Jean-Christophe Fromantin (Maire de Neuilly-sur-Seine) : L'Hebdo de l'Éco (Émission du 05/09/2026)
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 90 %Attaque 5 %Défensif 5 %
Questions et réponses
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- 1:32OuverteRéponse directe
Mais ça, on ne le savait pas avant, parce que vous êtes parti à vélo. C'est quand même rare qu'un maire d'une grande ville, comme Neuilly-sur-Seine, enfourche son vélo, parcourt la France. Vous aviez besoin de ce contact ?
- 2:46OuverteRéponse directe
Pour bien comprendre, qu'est-ce qu'il faudrait pour relancer justement ces territoires ?
- 3:37FerméeRéponse directe
Des impôts vraiment régionaux.
- 3:47FerméeRéponse directe
Est-ce que ce n pas une sorte de décentralisation encore poussée au maximum ?
- 4:35OuverteRéponse directe
Vous dites « La surpopulation dans les villes rend les gens malheureux, on ne peut plus se loger, les immeubles sont devenus laids ». Et finalement, beaucoup de Français devraient bien quitter ces centres urbains, mais ils ne le peuvent pas, c'est votre constat.
- 5:37FerméeRéponse directe
Et ça, ce n plus le cas, il plus de ruissellement qui vient de la région parisienne vers les provinces ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:37Invité politiqueFait
« J'ai voulu sonder un peu cette France des territoires, cette France des réalités, comprendre un peu le ressenti de tous ces acteurs, maires, patrons d'entreprises, artisans, agriculteurs. »
- 0:47Invité politiqueFait
« j'ai senti deux choses. D'abord, un ressenti d'abandon, de délaissement, de déclassement, comme s'ils ne comptaient plus pour la France. »
- 1:11Invité politiqueFait
« les riches, la start-up nation, le progrès, l'innovation, la technologie à Paris, et le reste finalement, une espèce de friche qu'on assume, avec des subventions, avec l'État-providence, mais sur lequel on ne mise plus en termes d'opportunités pour le développement du pays. »
- 2:24Invité politiqueFait
« Il ne faut pas miser sur le ruissellement comme on l'a fait depuis quelques années. Il faut au contraire irriguer la France avec du capital, avec des talents, avec de l'innovation, avec de la technologie. »
- 3:27Invité politiquePromesse
« On a deux grandes réformes à faire. On a une réforme institutionnelle pour remettre du pouvoir dans les territoires, remettre de la fiscalité, de la finance, des moyens dans les territoires. »
- 3:38Invité politiquePromesse
« Des vrais impôts régionaux qui restent dans les régions et dont les politiques régionaux et locaux sont redevables auprès des administrés. »
- 4:51Invité politiqueFait
« J'avais été sur un rond-point au moment du gilet jaune dans l'Eure-et-Loire. J'avais passé une journée avec les gilets jaunes et certains m'avaient dit, « je serais ravi de rester dans la petite ville dans laquelle j'habite, j'ai un job, mon épouse aussi, on peut acheter la maison dont on rêve, mais on ne sait pas si la gare va rester, on ne sait pas si l'école va rester, on ne sait pas si la maternité va rester » »
- 5:18Invité politiqueFait
« Attention, se loger et habiter, c'est deux choses différentes. Se loger, c'est pragmatique, mais en fin de compte, les gens ne veulent pas se loger, ils veulent habiter »
- 5:43Invité politiqueFait
« Je pense que ce n plus le cas, il suffit de regarder le discours politique. On ne parle plus d'habiter, on parle de se loger. On ne parle plus de prospérité, on parle de croissance du PIB. »
- 6:10Invité politiqueFait
« Donc la politique a perdu le souffle, et on le voit dans la campagne en ce moment. C'est une campagne technique, paramétrique. Ce n plus une campagne qui propose une vision, un élan, un souffle pour la France »
Temps de parole
- Jean-Christophe Fromantin73 %
- Présentateur25 %
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Comment va vraiment la France sur le terrain ? C'est Jean-Christophe Fromentin, le maire de Neuilly-sur-Seine, sans étiquette politique, qui a pris son vélo et qui a parcouru le nord de la France, une bonne partie du nord de la France, à vélo, tout seul. Merci d'être avec nous, monsieur le maire. Vous avez constaté vraiment que les patrons, les élus, les agriculteurs, ils en avaient gros sur la patate, comme on dit
?
J'ai voulu sonder un peu cette France des territoires, cette France des réalités, comprendre un peu le ressenti de tous ces acteurs, maires, patrons d'entreprises, artisans, agriculteurs.
Et
j'ai senti deux choses. D'abord, un ressenti d'abandon, de délaissement, de déclassement, comme s'ils ne comptaient plus pour la France.
Et
du coup, j'ai senti aussi dans leur discours l'impression qu'ils étaient perçus, qu'ils se percevaient comme une charge et puis comme une chance. Et je pense que c'est la grande leçon, c'est ce que j'ai retiré beaucoup de ce voyage, en disant que la France ne peut pas être dans une dialectique les riches, la start-up nation, le progrès, l'innovation, la technologie à Paris, et le reste finalement, une espèce de friche qu'on assume, avec des subventions, avec l'État-providence, mais sur lequel on ne mise plus en termes d'opportunités pour le développement du pays. Et je suis convaincu qu'un renouveau politique et économique partira de ce qu'on a de différent, de ce qu'on a de singulier.
Et il n pas un mètre carré en France qui n'a pas un atout, une chance, une opportunité, quelque chose à lever pour notre prospérité.
Mais ça, on ne le savait pas avant, parce que vous êtes parti à vélo. C'est quand même rare qu'un maire d'une grande ville, comme Neuilly-sur-Seine, enfourche son vélo, parcourt la France. Vous aviez besoin de ce contact ? Parce que Paris et le désert français, ça existe depuis longtemps.
C
'est-à-dire que je pense qu'il y un moment assez intéressant qui n'était pas forcément le même qu'au moment de Paris et le désert français, où vous aviez une massification, une tertiarisation de l'économie, les Trente Glorieuses, et la massification, la concentration urbaine devenait finalement un vrai sujet économique. Aujourd'hui, on a une architecture beaucoup plus horizontale, une architecture numérique, qui a cette capacité à irriguer tous nos territoires, à amener de la valeur ajoutée, de l'innovation, des talents dans les territoires. Et ce qui est vrai aujourd'hui ne l'était pas forcément au moment de Paris et du désert français.
Donc je pense qu'aujourd'hui, si on veut redonner un cycle de prospérité à la France, il faut irriguer. Il ne faut pas miser sur le ruissellement comme on l'a fait depuis quelques années. Il faut au contraire irriguer la France avec du capital, avec des talents, avec de l'innovation, avec de la technologie. Et on aura ce qui s'est passé à la révolution industrielle. Quand on a irrigué la France avec des machines au
XIXe siècle,
une industrie est apparue. Avec l'électricité, les chemins de fer, les machines, tout ça a levé ce qu'a été la France industrielle du XXe siècle.
Pour bien comprendre, qu'est-ce qu'il faudrait pour relancer justement ces territoires ? Donc ces régions, vous préférez dire les provinces de France, comme il y avait l'Aquitaine, j'imagine, ou le Béarnes, il y avait. Parce qu'aujourd'hui, on travaille chez soi avec le télétravail, il y a les datas, il a tout ce qui est informatique à distance. Est-ce qu'il y a encore des emplois industriels à créer dans les régions
?
Moi, je suis convaincu qu'il y a une industrie qui peut lever dans toutes les régions. Parce que justement, ces facteurs de production, la technologie, l'innovation, la formation, le capital, si on la distribue mieux à travers la France, on aura cet effet de fécondité, de fertilisation dont on a besoin. Donc je pense qu'on a deux grandes réformes à faire. On a une réforme institutionnelle pour remettre du pouvoir dans les territoires, remettre de la fiscalité, de la finance, des moyens dans les territoires.
Des impôts vraiment régionaux.
Des vrais impôts régionaux qui restent dans les régions et dont les politiques régionaux et locaux sont redevables auprès des administrés.
Est-ce que ce n pas une sorte de décentralisation encore
poussée au maximum ? Alors je pense qu'il faut pousser la décentralisation institutionnelle, mais ça n'a de sens que si on pousse une déconcentration des facteurs de production. Si vous donnez du pouvoir aux maires en les privant de moyens, de capital, d'innovation, d'infrastructures et de tout ce dont on a besoin, c'est du pouvoir
qui ne sert à rien. C'est-dire que'est stop au pouvoir central parisien qui s'enrichit avec les grandes villes et puis au détriment des petites localités et des petits territoires. Je pense qu'il y un
discours sur la décentralisation qui est un peu un discours dans l'air du temps, mais qui n'a aucun sens s'il n'est pas accompagné par une meilleure distribution des facteurs de production. Pour avoir une prospérité, il faut déconcentrer les facteurs de production et décentraliser le pouvoir politique.
D'ailleurs, dans votre livre que vous avez écrit à la suite de ce périple, « 1200 kilomètres à vélo dans le nord de la France », on voit « Le retour des provinces », ça c'est votre ouvrage. Vous dites « La surpopulation dans les villes rend les gens malheureux, on ne peut plus se loger, les immeubles sont devenus laids ». Et finalement, beaucoup de Français devraient bien quitter ces centres urbains, mais ils ne le peuvent pas, c'est votre constat.
J'avais été sur un rond-point au moment du gilet jaune dans l'Eure-et-Loire. J'avais passé une journée avec les gilets jaunes et certains m'avaient dit, « je serais ravi de rester dans la petite ville dans laquelle j'habite, j'ai un job, mon épouse aussi, on peut acheter la maison dont on rêve, mais on ne sait pas si la gare va rester, on ne sait pas si l'école va rester, on ne sait pas si la maternité va rester, on ne sait pas quel est l'avenir de notre ville, et donc on préfère investir à Paris qu'investir là où on rêve de vivre ». Et ça m'a amené, dans mon livre, à repenser le concept d'habiter et de dire, « Attention, se loger et habiter, c'est deux choses différentes.
Se loger, c'est pragmatique, mais en fin de compte, les gens ne veulent pas se loger, ils veulent habiter, alors on a besoin de se loger, mais habiter, c'est aussi faire corps avec un territoire, avoir un projet de vie familial, pouvoir avoir des enfants, pour créer une
maison de
famille,
et participer
de la fécondité d'un territoire ». Et ça, ce n plus le cas, il plus de ruissellement qui vient de la région parisienne vers les
provinces ?
Je pense que ce n plus le cas, il suffit de regarder le discours politique. On ne parle plus d'habiter, on parle de se loger. On ne parle plus de prospérité, on parle de croissance du PIB. Quand vous regardez la manière dont les mots habitent le discours politique, vous comprenez qu'on est devenu très pragmatique, très contingent du temps, et qu'on a perdu cette ambition politique qui est la prospérité de la France, qui est que les gens puissent habiter, au sens profond du mot, là où ils rêvent de vivre et de créer un projet de vie. Donc la politique a perdu le souffle, et on le voit dans la campagne en ce moment. C'est une campagne technique, paramétrique.
Ce n plus une campagne qui propose une vision, un élan, un souffle pour la France, pour que la France retrouve une ère de prospérité dans
ce nouveau monde. Plus de cap, comme le voulait le général de Gaulle. 2027, ça va se passer comment du coup alors
? Vous qui êtes mère du Grand
-de
-Ville.
Il n plus de cap, et peut-être à un moment, plus que depuis un siècle ou un siècle et demi, peut-être qu'on est dans un des moments où on aurait le plus besoin d'avoir ce cap, parce que vous avez une crise écologique, vous avez une crise sociale, vous avez une crise politique, vous avez une crise de la démocratie, vous
avez une crise économique,
vous avez des tensions géopolitiques. Donc on est à un moment de polycrise qui traduit l'obsolescence
d'un
modèle.
Une belle France comme on l'avait, sauver ce pays. Une
géographie, une histoire et une
géographie.
C'est nos deux à nous. On a une histoire, on a une géographie qui demande qu'à prospérer, et on est en train de faire comme les autres. Ce que je disais dans un article chez un de vos confrères l'autre jour, me dit que le sujet de la France, ce'est pas de faire comme les autres, c'est de faire avec ces singularités. C'est notre chance, et encore faut-il qu'on les utilise.
Le
retour des provinces, une traversée de la France à vélo, Jean-Christophe Fromantin, merci d'être venu sur CNews. Merci. Restez avec nous, l'actualité continue.
Jean-Christophe Fromantin