Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
Podcast / conversationFrance Culture — Le Temps du débat (sur Site radio)· 23 juillet 2026 43 minContradictoireActualité / polémiqueSolidarités & familleSécuritéJusticeInstitutions & élections

Le masculinisme est-il un terrorisme ?

Au micro : Antoine DulsterSource d'origine 3 locuteurs

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 16 %Attaque 33 %Défensif 51 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:25OuverteRéponse directe

    Quel est l'état de cette menace et comment la qualifier ?

  • 2:58OuverteRéponse directe

    Quel est l'état de cette menace masculiniste aujourd'hui, Stéphanie Lamy ?

  • 3:46OuverteRéponse directe

    Jean-François Ricard, est-ce que c'est une menace qui est avérée ?

  • 4:40OuverteRéponse directe

    Même question pour vous, Lalou Rival, sur l'état de cette menace, et aussi question subsidiaire : que recherchent ces jeunes gens, ces incels, par ce passage à l'acte violent ?

  • 5:23OuverteRéponse directe

    Alors, justement, Stéphanie Lamy, sur cette constellation de ces galaxies véritablement masculinistes, existe-t-il un continuum, peut-être, avec des incels très exposées, très violentes, très visibles, et puis derrière, effectivement, d'autres comportements plus problématiques, mais qui peuvent mener à ces passages à l'acte ?

  • 8:20OuverteRéponse directe

    Jean-François Ricard, est-ce qu'on peut lier ça à une forme de complotisme, de suprémacisme ? Comment caractériser cette violence très spécifique ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:23InvitéFait
    « Le masculinisme, entendu comme une idéologie de rejet des femmes, du féminisme, des minorités de genre, par des hommes hétérosexuels, est désormais pris très au sérieux par les autorités de l'État, qui redoutent une multiplication des passages à l'acte violent. »
  • 0:29InvitéFait
    « Un rapport récent du Sénat, de même que la Direction Générale de la Sécurité Intérieure évoque explicitement un risque de terrorisme masculiniste. »
  • 1:44InvitéFait
    « En fait, c'est sa frange la plus radicale qui nous intéresse depuis quelques années, ce qu'on appelle les « involuntary celibate », donc les « incels », qui est donc une frange avec une potentialité terroriste forte. »
  • 1:55InvitéFait
    « On a vu des développements en France, à compter de janvier 2025 notamment, avec la multiplication de profils sur TikTok, de jeunes profils, et de plus en plus de discussions de projets violents. »
  • 3:13InvitéFait
    « Juste pour remettre un petit peu les définitions, les masculinismes sont multiples. »
  • 3:56InvitéFait
    « Je partage tout à fait l'intervention que nous venons d'entendre de ce fonctionnaire de la Direction Générale de la Sécurité Intérieure, la DGSI. »
  • 4:11InvitéFait
    « Aujourd'hui, ce mouvement parmi les mouvements masculinistes, le mouvement incel dont il a été question, est un mouvement violent, et il faut donc le prendre en compte pour le danger potentiel qu'il représente. »
  • 5:40InvitéFait
    « Incel, comme ça a été dit dans l'intervention de la DGSI, c'est pour Inventory Célibates, donc les célibataires involontaires, si on traduit très littéralement. »
  • 6:38InvitéFait
    « Stéphanie Lamy, dans votre ouvrage, vous évoquez un mouvement de bâclage, donc en français, de réaction, de retour de bâton par rapport au mouvement MeToo. »
  • 7:45InvitéFait
    « En fait, ce sont des hommes qui s'estiment génétiquement opprimés et qui estiment avoir droit à des corps de femmes génétiquement supérieures pour une égalité entre hommes. »
  • 8:43InvitéFait
    « Il faut une infraction. Par n'importe laquelle, des infractions graves. »
  • 8:49InvitéFait
    « Cette infraction doit être réalisée dans un certain contexte, c'est-à-dire dans le cadre d'une entreprise. Une entreprise, ça exclut tout ce qui est spontané. »
  • 13:42InvitéFait
    « Cédric Prison qui est donc un individu qui a assassiné son ex-conjointe au Portugal et sa conjointe avant qu'il avait enlevé ses enfants. »
  • 31:53InvitéFait
    « ces faits ne sont pas de nature terroriste pour les raisons juridiques, ils ne sont pas de nature terroriste. »
  • 31:59InvitéFait
    « la législation antiterroriste, cela implique des peines particulières, cela implique aussi une centralisation des poursuites, cela implique aussi une cour d'assises spécialement composée. »
  • 33:35InvitéFait
    « L'article 421-1, il est parfait. Il s'applique très bien au terrorisme masculiniste également. »
  • 38:09InvitéFait
    « Faire de la lutte contre le masculinisme un enjeu majeur de politique publique, réguler et assainir l'espace numérique, repérer et prévenir les trajectoires de radicalisation, réveiller les consciences en mobilisant l'ensemble de la société. »
  • 41:03InvitéFait
    « la restriction des réseaux sociaux au moins de 15 ans. »
  • 42:21InvitéFait
    « le 39-19 a vu son standard saturé par des groupes de paire séparés entre autres. »

Temps de parole

  • Invité36 %
  • Invité 221 %
  • Invité 320 %
  • Invité 418 %
  • Invité 53 %

0,5 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

France Culture, question du soir, Antoine Dulster.

0:06
Invité

C'est un terme qui s'est invité de façon tragique dans l'actualité de ces dernières années. Le masculinisme, entendu comme une idéologie de rejet des femmes, du féminisme, des minorités de genre, par des hommes hétérosexuels, est désormais pris très au sérieux par les autorités de l'État, qui redoutent une multiplication des passages à l'acte violent. Quel est l'état de cette menace et comment la qualifier ? Un rapport récent du Sénat, de même que la Direction Générale de la Sécurité Intérieure évoque explicitement un risque de terrorisme masculiniste.

Ces alertes au plus haut niveau de l'État posent un certain nombre de questions, aussi bien sur la dimension sociétale et politique de cette nouvelle menace que sur notre conception du terrorisme. Le masculinisme est-il un terrorisme ? Nous en parlons avec trois invités. Stéphanie Lamy, bonsoir. Bonsoir. Et merci d'être avec nous à distance depuis Toulouse. Vous êtes chercheuse en sciences politiques. Vous avez notamment publié « La terreur masculiniste » en 2024 aux éditions du Détour. Jean-François Ricard, bonsoir. Bonsoir. Et merci d'être avec nous ce soir. Vous êtes magistrat, premier procureur national antiterroriste entre 2019 et 2024. Lalou Rival, bonsoir.

1:14
Locuteur

Bonsoir.

1:15
Invité

Vous êtes doctorante à l'Université Paris VIII, Vincennes-Saint-Denis, en linguistique anglaise. Et vous analysez dans votre thèse les mouvements masculinistes sur les réseaux sociaux. Merci à tous les trois d'être au micro de Questions du Soir. Ça fait plusieurs années qu'on s'occupe des théories masculinistes, en ce qu'elles ont beaucoup de pointes de convergence avec les thèses d'ultra-droite. En fait, c'est sa frange la plus radicale qui nous intéresse depuis quelques années, ce qu'on appelle les « involuntary celibate », donc les « incels », qui est donc une frange avec une potentialité terroriste forte.

On a vu des développements en France, à compter de janvier 2025 notamment, avec la multiplication de profils sur TikTok, de jeunes profils, et de plus en plus de discussions de projets violents. Les profils les plus inquiétants peuvent commencer à 13 ans, mais ce n'est pas forcément la majorité. C'est plutôt vers 14-15 ans, là on en a beaucoup. C'est quand même des gens qui ont des pulsions assez autodestructrices ou mortifères, avec des failles psychologiques, des problèmes mentaux pas forcément diagnostiqués.

Et l'autre point important, c'est qu'on a retrouvé des victimes de harcèlement scolaire, qui vont essayer de trouver des exutoires ou des manières de gérer ce trop-plein d'émotions ou d'agressivité qu'ils ont autour d'eux. Ce sont des profils qui sont plus dangereux, dans la mesure où le fait de concrétiser son passage à l'acte est beaucoup plus rapide. En quelques mois seulement, quelqu'un peut passer d'un adolescent à peu près dans la construction normale, à quelqu'un de radicalisé, et après passer à l'acte. Voilà quelques mots d'une interview d'un agent de la DGSI par la Cellule Investigation de Radio France. On parle ici de passage à l'acte violent de la part de très jeunes gens.

Quel est l'état de cette menace masculiniste aujourd'hui, Stéphanie Lamy ? Oui, merci pour la question. En fait, là, on n'a entendu qu'une partie, un tout petit pan de l'univers masculiniste. Juste pour remettre un petit peu les définitions, les masculinismes sont multiples. Les incels ou les lookistes, comme je les appelle, les lookistes, en fait, c'est un tout petit pan de l'univers masculiniste. L'état de la menace aujourd'hui n'est pas réellement pris en compte par les autorités françaises, puisqu'ils vont s'attacher à regarder uniquement l'ultra-droite, et parmi l'ultra-droite, certains profils qui font aussi partie de l'univers incel.

Tous les autres mouvances, par exemple les MGTOW, les perséparés, les NOFAP, enfin c'est très très varié, ne sont absolument pas surveillés. Jean-François Ricard, est-ce que c'est une menace qui est avérée ? On ne parle pas de quelques personnes déséquilibrées, il y a quelque chose peut-être de plus structuré. Je partage tout à fait l'intervention que nous venons d'entendre de ce fonctionnaire de la Direction Générale de la Sécurité Intérieure, la DGSI. Il y a quelques années, on aurait ouvert des yeux ronds dans ce moment de quoi il s'agissait.

Aujourd'hui, ce mouvement parmi les mouvements masculinistes, le mouvement incel dont il a été question, est un mouvement violent, et il faut donc le prendre en compte pour le danger potentiel qu'il représente. Ce n'est évidemment pas la menace terroriste principale qui reste massivement la menace djihadiste, mais c'est un phénomène qui a déjà été pris en compte par tous ceux qui travaillent sur le terrorisme, qu'il s'agit des services de renseignement, de la police judiciaire, et bien entendu des magistrats. Même question pour vous, la lourivale, sur l'état de cette menace, et aussi question subsidiaire, que recherchent ces jeunes gens, ces incels, par ce passage à l'acte violent ?

Alors, sur la question de l'état de la menace, c'est une menace qui est très réelle. Moi, j'aurais tendance à être d'accord avec Mme Lamine que c'est une menace qui est à minima sous-estimée. On va effectivement regarder les groupes incels, parce que ce sont ceux qui, historiquement, ont eu des passages à l'acte très spectaculaires, très tragiques, très violents. Ceci étant dit, on sait qu'il y a plein d'autres groupes, comme elle le disait, dans la nébuleuse masculiniste, et notamment, on sait que souvent, les gens qui finissent dans les groupes incels, ils commencent dans d'autres groupes.

Donc, il y a aussi un terreau de radicalisation qui existe avant le passage vers les communautés incels, et avant le passage à l'acte violent. Alors, on va peut-être faire des questions de définition aussi dans cette émission, puisqu'on vient d'évoquer plusieurs fois le terme d'Incel. Donc, est-ce qu'on peut définir ce terme ? On va les définir chacun, les uns à la suite des autres, évidemment, quand on va employer comme ça ces termes. Tout à fait. Donc, Incel, comme ça a été dit dans l'intervention de la DGSI, c'est pour Inventory Célibates, donc les célibataires involontaires, si on traduit très littéralement. Ce sont des...

à quasi-totalité des hommes qui croient à l'existence de ce qu'on appellerait une hypergamie féminine ou femelle, puisqu'ils ont tendance à utiliser des termes très biologisants. Ce serait la notion que si l'on note des personnes sur leur apparence physique et à quel point ces personnes sont socialement considérées comme en étant attirant, sexuellement ou physiquement parlant, les femmes qui sont, et excusez-moi en avance pour les termes de notation, les femmes qui sont un 3 sur 10 peuvent arriver à avoir une relation avec un homme qui est un 6 sur 10, par exemple.

Donc, cette hypergamie, elles peuvent relationner avec des hommes au-dessus d'elles, entre guillemets, là où les hommes, eux, ne sont pas capables de faire ça. Et du coup, les hommes qui sont, encore une fois, entre guillemets, en bas de cette pyramide, de cette notation, se retrouvent biologiquement et physiquement condamnés au célibat et ils se considèrent par conséquent comme étant discriminés, en réalité. Stéphanie Lamy, dans votre ouvrage, vous évoquez un mouvement de bâclage, donc en français, de réaction, de retour de bâton par rapport au mouvement MeToo. D'où vient le masculinisme ?

Est-ce que réellement, on peut analyser ça comme une réaction aux conquêtes des mouvements féministes et des minorités de genre ces dernières décennies ? En fait, ce sont des retours de bâton successifs sur les décennies. Les premières mouvances masculinistes, les canals historiques des masculinismes, ce sont les organisations de paire séparées dans les années 60-70, y compris en France, qui ont déjà commis des attentats.

Donc, en fait, il y a eu des vagues successives d'avancées des droits des femmes, la vague féministe est le deuxième, troisième, quatrième aujourd'hui, et à chaque fois, il y a des milieux radicaux masculinistes qui vont se structurer pour contrer les avancées des droits des femmes. Maintenant, ce n'est pas un phénomène nouveau, c'est un phénomène, en France en tout cas, qui existe depuis les années 70 et qui est extrêmement dangereux, au-delà de sa dimension incel, qu'il faut un peu dépasser. Alors, les incels, c'est un terme propagande, donc c'est pour ça, moi tout à l'heure je disais que je ne l'utilise pas, c'est le loukisme.

En fait, ce sont des hommes qui s'estiment génétiquement opprimés et qui estiment avoir droit à des corps de femmes génétiquement supérieures pour une égalité entre hommes. Et pour revendiquer auprès de l'État, y compris par des moyens violents sur l'espace public, donc des attaques par camion-bélier, des attaques au couteau, des fusillades, et ce sont les seuls groupes qui, en fait, commettent des attaques sur la voie publique. D'autres mouvances masculinistes vont commettre des attaques dans l'espace privé, et c'est vraiment ça qui est attaqué, c'est la norme d'égalité qui est attaquée par ces mouvances-là.

Jean-François Récard, est-ce qu'on peut lier ça à une forme de complotisme, de suprémacisme ? Comment caractériser cette violence très spécifique ? Je crois qu'il faut être extrêmement prudent également. Il y a d'abord une analyse sociologique, et nos intervenantes aujourd'hui sont avant tout là pour ça. C'est une analyse sociologique qui nous permet de mieux comprendre ces phénomènes qui, encore une fois, sont en France à la fois récents et présentes, comme ça vient d'être rappelé, une certaine antériorité. Et puis, il est une analyse juridique, c'est-à-dire comment peut-on qualifier ces faits ? S'agit-il d'abord d'infraction ?

Ensuite, s'il s'agit d'infraction, c'est-à-dire de faits contraires à la loi pénale, comment les qualifier ? Et puis, en troisième lieu, s'agit-il d'infraction à caractère terroriste, c'est-à-dire ayant des circonstances très particulières ? Et celle-là, je reviendrai plus tard pour m'en expliquer plus en détail. Alors, Lalo Rival, vous, vous avez travaillé sur plusieurs dizaines de milliers de tweets, en l'occurrence, sur la mouvance masculiniste. Alors, vous avez parlé des incels. Est-ce qu'on pourrait entrer dans le détail de ces galaxies masculinistes, que je crois qu'il y a énormément de sous-groupes ?

On parle de « men going their own way », qui prône une forme de séparatisme contre les femmes. Il y a des « men's rights activists » qui se présentent comme des défenseurs des droits civiques des hommes. De quoi est-elle composée, cette galaxie des masculinistes ? Alors, c'est une galaxie qui est extrêmement compliquée à définir, notamment parce qu'il faut comprendre que tous ces groupes sont très poreux. En réalité, il est extrêmement difficile de les définir de façon rigide.

Effectivement, certains constituent des points, souvent, qui sont assez bien identifiés dans la recherche, donc le fameux « men going their own way », qui prônent ce séparatisme, néanmoins, quand même, dans une intention de remettre les femmes, entre guillemets, encore une fois, à leur place, sur ce qu'ils appellent le marché sexuel. Donc, c'est une façon très néolibérale de référer aux relations genrées dans les relations hétérosexuelles.

Et donc, voilà, « men going their own way », ils veulent effectivement arrêter de relationner avec les femmes dans le but, à la fin, de remettre les femmes à leur place et de les forcer à arrêter cette fameuse hypergamie à laquelle ils ont tendance à croire également. Est-ce que vous avez identifié, pardonnez-moi de vous interrompre, mais justement des degrés divers de dangerosité en fonction de ces groupes et de risques de passage à l'acte ? On a tendance, au vu de ce qu'on connaît, des passages à l'acte historique. Donc là, je pense, effectivement, en France, on a le cas de Timothy. Donc, on parlera, il me semble, qui a été arrêté dans ce contexte-là l'année dernière.

Aux États-Unis ou en Amérique du Nord, plus généralement d'ailleurs, on a Elliot Rodger en 2014, qui avait quand même tué 6 personnes et blessé 14. On a Alec Menassian à Toronto, pour le coup, en 2018, qui avait renversé des gens volontairement avec une camionnette. Donc, ce sont des personnes qui se sont passées à l'acte. Et ces trois-là, pour le coup, se revendiquent incelles. Donc, on a tendance à parler des incelles quand on parle du passage à l'acte. Mais il faut bien comprendre, la dangerosité existe bien avant les incelles et bien en dehors des incelles.

On peut penser à quelqu'un comme Rouche-Uvi, par exemple, un blogueur d'Amérique du Nord, qui, de base, se situait dans la catégorie des coachs en séduction, une catégorie de masculinistes qui vont donner des techniques pour aller draguer, coucher avec, relationner avec, des femmes, notamment dans l'espace public, avec souvent un élément d'harcèlement très important. Et c'est quelqu'un qui a évolué vers quelque chose de similaire à Meg Tao, MG Tao, Men Going Their Own Way.

Donc, c'est quelqu'un quand même qui a publié un essai, entre autres horreurs, selon lequel il faudrait légaliser le viol dans l'espace public, dans l'espace privé, pardon, pour forcer les femmes à prendre des mesures préventives. On parle d'un discours qui est quand même extrêmement dangereux. Il a prétendu que c'était de l'ironie. On y croit ou pas. Mais tout ça pour dire, la dangerosité existe bien en dehors du cercle des incelles, même s'il est vrai qu'on observe plus de passages à l'acte de leur côté dans la sphère publique. Je pense que le propos de Mme Lamy est aussi très intéressant. Il faut voir la sphère privée également.

Alors, justement, Stéphanie Lamy, sur cette constellation de ces galaxies véritablement masculinistes, existe-t-il un continuum, peut-être, avec des incelles très exposées, très violentes, très visibles, et puis derrière, effectivement, d'autres comportements plus problématiques, mais qui peuvent mener à ces passages à l'acte ? Oui, en fait, il y a déjà eu des passages à l'acte inspirés par l'idéologie MG Tao en France. Le féminicide de Mélanie Gionne en 2020 a été commis par Michael Filetas et qui était totalement embrigadé par l'idéologie MG Tao. radicalisé sur YouTube et qui ensuite passait à l'acte façon commando, avec 80 coups de couteau.

Il a assassiné son ex-conjointe, tenté d'assassiner son nouveau conjoint et tenté de violer sa sœur. Donc, on est sur des attaques dans la sphère privée qui ont déjà eu lieu par des individus qui ne sont pas jeunes. C'est pour ça qu'il faut vraiment arrêter de parler que des jeunes. On est aussi sur des mouvances qui peuvent avoir des aspects terroristiques. Le problème, c'est qu'on a encore les lunettes du djihadisme quand on décrit le terrorisme masculiniste. Du coup, les incels, oui, sont identifiés parce qu'ils ont un peu le mode opératoire qui ressemble un petit peu à un tac djihadiste.

Malheureusement, aujourd'hui, les forces de l'ordre ne sont absolument pas formées pour reconnaître la radicalisation ou la proportion du passage à l'acte des milieux autres qu'incels. Autre attentat masculiniste, c'est celui de Cédric Prison qui a un peu chamboulé le regard et le débat public en ce moment sur le terrorisme masculiniste. Cédric Prison qui est donc un individu qui a assassiné son ex-conjointe au Portugal et sa conjointe avant qu'il avait enlevé ses enfants. Cédric Prison était radicalisé dans le milieu des sphères séparés. Pareil, c'était un individu qui avait une quarantaine d'années. Donc vraiment, il faut arrêter de parler que des jeunes et du numérique.

On a aussi de la radicalisation qui peut s'opérer sur des individus plus âgés. Le problème, c'est... Bon, il y a certaines personnes qui définissent que c'est le terrorisme mais qui ne sont pas encore formées à reconnaître le terrorisme masculiniste. Eh bien justement, le masculinisme est-il un terrorisme ? On débat dans ce numéro de questions du soir et j'aimerais à ce propos vous faire entendre quelques échos d'une affaire qui a éclaté il y a un an à Saint-Étienne.

14:33
Locuteur non identifié

Il était très timide. Il parlait à très peu de monde. Il ne parlait que à l'internat dans sa chambre. Mais sinon, en public, en classe, il ne parlait peu.

14:42
Présentateur

Moi, j'ai rencontré un jeune qui est fragile. C'est un profil qui est marqué par une certaine souffrance et très éloigné de l'image d'un individu déterminé à agir.

14:56
Invité

Voilà quelques témoignages au sujet de l'affaire Timothy, donc extrait du journal de 20 heures de France 2 du 3 juillet 2025. Jean-François Ricard, quels éléments ont amené le parquet national antiterroriste à se saisir de cette affaire ? Parce que c'est ce qui a fait la singularité de cette affaire. Première saisine d'une violence ou d'une tentative de violence masculiniste au titre de l'antiterrorisme. La réponse, c'est le droit. Le terrorisme, c'est une circonstance particulière définie par la loi. Et c'est une circonstance qu'il faut manier avec beaucoup de précautions. Ce n'est pas parce qu'on est, par exemple, salafiste qu'on est un terroriste.

Ce n'est pas parce qu'on est d'extrême gauche qu'on est un terroriste ou d'ultra droite. Ce n'est pas non plus parce qu'on est masculiniste qu'on est nécessairement un terroriste, y compris lorsque l'on commet une action violente. Toute action violente, même par des individus idéologisés, n'est pas nécessairement du terrorisme. Il faut que ça réponde à la loi. Et pourquoi ? Parce que si on élargit trop largement l'appréhension terroriste, à ce moment-là, on peut porter très gravement atteinte aux libertés. On pourrait qualifier des mouvements, par exemple, politiques qui font des manifestations violentes comme étant terroristes.

On pourrait aller très loin ainsi et porter très gravement atteinte à la démocratie ou aux libertés. Par conséquent, il faut rester dans un cadre précis qu'a défini la loi. Et c'est ce qui a été appliqué il y a un an dans le cadre de l'affaire où il est évoqué. Alors Stéphanie Lamy, quels éléments de cette affaire, Timothée, de votre côté, ont retenu justement votre attention ? On peut rappeler que ce jeune avait, à l'époque 19 ans, il était mis en examen pour avoir voulu s'en prendre à plusieurs jeunes femmes de son lycée, de Saint-Étienne.

Et voilà, donc un passage à l'acte violent qui a été empêché, une personne mise en cause très jeune et a priori par un profil de marginal puisqu'il était étudiant en classe préparatoire. Oui, en fait, je rejoins M. Ricard sur le fait que les mesures antiterroristes doivent être utilisées avec parsémonie, qu'il y a déjà un corps de jurisprudence sur ce genre d'affaires, que l'article 421-1 qui définit les actes terroristes dans le droit pénal peut très bien s'appliquer également au terrorisme masculiniste.

Dans le cas de Timothée Gé, moi, je n'ai pas les éléments de dossier, heureusement, parce que c'est quand même une procédure pour terrorisme, mais tout ça pour dire qu'en fait, il faut avoir la volonté d'atteindre, de troubler gravement l'ordre public. Alors, le problème avec le terme ordre public en France, c'est qu'il est trop souvent réduit à l'espace public. Alors que l'ordre public est une notion beaucoup plus large qui englobe en fait les règles et les normes qui font la nation, qui font la république. Et ce que je dis, c'est qu'en fait, les mouvances masculinistes attaquent la norme de l'égalité et également les institutions qui vont les mettre en œuvre.

Donc, avec Timothée Gé, je n'ai pas les précisions, je pense que c'est une affaire qui est très sensible, donc, ils ne sont pas publiques. Mais, en tout cas, les cibles n'étaient pas aléatoires puisqu'ils connaissaient très bien les quatre femmes qu'ils voulaient assassiner. Ils utilisaient un moyen connu de l'attaque au couteau. L'espace était l'espace public, donc ça, c'est quelque chose qui est plutôt reconnaissable. Et les moyens, donc, voilà, encore une fois, ce sont des moyens qui reproduisent un petit peu les tactiques djihadistes.

Alors, la lourivale de votre côté, quels éléments vous ont interpellé peut-être dans cette affaire par rapport à la galaxie de choses que vous connaissiez bien ? Là, on est face à une personne très jeune, donc Insel, Oui, alors, je pense qu'une chose où il faut faire assez attention, effectivement, j'en ai parlé un petit peu avec M. Ricard, c'est que dans le cas, que ce soit des passages à l'acte violent ou des masculinistes en général, il n'y a pas du tout autant un profil type qu'on aurait tendance à l'imaginer. C'est vrai qu'effectivement, le cas de Timothée, on aurait tendance à penser que c'est le profil type.

On parle souvent des encelles comme étant des personnes très jeunes et je rejoins Adam Lamy sur le fait qu'en réalité, les masculinistes, c'est beaucoup plus large que ça, les encelles également. Il y a des voies de radicalisation qui existent en dehors des réseaux sociaux mais même si on ne regarde que les réseaux sociaux, c'est bien plus large que ça. Donc, on aurait tendance à penser, il me semble que le cas de Timothée est un cas typique puisqu'on parle effectivement de quelqu'un qui est très jeune. On peut aussi parler évidemment de l'aspect est-ce que c'était quelqu'un, après, je n'ai pas les éléments du dossier bien sûr, qui était dans une situation de solitude, etc.

Et il me semble que c'est un piège quelque part de parler de ça souvent. On a une forte tendance effectivement à... Vous voulez dire de psychologiser trop les dossiers ? Exactement. De trop psychologiser et souvent également de remettre par ça une espèce de responsabilité indirecte, aussi intentionnelle que ça puisse être bien sûr, de peut-être que si ce garçon-là a fait ça, si cet homme-là a fait ça, c'est parce que les femmes de son entourage ne l'ont pas assez, n'ont pas assez relationné avec lui, n'ont pas assez, etc. Quand on regarde Elliot Rodger qui a commis cet attentat en 2014, il a laissé un manifeste sur une masse, mais c'était en Californie.

My Twisted World, c'est le titre de son manifeste dans lequel, de façon assez incroyable, il décrit avoir été brimé par des camarades principalement masculins d'ailleurs. Et comme l'a noté, il me semble que c'est Emis Rini Bassan, il a été brimé par des camarades masculins, mais il blâme les femmes autour de lui. Et en fait, il considère sa violence comme justifiée par ça. Et il me semble que la psychologisation et l'idée d'avoir un profil type, quelque part, c'est piégeux. Stéphanie Havie, vous rejoignez ce constat qui vient d'être formulé par la Lourival, c'est-à-dire attention à la psychologisation. Il y a bien un passage à l'acte violent et donc une responsabilité évidemment des auteurs.

Oui, en fait, dans les actes terroristes, il y a une dimension médiatisation de l'acte qui est très importante. Comment en fait le mode de production de l'information participe à l'atteinte des objectifs stratégiques des groupes. Après l'attentat à Toronto en 2018, un attentat INCEL qui a tué une dizaine de personnes, le débat public tournait autour de mettre à disposition des jeunes hommes des sexbots pour qu'ils puissent assouvir en fait leurs pulsions sexuelles. C'était ça le niveau de débat public parce qu'on avait une tendance à trouver de la sympathie pour les auteurs qui étaient tellement désespérés, tellement esselés qui commettaient cet acte horrible.

Alors vraiment dans la médiatisation des actes masculinistes, des violences masculinistes, tout comme avec les violences faites aux femmes et aux minorités de genre en général, il faut faire très attention en fait comment on représente ces violences-là puisque l'objectif est de normaliser les violences. Et on a déjà tendance, bien qu'il y a beaucoup de travail qui a été fait dans les différentes productions, mais on a quand même tendance à avoir un système informationnel, enfin de production d'informations qui va produire les informations qui vont minorer un petit peu les violences faites aux femmes et aux personnes minorisées de genre.

Vous avez évoqué Toronto, Stéphanie Lamy, un mot sur justement ce contexte international de l'Amérique du Nord. Il est impossible de ne pas parler dans cette émission du massacre de l'école polytechnique en 1989 donc à Montréal. Est-ce qu'il y a une longueur d'avance aussi à la fois sur la pensée, sur la prise de conscience du côté dramatique de cette violence et de la spécificité de cette violence de l'autre côté de l'Atlantique ? Oui, il y a un corpus de recherche qui est beaucoup plus développé au Québec, notamment Francis Tupudéry et Mélissa Blais qui est l'impulse. Alors l'attaque de polytechnique est plutôt une attaque anti-féministe.

Ce qui définit les masculinismes, c'est l'action collective et je pense que M. Ricard va me rejoindre là-dessus. En fait, les entités terroristes, enfin un terroriste, je n'aime pas essentialiser, mais les auteurs d'actes terroristes sont souvent en lien, c'est rarement des loups solitaires alors que l'attaque de polytechnique en 1989 c'était plutôt une attaque anti-féministe. On a mis des années et des années à faire le travail mémoriel pour que cet acte-là soit reconnu comme un acte terroriste. Aujourd'hui en France, on est encore à ce stade-là, donc on est en 2026.

Il faut préciser, pardonnez-moi de vous interrompre, Stéphanie Lamy, mais que justement, pour aller dans le sens de ce que vous dites, cette violence a été qualifiée a posteriori d'attentat anti-féministe. Le mot attentat était apposé sur la plaque commémorative au Québec. Oui, et rien ne nous empêche aujourd'hui, par exemple, de faire un travail de mémoire également des victimes de terrorisme masculiniste. Par exemple, je pense à Mélanie Guion qui a été assassinée en 2020 et les deux compagnes de Cédric Prison également, les journées de commémoration des attentats et des victimes du terrorisme. Alors, Stéphanie Lamy, tout à l'heure, vous avez évoqué l'affaire Prison.

Il faut préciser que le procureur national antiterroriste, Olivier Christen, a refusé d'instruire l'affaire Cédric Prison, donc auteur de ce double féminicide, mais au titre de l'anti-terrorisme. Quelle est la définition précisément, Jean-François Ricard, du terrorisme dans la loi et en quoi, vous en avez dit un mot tout à l'heure, mais certaines violences typiques du masculinisme peuvent relever de ce terrorisme ? Alors, il y a une série d'exigences. Premièrement, il faut une infraction. Par n'importe laquelle, des infractions graves. Deuxième exigence, cette infraction doit être réalisée dans un certain contexte, c'est-à-dire dans le cadre d'une entreprise.

Une entreprise, ça exclut tout ce qui est spontané. Ça demande du structuré, du réfléchi. Et cette entreprise doit avoir une finalité. Ce n'est pas seulement le trouble à l'ordre public, c'est le trouble à l'ordre public par l'intimidation ou la terreur. C'est-à-dire que l'entreprise doit avoir cette finalité-là. Un exemple, un tueur en série va, évidemment, par la multiplicité de ses actions criminelles, troubler l'ordre public. Mais sa finalité, ce sont ses pulsions, pouvoir exprimer ses pulsions par ses crimes. Ce n'est pas de troubleur public par l'intimidation ou la terreur.

Par conséquent, la notion de terrorisme est une notion restrictive en droit français et elle doit absolument le rester sous peine d'atteinte grave aux libertés. Attention, si on commence à tordre les concepts juridiques qui permettent de retenir cette infraction pour des motifs que je comprends parfaitement, on ne pourra pas, par ailleurs, ne pas les utiliser autrement dans d'autres contextes, ce qui pourrait s'avérer très grave, encore une fois, pour nos libertés.

Alors, si je vous ai bien compris, ça veut dire qu'il faut faire attention à une tentation qui pourrait exister de vouloir étendre le champ d'application du mot terrorisme à une réalité aussi scandaleuse soit-elle, mais donc les violences de genre. Donc, il faut garder une vision restrictive du mot terrorisme. Pendant les cinq années au cours desquelles j'ai été procuré antiterroriste et mon successeur agit exactement de la même manière.

Pendant ces cinq années, toutes les semaines, nous avions des faits extrêmement graves de violences, parfois criminelles, qui nous étaient remontées de tous les procureurs de France pour nous interroger, pour savoir si nous allions retenir ou non une qualification terroriste. Et dans l'immense majorité des cas, y compris quand il y avait certains éléments qui pouvaient faire penser à des crimes de caractère djihadiste, par exemple, nous refusions de retenir cette qualification. Pourquoi ? Par le respect du droit, parce qu'il ne s'agissait en aucun cas de tordre ces concepts juridiques sous peine de porter atteinte gravement aux libertés.

Je comprends parfaitement les motivations qui voudraient que l'on puisse retenir cette qualification, on peut le dire, particulièrement infamante. Mais il faut faire extrêmement attention, il faut être très prudent. Encore une fois, pensons aux libertés, pensons à la démocratie et n'utilisons surtout pas les concepts juridiques de terrorisme, je dirais, de manière trop extensive, car cela peut être très dangereux. Alors Stéphanie Lamy, que répondez-vous à cet avertissement de formule à l'instant par Jean-François Ricard ? En fait, c'est un argument que je connais depuis longue date.

En fait, c'est justement en pensant à la démocratie que j'inglobe en fait la norme d'égalité dans l'ordre public. Alors, M. Ricard, en fait, moi j'ai déjà écouté pas mal de vos interventions, y compris dans une émission C'est ce soir, où vous disiez que vous avez mis des années à comprendre la logique djihadiste de Daesh. Moi, ce que je vous demande, c'est effectivement d'aussi penser que le droit, effectivement, il faut être appliqué. Moi, je vous rejoins sur le fait qu'il faut l'utiliser avec parcimonie. Évidemment, il faut garantir les libertés de tout le monde. Maintenant, il faut aussi sortir du réduction à uniquement l'acte Incel et essayer de comprendre aussi pourquoi on vous dit ça.

Donc, on est en train de dire qu'il faut défaire certains imaginaires, notamment la restriction de l'ordre public à uniquement l'espace public pour pouvoir comprendre comment fonctionne le terrorisme masculiniste. Et le terrorisme masculiniste, aujourd'hui, ne se réduit pas aux jeunes. vous êtes tout le temps sur cet argument de dire attention, attention, les féministes, ils veulent la liberté si je dois grossir le trait. Donc, pour moi, il n'y a vraiment pas de... On dit la même chose. On dit la même chose. Il faut absolument faire attention. Pas tous les féminicides sont des actes masculinistes. Pas tous les viols sont des attentats masculinistes.

Pardonnez-moi de vous interrompre, Stéphanie Lamy. Justement, sur ces actes qui sont précisément des actes de terroristes commis au nom du masculinisme, que retenez-vous ? Est-ce qu'il y a la volonté de publiciser l'acte, la volonté d'en faire l'acte relevant d'un projet politique ? Est-ce qu'il y a quelque chose de cet ordre-là qui différencierait peut-être un acte relevant du terrorisme d'un acte relevant de la criminalité plus traditionnelle ? Oui, absolument. Quand vous avez Bruno Barthé, en 2014, qui s'est retranché chez lui avec le panneau SOS Papa, résidence alternée pour tout le monde, il a commencé à tirer sur le GIGN.

Là, on est sur quelque chose de l'ordre de publicité pour une organisation suprémaciste masculine, celle du pater familias. Quand on a Cédric Prison qui dit devant la justice portugaise cette année qu'il a tué sa compagne et son ex-conjointe parce que la justice française est féminisée, on est sur des actes terroristes, alors politisés, certes, et surtout, il était en entreprise. Donc, moi, je rejoins absolument M. Ricard sur les définitions. Il était en entreprise, il était radicalisé dans un milieu, il a produit de la propagande pour justifier l'acte, les violences, donc il était extrêmement menaçant également vis-à-vis de ses ex, mais d'autres femmes aussi.

Donc, on est vraiment sur des instances où on peut absolument lier la radicalisation dans certains milieux radicaux masculinistes, que ce soit les Pères Séparés, les MGTOW, les INCEL, mais d'autres aussi, les NOFAP, à des attentats lorsque la finalité, c'est de troubler la norme d'égalité ou les instances censées d'appliquer cette norme d'égalité. On sait aussi que les Pères Séparés, par exemple, vont aussi menacer les magistrats, vont menacer des avocats. Donc, on est sur quelque chose d'extrêmement violent et on rentre absolument parfaitement dans la définition de M. Ricard, en fait. Alors, Jean-François Ricard, je vous laisse répondre.

Après, je redonne la parole à la lourivale pour une autre question. Je dois dire qu'il faut préciser quand même les choses. La radicalisation, ce n'est pas le terrorisme. Heureusement, tous les individus qui participent de mouvements radicaux et qui, parfois, ont des expressions très violentes, je pense, par exemple, à des manifestations de rue qui sont extrêmement violentes, elles ne sont jamais traitées, heureusement, sous l'angle du terrorisme. Certaines formes d'écologie radicales qui vont effectuer des détériorations de biens immobiliers importants n'ont jamais été considérées comme des terroristes.

Alors cela, vous êtes en désaccord avec un ancien ministre de l'Intérieur qui avait parlé d'éco-terroristes ? Il a pu parler d'éco-terroristes, mais encore une fois, je vois d'ailleurs que c'est un ministre de l'Intérieur qui l'avait dit est terroriste, ce que le procureur anti-terroriste a déclaré être sous la qualification de terroriste et rien d'autre. C'est-à-dire que le contrôle, c'est d'abord les magistrats et c'est la cour de cassation. Et quand la cour de cassation a dit c'est déjà arrivé, j'en ai été membre, ces faits ne sont pas de nature terroriste pour les raisons juridiques, ils ne sont pas de nature terroriste.

Encore une fois, des gens radicalisés, insupportables, odieux, qui commettent des actes inadmissibles, il y en a hélas beaucoup. Mais ce n'est pas pour autant qu'il faut les considérer comme des terroristes et les poursuivre comme des terroristes. Je rappelle que la législation antiterroriste, cela implique des peines particulières, cela implique aussi une centralisation des poursuites, cela implique aussi une cour d'assises spécialement composée. En un mot, c'est un droit qui présente certains caractères un peu dérogatoires. Et il ne faut pas utiliser ces caractères dérogatoires de manière trop large.

Sinon, encore une fois, même si les motifs sont bons, on va porter atteinte à la démocratie et c'est un vrai danger. Je comprends parfaitement ce qui a été dit et je ne vous partage pas. C'est attentatoire aux libertés, précisément. C'est attentatoire aux libertés parce qu'on va utiliser certaines dispositions, certains textes qui sont, encore une fois, dérogatoires pour réprimer des champs entiers qui, eux, ne nécessitent pas de telles dérogations juridiques. Il faut donc les conserver strictement pour ce qui doit relever de ces infractions dites à caractère terroriste et rien d'autre.

Alors, Stéphanie Lamy, est-ce que vous entendez ces réflexions aussi de Jean-François Ricard sur l'attention à ne pas contraindre l'espace des libertés ? Oui, oui, je les entends depuis des années et je suis extrêmement soucieuse et très attachée aux libertés individuelles. Donc, en fait, le souci, c'est que le PNAT a le pouvoir de définir le terrorisme. C'est à partir du moment où le PNAT, donc le Parquet national antiterroriste, décide de se saisir que dans la presse, dans les médias, on va parler d'attentat. Donc, il a le pouvoir de définir le terrorisme. C'est très bien, c'est le droit. Maintenant, le droit, c'est une interprétation des textes et ça évolue.

Donc, le texte, moi, je n'ai jamais plaidé pour le changer. L'article 421-1, il est parfait. Il s'applique très bien au terrorisme masculiniste également. il y a une forme d'interprétation qui a été faite ces dernières années qui réduit en fait l'ordre public qui serait troublé à uniquement l'espace public. Et c'est là, en fait, puisque les objectifs du terrorisme masculiniste ne sont pas forcément de conduire des camions béliers dans la rue pour tuer tout le monde, ça relève plutôt du djihadisme, donc c'est plutôt dans la sphère privée que la guerre elle est menée par les adhérents des milieux radicaux masculinistes.

Et on peut absolument appliquer ce texte-là aussi de manière à englober, par exemple, les mixtas ou les pairs séparés lorsqu'il y a des attentats qui sont commis. Alors moi, je ne m'empêche pas, je ne me prive pas de dire attentat parce que j'estime que c'est aussi mon rôle de dire les choses et faire évoluer l'interprétation du droit. Alors, au-delà de ces questions justement sur la qualification terroriste ou non pour ces actes de violence commis au nom du masculinisme, la lourivale, ce que l'on retient aussi c'est qu'il y a de plus en plus dans notre époque une revendication de ces actes de violence au nom d'un projet politique et qui devient cohérent par les réseaux sociaux.

Est-ce qu'on peut parler de cette époque et de ce qu'elle a de spécifique aussi ? Absolument. On voit déjà que par rapport aux réseaux sociaux, quelque chose qui de base était un phénomène quand même très nord-américain se répand. Alors, ce n'est pas spécifique à la France, encore une fois mon domaine de spécialité est un peu plus les Etats-Unis mais qu'il y a un gros alignement entre le projet masculiniste tout masculiniste n'est pas nécessairement explicitement d'extrême droite. Certains d'ailleurs se fichent un petit peu en réalité des labels politiques. On peut leur apposer et soyons honnêtes ils seront extrêmement majoritairement à droite et à l'extrême droite.

Mais ils ne se réclament pas tous explicitement de ce truc-là. Par contre, on voit qu'il y a un alignement politique qui est tout à fait réel entre la droite conservatrice notamment évangélique états-unienne actuelle. Le projet Trumpien, on peut penser sur les axes du masculinisme notamment à la présence des Tradwives sur les réseaux sociaux qui sont ces femmes qui vont performer une espèce de version nostalgique d'un passé un petit peu rêvé des années 50 ou 60 de la femme qui reste à la maison qui élève les enfants et qui considère qu'il y a une nature de genre complémentaire où l'homme et la femme sont égaux en théorie mais différents en pratique.

On a quand même des rôles différents, calmons-nous. Et on arrive quand même au point où sur Turning Point USA qui est une organisation extrêmement conservatrice de droite actuellement aux Etats-Unis et qui a beaucoup de succès, on a eu quand même récemment des vidéos de femmes dans ces conférences-là qui réclament que leur droit de vote soit révoqué. Et ça, ce sont des plateformes de discours tout à fait mainstream. Ce n'est pas quelque chose d'isolé. Donc on a un alignement politique avec la droite qui se fait de plus en plus.

Alors Stéphanie Lamy, on parle souvent dans notre relation avec l'autre côté de l'Atlantique de choses qui peuvent nous arriver en décalé avec quelques années de retard entre les Etats-Unis ou le Canada et la France. Est-ce que vous avez constaté justement ces importations de procédés, ce retard et peut-être ces échanges entre les milieux masculinistes des deux côtés de l'Atlantique ? Oui, il faut savoir que les milieux radicaux masculinistes s'implantent dans divers pays et vont s'adapter. Donc on a des milieux radicaux masculinistes qui sont spécifiquement français.

Vous les avez également en Inde, vous les avez en Japon, vous les avez en Corée, en Afrique du Nord, maintenant aussi sur le continent subsaharien. Donc vous avez des implantations de milieux masculinistes un peu partout et qui vont s'adapter. Est-ce qu'on a du retard ? Non, il y a une accélération par exemple et surtout on a une accélération des croisements d'idéologie. Donc on a de plus en plus d'attentats qui sont commis avec une espèce de... Oui, on appelle ça un salad bar, en fait, un bar à salade où ils vont piocher dans différents milieux radicaux pour justifier le passage à l'acte terroriste. Mais est-ce qu'on a réellement du retard ? Non, non, ça se rattrape là.

Ça se rattrape, mais le problème en France, c'est qu'on n'a pas un regard assez lucide sur ce qui se passe. Alors, comment lutter justement contre ces dérives et ces violences ? Jean-François Ricard, en introduction de cette émission, je mentionnais un rapport sénatorial avec 24 recommandations autour de grands axes. Faire de la lutte contre le masculinisme un enjeu majeur de politique publique, réguler et assainir l'espace numérique, repérer et prévenir les trajectoires de radicalisation, réveiller les consciences en mobilisant l'ensemble de la société. Tout cela est très abstrait. Comment fait-on ?

Je pense qu'il y a deux types de combats à mener et ce n'est pas spécifique à ce courant masculiniste, c'est spécifique à tous les courants radicaux qui menacent nos valeurs fondamentales. Il y a d'abord une action de tous les intervenants, que ce soit l'éducation nationale, que ce soit tous les intervenants dans le public ou dans le privé contre des idées radicales et le masculinisme en fait partie. Et puis, là je vais parler pour, si je peux me permettre, ma boutique, c'est-à-dire en tant que magistrat et en tant qu'ancien magistrat antiterroriste, il y a effectivement une surveillance particulière de tout ce qui peut survenir.

En France, comme c'est arrivé sur d'autres continents, aux Etats-Unis notamment ou au Canada, on s'est rendu compte que, et c'est surtout le web qui permet ça, que certaines idéologies qui se répandent quelque part dans le monde vont pouvoir atterrir chez nous en quelques secondes. et c'est ça qui change tout. C'est que ces idéologies, on a vu cela pour l'ultra-droite suprémaciste à une certaine époque, vont se répondre partout en France en temps réel. C'est valable pour le masculinisme bien entendu également. D'un mot, faut-il aussi mieux former les magistrats à une meilleure compréhension de ce type de violence ?

Il faut effectivement être formé en permanence à tous les phénomènes nouveaux qui peuvent émerger et qui peuvent déboucher sur de nouvelles formes de violences, de nouvelles organisations et aussi sur la propagande qui est diffusée. N'oublions pas qu'il existe des infractions spécifiques, l'apologie ou la provocation à commettre un certain nombre d'infractions en font partie. La lourivale, comment fait-on pour lutter contre cette nouvelle violence qui s'impose dans l'actualité ? Moi, l'un des axes, je sais que ce n'est pas forcément celui qui est choisi ici avec la question du terrorisme, mais l'un des axes qui est absolument essentiel, c'est l'axe de la prévention.

Et ça passe énormément par l'éducation lorsqu'on parle des réseaux sociaux mais aussi d'autres formes de sociabilisation. Il y a la question des enfants, des adolescents. Là, on parle actuellement en France. Pardonnez-moi, c'est suffisant la prévention ? Il y a justement des passages à l'acte empêchés chaque jour ? Ce ne sera jamais entièrement suffisant mais à mon sens, l'éducation et la prévention vont être une énorme partie si ce n'est la majeure partie du combat, absolument. Stéphanie l'a mis sur ces pistes de lutte contre cette forme particulière de violence, les violences masculinistes.

Voilà, ces pistes dans ce rapport sénatorial, notamment pour ce qui concerne la régulation de l'espace numérique, qu'en pensez-vous ? Oui, alors, en fait, il y a certaines recommandations qui ont été faites qui sont excellentes. La bonne nouvelle, c'est que rien n'a été fait, tout reste à faire et c'est aussi la mauvaise nouvelle. Maintenant, il y a certaines mesures qui sont annoncées qui viennent d'être votées d'ailleurs, la restriction des réseaux sociaux au moins de 15 ans. Moi, je ne connais aucune personne auditionnée pour ce rapport sénatorial de la délégation des droits des femmes qui est en fait pour. Donc, je ne vois pas d'où ça sort.

C'est une volonté, je pense, d'Emmanuel Macron, c'est une volonté politique qui s'est un peu greffée là-dedans et je ne vois pas en quoi ça pourrait réellement lutter contre. Donc, oui, il faut absolument renforcer les VARS dans la prévention. Donc, les VARS, ce sont les séances d'éducation à la vie affective et sexuelle, dès le primaire d'ailleurs pour la vie affective et tout ce qui est consentement. Ensuite, vous avez aussi des moments critiques dans la vie des hommes où ils sont plus susceptibles à être attirés par les discours, par la propagande masculiniste. C'est les séparations.

Ce sont des moments de fragilité où ils peuvent aussi être tentés de rejoindre soit les MGTOW, soit les associations de paire séparées et continuer à commettre des violences dans l'espace public ou privé. Donc, il faut aussi peut-être investir des moyens d'accompagnement de ces hommes qui sont à risque de la commission de violence après la séparation et plus largement, il faut doter les associations de lutte contre les violences faites aux femmes et aux minorités de genre de plus de moyens mais également de moyens de détection des attaques masculinistes. On rappelle que le 39-19 a vu son standard saturé par des groupes de paire séparés entre autres.

On voit des missions de protection des femmes, des maisons de protection des femmes attaquées également de manière très violente par des hommes radicalisés. Il y a quand même beaucoup à faire. On suivra évidemment ce dossier et ces questions sur notre antenne. Grand merci à tous les trois, la lourivale, Jean-François Ricard, Stéphanie Lamy. Grand merci également aux équipes d'ICI Toulouse qui ont rendu possible votre intervention. Merci à tous les trois d'avoir été au micro de questions du soir. Toutes les références de vos ouvrages et de vos travaux sur la page de notre émission. Grand merci aussi à toute l'équipe qui a préparé cette émission.

Juliette Mouillique, à Louise Guérin, Adèle Triol, Colin Kio, Tom Humdenstock, à la réalisation, Léa Racine, à la technique aujourd'hui, Minata Tiwara.