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InterviewFrance Inter — L'invité de 8h20 (sur Site radio)· 30 septembre 2019 26 minContradictoirePortrait personnelInstitutions & électionsEurope & internationalEnvironnement & énergieImmigration & asile

François Hollande : "[Jacques Chirac] a fait des choix qui n'étaient pas ceux de son camp"

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 60 %Attaque 20 %Défensif 20 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:35OuverteRéponse directe

    Quels souvenirs garderiez-vous de Jacques Chirac ?

  • 2:17OuverteRéponse directe

    L'après-pouvoir a été difficile pour Chirac. Vous comprenez ça ?

  • 3:21OuverteRéponse directe

    Et donc quoi ? Vous déjeuniez ensemble ?

  • 4:21OuverteRéponse directe

    En 2012, il a dit qu'il voterait pour vous. Pourquoi ?

  • 4:36RelanceRéponse directe

    Camaraderie corrézienne ou haine pour Sarkozy ?

  • 6:21RelanceRéponse directe

    Vous avez été un grand opposant à Chirac. Qu'en retenez-vous ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 10:17Invité politiqueFait
    « Il a fait des choix qui n'étaient pas ceux de son camp. »
  • 10:20Invité politiqueFait
    « Révolution de la pleine de mort, l'IVG, le Veldiv, la lutte contre l'extrême droite, l'intransigeance. »
  • 20:31Invité politiqueFait
    « Il a voulu passer en force un moment sur le CPE. »

Temps de parole

  • François Hollande77 %
  • Présentateur11 %
  • Invité10 %
  • Invité 22 %

3,5 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

Et avec Léa Salamé, notre invitée ce matin est ancien président de la République. Appelez-nous, intervenez, 0145 24 7000, les réseaux sociaux et l'application mobile de France Inter. François Hollande, Monsieur le Président, bonjour. Bonjour. Les obsèques de Jacques Chirac ont lieu tout à l'heure. Vous serez à l'église Saint-Sulpice où sont attendus actuels et anciens chefs d'État étrangers, les prédécesseurs Valéry Giscard d'Estaing, Nicolas Sarkozy et bien sûr le président de la République Emmanuel Macron. Sur Jacques Chirac, François Hollande, beaucoup de choses ont été dites depuis jeudi sur tous les aspects de la vie d'un homme et de la vie d'un homme politique.

Mais vous, François Hollande, s'il ne devait y en avoir qu'un, quels souvenirs garderiez-vous de Jacques Chirac ? Peut-être le premier et le dernier.

0:44
François Hollande

Le premier, c'est lorsque je l'ai vu pour la première fois. Je le voyais bien sûr à la télévision. Quand je l'ai rencontré, je ne l'ai pas reconnu. Tellement il allait vite. Tellement il était dans un nuage de fumée, dans des salles obscures de militants qui se pressaient les uns contre les autres. Et puis, cette énergie qu'il déployait. J'étais candidat contre lui, c'était en 1980, j'avais 26 ans. C'était une figure. Une figure assez insaisissable, à tous les sens du terme, y compris sur le plan politique. Et puis la dernière, qui est une image d'un homme qui est en grande souffrance, qui s'est coupé du monde, et qui attend.

Il ne sait pas ce qu'il attend, sûrement la mort, mais il n'en a pas forcément la conscience. Et qui est devenu un homme dont le seul pouvoir est la sagesse, et le repli. Et c'était assez extraordinaire de voir que la ferveur populaire est à l'égard d'une personne qui n'a pas toujours été aimée pendant toute sa vie politique. Loin de là, qui a cherché à être aimée. On n'y arrive pas toujours. Et qui a disparu, avait disparu des écrans, des micros, et qui étaient encore dans le cœur des Français. Donc je pense que ces cérémonies, que l'on peut toujours trouver longues, excessives, non, elles permettent au peuple français de rendre hommage à l'un de ses anciens présidents, sûrement.

Mais d'un de ses amoureux transis qui retrouve enfin l'affection d'un peuple qu'il a aimé.

2:17
Invité

Son biographe qu'on a reçu vendredi matin disait combien l'après-pouvoir avait été difficile pour Jacques Chirac. Combien c'était le vide, l'ennui, combien c'était difficile à vivre. Vous comprenez ça ? C'est des sentiments qui ont pu vous traverser ?

2:33
François Hollande

Oui, moi je l'ai vécu aussi. Chaque départ de l'Elysée, quel que soit le temps que l'on est resté, lui était resté 12 ans. Et c'était plus que le temps élyséen.

2:43
Invité

C'était 40 ans de campagne.

2:45
François Hollande

Exactement, 40 ans de palais officiels, 40 ans de vie exerçant des mandats importants, Premier ministre, maire de Paris, etc. Et d'un seul coup, plus rien. D'un seul coup, le repli dans une sphère privée, familiale, la maladie, et le sentiment de ne plus avoir d'amis. C'est-à-dire ce qui nous a rapprochés, puisqu'on était en 2007, et que c'était tellement vu dans les périodes où il était en responsabilité, moi aussi, à un autre niveau. Eh bien, on avait envie de se parler.

3:21
Invité

Et donc quoi ? Vous déjeuniez ensemble ?

3:23
François Hollande

Oui, ça nous est arrivé plusieurs fois. Il faisait peu de confidence au sens où il ne livrait pas de secret, mais il décrivait des personnes. Poutine, Berlusconi, sa description de Berlusconi restera longtemps gravée dans ma mémoire. Qu'est-ce qu'il a dit ? Ce qu'on peut imaginer de Berlusconi, mais qu'on ne peut pas dire. Donc, voilà, il avait cette volonté de, non pas de prolonger ce moment, il était très lucide. Avec les Russes, c'était très bien dit. Il faut parler, il faut toujours parler. Mais il faut savoir que tout est rapport de force. Et si l'on oublie la question du rapport de force, c'est de la naïveté.

Alors, voilà, moi j'ai connu cette période avec Jacques Chirac où il souffrait et de sa maladie, et de cette solitude inévitable après une période de pouvoir, et aussi sûrement d'une politique qui n'était déjà plus la sienne.

4:17
Présentateur

Tout change, donc, vous l'avez dit, dans ces années-là, vos relations avec lui, à tel point qu'en 2012, il va dire qu'il va voter pour vous à la présidentielle, et non pour Nicolas Sarkozy. C'était quoi, selon vous, François Hollande, la camaraderie corrézienne, ou tout simplement de la haine pour votre adversaire de l'époque ?

4:36
François Hollande

Oui, je me suis longtemps posé cette question après, parce que je ne me la suis pas posée ni avant ni pendant. Avant, on avait cette relation de complicité, de solidarité corrézienne, qui était devenue une forme d'affection, et pour ce qui me concerne, de respect, parce que c'était un ancien président qui avait beaucoup de choses à dire et à confier. Il avait fait un livre, d'ailleurs, pour le faire. Et puis, il y a cette cérémonie, on va dans un musée, le sien, et on passe un bon moment, un long moment, avec un long déjeuner, ce que le déjeuner peut parfois comporter. Et à la fin du repas, il dit, je crois, ce qu'il pense, c'est-à-dire qu'il aurait voulu voter Juppé.

C'est Juppé, son candidat. Mais Juppé ne peut pas être candidat, et il me confie, et à ceux qui étaient tout au début... Devant les caméras. Alors, je vais voter Hollande. Pardon de parler de moi, la troisième personne, mais c'était le cas. Et je suis assez gêné pour lui, parce que je dis, mais attention, il y a des caméras, ce que vous pouvez peut-être dire en privé, pas forcément souhaitable de le dire en public pour vos proches. Et c'est là qu'il fait, par bravade, cette déclaration, parce qu'il s'adresse à la caméra.

Mais moi, je n'ai pas voulu utiliser, instrumentaliser ce moment, parce que ça ne me paraissait pas digne, mais c'était, à l'évidence, un élément de sincérité dont il n'a pas mesuré, je crois, dans sa situation, l'impact qu'il pourrait avoir.

6:15
Invité

Et il vous l'a confié, il vous a dit qu'il avait voté pour vous, à la fin ?

6:19
François Hollande

Je ne sais pas ce qu'il a voté, à la fin.

6:21
Invité

Vous dites, votre complicité avec Jacques Chirac, ça n'a pas toujours été le cas, François Hollande. On se souvient de votre guerre fratricide, vous avez été un de ses grands opposants, à la fois en Corrèze, à la fois comme premier secrétaire du PS, et de vos déclarations. Un rentier de la politique, survivant avec les siens, gérant ses propres clientèles, veillant à sa protection personnelle, voilà ce que vous disiez de lui. Ou encore, Jacques Chirac est un président de circonstances, qui exerce avec inconstance le pouvoir depuis 1995. Vous n'y alliez pas avec le dos de la cuillère, ce n'était pas très complice.

6:49
François Hollande

Non, mais c'était la vie politique. Et il comprenait parfaitement ce rôle, qui était le mien, d'être l'opposant. Il était président avant, il avait été Premier ministre. Et ça a été surtout vrai pendant la période où, en cohabitation, Jacques Chirac président, Lionel Jospin premier ministre, c'était à moi que revenait sa tâche d'attaquer celui qui mettait quand même un certain nombre de difficultés au gouvernement. Et un jour, on s'en est expliqué. Il m'a dit, vous savez, moi j'ai été extrêmement dur avec François Mitterrand. J'ai mené ce travail-là, sans relâche, à partir de 1974 jusqu'à 1995 en réalité. Et j'ai toujours respecté la personne de François Mitterrand. Et vous me respectez.

Et on peut trouver là des formes de convergence, de concordance. Et c'est ce qui a fait que j'ai pu être dur. Il a pu l'être à l'égard de François Mitterrand. Mais j'ai toujours été respectueux de l'homme.

8:00
Invité

Vous dites que vous étiez dur parce que c'était la politique, parce que c'était ainsi, parce que vous étiez l'opposant numéro un et qu'il fallait taper. Mais est-ce qu'il n'y avait pas aussi des raisons de fond ? Ce que je veux dire, c'est qu'est-ce que vous retenez de la politique, du bilan politique de Jacques Chirac maintenant ? Est-ce que vous retenez le discours du Veldiv, le nom à la guerre d'Irak, l'intuition écologique, ou alors l'immobilisme de ces douze dernières années, cette décennie ennuyeuse, comme on peut dire certains, le roi fainéant par exemple ? Qu'est-ce que vous retenez sur le fond ?

8:24
François Hollande

Non, ce n'est pas moi qui l'ai dit.

8:25
Invité

Non, c'est Nicolas Sarkozy.

8:28
François Hollande

Non, ce que je retiens d'un homme sur une carrière aussi longue, c'est qu'il a fluctué et qui a eu plusieurs temps de Jacques Chirac. J'ai connu, quand j'ai été candidat contre lui, Jacques Chirac, plutôt méfiant à l'égard de la construction européenne, utilisant des arguments souvent très droitiers pour faire concurrence à Giscard d'Estaing et n'inventant que des formules pour montrer qu'il pouvait être plus social, le fameux travaillisme à la française. J'ai vu Jacques Chirac, 86-88, premier ministre libéral, se réclamant de Thatcher et de Rigat.

Et puis, j'ai vu aussi un homme capable, et je crois que c'est ce qui a tout changé, en 1995, de se rendre compte que ce qu'il avait de meilleur était en lui. Ce n'était pas chez les autres. Pendant toute cette période, il a essayé de prendre des modèles, alors ça devait être des modèles à un moment allemand, britannique, américain, ou des modèles politiques. Il a été à un moment très fasciné par Giscard d'Estaing avant de rompre avec lui. Il a été convaincu qu'Edouard Balladur était un homme loyal. Puis un jour, il s'est rendu compte qu'en réalité, son talent, sa force, elle était en lui. C'est à ce moment-là que l'image que l'on a eue de Jacques Chirac a changé.

Comment celui qui parlait par phrases saccadées comme des tirs qu'il envoyait sur ses adversaires est devenu un homme sage, un grand-père apaisant. Alors là, on a dit, il est redevenu radical. Non, il était républicain. C'est ça qui, à mon avis, a fait son élection en 1995 et aussi sa réélection en 2002 et qui fait aujourd'hui sa popularité. Parce qu'effectivement, il a fait des choix qui n'étaient pas ceux de son camp. Révolution de la pleine de mort, l'IVG, le Veldiv, la lutte contre l'extrême droite, l'intransigeance. il les a montrés. Pas simplement pour provoquer, non, parce qu'il le ressentait. Vous dites républicain,

10:33
Présentateur

François Hollande, mais pas de droite. Si, je pense que... L'était-il ? Il y a débat là-dessus.

10:40
François Hollande

Toute sa vie et depuis... Non, mais son camp, c'est la droite. Mais sa famille, c'est la République. Et c'est ce qui fait la différence. Il est un des chefs de la droite française pendant des années. Et même en 1995, quand il est élu, c'est dans une forme de débat à droite. Mais sa famille de pensée n'est pas la droite. Sa famille de pensée, c'est la République. Ce qui va faire qu'il va partager des valeurs avec la gauche. Et parmi ces valeurs, il y a la laïcité. Parmi ces valeurs, il y a la dignité humaine. Et puis parmi ces valeurs, il y a aussi une politique étrangère qui est une politique de non-alignement. C'est ce qui fait que, quand il prend la décision de ne pas intervenir en Irak.

Et souvenez-vous, c'est le premier qui avait marqué sa solidarité avec les Américains après le 11 septembre. Tout le monde s'attend à ce qu'il puisse suivre Bush. Il ne le fait pas. Et il ne le fait pas en prenant conscience que ce n'est pas simplement pour la France une forme de protection, c'est aussi pour éviter

11:43
Présentateur

le désordre du monde. Alain Juppé, Dominique de Villepin qui étaient vendredi dans ce studio, François Hollande, disaient que Chirac était un homme beaucoup plus complexe, beaucoup plus tragique peut-être même. que l'image qu'il cultivait est renvoyée volontiers au public. Est-ce que vous l'avez vu, vous, cette complexité, cette part d'ombre ? Ça peut paraître étonnant,

12:03
François Hollande

mais je ne suis pas sûr que le destin que voulait Chirac fut d'être un homme politique. Alors que nous pensons tous qu'il est né pour ça, qu'il avait toutes les qualités pour ça. Je crois qu'il se serait vu une vie de haut fonctionnaire ou de dirigeant d'entreprise publique maniant de grandes causes pour la construction ou pour le transport. C'était ça son... ce qu'il animait. Et puis, vous savez, il y a des circonstances, il rentre au cabinet de Pompidou, il ne connaît pas Pompidou, et il se retrouve candidat en Corrèze. Il aurait pu être battu en Corrèze. Je parle de sa première élection en 1967. Il n'est élu que de quelques voix. Et ça, ça m'est arrivé aussi.

Vous dites, mais si ça avait été l'inverse, si les 200 voix que j'ai eues qui m'ont permis d'être élu, ça avait été 200 voix qui m'auraient manqué. Qu'est-ce qui se serait passé ? Si Chirac est battu en 1967, on peut faire des... C'est la balle de tennis dans le film de Woody Allen.

13:09
Invité

Ça tombe à droite, droite, gauche.

13:10
François Hollande

Qu'est-ce qui se passe ? Vraisemblablement, il est nommé directeur d'administration centrale, et il ne fait plus jamais de politique. Mais il se trouve qu'il fait de la politique parce qu'il est élu et donc ça va l'emmener beaucoup plus loin qu'il ne l'avait imaginé. Et cet homme, qui est effectivement plus complexe, il ne parle jamais de lui. Il est très secret. Il ne veut pas s'exhiber. Il est assez gêné. C'est pour ça que l'aspect extérieur qu'il donne est très différent de l'aspect privé. On dit souvent et ce ne veut pas que pour Chirac. Certains hommes ou certaines femmes politiques sont très dures en public et très agréables en privé. Lui, c'était ça.

Et le jour où il était apparu en public comme il était en privé, il a gagné.

13:51
Invité

Le Chiracisme, n'est-ce pas, en dernière instance, vous le disiez, le refus de toute forme de compromission entre la droite républicaine et l'extrême droite. François Hollande, ce week-end, s'est déroulé une convention de la droite autour de Marion Maréchal Le Pen marquée par des discours anti-islam et anti-immigration très décomplexés, on va dire. Edouard Philippe a condamné des discours nauséabonds, s'est dit frappé par la violence et la tonalité des propos prononcés notamment par Éric Zemmour. Au moment où disparaît Jacques Chirac, est-ce que vous diriez que ce rempart, ce mur entre la droite et l'extrême droite est beaucoup plus poreux aujourd'hui ?

14:19
François Hollande

Il n'y a pas que le mur entre la droite et l'extrême droite qui est poreux. Il y a le mur dans les médias qui est poreux.

14:26
Invité

C'est-à-dire ?

14:27
François Hollande

Vous me parlez d'Éric Zemmour, il travaille dans des organes de presse et pas n'importe lesquels. Et si l'on pense qu'il tient des propos qui dépassent toutes les limites et qui franchissent toutes les digues, il y a bien un moment où il faut prendre des responsabilités.

14:42
Invité

Ça vous choque qu'il travaille toujours au Figaro, qu'il va bientôt travailler dans une chaîne d'infos ?

14:45
François Hollande

Moi, je suis libre d'acheter ou de ne pas acheter ces journaux, de les écouter ou de ne pas les écouter. Donc, moi, je n'ai pas apporté de jugement. Je fais mon choix quotidien. Mais pour des organes de presse, il faut quand même se poser cette question. Parce que ce n'est pas n'importe quel propos qui a été prononcé. Des propos qui, parfois même, ont été condamnés pas simplement moralement, mais sur le plan judiciaire. Donc voilà, on s'est habitué. On a toléré des sorties, des jugements, des diatribes. Il y a même des émissions à la télévision qui sont organisées pour qu'il y ait ce type de polémique. L'outrance, elle a été introduite dans le système médiatique.

Je ne dis pas dans le système politique. Vous voyez, c'est plus grave. L'outrance, elle fait partie du jeu. Ce n'est pas drôle de faire débattre deux modérés, un de gauche, un de droite. On dit, mais c'est fini, c'est la vieille politique, ça. Il faut en finir avec ça.

15:42
Invité

Donner la parole à Zemmour, c'est aussi la liberté d'expression. C'est aussi qu'il représente un certain courant de pensée qui existe aujourd'hui.

15:48
François Hollande

C'est pas du contraire. À ce moment-là, ça s'appelle faire de la politique où on va, dans les émissions où on est invité. Ce n'est pas tout à fait la même chose. On est, à ce moment-là, un acteur politique. Mais je crois qu'il y a quand même...

16:01
Présentateur

Il y a quelque chose qui vous inquiète, là, dans l'état de l'espace plus mal qu'aujourd'hui ?

16:05
François Hollande

Il y a une banalisation du pire. Il y a une banalisation de l'extrême. Il y a une banalisation de l'outrance. Il y a une banalisation du mépris à l'égard d'une partie de la communauté nationale. C'est ça qui me gêne. Parce que, finalement, il y a 20 ans ou 30 ans, il y avait des personnes qu'on n'invitait même pas à la radio et à la télévision. Aujourd'hui, c'est elles qui sont les plus nombreuses à y venir.

16:34
Invité

Non, mais c'est toujours la même question. Si on ne les invite pas, on les fait monter. Si on les invite, on les fait monter. C'est piégeux dans les deux cas, François Hollande.

16:40
François Hollande

Je pense que les médias doivent inviter toutes les personnalités qui font partie du débat politique. Après, est-ce que dans les médias, il doit y avoir ces personnes-là ? Ça, c'est quand même... Quand on... Il y a un petit livre qui s'appelle Récit Livre de Foisselle, il ne faut surtout pas faire des comparaisons. Mais on a connu ça dans l'entre-deux-guerres où il y avait dans les journaux des gens qui tenaient des propos, prenaient des positions qui n'avaient plus rien à voir avec ce qu'était le débat, le commentaire et l'information. Donc, il faut interdire ? Non, je crois qu'il ne faut pas interdire.

Il faut dire que chacun doit être à sa place et qu'il y a des règles qui doivent être posées pour la politique. Vous invitez tout le monde, c'est bien, et que dans les médias, il faut faire attention.

17:26
Présentateur

On passe au standard de France Inter où nous attendent un certain nombre d'auditeurs, nombreux. Bonjour Mathieu.

17:34
Invité

Ah oui, bonjour M. Hollande. Bonjour France Inter.

17:37
Présentateur

Bonjour.

17:37
Invité

Je voudrais savoir si quelque part vous regrettiez un petit peu l'époque de la politique française gauche-droite et est-ce que vous n'étiez pas dans un sens ravi d'avoir quelqu'un qui a réussi à mettre ensemble le centre-gauche et le centre-droite pour réussir les réformes françaises dont on a besoin là où M. Hollande ou M. Sarkozy avaient un petit peu de mal pour faire passer ce genre de réformes. Je vous remercie.

18:05
Présentateur

Merci Mathieu. François Hollande vous répond. Oui,

18:09
François Hollande

c'est une question importante. Je suis effectivement convaincu qu'il n'y a de démocratie que s'il y a contradiction et que s'il y a débat entre la droite et la gauche alors avec les différentes sensibilités au sein de ces deux mouvements. Est-ce que ça veut dire qu'il ne faut pas à un moment se retrouver sur des causes communes et faire un chemin ensemble ? Prenons l'exemple de Jacques Chirac et de moi-même. Il était donc plutôt du centre droit au moins dans ses soutiens. J'étais du centre gauche ou de la gauche et sur des questions comme la laïcité comme l'Europe comme l'écologie on était capable de se retrouver et c'est bien qu'il en soit ainsi.

Mais si on efface toutes les lignes si on supprime tous les clivages si dans la démocratie il n'y a plus rien que le oui ou le oui mais ou le pire leur risque je l'évoquais tout à l'heure c'est que le pire finisse par être la seule alternative donc il faut à la fois de la confrontation et aussi du consensus.

19:16
Invité

Oui mais la question de notre auditeur elle est plus loin elle disait qu'au fond Emmanuel Macron en ayant cassé la droite et la gauche en ayant fait quelque chose qui ressemble à une alliance du centre permet de faire passer ces réformes beaucoup plus facilement que vous que Nicolas Sarkozy c'est ce qu'il disait.

19:29
François Hollande

Vous trouvez que ça passe plus facilement vous les réformes quand on s'y prend ainsi ? Vous trouvez que ça s'est passé dans le consensus ? C'est la question posée par notre auditeur. Oui je ne crois pas du tout il y a eu et vous n'avez pas besoin de revenir sur l'actualité il y a eu aussi des contestations très importantes parce que quand vous êtes dans une démarche où vous pensez avoir raison vous ignorez les contradictions qui viennent parfois du peuple donc au contraire je crois que le président Macron l'a compris il essaye de retrouver un lien une concertation de discuter de consulter de rendre les choses horizontales

20:06
Présentateur

vous y croyez ça

20:06
François Hollande

c'est bien ? C'est quand même mieux de discuter c'est mieux de partager un certain nombre de réflexions de rencontrer les syndicats que de vouloir passer en force prenez l'exemple pour rester sur Jacques Chirac Jacques Chirac quand il a voulu lui-même passer en force qu'est-ce qui s'est passé en 1995 ?

20:26
Invité

97 la dissolution

20:27
François Hollande

et donc ça a été la dissolution la suite et il a voulu passer en force un moment sur le CPE vous vous rappelez avec Villepin finalement il a renoncé et moi-même quand sur une ou deux réformes j'ai voulu passer en force on a une rédition est-ce que ça veut dire parce que ça a été évoqué au début de notre entretien que finalement on ne ferait plus rien il n'y aurait pas de réforme possible regardez toutes les réformes qui ont été faites par la gauche quand elle a gouverné par la droite quand ça lui est arrivé il y a eu des réformes on ne peut pas dire qu'il n'y a pas eu de réforme dans notre pays une réforme de droite il y a eu plusieurs réformes des retraites à droite Baladur Fillon des réformes à gauche pas simplement sur les questions de société il y en a eu beaucoup donc ne laissons pas penser que la droite quand elle gouverne ou la gauche quand elle gouverne elle ne le réforme pas ce n'est pas la même réforme

21:16
Présentateur

mais c'est un mouvement alors je remets en contexte la question de Marie qui nous vient via l'application France Inter le contexte est le suivant Christiane Taubira qui était notre invité il y a quelques jours a dit que le vide à gauche était dramatique elle a dit que s'il le fallait s'il fallait quelqu'un pour tenir le gouvernail pour prendre les rênes en 2022 elle n'en rêvait pas mais qu'elle serait là d'où la question de Marie soutiendriez-vous Christiane Taubira en 2022 si elle se présente

21:46
François Hollande

je comprends très bien la disponibilité de Christiane Taubira c'est une femme pour laquelle j'ai un grand respect et elle a joué un rôle au cours du quinquennat qui est tout à fait précieux enfin on n'en est pas là et ce qu'elle évoquait c'était le vide alors oui faisons attention que le vide ne s'installe pas et ce n'est pas simplement vrai à gauche c'est aussi vrai à droite faisons attention que justement une vie politique tout à fait aseptisée ne vienne pas créer je ne sais quelle répétition de ce qui s'est déjà produit et c'est pour ça que j'appelle plutôt d'un point de vue de citoyen à ce que les grandes formations politiques se réinvestissent et reprennent ce que d'autres ont fait Jacques Chirac le premier recréer une force politique une formation politique faire du débat faire de la contradiction aller auprès des français c'est ça la politique

22:39
Invité

mais elles n'existent plus les grandes formations politiques le parti socialiste

22:41
François Hollande

c'est bien la raison pour laquelle il faut les recréer cette nouvelle génération doit prendre cette responsabilité il n'y a pas de démocratie sans grande formation politique il n'y a pas de démocratie sans pensée politique il n'y a pas de démocratie sans idées politiques et si on veut faire de la démocratie quand il n'y a plus d'idées quand il n'y a plus de pensées quand il n'y a plus de formation politique c'est quoi ? c'est le vide et dans le vide ce ne sont pas les démocrates

23:09
Invité

vous n'avez pas parlé de l'incarnation il manque aussi au delà des idées des formations politiques il manque de l'incarnation aujourd'hui évidemment on va vous poser la question vous allez me dire c'est pas le jour mais Bernard Cazeneuve qui sera notre invité dans quelques jours Bernard Cazeneuve vous en pensez quoi ?

23:23
François Hollande

j'ai beaucoup de sympathie pour Bernard Cazeneuve il a été mon premier ministre et je sais qu'il travaille je sais qu'il publie un livre donc c'est bien mais une incarnation seule ne peut pas suffire quand François Mitterrand pardon là on devrait faire une émission sur Jacques Chirac mais je vais reprendre aussi l'exemple de Jacques Chirac quand François Mitterrand recrée l'espoir à gauche c'est qu'il crée un parti le parti socialiste et qu'il va lui-même en prendre la tête et il va lui donner un programme quand Jacques Chirac fameux discours des glottons ça ne dira rien à personne les glottons si j'espère mais le discours des glottons 1976 quand il lance le RPR pourquoi il lance le RPR ?

parce qu'il veut qu'il y ait dans la droite française un parti qui puisse représenter une conception de la République

24:13
Présentateur

voilà ce que c'est que de faire de la politique Thierry vous demande si nous ne sommes pas en train de sombrer dans une sorte d'idolâtrie excessive depuis la mort de Jacques Chirac qu'idolâtrie paradoxale compte tenu du dégagisme ambiant en politique François Hollande

24:29
François Hollande

la France elle est toujours paradoxale on dégage les vivants on idolâtre les morts elle veut des rois et elle leur coupe la tête elle dégage les vivants et sacre les morts et elle est aussi bien dans la nostalgie que dans la recherche de la nouveauté on est ça en notre propre cerveau en notre propre sein qu'est-ce qui est utile de reprendre dans le passé qu'est-ce qui doit être inventé pour l'avenir et ça c'est le cœur même de ce que doit être là aussi la réflexion politique qu'est-ce qui est permanent qu'est-ce qui vaudra pour toujours est-ce que la politique ça a encore un sens mais on ne fait pas de la politique comme on en faisait dans les années 60 ben non on en fait différemment et on ne tient pas les lecteurs pour simplement un obligé on est obligé de le considérer c'est la démocratie c'est ce qui a été demandé notamment ces derniers mois et puis il faut inventer des politiques qu'est-ce que vous voulez Jacques Chirac de ce point de vue-là il avait anticipé avec la maison qui brûlait mais aujourd'hui le sujet sur lequel le débat politique peut se construire un des sujets c'est bien sûr l'avenir de la planète merci François Hollande

25:40
Présentateur

merci à vous d'avoir été au micro de France Inter ce matin il est 8h48 et le carrefour du 7-9 est devant nous merci à vous

25:49
Locuteur

merci à vous