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InterviewFrance Culture — Sens politique (sur Site radio)· 13 mars 2021 29 minContradictoireFond programmatiqueInstitutions & électionsSantéTravail & emploiÉconomie & entreprises

Amélie de Montchalin : "les résultats de l'action publique doivent ête tangibles pour tous les Français"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 75 %Attaque 15 %Défensif 10 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 91 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:56OuverteRéponse directe

    Qu'est-ce qu'une ministre de la Transformation Publique ?

  • 3:53RelanceRéponse partielle

    Est-ce que l'État a été efficace sur l'affaire des masques, des tests, du traçage et de la vaccination ?

  • 5:26RelanceRéponse directe

    Pourquoi ce rythme de vaccination ne peut pas être maintenu dans la durée ?

  • 7:16FerméeRéponse directe

    Quelques semaines, l'échéance précise ?

  • 8:34OuverteRéponse directe

    Lesquels sont les freins à lever ?

  • 10:43RelanceRéponse directe

    Les élus locaux peuvent demander une chose et son contraire, comment gérez-vous cela ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:40Invité politiqueFait
    « le président de la République a souhaité, dans ce temps très particulier de l'après-Covid, de remettre au cœur d'un engagement qu'il avait pris en 2017, celui de la transformation, c'est-à-dire notre capacité à transformer les mots politiques, les lois, ce qui fait le débat politique en réalité pour les Français, en résultat. »
  • 2:20Invité politiqueFait
    « mon ministère, c'est trois choses qui sont ensemble, les agents publics, les outils du numérique au XXIe siècle, et ce service aux Français que nous leur devons. »
  • 2:57Invité politiquePromesse
    « Après, on leur doit des investissements, des moyens, des nouveaux outils de travail, on doit leur redonner des marges de manœuvre. »
  • 7:01Invité politiqueFait
    « On a une contrainte, et je vous le dis de manière très transparente. Ce sont les doses, à savoir le rythme de production. »
  • 7:18Invité politiquePromesse
    « En mars, avril et en mai, nous avons à chaque fois une usine qui ouvre pour pouvoir produire des doses dans notre pays pour accélérer la production. »
  • 8:49Invité politiqueFait
    « cette crise a révélé que, depuis 2005, la droite puis la gauche avaient enclenché un mouvement délétère de désarmement de l'État territorial. »
  • 9:12Invité politiquePromesse
    « Nous avons pris la décision avec le Premier ministre, tout en stabilisant les effectifs de l'État, en 2021, de réenvoyer 2500 agents publics dans les territoires. »
  • 9:50Invité politiquePromesse
    « 99% des décisions individuelles, qui concernent une entreprise, un élu, un particulier, soient prises au niveau déconcentré. »
  • 15:54Invité politiqueFait
    « de données à voir sur le site du gouvernement, que tous ceux qui nous écoutent peuvent aller sur le site du gouvernement, trouvent un baromètre des résultats où ils rentrent leur code postal et ont accès à des données qui n'ont jamais été publiées jusque-là. »
  • 16:15Invité politiqueFait
    « Aucune de ces politiques à l'échelle nationale n'est en difficulté. En moyenne, les choses progressent. »
  • 23:18Invité politiquePromesse
    « ces données sur le site du gouvernement, elles sont bien sûr accessibles sur la plateforme d'open data. Elles vont aussi être mises à jour chaque trimestre. »
  • 23:40Invité politiquePromesse
    « Nous allons en ajouter 11, notamment des données sur la justice, sur l'agriculture, sur la rénovation énergétique des bâtiments, sur le soutien aux TPE et PME. »
  • 26:53Invité politiqueFait
    « Nous mettons des moyens en face d'une promesse républicaine. »

Temps de parole

  • Amélie de Montchalin67 %
  • Présentateur19 %
  • Invité8 %
  • Invité 23 %
  • Locuteur non identifié3 %

2,4 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:13
Présentateur

Bienvenue dans Politique, notre invitée aujourd'hui, Amélie de Montchalin. Bonjour Amélie de Montchalin, vous avez effectué depuis 4 ans un parcours météorique, députée de l'Essonne en 2017 à 32 ans, vice-présidente du groupe La République en Marche à l'Assemblée Nationale en 2018, secrétaire d'Etat aux Affaires Européennes en 2019 et ministre de la Transformation et de la Fonction Publique en 2020. C'est dire que vous touchez directement ou indirectement à tous les aspects de l'action publique. Mais je voudrais d'abord vous poser une question très simple sur l'intitulé de votre ministère.

Une ministre de la Fonction Publique, on sait ce que c'est, vous avez la tutelle d'une certaine manière des quelques 5,5 millions de fonctionnaires français, fonctionnaires d'Etat, territoriaux ou hospitaliers, de leur organisation statutaire, de leur modalité de recrutement, de leur grille salariale, etc. Mais une ministre de la Transformation Publique, ça veut dire quoi ?

1:25
Amélie de Montchalin

Ça veut dire que je me suis engagée en politique et pas en rhétorique et que le président de la République a souhaité, dans ce temps très particulier de l'après-Covid, de remettre au cœur d'un engagement qu'il avait pris en 2017, celui de la transformation, c'est-à-dire notre capacité à transformer les mots politiques, les lois, ce qui fait le débat politique en réalité pour les Français, en résultat. Quelques jours, vous savez, j'ai fait un débat avec un idéologue, il y en a certains encore qui existent, comme Éric Zemmour, et il m'a dit...

1:57
Présentateur

C'était Éric Zemmour, c'est pas...

1:58
Amélie de Montchalin

C'était Éric Zemmour, et il m'a dit, vous savez, votre obsession pour les résultats, ça abîme la politique. Moi, je pense exactement le contraire, et mon ministère est là vraiment pour faire vivre le contraire. C'est parce qu'on s'est trop peu occupé depuis les décennies des résultats, de l'action, de ce qui se faisait, ou pas d'ailleurs sur le terrain, une fois qu'on avait voté une loi, que la politique a perdu du crédit aux yeux des Français. Et donc mon ministère, c'est trois choses qui sont ensemble, les agents publics, les outils du numérique au XXIe siècle, et ce service aux Français que nous leur devons. Et notre vision, notamment la fonction publique, c'est pas...

Vous savez, pendant des décennies, on a considéré que les fonctionnaires étaient soit un électorat à qui il fallait dire des choses agréables pour qu'ils votent pour vous, c'était plutôt la gauche, ou un bouc émissaire qui était tenu responsable de tous les échecs, c'était plutôt la droite. Nous, notre vision, c'est qu'au cœur de l'action publique, de ce qui fait que les lois deviennent résultats, eh bien il y a des hommes et des femmes qui, chaque jour, s'engagent, travaillent, et qui, dans cette crise sanitaire, on l'a vu, ont permis au pays de tenir. Après, on leur doit des investissements, des moyens, des nouveaux outils de travail, on doit leur redonner des marges de manœuvre.

Et donc, tout l'enjeu avec le Premier ministre, c'est de s'assurer, comme on le dit parfois, que l'intendance suive, c'est-à-dire que ces hommes et ces femmes de terrain soient en capacité de faire vivre la réalité de nos engagements. Et moi, mon rôle, c'est vraiment de nous assurer que ce qui a été dit en 2017, ce qui a été fait par l'administration entre-temps, devienne concret, tangible, dans tous les départements, pour tous les Français. Et donc, j'ai entamé, vous voyez, un tour de France des résultats. J'étais hier en Corrèze.

3:32
Présentateur

On va y venir.

3:34
Amélie de Montchalin

Et je crois que ce travail-là de terrain, il est aujourd'hui essentiel, cette transparence-là qu'on doit aux Français. Transformer, ce n'est pas transformer dans les mots, ce n'est pas, à nouveau, de faire de la rhétorique. C'est de transformer la vie quotidienne. Que cette vie quotidienne ne soit pas le décor de nos actions, mais que ce soit là où on agit.

3:49
Présentateur

Alors, on va venir aux moyens et aux outils, notamment, que vous avez mis en place. Mais avant ça, il y a quand même un terrain d'expérimentation en ce moment, qui est assez évident. C'est celui de la crise sanitaire qui sévit depuis un an. Et alors, votre credo est celui de l'efficacité. Est-ce que l'État a été efficace sur l'affaire des masques ? Est-ce qu'au printemps dernier, est-ce que l'État a été efficace sur la mise en place, disons, laborieuse des tests et du traçage ? Et est-ce que l'État est efficace sur, aujourd'hui, la campagne de vaccination ? Avant de vous poser quelques questions, écoutons ce qu'en disait le Premier ministre il y a huit jours.

4:32
Invité

La progression des livraisons va nous permettre de faire monter fortement en puissance la vaccination. L'enjeu est maintenant que toute la chaîne suive pour que ces doses soient utilisées le plus rapidement possible. Cela doit être le cas partout et plus encore dans les territoires les plus durement touchés par l'épidémie. Nous en appelons à la mobilisation générale, maires, soignants, hôpitaux, tout le monde doit être sur le pont, y compris le week-end, pour vacciner aussi vite que possible. Nous sommes entrés dans une course contre la montre, contre l'épidémie, et nous avons besoin de la contribution de tous les acteurs que je sais parfaitement mobilisés.

5:21
Présentateur

C'était donc décrété par le Premier ministre la mobilisation générale. Il y a huit, neuf jours. Et de fait, le week-end dernier, près de 600 000 personnes ont été vaccinées en France. Mais ce que les Français ne comprennent pas, y compris quand ils cherchent à obtenir un rendez-vous pour se faire vacciner, c'est pourquoi ce rythme-là du week-end dernier ne peut pas être maintenu peu ou prou dans la durée. Alors, est-ce que c'est un problème d'approvisionnement ? Et dans ce cas-là, pourquoi ne pas l'expliquer clairement, de façon transparente ? Est-ce que c'est un problème de logistique ? Et lequel ?

5:55
Amélie de Montchalin

Alors, plusieurs choses à dire, peut-être d'abord sur l'État efficace. Pour moi, l'efficacité, c'est d'être capable de s'adapter, de s'ajuster et de ne pas s'entêter. Et dans cette crise, parfois, il y a eu un décalage, on l'a tous observé, entre la stratégie et la mise en œuvre. Le rôle du politique, c'est de ne pas accepter ça comme une fatalité, et c'est donc de s'ajuster, de s'adapter. On a parfois vu, vous avez entendu, un président, des ministres qui ont tapé du poing sur la table. Pourquoi ? Parce qu'on a besoin...

6:27
Présentateur

Apparemment, le président de la République le fait à chaque conseil des ministres.

6:29
Amélie de Montchalin

Oui, parce qu'on a besoin d'être ceux qui suivent la mise en œuvre. Et quand les choses ne se passent pas à nouveau comme on le prévoit, comme on l'a dit, comme on l'a voulu, eh bien, il nous faut identifier très précisément les freins. Alors, vous me parlez de la campagne de vaccination. Hier, nous avons vacciné dans notre pays. Nous, ça veut dire les soignants, ça veut dire les volontaires, ça veut dire les agents des collectivités locales extrêmement mobilisés. C'est une œuvre très collective, 300 000 personnes. C'est le record de vaccination. Pourquoi on y arrive, vous me dites, pourquoi on y arrive depuis une semaine, et comment on fait pour tenir leur rythme ?

On a une contrainte, et je vous le dis de manière très transparente. Ce sont les doses, à savoir le rythme de production. Vous savez que dans quelques semaines, nous allons avoir des sites en France qui vont nous permettre de décupler la production. Parce que, je vous rappelle...

7:16
Présentateur

Quelques semaines, l'échéance précise ?

7:18
Amélie de Montchalin

En mars, avril et en mai, nous avons à chaque fois une usine qui ouvre pour pouvoir produire des doses dans notre pays pour accélérer la production. Elles iront dans notre pays, elles iront aussi au niveau européen, dans ce schéma européen que nous avons voulu, pour que nous ne fassions pas la guerre de tous contre tous pour les doses. Mais ce qui est important à vraiment souligner, c'est que cette œuvre de transparence, elle est au cœur de la confiance.

Il faut que nous soyons, et vous avez tout à fait raison de le souligner, absolument transparents, pour expliquer aux Français où sont les freins, et que si des freins sont à notre main, nous puissions les lever, et que si des freins sont, voyez, des choses très concrètes, la production, nous puissions aussi le dire. Je tiens juste à rappeler que c'est la première fois dans l'histoire de la médecine et de la science que nous arrivons à trouver, en aussi peu de temps, des vaccins qui fonctionnent. Nous avons maintenant quatre vaccins en France, homologués. Et donc, nous allons pouvoir décupler les efforts. Les engagements que nous avons pris étaient ceux du calendrier de production.

Notre enjeu, c'est que, comme l'avait dit avec des mots très simples, je crois, le Premier ministre, qu'aucun vaccin ne reste dans un frigo. Si on a une dose, elle doit être injectée, parce que beaucoup de Français sont, aujourd'hui, on sait, en risque de vie ou de mort face à ce virus, parce qu'ils sont âgés ou parce qu'ils ont des facteurs de comorbidier, comme on dit maintenant.

8:29
Présentateur

Quand vous dites les freins qui sont à notre main, il faut les lever ou les desserrer. Lesquels, par exemple ?

8:35
Amélie de Montchalin

Vous voyez, plus largement, au-delà du système de santé, cette crise a révélé que, depuis 2005, la droite puis la gauche avaient enclenché un mouvement délétère de désarmement de l'État territorial. Nous avons perdu dans nos préfectures, dans nos sous-préfectures, dans tout ce qui est l'État dans chaque département, énormément d'agents publics. Donc, nous n'avions plus, à l'entrée de la crise, suite à ce mouvement mené, notamment par la dite RGPP de Nicolas Sarkozy, nos bras, nos jambes, nos oreilles et nos yeux sur le terrain. Nous nous sommes ajustés.

Nous avons pris la décision avec le Premier ministre, tout en stabilisant les effectifs de l'État, en 2021, de réenvoyer 2500 agents publics dans les territoires, pour réarmer nos territoires, pour prendre des décisions beaucoup plus près de là où ça se passe. et aussi pour que les agents publics de terrain soient beaucoup plus de marge de manœuvre pour décider. Ce qui, aujourd'hui, a pu nous empêcher dans la crise d'être aussi rapide que nous l'aurions voulu, et on s'est adapté, au départ, c'était que nous avions des chaînes de décisions extrêmement longues, et que ceux qui étaient sur le terrain, ceux qui voyaient la situation, n'avaient pas, au départ, les moyens d'agir s'est réglé.

Aujourd'hui, nous avons pris des actes très forts pour que, par exemple, 99% des décisions individuelles, qui concernent une entreprise, un élu, un particulier, soient prises au niveau déconcentré. Il n'y a pas besoin de renvoyer tout à Paris. Il n'y a pas besoin que les ministères centraux s'occupent dans le détail de la mise en œuvre de l'ensemble des politiques. Ils doivent être là en appui, ils doivent définir des stratégies, ils sont là pour qu'il y ait une égalité de traitement, mais, vous savez, les hommes et les femmes qui sont dans les départements, qui tous les jours s'engagent, connaissent leur terrain, voient bien quelles sont les décisions à prendre.

Moi, j'ai deux mots-clés dans cette crise, c'est comment on recrée de la responsabilité, mais aussi comment, en corollaire, on recrée de la confiance dans nos organisations publiques. Ça veut dire aussi qu'on travaille différemment avec les élus. C'est pour ça que le couple maire-préfet est aussi une modalité d'action publique, cette différenciation territoriale, qui nous permet aujourd'hui d'être efficaces.

10:37
Présentateur

Avec, à l'usage, une pratique assez compliquée, parce que les élus locaux, manifestement, peuvent demander une chose et son contraire.

10:48
Amélie de Montchalin

Et alors là, vous m'amenez sur un terrain que j'affectionne particulièrement, c'est celui de l'honnêteté. Et d'ailleurs, les élections qui arrivent départementales et régionales vont être un moment très important d'honnêteté. C'est d'ailleurs pour ça que des candidats en marche, et je serai moi-même candidate en Ile-de-France, en Essonne, s'engagent. Nous vivons dans un pays où, là aussi, je crois que les Français sont très lucides. Ils ont bien compris que l'État et les collectivités travaillent ensemble, et que personne ne peut faire tout sans l'autre. Ils nous voient bien travailler, et d'ailleurs, depuis trois ans, nous n'avons jamais aussi bien travaillé que les collectivités.

Nous avons maintenu les dotations financières, nous avons signé des contrats, nous avons différencié notre action.

11:28
Présentateur

Ce n'est pas ce qu'ils disent, en tout cas, c'est quand on les écoute.

11:30
Amélie de Montchalin

Ce n'est pas ce qu'ils vous disent quand ils sont à votre micro. Maintenant, porte fermée. Quand nous signons des contrats de relance, quand nous signons des contrats sur la ruralité, quand nous travaillons pour que les projets de territoire se fassent, nous travaillons avec les élus locaux. L'immense majorité d'entre eux reconnaissent que c'est ensemble qu'on réussit. Bien sûr, chacun a son projet. Mais ce que je veux vous dire, c'est qu'il nous semble aujourd'hui extrêmement important de rappeler que ce n'est pas un projet politique que de critiquer l'État quand on est un élu local.

On ne peut pas se refaire la cerise, vous voyez, après trois ans de travail collectif, en disant finalement, ce que je n'ai pas réussi à faire, c'est la faute de l'État. Prendre ces responsabilités, c'était aussi un engagement du président de la République en 2017, en disant, nous allons prendre des engagements, nous allons vous en rendre compte, mais nous tiendrons aussi comptables tous ceux qui nous entourent, de la réalité de leurs actions. Et donc, dans cette campagne régionale et départementale, vous allez voir que nous, candidats en marche et de cette grande famille de la majorité présidentielle, nous allons sortir des dossiers.

Nous allons aussi parfois contester certains mensonges, parce qu'il n'est pas vrai que l'État ait abandonné un quelconque territoire, que nous ayons délaissé des pans entiers de la France, parce que certains aujourd'hui viendraient expliquer que pour se faire réélire, la meilleure stratégie est d'expliquer que l'État n'est pas là. Et donc, quand vous dites, le couple maire-préfet, c'est plus ou moins facile, vous savez, les réunions de concertation, elles ont lieu, on en tire des conséquences, on en tire des conclusions, on cherche à bâtir des consensus.

Ça ne veut pas dire que tout le monde est devenu allié à la majorité présidentielle, mais il faut que chacun, dans cette période, plus que jamais, prenne ses responsabilités. Si nous voulons que les Français croient encore à la démocratie, il faut nous assurer que nous soyons des êtres responsables, devant eux. Et que donc, si nous disons qu'il est utile de voter, qu'ils votent projet contre projet, et je le redis, critiquer l'État, ce n'est pas un projet politique quand on est un élu local.

13:30
Présentateur

Je voudrais revenir sur ce que vous disiez, sur la capacité de l'État, du gouvernement en l'occurrence, à s'adapter, à s'ajuster à la situation. Est-ce qu'il n'y a pas, dans la période actuelle, je reviens sur la vaccination, un usage un peu imprudent des promesses chiffrées ? Le Premier ministre, le 4 mars, dans la conférence de presse, dont on écoutait tout à l'heure un extrait, on le comprend, on s'est voulu encourageant, il a dit, nous aurons vacciné 10 millions de personnes à la mi-avril, 20 millions à la mi-mai, 30 millions d'ici l'été.

C'est magnifique sur le papier, mais quand vous dites s'ajuster, et le Premier ministre rajouter, à condition que les doses que nous avons commandées nous soient livrées. Or, on sait bien aujourd'hui que par exemple AstraZeneca, qui avait promis 180 millions de doses pour le deuxième trimestre, dit aujourd'hui, au mieux, on en livrera 75 millions à l'Europe. Donc, on sait dès à présent qu'il va y avoir un gros problème d'approvisionnement. Pourquoi faire comme si ce problème n'existait pas ?

14:40
Amélie de Montchalin

Parce qu'à un moment donné, la responsabilité, c'est de dire, voilà, au vu des éléments que nous avons sur la table, voilà, les engagements que nous pouvons prendre, si les éléments de départ changent, on redira aux Français la vérité de l'action qu'on peut mener. Moi, vous savez, cette transparence sur les données, vous savez, il y a un grand mouvement qui s'appelle l'Open Data, la transparence des données publiques. Elle est pour moi un objectif absolu. La France a été un pays pionnier dans cette démarche et nous sommes aujourd'hui, vous voyez, deuxième dans l'OCDE, troisième dans l'Union Européenne, quand les observateurs indépendants regardent les jeux de données que nous ouvrons.

Je pense que ce n'est pas du tout anodin parce que nous sommes aussi un des pays où on le sait, la confiance démocratique est aussi un enjeu en soi et peut-être que nous sommes un pays où nous avons encore plus d'efforts à faire pour que les Français regardent les hommes et les femmes politiques comme des gens qui travaillent bien pour eux et qui leur redonnent des éléments factuels sur lesquels fonder leur jugement. La transparence, ce n'est pas le gage absolu de la confiance, mais ça n'est un élément primordial et essentiel de base.

15:41
Présentateur

C'est l'objectif du baromètre de l'action publique que vous avez mis en place au mois de janvier.

15:46
Amélie de Montchalin

D'une politique inédite qui a été lancée mi-janvier à la demande du Président de la République dès que j'ai pris mes fonctions au mois de juillet, de données à voir sur le site du gouvernement, que tous ceux qui nous écoutent peuvent aller sur le site du gouvernement, trouvent un baromètre des résultats où ils rentrent leur code postal et ont accès à des données qui n'ont jamais été publiées jusque-là, qui étaient des données d'ailleurs parfois que les administrations elles-mêmes ne recueillaient pas comme telles, qui vous montrent département par département où nous en étions en 2017, où nous en sommes aujourd'hui et où nous voulons être.

Nous sommes transparents sur nos cibles, sur nos objectifs.

16:18
Présentateur

Sur quel type de politique ?

16:19
Amélie de Montchalin

Sur 25 politiques prioritaires que les Français connaissent bien puisque ce sont les politiques de dédoublement des classes, d'apprentissage pour les jeunes, d'accès aux soins sans reste à charge pour les lunettes, les prothèses auditives et autres, sur l'emploi des jeunes, sur la sécurité, sur le logement des sans-abri, sur 25 politiques prioritaires.

16:38
Présentateur

Le logement des taxes d'habitation, des choses comme ça.

16:40
Amélie de Montchalin

Exactement. Des politiques, je vous dis, qui sont vraiment au cœur du débat depuis 2017. Ce que vous voyez dans ce baromètre, c'est très intéressant. Aucune de ces politiques à l'échelle nationale n'est en difficulté. En moyenne, les choses progressent. Et c'est très bien, c'est l'objectif évidemment d'un gouvernement que les choses progressent sur des engagements forts qu'il a pris. Mais ensuite, vous avez accès à une carte département par département qui vous permet de voir que la France est une mosaïque. Dans chaque département, sur ses 25 politiques prioritaires, vous en avez en général 4 ou 5 qui sont très en avance.

Parce que dans ce territoire-là, les acteurs ont trouvé la bonne manière d'avancer, ont trouvé un mécanisme qui fait que ça avance très vite. Et c'est très bien. Et dans chaque département, vous avez toujours aussi 4 ou 5 politiques qui sont en grande souffrance, qui parfois n'ont même pas commencé à exister.

17:26
Présentateur

Dans ce cas-là, vous faites quoi ?

17:27
Amélie de Montchalin

Dans ce cas-là, nous priorisons nos moyens humains, nos moyens financiers. Nous remettons tout le monde autour de la table. Parfois, ce sont des politiques qui n'avancent pas par manque de coordination. et moi, mon rôle, vous voyez, chaque semaine, c'est d'un département à un département suivant de faire le point avec les élus, avec les services de l'État, avec les entreprises, avec les associations, avec tout ce qui font vivre l'action publique. L'action publique, elle dépêche largement l'État. Et de nous dire, voilà, il y a 4 ou 5 sujets où il nous faut avoir une discussion à la fois précise et factuelle, comment nous pouvons accélérer.

Il n'y a pas de raison, vous voyez, par exemple, que sur la fibre, les arts des choix et les habitants de la Dordogne soient aujourd'hui à une couverture de 9 à 10% du territoire de ces départements, là où la moyenne du national est à 50% et où certains départements sera à 80.

Ça veut dire aussi, si on prend un peu de recul, que le discours politique qui consiste à asséner des chiffres aux gens en leur disant, en moyenne, ce que vous me dites, vous, est faux, puisque je vous dis qu'en moyenne, les choses ont progressé, eh bien, les Français, ils ont raison de nous dire vous nous mentez parce qu'il y a des départements où il est vrai aujourd'hui et nous le rendons public et nous y travaillons. Telle ou telle politique ne produit pas les effets de la moyenne. Je pense que c'est un élément, vous savez, essentiel à la confiance, là aussi, démocratique.

Pour sortir de débats génériques, de sortir de débats rhétoriques, de sortir de débats parfois un peu idéologiques et de regarder la réalité du terrain, c'est pour ça que les gens votent. S'ils pensent que de leur bulletin dans une urne, il y aura des conséquences là où ils vivent et pour eux.

18:58
Présentateur

Vous l'avez dit, cet outil, ce baromètre fonctionne avec l'open data, c'est-à-dire avec la mise en ligne de données publiques, de données ouvertes. En quoi est-ce un instrument démocratique ? C'est le sujet sur lequel vous vous penchez cette semaine, Antoine Dulcère.

19:14
Locuteur non identifié

Oui, Gérard. Et pour cela, j'ai interrogé Tanguy Morlier qui est le porte-parole d'une association qui s'appelle Regards Citoyens. C'est un collectif qui milite pour la transparence de l'action publique par la diffusion des données publiques. Je lui ai demandé tout d'abord comment qualifier le baromètre de l'action publique du gouvernement. Est-ce qu'il s'agit d'un exercice de communication politique très classique ou alors est-ce qu'il s'agit d'un véritable exercice de transparence ?

19:37
Invité

Alors, l'outil tel que j'ai pu le découvrir est clairement un outil de communication administrative et communication gouvernementale ce qui permet aux citoyens à travers une interface de sélectionner un critère territorial et de sélectionner un indicateur. Donc, à proprement parler, ce n'est pas un outil d'open data. C'est un outil qui va utiliser des données publiques, des indicateurs qui ont été créés par l'administration et le gouvernement pour pouvoir regarder une information publique à travers un prisme qui a été choisi par l'interface. Une politique d'open data, en général, c'est un peu plus ambitieux. Si on joue le jeu de l'open data, l'open data va permettre d'agir sur deux éléments.

Le premier, c'est donner de l'autonomie aux citoyens. Ils peuvent avoir des intérêts personnels, des envies, partisans ou non, associatifs, etc., etc. Et en fonction de ces envies, ils vont avoir un besoin de traitement de l'information qui leur est personnel. Ça, c'est le premier angle. Et le deuxième angle, c'est de permettre de fluidifier l'échange de l'information entre les administrations.

20:39
Locuteur non identifié

Et en considérant les choses sur le long terme, on peut aussi se demander ce que cet exercice de communication gouvernementale révèle puisque l'État français rend public des données de toute nature, d'ailleurs, depuis fort longtemps. Qu'est-ce qui a changé depuis l'ère du numérique ? On écoute sa réponse.

20:55
Invité

Alors, effectivement, ça reprend un petit peu un recul historique. La démocratie a besoin d'informations la moins partisane possible pour bien fonctionner. Et donc, si on regarde un petit peu l'histoire française démocratique, on s'aperçoit qu'il y a eu des grandes révolutions.

La première, sans doute, c'est la création du journal officiel au XIXe siècle où, à une époque où l'information se diffusait de manière très lente, le fait d'avoir créé un journal à diffusion nationale permettait à tous les citoyens de connaître les décisions qui ont été prises à Paris et qu'elles se diffusent en région dans chacun des cantons et qu'elles ne s'appliquaient qu'à l'arrivée du journal officiel a été une très, très grande révolution. Donc, on a une grande culture de la transparence en France.

Avec l'avènement d'Internet et des outils numériques, on a un changement assez radical d'un besoin des citoyens qu'on va appeler une transparence du papier, c'est-à-dire pouvoir lire un journal, pouvoir lire les lois, etc., etc., à une culture démocratique du numérique dans laquelle les citoyens vont pouvoir prendre plus d'autonomie, vont pouvoir plus s'approprier l'information publique en fonction de leurs différents besoins. Et c'est ça qu'on est en train de vivre en ce moment, notamment avec les enjeux de l'open data, c'est-à-dire une plus grande autonomie des citoyens par rapport à leurs administrations.

22:11
Locuteur non identifié

Voilà, c'était Tanguy Morlier, le porte-parole de l'association Regards Citoyens. Amélie de Monchalin, vous êtes d'accord

22:17
Présentateur

avec cette analyse ?

22:19
Amélie de Montchalin

Alors, je suis tout à fait d'accord sur le fait qu'évidemment, le baromètre n'est pas le seul outil de publication des données publiques. Après, ce qui est intéressant c'est que data.gouv.fr qui est la plateforme d'open data de notre pays a été consultée massivement par des experts, par des gens qui savent traiter les données, par des collectifs notamment associatifs qui cherchent des données qui sont de leur intérêt parce que, évidemment, nous rendons public des données parfois beaucoup plus précises que ce que le grand public peut comprendre ou...

22:49
Présentateur

Voir par des journalistes.

22:50
Amélie de Montchalin

Voir par des journalistes. Donc, évidemment, nous avons fait un choix de publier département par département des données qui n'ont jamais été rendues publiques et d'en faire une sélection, de les rendre lisibles de manière ergonomique et d'aller au-delà des experts et des data scientists qui sont des gens très compétents mais qui ne sont pas la compétence de tous les Français. Donc, oui, j'assume que c'est un choix. Après, ce qui est inédit, c'est que ces données sur le site du gouvernement, elles sont bien sûr accessibles sur la plateforme d'open data. Elles vont aussi être mises à jour chaque trimestre.

Au mois d'avril, vous aurez la mise à jour par rapport à ce qui avait été présenté en janvier et je les mettrai à jour en juillet, en octobre. Donc, une mise à jour trimestrielle de données à ce niveau, ça n'a jamais eu lieu.

23:33
Présentateur

Et avec un élargissement des termes.

23:34
Amélie de Montchalin

Et nous allons élargir les termes puisqu'aujourd'hui, nous avons 25 politiques couvertes. Nous allons en ajouter 11, notamment des données sur la justice, sur l'agriculture, sur la rénovation énergétique des bâtiments, sur le soutien aux TPE et PME. Et donc, le but, c'est d'enrichir l'outil. Je tiens aussi à dire quand même qu'en parallèle, nous allons ouvrir 60 jeux de données et de codes publics parce que c'est un autre enjeu aussi. C'est que nous donnions à voir la manière dont nous prenons nos décisions. Notamment, par exemple, le code d'affectation d'orientation entre le collège et le lycée.

Nous allons rendre public le code de France Connect qui est notre outil de connexion aux services publics avec un seul mot de passe, un seul identifiant, là aussi, pour créer de la transparence. Je crois que dans cette crise sanitaire, on rend public énormément de données chaque jour et on a bien vu que les Français effectivement s'appropriaient les données. Donc, oui, j'assume pleinement que c'est un choix parce que le site du gouvernement n'est pas, par définition, la plateforme d'open data en soi.

C'est un choix, c'est un choix que nous allons adapter mais je crois qu'il nous faut nous dire qu'aucun autre pays en Europe aujourd'hui ne donne à voir à une échelle territoriale de 100 départements dans notre pays mis à jour tous les trimestres à la fois notre point de départ, la réalité des faits, avec ses échecs partiels à accélérer, à corriger, avec ses réussites à assumer et avec surtout un ajustement permanent pour que nous amplifions ce mouvement de transparence.

J'y reviens pour moi, c'est au cœur de ce qui peut faire que les Français voient à nouveau la démocratie comme étant efficace parce qu'elle produit là où ils sont des résultats, parce que nous sommes honnêtes avec à la fois nos réussites et ce que nous voulons accélérer, ce que nous voulons changer. Ça veut dire aussi que nous acceptons que ces chiffres ne soient pas une fatalité. C'est une photo qui a tous les moyens de pouvoir évoluer et notre enjeu c'est qu'en 2022 nous soyons le plus près possible des objectifs que nous étions fixés département par département et qu'il n'y ait pas de résignation.

Ce n'est pas parce qu'aujourd'hui il vous dit que tel ou tel département par exemple a une politique publique qui avance moins que nous nous disons que c'est foutu. Vous savez, le déclinisme est un mal très français. On peut surfer sur les peurs, on peut se dire que tout est immuable si on fait de la politique sans naïveté. C'est aussi parce que de manière optimiste on croit qu'on peut tracer un chemin, changer les choses et amener les français à vivre dans un pays où ce qu'on leur dit devient une réalité.

25:55
Présentateur

Une question à la ministre de la fonction publique. En avril 2019 Emmanuel Macron avait annoncé son intention de supprimer l'ENA. Il y a un mois il a annoncé avec vous des mesures de diversification des voies d'accès à la haute fonction publique et donc à l'ENA entre autres. Il n'y aura donc pas de réforme de l'ENA. Pourquoi ce renoncement ?

26:15
Amélie de Montchalin

Il n'y a aucun renoncement. Il y a une réforme en trois étapes, en trois étages. Nous avons présenté effectivement le mois dernier le premier étage. C'est comment nous donnons accès à la haute fonction publique à une nouvelle génération de jeunes qui sont aujourd'hui à l'université en particulier partout dans notre pays et à qui aujourd'hui est entrée dans la tête une idée qui est très dangereuse pour la démocratie.

c'est que devenir haut fonctionnaire, servir son pays et l'intérêt général ce n'est pas pour eux parce qu'ils ne sont pas nés au bon endroit, parce qu'ils n'ont pas les bons moyens financiers et parce que se projeter à aller passer un ou deux ans à Paris dans les meilleures classes préparatoires au concours n'est pas envisageable pour eux. Donc nous mettons des moyens en face d'une promesse républicaine.

26:55
Présentateur

Donc vous levez les freins culturels ou sociaux ?

26:58
Amélie de Montchalin

À la préparation au concours et nous ouvrons puisque nous allons attirer 1700 jeunes dans ces classes prépa à l'université nous ouvrons des places en plus au concours parce que sinon ce ne serait pas honnête vis-à-vis d'eux.

Mais vous renoncez à faire bouger les freins corporatistes je vous ai dit il y a trois étages à la réforme premier étage l'accès deuxième étage la formation elle-même au mois de septembre 2021 tous les 23 grands corps de l'état que vous soyez ingénieur des mines magistrat directeur d'hôpital préfet bref tous ces 23 filières de formation auront un tronc commun de formation sur cinq enjeux l'écologie le numérique les principes de la république les inégalités et le rapport à la science pour qu'ils aient les mêmes réflexes les mêmes références pour qu'ils puissent travailler ensemble on l'a vu dans cette crise parfois une forme de silo de corporatisme un peu lié à la formation avait pu empêcher de bien travailler ensemble troisième étage c'est la réforme des carrières la manière dont nous voulons évaluer beaucoup plus les résultats des uns et des autres pour que les bonnes personnes les bonnes compétences soient au bon endroit pour que les fonctionnaires puissent aussi davantage choisir selon leur projet des carrières entre ministères et donc nous annoncerons ce troisième étage dans la suite des deux premiers dans les prochaines semaines

28:15
Présentateur

une question très brève dont j'attends une réponse très brève plus exactement par votre parcours antérieur vous avez une bonne expérience de la prospective en 2022 quel sera à vos yeux le sujet qui cristallisera le débat présidentiel

28:30
Amélie de Montchalin

l'efficacité démocratique est-ce que quand nous parlerons des projets à venir nous aurons des gages à donner sur notre capacité à les mettre en oeuvre vous l'avez senti c'est mon travail déjà aujourd'hui quotidien je pense que ce sera un enjeu majeur pour 2022

28:43
Présentateur

merci Amélie de Manchalin d'avoir participé à ce nouveau numéro de politique une émission préparée par Antoine Dulster réalisée par Charles Le Gargasson avec Anthony Thomasson à l'acte technique merci