Présidentielles : après un été de canicules et d’incendies, le climat a-t-il déjà disparu de la campagne ?
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 30 %Attaque 40 %Défensif 30 %
Questions et réponses
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- 0:11OuverteRéponse partielle
La lutte contre le réchauffement climatique, ça doit être un sujet central pour Bruno Retailleau dans sa campagne ?
- 2:15OuverteRéponse directe
Le climat a-t-il disparu déjà de la campagne ?
- 3:08OuverteRéponse directe
Est-ce que la crise de cet été a été perçue comme une crise ponctuelle ou d'une autre nature ?
- 5:02OuverteRéponse directe
Est-ce que changer les mots changera la réponse politique ?
- 5:19RelanceRéponse directe
Sur le constat, tout le monde est d'accord pour observer que le climat a disparu du paysage ?
- 8:22OuverteRéponse directe
Pourquoi les candidats n'envoient-ils pas eux-mêmes leurs représentants pour débattre du climat ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:32PrésentateurChiffre
« Selon l'IFOP, 89% des Françaises et des Français disent avoir souffert de cette canicule. »
- 1:37PrésentateurChiffre
« 8 sur 10 font le lien avec le dérèglement climatique. »
- 1:47PrésentateurFait
« L'ONU douche définitivement les espoirs il y a une dizaine de jours. Nous ne limiterons pas le réchauffement à 1,5 degré comme l'espérait la COP de Paris en 2015. »
- 9:30InvitéFait
« La moitié du PIB mondial repose sur des services qui sont rendus gratuitement par la nature et qu'aujourd'hui, la biodiversité s'effondre. »
- 9:40InvitéChiffre
« L'impact du changement climatique sur le PIB mondial pourrait monter à 25, peut-être même la moitié du PIB si on ne fait rien. »
- 11:10InvitéFait
« Nous avons passé le pic de pétrole conventionnel en 2008. Ça, c'est l'Agence internationale de l'énergie qui le dit. »
- 11:19InvitéFait
« On aurait passé le pic de tous les pétroles en 2018. »
- 11:23InvitéFait
« On va passer le pic des matériaux critiques entre 2030 et 2040. »
Temps de parole
- Invité27 %
- Présentateur19 %
- Invité 219 %
- Invité 315 %
- Invité 414 %
- ?3 %
≈ 16,3 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
Modèle mistral-small-latest · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
La
lutte contre le réchauffement climatique, ça doit être un sujet central, selon vous, pour Bruno Retailleau, dans sa campagne
?
Non, pour moi, ce n
'est
pas une priorité absolue. Ce n'est pas la priorité pour vous
?
La sécurité, le travail, le logement, tout ça. Je crois sincèrement que les plus belles pages de notre histoire sont potentiellement devant nous si on s'en donne les moyens. Parce qu'on a plein de talents, on a plein d'atouts, à condition de réussir sur quatre chantiers capitaux, école, salaire, frontière, IA. Ce que tu proposes, ce que le Parti communiste propose, c'est de doubler la production d'électricité. Et moi, j'ai fait une recherche par mot-clé. Et j'ai cherché le mot sobriété, il n'y était pas. J'ai cherché le mot résilience, il n'y était pas. Et j'ai cherché le mot résistance, il n'y était pas non plus.
Et pour moi, c'est les trois mots qui sont les plus importants dans la transition énergétique actuelle.
Alors,
dans l'ordre, vous avez entendu une militante au premier meeting de Bruno Retailleau, candidat LR. C'était en pleine canicule le 20 juin au Parc Floral. Une vidéo du candidat Gabriel Attal, candidat de Renaissance. Sur son compte Instagram, on est le 22 juillet en pleine canicule et incendie. Et Sandrine Rousseau, députée écologiste, le 9 septembre, questionnant le candidat communiste Fabien Roussel dans la grande confrontation sur LCI. Ce qui est sûr, c'est que droite, centre, gauche, tout le monde a suffoqué cet été. Selon l'IFOP, 89% des Françaises et des Français disent avoir souffert de cette canicule. 8 sur 10 font le lien avec le dérèglement climatique.
Tout le monde a aussi observé impuissant la forêt brûlée. L'IB a fait sa une sur 15 millions d'échos anxieux. Et l'ONU douche définitivement les espoirs il
y
a une dizaine de jours. Nous ne limiterons pas le réchauffement à 1,5
degré
comme l'espérait la COP de Paris en 2015. Et pourtant,
dans
cette campagne, le climat, c'est un peu, j'ai envie de dire, Voldemort dans Harry Potter. Le mot qu'on ne prononce pas ou presque. Le climat a-t-il disparu déjà de la campagne ? L'action politique est-elle condamnée à se concentrer sur le court terme ? Ou peut-elle intégrer des enjeux de long terme comme celui-là ? C'est notre deuxième sujet avec Marine Brault, ancienne conseillère environnement d'Elisabeth Borne, ministre et première ministre, consultante et autrice de Qui aurait pu prédire, aux éditions Les Petits Matins.
Olivier Hamant est à côté de vous, chercheur en biophysique, biologiste et auteur de chroniques d'un monde qui craque, qui prône donc ce modèle de société qui s'inspire du vivant avec la robustesse dont on va pouvoir reparler. Arwan Lecoeur, spécialiste de l'extrême droite et de l'écologie, ce qu'on ne sait pas forcément. L'enseignant-chercheur en sciences de l'information et de la communication à l'université de Sergis, je cite écologie et barbarie. C'est le numéro 7. Écologie ou barbarie. Écologie ou barbarie, décidément, apparaître en octobre.
Et à côté de vous, Mathieu Souquer, le consultant, essayiste, et apparaître en octobre également, casser la vague et si on s'y prenait autrement pour battre le RN aux éditions de l'aube. Olivier Hamant,
est
-ce que la crise de cet été a été perçue par les responsables politiques comme une crise ponctuelle ou une crise
d'une autre nature, dans ce que vous avez entendu
? Moi,
j
'ai
un petit peu l'impression que quand on vit dans la clim, en fait, on ne voit pas le problème. Tout
le monde n'a pas
la clim. Tout le monde n
'a
pas la clim, bien sûr. Tous
les politiques,
d
'ailleurs, n'ont pas la clim. Bien sûr. Mais quand on a le pouvoir et un peu de ressources, un peu d'argent, en général, on peut traverser ce monde-là, en fait, en regardant ça à la télévision et sans vraiment le vivre dans sa chair.
Moi, j
'ai un peu l'impression, quand on écoute les discours, qu'on a des personnes qui parlent de pouvoir d'achat sur Mars.
C
'est qu'en fait, la question du pouvoir d'achat sur Mars ne se pose pas trop. Parce qu'en fait, il y
a
une hiérarchie. Sur Mars, il faut déjà qu
'il y ait
une atmosphère pour qu
'on
puisse avoir de la vie et puis ensuite, etc. Là, on est en train de faire de la marceau-formation sur Terre. C'est-à
-dire
qu'on est en train de transformer la Terre en Mars. On est en train de la rendre inhabitable. Dans la hiérarchie, ça devrait être la première question. C'est ce qui devrait arriver en premier. C'est les valeurs biophysiques. Et ce qui est fou, c'est même sans parler d'écologie. Je comprends bien l'écologie. Elle a disparu parce que le mot punitif vient juste derrière. Et donc, c'est un mot qui est complètement démonétarisé. Quand on prononce le mot écologie, on braque tout le monde. Enfin,
tout
le monde. Pas tout le monde, mais beaucoup de monde. C'est vrai aussi avec le social. Quand on dit le mot social, on est islamo-gauchiste. C'est vraiment incroyable.
Il y a
des mots qui ont disparu. Donc, en fait, ce qui me paraît beaucoup plus pertinent pour qu'on fasse rentrer de nouveau cette question dans le champ politique, c'est pas tellement de parler de climat, parce que la bataille est perdue sur la question du climat.
C
'est de
parler de
monde
fluctuant.
Ah oui, non, non, c'est perdu. Il faut parler de monde fluctuant, de monde turbulent, de la polycrise, de la permacrise. Ça, tout le monde répond. Tout le monde est touché par ça. Et donc, si on parle de monde fluctuant, là, on peut déplier. Comment ça se fait que ça fluctue à ce point-là ? Comment ça se fait qu'il
y ait
des cassures, que le monde craque tout le temps ? Et là, on commence à raconter une histoire. Et tranquillement, on va arriver vers du désir, de la sérénité et d'autres choses.
Est-ce que changer les mots changera la réponse politique ? Est-ce que vous
êtes sûr de ça ? C'est un point d'entrée.
Est-ce que déjà, sur le constat, tout le monde est d'accord pour observer que le climat ou le monde fluctuant ou cette problématique, en tout cas, a disparu déjà du paysage, alors que la dernière vague d'être de chaud d'il
y a
quelques jours ?
Ou
vous
nuancez un peu ?
Pour le coup, je dirais que ça, justement, c'est beaucoup plus présent dans la vie des gens, en réalité. Des gens, mais dans le discours politique ? Oui, mais c'est beaucoup plus présent dans la vie des gens. Et comme on l'avait dit sur la politisation très forte d'un sujet qui, en fait, est un sujet absolument secondaire, qui est la question de l'immigration, ou d'un autre sujet qui est absolument ridicule, qui est la question de la sécurité, je dis ça en tant que sociologue. Nous n'avons jamais vécu autant en sécurité. Jamais. Depuis 700 ans, la sécurité n'a cessé de s'améliorer dans notre société. Et on ne parle que de ça. L'immigration n'a jamais été un problème. Elle est une chance.
Elle nous fait gagner plein d'argent. Ce qui compte, c'est la perception. Oui, et donc, c'est bien ça le sujet. C'est comment est-ce que certaines entités, je ne dirais pas des personnes, des entités médiatiques, politiques et autres, politisent un sujet ou pas ? Et l'écologie ou l'écologisme, la question climatique, la question de la biodiversité, la question de la survie sur cette planète, quand même, parce que c'est un petit peu ça la question qui est derrière, aujourd'hui est clairement posée la question de la survie de l'humanité sur la planète à quelques dizaines ou centaines d'années.
Et donc, cette question qui est centrale dans la vie des gens, vraiment, absolument, dans la mienne comme dans celle de toutes les personnes, etc., n'est pas devenue une question politique. Et il est là, le sujet. Il est comment est-ce que ça n'est pas devenu une
question politique absolument centrale, alors que c'est
la principale angoisse au niveau mondial, aujourd'hui. C'est celle qui fait l'éconxiété chez les jeunes. C'est celle qui fait qu'on va avoir des guerres absolument terribles dans la plupart des pays du monde parce que l'accès à l'eau, c'est vraiment le
sujet. Non, mais tous les
constats, ils sont faits, on les refait. On essaie de
se demander pourquoi, ce matin...
C
'est la
question de la politisation,
c
'est-à-dire, quel est l'imaginaire qui subjuge tous les autres, finalement ? Et donc, on nous a vendu des imaginaires de substitution. On a créé des faux besoins, comme disait Marcus dans les années 60. On a créé des faux besoins, des fausses idées, des fausses envies, alors que nous avons de vrais problèmes, et nous sommes en train de parler de faux problèmes sans arrêt. Voilà, à mon avis, la situation dans laquelle nous sommes. Et ça, c'est encore la confusion dont je parlais tout à l'heure. Cette confusion, elle est extrême de ce point de vue. Marine Brault
?
Alors déjà, je voudrais compléter le petit magnéto que vous avez fait tout à l'heure, parce que vous avez passé un petit extrait d'un discours de Gabriel Attal. Il faut quand même savoir que Gabriel Attal, après ses quatre priorités, dit que pour réussir ses quatre priorités, il doit résoudre deux problèmes. Le problème du changement climatique et le problème de la dette. Donc, mon honnêteté intellectuelle...
Franchement,
les quatre chantiers, il les répète partout. Il n
'y
a jamais,
jamais, jamais de climat. Mais après, il y a cette base-là
qu'il donne en meeting. Voilà, ça, c'est mon honnêteté intellectuelle. On a un autre candidat qui n'était pas dans
notre... On ne l'a pas inventé, c
'est sur son
compte
Insta. Et dans toutes les interviews, il répète ces quatre chantiers, dont ne fait pas partie, même en pleine clinicule. Mais
comme je vous
dis, il dit en général qu'après ces quatre chantiers, il a besoin de résoudre deux problèmes de long terme, qui sont la dette et le changement climatique. Mais peu importe, vous avez un autre candidat que vous n'avez pas mis dans le magnéto, qui est Édouard Philippe, qui, lui, avait dit lors de son meeting de début juillet qu'il voulait être le candidat qui mettrait l'écologie à l'agenda de l'élection présidentielle.
Eh
bien, il
y
a quelques jours, vos collègues de BFM ont fait un débat avec les candidats à la présidentielle sur le climat. Ni Gabriel Attal, ni Édouard Philippe, ni même Glucksmann, ni sont allés eux-mêmes. Ils ont tous, quasiment tous, il n'y avait que Marine Tondelier et Olivier Faure qui étaient là en personne, mais ils ont tous envoyé des personnes pour les représenter. Et donc, Gabriel Attal, par exemple, a été représenté par Agnès Pannier-Runacher, et Édouard Philippe a été représenté par Christophe Béchut. Très bien, ce sont deux anciens ministres de l'environnement.
Je sais qu'ils connaissent ces
sujets. Mais ça veut dire que leur chef considère que ce sujet n
'est
peut-être pas suffisamment important pour se prononcer lui-même. Et est-ce que ça veut dire qu'eux n'ont pas tout à fait compris ? Et c'est là où je veux en venir.
C
'est qu'en fait, on a quand même beaucoup d'élites politiques qui n'ont pas encore compris ce dont on parlait quand on parlait des dégradations de
l
'environnement.
Ils
ont l'impression que d'un côté, on a une économie qui fonctionne bien et que de l'autre, on a des écologistes qui veulent mettre des bâtons dans les roues de l'économie. Et donc, l'écologie, on ne peut pas en faire un peu, mais il ne
faut
quand même surtout pas que ça embête l'économie. Sauf qu'ils ne
se
rendent pas compte qu'en fait, l'économie, elle ne va pas tirer des dégradations de l'environnement. Que la moitié du PIB mondial repose sur des services qui sont rendus gratuitement par la nature et qu'aujourd'hui, la biodiversité s'effondre. Donc, que la moitié du PIB mondial est aujourd'hui à risque de s'effondrer si on ne fait rien. Que l'impact du changement climatique sur le PIB mondial pourrait monter à 25, peut-être même la moitié du PIB si on ne fait rien. Donc, en fait, faire de l'écologie, c'est juste protéger l'économie. Si vraiment, si la seule valeur d'une partie des gens, c'est l'économie, même dans ces circonstances-là, l'écologie est quelque chose d'important. Je pense
que vous êtes un certain nombre à penser ça autour
de la table. Mais la question, c'est pourquoi c'est si évident ? Parce qu'on vit dans un vieux logiciel. J'essaie de faire une synthèse
entre Hermann et
Marine. Je vais essayer. Je suis tout à fait d'accord avec ce qui vient d'être dit. Pour moi,
c
'est en effet, dans l'élite, les politiques plutôt nationaux, supranationaux ne sont pas au courant du problème. Ils
ne
voient pas. Ils n
'ont
pas compris la hiérarchie. C
'est le
rapport à la science dont vous parliez dans notre
première demi-heure
?
Mais
c'est aussi parce qu'ils ont le
logiciel de Thatcher.
Ils sont dans les années 80. Ils utilisent même les mots des années 80. Développement durable. Tous ces mots-là qui sont complètement périmés maintenant. En fait, moi, j
'ai
beaucoup plus confiance dans les politiques territoriaux, locaux. Parce qu'eux,
ils
ne
sont
plus près des citoyens. Ils restent dans le territoire. Ils voient les fluctuations. Ils ont vu l'incendie à Bordeaux. Ils ont vu l'incendie à Fontainebleau et dans la Drôme. En fait, ces politiques-là, ils sont dans le territoire. Ils vivent avec les fluctuations. Eux, ils ont compris. Là, il y a quelque chose de beaucoup plus intéressant. Et aussi, une autre raison de notre aveuglement, c'est que quand on va dans un supermarché, il est bien rempli, ce supermarché. On ne voit absolument pas l'état de dégradation abyssale de nos écosystèmes. C'est qu'en fait, on est dans un moment où on a encore une forme d'abondance de pétrole, une abondance de ressources.
Alors que même si on oublie la question écologique, on prend juste la question économique, nous avons passé le pic de pétrole conventionnel en 2008. Ça, c'est l'Agence internationale de l'énergie qui le dit. On aurait passé le pic de tous les pétroles en 2018. On va passer le pic des matériaux critiques entre 2030 et 2040. Donc, si je prends juste les ressources, disons, minérales, même ça, on arrive à la fin. Et alors, la biodiversité, là, c'est un effondrement magistral. Jamais vu sur Terre à cette vitesse-là. Enfin, les dinosaures ont disparu mille fois plus lentement que ce que nous,
on
fait à la biodiversité. Mille fois. Donc, c'est là où il faut quand même se réveiller. Il se passe quelque chose. Et ce
qui
est incroyable,
c
'est que les politiques, dont l'élite politique, n'est pas au courant.
Mathieu Souquier, est-ce que vous êtes aussi pessimiste que le démarrage autour de cette table sur le fait que cet été terrible n'a rien changé ?
Alors, je ne crois pas du tout qu'il ait rien changé. Mais il y a un décalage total, absolu, entre ce que nous avons tous vécu et ce que nous racontent, effectivement, les politiques qui s'expriment en cette rentrée. Total.
Et
là, pour le coup, Destin commun en particulier a sorti une étude la semaine dernière qui montre bien que 80% des Français ont souffert, 80% des Français sont inquiets, 80% des Français veulent que ça accélère, etc. Et c'est 80%. Donc,
je
veux
dire...
C'est l'étudifome
dont je parlais. La conscientisation
des masses, elle s'accélère forcément quand on passe aux travaux pratiques et qu'on éprouve tous, dans sa chair, un peu de souffrance parce qu'on claque de chaud et qu'on voit par ailleurs de façon... Il y a aussi de l'émotion collective en voyant les images de forêts qui flambent partout en France. Et ça a duré tout l'été. Et à la rentrée, à la machine à café, les gens ne se racontaient pas leurs vacances comme l'année dernière. Les gens se racontaient leurs vacances dans la fournaise. Donc ça, c'est le vécu très
important.
Mais donc, ça va revenir pour vous dans la campagne tôt ou tard ? C'est ça que vous espérez ?
La campagne sera ce qu'on voudra en faire. Collectivement. Collectivement.
C
'est-à
-dire
que nous, citoyens, y compris dans le cadre de mobilisation, de débats, etc. Les médias aussi, les médias de services publics en particulier. On peut parler du voile islamique pendant 10 jours. On peut parler de la canicule et, encore une fois, des enseignements qu'on en tire à la place. On peut décider, en fait, de ça. Je constate effectivement que nos concitoyens sont eux-mêmes ambivalents. À 80%, ils ont souffert. Ils sont inquiets. Ils veulent que ça change. Mais aujourd'hui, les candidats qui sont en tête dans les sondages, Marine Le Pen, Édouard Philippe, Gabriel Attal sont ceux qui parlent le moins d'écologie. Et pour reboucler avec le thème d
'avant... Et
c'est parce qu'ils ne comprennent pas comme ça commence à être dit l'enjeu. C'est quoi ? C'est une méconnaissance ? Quand on parle du dédroit d'Ormuz qui s'enflamme d'une autre façon et que se reposent les questions des tarifs, des prix des produits pétroliers et de l'essence et que vous avez dans un petit coin de votre tête la littérature jankovicienne qui vous dit c'est très bien, c'est un signal prix,
c
'est formidable, plus ce sera cher, moins les gens prendront leur voiture. On n'arrive pas à ça, vous êtes d'accord ? L'été n'amène
pas à ça. Le
modèle productif dans lequel on a baigné pendant des siècles et de l'imaginaire qui l'accompagne. On est même au-delà de la bascule du modèle productif. C'est effectivement une bascule anthropologique et à faire en un temps relativement rapide. C'est vrai que les écolos ont tiré la sonnette d'alarme il y
a
déjà un demi-siècle mais en réalité changer de système en un demi-siècle c'est déjà en fait extrêmement rapide. Alors là on voit bien que nos politiques sont légèrement en retard. Il est vrai que si on prend un peu de recul au cours du demi-siècle écoulé deux batailles culturelles ont été gagnées. La bataille culturelle de l'extrême droite qui a réussi à imposer la question identitaire au cœur du débat public et la bataille culturelle des écolos quand même qui ont réussi à imposer la question climatique au cœur du débat public. Grosse différence entre les deux, double différence entre les deux. Les écolos fondent leur discours
sur... Vous l'entendez où
le débat climatique ?
Vous
dites qu'ils l
'ont imposé. La
conscientisation des masses quand même elle a nettement
progressé. Erwin Ocker fait le nom de la tête.
Je
suis obligée
de vous de balancer. Les préoccupations environnementales quand même désormais elles n'existaient pas il y a un demi-siècle désormais elles sont sur le podium. Et encore une fois la bataille culturelle des écolos se fonde sur un consensus scientifique. Là où la victoire culturelle de l'extrême droite ne se fonde sur aucun consensus scientifique. Il n
'y a
pas un démographe qui vous dit il y a une submersion migratoire. Ça n'existe pas. Donc les écolos ont gagné la bataille culturelle et deuxième paradoxe ils n'ont pas réussi à ce stade à transformer leur victoire culturelle en une victoire électorale là où l'extrême droite est en passe de le faire.
Mais c'est collectivement Erwin Ocker disait non la tête.
Pourquoi vous disiez non ? Je dis non parce que 80% des français considèrent que l'environnement c'est très important. Il y a en effet une immense majorité des gens qui considèrent que c'est le sujet le plus important quand on parle de ce sujet-là. Mais tout est relatif comme disait l'autre. Et tout est relatif par rapport au pouvoir d'achat par rapport à l'identité par rapport à d'autres angoisses d'autres crises. Alain Cahier rappelle ça il dit il y a trois grandes crises trois grandes angoisses à travers le monde. La crise écologique qui est la principale parce qu'elle détermine notre survie ou pas.
Une crise identitaire qui a été en grande partie créée par la fin de ce que l'Europe était c'est-à-dire le maître du monde et que ça nous pose un gros problème de ne plus l'être. Et puis une crise économique et sociale avec notamment la montée des inégalités. Et il va falloir choisir quelle est la crise prioritaire. Quelle est celle dans notre psyché collective que nous allons mettre sur le devant de la scène. Or on a un concept en psychologie sociale qui s'appelle la dissonance cognitive. La dissonance cognitive c'est quand je suis impuissant quand j'arrive pas à résoudre une problématique qu'on me dit de faire quelque chose mais qu'en fait je suis incapable de le faire.
D'arrêter de prendre ma voiture ou de mettre mes enfants dans le public plutôt que dans le privé etc. Alors que je suis de gauche. Quand on est dans une dissonance cognitive comme ça. Et c'est de plus en plus le cas. Nous sommes tous des citoyens consommateurs. C'est-à-dire que en tant que consommateur on fait des choses horribles en tant que citoyen on dit ah faudrait pas que je fasse ça. Donc cette dissonance cognitive que nous vivons intimement chacune et chacun forme une forme d'impuissance. Et nous avons besoin de sortir de cette impuissance de cette angoisse. On ne peut pas résoudre la crise climatique demain matin. Et c'est le problème.
Alors qu'on peut mettre dehors des immigrés assez facilement. la solution est plus simple. Et donc ce que j'essaie d'expliciter à travers soit des conférences soit d'autres choses c'est le déni
de
la crise climatique écologique très forte. Le rejet voire l'agression et l'écolo bashing que l'on voit grandir ces dernières années contre les écologistes qu'on a vu au moment des municipales alors qu'ils avaient gagné des élections dans bien des villes après la crise du Covid où tout le monde avait dit on arrête les bêtises on va faire mieux le monde d'après. Vous vous souvenez le Covid je ne sais pas si les gens se souviennent encore mais bon 2022 on a eu des...
Je pense que
c'est
encore bien dans les esprits
le Covid. On a tout oublié le lendemain c'est-à-dire que juste après le Covid on est reparti de plus belle dans une forme de folie impuissante où on a voulu oublier quelque chose qu'on ne peut pas résoudre là maintenant. Et là où vous avez raison c'est est-ce que cette question de long terme qui est de plus en plus une question de court ou moyen terme va s'imposer
par
des catastrophes ou bien est-ce qu'on va pouvoir encore la postponner la repousser.
C'est antinomique définitivement antinomique avec la réflexion et l'action politique ? C'est antinomique parce qu'il n'y a pas... Un
mandat
présidentiel c'est 5 ans là on
travaille sur le climat
à 40 ou 50 ans.
Il
n'y a pas eu dans l'écologisme la réflexion de comment est-ce qu'on passe à l'action c'est-à-dire à la communication politique efficace première chose alors que l'extrême droite on faisait énormément de la communication politique efficace les écologistes par exemple et tous ceux qui étaient autour de l'écologisme se sont soit votés soit n'ont pas voulu faire de la bonne communication politique votés je prends l'exemple de Nicolas Hulot la plupart des personnalités personnages qui ont émergé dans le domaine de l'écologie ont disparu et les écologistes eux-mêmes en tant que mouvement politique sont restés un tout petit parti alors qu'ils auraient dû être un mouvement social beaucoup plus intéressant et beaucoup plus attirant la question aujourd'hui c'est pourquoi ne pas être écolo est aussi bien vu c'est ça la vraie question et donc après vous dites on est en train de l'oublier c'est pas tout à fait vrai parce que fondamentalement par exemple en ce moment même il y
a
un appel à des grandes manifestations à une grande mobilisation le 26 septembre aucun média ne s'en fait l'écho alors que c'est des centaines d'organisations des dizaines de milliers de citoyens qui se mobilisent pour le 26 septembre pour remonter les marches climat qui avaient quand même amené des millions de personnes dans la rue avec Greta Thunberg etc. et bien c'est comme si on ne voulait pas que cela fonctionne et on laissait se dérouler les autres agendas
mais c'est peut-être
aussi parce qu'en limitant l'action ou ce sujet à des manifestations comme ça au lieu de peut-être dans chaque problématique je parlais de l'essence tout à l'heure mais trouver comment réfléchir avec ce logiciel-là c'est ça le boulot des écologistes et de tous ceux qui veulent porter en
partie
et
moi j'ai le dit aux
écologistes tant que vous ne serez pas contre le pétrole et donc les attentats puisque les gens qui vendent du pétrole font aussi des attentats tant que vous ne marquerez pas le coup dans le champ de la psyché politique et médiatique globale vous ne pourrez pas imposer votre vision du monde car c'en est une c'est une vision du monde c'est pas juste une politique c'est une vision du monde ça va beaucoup beaucoup plus loin que la seule question des élections c'est beaucoup plus large ça devrait être l'ensemble de la société qui devrait être écologiste d'une certaine façon en tant que sociologue je dirais il n'est pas normal que nous ne soyons pas tous écologistes qu'il y
ait
10 ou 15% des gens qui ne comprennent pas je l'entends je
ne sais pas si on peut dire
normal normal c'est en termes de normalisation normalisation c'est de la sociologie c'est quelles sont les normes sociales la norme sociale c'est tu ne craches pas tu ne tues pas les autres et tu ne pollues pas
il y a un
levier quand même parce que c'est vrai que penser à long terme c'est très compliqué on n
'est
pas fait comme ça le corps humain pense à court terme à midi on aura faim voilà ça c'est du court terme donc penser à long terme c'est très compliqué donc une ruse si vous voulez pour essayer de faire avancer la question c'est plutôt de requalifier le court terme puisqu'on est court termiste
et
bien allons-y valorisons le court terme mais par contre il faut le redéfinir c'est-à-dire que le court terme aujourd'hui le court terme il est basé sur la moyenne prévisible les indicateurs de performance les tendances les moyennes glissantes etc
si
on commence à comprendre que le premier message de tous les rapports scientifiques sur la question socio-écologique c'est que ça va tanguer de plus en plus fort que ça va être de plus en plus variable qu'on va avoir des gelées tardives des méga-feux etc etc donc que ça va fluctuer donc ça ça veut dire que ce que le GIEC prévoit en 2100 ça arrive d'un seul coup en 2026 c'était déjà arrivé en 2021 au Canada 50 degrés au lieu de 35 une fois qu'on a compris ça ça veut dire que le long terme vient au présent
et
donc c'est très bien d'être court-termiste mais par contre il faut construire tous les projets sur l'écart-type sur la variation pas sur la moyenne sur la variabilité et juste pour donner un exemple si on est un politique on est dans son territoire si on pense comme la moyenne on est au bord d'une rivière on va mettre une digue et on va la faire grandir tranquillement tous les 10 ans
si
on pense écart-type variation à court terme on fait tout de suite des habitats amphibies
c
'est pas du tout les mêmes solutions et ça c'est opérationnel ça ça crée de la
sérénité imagine
le candidat qui nous annonce les habitats amphibies
avant
de passer au coup de coeur Marine Brou je
pense qu'il y a plusieurs niveaux de déni on n'a plus de déni climatique aujourd'hui plus personne ne nie enfin très peu de gens nient que le changement climatique arrive par contre la plupart des gens n
'ont
pas encore compris les ampleurs des changements qu'il faut mettre en oeuvre de manière à éviter ce changement climatique et le déni aujourd'hui il s'est déplacé à cet endroit là on n'a pas envie que notre monde change on n
'a
pas envie que nos habitudes changent et on n
'a
pas encore compris qu'en fait ça va changer de gré ou de force dans tous les cas notre monde va changer et que c'était mieux avant n'existe pas et ça reboucle avec votre sujet du tout début la vente du c'était mieux avant de l'extrême droite n'existe pas ça n'est plus une option
c
'est la tradition dans cette émission madame, messieurs votre coup de coeur de la semaine qui veut commencer Mathieu Souquier
c'est un livre dont on entend pas mal parler mais j'appuie sa promotion la droite de Dieu sur Vincent Molloré de Camille Vigogne et de Clément Lacoin alors il y a déjà eu des milliardaires qui ont pris possession de médias etc là c'est autre chose ça démontre très bien comment il s'agit d'une croisade pour cet homme là c'est un croisé la religion est centrale et motrice dans son combat culturel et ce qui fait la différence avec ce qu'on a connu jusqu'à présent c'est le combat global ou total qu'un Vincent Molloré est capable de mener parce qu'il est investi dans la fabrique de l'information avec ses chaînes d'information dans la fabrique de l'opinion avec un institut de sondage dans la fabrique des idées avec l'édition et dans la fabrique des imaginaires avec Canal+.
Marine Brault alors pour moi ça va être une pièce de théâtre qui s'appelle Zone Indigo de Mélodie Mouret qui est visible au théâtre des Béliers qui est une très belle mise en scène très vif vraiment vous passez un très bon moment et il se trouve que c'est à la fois une enfin c'est une uchronie qui parle à la fois de la montée du fascisme et de la dégradation environnementale à travers l'étude du champ des baleines donc c'est en plein coeur des deux sujets que nous avons traités aujourd'hui je vous conseille vraiment d'aller la voir Olivier Amant alors mon coup de coeur c'est le jardinage
c
'est qu'en fait jardiner c'est
la découverte de la semaine
peut-être pas la découverte de la semaine j'ai
pas l'impression mais
c'est une redécouverte à chaque fois en fait on a des liens à la terre et si on veut aller chercher des lectures évidemment qu'on a en France la chance d'avoir Gilles Clément qui quand même a revisité le jardin avec des éléments de robustesse à tous les tournants là on a une philosophie pour habiter la terre
et
Hermann Lecœur pour finir
j
'avais aussi le livre qui a été cité mais mon coup de coeur de la
semaine
c'est le débat entre François Ruffin et Dominique de Villepin qui a été organisé à l'Académie du Climat pour moi c'est un des rares débats ces dix dernières années qui m'a donné envie de me réintéresser à la chose politique voilà ces deux personnages me semblent rénover quelque chose dans le champ politique
cette
association je ne
sais
pas comment il faut l'appeler vous a pas plus surpris que ça ?
pas du tout je pense qu'il y a vraiment je pense qu'il y a réellement quelque chose qui est en train de s'opérer le succès du film de Gaulle en témoigne en partie 6 millions d'entrées alors qu'il n'a pas été très très porté par les médias non je pense qu'il y a quelque chose qui
est en train de se passer la France devient
gaulliste en fait je
pense que une forme
de
gaullisme peut être en train de se rénover en France
vous
êtes d'accord avec ça autour de la table
?
en tout cas les grandes figures des personnes qui avaient une vision un peu large du monde justement systémique on aimerait bien les voir actuellement dans l'élection Marine Brault je pense qu'en tout cas il y a beaucoup de candidats putatifs qui se revendiquent du gaullisme pour
revenir
sur Villepin et Ruffin on aime toujours en fait des gens qui de bords opposés en fait arrivent à discuter se rejoindre etc il y a un fantasme français autour de cette grande unité je ne sais malheureusement pas si François Ruffin et Dominique de Villepin seront les personnages principaux de cette élection présidentielle qui se prépare
bien mon coup de coeur moi cette semaine de combien d'avertissements avons-nous besoin ça n'est pas signé d'un candidat écologiste à la prochaine présidentielle ça date de 1974 et c'est signé figurez-vous Romain Garry ça vient d'être traduit de l'anglais c'est Folio qui publie ce recueil de trois essais d'écologie qui nous rappelle que Garry en 1956 obtient le Goncourt pour un livre Les Racines du Ciel qui plaidait déjà la cause des éléphants d'Afrique je vous invite à un petit recueil qui évidemment rebondit sur notre sujet du jour merci à tous les quatre l'esprit public c'est terminé merci Erwann Lecoeur Mathieu Souquier Marine Brault Olivier Hamant on a cité vos livres et vous pouvez réécouter cette émission vous aurez tout ça en podcast sur le site et l'application de Radio France merci de nous avoir suivis à dimanche prochain 11h en direct pour un nouvel épisode de l'esprit public et bon après-midi à l'écoute de France Culture
vous êtes bien sur France Culture