J. DUJARDIN, la FRANCE, les MILLIARDAIRES & les TRAVAILLEURS - ANASSE KAZIB face à une militante LR
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On a un très joli pays. Le problème, c'est que quand on le dit, rapidement, on est taxé de fachos, alors on se dit, qu'est-ce qu'il faut que je dise ? Je serais trop grave parce que j'aime le pâté. Il n'y a personne qui pense une seule seconde qu'elle aimait le pâté ou la bouillabaisse ou je ne sais quoi, ça fait de vous un facho. Enfin, je veux dire, la réalité, c'est que moi, je pense que Jean Dujardin, déjà, il est rattrapé par le tollé qui a pris son spectacle au moment de la cérémonie de la Coupe du Monde de Rugby en France, où il a voulu essayer de faire un scénario autour d'une France qui n'existe pas.
Par contre, oui, il y a des personnes qui sont en colère vis-à-vis de la politique du gouvernement français, des gouvernements même précédents, qui, pour eux, en fait, ce n'est pas la question du pâté ou du littoral français qui est au cœur, mais c'est la question des inégalités sociales et autres. C'est qu'est-ce qu'on met aussi dans la question de la France ?
La France, c'est tout dans son ensemble. Donc, on ne peut pas critiquer l'un et pas l'autre. Pour moi, voilà, tout le monde est français et on a une vraie identité. J'ai l'impression que là, vous vous dévisez.
Il y a quoi qui a été représenté dans la Coupe du Monde de Rugby, dans sa cérémonie, exactement ? Vous êtes en train de romancer une situation française. du passé et que la réalité, c'est que même si on prend même la France des années 20, des années 30, je veux dire, les classes populaires qui ont souffert, les gens dans les mines, on ne parle jamais, en fait, de la France des insurgés de Saint-Domingue, on ne parle jamais de la France des mutins de la Première Guerre mondiale. Ça, ça n'intéresse pas, ça. C'est-à-dire que la France, c'est sous l'œil des bourgeois, c'est Napoléon Bonaparte, c'est les rois de France, c'est ça la France.
C'est jamais la colonisation, c'est jamais les mutins de la Première Guerre, c'est jamais Saint-Domingue, c'est jamais mai 68, c'est jamais les grandes grèves de 36, c'est jamais ça. C'est systématiquement Napoléon Bonaparte, le béret, le pâté. Le sujet, il n'est pas là. Il vient dans un JT où il y a une crise sociale et politique profonde en France, où en fait, les gens, ils sont en train de dénoncer le système. Ils sont en train de dénoncer, par exemple, qu'on va enlever 7 milliards pour l'hôpital public. L'hôpital public, il est français. Là, ça n'intéresse pas en fait. La salle pétrière, la riboisière et tous les hôpitaux de France, ça, ça n'intéresse pas.
Vous tapez sur Google « Villa Jean-Dujardin », il est dans une villa qui vaut des millions d'euros à Saint-Cloud. Je veux dire, il est totalement déconnecté. Qu'est-ce qu'il connaît de la France en fait, en train dîner avec Georges Clounet et une balade dans le littoral ? Il parle à qui exactement en fait ? Il parle aux personnes qui prennent le métro, qui galèrent, qui font les 3-8, qui sont à ArcelorMittal, à qui on annonce un plan social. Est-ce qu'il fait partie des personnels hospitaliers qui, dans le budget d'austérité de Sébastien Lecornu, ils viennent d'apprendre qu'on va supprimer 3100 postes de fonctionnaires ? Ça, cette France-là, Jean-Dujardin, il n'en a rien à taper.
Il pense que les gens, ils sont en colère aujourd'hui. Ils dénoncent les choses qui se passent dans ce pays uniquement sur le prisme de la culture ou de la gastronomie. Oui, mais très sincèrement, moi, je trouve que c'est un bon sujet.
J'ai juste cette question. Est-ce que vous, par exemple, vous sortiriez le drapeau français à votre fenêtre ? Est-ce que vous êtes fier du drapeau français ? Parce que vous êtes français.
Moi, je suis français, tout à fait. Je suis une assarcelle et personne ne peut pouvoir m'enlever que je suis français. On est tous français ici. Mais la réalité, c'est que moi, déjà, je ne porte pas le drapeau français ni aucun autre drapeau. Parce que je suis marxiste, je suis internationaliste. C'est-à-dire que moi, j'ai un drapeau, c'est le drapeau rouge. Après, je peux comprendre le drapeau français quand il est porté dans... J'allais dans les manifestations du mouvement des Gilets jaunes, où les gens s'approprient le drapeau bleu-blanc-rouge dans le sens de la révolution, dans le sens de la lutte contre Emmanuel Macron, etc.
Enfin, je veux dire, il y a une symbolique que je peux entendre de la part d'un gilet jaune qui dit « Macron démission et qu'il a le drapeau français ». La réalité, c'est que ce drapeau-là, il a aussi un poids politique important dans le passé colonial, dans le passé impérialiste.
Vous avez honte d'être français ?
Je n'ai pas honte d'être français. Moi, je ne sais pas ce que ça veut dire d'avoir... Mais je pense que le belge, il n'a pas honte d'être belge et le jamaïcain, il n'a pas honte d'être jamaïcain.
Mais quand vous dites « moi, je ne sors pas et je ne porte pas le drapeau français ».
Je vous ai dit n'importe lequel. Je veux dire, si j'étais américain, je ne sortirais pas le drapeau américain. Je veux dire, après, c'est mes positions politiques. Moi, je suis internationaliste. Vous savez, il y a une phrase magnifique de Orwell. Est-ce que vous pouvez juste expliquer ? Orwell disait « là où il y a la patrie, il y a la guerre ». Et moi, je suis tout sauf pour considérer que je suis le meilleur, ma gastronomie est la meilleure, ma culture est la meilleure et tout ce qui est à l'extérieur sont des ennemis à abattre et qu'en fait, moi, Cocorico, il faut que je défende coûte que coûte contre l'italien, le russe, le sénégalais, le marocain.
C'est moi le meilleur, c'est moi le français, etc. Je suis contre cette position-là. Moi, je considère que mon intérêt, c'est un intérêt de classe. Je me sens aussi proche du travailleur américain que du travailleur sénégalais, que du travailleur polonais, belge. Si être français, c'est avoir les mêmes intérêts communs que Bernard Arnault et Bolloré, je ne me sens pas avoir des points communs avec ces personnes-là. Et la preuve étant qu'on peut voir que dans un même pays, que vous ayez une pièce d'identité ne vous garantit pas les mêmes droits, etc.
J'en ai assez, en fait, que dans notre pays, on n'aime pas les riches. En fait, Bernard Arnault, c'est qui ? C'est un homme qui donne énormément d'emplois à des milliers de personnes qui exportent le bienfaire français à l'étranger. Donc moi, déjà, je le remercie parce qu'il permet à de nombreuses familles de pouvoir manger.
Bernard Arnault, il ne nourrit pas des familles. C'est les familles ouvrières qui le nourrissent, d'accord ? Il ne fabrique rien du tout. Il n'est ni vendeur chez Sephora. Il ne fabrique pas un sac Louis Vuitton. Il ne fait rien du tout. Il ne sait même pas mettre un rouleau de scotch autour d'un carton. Et pourtant, c'est l'homme le plus riche de la planétaire. C'est quand même incroyable. Moi, je dis juste une chose. Sortons tous les salariés du groupe LVMH, de l'ensemble des usines, des ateliers, des boutiques.
Alors, il embauche 39 351 personnes en France en décembre 2023.
Il profite d'une richesse qui lui a été donnée pour un franc symbolique à l'époque par François Mitterrand. Il s'était sauvé aux Etats-Unis où il s'est lancé dans l'immobilier dans les années 80 au moment de l'élection de François Mitterrand en pensant que c'était le communisme qui était arrivé. Et puis au final, il a vu que ce n'était rien du tout comme communisme. Et au contraire, c'est François Mitterrand, c'est son ami Laurent Fabius qui était dans la même école que Bernard Arnault qui lui a dit, viens Bernard, ici en France, on va te refiler les usines Dior pour un franc symbolique. Et c'est la social-démocratie qui a fait la richesse de Bernard Arnault.
Et c'est surtout les travailleurs des travailleurs.
Vous pensez que Bernard Arnault, dans toute cette fortune LVMH, il n'a aucun rapport ?
Il n'a aucun rapport s'il n'y a pas un seul travailleur. Je vous donne un exemple. Carlos Ghosn. Carlos Ghosn, il était en fuite pendant un an. Il était toujours PDG de Renault. Moi, je n'ai pas vu une seule voiture de Renault arrêter de sortir. Par contre, sortez tous les ouvriers de Renault des usines. Mettez Carlos Ghosn à l'intérieur. Combien de scéniques, combien de voitures il est capable de fabriquer ? Enfin, je veux dire, à un moment donné, après, c'est toujours intéressant, il y a toujours un avocat de Bernard Arnault. C'est ça qui est bien. C'est-à-dire qu'il y a une conscience de classe dans la bourgeoisie qui est assez intéressante.
Bernard Arnault, vous agoniserez dans la rue, il ne vous calculerez même pas. Parce qu'il n'en a rien à taper, en réalité, de ce que les gens peuvent penser de lui. L'essentiel, c'est de le défendre. Et moi, je pense qu'au contraire, il ne faut pas de riches. Il faudrait partager la richesse qui est produite par les milliers et les milliers de travailleurs, sinon les millions de travailleurs qu'il y a ici en France. Et qu'au final, Bernard Arnault, mis à part faire de la captation, utiliser le fruit et la sueur du travail. Je vous donne ce qu'avait dit un ouvrier des ateliers à Saint-Ouen. Parce que Louis Vuitton a aussi des ateliers à Saint-Ouen.
Il dit, vous imaginez, je fabrique un sac Louis Vuitton qui se vend pièce 2500 euros en boutique. Il dit, j'en fabrique quasiment une dizaine par mois. Il dit, mon salaire n'est même pas capable d'acheter un seul des sacs que je fabrique. Est-ce que c'est normal pour vous, Emmanuel Vuitton, qu'un ouvrier de Louis Vuitton qui fabrique 10 sacs qui vont rapporter 25 000 euros à Bernard Arnault, il ne touche même pas un dixième de ce qu'il produit ? Est-ce que c'est normal pour vous ? Alors que sans lui, sans ses mains, sans son savoir-faire, ce sac-là, il n'existe pas en fait. Ce n'est pas Bernard Arnault qui va le fabriquer. Mais ça, ça vous dépasse.
Donc vous, vous considérez que c'est normal que des gens qui se réveillent le matin, qui font les 3-8, gagnent un salaire de misère. Par contre, qu'une personne pèse 200 milliards, ça sert à quoi, Emmanuel Brisson ? Que quelqu'un ait 50 pièces, 200 salles de bain, 300 chiottes, et qu'à côté, vous ayez des personnes qui sont SDF, qui galèrent, que vous ayez 10 millions de personnes qui vivent sous le sol de pauvreté. Vous vous intéressez au drapeau, mais le drapeau français, le drapeau américain, il remplit le frigo de personnes. Et ça, c'est une réalité factuelle.
Moi, je suis ahurie de tout ce que j'entends depuis tout à l'heure. Moi, je pense qu'il y a beaucoup de jeunes qui aimeraient pouvoir dire voilà, je suis fière d'être français, je suis fière d'être française, mais qui n'osent plus le faire parce qu'ils ont peur qu'on les mette dans des cases. Ils ont peur qu'on leur dise voilà, vous êtes d'extrême droite parce que c'est un gros mot aujourd'hui.
Déjà, je pense que pour répondre et dialoguer, moi, je pense que c'est pas vrai déjà qu'avant, les gens portaient le drapeau français, etc. Enfin, je veux dire, allez demander aux Corses s'ils se sentent français, vous allez être reçus. Allez demander aux... Moi, je suis Corse, c'est vrai que c'est un débat. Voilà, allez demander aux Bretons, allez demander aux Basques, etc. Et tout à l'heure, vous avez dit quelque chose qui est une erreur. Moi, je vais de temps en temps en Espagne et aller à Barcelone, aller en Catalogne. Vous allez me dire combien de drapeaux espagnols vous trouvez dans toute la Catalogne. C'est un drapeau qui est lié à des oppressions. On ne peut pas le nier.
Je veux dire, quand vous parlez, vous allez demander à un Algérien, vous allez demander à un Sénégalais, à un Ivoirien le drapeau français. Vous allez demander à des Maliens et autres. On est en France.
Moi, je ne vais pas aller au Mali en disant que le drapeau malien est un drapeau d'oppression. Quand je vais au Mali, je respecte le pays. Oui, mais la différence
c'est qu'au Mali, vous avez une base militaire française au Mali.
Si vous avez honte de la France, partez.
Mais pourquoi je vais partir ? Parce que vous crachez
sur la France depuis le début.
Je crache sur rien du tout.
Je suis désolée. Je crache sur rien du tout.
Je vous dis les choses factuelles. Demandez aux Corses de se casser. Alors, pourquoi vous ne dites pas les Corses, cassez-vous ? Vous qui n'aimez pas la France, les Corses, cassez-vous ? Ou les Bretons qui n'aimaient pas la France, cassez-vous ? Pourquoi vous ne leur dites pas ça ? Parce que la réalité, Vous nous parlez des Maliens depuis tout à l'heure. C'est que vous jouez à cache-cache avec votre idéologie et votre politique. Votre politique, en réalité, c'est une politique de droite, d'accord ? Réactionnaire, ok ? En quoi je suis réactionnaire ?
Et vous essayez de vous approprier la France qui, je ne sais pas ce que vous mettez dans la France, mais dans votre France, vous ne dites pas, par exemple, que vous êtes pour la retraite à 64 ans et même plus. C'est quoi le rapport avec la fierté d'être français ? Vous êtes pour que les Français travaillent beaucoup plus. C'est-à-dire que vous essayez d'utiliser les questions identitaires nationalistes pour cacher un discours qui est minoritaire. Quelle question identitaire ? Vous faites partie des 6% de Français qui soutenaient la réforme des retraites. De quelle question ? Et ça, ça vous emmerde. De quoi vous m'acusez ?
C'est-à-dire que vous êtes dans un pays où les gens n'en ont rien à taper de vos histoires de drapeau. Ils sont en train de vous dire qu'on veut manger. Et que vous faites partie des LR, vous faites partie des Rotaillots et de toutes ces personnes-là qui, au contraire, utilisent la question nationaliste pour cacher tout ça. Vous nous dites oui, le drapeau français est oppressant.
Il est oppressant pour les populations étrangères. Vous avez cité les Maliens. Je suis désolée, mais quand je vais au Mali, je respecte les coutumes du Mali. Je respecte le drapeau malien. J'estime que quand des personnes étrangères viennent en France, elles respectent la France. Elles respectent le drapeau français. Elles respectent son identité. Elles respectent sa langue. Elles essayent... Si elles veulent vivre en France, elles s'assimilent. D'accord ? Elles parlent français. Elles aiment leur pays. Et c'est ce qu'on fait.
Et vous vous parlez malien quand vous allez au Mali ? En vacances ? Oui, vous parlez malien ? Quand je vais au Mali ? Non, quand vous vous installez au Mali, vous connaissez combien de patrons français qui parlent malien, qui parlent soniqué, qui parlent marocain ? C'est de linge en vie. Combien de retraités ? Moi, je suis de Marrakech. Allez dans la ville, allez au centre, au cœur de Marrakech. Allez visiter des maisons d'hôtes tenues par des Français. Il y a combien de Français qui parlent marocain ?
Moi aussi, je suis issu de l'immigration, mais je n'en parle jamais. Parce que j'estime que quand on va dans un pays, on s'assimile. On aime son pays.
Ça veut dire quoi, s'assimiler ?
S'assimiler ?
Ça veut dire quoi ?
C'est-à-dire que j'avais envie d'être en France. Enfin, moi, je suis née en France. Mais quand on souhaite aller en France...
Donc pourquoi vous devez vous assimiler si vous êtes née en France ? Vous racontez une histoire qui n'existe pas.
En France, les gens, ils viennent en France, ils peuvent commettre toutes les infractions du monde, ils sont sous OQTF, ils sont fichés S, ils ne rentrent jamais chez eux. Ça, ce n'est pas normal.
Et même quand Nicolas Sarkozy est condamné, vous faites une manifestation pour empêcher qu'ils rentrent en prison. C'est incroyable, la France.
Bien sûr. Anna, c'est en réponse claire. Vous êtes fier d'être français ?
Est-ce que je suis fier d'être français ?
Oui ou non ?
Moi, je suis fier d'être un travailleur ici en France. Non, est-ce que vous êtes fier d'être français ? Je suis fier de lutter ? Mais ça ne veut rien dire, en fait. Si, ça vous peut dire qu'on est fier d'être français. Écoutez, Magali Berda, moi, je suis désolé. Vous posez une question, je vous dis que la question, pour moi, elle n'a aucun sens. Ça veut dire quoi, être français ? Si être français, c'est porter le combat des travailleuses et travailleurs de 36, les mutins, etc., l'histoire de Saint-Domingue, les luttes anticoloniales, moi, je suis fier de tous ces combats et de toutes ces luttes-là, de 68, de 95, des gilets jaunes, etc. Moi, je porte ce combat-là.
Maintenant, ce n'est pas ce que vous mettez derrière France, je pense. C'est ce que Emmanuel Brisson ne met pas les mêmes choses. Et je suis pour l'accueil des étrangers, je suis pour même la liberté de circulation et d'installation. Et il y a quelque chose qu'on ne dit pas, c'est qu'être français, c'est aussi une carte d'identité et qu'on exclut des milliers, sinon des millions de personnes qui, malheureusement, vu qu'ils ne sont pas... Je vous remercie à tous les deux.
Merci, Anna Kazib. Merci, Emmanuel Brisson. Merci pour l'invitation. Merci pour ce débat. Merci.
Merci.
Anasse Kazib