Yannick Jadot invité de Questions Politiques
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Bonjour et merci d'être fidèle à Questions politiques, le premier rendez-vous politique du week-end. L'invité de France Inter, du journal Le Monde et de France Info ce dimanche, les regards se sont tournés vers lui ces derniers jours quand Ségolène Royal lui a proposé de faire liste commune pour les prochaines élections européennes et qu'il a refusé la main tendue. Et c'est lui que nous voulions entendre à la fin d'une semaine, marqué notamment par l'affaire du siècle, l'opération lancée par des ONG contre l'État français pour qu'il respecte ses engagements climatiques. A cette heure, plein million et demi de personnes ont signé la pétition pour soutenir cette action.
Jamais une pétition en ligne n'avait recueilli autant de signatures dans notre pays et en un temps record. Beaucoup de questions à poser donc à l'eurodéputé Europe Écologie Les Verts, Yannick Jadot, qui s'est installé dans le studio de Question Pôle.
France Inter, questions politiques, Alibadou.
Bonjour Yannick Jadot, bonjour et bienvenue les amis de Questions politiques, le vert leur va si bien mais elle n'emporte pas. Nathalie Saint-Cricq de France Télévisions. C'est pour ça qu'il va aussi mieux. Bonjour Nathalie. C'est pas totalement explicite. Non. Nathalie Saint-Cricq, Françoise Fressos du journal Le Monde. Bonjour Françoise. Et Karine Becker de France Inter. Bonjour Karine. Bonjour. On va évidemment parler d'écologie, de stratégie politique puisqu'il en est question. Mais d'abord, vous l'entendiez dans le flash Yannick Jadot, acte 6 des gilets jaunes, moins de monde pour défiler, mais des scènes de violence contre des policiers, des actes antisémites.
Le mouvement reste populaire. Quel regard portez-vous sur lui aujourd'hui ?
J'ai été choqué, très choqué par les images d'hier. Je crois que ça suffit. Ça suffit quand vous avez des policiers qui sont quasiment lynchés, quand vous avez en Poitou-Charentes un procès organisé et on décapite une effigie du président de la République, on balance du faux sang, on brûle. Ça vous choque ça ? Les responsables politiques, loin de jouer l'apaisement, jouent l'embrasement. Lesquels ? Lesquels maintenant ? Il y a évidemment le Rassemblement National, mais on n'est pas surpris.
Il y a aussi, moi j'ai vu comme vous Thomas Guénolé, responsable de la France Insoumise, dire des manifestants à Montmartre, encore une fois, qui ont un discours antisémite, qui ont un discours d'extrême droite, dire « Bravo, c'est magnifique, c'est gilet jaune qui se réemparent de la commune ». On a eu ces derniers jours, François Ruffin, cité Chouard, qui est un type rouge-brun.
Et Tim Chouard, qui est l'un des initiateurs, l'un des concepteurs du RIC, le référendum d'initiative citoyenne.
Pourquoi ? Ce n'est pas redonner le pouvoir au peuple, c'est tuer toute démocratie. C'est ça qu'il y a derrière ce discours-là. Et le même Ruffin allait devant l'Élysée et dire « Si Macron continue comme ça, il va se prendre une balle comme Kennedy ». Mais on est où dans la responsabilité politique ? La responsabilité politique, ça n'est pas d'attiser les colères, ça n'est pas de construire des haines. Comment expliquez-vous cette haine anti-Macron ? Je ne sais pas. Est-ce qu'elle est attisée ou est-ce qu'elle vient plus profondément du peuple ? Et qu'est-ce qui a pu la motiver comme ça ? C'est difficile à dire. Incontestablement, Emmanuel Macron a fait un certain nombre d'erreurs.
Il s'est mis dans une situation... Ce n'est pas le premier, ceci. Absolument. Il s'est mis dans une situation d'arrogance qui a contribué à ce rejet de sa personne. Mais là aussi, quand vous avez des responsables politiques qui disent « Votre colère, nous allons la diriger pour en faire une haine d'une personne ». C'est totalement antidémocratique. Moi, j'appelle Jean-Luc Mélenchon à remettre ses troupes dans le droit chemin républicain. Nous devons apporter des solutions aux Français, des solutions sur la vie chère, dans leur logement, dans leur déplacement. Nous devons incontestablement améliorer la vie politique, la vie institutionnelle pour que les citoyens s'en emparent.
Mais franchement, y compris ces référendums, quand vous entendez ce qui est mis derrière, vous avez un fait divers dramatique. Le lendemain, il faut faire un référendum sur la peine de mort. Vous avez un attentat terroriste. Le lendemain, il faut faire un référendum sur l'islam. La démocratie, ce n'est pas la dictature des passions. Est-ce que vous considérez qu'il y a eu une forme de dépassement des partis politiques quand on voit même que François Hollande s'est dit proche des Gilets jaunes ? Est-ce qu'il y a eu la récupération, c'est évident, mais il y a eu un état de sidération qui a débouché sur une forme de lâcheté pour certains ? Yannick Jadot.
Je l'ai souvent dit, dans ce mouvement des Gilets jaunes, et beaucoup de ceux qui ont soutenu les Gilets jaunes, s'inscrivaient dans une sorte de balle des faux-culs. Parce que la réalité de ce qui a été dénoncé, c'est l'éloignement des centres commerciaux, la perte de boulot dans les zones rurales, dans les petites villes, dans les quartiers populaires, la perte des services publics, le piège de l'automobile, la fermeture des petites gares. On a toute cette situation-là. Et ce n'est quand même pas né de rien. Ce n'est même pas né. Macron a renforcé ça. Mais c'était sous Hollande.
Le même Hollande, ancien président de la République, qui a l'indignité d'aller sur des ronds-points avec les Gilets jaunes. Il a quand même réduit de 10 milliards les dotations aux collectivités locales qui créent le tissu social démocratique dans nos régions. Il a supprimé combien de centaines de milliers d'emplois aidés qui font le tissu associatif et qui font aussi le service public ? Donc, il va falloir maintenant mettre des solutions sérieuses sur la table pour sortir les Français de l'impasse. Il faut que ce débat qui est organisé, qui doit être, je ne sais pas où on en est, l'acte 7, l'acte 8, je m'en fous du numéro des actes.
Mais le prochain acte, c'est un acte de construction politique à travers ces États généraux. Mais par contre, alors pas d'opération de manipulation du gouvernement. Sinon, à ce moment-là, on court à la catastrophe. On va y revenir là-dessus, mais sur le fond du mouvement, une partie dit qu'en fait, on continue parce qu'on veut mettre à bas ce régime. C'est presque un processus révolutionnaire. Vous, vous ne vous inscrivez pas du tout là-dedans parce que vous pensez que c'est, au fond, une mise en cause de la démocratie ? Bien sûr. Pourquoi ? Mais regardez, pourquoi autant de demandes de référendums, d'initiatives citoyennes ? Parce qu'il n'y a plus aucune perspective de représentation.
Il n'y a même pas de représentation chez les Gilets jaunes. Donc, en fait, on va voter tous les jours, selon nos humeurs, selon nos passions, selon l'actualité du moment, selon ce qui sera servi par les chaînes d'infos en continu. Et on votera de manière quasi hystérique, dans l'hystérie collective. Alors oui, les écologistes défendent les votations citoyennes, notamment des votations citoyennes locales, pour reprendre le contrôle de nos vies à l'échelle locale. Nous nous battons partout pour les budgets participatifs.
Et, vous voyez, par exemple, en Occitanie, nous avons poussé, nous, les écologistes, à ce que la région adopte toute une série de dispositifs pour que les citoyens soient partie prenante de leur vie et de la vie démocratique. Qui a voté contre ? Le Rassemblement National, les Républicains et la France Insoumise.
Mais les Gilets jaunes, le mouvement des Gilets jaunes, reste extrêmement populaire, Yannick Jadot.
Je crois qu'il y a une projection sur un ras-le-bol de la façon dont est organisée la société. Mais vous, vous ne vous y reconnaissez pas du tout. Mais non, il y a des choses dans lesquelles je me reconnais qui est de dire qu'il faut absolument que les responsables politiques remettent les pieds sur terre de notre pays, remettent les pieds sur terre de l'Europe.
Les responsables politiques ne sont pas écoutés, en fait. Mais non, mais pourquoi ? Il y a une contradiction dans ce que vous dites. Vous en appelez, effectivement, aux responsables politiques. On se rend compte que ce mouvement vit parfaitement sans eux. Et en fait, il s'auto-gère. Donc on fait quoi face à un mouvement qui n'écoute plus, en fait, ce qu'on nous demande de faire ?
Vous avez, en France, sur la classe politique qui a dirigé ce pays ces 30 dernières années, comme aux États-Unis, comme en Grande-Bretagne, comme en Italie, partout où il y a une dynamique très forte, populiste. Qu'est-ce que c'est, le point de départ ? C'est quand même des dirigeants qui ont beaucoup promis et tellement mentis. On nous parle en permanence de la priorité sont les zones rurales. On a un modèle agricole qui pousse les paysans au suicide. Il y a un tiers, 40%, qui vit avec moins de 350 euros par mois. Mais ça, c'est le diagnostic. C'est le diagnostic. Et sur cette responsabilité, on ne les écoute plus ? Oui, mais vous êtes obligé de partir d'un diagnostic.
Donc maintenant, il faut apporter des réponses. Alors lesquelles ? Il y a encore quelques jours, pendant les manifestations des Gilets jaunes, j'étais avec une famille dans le centre qui a une maison typique d'une maison rurale. Il y avait 2200 euros de chauffage par an. Ils ont isolé leur logement. Ça fait des boulots d'artisans. Ça économise évidemment l'empreinte sur l'environnement. Ils sont passés à 70 euros par an. De 2200 à 70 euros. Ce que je veux dire, c'est que si on faisait un plan Marshall sur l'isolation des logements, c'est un enjeu majeur. On va y venir, Yannick Jadot. On a une heure. On a une heure et j'aimerais que vous parliez de ce mouvement-là. Je finis sur cet exemple.
On a potentiellement des dizaines de milliers d'emplois d'artisans. Ce sont des emplois non délocalisables. C'est l'environnement, c'est la santé. Et c'est quand vous avez de la vie économique et de la vie sociale localement. Vous avez de la culture, vous avez des services publics, vous avez de la démocratie. Voilà des solutions pour répondre au malaise des Français aujourd'hui.
Deux questions très simples. Comment est-ce que vous qualifiez le mouvement des Gilets jaunes aujourd'hui ?
Il est totalement explosé, à mon avis, du point de vue politique. D'ailleurs, on voit qu'il y a quand même beaucoup, de moins en moins, de participants. Moi, je leur demande de s'inscrire dans ces États généraux. À Los Anguels, un maire écolo, Jean-François Caron, il est en train de mettre en place ces États généraux pour apporter des réponses pratiques. Donc il faut que le mouvement s'arrête. Le covoiturage, les services publics, la dynamique associative, l'alimentation. Mais ce n'est pas à moi. Bien sûr que si, vous êtes un responsable politique.
Je dis qu'en leur offrant une perspective de construction politique, de débouché politique à leurs problèmes, avec, il faut que ce gouvernement investisse enfin sur ces régions-là pour faire et la transition écologique, et la justice sociale, et l'aménagement du territoire, c'est la seule réponse. La réponse de communication va ne faire qu'empirer les choses.
Avant votre portrait, est-ce que le mouvement des Gilets jaunes aura fait du mal à la cause écologique, Yannick Jadot ?
Je ne crois pas. Je crois que pendant toute cette période-là... Mais oui, je vous le dis. Non mais attendez.
On ne vous a pas beaucoup entendu, il faut dire non plus. Parce qu'à force...
J'ai essayé de faire mon boulot. À force, tu veux dire qu'il y a... Là où partout j'ai été invité. Yannick Jadot, vous avez... Qu'est-ce que j'ai dit ? J'ai dit la hausse des prix du carburant. Ça a été le déclencheur. Mais finalement, ce que disaient les Gilets jaunes au départ, on n'a plus de services publics, on n'a plus de gares. On s'est battus contre le tout TGV en disant attention, on va fermer les petites gares. Tout le monde nous disait, vous êtes des réacs, que vous voulez, la caverne. On a dit, créons des emplois dans l'agriculture. Mais vous ne savez pas ce qu'est l'agroalimentaire, vous ne savez pas ce qu'est l'agroindustrie.
On nous a dit, on a dit, relocalisons l'économie autour des énergies renouvelables, de la mobilité. Redonnons à l'échelle des terroirs le pouvoir aux citoyens sur leur vie. Mais vous avez assumé que le carbone devait être davantage taxé. Ben oui, parce que là, vous voyez bien que la crise qui est là, ce n'est pas la taxe carbone, puisque le mouvement se poursuit. C'est un ras-le-bol sur la vie chère. Quand je dis justement, investissons sur le logement, investissons sur la mobilité, investissons sur la démocratie locale. Et vous verrez qu'au petit à petit, on arrivera à désamorcer cette colère, parce que moi, je ne veux pas que ça tourne à la haine totale.
Je ne veux pas que notre pays explose en division. Il faut apaiser le pays autour d'un grand projet.
Et comme c'est devenu l'une des expressions les plus familières de ces dernières semaines, l'opposition entre la fin du monde et les fins de mois, on a fini par ne plus voir que ces deux expressions étaient peut-être contradictoires.
Cette expression-là, je l'ai sortie la première fois en 2008, quand on lançait notre campagne pour les européennes de 2009. J'ai dit, il faut réconcilier ceux qui ont peur de la fin du monde, ceux qui ont peur de la fin du mois. J'en tire pas. Dix ans après, la contradiction est toujours là. Dix ans après, la contradiction est réelle. Si on nous avait écoutés, si on les avait écoutés, on n'en serait pas là aujourd'hui.
Parce que les deux sont peut-être irréconciliables et on va en parler.
Non, certainement pas.
Vous nous direz pourquoi. Mais d'abord, Yannick Jadot, votre portrait, Karine Bécard.
Yannick Jadot, vous avez plongé dans l'arène politique il y a précisément dix ans. À l'époque, vous avez suivi Daniel Cohn-Bendit, qui vous avait demandé pour les européennes de rejoindre sa liste. Et voilà comment l'homme de terrain que vous étiez a basculé, eurodéputé. Parce qu'au départ, vous êtes vraiment un militant. Vous avez commencé Yannick Jadot, coopérant au Burkina Faso et au Bangladesh. À ce moment-là, vous aviez 25 ans. Vous passez ensuite en mode alter-mondialiste. Là, vous avez intégré une ONG, Solagral, pour ne pas la nommer, spécialisée dans le suivi des négociations internationales.
Avec Laurence Subiana.
Et puis, ce n'est pas fini. À 35 ans, vous filez vers une autre ONG, Greenpeace France, plus médiatisée. Vous en dirigez les campagnes, des campagnes souvent radicales, comme celle de Notre-Dame de Gravenchon. Vous vous souvenez ? Au printemps 2002, pour protester Yannick Jadot contre les États-Unis quand ils ont choisi de se retirer du protocole de Kyoto.
Une nouvelle fois, ils ne nous ont pas répondu sur nos détails. Et nous ordonnent de quitter les lieux sous peine d'une amende considérable. Donc, c'est une fois de plus, les dollars contre le climat.
Donc, vous avez toujours eu, Yannick Jadot, une conscience aiguë des enjeux écologiques. Et l'hyper-militant que vous avez été a fini, assez classiquement, dans le grand bain politique. D'abord, eurodéputé à 42 ans, donc. À 45, vous poussez Eva Jolie à l'élection présidentielle. Vous la soutenez, mais la campagne ne s'est pas très bien terminée. Ensuite, vous vous seriez bien vu devenir ministre. Mais personne, sous François Hollande, n'a jamais osé ou songé vous nommer. Résultat, vous avez postulé à la primaire des Verts. Et à 49 ans, c'est vous qui l'avez emporté. Ce qui a fait de vous, Yannick Jadot, le candidat des écolos à la dernière présidentielle ?
Enfin, candidat, vous l'êtes resté à peine trois mois. Parce qu'au nom de l'Union de la Gauche, à laquelle vous avez toujours cru et que vous avez longtemps défendu, vous avez accepté de vous rallier au socialiste pro-écologiste Benoît Hamon.
Oui, je retire ma candidature à l'élection présidentielle pour participer à une grande aventure.
Alors, la grande aventure de 2017 n'est plus la belle aventure de 2018, puisque vous avez fait le choix cette fois de partir seul aux élections européennes, envie de revanche, peut-être, ou simple instinct de survie pour le parti de l'écologie.
Réaction, Yannick Jadot ? Je n'ai jamais retiré ma candidature au nom de l'Union de la Gauche. J'ai toujours, vous l'avez dit, dans tout mon parcours depuis 30 ans, mon seul combat, c'est la préservation de l'environnement, c'est la préservation du vivant. Je l'ai fait toujours. Et à un moment...
Vous avez poussé quand même à la primaire de la belle alliance socialiste pour que toute la gauche se réunisse. C'était en printemps en 2016, ce n'est pas très grand.
Ma logique a toujours été de dire comment nos idées gagnent. Et aujourd'hui, la leçon que je tire de tout ça, c'est qu'ici, il n'y a pas d'écologie pour porter l'écologie, ça ne marche pas.
Alors justement, on va se demander avec vous comment faire gagner ces idées, quelle stratégie politique. Et c'était assez frappant cette semaine, Françoise Fresseuse, de voir la réaction que vous avez eue à la main tendue par Ségolène Royal.
En fait, ce qu'on sent, c'est qu'à gauche, on cherche un candidat unique pour partir aux Européennes parce qu'Emmanuel Macron est en difficulté et que c'est peut-être l'occasion de rebondir. Ségolène Royal vous tend la main, vous refusez, elle ne comprend pas. Qu'est-ce que vous faites ? Est-ce que vous vous vengez de ces années d'hégémonie du Parti Socialiste ? Pourquoi est-ce que vous voulez être absolument seul dans cette bataille ? Yannick Jadot. C'est marrant parce que la façon dont vous abordez le sujet, c'est de dire Emmanuel Macron est en difficulté, il faut rassembler les forces de gauche. Mais est-ce que ça correspond à l'élection européenne ?
Ça ne correspond jamais à l'élection européenne ? Le sujet, pardonnez-moi, ça n'est pas... Je reviens de Katowice. De la COP24. De la COP24. Aucun dirigeant français. Le ministre, il est passé. Au moment où c'était dur, aucun dirigeant français pour négocier. La France gardienne de l'accord de Paris sur le climat. On y reviendra. Mon seul sujet, je l'ai dit, c'est le climat, c'est la biodiversité, c'est la solidarité. Et de faire un score important quand même aussi. Parce que c'est comme ça qu'on pèse dans le pays à l'eau. C'est ça le sujet. Et vous êtes en train de me dire qu'au fond, le grand sujet du moment, ça serait de sauver le Parti Socialiste. Non, c'est pas ça, c'est peser d'avant.
C'est pas ce qu'elle dit, François Spresso. Mais non, pardonnez-moi, quand je suis avec les apiculteurs, quand je suis avec les pêcheurs artisans, quand je suis avec les entreprises des énergies renouvelables, quand je suis sur les économies d'énergie dans le jour, pas un, pas une seule personne ne me pose la question du Parti Socialiste. Et dès que je reviens dans le périphérique parisien, on me dit comment vous pouvez refuser cette grande alliance avec un Parti Socialiste, qui est certes en vrac, mais dont, pardonnez-moi, dont tout le monde se fout. Moi, ce que je veux, c'est que les idées des écologistes gagnent.
Et au moment où, enfin, c'est une préoccupation majeure des citoyens, au moment où l'Europe est en train de s'effondrer sous les coups de boutoir et du libéralisme et de l'extrême droite, on me dirait ton grand sujet, c'est de sauver le Parti Socialiste. Mais mes enfants, pardonnez-moi, Yannick Jadot.
Mais encore les idées écologistes tombent en mettant, par exemple, comme elle vous l'a demandé, c'est Glenn Royal, donc le Parti Socialiste, en deuxième derrière vous. En quoi on ne parle plus des idées écologistes à ce moment-là ?
Parce que mon seul sujet, madame, mon seul sujet, c'est la sincérité et c'est la clarté. Regardez la situation politique dans laquelle on est. Si on a tous, on fait tous le constat que la démocratie s'affaisse, c'est bien parce que la politique n'a pas donné ni sincérité, ni clarté. Et quand je suis au Parlement européen, j'appartiens au groupe vert européen. Oui, ça, d'accord. Toutes les bénéfices, toutes les victoires sur l'environnement, encore la semaine dernière, sur le plastique, sur l'huile de palme, sur la pêche électrique, ce sont les écologistes qui portent...
Et pour peser au Parlement européen, il faut pouvoir constituer un groupe. Et si vous faites un petit score aux élections européennes, eh bien vous ne pourrez pas. Mais je sais, mais moi je sais...
Donc pourquoi ne pas mutualiser les forces, Olivier Jadot ? Mais écoutez Olivier Faure, il dit, moi j'appartiens au Parti socialiste européen, je siégerai au groupe social et démocrate. Alors moi je veux bien qu'à Paris, on m'explique qu'ils sont contre les accords de libre-échange.
Je ne voudrais pas parier contre la province ou parier contre Bruxelles. Mais c'est comme ça que ça marche. Non mais c'est devenu un lieu commun des politiques.
Non, non, non, mais c'est comme ça que ça marche. Au Parlement européen, le groupe socialiste, il vote les accords de libre-échange. Leur candidat européen pour ces élections, c'est M. Timmermans, vice-président de la Commission européenne. Il est pour le glyphosate, il est pour la dérégulation, il est pour ne pas toucher les paradis fiscaux comme son pays, les Pays-Bas, il est pour les accords de libre-échange. Moi j'en ai marre de la tambouille, j'en ai marre de la confusion, j'en ai marre, moi je veux de l'efficacité politique. Et pour ça, il faut de la clarté, de la sincérité. On va essayer de faire une question qui intéresse au-delà du périph. Parce qu'on nous dit toujours que...
Non, mais c'est toujours de Sarkozy à vous, tout le monde considère toujours que c'est le microcosme qui s'intéresse à des âneries. Ça, reconnaissez que sur l'affaire, moi je peux vous dire qu'à chaque fois que je suis sur le terrain, on ne me pose jamais la question de l'alliance avec le Parti socialiste. Jamais.
C'est de l'aile royal et populaire en l'occurrence, et c'est une question posée. À chaque fois que vous êtes habité sur France Inter, dans la matinale par exemple, à chaque fois des gens à qui on donne la parole, des auditeurs, merci, vous posez thématiquement la question. Donc ce qui prouve quand même, est-ce que les auditeurs-là ne sont pas forcément à Paris, à l'intérieur du périph. Je vous l'accorde.
Je vous l'accorde que c'est un sujet permanent, mais ce n'est pas mon sujet. Alors, on a compris que c'était un livre fort. Quand vous parlez d'insincérité, est-ce que vous considérez que c'est Ségolène Royal, qui pour une fois accepte de ne pas être en tête, parce que comme l'a dit Karine, elle a proposé d'être derrière vous, est-ce que ça ne peut pas être... C'est quelqu'un quand même qui fait progresser l'écologie, ou vous trouvez qu'elle est bidon et qu'elle est insincère dans ses visées écologistes sans combat ? Là, on parle du fond. On parle de des combats en Europe. Est-ce que vous considérez... Parce que je ne vous parle pas d'Olivier Fort, moi, je vous parle de Ségolène Royal.
Il ne vous avait pas échappé que Ségolène Royal veut rassembler effectivement la gauche plurielle. C'est ça le sujet. Oui, mais c'est à vous qu'elle a parlé en premier. Parce que vous dites, ce n'est pas Olivier Fort. Ségolène Royal, elle ne dit pas, j'entre seule sur une liste écologiste. Elle dit, Ségolène Royal, je veux faire avec le Parti Socialiste, je veux faire avec Benoît Hamon, et pourquoi pas le Parti Communiste, et pourquoi pas je ne sais pas qui, je ne sais pas quoi. D'accord. Elle aussi. Sur le fond, quand Ségolène Royal était ministre, on a eu quand même quelques sujets.
Il ne vous a pas échappé qu'à chaque fois qu'on prend l'autoroute, on a des portiques, on a perdu 5 milliards de recettes fiscales qu'auraient dû aller dans les transports collectifs. Oui, mais quand vous regardez... Non, mais attendez, attendez, on pose une question, j'ai essayé de répondre.
Comment est-ce qu'il s'est passé avec les gilets rouges, avec les bonnets ? Est-ce qu'elles pouvaient continuer ? Enfin, à un moment, il faut peut-être arrêter aussi.
Sauf que qu'est-ce qui s'est passé ? En fait, là encore, sur la question des bonnets rouges, l'écologie a été la victime expiatoire des bonnets rouges. Parce que, souvenez-vous, pourquoi les bonnets rouges, ils étaient aussi furieux ? Parce que tout l'agroalimentaire breton était en train de s'effondrer. Un agroalimentaire low cost. Ils se sont mobilisés en disant notre industrie s'effondre à cause d'une taxe qui n'est pas encore appliquée. Il fallait le faire quand même. On a supprimé la taxe. On a sauvé les emplois. On a sauvé l'agroalimentaire breton. Donc, justement, moi, je ne veux pas que l'écologie soit la victime expiatoire des renoncements politiques.
Sur le diesel, pardonnez-moi, moi, je suis député européen. On s'est battus pour que les constructeurs automobiles, ça va être simple, les constructeurs automobiles respectent les normes. Sur le diesel, sur le CO2. Aujourd'hui, vous avez plus de 8 millions de voitures diesel en France qui explosent par 3 la norme autorisée. Et Mme Ségolène Royal, ministre de l'Environnement, est allée à Bruxelles pour faire un accord avec les Allemands et imposer que les constructeurs automobiles puissent dépasser de 2 la norme autorisée. Doubler la norme autorisée.
C'est comme si vous entrez dans un village, c'est marqué 50 à l'entrée, et la police vous annonce que vous commencerez à être flashé à plus de 100 km heure. Ça ne va pas. Donc moi, encore une fois, j'ai besoin de clarté, j'ai besoin de sincérité. La situation est trop grave pour que je me perde dans la confusion et qu'à un moment donné, on ne redonne pas confiance dans la politique autour de l'écologie.
Ce qui est étrange, c'est qu'on a le sentiment qu'on est dans un moment historique où vous pourriez vraiment réunir et prendre la tête de toute cette force de gauche qui est très large entre Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon et que vous ne sentez pas qu'il faut la saisir.
Yannick Jadot. Ce qui est marrant, c'est qu'en fait, le seul truc qui vous anime, c'est la politique nationale. Pardonnez-moi. Pourquoi ? Quand même. Il y a l'Europe. Regardez l'Europe. Il y a 4 ans. On n'avait pas le Brexit. On n'avait pas Salvini. On n'avait pas l'Autriche qui était passée à l'extrême droite. On était dans une situation où on pensait que finalement, le projet européen était certes en crise du point de vue économique, du point de vue de sa solidarité, vis-à-vis de ses politiques néolibérales, mais qu'il était le projet éternel. Aujourd'hui, ça n'est plus un projet éternel. L'extrême droite vise à gagner les institutions européennes.
Il y a encore un an, l'extrême droite voulait être dans les institutions pour les casser. Aujourd'hui, ils font campagne pour dominer les institutions européennes. Donc, mon sujet, pardonnez-moi, ça n'est pas simplement Macron, dont je combats les politiques. Ça ne vous a pas échappé.
Non, mais c'est d'être fort.
C'est d'être puissant.
Mais d'être fort dans la cohérence.
Vous n'arrivez pas aujourd'hui à construire de la politique dans la confusion. Pardonnez-moi le...
Alors, pourquoi 8% ? Expliquez-nous Yannick Jadot. Pourquoi est-ce qu'aujourd'hui... Alors, les sondages veulent ce qu'il parle, mais ils vous créditent de 8% des intentions de voix aux prochaines élections européennes.
Eh bien, vous allez voir qu'on va gagner. Vous allez voir qu'on va faire un carton. Vous savez, on a parlé, vous avez parlé de 2009. On a fait plus de 16% en 2009. Le mois de mai, un mois avant l'élection, l'IFOP nous donnait encore à 8%. Vous savez, on est à la fois en termes de reconstruction, de conviction...
2009, qui est effectivement une date importante pour vous. C'était un moment où les écologistes ont su s'ouvrir, rassembler... Rassembler les écologistes. Faire des listes avec d'autres... Rassembler les écologistes.
Que ceux qui étaient membres du parti Les Verts. Et alors, vous allez avoir plein de gens qui ne sont pas membres du parti Les Verts. Est-ce qu'en 2009, il y avait les socialistes ? Eh bien non, il n'y avait pas les socialistes. Je voudrais savoir votre représentation politique. Parce qu'au fond, il y a eu, avec Macron, une explosion des forces politiques. Est-ce que vous considérez qu'au fond, le clivage gauche-droite s'est terminé ? Que les écologistes n'ont plus à rassembler à gauche, mais qu'ils ont advenu une force autonome ? Mais sur quoi vous la prenez, cette force ? Comment vous la voyez ? Yannick Jadot.
Pour moi, aujourd'hui, l'écologie, c'est plus grand et c'est plus fort que le clivage gauche-droite. Quand j'étais à Greenpeace... C'est 8% pour le roman. Oui, mais je vous parle de... Non, mais vous savez, il y a un an, les Allemands, ils étaient à la moitié des scores qu'ils font aujourd'hui. D'accord ? On va faire campagne. On va convaincre. On va faire notre boulot. Mais moi, je suis absolument convaincu que cette mondialisation libérale qui explose les limites de la planète, deux fois trop de pollution, deux fois trop de prédation, on est sur un chemin de réchauffement climatique de 3 à 4 degrés.
L'anéantissement de la biodiversité, l'absence de solidarité, la réduction des sols habitables pour les habitants. Si on ne s'empare pas de ça, si on ne le fait pas à l'échelon européen, vous croyez que c'est dans la France repliée de manière identitaire, de manière rabougrie, qu'on va sauver les océans, qu'on va sauver le climat, qu'on va résister à Trump, à Poutine, à Bolsonaro, à tous les autres... Donc il faut l'échelon européen. Et c'est ça l'enjeu. L'enjeu, ce n'est pas comment les Européennes deviennent le tremplin d'une alliance pour 2022. Ça, ce n'est pas le sujet. Ça sera le sujet de 2022.
Mais à l'inverse, vous le dites très bien, l'écologie est partout, tout le temps, pas seulement depuis un an, depuis quelques années. Comment vous expliquez autant d'échecs électoraux si effectivement vous êtes si incontournable ?
On a eu, pendant 10 ans, l'écologie est arrivée fortement dans le paysage politique avec la présidentielle de 2007. C'était la même chose aux États-Unis. Avec Nicolas Hulot. Algor, Nicolas Hulot, il y avait l'Alliance pour la planète, de toutes les ONG qui s'étaient rassemblées pour interpeller avec force, ferveur, les candidats à l'élection présidentielle. Donc en 2007, l'environnement, ce n'est plus simplement une alerte scientifique, ce n'est plus simplement une préoccupation citoyenne, ce n'est plus simplement un mouvement politique, c'est tout le monde s'en empare.
C'est imposé au parti politique par un homme, Nicolas Hulot, qui a contraint les candidats à la présidentielle
de venir signer son pacte, mais assez largement. J'ai beaucoup d'admiration pour Nicolas Hulot, il n'a pas inventé l'écologie, il y avait des mouvements associatifs qui s'étaient battus sur les OGM, sur le climat à l'échelle internationale. Moi, je venais de Greenpeace, permettez-moi d'être fier du bilan de Greenpeace pour construire la conscience écolo dans notre pays. Mais incontestablement, Nicolas Hulot a été et reste un éveilleur de conscience. Donc tout le monde s'en empare. Et tout le monde fait des grands discours. C'était avant 2007, c'était la Maison Brune, nous regardons ailleurs. Tout le monde, c'est toujours des discours d'ailleurs, largement d'auto-accusation.
On a fait tellement mal. Oh, qu'est-ce qu'on a fait mal à la planète ? Franchement, l'humanité est en jeu et tout. Et puis on finit ça.
C'est le discours d'apocalypse.
On fait un discours d'apocalypse, un discours d'auto-accusation. Vous allez voir ce que vous allez voir. Surtout ce qu'on voit, c'est qu'une fois que le discours est terminé, c'est business à Joujouol, merci Total, merci EDF, merci Monsanto, merci la FNSA et tout ça. Moi, ce n'est pas ma question. Ma question, c'est pourquoi vous avez... Pourquoi vous résultez les conditions si mauvais ? Pourquoi on a une belle perspective ? Et j'en suis convaincu. Parce qu'on a un moment de clarification politique. Le départ de Nicolas Hulot, ça a été le point de bascule où finalement, l'écologie n'est plus partout. Il y a une écologie d'affichage partout. Mais qu'est-ce que dit Nicolas Hulot ?
C'est qu'il y a ceux qui en parlent et il y a ceux qui la font. Et que ce gouvernement, comme les précédents malheureusement, sont une mystification en termes d'action écologique, que finalement, il renonce toujours...
Donc vous ne lui en voulez pas
d'avoir jeté l'éponge ? Ah non. Non. Je pense que c'est un moment de clarification politique. Je pense qu'il n'en pouvait plus. Il l'a dit lui-même sur votre antenne. Il n'en pouvait plus de mentir et de se mentir. Françoise Fréceau. Un moment de clarification, Emmanuel Macron a quand même fait voter, d'ailleurs pratiquement tout le monde était d'accord, une trajectoire écologique où vous aviez à la fois une montée en puissance de la taxe carbone et l'alignement de la fiscalité diesel-essence. C'est ça qui a fait la révolte des milieux populaires pendant la révolte des Gilets jaunes. Est-ce que ça vous incite à vous remettre en cause ?
Est-ce que vous dites que cette trajectoire était irréaliste parce qu'on est en train de faire mal à une partie de la France, la France la plus fragile ? Ou est-ce que vous dites non, non, mais on continue, peu importe, tant pis, on y va ? Yannick Jadot. Un, c'est le prix des carburants qui a déclenché le mouvement des Gilets jaunes. Je fais la différence. Dans le prix des carburants, il y a le prix du pétrole et il y a la taxation.
Vous avez raison, il y a la taxation, mais il y a aussi le prix du pétrole qui était quand même pour les trois quarts responsables de la hausse des carburants à ce moment-là qui a déclenché ce ras-le-bol sur tout ce dont on parlait tout à l'heure, l'éloignement des distances, la désertification des services pigments. On l'a déjà dit. Ce que les écologistes ont toujours dit depuis dix ans qu'on a ce débat sur la taxe carbone, c'est que chaque euro collecté, chaque euro collecté doit être rendu aux Français sous forme d'accompagnement et sous forme d'investissement.
À partir du moment, dans ce moment où le consentement à l'impôt est très faible et malheureusement, le président Emmanuel Macron a participé de l'affaissement du consentement à l'impôt avec l'ISF. Tout ça, ça a été largement débattu ces dernières semaines. Là, vous avez une chute du consentement à l'impôt parce que les gens se disent je contribue sur le carbone. Un, ceux qui prennent l'avion, ils ne contribuent pas. Le kérosène n'est pas taxé. Le transport des marchandises, le transport des marchandises, oui, mais on peut parfaitement le faire sur les vols intérieurs. Ça, c'est notre responsabilité. Le gouvernement peut le faire demain.
Et vous ferez augmenter le prix des billets et la question du pouvoir d'achat se reposera d'une autre manière. je ne pense pas
que le billet d'avion soit le même sujet de pouvoir d'achat que le diesel dans certaines zones un peu éloignées. C'est une manière
de dire que vous prévoyez d'une manière ou d'une autre d'augmenter les taxes et que ça a des conséquences ? Non,
ce que je veux dire, c'est que si on réinvestit, imaginez qu'il y a à peu près 50 milliards de fiscalité écologique au total, qu'on ait tout réinvesti sur l'investissement, le logement, la mobilité, l'agriculture, l'alimentation, les énergies renouvelables, la culture, les services publics. Imaginez pourquoi je propose une sécu de l'environnement ? Après la Seconde Guerre mondiale, le Conseil National de la Résistance dit qu'il y a deux grands défis dans notre pays. C'est la santé, c'est le social. Et ça va être les deux grands défis qui vont réunir la France et les Français. Expliquez à ceux qui nous écoutent
ce qu'est cette sécu
de l'environnement. Et donc, on va mettre toutes les forces, toutes les parties prenantes de la société pour gérer ensemble ce défi de la santé et de l'environnement. C'est la gestion paritaire de la sécu.
Mais qu'est-ce que ce serait ? Tout le monde sait ce qu'est la sécu, personne ne sait ce qu'est la sécu de l'environnement.
Ce serait justement la réponse à cette France qui souffre. Ce serait les victimes des pesticides, les victimes de la pollution de l'air, des inondations, des sécheresses, ceux qui sont en permanence au cœur de l'actualité. On voit toutes les maladies environnementales exploser dans notre société. Tous les impacts du dérèglement climatique exploser dans nos sociétés. Donc on crée le risque environnement et on met les parties prenantes autour de la table. Les maires, les collectivités, les familles, les consommateurs, les associations, évidemment les salariés, les entreprises. Et on se dit ensemble. On n'arrive déjà pas à créer
le risque d'indépendance. Et vous voulez créer un nouveau risque. Enfin je veux dire on n'a pas les moyens de faire tout ça.
Mais pardonnez-moi, on n'a pas le choix. Pardonnez-moi parce que quand je vous dis que mettre ces acteurs autour de la table, c'est justement investir dans nos logements. franchement, est-ce qu'on a besoin de dépendre de Poutine pour le gaz ?
Mais non mais quand vous dites chaque euro récupéré sera... Ben oui. Mais attendez, on a besoin d'euros pour aussi financer la santé, la dépendance comme j'en parlais à l'instant, etc.
Pardonnez-moi, la santé, elle est gérée à travers la sécu. Donc moi ce que je veux c'est que la question de l'environnement devienne une question qui rassemble la société. Ou c'est pas Bercy avec ses feuilles Excel et ses ministres dont on ne comprend plus le baratin matin, midi et soir parce qu'il nous parle de l'inversion de la courbe de la tendance des 3% qui en 2022 seront moins élevés qu'en 2023. On ne comprend rien à ce qu'il raconte. François se présente qu'il faut recréer de l'adhésion à un grand projet de société qui mobilise les Français. La hausse du carburant on le prend plein pot.
Tout ce qui est l'accompagnement c'est-à-dire le chèque énergie, la réhabilitation des logements, la conversion, ça prend du temps. Est-ce que vous ne mettez pas la charrue avant les bœufs ? Est-ce qu'il ne faut pas faire d'abord la conversion et ensuite on peut augmenter ? Il y a un problème de pouvoir d'achat mais qui est énorme pour une partie de la population. C'est-à-dire qu'à un moment de taxes, ils ne peuvent plus payer. Et ça, vous ne l'avez pas résolu même dans vos schémas en disant on va mettre tout l'argent collecté sur la cause écologique. Vous n'arriverez pas à gérer ce hiatus.
Et vous pensez qu'en supprimant 5 centimes de taxes sur les carburants, on a résolu la question de la vie chère ? Non. Moi, je veux justement qu'à la fois... Qu'est-ce qu'on a proposé ? Le triplement du chèque énergie. 600 euros. Pour notamment toutes les familles les plus vulnérables. On a proposé que la prime à la conversion automobile aille aussi sur les abonnements au transport collectif, sur le covoiturage, sur les questions d'indemnisation, la prime kilométrique par les entreprises, la prise en charge aussi des abonnements. Bien sûr qu'on veut traiter la question de la vie chère.
Mais moi, ce qui m'indigne dans ce débat, c'est qu'on dit finalement l'écologie, on la met de côté et on va laisser les Français dans l'impasse. Pardonnez-moi, à partir du moment où les Français sont dépendants du prix du pétrole et sont dépendants de faire beaucoup de kilomètres pour continuer à se socialiser, pour continuer à travailler, pour continuer à avoir des loisirs, eh bien, on répond à rien en réalité. Vous savez, on a toujours dit il y a la transition écologique et il y a la justice sociale. Il faut avancer ensemble.
Le problème de ce gouvernement, c'est qu'il avait avancé uniquement sur la transition écologique et pas sur la justice sociale et se sentant coincé, il recule sur les deux. Il recule sur les deux. La trajectoire a été votée. Oui, mais lui-même est venu sur une chaîne du service public dire à quel point il s'était battu au sein du gouvernement comme tous les écologistes ont alerté les différents gouvernements. Chaque euro de fiscalité carbone, notamment de fiscalité écologique, doit être rendu aux Français pour que ce soit acceptable et qu'ils adhèrent à un projet collectif.
Donc, pour résumer votre pensée, la gestion de la crise des Gilets jaunes par Emmanuel Macron, y compris son annonce d'un plan de 10 milliards où il y a à la fois du chèque énergie et du pouvoir d'achat, vous considérez que c'est calamiteux ? Je pense que ça ne répond pas du tout au sujet des Gilets jaunes. Il y a une partie... Vous considérez qu'il trahit l'écologie ? Mais il y a renoncé. Pardonnez-moi, je l'ai écouté aussi à la télé dans sa grande allocution. Le 10 décembre. Vous avez entendu écologie ? Non. Ben non. C'est fini. L'écologie, c'est fini. J'ai l'impression de revivre. L'écologie ne va pas être contente. J'ai l'impression...
Oui, mais bon, excusez-moi, je ne milite pas pour que François de Rugy soit heureux dans la vie.
Vous estimez qu'il est... C'est pas un objectif.
Non, mais j'ai l'impression de retrouver Nicolas Sarkozy il y a exactement 10 ans, quasiment, quand il s'est dit « Ouais, c'est à la mode l'écologie, je vais en faire. » Ça va être super. Il a fait le Grenelle. Avec un peu de chance. Il a fait le Grenelle et c'était un grand moment, un très grand moment politique dans notre pays. Et vous y avez participé. Et je continue régulièrement à en discuter avec Jean-Louis Borloo d'écologie, justement, comment on construit cette écologie. Mais que de temps perdu. Enfin, vous, on parle du logement. Pardonnez-moi, les budgets de rénovation du logement ont baissé alors qu'on n'est même pas sur nos objectifs. Donc c'est du cinéma, en clair.
Vous trouvez que finalement Nicolas Sarkozy a fait plus pour l'écologie. Non, non, j'ai dit que les deux ont voulu porter, parce qu'ils pensaient que c'était à la mode, que ça allait être électoralement payant. Quand il s'agit de passer aux actes, malheureusement, ils renoncent. Et c'est grave pour nos enfants. C'est grave pour nous. Oui, mais le monde est compliqué. Est-ce qu'on se confronte au monde ? Est-ce qu'on y apporte les solutions ? Pardonnez-moi, aujourd'hui, les énergies renouvelables, c'est deux fois moins cher que le nucléaire, c'est moins cher que le gaz, le pétrole, et maintenant, c'est moins cher que le charbon.
Quand vous faites des énergies renouvelables, vous créez des emplois sur tous les territoires, au plus près des villages, au plus près des quartiers. Et vous créez, c'est deux à trois fois plus d'emplois que les autres énergies. C'est des emplois non délocalisables. Est-ce qu'on continue parce qu'on a EDF qui vit à moitié à Bercy, à Matignon, ou est-ce qu'on fait un peu autre chose ? Eh bien moi, ce que proposent les écologistes, c'est de faire autre chose. C'est le titre de la livre qui vient de paraître
« Une autre fin du monde
est possible ». C'est de rentrer. Vous savez ce qui me rend optimiste en vrai ? C'est que c'est nous les réalistes. Je veux dire, aujourd'hui, sur les énergies, c'est totalement dogmatique d'être pro-nucléaire. Le nucléaire, c'est le dernier avatar du soviétisme. Parlons,
parlons Yannick Jadot, toujours du président de la République puisqu'il s'est exprimé devant 23 millions de Français le 10 décembre dernier. Mais il a aussi répondu à la pétition initiée par Priscilla Ludovski qui a été une pétition qui est à l'origine du mouvement des Gilets jaunes. Il lui a dit « Vous avez raison, vous avez raison de vous mobiliser pour que les prix du carburant baissent à la pompe ». C'est ça, la situation réelle dans laquelle on est aujourd'hui. Comment faire entendre votre discours-là quand on en est là ?
Parce que je pense que les Français savent que leur facture de carburant, c'est un prix et c'est une quantité. La quantité, c'est l'éloignement en permanence des distances. Quand on se bat, quand les écologistes se battent en Rhône-Alpes pour faire en sorte qu'il y ait une ligne de train électrique électrique cadencée tous les 15 minutes entre Firmini et Saint-Etienne, ça veut dire que les personnes qui vont travailler à Saint-Etienne déposent leur voiture au parking, ils prennent un train qui marche très très bien. Et bien ça, c'est apporter une réponse aux Français. Et puis, pardonnez-moi, l'écologie, ce n'est pas que de la fiscalité.
Quand je parle de la Banque Centrale Européenne dépense tous les mois 30 milliards d'euros pour refinancer aujourd'hui très largement les banques et du rachat de dette publique. 30 milliards d'euros par mois. Ça ne finance plus l'activité économique. Imaginons un plan européen d'investissement de 300 milliards d'euros par an pour le logement, pour la mobilité, pour les énergies renouvelables, pour l'agriculture. Vous redonnez sur des éléments essentiels de la vie, l'alimentation, se déplacer, se chauffer.
Vous imaginez ce plan-là. Mais l'un des projets, par exemple, très concrets d'investissement sur le territoire français, il vient de recevoir le feu vert et il vient d'être déclaré d'utilité publique, c'est Europa City, un gigantesque complexe de loisirs immobiliers dans la grande périphérie de Paris. 3 milliards d'euros d'investissement. Ça, c'est l'avenir aussi. Il va être construit. C'est l'avenir tel qu'il se dessine et non pas l'avenir que vous imaginez.
L'avenir du consortium chinois qui finance ce truc-là, c'est la fin des autres zones commerciales dans les villes autour. Parce que vous savez, on ne crée pas de l'activité commerciale. Je veux dire, à un moment donné, soit vous achetez là, soit vous achetez là. Et on va faire des pistes de ski à Europa City et on détruit parmi les meilleures terres agricoles. Vous allez vous battre contre le projet ? Mais on s'est toujours battu contre le projet. Et on va continuer à se battre contre ce projet.
C'est totalement aberrant dans le monde d'aujourd'hui où on parle d'artificialisation des sols, de garder les terres agricoles, où il faut en finir avec la surconsommation et des projets totalement aberrants. Et bien voilà un exemple de renoncement. Mais malheureusement, il y a tellement d'exemples de renoncement. Il y a le grand contournement de Strasbourg et celui de Rouran. Il y a le Lyon-Turin. Autant de milliards et de milliards qui sont investis dans des choses qui nous emmènent un peu plus dans l'impasse plutôt que de nous en sortir. On parle de la responsabilité
de l'État depuis un sacré moment. Est-ce qu'il n'y a quand même pas un peu aussi une responsabilité personnelle, individuelle, une responsabilité de chacun à être vraiment écolo ? Je n'ai pas le sentiment quand même que les Français le sont tant que ça. Ils le sont globalement quand ça concerne les voisins. Mais quand il s'agit de passer véritablement à l'action, malgré tout, est-ce que vous diriez que les Français sont très écolos ?
Yannick Jadot ? De plus en plus. La préoccupation et l'acte citoyen de protection de l'environnement. Vous regardez toutes les statistiques, il progresse et c'est heureux. Vous avez de plus en plus d'entreprises qui ont choisi d'en faire une opportunité et qui créent des emplois autour de la transition écologique plutôt qu'autour de la pollution. Bonne nouvelle. Vous avez des paysans magnifiques et ils sont de plus en plus nombreux. Ils ont mis de côté le round-up. Ils évitent de maltraiter leurs animaux. Ils protègent l'environnement et ils nous donnent un truc qui est formidable, qui est la gastronomie au patrimoine mondial de l'UNESCO. Donc, on a plein de gens
qui se félicitent du foie gras, par exemple, qu'on va manger pendant les fêtes de Noël, de tous ces animaux. Parce que la période des fêtes, Yannick Jadot, c'est une période par excellence qui est celle d'un gigantesque massacre d'animaux. Pardon pour ceux qui m'écoutent. C'est le moment où on mange du foie gras. C'est le moment où on surconsomme on offre des cadeaux, Yannick Jadot. Les Français passent à table.
Les Français passent à table. Non, il y a... Moi, je me bats et je me bats auprès des associations contre la souffrance animale. Et on se bat très largement au niveau européen contre la souffrance animale. Et une des raisons pour lesquelles on est contre les accords de libre-échange avec le Canada ou avec le Brésil, c'est que c'est absolument dégueulasse ce qui se fait dans ces élevages-là. Mais vous avez des éleveurs...
Dans des élevages, j'ai des abattoirs français également.
Mais oui, parce que... Pourquoi ? Parce qu'on a concentré les élevages, parce qu'on a laissé comme dans l'agro-industrie, comme dans l'agro-alimentaire, se concentrer les élevages, que c'est un... On a vu récemment
que même dans des élevages
et des abattoirs bio, c'était le cas. Mais parce que c'est les mêmes cadences infernales. Nous, on se bat pour des abattoirs mobiles. Ça existe dans les pays du Nord. Il y a un test dans l'Est de la France où ce sont des abattoirs mobiles qui se déplacent et ce sont les éleveurs qui accompagnent leurs animaux dans ces derniers moments pour éviter au maximum la souffrance et pour éviter...
Donc, répondez à Karine est-ce que les Français sont particulièrement écolos ?
Oui, moi je crois qu'aujourd'hui...
Ils conduisent
de plus en plus
des voitures
confortables et non qu'ils appellent des SUV. On adore prendre un café
pendant l'hiver sur des terrasses chauffées. Tout ça n'est pas très écolos.
Oui, mais d'accord. Ça, c'est pas très écolos. Mais l'écologie, je l'ai déjà dit une fois, l'écologie, ce n'est pas prendre une douche par semaine dans le noir et une douche froide. C'est pas ça l'écologie. L'écologie, c'est le plaisir. L'écologie, c'est la joie de vivre. L'écologie, c'est la gastronomie. L'écologie, c'est la convivialité. Mais...
C'est le foie gras, les SUV, et les terrasses chauffées.
On est dans un pays où effectivement les citoyens attendent beaucoup de l'État. C'est vrai, il y a toujours une délégation auprès de l'État. Mais regardez, on en parlait... Un million et demi. Un million et demi, c'est remarquable. Les marcheurs dans la rue, sur le climat, c'est remarquable. C'est une mobilisation impressionnante. Elle est virtuelle. Elle est virtuelle. Mais je ne doute pas une seconde que ceux qui signent, ils achètent un 4x4 en sortant de leur signature. Mais sur les 4x4, pardonnez-moi, quelle complicité des gouvernements. Vous avez, vous savez, une voiture en Europe, elle pollue... On fait l'achat tout seul quand même. Attendez, attendez.
Une voiture en Europe, elle pollue 50% de plus que la norme autorisée. c'est 400 euros de carburant par an. 400 euros de carburant par an. Les gouvernements sont complices des constructeurs automobiles qui, à la fois, se battent contre des normes contraignantes et quand ils ont des normes qui sont peu contraignantes, ils jouent avec les gouvernements à les dépasser. Pourquoi est-ce que, dans notre pays, on ne fait pas comme l'Allemagne ? En Allemagne, pardonnez-moi, il y a le patron d'Audi, il a passé 4 mois au NUF parce qu'avec ses ingénieurs, il a dit, nous allons dépasser les normes et créer, pardonnez-moi, des milliers de morts prématurées liées au diesel.
Et en Allemagne, où on a la plus grande centrale à charbon, la plus polluante d'Europe.
Eh bien, on se bat aussi contre la centrale à charbon en Allemagne, vous le savez, et que les écologistes en Allemagne comme ailleurs, parce que nous sommes une belle et grande famille écologiste européenne, nous voulons ouvrir une nouvelle page de l'histoire de l'Europe. Je parlais tout à l'heure du CNR. On veut retrouver le courage de nos pères fondateurs de l'Europe qui est la grande page écologique de l'Europe. Notre économie,
l'avenir de nos enfants... Sur l'exploitation du charbon, la CECA, l'ancêtre de l'Union Européenne, c'est vraiment très loin d'être une idée écologiste, Yannick Jadot. Mais non, pardonnez-moi, justement.
Sérieusement ? Justement, on s'est dit à ce moment-là, il y a un grand sujet. Mais non, on s'est dit à ce moment-là, il y a un grand sujet. C'est l'énergie, c'est la réconciliation et c'est le développement industriel. Eh bien, on n'est plus en 1952, à l'époque du lancement de la CECA. Nous sommes en 2018 et en 2018, ce sont les énergies renouvelables, ce sont les économies d'énergie. Franchement, dépendre de l'eau, du vent, du soleil, de la chaleur du sol, plutôt que de Poutine, des pétro-monarchies, du Golfe ou de Gépaki, franchement... Est-ce que le débat sur la décroissance ne doit pas être simplement... Non, non, mais attendez, pas le grand principe.
On parlait de la CECA tout à l'heure, il y avait un modèle d'après-guerre, de développement. Est-ce que maintenant, on ne doit pas poser ce problème en disant... Mais la question, c'est pas pour moi... Je n'arrête pas de parler d'investissement. Mais on a un modèle économique qui est deux fois plus gros que la planète, qui maltraite la planète et qui maltraite les femmes et les hommes, qui sont en train de créer au niveau mondial et dans nos sociétés la compétition de tous contre tous, donc précarité sociale, précarité culturelle et c'est devenu précarité identitaire.
Si on ne change pas ce modèle pour recréer à la fois de la justice sociale, de la solidarité, de l'emploi pour nos jeunes, on n'aura plus de société ouverte. Et ça, c'est l'échelon européen. Pourquoi je ne déserterai jamais le combat européen ? Pourquoi je ne ferai pas de cette élection européenne un référendum pour ou contre Macron ? Parce que l'Europe est trop importante pour qu'on la laisse
et que c'est la tradition des élections européennes, je dis en plaisantant.
Juste pour terminer le chapitre. Non, non, c'est vrai. Les Européens ont toujours un référendum pour pouvoir pouvoir pouvoir. C'est ça qui rend fou. Pour terminer le chapitre, est-ce que pour mener votre combat, vous ne vous dites pas qu'il faudrait peut-être qu'on arrête un peu l'écologie punitive et qu'on donne un peu plus envie aux gens ? C'est assez anxiogène votre discours quand même. C'est dire que c'est la panique, il faut bouger, il faut bouger à n'importe quel prix, on fait la taxe carbone, on fait la... Est-ce qu'à un moment, il n'y a pas une autre positionnement à trouver, plus englobant pour le citoyen, plus de gestes quotidiens ?
Et là, vous aurez peut-être une mobilisation plus forte. Vous savez sûrement qu'au fil des années, on a laissé croire que la protection, par exemple, de notre agriculture et de notre alimentation, c'était contre les paysans, que la protection des océans, c'était contre les pêcheurs, que je ne sais pas quoi, la protection de la planète, c'était contre l'industrie. Aujourd'hui, notre force, c'est qu'on est, encore une fois, du bon côté de la rationalité économique. Ceux qui gagnent de l'argent aujourd'hui, ceux qui créent des emplois, ils sont sur notre modèle de développement, pas sur le vieux monde. Alors, pourquoi, par exemple, j'ai pris la...
C'est stable, on peut en discuter pendant des heures, mais en l'occurrence, à l'étranger, regardez, par exemple,
le Brésil, qui fonde une très large partie de sa croissance sur une exploitation folle. Et vous trouvez que la société brésilienne va bien ? Non, mais vous nous dites... On est du côté de la rationalité. La rationalité n'est pas forcément aux commandes.
Ah, ça, je suis d'accord. Parce que je ne dis pas que la rationalité commande, sinon, on gouverne le reste pays. Mais je pense qu'aujourd'hui, seule la pensée écolo est rationnelle réaliste. C'est ça qui me rend optimiste. Après, vous avez raison. Pourquoi j'ai pris Damien Carême ? Pourquoi nous avons pris Damien Carême, numéro 3, sur la liste ? Parce que Damien Carême, le maire de Grande-Synthe, c'est à la fois l'accueil en dignité des réfugiés, mais c'est celui qui, à l'échelle de sa commune, comme Jean-François Caron à Los Anguels, comme Éric Piolle à Grenoble, comme beaucoup d'autres. On met en place ces solutions. On montre que c'est possible.
Les cantines bio à Grande-Synthe, depuis 2011, on en parle de 20%, 30% dans le pays, il le fait dans une ville où il y a 30% de personnes qui vivent sous le seuil de pauvreté. Il a la mobilité, les jardins partagés, la rénovation des quartiers, tout ça. Il le fait. Et moi, je veux montrer dans cette élection européenne que les écologistes savent faire, que les écologistes font pour redonner. Quand je défends l'Europe des terroirs, ce n'est pas simplement « moi, je m'en fous du grand machin européen, comme dirait De Gaulle. Je m'en fous de Bruxelles. » Ce n'est pas le sujet. Moi, ce que je veux, c'est que les Françaises et les Français retrouvent le contrôle de leur vie.
On a quand même le sentiment qu'entre les deux masses mondialistes et nationalistes, les écolos vont quand même avoir du mal à exister pendant ces élections européennes. Comment vous allez faire ? C'est quoi votre stratégie ?
À la fois de dire que le global, ça ne peut pas être cette mondialisation libérale du tous contre tous qui rend tout le monde dingue, maltraite les personnes, maltraite l'environnement. Le global, ça doit être le climat, la biodiversité, la solidarité comme bien commun. Et il faut l'Europe pour le porter à l'échelle internationale. Et puis, c'est, je disais, l'Europe des terroirs. Là où on vit, là où il y a de la sensualité par rapport à notre espace de vie, avec qui on vit, avec qui on communique, avec qui on travaille, avec qui on a des loisirs, avec qui on tombe amoureux. Mais bien sûr, avec qui on tombe amoureux. On peut aussi tomber amoureux. Puisque, Françoise,
vous demandez d'avoir un discours positif et enthousiasmant. C'est bien, c'est bien. Mais j'essaie. Voilà, là, vous en approchez. C'est ça qui se passe. C'est ça, notre réalité.
Et moi, je ne veux pas que les terroirs se soient perçus comme pour les libéraux, comme un truc totalement réacte, parce qu'on serait tous des nomades du monde pouvant vivre absolument n'importe où, et pas non plus comme un truc régressif des nationalistes et des populistes. Je veux que ce soit... Regardez sur la question des réfugiés. Moi, j'étais à Coutières. On parle du grand débat national, totalement hystérique. À Coutières, ils ont 11 Afghans dans un centre d'accueil. Et bien, grâce à ces 11 Afghans, ils ont pu relancer une équipe de foot et le village est super content parce qu'il y a de nouveau une équipe de foot.
À Grande-Synthe, un médecin réfugié syrien, il va pouvoir venir exercer à Grande-Synthe parce qu'il manquait un médecin. Et bien, c'est tout ça pour dire que quand on redonne du contrôle sur nos vies, quand on redonne la main démocratiquement, et donc qu'on a des emplois, ces emplois locaux, je peux vous dire que la société, elle va bien. Nathalie ? Vous attendez quelque chose de Danny Cohn-Bendit ? C'est peut-être politicien comme question, mais est-ce que lui, c'est une figure écolo, c'est une figure européenne, c'est une figure entraînante ? Est-ce que vous pensez qu'il doit s'en mêler ? Il s'en mêle.
Après, Danny Cohn-Bendit est ébloui par Emmanuel Macron, c'est son truc à lui, qu'est-ce que vous voulez ? On en discute régulièrement. Il le kiffe, grave. On en discute régulièrement. On parle plus souvent de foot aujourd'hui que d'Emmanuel Macron, on a plus d'accords sur le foot, quoique des fois on a des petites divergences sur les équipes, mais non, il est ébloui par Emmanuel Macron. Il n'est pas aussi critique sur le bilan d'Emmanuel Macron. Il soutient Emmanuel Macron, il faut le dire. Après, régulièrement, quand il va chez vous, la façon dont il parle d'Emmanuel Macron n'est pas toujours super positif sur Emmanuel Macron.
Si vous le retrouviez pendant la campagne européenne, si jamais il a porté son soutien à la liste de la République en France, c'est un sujet pour vous, un problème ou pas ? Non, je ne vais pas... L'émission se termine. Ça va être une campagne entre deux copains, finalement. Mais non, Danny Conben... Mais bien sûr, mais vous savez, au Parlement européen, quand vous gagnez, c'est que vous créez des majorités avec les autres groupes politiques. Vous ne gagnez jamais tout ça. Il n'y a pas un groupe politique qui est majoritaire. Ce n'est pas l'Assemblée, il n'y a pas la majorité et l'opposition.
À chaque victoire, vous devez construire des majorités avec d'autres membres d'autres groupes politiques. Et donc, si Danny Conbenit retourne au Parlement européen, il ne sera pas dans le groupe vert qu'il a participé à diriger pendant des années et dont il disait que c'était le fer de lance de la construction automobile. N'importe quoi. Vous voyez, je mets Danny Conbenit sur une autre voie que l'Europe et de l'écologie aujourd'hui. Mais je sais qu'il ne m'en voudra pas.
L'émission est terminée. Merci, Annick Janou, d'avoir été notre invité. Bonne fête. Bonne fête à toutes les trois. Merci à Alexandre Gillard et à tous les types de questions politiques. Bon appétit. Surtout. Et bonne fête.
Yannick Jadot