Face à Face : Laurent Nuñez - 26/10
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Répartition du ton (temps de parole politique)
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Questions et réponses
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- 0:31OuverteRéponse directe
Sommes-nous solides ? L'État est-il capable de protéger ses citoyens ?
- 0:54OuverteRéponse directe
Ce week-end, les manifestations, vous les qualifieriez de quoi ?
- 2:02RelanceRéponse partielle
ils étaient plus nombreux ? Parce qu'ils avaient anticipé ?
- 3:38OuverteRéponse directe
Est-ce que samedi après samedi, on va essayer de se projeter ?
- 3:58RelanceRéponse directe
Est-ce qu'on peut imaginer que samedi après samedi, il y ait des manifestations et que votre réponse soit la même ?
- 5:09RelanceRéponse partielle
Est-ce que l'État, aujourd'hui, n'est plus en mesure de protéger ses citoyens ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:02Invité politiqueFait
« Non, la journée a été maîtrisée évidemment, puisqu'il n'y a pas eu d'incident grave. »
- 2:43Invité politiqueFait
« Bien sûr, énormément ont été saisies. Vous parlez de couteaux, de barres de fer, des boules de pétanque, des billes en verre, des frondes, diverses armes. Et bien sûr, les mortiers. »
- 2:54Invité politiqueChiffre
« 1435, c'est le chiffre à jour d'hier soir. »
- 2:55Invité politiqueChiffre
« Et il y en a plus de 100, c'était pour détention d'armes par destination. »
- 6:19Invité politiqueChiffre
« On est à 267 blessés. »
- 6:31Invité politiqueChiffre
« Mais j'avais un chiffre, tout à fait, c'est une estimation, de 250 blessés parmi les manifestants. »
- 6:34Invité politiqueChiffre
« On nous signale quand même trois blessés assez graves. »
- 9:12Invité politiqueChiffre
« À Nice, notamment, le groupe a été dispersé et on a 11 personnes d'ultra-droite qui ont été interpellées. »
- 14:20Invité politiqueFait
« C'est un attentat terroriste raciste. »
- 16:30Invité politiqueFait
« Il n'était pas connu des services. »
- 17:27Invité politiqueFait
« Ce type de profils sont ceux qui nous inquiètent le plus. »
- 18:56Invité politiquePromesse
« Oui, bien sûr. »
- 19:28Invité politiquePromesse
« On tiendra six mois jusqu'à l'élection présidentielle. »
- 21:14Invité politiqueFait
« Il y a eu, évidemment, le gros plantage du 17 octobre que j'assume totalement. »
Temps de parole
- Laurent Nuñez67 %
- Présentateur29 %
- ?4 %
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Vous
écoutez RMC.
Il
est 8h29 et vous êtes bien sur RMC et BFM TV. Bonjour Laurent Nunez. Bonjour. Merci de répondre à mes questions ce matin. Vous êtes le ministre de l'Intérieur, bien sûr. Enchaînement de violences, scènes de chaos, puis d'extrêmes tensions, tueries de trappes. Sommes-nous solides ? C'est la question au fond que l'on se pose ce matin, à la fois en tant que société, en tant qu'État. L'État est-il d'ailleurs capable de protéger ses citoyens ? On va revenir évidemment sur toutes ces questions avec vous. Avant de revenir sur trappes, d'abord un mot sur les manifestations qui se sont succédées. Après le week-end précédent, le chaos, le fiasco, peut-on même dire.
Ce week-end, les manifestations, vous les qualifieriez de quoi ? La journée de samedi, maîtrisée, calme ? Avez-vous repris le contrôle ?
Non, la journée a été maîtrisée évidemment, puisqu'il n'y a pas eu d'incident grave. Malgré la volonté d'en découdre de militants de la mouvance ultra-gauche et de Samir Osh Radical, mais qui ont opéré selon un schéma assez classique, c'est-à-dire qu'ils se sont greffés au sein des cortèges et ont tenté de commettre énormément d'exactions avec beaucoup de violence, principalement contre les forces de sécurité intérieure, puisque celles-ci ont réussi à les empêcher, à partir en cortège sauvage, ou à aller dégrader des commerces, ou essayer d'aller dans les centres-villes. Jusqu'à les manifestations de samedi, aucune ne se tenait dans les centres-villes.
Les préfets, en lien avec les organisateurs, avaient réussi à obtenir des parcours qui étaient plus isolés, plus éloignés, pardon, des centres-villes. C'est le cas notamment à Orléans, c'est le cas à Paris, bien sûr. Donc, évidemment, les groupes à risque ont essayé de s'y rendre, et les forces de l'ordre ont fait un travail admirable, ils en ont empêché. Donc oui, la situation a été maîtrisée. Il n'empêche qu'on a constaté un très haut niveau de violence contre les forces de sécurité intérieure, le même que le 17, mais ils ont pu répondre parce que...
Parce qu
'ils étaient plus nombreux ? Parce qu'ils avaient anticipé ?
Il y a trois raisons essentielles. D'abord, parce que la mouvance a pu être cantonnée au sein des cortèges et ne s'est pas éclatée comme elle l
'a
fait le 17 octobre, ce qui avait provoqué le fait que les dispositifs policiers avaient été dispersés. C'était beaucoup plus difficile à contrôler, à maîtriser. Il y a trois raisons. On a fait beaucoup plus de contrôle de flux sur les personnes qui se rendaient, sur les manifestations, parfois dans la profondeur. C
'est
le contrôle de flux, ça veut dire une réquisition du procureur. On fouille les gens et on peut saisir du
matériel. On vérifie ce qu
'ils ont
? Des
armes par destination. Vous
en avez trouvé beaucoup
? Bien sûr, énormément ont été saisies. Vous
parlez
de couteaux,
de barres de fer
?
Des
boules de pétanque, des billes en verre, des frondes, diverses armes. Et bien sûr, les mortiers. Donc, on a interpellé 1435 personnes sur l'ensemble
du
territoire national. 1435, c'est le chiffre à jour d'hier soir. Et il y en a plus de 100, c'était pour détention d'armes par destination. Donc déjà, des contrôles de flux. On a renforcé en volume les effectifs en faisant des rappels sur les congés. J'en remercie les gendarmes et les policiers, évidemment. Et puis ensuite, troisièmement, il y avait un prépositionnement de l'ensemble des effectifs qui étaient mobilisés, qui permettaient de mieux sécuriser, de mieux encadrer ces cortèges. Et puis, quatrièmement, je rajoute un quatrième point, c'est évidemment les mesures de police administrative qui ont été prises.
Et encore une fois, j'incite le fait que les manifestations ne se soient pas tenues dans les centres-villes.
Je crois que les organisations syndicales n'ont pas forcément
compris. Enfin, on a eu des discussions, mais globalement, les déclarations ont été respectées. Il faut s'en féliciter, parce que personne n'aurait compris qu'il y ait de nouveaux trous à l'ordre public dans des centres-villes qui
avaient été dégradés le 17 octobre. Est-ce que ça veut dire que désormais,
pour les semaines qui viennent, on va essayer de se projeter, puisque les manifestants disent que ces manifestations sont amenées à durer, que le mouvement est amené à durer ? Est-ce qu'on peut imaginer que samedi après samedi, il y ait des manifestations et que votre réponse soit la même ?
C
'est-à-dire interdire les centres-villes de ces manifestations ?
La réponse, elle se fait au cas par cas.
C
'est les préfets qui apprécient la situation.
Et
ils se basent sur le fait qu'il y ait eu des troubles à l'ordre public ou qu
'il
y a des risques de troubles à l'ordre public. Très honnêtement, dans les jours qui viennent, la situation ne va pas vraiment changer. On
va
continuer, des couvre-feux, on va continuer des...
Les
couvre-feux, bien sûr. Ça, ce sont les préfets qui décident en lien avec les maires. On en a un peu plus d'une dizaine, évidemment. Et puis, sur les parcours des manifestations, ce qu'on a vu samedi, le niveau d'engagement de violence contre les forces de sécurité intérieure, la volonté des groupes à risque partout sur le territoire national, le schéma parisien de groupes à risque d'ultra-gauche, extrême-gauche radicale, au sein des cortèges qui essaient de le faire dégénérer, ça s'est produit à Tours, ça s
'est
produit à Lyon, à Toulouse. Dans de nombreuses villes françaises, le schéma qui a fait que les préfets ont pu se dire qu'il ne peut pas y avoir de manifestation au centre-ville compte tenu des risques de troubles à l'ordre public et des risques de dégradation de commerce, il n'a pas été significativement modifié par ce qui s
'est
passé
samedi. Donc, il n'y a pas de raison que les préfets... Certes, il y a eu moins de
pillages ou de tentatives de pillages, mais vous avez vu dans de très nombreuses villes de France, des centres-villes qui étaient quasiment déserts.
C
'est-à-dire que des magasins qui ont fermé, des commerçants qui ont anticipé, qui se sont barricadés, qui n'ont plus confiance dans l'État pour les protéger, et qui se sont retrouvés eux-mêmes à devoir faire leur propre police. Parfois aussi parce qu'ils ont entendu les propos du préfet de police de Paris qui laissaient entendre qu'au fond, c'était à eux de se débrouiller. Est-ce que l'État, aujourd'hui, n'est plus en mesure de protéger ses
citoyens ?
L'État, un, il s'est passé ce qui s'est passé le 17 octobre, et je le regrette. Vraiment, je le regrette. Premier point. Deuxième point, c'est bien l'État qui protège les commerces. Et au bout d'un moment, il ne faut pas se tromper de cible. Nous, nous sommes là, les forces de sécurité intérieure, sous mon autorité, sont là pour protéger nos citoyens, pour protéger les commerces, évidemment. Mais attention, ce sont des militants d'ultra-gauche, d'extrême-gauche radicalisée. C'est eux qui appellent au chaos, qui appellent à l'insurrection, qui ne respectent pas le cortège, qui ne restent pas avec les organisations syndicales et qui veulent en découdre. Regardez ce qui s
'est
passé à Paris à la fin du cortège, regardez ce qui s'est passé dans de nombreuses villes, où ils ont essayé de rejoindre les centres-villes par la force, pour aller, évidemment, dégrader des commerces. Ils en ont été empêchés. Donc, au bout d'un moment, il ne faut pas se tromper de cible. On a quand même une mouvance qui appelle à l'insurrection, qui appelle à la révolte, et qui est là. Et c'est à cause d'elle qu'on déploie ces dispositifs policiers pour les contenir.
Y a-t-il eu des blessés à déplorer du côté des forces de l'ordre ? Y a-t-il eu des manifestants
blessés
? Oui, pour les forces de l'ordre, j'ai évidemment le chiffre très précis. On est à 267 blessés. Hier soir, c'était à date. La plupart, heureusement, blessés légers. Et pour les manifestants, les chiffres me remontent toujours plus difficilement. Mais j'avais un chiffre, tout à fait, c'est une estimation, de 250 blessés parmi les manifestants. On nous signale quand même trois blessés assez graves. Je crois que c'était à Toulouse, Reims et...
Et
à Toulouse, pardon, Reims et Clermont-Ferrand.
Clermont-Ferrand, notamment, on parle d'une personne qui aurait été blessée à la main. Est-ce qu'il pourrait s'agir d'une grenade ?
Oui, on n'a pas de certitude à ma connaissance sur ce cas-là. À Toulouse, c'est peut-être le cas. En tout cas, il y a des enquêtes de l'IGPN, comme à chaque
fois.
Vous avez parlé de l'ultra-gauche. Il y a aussi eu des affrontements entre ultra-gauche et ultra-droite. On parle de Montpellier, Dijon, Nice, Nancy, Rouen, Tours. De quoi s'agit-il ? Et est-ce que ça veut dire que, désormais, vous avez face à face, mais aussi face à vous, deux mouvances ultra-gauche et ultra-droite ?
Je
vais bien. D'abord, un point sur les trois villes où je vous ai cité, où les personnes ont
été
grèvement blessées. C'est dans le cadre d'actions de police, compte tenu d'un contexte d'extrême violence. C'est
dans un
contexte
d
'extrême violence.
Oui, je n'ai pas trop de doutes sur la proportionnalité de l'action policière, si jamais elle était à l'origine de ces blessures. Sur ce qui s'est passé, effectivement, nous savions, puisqu'il y avait des appels pour le 24 octobre, précisément, de nombreuses mouvances ultra-droites, pas mal d'identitaires, en fait, de la mouvance identitaire,
ce
qui est une mouvance ultra-droite, de nationalistes également, qui voulaient descendre dans les centres-villes pour protéger les commerces. Officiellement, évidemment, dans leur discours, enfin, ce n
'est
pas bien officiel, mais enfin, sur les réseaux sociaux, c'est ce qu'ils disaient, donc nous savions qu'ils risquaient de venir, effectivement, dans de nombreuses villes. Moi, dès samedi soir, il était porté à ma connaissance, ça avait été le cas à Nice, à Montpellier. On a vu des vidéos, puis les rapports me sont remontés, il y
en
a eu dans d'autres villes. Ce sont, effectivement, des groupes qui sont venus, en groupe constitué, principalement, en réalité, pour s'en prendre à la mouvance ultra-gauche, comme ils le font habituellement. Et les policiers ont pu constater, effectivement, des affrontements auxquels ils ont mis un terme. Je veux couper court à ces rumeurs. À aucun moment, évidemment, la police ne les a protégés. À aucun moment, ils n'ont travaillé en concertation avec des policiers et des gendarmes, bien évidemment. Si
vous répondez
à ces rumeurs, c'est parce qu'elles ont été relayées,
pas sous
forme de rumeurs, mais sous forme d'accusations. Manuel Bompard, par exemple, le coordinateur de LFI, qui dit samedi sur Twitter,
«
À Nice, toute manifestation était interdite, sauf, dit-il, pour les fascistes, qui ont pu se balader en ville, armés de couteaux et de barres de fer pour agresser les passants. Le ministre Nunez et le maire Ciotti les protègent-ils ? »
Non, on ne protège personne, certainement pas. En tout cas, on applique les interdictions pour tout le monde. On a empêché des affrontements entre ces groupes. Les policiers et
les
gendarmes avaient une mission, c'était d'éviter les pillages et de mettre un terme aux exactions de la mouvance d'extrême-gauche. Vous savez qu'en police et en gendarmerie, quand on a une mission, c'est compliqué de se détourner de cette mission. Ils ont intervenu à de nombreuses reprises pour disperser, empêcher des affrontements entre l'ultra-gauche et l'ultra-droite. Et M. Thomas Porte, je peux l'informer d'une chose, c'est qu'à Nice,
notamment,
le groupe a été dispersé et on a 11 personnes d'ultra-droite qui ont été interpellées. Et qui sont en garde
-à-mue
? Et le procureur de Nice s'est saisi de la constitution de ce groupe. Parce qu'évidemment, il va y avoir des suites. Ils se sont constitués dans ce qu'on appelle un groupe de combat ou à tout le moins un groupe constitué en
vie
de commettre des violences. Donc ça veut dire, un, que ça relève peut-être d'incrimination pénale. Ce n
'est
pas à moi d'en juger, mais je demande à tous les préfets, partout, ça s'est produit, de saisir la justice. Deux, effectivement, comme vous venez de le dire, il y a des polices administratives qui s'appliquent, notamment des possibilités de dissoudre ces groupes s'ils se sont vraiment, et ça semble être le cas, constitués en groupe de combat. Et si jamais c'était des groupes dissous, on les poursuivra au pénal pour reconstitution de la Ligue d'Issou.
Laurent Nunez, comment on se projette sur la suite ? Un mouvement qui est appelé à durer, voilà ce que disent un certain nombre de manifestants. Est-ce que, samedi après samedi, parlons déjà du samedi prochain, il se trouve que c'est aussi la journée d'Halloween, est-ce que vous redoutez des débordements ? Est-ce que vous allez devoir mettre en place ?
Clairement, oui, clairement. Oui, on ne
va
pas dire, vous savez, l'action de police et de Jean-Marie, ce n
'est
pas j'appuie sur un bouton et je fais disparaître des personnes qui appellent à des messages de violence, d'insurrection, qui n'hésitent pas à dire qu'ils lancent la révolte. Non, oui, clairement, oui. Et puis la soirée, oui. Et puis il
y a
la soirée d'Halloween, traditionnellement, qui est toujours un peu animée, j'ouvre les guillemets, c'est un euphémisme. Oui, on s'attend à
ce
que ce soit à nouveau compliqué, que ce soit de nouveau une grosse journée de mobilisation.
Vous
allez être obligé de mettre un dispositif en place qui sera comparable à celui du dernier samedi ?
Évidemment, on va déployer un dispositif extrêmement robuste. À nouveau, évidemment, les policiers et les gendarmes vont être mis à contribution, d'abord parce qu'ils vont encore
travailler, et surtout parce qu'ils sont
pris à partie dans des conditions qui s'apparentent assez souvent quand même à des tentatives de meurtre, il faut le dire.
Des tentatives de meurtre ? Les policiers font l'objet de tentatives de meurtre ?
Écoutez,
quand vous balancez un mortier à bout portant, un pavé, ou que vous arrivez avec des frondes et des billes, pardon, mais c'est de la violence volontaire qui peut un jour, un jour, j'espère que ça n'arrivera jamais, mais j'espère qu'un jour, la justice pourra suivre sur ce grief-là. Parce que quand vous balancez
un pavé... C'est-à-dire que
vous êtes en train de dire qu'au fond, le qualificatif, si c'était vous qui deviez en décider, vous diriez qu'il s'agit de tentatives de meurtre ?
Je ne dirais pas judiciairement, mais quand vous lancez des pavés... Quand vous êtes sur un toit d'honneur et que vous balancez des morceaux de cheminée sur une compagnie de la direction de l'ordre public et de la circulation à la PP, comment vous voulez appeler ça ? Enfin, judiciairement, peut-être que ce ne sera jamais qualifié comme ça, mais moi, comme ministre de l'Intérieur, et comme l'ensemble de nos concitoyens, c'est comme ça que je le lis.
Le plateau d'Émile Vache, deux des suspects de l'incendie volontaire de la mairie de Limoges sont issus de ce plateau d'Émile Vache. Est-ce que vous estimez que les 20 dernières années, cette mouvance d'ultra-gauche, anarchiste, anticapitaliste, écologiste, semble-t-il, en tout cas pour les deux principaux suspects, a été minimisée
?
Quand on regarde, après l'affaire de Tarnac, après le sabotage de lignes TGV, de lignes EDF, d'Enedis, et qu'il y a eu en réalité assez peu de conséquences judiciaires, en tout cas pas de nature à arrêter leurs actions, est-ce que vous vous dites qu'on a sous-estimé cette mouvance ?
Jamais de l'avis. Vous ne m'entendrez jamais, je suis ministre de l'Intérieur, j'ai été responsable des services de renseignement dans ma vie passée, jamais vous ne m'entendrez qu'on a sous-estimé la menace de l'ultra-gauche. C'est faux. C'est faux. Ces groupuscules dont vous parlez, le site dont vous parlez, je ne peux pas m'étendre sur ces sujets, ils sont évidemment suivis. Sur la zone dont vous parlez, on est plutôt sur des anarchistes, voire des anarcho-autonomes. Jamais cette mouvance a été délaissée. D'ailleurs, Tarnac, vous vous souvenez que ça n'a pas été retenu finalement comme un dossier terroriste, puis ensuite l'association de malfaiteurs est tombée également.
Cela étant, les services de renseignement travaillent sur cette mouvance. Pourquoi ? Pour plusieurs raisons. D'abord parce que c'est une mouvance qui se livre à effectivement beaucoup d'actions de sabotage, dont le projet est quand même de renverser les institutions, de renverser notre République, et puis qu'il
y
a des connexions avec des groupuscules similaires dans des pays où ils sont sur l'action déjà à un niveau terroriste. qu'il s'agisse de l'Allemagne, de l'Italie, de la Grèce, voire de l'Espagne. Donc c'est une mouvance qui a toujours été suivie. Comme l'ultra-droite, il ne faut pas négliger que nous avons eu ces dix dernières années beaucoup plus de dossiers terroristes d'ultra-droite que d'ultra-gauche. Mais on en a aussi à l'ultra-gauche. Donc il faut être extrêmement vigilant.
Laurent Nunez trappe l'effroi. Un homme abattu, visé parce que noir. Cinq blessés graves, dont une petite fille de 12 ans, visée par un acte raciste à l'évidence. La garde à vue a été levée en raison d'état psychiatrique du suspect. Et l'avocat de la famille, maître Bouzerou, s'interroge sur cette décision. Il dit que cette décision, intervenant à la suite d'un examen psychiatrique, demandée par le parquet national antiterroriste, ne manque pas de nous étonner, voilà ce qu'il dit dans un communiqué. Car en pratique, lever une garde à vue pour motifs psychiatriques, c'est extrêmement rare. Il laisse entendre, au fond, que peut-être ce serait pour minimiser cet acte
? D
'abord, ce n
'est
pas rare. Ça arrive assez souvent, y compris sur des actes de terrorisme islamiste.
D
'ailleurs, souvent, à l'extrême droite, à l'ultra-d'oeuvre, l'échiquier politique, on nous dit que c'est pour minimiser cet acte.
Non,
d'abord, ce qui s'est passé à Trappes, c'est très grave. C'est un attentat terroriste raciste.
L
'auteur a agi pour tuer des personnes qui, à ses yeux, n'avaient pas s'intégrer au sein de la société française. Parce qu'elles étaient d'origine, simplement d'origine étrangère. C'est très grave ce qui s'est passé pour le vivre ensemble et pour la cohésion de notre pays. C'est très grave et moi, je le condamne fermement. Et j'ai évidemment une pensée pour la victime
décédée
et pour les victimes blessées qui, heureusement...
Heureusement,
leur état est stabilisé, mais voilà.
Il y a le drame absolu. Et très vite, il y a eu la polémique.
Non, mais je termine. Le fait
que
l'individu aille en soins psy, que peut-être qu'il souffre de ton psy, mais ça ne change rien à la gravité de l'acte, au fait que ce soit un attentat terroriste raciste. Ça ne change rien. On ne cherche pas à minimiser. C'est normal, ça fait partie des procédures. Si, quand il est examiné par les enquêteurs, on constate qu'il n'est pas dans son état normal.
Il souffrirait de schizophrénie et il a été testé positif au cannabis et à la cocaïne. Ça n'enlèvera pas le
qualificatif d'attentat terroriste. Que les choses soient claires, ça ne l'enlèvera pas. Ça reste un individu qui est ému par la haine, le racisme, et il a tué pour ça. C'est du terrorisme.
Lorsque vous entendez cet avocat qui dit également que l'État aurait sans doute failli. Je le cite. La famille, notamment de Penga Bossio Wangui, qui est donc décédée. La famille demande que soient déterminées avec précision les conditions dans lesquelles cet individu n'a fait l'objet d'aucun signalement préventif, alors même que son armement et son profil auraient dû attirer l'attention des services compétents. Voilà ce que dit l'avocat. Elle demande la communication de l'ensemble des éléments relatifs à son suivi ou à l'absence de son suivi et se réserve le droit de rechercher toute responsabilité administrative. Est-ce que l'État a failli ?
Non, attendez, je comprends les interrogations légitimes de la famille, de l'avocat, je le comprends. Chaque fois qu'il y
a
un attentat terroriste, c
'est
évidemment la première question qu
'on
se pose. Est-ce que l'individu était connu ? Est-ce qu'il était suivi ? Enfin, connu pour la radicalisation, pas connu pour des faits de droit commun. Ces questions sont légitimes, mais
au
cas d'espèce. Il semblerait, je suis très prudent, que cet individu soit passé à l'axe sans qu'il y ait eu de signes annonciateurs qu'il appartenait. Un attentat comme ça, on ne
va
pas se classer ultra-droite. On est sur l'ultra-droite, c'est clair, net, précis. Donc, il n'y avait pas de signe avant-coureur, à ma connaissance. Il n'était pas connu des services.
Il n'était pas fiché, il n'était pas suivi. Ce qui arrive
malheureusement dans beaucoup d'attentats terroristes, les derniers attentats terroristes récents, c'est souvent ça. Pourquoi ? Parce que les services font un travail remarquable, quelle que soit la thématique de la radicalisation, islamistes radicales, ultra-droite, ultra-gauche, font un travail remarquable et connaissent beaucoup d'objectifs. Mais il y en a qui passent à l'acte subitement, soudainement. Est-ce que c'est ce qui s'est passé au cas d'espèce ? En tout cas, toute la réponse sera portée par la justice aux questions que se pose la famille. Et moi, comme ministre de
l
'Intérieur, comme patron des services de renseignement, également qu'on fera toute la lumière sur cette affaire pour savoir s'il y avait des signes avant-coureurs ou pas. À ma connaissance, ça n'est pas le cas. Encore une fois, ça n'enlève rien à la gravité de cet acte.
Est-ce qu'il y a sur le territoire un certain nombre, un grand nombre ? À combien est-ce que vous estimez des profils de ce type, aujourd'hui, dormant, en quelque sorte ?
Ce type de profils sont ceux qui nous inquiètent le plus. Je ne parle là que de la mouvance ultra-droite. Je mets de côté les autres sujets.
La
mouvance ultra-droite, elle est aussi connue, les identitaires, les nationalistes, les néo-nazis, ceux qu'on a vu d'ailleurs défiler en groupe de combat samedi dans les
rues des
villes dont j'ai parlé. Ce qui nous inquiète le plus, c'est plutôt ce genre de profils des individus un peu isolés qui sont nourris d'idéologies racistes, qui s'abreuvent des discours ambiants, de leur discours ambiant et qui soudainement passent à l'action. C'est ça qui nous inquiète le plus. Et c'est évidemment ce qui est le plus difficile à détecter, bien évidemment.
Est-ce que les réseaux sociaux sont mis à
contribution à la fois pour déceler, mais d'ailleurs, peut-être, on s
'est
posé la question samedi en regardant les algorithmes, est-ce qu'ils sont réfrénés, en quelque sorte ? Est-ce qu'aujourd'hui, vous estimez que les réseaux sociaux doivent être des partenaires ou est-ce qu'ils jouent le jeu ou non
?
D'abord, effectivement, ces individus qui souvent sont isolés, qui s'abreuvent effectivement de réseaux sociaux, effectivement, beaucoup de la rédication peut passer par les réseaux sociaux et évidemment, les plateformes ont des obligations de signalement quand il y
a
des contenus qui sont illégaux, notamment sur la thématique du terrorisme.
Laurent Nunez, il y a une semaine, vous présentiez votre démission à la suite de la journée et du fiasco du 17 octobre. Est-ce qu'aujourd'hui,
vous
vous dites « Je suis au bon endroit et j'ai les moyens de remettre l'ordre dans ce pays ?
»
Oui, bien sûr. Sinon, oui, bien sûr. Moi, j'ai accepté d'être ministre de l'Intérieur pour servir mon pays, d'abord. Moi, je ne me projette pas, je n
'ai
pas de projet personnel. Je resterai aussi longtemps qu'on me fera confiance et le président de la République et le Premier ministre à mon poste. J'ai une expérience que je mets à la disposition de mon pays. Moi, je suis là pour servir mon pays et rien d'autre. Je n'ai aucun projet politique personnel et je ne me projette pas au-delà de l
'intérêt général. Et l'intérêt général, c'est la stabilité de notre pays. Est-ce
que l'on va pouvoir tenir six mois jusqu'à l'élection présidentielle
? On tiendra six mois jusqu'à l'élection présidentielle.
On tiendra. Vous n'avez aucun doute.
Bien sûr, on tiendra. Après, évidemment, vous voyez ce qui s'est passé à Trappes. Vous voyez ce qui se passe et ce qui est, encore une fois, très grave.
Est-ce que notre
société...
Je dis
beaucoup
de choses de notre
société. Ce qui se passe dans la rue quand maintenant l'expression, elle se traduit finalement par... On n'imagine pas l'expression et la revendication d'une opinion autrement que par la violence.
Quand
vous voyez que nous sommes obligés, il faut aussi mettre ça sur la table. Quand vous voyez que nous sommes obligés de protéger massivement le Congrès du Rassemblement National parce qu'il y a des gens qui vont manifester contre au risque d'agréger. Je ne critique pas. Tout le monde peut manifester. Orléans, nous, notre même mission, c'était de garantir la liberté de réunion politique et la liberté de manifester. Mais en condition qu'il n
'y ait
pas de troubles à leur public. Bon, à Orléans, heureusement, elle n
'est
pas passée à l'action parce qu'elle en a été empêchée par le dispositif policier mis en place. Il y
avait une partie de la mouvance
d'ultra-gauche, d'extrême-gauche radicale, etc. Donc, quand vous mettez tout ça bout à bout, oui, ce sera compliqué. Il faut de l'apaisement, il faut du cohésion, il faut de
vivre
ensemble. Une
société est des
cocottes minutes. Certains estiment effectivement qu'il y a la question de la durée, qu'il y a aussi la question de l'agenda et du calendrier électoral. Je sais que ce n'est pas votre prérogative de mobilisation de manifestations.
Est
-ce que vous estimez que malgré tout, c'est un risque
?
La date a été fixée, a été donnée après un conseil des ministres au début juillet, je crois. Donc, c'est le décret de convocation des électeurs qui fixera définitivement la date. Ce que je veux dire, d'ici aux
élections
et même tout simplement à très court terme dans les semaines qui viennent, oui, il
y a
une situation qui est extrêmement tendue.
Et
il faut que, moi, mon travail, c'est de maintenir l'ordre public dans la rue, de le faire. Il y
a
eu, évidemment, le gros plantage du 17 octobre que j'assume totalement. D
'ailleurs,
c'est pour ça que j'ai présenté ma démission.
J'ai bien entendu. Je ne me suis
jamais planqué dans ma vie comme fonctionnaire et comme ministre, encore moins. Maintenant, je pense qu'il faut que nous, on apporte des solutions de maintien de l'ordre. Mais il faut aussi que dans notre pays, un certain nombre de groupes politiques, de syndicats, il y
a
la revendication, elle est légitime, mais attention aussi au vivre ensemble, à la cohésion et à la mesure qu'il faut avoir dans la façon dont on exprime les demandes. Attention !
Merci Laurent Nunez d'avoir répondu à mes questions ce matin. Ministre de l'Intérieur sur RMC et BFM TV.
Laurent Nuñez