Thème d'avenir : Les impacts du réchauffement sur le business - 26/08
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« le tremblement de terre en Venezuela, dont les coûts estimés sont autour de 20 milliards. »
- 1:59InvitéChiffre
« Morningstar qui chiffre entre 10 et 15 milliards d'euros pour la seule France, le coût des feux. »
- 2:35InvitéChiffre
« 180 milliards. Et combien ça fait ? 180 milliards, c'est 1% du PIB. »
- 5:15InvitéFait
« un monde à 4 degrés de réchauffement climatique n'est pas assurable. »
- 6:38InvitéChiffre
« On est à priori à 1,5 degré. »
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À cet été, on aura vu la concrétisation des impacts du réchauffement climatique ici en Europe avec les canicules, les méga-feux en Gironde, en Espagne, les sécheresses, fleuves à secs, le Rhin, le Danube qui reste extrêmement bas. La liste des calamités s'est d'un coup allongée ici sur nos terres en Europe. Anne-Catherine Husson Traoréenne nous rejoint, fondatrice d'Actors for Sustainability. Bonjour Anne-Catherine. Bonjour Guillaume. Qui va payer les assureurs ? Enfin, on se dit heureusement qu'ils sont là les assureurs.
Alors, c'est assez intéressant de succéder à l'intervenant précédent puisque dans un premier temps, on se dit évidemment la facture, la première facture, elle est payée par les assureurs. Alors, au premier regard, on pourrait se dire que finalement, ils sont prêts puisque les résultats du premier semestre des réassureurs étaient excellents. En particulier, on a Swiss Re qui a dégagé 2,5 milliards de dollars de bénéfices nets, plus 8%. Donc, on pourrait se dire, ils ont les moyens d'eux.
Sauf que c'est un peu une illusion d'optique puisque, en fait, au premier semestre, il y a eu des catastrophes, dont, en particulier, le tremblement de terre en Venezuela, dont les coûts estimés sont autour de 20 milliards. Sauf que ces coûts ne sont pas du tout à impact. On n'impacte pas du tout le bilan des assureurs et des réassureurs parce que rien n'est assuré. Et en fait, cette métaphore-là montre bien que la question aujourd'hui de est-ce que les assurances ont les moyens de payer, c'est aussi comment elles continuent à avoir un modèle où elles essaient de garder la possibilité de rembourser un certain nombre de dommages, mais à condition qu'ils soient assurés.
Et ça, par exemple, on est quand même sur des chiffrages qui ne tiennent que si les graves accidents climatiques ont lieu dans des zones peu denses et surtout peu assurées. Et évidemment, ce n'est pas le cas de l'Europe. Donc là, cet été, tout bascule. Et ce qui est intéressant, c'est qu'effectivement, les premiers chiffres, on a Morningstar qui chiffre entre 10 et 15 milliards d'euros pour la seule France, le coût des feux. Donc, on est vraiment sur quelque chose qui va complètement faire exploser les différents chiffres qui viennent d'être donnés.
Oui, d'autant que là, on parle que de l'impact direct des catastrophes nationales. Il y a tout ce qui est indirect, mais qui est monstrueux en termes de montant.
Alors voilà. Et ce qui est intéressant, c'est qu'il y a une étude qui a été faite par la Banque Triodos qui a essayé de chiffrer à chaud ce que ça a pu coûter pour l'Union européenne, puisque nous, les pays du Sud ont payé un plus lourd tribut en termes de feux, mais il y a eu une sécheresse absolument partout. Et donc, du coup, on est sur 180 milliards. Et combien ça fait ? 180 milliards, c'est 1% du PIB. Et donc, il y a une vraie probabilité que le fameux 1% qui vient d'être évoqué soit balayé par l'ensemble du coût climatique des catastrophes en série, dont on n'est même pas sûr qu'elles soient terminées, puisqu'il est possible qu'il y ait encore des canicules en septembre.
Oui, tout à fait. Comment on calcule ça, du coup ? Parce que vous dites, on ne sait pas jusqu'où. Alors, 180 milliards, en plus, c'est plutôt une hypothèse prudente. Comment ils calculent ça ? Ils additionnent les impacts agricoles, donc baisse des rendements, on sait, en particulier sur les céréales, les légumes, l'inflation qui va avec, la baisse de production laitière. Donc, déjà, c'est le premier sujet. Deuxième sujet, on ajoute tous les impacts énergétiques. On sait que les centrales nucléaires ont dû être à l'arrêt parce qu'elles ne pouvaient plus être froidies.
Il y a aussi des problèmes de perturbations hydrauliques, évidemment, de tout ce qui est énergie hydraulique, qui augmentent aussi les coûts de l'énergie. On ajoute à tout ça la désorganisation totale des transports qui soient fluviaux, avec les problèmes, par exemple, sur le Rhin, qui soient liés aux transports ferroviaires. Donc, tout ça est une catastrophe auquel il faut ajouter encore un autre facteur, la baisse de productivité. C'est-à-dire qu'on en est conscient pour tout ce qui est travail extérieur, évidemment, mais en revanche, ça impacte aussi le travail de bureau, parce que quand il fait trop chaud, on dort très mal et on a des capacités cognitives qui sont...
Et puis, les ordinateurs chauffent aussi l'ensemble à des impacts qu'ils ont additionnés en obtenant cette addition de 180 milliards. Oui, mais cette addition que vous décrivez, elle est déjà intégrée dans les bilans des assureurs et des banques, non ? Alors non, c'est tout le sujet. C'est ce qui inquiète aussi beaucoup la BCE, parce qu'en fait, elle a publié cet été une alerte là-dessus, en disant que les risques climatiques commencent et encore pas au niveau nécessaire à être modélisés. Mais en revanche, les autres risques, dont la sécheresse, dont la destruction de biodiversité, etc., ne le sont pas.
Et en fait, on assiste à vraiment quelque chose d'extrêmement alarmant, puisque en fait, aujourd'hui, on a une concrétisation de risques qui sont payés en partie par les assureurs, et sur lequel, et c'est une dernière étude que je vais citer, qui est celle de ShareAction, qui est une ONG britannique, qui a regardé comment les 40 plus grands assureurs mondiaux prenaient en compte ces risques. Et en fait, on a, là encore, au premier regard, on se dit, bon, ils ont bien compris, puisqu'ils ont des politiques climatiques, qu'ils investissent au minimum dans les énergies fossiles, etc.
Mais en fait, ils ne financent très peu ou quasiment pas aujourd'hui la transformation de l'économie pour qu'elle soit plus résiliente. Et donc, du coup, on a un modèle, on se souvient que le mouvement de prise en compte du changement climatique dans la finance avait été lancé en mai 2015 à Paris, avec Henri Decastre, à l'époque patron d'AXA, qui disait un monde à 4 degrés de réchauffement climatique n'est pas assurable. On peut se demander s'il l'est à 2 degrés comme cet été, puisque c'est le type de catastrophe qu'on va avoir chaque été. Et effectivement, aujourd'hui, la réaction la plus partagée, c'est de réduire l'univers assuré.
Beaucoup de communes le savent, mais aussi ceux qui traitent des déchets dangereux, ceux qui traitent des déchets qui peuvent s'incendier, par exemple, enfin, qui peuvent prendre feu, ont beaucoup de mal à trouver des assureurs. Donc, on est vraiment sur un modèle qui tient pour l'instant, mais qui, à moyen long terme, est extrêmement compromis, puisqu'il ne s'attaque pas vraiment aux causes de ce climat, c'est-à-dire à une réduction massive des émissions de gaz à effet de serre et à une adaptation de l'économie, et qu'en revanche, la seule solution, c'est de faire augmenter les primes et de réduire l'univers assuré.
Oui, sachant que cet été, on a battu un record de trafic aérien à l'échelle mondiale encore. C'est-à-dire que, voilà, l'avion n'est pas du tout seul responsable. On me dit quand même, c'est 3% des émissions de CO2. Vous supprimez tous les avions, vous ne réglez pas le problème. Mais enfin, voilà, il se trouve que c'est un symptôme aussi. Le seul moyen de régler le problème, c'est effectivement de prendre l'ensemble et d'avoir des politiques de transformation assez radicales qui font que ce qui augmente le problème, puisque on a vu cet été ce que ça produit, les émissions de gaz à effet de serre, déjà là. On est à quoi ? On est à moins de 2 degrés de réchauffement ?
Ça donne l'été qu'on vient de vivre. On est à priori à 1,5 degré. Donc, on peut imaginer qu'effectivement, ça ne peut qu'augmenter, surtout si on continue à aggraver le problème. Donc, il y a vraiment une prise de conscience nécessaire, d'autant plus que la croissance qu'on espère désespérément de 1% pourrait être remise en cause, juste à cause des catastrophes climatiques de l'été. Oui, Catherine du Centre. Ah oui, parce qu'en plus, la fumée des incendies, ça vient renforcer les gaz à effet de serre. Absolument. Et on ne sait pas encore quel est l'impact sur le cru des Bordeaux, par exemple. C'est un placement possible.
Il faut être alcoolisé, parce qu'avec l'alcool, la chaleur qu'il y a eu, ça va au degré de l'alcool. Voilà, et en fait, le goût des fumées plus des retardants peut être absolument, peut ruiner un millésime, en fait. Ah oui, effectivement, oui, oui. Merci beaucoup d'être venue nous voir. Je vous en prie. Catherine Husson Traoré, fondatrice d'Actors for Sustainability.