendant les municipales. Enfin, oui, pendant les municipales.
Oui,
parce que si le problème le plus important
aujourd
'hui, c'est l'arrivée au pouvoir de l'extrême droite,
on
ne peut pas lutter
contre
l'extrême droite
avec
cette extrême gauche parce qu'elle plombe le combat contre l'extrême droite.
Vous voulez dire que Mélenchon est un des arguments de vente de Marine Le Pen ? Quand
vous avez Marine Le Pen qui, au deuxième tour, fait 65% et Jean-Luc Mélenchon le reste, vous voyez bien que ce n'est pas avec lui que l'on peut gagner indépendamment de ses prises d'opposition qui sont aujourd'hui inacceptables. L'antisémitisme, nous en avons parlé, mais aussi cette nouvelle France qui est une France qui devrait rompre avec les Blancs.
Alors, le problème, c'est que Raphaël Glucksmann, qui est donné favori de cette primaire, dans le dernier IFOP, sondage IFOP, ce ne sont que des sondages, mais ça donne quand même une indication, il est à 11% au premier tour de la présidentielle contre 16% à Mélenchon. C'est quand même un peu faible tout ça, non ? Ce n'est pas gagné.
C'est loin d'être gagné. On espère que la primaire va donner un petit coup de booster.
Pour
l'instant, on ne voit pas très bien comment les choses peuvent se mettre en place. Mais c'est nécessaire. C'est nécessaire et indispensable que la gauche non-mélenchoniste, et particulièrement le Parti Socialiste, passe devant Jean-Luc Mélenchon. Il faut trouver le candidat
qui
permettrait de le faire.
Alors, en quelques secondes, puisqu'on approche de la fin de cette interview, il y a un candidat qui attend son heure, qui ne participe pas à la primaire, c'est François Hollande. Une bonne expérience internationale, bilan pas mauvais au niveau économique et budgétaire. Et lui, il attend décembre. C'est un bon candidat, François Hollande ? Il attend décembre pour se déclarer.
C'est un bon candidat, et je pense que la gauche ne pourra pas faire sans lui. Soit parce qu'il sera au final le candidat, soit parce que le candidat sortant de la primaire ne peut pas faire autrement que de s'allier avec lui. Merci Jean-Christophe Camadélis, et à bientôt sur Radio-J.
Merci
beaucoup David. Demain, votre invité sera Bernard Cohen Haddad, président de la CPME Paris.
Jean-Christophe Cambadélis