Olivier Faure : "Nous ne sommes pas condamnés au duel entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen"
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
France Inter, Léa Salamé, Nicolas Demorand, le 7-9. Et la suite de ce 7-9 spécial au lendemain du premier tour des élections régionales. Avec Léa Salamé, nous recevons notre troisième invité ce matin, qui est le premier secrétaire du Parti Socialiste. Olivier Faure, bonjour.
Bonjour Nicolas Demorand, bonjour Léa Salamé.
La gauche arrive, la gauche socialiste arrive au niveau national en troisième position, derrière LR et le RN, 18% des voix. Et ça c'est pour la bonne nouvelle. La mauvaise pour vous Olivier Faure, c'est que dans plusieurs régions, Île-de-France, Auvergne-Rhône-Alpes, Pays de Loire, les Verts vous devancent. Dites-nous donc ce matin pour commencer, dans quel état d'esprit est-on au Parti Socialiste ? Content, déçu, quelle est la température ?
Bon d'abord, content c'est difficile d'être, il y a deux tours. Et donc moi je ne cherche pas à jouer la gloriole ce matin. Je dis simplement, aux Françaises et aux Français, hier soir il s'est passé quelque chose. Ce n'est pas un sondage, c'est un vote. Et dans ce vote, il est apparu quelque chose qui apparaissait invraisemblable jusqu'ici. Mais nous ne sommes pas condamnés à vivre le duel entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen l'année prochaine. Depuis hier soir, nous savons que les Français ont choisi massivement, majoritairement, de prendre soit les candidats de la droite, soit les candidats de la gauche. Et en réalité, le bloc social et écologique, il est même devant celui de la droite.
Et donc il y a une possibilité, y compris de victoire. Et c'est la raison pour laquelle il faut confirmer ce résultat la semaine prochaine, dimanche prochain, et faire en sorte d'amplifier ce résultat, parce qu'il est un résultat qui est exceptionnel par rapport à ce que tout le monde peut en attendre.
Je comprends vos résultats arithmétiques, où vous comptabilisez vos voix avec celles d'Europe que j'ai les verts pour dire que vous êtes sur le premier bloc, etc. Où vous dites que le duel Macron-Le Pen n'est pas assuré. Comment pouvez-vous tirer déjà des enseignements au niveau national, d'une élection régionale où il y a eu 68% d'abstention, et d'une élection régionale qui est souvent décorrélée des élections nationales ?
Moi je ne dis pas que c'est ce qui se passera, je vous dis que c'est possible. Et que, moi je veux bien aussi qu'on nous dise en permanence que ce sont les sondages qui font en fait l'élection. La réalité c'est qu'ils se sont plantés aux européennes, ils se sont plantés aux municipales, ils se sont plantés aux régionales. Pourquoi voudrait-on maintenant nous conditionner, avec cette idée qui serait déjà admise par toutes et tous, qu'il y aura un deuxième tour entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen ? Je ne sais bien, je ne confonds pas les élections, mais il faut quand même arriver à se dire aussi qu'il y a eu, plus qu'un sondage, il y a eu une élection hier soir.
Et que c'est quand même ce qui doit dicter notre propre façon de penser. Maintenant, évidemment, ça demande à être confirmé, et je ne veux pas être dans une forme d'euphorie prématurée, et qui serait hors de propos, surtout, vous le rappelez à juste raison, au beau milieu d'une crise démocratique, parce que nous sommes au beau milieu d'une crise démocratique.
68% d'abstention, à qui la faute, selon vous, Olivier Faure, à une campagne sous Covid, à l'offre politique ? On posait tout à l'heure avec Rachida Dati la question du traitement médiatique. Comment expliquer ce qui est manifestement beaucoup plus qu'un désintérêt ?
Tout ce que vous avez dit, mais au-delà de ça, pour moi, la cause principale, c'est la confusion. C'est la confusion qui règne avec le sentiment qu'au fond, tout s'équivaudrait, tout serait identique, et qu'il n'y aurait pas de différence entre les différentes offres politiques. Souvent, j'étais confronté à ce discours-là, de la part de gens que je rencontrais dans la campagne électorale, et je leur racontais toujours la même chose.
Je leur disais, écoutez, il y a six ans, vous-même, vous m'avez dit, enfin vous, ou d'autres parmi vous, me disaient, c'est pareil, et quelques mois plus tard, vous êtes revenu me voir en Seine-et-Marne pour me dire, comment ça se fait qu'aujourd'hui, le transport scolaire n'est plus gratuit ? Tout simplement parce qu'il y a des choix politiques qui sont opérés par les uns ou par les autres, et que ça suppose qu'on y fasse attention, et évidemment, la droite et la gauche, c'est différent.
Allez, question rapide sur quelques régions. Olivier Faure est d'abord, évidemment, en région PACA. La liste conduite par l'écologiste Jean-Laurent Félizia est arrivée troisième derrière Thierry Mariani et Renaud Muselier, et il entend encore ce matin se maintenir. À vos appels hier à Félizia de se retirer et à ceux d'Europe Écologie-Les Verts, il répond non, je me maintiens, je me maintiendrai, ce n'est pas le niveau national qui va décider ce que je vais faire au niveau local. Vous lui dites quoi ce matin ?
C'est irresponsable, et mon appel, je le réitère, cette liste doit se retirer. Il y a aujourd'hui près de cinq points d'écart entre la liste du RN et la liste de Renaud Muselier. Nous ne pouvons prendre aucun risque face à l'extrême droite. Ça n'est pas imaginable. La gauche ne peut pas porter le poids d'une victoire du RN qui serait un tremplin pour Marine Le Pen l'année prochaine, et donc nous ne pouvons pas accepter cet état de fait.
Mais il dit, Jean-Laurent Félizia, qu'il veut des élus de gauche au Conseil Régional, que ça fait six ans qu'il n'y en a pas, et que ça n'est pas normal.
Mais je comprends que ce soit très difficile. Nous avons fait le choix en 2015 d'un double sacrifice dans les Hauts-de-France et en PACA. Évidemment que ça coûte. Mais c'est aussi ça la vie politique. Ce n'est pas simplement de se poser la question de soi, c'est aussi de se poser la question des dynamiques que l'on crée, ou qu'on laisse se créer face à nous. Et donc on ne peut pas, dans cette région, prendre le risque d'une victoire du RN. Je vais être très clair là-dessus. Et il n'y aura pas de socialiste au deuxième tour en PACA.
Olivier Faure, même si vos présidents sortants font de bons scores dans leur région, vous l'avez souligné, la note négative de votre soirée, c'est l'Île-de-France, où il y avait un match dans le match sur l'ordre d'arrivée des trois candidats de gauche. Il y avait Julien Bayou pour les Verts, Audrey Pulvar pour le PS, et Clémentine Autain pour la France Insoumise. Et l'ordre d'arrivée ne vous est pas favorable, puisque Julien Bayou arrive en tête devant Audrey Pulvar. Est-ce une sanction du PS ? Est-ce une sanction d'Anne Hidalgo qui a propulsé Audrey Pulvar ? Quel bilan vous tirez des résultats en Île-de-France ?
Mais pourquoi aller à Salamé ? Vous voulez vous voir à chaque fois la bouteille à moitié vide, quand je la regarde, à moitié pleine. La réalité, c'est qu'il y a eu de très nombreuses... Il y avait huit régions dans lesquelles les socialistes et les écologistes n'étaient pas au premier tour en accord. Et l'essentiel de ces primaires, si vous les appelez comme ainsi, ont été gagnés par les socialistes. C'est très clair.
En Île-de-France, c'est les Verts qui gagnent. En région Rhône-Alpes, c'est les Verts qui gagnent. Ajout Valobès-Gassem arrive après le candidat.
En Occitanie, vous avez Carole Delga qui fait près de 40%. On parle tous de Xavier Bertrand. Mais enfin, Carole Delga fait un score quasi équivalent.
Pardonnez-moi de vous montrer là où ça a le bas blesse. Comment vous expliquez sur l'Île-de-France ? Parce que c'était clairement un match dans le match et vous regardiez tous les ordres d'arrivée.
On regarde les ordres d'arrivée partout. Et je les ai regardés partout hier soir. Et ce que je vous dis, c'est que...
Mais vous êtes rassuré, donc ?
Ce n'est pas que je sois rassuré. Je dis que ce bloc social et écologique, il peut être en mesure demain de créer la surprise. Et Julien Bayou a fait une bonne campagne qui lui permet d'être un point et demi devant. Bon, nous n'allons pas non plus en tirer des conclusions extraordinaires. La réalité a été rappelée tout à l'heure par Nicolas Demorand. C'est que sur la France entière, il y a un écart important et que la force motrice à gauche, ça reste le PS.
Carole Delga en Occitanie refuse de s'allier avec les insoumis, déclarant Olivier Faure que le projet de Jean-Luc Mélenchon est incompatible avec le sien. A-t-elle raison d'avoir cette position ?
Il y a, selon les régions, des rapports différents aux insoumis parce que tout simplement, ils se sont comportés de manière différente. Quand vous avez des gens qui font campagne quasi exclusivement contre Carole Delga pendant plusieurs mois et qui ensuite viennent frapper à la porte, admettent qu'il y a quelque chose d'incongru. Et donc, je comprends parfaitement, effectivement, qu'elle ait fait ce choix.
Il y avait une région, une seule région, où toute la gauche partait unie, c'était dans les Hauts-de-France, derrière Karim Adéli, qui arrive à un peu plus de 18%, elle arrive troisième. Unie ou désunie, quand même, la gauche n'arrive pas à marquer.
Ça dépend des fois et ça dépend des endroits. En fait, posez-vous la question sans inverse. Que se serait-il passé si on avait eu, en fait, quatre listes, comme c'était à un moment envisagé, dans cette région Hauts-de-France ? Où en serions-nous ? Nous serions au score, peut-être, de La République En Marche avec des gens qui sont tous en dessous de 10. Et c'est parce qu'il y a eu l'unité qu'il y a aujourd'hui une liste qui est au second tour.
Et je note par ailleurs que, même, y compris avec simplement les socialistes et les écologistes en Normandie, liste tirée par Mélanie, donc, qui est pour les socialistes, eh bien, nous avons, Mélanie Boulanger, nous avons réussi à faire plus de 18% là aussi.
Merci, Olivier Faure. Merci à vous. Merci beaucoup. Et cette matinale spéciale se poursuit à 8h31. France Inter.
Olivier Faure