Au cœur de l’enfance – Intervention d’Anne Bergantz
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Alors euh donc je suis Anne Bergand, je suis députée des Yvelines et il se trouve que cette année 2025 a été pour moi une année où j'ai vraiment creusé le sujet des politiques familiales et la baisse de la natalité pour trois raisons principales. D'abord, j'ai porté comme le disait Mode une proposition de loi sur l'ouverture au premier enfant des allocations familiales. Deuxièmement, je suis rapporteur en ce moment de la branche famille sur le PLFSS, le projet de loi de finance de la sécurité sociale et qui porte notamment la création du nouveau congé supplémentaire de naissance qui est vraiment une avancée et j'en parlerai tout à l'heure.
Et puis je suis vice-présidente de la mission d'information sur les causes et les conséquences de la baisse de natalité. Et plus je travaille sur ce sujet, c'est plus je trouve ça absolument passionnant. Euh il va y avoir à terme à peu près, je pense 40 50 auditions de plein de personnes différentes euh des euh des instituts évidemment euh des chercheurs, des économistes, euh des psychologues, des journalistes, euh vraiment tout un panel et et c'est absolument passionnant et à l'issue de ce travail, il y aura des propositions.
Alors, j'irai pas que sur la politique familiale, sur les politiques publiques au sens large et je vais vous expliquer pourquoi. Alors, la baisse de la natalité, évidemment, c'est pas une nouveauté, hein. C'est on est sur une baisse, je dirais soutenue, une tendance lourde depuis des années 2010, mais cette année a été la première année du croisement des courbes d'essais et et courbes de naissance de très peu.
C'est quelque chose auquel on s'attendait mais plutôt en 2027, pas tout de suite. Et donc en 2000 2025, on a connu ce croisement de de courbe. Alors, on a toujours connu, c'est le graphique que vous voyez derrière moi, des fluctuations de la natalité.
La natalité, c'est pas une ligne droite plus ou moins inclinée vers le haut ou vers le bas. Comme vous le voyez, quand on parle beaucoup du Baby Boom, il faut quand même avoir conscience que c'est une période qui a été un peu exceptionnel, qui n'était pas vraiment attendu, que tous les pays n'ont pas connu d'ailleurs, mais pour vous donner un ordre d'idée, c'est pendant une vingtaine d'années, une petite vingtaine d'années, euh des naissances au-delà des 850000 naissances par an pendant 20 ans. Donc quelque chose d'extrêmement soutenu.
Donc ensuite évidemment on a connu des baisses, on a reconnu un mini rebond dans les années 2005-2010, mais dans ce mini rebond, on atteint juste une fois les 800000 naissances. Donc on comprend bien avec ce graphique que là nous avons aujourd'hui une baisse euh qui est préoccupante parce que elle se confirme année après année et mois après mois. C'est-à-dire que si on prend les derniers chiffres qu'on a, c'est septembre 2025, et bien par rapport à septembre 2024, encore une fois, on a moins de naissance et c'est 1800 naissance de moins sur on a 53000 et quelques naissances sur ce mois-là en 2024.
Et de l'autre côté évidemment, on a une population qui vieillit, on s'en réjouit tous, mais ça crée des une préoccupation évidemment sur notre système notre système social. Alors, la France a été pendant de nombreuses années la bonne élève, on va dire, de l'Europe avec un indice conjoncturel de fécondité plutôt aux alentours de deux, voire plus de deux. Euh c'est ce qui fait peut-être que le réveil est un petit peu difficile aujourd'hui.
On a toujours un taux euh un indice de fécondité qui est supérieur à la moyenne européenne. On est à 1,62, on est à 1,6 euh au niveau de la moyenne européenne. Je rappelle qu'il y a des pays comme l'Italie qui sont à 1,2.
Donc on est encore un petit peu supérieur mais encore une fois la tendance elle est lourde et elle se confirme. Alors les conséquences vous les voyez tous. Je sais que on a ici des élus locaux.
Donc c'est des fermetures de classe. Septembre 2025 sur la France il y a eu 5000 fermetures de classe. Moi dans les Yvelines depuis 5 ans, j'ai 8000 enfin j'ai on a 8000 élèves en moins dans les Ivelines sur 5 ans en primaire.
Et cette fermeture de ces fermetures de classe, elles commencent à toucher les collèges fatalement. Euh on aura, c'est pas pour tout de suite, mais une pression évidemment sur le marché du travail puisque on va avoir un pic du nombre de d'actifs aux alentours de 2030- 2035. Ensuite, ça déclinera.
On a donc un enjeu économique à terme avec une baisse du PIB attendue uniquement liée à la baisse de la natalité. Je ne parle pas de la conjoncture économique, je je parle bien de la baisse de l'intéralité avec moins un point de PIB d'ici 2050 et puis de points en 2070 et encore si on considère qu'on reste à 1,6 d'indice conjoncturel de fécondité et il en résulte évidemment une pression très forte sur notre système social et notamment sur les pensions des retraites. Alors ça, je sais que vous le savez tous mais je rappelle ce chiffre parce que pour moi il explique bien le sujet.
En 1960, on avait quatre cotisans pour un retraité. Aujourd'hui, on est à 1,7 cotisans pour un retraité. J'ai même entendu le directeur de la CNNA dit 1,5 cotisans pour un retraité.
Donc on est entre 15 et 17. Euh donc on voit bien que ça peut pas tout à fait euh fonctionner euh comme ça longtemps. Alors les causes alors les causes euh c'est très compliqué parce que évidemment on est sur un des choix qui sont éminemment intimes, ça on est tous d'accord, mais qui se font dans quand même dans un environnement et un contexte qui influence nos choix.
Donc il y a une multitude, un cocktail d'explication. l'âge des mères, les études de plus en plus longues, euh le la baisse du nombre aussi de femmes en âge de procré puisque ça compte euh mécaniquement, je dirais. C'est pour ça peut-être qu'on aura un petit rebond parce que ces ces bébés de 2000 2010 à un moment donné, ils auront l'âge de procré comme ils sont plus nombreux.
Peut-être qu'on aura un petit rebond, mais c'est quand même pas énorme. Le changement de de meur, le changement l'évolution des familles, les séparations, la monoparentalité. Aujourd'hui, 2/3 des enfants naissent hors mariage.
Euh, par exemple, les recompositions familiales, le phénomène noit aussi et puis euh l'anxiété qu'on peut avoir euh peut-être sur sa situation économique, l'anxiété sur la situation géopolitique, sur les enjeux environnementaux. Et évidemment, on fait des enfants quand on a confiance en réalité, quand on a confiance dans son couple aussi et aussi dans le futur. Et là, on peut dire qu'on a un petit peu des conditions qui sont pas toujours hyper favorables.
Mais moi, j'aimerais revenir sur deux facteurs particulièrement déterminants. Honnêtement, avant la mission d'information, je n'aurais pas forcément parlé de ces facteurs là avant de vous parler de la politique familiale, mais je crois que ça m'a beaucoup faire ouvert les yeux. C'est l'accès d'abord au logement des couples.
L'explosion du prix pénalise directement la constitution des familles. C'est une évidence. Euh on considère que un couple avec des revenus médiants en 2000 euh dans une métropole pouvait euh acheter euh un 50 m².
Aujourd'hui, c'est 32 m². On voit bien que ça fait pas le compte pour le nombre de chambres. Donc c'est un enfant, deux enfants en moins.
Il y a pas d'études françaises vraiment sur le sujet, mais il y a des études américaines qui disent deux choses. Il y a une corrélation entre le pourcentage de propriétaires chez les jeunes couples et l'indice de fécondité. Donc on voit bien que plus on est propriétaire, plus on a d'enfants.
Et il y a une deuxième étude qui semblerait montrer euh que la hausse des loyers dans la période 2000 et 2010 expliquerait la moitié de la baisse de la natalité. Donc c'est des chiffres absolument considérables. Donc ça voilà, je vous pose ça comme ça pour vous dire simplement que je suis convaincu aujourd'hui que l'accès au logement des jeunes familles détermine notre capacité à à nos familles de faire des enfants et que la crise du logement en réalité est aussi en lien avec la crise démographique.
Et puis la deuxième raison, c'est évidemment la conciliation vie privée, vie familiale que je mets avec l'égalité homme-femme. Autrement, c'est la capacité pour les couples d'avoir des modes de garde pour leurs enfants, mais aussi le partage des tâches et en l'occurrence des congés entre les couples à l'heure où aujourd'hui les femmes sont autant voire plus diplômées que les que les hommes. Alors, j'aime pas tellement ce terme et je vous le donne quand même parce que c'est ce sont des termes qu'on a entendu plusieurs fois dans la mission d'information.
Elles ne veulent plus sacrifier leur vie professionnelle. C'est un terme qui revient et qui est très fort. Alors, je trouve que c'est un terme un peu dur mais mais c'est la réalité.
Et d'ailleurs, ce sont dans les pays où la norme sociale est la plus conservatrice. Je pense notamment à la Corée que les indices de fécondité sont les plus bas. Et la Corée, c'est 0,7 en indice de fécondité.
Et à contrario, c'est les pays où il y a le plus d'égalité et plus de conciliation homme-femme. Alors, c'est pas forcément que ça inverse la tendance, mais on va dire que ça ça contient un peu euh l'indice de fécondité et que ça le euh ça le fait euh à minima en tout cas euh faire euh enfin le fait qu'il soit qu'il soit stable. Donc c'est voilà le principe d'égalité, c'est pas juste un truc qu'on dit, ça a des effets vraiment sur sur la fécondité.
Ce qui me donne l'occasion de parler un tout petit peu du congé supplémentaire de naissance, donc qui est en chemin pour l'instant au Sénat et qui va revenir probablement à l'assemblée la semaine prochaine. Honnêtement, c'est une belle avancée euh qui correspond aux envies et aux demandes des parents. pour faire très simple à 2 mois pour le père et pour la mère indemnisé à 70 % de son salaire.
Donc très loin de ce que proposait le congé parental d'éducation qui était plafonné à 459 € par mois qui était évidemment beaucoup plus long. Mais donc là c'est c'est vraiment l'idée d'être présent pour les parents auprès de leur enfant dans les premiers mois. On va dire que ça peut couvrir les 6 premiers mois 6 7 premiers mois de la naissance.
Donc dans une période que l'on sait extrêmement importante pour consolider les liens affectifs et pour le développement cognitif affectif, la santé, le bien-être du bébé. Donc je c'est une très belle avancée. Je je mets un petit bémol parce qu'il faudra à un moment donné simplifier les congés en France puisque là aujourd'hui on atteint cinq congés différents.
Donc congé maternité, congé de naissance du père de 3 jours financés par l'entreprise, congé de paternité du père, congé supplémentaire de naissance et congé parental d'éducation. Donc vous voyez déjà je vous ai tous perdu euh et tous ces congés sont différents durés. financé différemment, variable selon euh le rang de l'enfant parfois, sauf le congé de naissance.
D'ailleurs, c'est une très belle avancée. C'est d'ailleurs que on dit pas pour le premier enfant, vous avez temp et pour le 2uxè non, c'est le le même congé pour tout le monde. Donc simplification mais euh voilà, c'est c'est le petit bémol que que que j'exprimerai.
Il y a un moment donné, il faudra simplifier. Euh et puis par pour parler brièvement, je sais que c'est un un gros enjeu évidemment, c'est les places en accueil collectif ou individuel. Euh c'est un sujet extrêmement compliqué.
Je sais que les Caves sont très mobilisées euh mais on a une pénurie de personnel aujourd'hui qui fait que l'enjeu c'est vraiment de péréniser en réalité les places avant de dire qu'on peut augmenter et ouvrir des places en crèche. Et puis un deuxième enjeu c'est les assistantes maternelles. On en parle moins mais c'est un vrai enjeu.
On va perdre à peu près un/ers de nos assistantes maternelles d'ici 2030 euh au niveau de de l'âge hein. C'est c'est au niveau de la démographie. Un/3, c'est à peu près 100000. 100000 assistants de maternel, c'est presque pas tout à fait, mais 300000 places.
Euh donc ça va être très compliqué. Alors, il va falloir qu'on travaille sur des assistantes maternelles probablement que comme tout le monde, elles veulent moins travailler seul chez elles. Voilà.
Et donc, il y a peut-être des crèches familiales, notamment des sujets crèches familiales qui sont à à pousser et à développer. Euh juste alors je vais peut-être être bref parce que là je sais pas du tout depuis combien de temps je parle mais on va parler juste des prestations familiale. Voilà.
Euh honnêtement il y a 1 an j'aurais peut-être commencé par les prestations familiales, mais vous avez vu que on évolue en en réfléchissant à ce sujet-là. Euh prestation euh familiale, donc à l'origine plutôt dans un modèle de solidarité euh horizontal en tout cas euh avec euh grosso modo les les familles sans enfants, aident les familles avec enfants et puis maintenant de plus en plus vers des politiques sociales, on va dire. Donc les ménages aisés qui est les ménages plus près là je vous montre juste une petite courlex que qui à mon sens qu'il faut avoir.
C'est la fameuse courbe en U. Alors c'est pas tout à fait un U mais on va dire que voilà on l'imagine un petit peu. On a un système à la fois social avec des prestations et de l'autre on a encore on a aussi un système fiscal avec un cacio familial.
Ce graphique-là, il vous montre juste qu'il y a un moment donné un creux au niveau des classes moyennes. C'est-à-dire que vous avez les classes moyennes qui gagne trop pour euh avoir des prestations familiales mais pas assez pour être complètement bénéficiaire du quotient familial. Et cette courbe en U, vous la retrouvez avec les naissances, c'est-à-dire que vous avez plus de naissance pour les familles précaires et plus enfants de naissance pour les familles aisées.
Donc, il y a juste quelque chose à réfléchir à ce niveau-là. Je pense peut-être que c'est en repassant par un côté universaliste euh dépressation familiale, c'est juste une question parce que le les débats ils sont ils sont très très ouverts. En conclusion, pas de baguette magique pour relancer la maternité.
Voilà, je crois pas qu'on nachète vraiment la maternité, mais ça veut pas dire qu'il faut rien faire. évidemment, vous l'aurez compris, et qu'il faut euh essayer vraiment d'accompagner le mieux possible, je dirais, le désir d'enfant et ça peut passer par le logement et par les accueils de garde. Voilà, merci.
Yeah.
Anne Bergantz