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interviewC dans l'air· 30 juin 2026 65 min

Une victoire, une fête…et encore des violences - C dans l’air - 01.06.2026

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

ZzzQuil Sommeil ... - C.Roux: Bonsoir.

Bienvenue. Ca aurait pu rester dans notre histoire collective comme une belle soirée de victoire, mais les images de violence à Paris et dans 71 communes entachent le triomphe du PSG. Samedi soir, malgré un dispositif XXL de maintien de l'ordre, la nuit s'est soldée avec 890 interpellations, 168 forces de l'ordre blessées et 489 gardes à vue à Paris.

Le ministre de l'Intérieur, qui défend sa stratégie de maintien de l'ordre, estime que c'est désormais sur les raisons de ce phénomène qu'il faut s'interroger. La porte-parole du gouvernement parle de "violence endémique" pour qualifier ces débordements qui se produisent en France désormais, y compris les soirs de fête. Face à ces images qui ont fait le tour du monde, le discours politique se crispe, avec des clivages qui sont toujours les mêmes, sans que personne ne puisse expliquer ce qui pourrait devenir une spécificité française.

Avec nous pour en parler ce soir, L.Valdiguié, journaliste d'investigation à "Marianne". P.Perrineau, politologue, professeur des universités à Sciences Po, coauteur de "Inventaire des peurs françaises".

H.El Karoui, vous êtes avec nous. Vous êtes consultant, essayiste et expert associé à Terra Nova.

On cite votre dernier article. "Le narcissisme de la violence..." Vous nous direz pourquoi vous parlez de narcissisme.

A.Goutard, vous êtes grand reporter à France Télévisions. Merci de participer à ce "C dans l'air".

On a forcément vu ces images. Il restera les images de la fête, de la liesse, de la victoire, des supporters, et celles des violences, des tirs de mortier, des casseurs. Est-ce que c'était pire que lors de la dernière victoire du PSG l'an dernier? - L.Valdiguié: Statistiquement, oui.

Le ministre de l'Intérieur a annoncé 52 % d'arrestations, d'interpellations en plus. En termes de bilan, il y avait eu 2 morts l'an dernier, un jeune à Dax, qui avait pris un coup de couteau, et un automobiliste à Paris. Là, il y a une personne décédée en scooter le long du périphérique.

Hier soir, il y en avait 3 qui étaient dans un état critique, une personne qui avait sauté dans la Seine on ne sait trop pourquoi, une autre qui avait pris une voiture à la terrasse d'un café dans le 10e, et une 3e, un jeune homme qui a été ramassé par la police alors qu'il avait pris des coups de couteau après avoir été percuté par une voiture. Quand on compare aux événements à Londres, il y avait 1 million d'Anglais dans la rue...

Il y a eu aussi 3 agressions à l'arme blanche, mais il n'y avait que 500 policiers et il n'y a pas eu ces affrontements avec la police. Le côté unique d'hier et de l'an dernier, c'est ces affrontements avec la police. Ils sont 13 en ce moment à être jugés en comparution immédiate. - C.Roux: On va revenir sur le profil de ces jeunes hommes.

Ce sont essentiellement des hommes. On peut juste dire un mot des 178 membres des forces de l'ordre qui ont été blessés. C'est beaucoup. - A.Goutard: C'est énorme et répétitif.

Je dirais qu'il y a eu un point de bascule depuis les émeutes de 2023, à la suite de la mort du jeune Nahel. Il y a une violence de plus en plus énorme lors de ce type d'événement, malgré un dispositif XXL. Tout le week-end, il y avait des drones du côté des forces de l'ordre...

On les voit à l'image. Ils sont casqués, harnachés. Ils partent à la guerre.

Il y a eu énormément de policiers. Malgré tout, vous avez ces événements terribles et ces policiers blessés. Il y a aussi des victimes de l'autre côté.

Finalement, que faire? Ca ne se déroule pas qu'à Paris. Ca se déroule un peu partout en France, alors que c'est une victoire du PSG.

C'est très étonnant. Avant, ça restait un petit peu dans la grande capitale. Maintenant, c'est partout, avec un prétexte pour se battre. - C.Roux: Des violences et des débordements dans 71 communes, 16 pillages de commerces en province... - P.Perrineau: Mon regard sur la soirée...

Il y a à la fois de la reproduction et des choses plus ou moins nouvelles. La reproduction, on le sait depuis plusieurs années...

Le niveau de violence sociétale ne cesse d'augmenter, que ce soit sur la scène publique ou sur la scène privée. Il y a bien un phénomène de violence sociétale très fort, en particulier chez les jeunes. Toutes les enquêtes faites sur des échantillons très importants de jeunes, je pense en particulier à celle qu'a réalisé l'Institut Montaigne sur 8000 jeunes de 18 à 24 ans, montrent que vous avez à peu près un quart de la population de ces 18-24 ans qui considère que le recours à la violence pour exprimer une protestation est tout à fait légitime et que l'affrontement avec les forces de l'ordre...

On arrive à des pourcentages incroyables. Ca corrobore ce que vous dites. 40 % des 18-24 ans considèrent que ça peut être tout à fait justifié de rentrer dans un conflit direct avec les forces de l'ordre.

On voit qu'il y a un potentiel, dans la jeunesse française, de recours à la violence très élevé. D'autre part, cette dimension nationale...

Ce n'est pas la 1re fois, qu'au-delà de Paris, il y a une dissémination. Il faudrait étudier le profil de ces villes. C'était une violence qu'on estimait voir réservée aux grandes métropoles et surtout à Paris.

Il reste une exception française. Quand vous comparez avec le cas londonien...

Quand vous comparez à l'essentiel de nos voisins européens dans le même genre de contexte, de fête collective, une émotion collective, il peut y avoir des désordres, des dérapages, mais on ne tombe pas dans une violence que certains qualifient d'une violence à dimension émeutière. On a assisté à ça 2 soirs de suite. - H.El Karoui: Je crois que ça ressemble de plus en plus à 2023.

On s'installe dans l'idée que chaque soir de match, de victoire, il va se passer ce genre d'événements. Ca ressemble de plus en plus à ce qu'un critique russe appelait "le carnaval". Il analysait Rabelais.

Le carnaval, c'est quoi? Le renversement des valeurs. C'est la périphérie qui vient au centre.

C'est les banlieues qui viennent aux Champs-Elysées, le coeur symbolique de Paris. C'est le renversement des valeurs d'ordre. Ceux qui ont le pouvoir pendant une nuit, ce sont les jeunes qui sont prêts à tout caillasser par rapport à la police, qui est en situation défensive et qui n'a pas de capacité offensive.

Il y a aussi quelque chose de symboliquement complexe. Ceux qui sont sur le terrain, c'est les mêmes...

Ils ont les mêmes origines sociales. Il y en a qui sont au coeur de tout dans la vie quotidienne et il y en a qui sont relégués dans la vie quotidienne aussi et qui, un soir de match, se retrouvent au centre, mais de la pire des façons, de la façon la plus violente. Ca s'est installé.

C'est pour ça que c'est devenu un rendez-vous. On ne sait pas très bien quoi faire. L'élargissement géographique, c'est comme 2023 par rapport à 2005...

La capacité de maintien de l'ordre a des limites. - C.Roux: Les joueurs, dès qu'ils ont eu l'occasion de le faire, ont appelé au calme.

Ce n'est pas de cette soirée-là qu'ils avaient envie. On va parler des forces de l'ordre, avec ce que dit la procureure de la République de Paris. Elle dit que des policiers ont été atteints par des bombes agricoles.

Il y avait des tirs de mortier d'artifice et des bombes agricoles. - L.Valdiguié: C'est ce qu'on découvre aujourd'hui quand on voit ces jeunes présentés dès aujourd'hui à la justice.

Il y a des vendeurs de mortier. Il y a des types qui ont été arrêtés et qui vendaient des mortiers comme on vend des merguez sur des manifs. - A.Goutard: C'est la quantité qui est nouvelle. - L.Valdiguié: En 1998, les Bleus sont champions du monde, il y a 2 ou 3 morts.

C'est le paradoxe de ces soirées...

C'est des soirées de grande fraternité. C'est des soirées où la France, c'est le mieux de notre vivre-ensemble. On peut sortir dans la rue.

C'est des soirées merveilleuses. Tout le monde est là. - C.Roux: Est-ce que c'est encore le cas?

Est-ce que tout le monde est là? - L.Valdiguié: C'est des soirées dont la politique nous réserve que des petits échantillons, les soirs de victoire...

En 81, c'était la libération de Paris. Je n'ai pas vécu la vraie Libération de Paris, mais les gens s'embrassaient dans la rue. Quand il y a eu l'élection de N.Sarkozy en 2007, c'était ce même genre d'effervescence.

C'est très rare que la politique nous emmène tous dans la rue... - C.Roux: Elle ne nous emmène pas tous dans la rue, contrairement au foot. - L.Valdiguié: Pas dans une ambiance de fraternité.

Normalement, c'est très joyeux, festif. - C.Roux: Ca ne l'est plus. - L.Valdiguié: Ces soirées, avant de dégénérer, ce sont des soirées de grande communion nationale. - C.Roux: Derrière le maillot et derrière le drapeau. - L.Valdiguié: On ne peut pas résumer ces soirées à des caillassages de fin de soirée.

Ce sont des magnifiques soirées. - C.Roux: Il ne faut pas se laisser polluer par ces images de violence qu'on ne veut pas voir?

Il faut trouver des solutions et garder ce rassemblement et l'unité derrière le drapeau? - L.Valdiguié: Macron a dit: "Le foot, c'est pas ça." Le foot, avant tout, c'est une communion, comme la politique n'en permet plus. - C.Roux: Vous vouliez ajouter quelque chose... - A.Goutard: Vous disiez que ces joueurs, qui sont des mêmes origines sociales et culturelles, parfois, que les gens qu'on retrouve dans la rue...

Je pense que ce phénomène est beaucoup plus large. Il y a quelques jours, quelques semaines, l'OGC Nice, les supporters, à 150 bonshommes cagoulés, sont intervenus dans le 10e arrondissement et ont laissé sur le carreau des blessés, ont provoqué des heurts aussi violents que ceux-ci. Ils voulaient pas de cette jeunesse qu'on voit à l'image.

Je pense que le phénomène...

Le point commun, c'était que c'étaient des hommes et qu'ils étaient jeunes. Le phénomène est beaucoup plus large que celui qu'on veut mettre en avant. On voit bien la sensibilité de ce débat. - C.Roux: Les politiques se sont emparés de ce débat. - A.Goutard: On voit aujourd'hui que les supporters qui mettent le bazar et ceux qui mènent des émeutes sont finalement très différents les uns des autres.

Il y a un peu de tout. - C.Roux: C'est pas forcément des supporters.

Des supporters...

Qu'on retrouve dans les rangs des casseurs. - A.Goutard: Et à l'OGC Nice, il n'y avait pas que des supporters. - C.Roux: Le président condamne les violences.

Il a été applaudi par les joueurs du PSG, qui avait pourtant appelé à célébrer cette victoire dans le calme. Les jours heureux de célébration se terminent en France par des tirs de mortier, avec des débordements dans 71 départements. - Le match vient à peine de se terminer lorsque les 1ers affrontements éclatent dans les rues de la capitale.

Face-à-face musclé entre émeutiers et forces de l'ordre. Du mobilier urbain est pris pour cible. A Strasbourg, ce magasin de sport est pillé.

Même scène à Bordeaux où, au petit matin, la place de la Victoire est saccagée. - L.Nunez: Profitant de ces moments festifs, vous avez un certain nombre de personnes qui viennent pour casser, piller.

C'est une réalité. Les dispositifs policiers que nous mettons en place visent à les contenir. J'ai prévenu.

Nous avions un gros dispositif, qui a fonctionné, globalement. Nous avons interpellé énormément de personnes, évité de nombreux pillages. - Bilan du week-end: plus de 890 interpellations dans toute la France, 178 policiers et gendarmes blessés.

Une fête gâchée et des images que préféreraient oublier les supporters venus célébrer le retour de leurs joueurs hier. - Tout le monde est soudé, ici. Tout le monde est lié pour une seule chose: l'amour du sport.

On a vu beaucoup d'images qui montrent le contraire, mais regardez, tout le monde est heureux, calme et ensemble. C'est ça, la France. - L'équipe du PSG est ensuite reçue à l'Elysée. - E.Macron: Bienvenue à l'Elysée.

Paris a gagné. 2 étoiles. Merci. - E.Macron a le sourire, mais condamne rapidement les débordements. - E.Macron: C'est pas le foot, ça.

C'est pas le sport, pas ce qu'on aime. Merci à nos policiers et à nos gendarmes. On sera intraitables avec ceux qui ont été attrapés.

On ne veut plus voir ça. Fini. On en a ras-le-bol. - Parmi les événements de la nuit qui ont marqué les esprits, la mort d'un jeune homme de 24 ans, décédé après avoir heurté avec son scooter des blocs de béton sur une bretelle de sortie du périphérique.

Un accident tragique et des violences urbaines qui se multiplient, y compris en dehors du cadre sportif, chaque 31 décembre ou encore lors de la dernière fête d'Halloween. Comment enrayer ce phénomène? La justice peut-elle avoir un effet dissuasif?

A Paris, 489 personnes ont été placées en garde à vue. Les comparutions immédiates ont débuté cet après-midi. Cette avocate défend 2 jeunes de 18 ans. - Ils sont très apeurés.

C'est des jeunes qui connaissent pas du tout le monde ni des gardes à vue ni des commissariats, rien du monde carcéral ou judiciaire. J'ai des jeunes qui passent le bac. - Des profils variés, mais une constante, selon ce syndicat de policiers: une réponse judiciaire trop faible. - Ce qu'on réclame, c'est que quand quelqu'un attaque un policier dans des émeutes ou violente un policier, c'est de la prison ferme avec mandat de dépôt immédiat afin que la sanction soit très bien assimilée.

Faut-il encore qu'aujourd'hui, la personne aille en prison. - Face aux images, depuis samedi, la procureure de Paris annonce plus de fermeté. - Il y a assez longtemps, lorsque les événements étaient passés, on passait à autre chose.

Aujourd'hui, on ne passe plus à autre chose et on continue à rechercher les auteurs des faits que nous avons tous constatés. Je veux créer la certitude, chez ceux qui ont perpétré les faits, qu'ils seront recherchés. - Une séquence qui fait craindre aux autorités de nouveaux débordements, à l'occasion du prochain grand événement sportif, la Coupe du monde de football, qui commence dans 10 jours. - C.Roux: Il va falloir se poser la question de savoir comment on organise la future Coupe du monde.

Question. - A.Goutard: Non.

Il y avait un maximum de policiers, avec des techniques et une technologie de plus en plus fiables, et, en principe, qui devraient être convaincantes. Vous avez affaire à des bandes. Elles se déplacent très vite, surutilisent les réseaux sociaux, Telegram...

Ils ont les moyens de se parler, de se donner rendez-vous, de se déplacer. Les policiers courent derrière, finalement. Vous avez ces fameux tirs de mortier, que l'on se procure très facilement, qui sont utilisés contre les policiers.

C'est la bagarre police-bandes. Ils ont l'impression d'avoir une bande...

Ces gamins-là, je me souviens les avoir interviewés dans leurs quartiers hors-événements tels que ceux-là. Ils ont l'impression d'aller à la bagarre contre les policiers. Ca fait cette espèce de jeu de violence...

Ce sont des jeunes adultes. Il y a peu de mineurs qui ont été interpellés. Ce sont des jeunes adultes. - C.Roux: Dans les 13 comparutions immédiates, ce ne sont pas des mineurs. - A.Goutard: On voit qu'ils se filment tout le temps.

Il y a quelques années, ce n'était pas le cas. - C.Roux: C'est pour ça que vous parlez du narcissisme de la violence, H.El Karoui? - H.El Karoui: C'est comme s'il y avait des battles, des compétitions d'images les plus spectaculaires possible.

C'est pour ça que les tirs de mortier, c'est très utile, que mettre le feu à des poubelles et des voitures, c'est très utile. C'est très spectaculaire. C'est la société du spectacle dans ce qu'elle a de pire, avec une viralité très élevée.

Il n'y a plus de frontières municipales. Le sujet, ce n'est pas Paris, mais celui qui fera le plus beau spectacle. D'une certaine manière, c'est la suite...

On peut parler des "gilets jaunes". Il y a eu des épisodes de violence très élevée pour d'autres raisons, mais avec des dynamiques qui sont toujours les mêmes, et un sujet du maintien de l'ordre, une doctrine du maintien de l'ordre...

Il y a des cultures qui ne sont pas les mêmes. Londres et Paris, c'est pas pareil, en termes de violence de la rue, de tradition de violence de la rue. - C.Roux: Il y avait une tradition de violence en Angleterre, avec le foot. - H.El Karoui: Ils ont trouvé le moyen de la faire baisser en contenant la folie hooligan. - C.Roux: Le ministre de l'Intérieur dit que ce n'est pas la robustesse du dispositif policier qui doit être interrogée, mais les causes profondes de ce phénomène.

Il dit qu'ils ont bien fait le job, qu'ils ont mis les moyens nécessaires, plus que de raison. Il y a eu des interpellations, plus 40 % d'interpellation, et moins 30 % de faits. On a fait plus de prévention en interpellant en amont. - L.Valdiguié: C'est pas des commandos bien organisés... 20 000 policiers, dont 8000 dans Paris, comme il y avait l'autre jour, ça ne suffirait pas pour ça.

Le 8 décembre 2018, 1er samedi des "gilets jaunes", à 17h30, le préfet de police appelle le ministre de l'Intérieur en lui disant: "La situation est hors de contrôle." La situation était hors de contrôle. Le maintien de l'ordre policier avant... 2018, on a l'impression que c'est il y a 200 ans, mais la doctrine policière d'avant, c'était: "C'est pas très grave s'il y a de la casse de magasins." Le 1er mai 2017, un McDo brûle sur le pont d'Austerlitz.

C'est reconstruit en 3 jours, un McDo. Ce qui a tout changé, c'est l'irruption des télés, des smartphones...

Pour le politique, c'est plus difficile d'avoir des McDo qui brûlent à la télévision tout l'après-midi en direct. Le maintien de l'ordre, qui consiste à maintenir les policiers à distance, à arrêter de temps en temps les meneurs, qui étaient les plus virulents...

C'était ça, le maintien de l'ordre d'avant. C'était "pas de contact". Pas de mort. "On tolère de la casse d'abribus, de magasins, mais surtout..." Souvenez-vous de C.Pasqua...

Les voltigeurs, M.Oussekine...

Ils ont tué M.Oussekine sur les motos, les voltigeurs. Après les "gilets jaunes", on a changé de préfet de police.

On a créé les Brav. Au début, ils étaient à peine équipés, ils allaient chez Decathlon pour s'équiper. Ce sont des policiers mobiles, sur des motos.

Le désastre de la politique du maintien de l'ordre d'avant, c'était que des groupes, les fameux black blocs, en commandos, s'ils agissaient dans plein de points simultanés dans Paris, il n'y avait pas assez de policiers. D'où la mobilité. La police a un avantage gigantesque: les caméras.

Ca, on ne le voit jamais, parce qu'ils ne veulent jamais trop l'ouvrir. Mais avec une caméra en haut de l'Arc de Triomphe, vous voyez très bien la Légion d'honneur de l'individu que vous recherchez sur la place de la Concorde. Ca ne suffit pas parce qu'il y a ce côté carnaval, mortiers...

Ca a des airs de guérilla, mais ce n'est pas concerté comme de la guérilla. Si c'était concerté comme de la guérilla, il y aurait beaucoup plus de casse. - H.El Karoui: C'est pas de la guérilla. - A.Goutard: Oui et non.

Je me méfie toujours des "les jeunes", "les bandes"...

Ce que j'utilise moi-même...

Dans ces phénomènes de ce week-end, il y avait aussi des groupes beaucoup plus structurés qui se sont greffés, notamment dans le 7e arrondissement...

Il y a eu des rues entières où les rétroviseurs et les pare-brises ont été cassés les uns après les autres. Il y a un signal envoyé face à la bourgeoisie. Il y a tous ces phénomènes qui se mélangent. - C.Roux: On voit bien que la doctrine de maintien de l'ordre ne convient plus.

J.Fourquet le rappelait dans "Le Figaro" ce matin. Il parle d'Halloween, du 31 décembre, des soirées de match...

Une soirée festive ou pas, un rassemblement, on se dit que ça fait partie du folklore français...

Ca date de quand? C'est depuis les "gilets jaunes"? - P.Perrineau: Les "gilets jaunes" constituent un moment tout à fait important, même si les populations n'ont rien à voir.

Les "gilets jaunes", les 18-24 ans, les 15-24 ans, il y en avait très peu. Ce n'était pas le même profil. - C.Roux: Mais ils cassaient. - P.Perrineau: Il y avait beaucoup de femmes... - L.Valdiguié: Les black blocs... - P.Perrineau: C'est encore autre chose.

Les black blocs, il y a très souvent un niveau d'éducation, une origine étudiante qui est plus fréquente chez les black blocs que chez les jeunes qu'on a arrêtés hier. Ce rituel où on inverse toutes les formes de l'autorité pendant un moment, ce que H.El Karoui mentionnait avec le carnaval...

C'est très ancien. Dès le Moyen Age, on connaissait des périodes de carnaval où les dominés de l'année prenaient un jour la position de dominants et s'efforçaient de transformer les dominants en dominés. Il y a ça un peu quand vous parlez de l'émeute qui atteint un degré de virulence, en particulier dans les beaux quartiers.

Je regarde la carte que "Le Figaro" a faite des émeutes. C'est très intéressant. Ca part dans le 8e, ça va jusqu'au 16e et ça revient Rive Gauche, dans le 7e.

C'est le Paris bourgeois, comme si une partie de ces jeunes avait plus ou moins consciemment l'idée de monter à l'assaut d'une Bastille sociale. Il y a certainement de cela. C'est pour ça que je parlais dès le début d'une violence sociétale.

C'est pas une violence politique, même s'ils peuvent rêver un jour de l'utiliser comme science politique, mais c'est une violence sociétale, qui commence au niveau infrapolitique. - C.Roux: Est-ce qu'il faut réadapter le dispositif de maintien de l'ordre d'une manière ou d'une autre?

Est-ce qu'il faut interdire tout simplement ce genre de rassemblement? Question. Est-ce qu'il faut faire des fan-zones, comme on l'a fait dans le passé? - L.Valdiguié: Les fan-zones, c'est considéré comme plus dangereux.

Souvenez-vous du Heysel, en 1985. Il y a un mouvement de foule qui provoque X morts. Il ne faut surtout pas interdire ces moments.

C'est ce qu'il y a de mieux dans notre vivre-ensemble, en début de soirée... - C.Roux: En début de soirée? - L.Valdiguié: En totalité de soirée.

C'est le meilleur de Paris. Ce serait dramatique de l'interdire, de nous scotcher, de nous enchaîner à la télévision. Les mortiers sont déjà interdits.

Avec les "gilets jaunes", ils ont évolué la doctrine. Ils ont fait des fouilles. Pour désamorcer les "gilets jaunes", ils ont fouillé systématiquement les sorties de gare, les autoroutes...

A un moment, vous ne pouviez pas arriver aux péages autour de Paris sans avoir la voiture intégralement fouillée. Il y a des mesures à faire en amont. - C.Roux: Qui ont été prises. - L.Valdiguié: Mal.

Il y a des types qui ont été jugés cet après-midi qui avaient 80 mortiers dans la voiture à la vente. - A.Goutard: On imagine des petites zones comme on avait autour de la tour Eiffel, ou à Marseille, sur le Vieux-Port.

On pourrait imaginer que Paris soit une fan-zone en soi, avec des contrôles que les policiers savent faire. Ils utilisent les caméras algorithmiques depuis les JO. Lorsqu'il y a un mouvement anormal, la caméra le repère.

L'idée, ce serait...

Des pays utilisent la reconnaissance faciale. - C.Roux: J.Bardella le propose et B.Retailleau aussi.

Pourquoi ça ne s'est pas produit aux JO? - H.El Karoui: Le dispositif de sécurité était beaucoup plus organisé, et puis, les JO...

La ville a été organisée pour qu'il y ait pas beaucoup de contacts, pas beaucoup de mouvements. Il y avait aussi tellement d'événements sportifs à la fois...

Là, il y a un effet de concentration du moment. C'est le grand match. Il y a aussi la géographie... - A.Goutard: Et il y a une communication derrière. - P.Perrineau: Et je rajouterais la sociologie.

Si on part à la recherche des facteurs, le profil sociologique des amateurs des JO n'est pas le même que le profil des amateurs de foot. - C.Roux: Ca se produit aussi pour Halloween, pour la Saint-Sylvestre, la Fête de la musique...

Ce n'est pas lié forcément au foot. - P.Perrineau: Ce n'est pas lié au foot, mais là, ça avait quelque chose à voir avec le foot.

Il y avait le mélange de supporters, dont certains peuvent être des supporters violents, surtout quand il y a des effets d'imitation. Depuis le XIXe siècle, des grands sociologues ont parlé des effets de l'imitation lorsqu'on est entouré de gens très violents. Et puis, des groupes de jeunes qui sont descendus de banlieue pour mettre en place ce qu'on appelle parfois de la violence de prédation.

On vient participer à de la violence et, éventuellement, on fait son marché, on va chercher une paire de Nike. - C.Roux: Ou autre marque. - A.Goutard: Pour les JO, il y a eu un travail en amont.

Comme quoi, la prévention, ça veut dire quelque chose. Le travail en amont a été très important. Il y a eu un 1er travail de prendre la matraque du gendarme en disant: "Attention, vous débarquez à Paris, ça va très mal se passer pour vous." Il y a eu un travail fait dans les quartiers les plus difficiles avec les éducateurs, les associations, pour arriver à contenir.

Il y a eu aussi un phénomène très particulier de ces JO, c'est qu'on a viré de Paris toute personne qui était sur le trottoir, tous les SDF, tous ceux qui posaient problème. Il y a eu un grand nettoyage de la capitale avant cet événement. Cette prévention...

C'est inenvisageable de l'appliquer à chaque événement sportif. - C.Roux: Ca ne marche pas, on n'a pas tellement d'options alternatives pour des événements à venir, notamment comme la Coupe du monde, où on espère que la France sortira victorieuse?

C'est le 11 juin que ça commence. Est-ce qu'il y a un retour d'expérience, comme disent parfois les militaires sur les façons d'adapter? Vous nous dites que ce ne serait pas possible d'interdire, que ce serait si triste...

On avait mis tout ce qu'on pouvait comme dispositif policier. On est dans le piège de la violence gratuite? - A.Goutard: On est dans le piège de n'avoir rien fait pendant des années.

On se retrouve dans une situation où on récolte la note de toute l'absence de prévention de police de proximité, de prise en compte de ces jeunes. On voit bien comment ils fonctionnent. Ils vivent sur la famille, leur quartier, et tout le monde extérieur est un ennemi.

La police est une ennemie, ou alors quelqu'un contre lequel, une espèce d'entité contre laquelle on peut jouer et se battre. - C.Roux: A cela s'ajoutent les réseaux sociaux, les boucles WhatsApp... - L.Valdiguié: Si on met de côté les pillages de magasins, il y en a eu 16... - A.Goutard: C'est pas énorme par rapport à d'autres événements. - L.Valdiguié: Il faut rajouter au pillage de magasins la casse de mobilier urbain.

Le centre-ville de Bordeaux a été assez cassé. Le procureur, qui était face à un jeune de 20 ans, dans le box, avec son maillot du PSG de l'autre jour, qui avait été attrapé à 23h50 sur les Champs-Elysées avec un mortier à la main...

Le procureur a requis 4 mois ferme, 3000 euros d'amende. On voyait le gars se ratatiner dans son box. Le procureur lui a dit: "Vous avez sur le dos, pas tout seul, 1 million d'euros d'heures supplémentaires de policiers." Il faisait la note. "Les policiers sont le mur entre les citoyens et le chaos.

Vous, vous êtes du mauvais côté du mur." Il s'est encore ratatiné dans son box...

Il lui a fait l'ardoise complète. Il y a une grosse ardoise. Mais si on fait abstraction de cette ardoise... - C.Roux: Quoi? - L.Valdiguié: C'est le prix de la fraternité.

Je maintiens que la fraternité s'éprouve, dans ces soirées. - C.Roux: Vous anticipez sur une question qui nous est posée ce soir.

Ca crée une exaspération...

Il y a des gens qui regardent et qui se disent que c'est pas possible. Question. Cette peine, vous la considérez comme lourde? - L.Valdiguié: Tous les lundis matin, à Paris, 3 chambres correctionnelles jugent une douzaine de dossiers chacun.

C'est la justice expéditive de l'urgence. C'est des gens qui ont été ramassés dans la rue le week-end et qui vont être jugés dans l'urgence parce que c'est des faits graves. En général, on va les mettre en prison.

Ils vont juger 30 personnes. Je sais que c'est important, 30 personnes, mais il y a 2 millions d'habitants à Paris. J'ai l'impression qu'on vit dans une société plus sûre que Paris au Moyen Age...

Notre intolérance à la violence a augmenté à une proportion folle. - C.Roux: C'est la mise en images, on le sait bien. - L.Valdiguié: Se sont rajoutées au stock de 30 personnes les 13 de la procureure, "du chaos", comme elle a dit.

C'est une justice débordée qui va terminer à 2h du matin. Ils seront pour la plupart envoyés en détention, ces gens-là. Pour quelqu'un qui n'a pas de casier...

Il y en avait un qui avait 600 euros d'amende...

Passer de 600 euros d'amende à 4 mois ferme, c'est énorme. - C.Roux: On va revenir sur les sanctions et les solutions.

Le débat politique s'est lui aussi embrasé, à un an de la présidentielle. LFI dénonce la stratégie de maintien de l'ordre. Le RN cible la "nouvelle France" de J.-L.Mélenchon, celle de "l'insurrection et de la guerre civile", selon J.Bardella.

Pendant ce temps-là, les images d'émeutes font la une de l'actualité à l'étranger. - Quelques heures après la victoire du PSG samedi, les images de violence à Paris sont diffusées en boucle et commentées dans le monde entier. - La victoire du Paris Saint-Germain se transforme en affrontements violents entre les supporters et la police. - Une nuit de troubles en France. - Sur les Champs-Elysées, des personnes cagoulées contre les forces de l'ordre. - Au moins 800 arrestations à Paris. - Pendant ce temps, sur X, le réseau social dont il est propriétaire, E.Musk publie cette vidéo d'heurts dans les rues de Paris, avec ces quelques mots. ...

La séquence est devenue politique. Les commentaires de la droite identitaire européenne affluent sur les réseaux. En France, le RN cible la politique sécuritaire et migratoire du gouvernement. ... - J.Bardella: Nous avons vu, en plein Paris, des scènes de quasi guerre civile.

Je dis aux Français de se réveiller. Dans quelque temps, ils casseront la porte des immeubles et rentreront dans vos appartements. Si l'Etat ne reprend pas la main sur sa politique de sécurité, sur sa politique pénale et sur sa politique migratoire, parce qu'il y a évidemment un lien... - E.Zemmour, hué dans les rues de Paris après le match, reprend lui aussi un des thèmes phares de sa dernière campagne. - E.Zemmour: C'est une jeunesse arabo-musulmane venue des banlieues et qui déferle sur Paris et sur d'autres villes de France pour prendre possession de la ville par la violence, piller et conquérir la ville symboliquement. - L'élection présidentielle est dans toutes les têtes.

Pendant que certains affûtent leurs arguments de campagne, d'autres, comme E.Philippe, évitent les commentaires et préfèrent se montrer en champion. A droite, l'ancien ministre de l'Intérieur et candidat officiel LR esquisse lui aussi ses éléments de langage sur la sécurité. ...

Et si une partie de la gauche reste discrète, le patron des communistes semble tracer sa propre voie. - F.Roussel: J'apporte tout mon soutien aux hôteliers, aux restaurants et aux forces de l'ordre. - Sans réserve? - F.Roussel: Bien sûr. - Marquant sa différence avec LFI, qui dénonce des violences policières, et interpellant J.Bardella. ... - M.Bompard: A partir du moment où il y a ces débordements, on ne peut pas être satisfait de la gestion de la soirée d'hier telle qu'elle a été organisée par le gouvernement. - La sécurité, une préoccupation principale des Français sur laquelle devront se positionner tôt ou tard tous les prétendants à l'Elysée. - C.Roux: On va revenir sur le débat politique et ce qui a été dit dans ce reportage.

Question. - P.Perrineau: Oui, c'est la loi anti-casseurs.

Je crois que l'actuel président des Républicains veut qu'on revienne à cette loi. C'était la volonté de G.Attal lorsqu'il était Premier ministre, que ceux qui cassent doivent payer.

Dans la panoplie des mesures proposées, c'est quelque chose qui revient. Ce qui est frappant, c'est qu'on retrouve, à l'issue de ces 2 soirées délétères, un clivage gauche-droite qui ne bouge pas. C'en est désespérant.

Il y a, d'un côté, une gauche toujours extrêmement gênée aux entournures avec cette question de la sécurité...

D'ailleurs, L.Joffrin, qui n'est pas un homme de droite, ce matin, dans son éditorial, se désole de cette faiblesse de la pensée de gauche sur la sécurité en disant quelque chose de très important: "Attention. Quand vous regardez les motivations de vote des Français à quelques mois de l'élection présidentielle, vous avez la question du pouvoir d'achat et, juste après, la question de la sécurité.

Continuons comme ça et la sécurité va devenir aussi importante que la question du pouvoir d'achat." On sait, à la fin des fins, qui cela va servir. On a du mal à sortir d'un débat affligeant, d'un débat d'une pensée de gauche extrêmement affaissée et d'une pensée de droite qui va de rodomontades en rodomontades. - C.Roux: Et qui sort les mêmes recettes. - P.Perrineau: Quand on écoutait le président du RN parler...

Il parlait pas de guerre civile, mais de quasi guerre civile. On voit que c'est toujours le même face-à-face. En attendant, on ne règle pas, on ne tente pas d'affronter la difficulté des ripostes à avoir en amont et en aval.

En aval, c'est la répression. En amont, c'est la prévention. - C.Roux: On peut évoquer les propos d'E.Macron, dans l'exercice des responsabilités, qui, il y a un an, avait dit: "C'est inacceptable.

La réponse de l'Etat sera à la hauteur." Il a redit quasiment la même chose un an après. Ca donne le sentiment que personne ne sait par quel bout prendre ce problème. - H.El Karoui: C'est un peu vrai.

Ceux qui montrent leurs muscles, qui désignent des coupables, qui disent que c'est la guerre civile, le jour où ils seront au pouvoir, on verra ce qu'ils feront. Je sais pas de quels outils de sécurité ils auront l'usage, parce qu'il n'y en aura pas de nouveaux...

Ca continuera. C'est possible que ce soit plus important. Il y aura l'idée d'une confrontation assumée.

E.Zemmour donne une lecture identitaire et religieuse du sujet. Ces gens veulent la guerre civile.

La guerre civile valide leur narratif. Par ailleurs, c'est une façon pour eux de monter dans les sondages, de gagner plus de voix aux élections. Ce qui me frappe, c'est ce qu'on fait à l'extrême droite et à l'extrême gauche.

On cherche des coupables. C'est la faute de l'Etat ou des forces de l'ordre, dit l'extrême gauche, et c'est la faute des Arabes et des musulmans, dit l'extrême droite. On cherche des solutions de prévention...

Plus personne ne parle d'intervention de long terme pour prévenir la violence, mais aussi auprès de ces populations. On a aujourd'hui une doctrine...

Prenons le cas de la police dans les quartiers pauvres. J'ai travaillé là-dessus. Il n'y a pas de forces de police, dans les quartiers pauvres.

On dit "les quartiers sensibles", mais c'est des quartiers pauvres. Il n'y a pas de forces de police. - C.Roux: Pourquoi?

Parce qu'on y a pas attribué d'effectif ou parce qu'ils n'y vont plus? - H.El Karoui: On a choisi de mettre les forces de police non pas là où il y avait des crimes et délits, mais là où il y avait potentiellement des victimes.

Le résultat, c'est que tout le monde se plaint du trafic de drogue. Pourquoi on fait des opérations XXL? Parce qu'il n'y a pas de policiers au quotidien.

N.Sarkozy a eu la très bonne idée, il y a 15 ans, de réduire le nombre de forces de l'ordre en disant qu'on n'avait pas besoin de la police de proximité. On a à la fois beaucoup de pauvreté, beaucoup de distance culturelle...

Il y a une concentration de toute la nouvelle immigration au même endroit. Il y a aussi un désengagement de l'Etat. Maintenant, on dit qu'il faut lutter contre ça, mais on fait tout pour que ça ne marche pas.

La réponse sécuritaire est essentielle, mais la réponse des politiques publiques dans les quartiers pauvres l'est aussi. On parle beaucoup d'islamisme, et on a raison. Comment font les islamistes?

Ils apportent du service de parentalité, de sécurité, d'insertion professionnelle, de cours de langue. Pourquoi? Parce qu'il y a une demande.

On récolte le fruit de cette politique de désengagement. - C.Roux: S'il y avait quelqu'un du RN face à vous ou des LR, ils diraient qu'il faut arrêter de victimiser, qu'il y a des quartiers pauvres dans lesquels il n'y a pas ce genre de violence, qu'il y a des gens qui s'en sortent et qu'il ne faut pas excuser... - H.El Karoui: Il y a des problèmes et on les connaît, donc mettons des solutions.

Et la solution, c'est l'intervention publique. Quand on dit ça, on dit: "C'est eux les coupables et donc on ne va pas mettre de moyens parce qu'ils sont coupables." Non, tout le monde est victime, à la fin.

Tous les habitants pacifiques de ces quartiers, dont l'image se dégrade... - L.Valdiguié: Je suis 100 % d'accord avec ce que vous venez de dire.

La carte administrative de la police et de la justice, et de l'administration judiciaire en général, n'a pas changé depuis le Moyen Age. A Argenteuil, avec plus de 100 000 habitants, ils ont un commissariat famélique. C'est aberrant. - C.Roux: Pourquoi ça ne bouge pas? - L.Valdiguié: Parce que le ministère de l'Intérieur est coupé en deux entre les policiers et les gendarmes.

A Toulouse, c'est police, et alentour, c'est la gendarmerie. Si vous allez cambrioler une commune voisine ou autre, ce n'est pas connecté. - C.Roux: Les forces de l'ordre ont un sentiment d'échec?

Qu'est-ce qu'ils disent? Il y a 78 blessés. - L.Valdiguié: Ils ont l'impression d'être les parias de la République.

En décembre 2018, c'était d'une fragilité extrême. On est des sociétés dont on a l'impression qu'il ne peut rien nous arriver. C'est faux. - C.Roux: Pourquoi ça peut plonger? - L.Valdiguié: Hier, il y avait des images au Champ-de-Mars.

C'était la fête de la Fédération, 14 juillet 1790. Au même endroit, il y avait 100 000 personnes. A la Révolution française, ils disaient "la populace".

La totalité des forces de l'ordre ne pourrait pas contenir...

On l'a vu au moment des "gilets jaunes". C'est pour ça que le politique a tort de ne pas prendre la mesure de tout ça pour faire descendre la pression. - C.Roux: La France vit sous tension.

On le voit partout. "On est une cocotte-minute prête à exploser", a dit R.Glucksmann ce matin.

Face à cette jeunesse qui choisit parfois la violence gratuite, il y a ceux qui oeuvrent dans l'ombre pour tenter d'éduquer, de mettre des cadres, de fixer des limites. A.Camara est de ceux-là.

Il sillonne la France avec un drôle de camion qui abrite une réplique d'une cellule de prison. - Au pied des immeubles de ce quartier de Blois... - Allez-y, venez. - Un camion pas comme les autres.

La reproduction d'une cellule carcérale. - Cellule de 9 m2. C'est la même chose qu'à Osny, Villepinte...

A droite, on a un évier. On a des toilettes. ... -4 ans et demi. 9 m2. - Les conditions de vie en prison, A.Camara les connaît très bien.

Cet ancien détenu, condamné pour avoir tiré sur les responsables du meurtre de son frère, partage aujourd'hui son histoire pour lutter contre la délinquance. - Tu peux être n'importe quel bonhomme, même multimillionnaire, si tu es dans ça, il va te servir à quoi, ton million? Tu vas acheter des survêts, plein de bouffe, des pompes pour tourner en promenade.

Tu vas regarder les snaps de tes amis en vacances... - Rappeler la réalité de la prison, très loin des images diffusées par quelques détenus. ... - Ca n'a rien à voir avec ce qu'on voit sur les réseaux sociaux.

On peut croire que c'est la belle vie, la prison, qu'il y a à manger et qu'on sort quand on veut...

Là, c'est tout petit, il fait chaud. - Des amis de quartier à moi ont déjà fait de la prison et m'ont dit que c'était des petites peines, que ça allait. Moi, je me suis jamais rangé dans l'illégal. - Un déclic, comme une petite victoire pour A.Camara.

A chaque rencontre, cet ancien détenu rappelle aux jeunes leur responsabilité pénale. A partir de 13 ans, un mineur peut être condamné à de la prison. - Il y a une vraie méconnaissance autour de la justice.

On ne sait pas à partir de quel âge un mineur peut aller en prison. On a fait un test. Certains disent que c'est papa qui va aller en prison.

Le rappeler, c'est aussi les mettre en garde, qu'ils ne doivent pas penser que s'ils sont mineurs, ils sont protégés. - On pointe le rôle des réseaux sociaux dans le rapport de ces jeunes à la violence. Un jeune de 15 ans témoigne... - Aujourd'hui, on a des jeunes qui consomment ces vidéos à partir de la CM2.

Il y a des liens Telegram, des jeunes qui regardent des vidéos d'exécution. On tranche des têtes, on exécute à l'arme à feu, on coupe des membres...

Un jour, un jeune m'a dit: "Adama, mettre un coup de couteau, c'est rien. Là-bas, ils jouent au foot avec ta tête." - Des professionnels en manque de moyens confrontés à des jeunes qui peuvent se laisser séduire de plus en plus tôt par le trafic de drogue. - C'est dès 9 ans, les 1res cigarettes, les 1ers délits.

On voit des très jeunes qui arrivent sur le service et qui, à 13 ans, ont déjà un palmarès, pas d'accompagnement, parce que c'est des jeunes laissés sur le carreau. Des enfants déscolarisés, qui cherchent l'argent facile, parce que les parents sont pauvres, parce qu'ils ont besoin d'argent. - En France, près de 10 000 mineurs sont impliqués dans des affaires de trafic de stupéfiants.

Selon les autorités, l'âge moyen des petites mains se situe aux alentours de 15-16 ans. - C.Roux: Votre réaction? - P.Perrineau: C'est un reportage très intéressant.

La prison vient vers les jeunes pour montrer ce que c'est réellement que la condition carcérale. Pour ces jeunes, dont on voit que beaucoup ont quitté depuis assez longtemps le principe de réalité pour être dans un monde virtuel...

Il est typique, ce jeune qui disait: "J'ai vu. C'est formidable, la prison. Il y a une piscine..." On revient dans le principe de réalité.

La tâche accomplie par cet ancien détenu est de premier plan. On est en amont. On cherche à restructurer une jeunesse dont il faut bien dire qu'elle manque de cadre, de repères, d'autorité.

L'autorité, c'est un très beau mot. En latin, c'est "l'augmentation". C'est augmenter le pouvoir.

Le pouvoir à l'état brut, c'est violent. Le pouvoir qui s'exerce avec autorité, ce n'est pas aussi violent. C'est un pouvoir augmenté.

On voit l'éducatrice de rue parler des jeunes qui tombent dans la délinquance et jouent le rôle de guetteur dès 9 ans. C'est tout à fait inquiétant. On voit qu'il y a un problème des structures d'autorité en amont, que ce soit la famille ou l'école.

On le sait. Quand vous êtes enseignant, ce qui est mon cas, même si je n'enseigne pas en collège ou en lycée, on voit comment, sur les 10 dernières années, le rapport à l'autorité s'est incroyablement dégradé, et pas dans des couches sociales forcément issues du bas de la pyramide sociale. Il y a une dégradation...

On croit de plus en plus à des formes de pouvoir horizontal, qui s'articulent sur les réseaux, et on remet en question toute forme d'exercice du pouvoir vertical et d'un pouvoir avec l'autorité, que ce soit celle du maître, du père ou de la mère de famille...

C'est un travail gigantesque. Il faudra bien, à un moment ou un autre, se poser la question de la réhabilitation de la notion d'autorité, qui est presque devenue une notion ringarde dans beaucoup de milieux. - C.Roux: H.El Karoui? - H.El Karoui: Oui.

Je veux rajouter quelque Chose sur les enfants de la 3e ou 4e génération de l'immigration. La question se pose. Ils sont embarqués dans les transformations de la société, mais il y a aussi un cas spécifique.

C'est la dynamique de l'intégration. L'intégration, c'est passer d'une culture A à une culture B. La 1re étape, c'est la désintégration du lien entre les enfants et les parents.

C'est souvent le cas dans les familles. Les enfants d'origine immigrée sont beaucoup plus insérés dans la société française, dans la culture nationale que leurs parents. La distance est plus grande.

On voit la cassure du lien d'autorité entre les pères et les fils. Les fils ne reconnaissent pas l'autorité des pères. "Qui tu es?

Tu as été humilié, colonisé, exploité. Tu n'as pas la même culture que moi." C'est un phénomène qu'on connaît très bien.

Si on a envie de résoudre les problèmes, on se dit que dans tel ou tel quartier, il y a beaucoup d'enfants issus de l'immigration. On sait que ça va arriver. Sur les communautés, c'est pas pareil.

Les Turcs sont plus encadrés que les Maghrébins. Le système communautaire est si bien efficace qu'il empêche les filles de se marier hors de la communauté, par exemple. Il bloque l'intégration.

Puisqu'on sait ça, on devrait se dire qu'on va mettre des moyens humains, pas financiers, pour anticiper. Au contraire, on fait l'inverse. - C.Roux: Parce qu'on n'a plus de moyens. - H.El Karoui: Non, on a plein de moyens.

On a un sujet de redistribution entre les âges. On a fait des choix politiques. On a plein d'argent, en France.

On a choisi de le redistribuer vers des générations ou vers un certain nombre de quartiers, mais pas ceux-là. On a un problème et on enlève les solutions. On a ce qu'on mérite. - C.Roux: La réponse à la question de ce soir, à savoir s'il faut réadapter les systèmes de maintien de l'ordre...

Ce qui était disposé dans Paris et dans d'autres villes, on peut difficilement faire mieux et faire plus. - A.Goutard: Impossible, à mon sens.

Il y avait toute la technologie. Lorsque vous discutez avec les policiers, ils nous disent: "Arrêtez de nous demander tout. Ce n'est pas à nous de gérer les problèmes de société que vous avez évoqués." Je voulais citer le mouvement associatif.

Aujourd'hui, les associations ont perdu 2 milliards d'euros de financement. Le Secours catholique est obligé de licencier. France Handicap, qui s'occupe des familles paupérisées, est obligée aussi de licencier. - C.Roux: Nous revenons à vos questions.

Question. Vous avez insisté sur le fait qu'il y avait une spécificité française, tout à l'heure. On l'a vu dans le reportage.

E.Musk s'est félicité de voir ces images. - P.Perrineau: C'est intéressant que ce soit un téléspectateur suisse qui pose la question.

En effet, on se réjouit avec plus de modération lorsqu'il y a une victoire d'une équipe suisse ou de l'équipe nationale suisse, c'est évident. La France est extrêmement différente. Il y a une tradition émeutière française.

Il suffit de voir ce qui s'est passé depuis la Révolution française jusqu'à nos jours. Notre histoire est constellée d'émeutes plus ou moins importantes qui débouchent parfois sur des changements de régime politique, avec des morts, etc. Il y a une tradition émeutière.

Il y a la tradition révolutionnaire française qui, dans certains milieux, justifie ou met en scène une esthétisation de la violence. On est un pays dans lequel la violence, la barricade, l'émeute font l'objet esthétisation. - C.Roux: Question.

Je crois qu'on y a répondu plus tôt. - L.Valdiguié: Plutôt oui, aussi.

Il y a eu des effervescences à Athènes... - C.Roux: Qui ressemblaient à ce qu'on a vécu? - L.Valdiguié: Non.

Il y a cette spécificité française. Elle n'est pas dans l'affrontement, dans les meutes en général, dans le "Patrick Hooligan", mais dans cet affrontement avec les policiers. - C.Roux: Question. - A.Goutard: C'est ce que les policiers ont essayé de faire à la sortie des RER.

Il y a une telle masse problématique de jeunes gens qui ont décidé d'en découdre que la police n'arrive pas à gérer. - C.Roux: Question.

Est-ce que l'esthétisation de la violence dont vous parlez, le fait qu'on se filme, qu'on se donne rendez-vous... - H.El Karoui: C'est des multiplicateurs, mais ce n'est pas la cause.

Probablement qu'il y en aurait moins, mais il y en aurait quand même. - A.Goutard: Quand il y a des voitures brûlées lors de la Saint-Sylvestre, on demande aux médias de ne pas faire des sujets avec des flammes parce que ça attise les choses.

On pourrait imaginer que les veilles de ce type d'événements, les réseaux sociaux soient mieux contrôlés. On en a les moyens. Il faudrait que les boucles Telegram puissent être... - C.Roux: Je ne suis pas sûr qu'E.Musk nous aiderait...

Question. - L.Valdiguié: Ils sont interdits à la vente.

Ils étaient même interdits d'usage dans toute la région parisienne ce week-end. - C.Roux: Question.

Faire payer le PSG? - L.Valdiguié: Ils se sont déjà impliqués dans la lutte contre les hooligans, les ultras.

Le PSG a fait le boulot pour chasser la politique de ses tribunes. - A.Goutard: Il fut un temps où le PSG avait été sanctionné et avait payé lorsqu'il y avait eu des infractions aux abords du Parc des Princes. - C.Roux: Question.

On a essayé d'y répondre ce soir, en partie. Question. - A.Goutard: C'est déjà le cas.

Il y a la possibilité de sanctionner les parents dans certains contextes, lorsque les mineurs sont irresponsables et sous la responsabilité de leurs parents. - C.Roux: Question. - L.Valdiguié: Oui. - C.Roux: Question. - H.El Karoui: On va gagner. - C.Roux: On va rester sur cette note.

Merci à vous tous. On a le temps d'en reparler. Ca démarre le 11 juin.

C'est la fin de cette émission. Si vous avez raté l'émission spéciale d'hier consacrée à la guerre de l'IA entre la Chine et les Etats-Unis, vous pouvez la retrouver sur la plateforme france.tv, ainsi que tous les entretiens sur YouTube.

Bonsoir, A.-E.Lemoine. - A.-E.Lemoine: Au programme ce soir, S.Spielberg.

La liste des chefs-d'oeuvre de S.Spielberg est aussi longue que sa carrière. Il est ce soir l'invité exceptionnel de "C à vous" à l'occasion de la sortie de son nouveau film événement. - C.Roux: Bonne émission.