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interviewBFM TV (sur YouTube)· 8 mai 2023 18 min

L'interview du préfet de police de Paris, Laurent Nuñez, en intégralité

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Nous sommes justement avec M. le Préfet de Police de Paris, Laurent Nunes, qui est avec nous. Bonsoir M. le Préfet. Donc vous n'avez commis aucune erreur en autorisant cette manifestation.

0:12
Laurent Nuñez

Alors d'abord, permettez-moi de rectifier une petite erreur. Nous n'autorisons pas des manifestations, elles sont déclarées. J'ai la possibilité, en revanche, de les interdire. C'est-à-dire quand je considère qu'il y a des risques de troubles à l'ordre public, il faut que je le démontre évidemment, j'ai la possibilité d'interdire cette manifestation. Le trouble à l'ordre public, c'est quoi ? C'est des risques de violence, de dégradation, d'exaction. Et ça n'est pas la seule condition. Il faut de surcroît que je démontre qu'avec les forces de police dont je dispose, je ne serai pas en mesure de contenir ces violences et ces débordements. Donc ce sont des conditions extrêmement restrictives.

C'est l'état du droit et c'est ce qui a fait que nous n'avons pas pris d'arrêté d'interdiction de cette manifestation. D'autant plus que lors d'une précédente manifestation d'ultra-droite, qui s'est tenue en février dernier pour commémorer, j'ouvre les guillemets, les morts du 6 février 1934, une manifestation, une marche au flambeau, s'est tenue, organisée par l'ultra-droite. J'avais pris à cette époque un arrêté d'interdiction et il a été annulé parce qu'il a été considéré que je ne démontrais pas suffisamment qu'il y avait un risque de troubles à l'ordre public et que je ne démontrais pas suffisamment que j'étais avec les forces de l'ordre dont je disposais en mesure de le contenir.

Donc c'est évidemment une jurisprudence forte qui est venue éclairer ma réflexion, d'autant plus que dans le précédent de février, je savais que les précédentes marches de février avaient donné lieu à des débordements. Celle de samedi dernier, cette commémoration organisée effectivement par l'ultra-droite, c'est incontestable. Cette commémoration d'un militant décédé en 1994, s'est toujours déroulée chaque année et n'a jamais entraîné de troubles à l'ordre public. C'est pour ça que j'ai pris cette décision de ne pas l'interdire, mais ce qui ne veut pas dire que nous ne travaillons pas dessus, en renseignement, en judiciaire, et évidemment que nous sommes très actifs sur la mouvance.

1:56
Présentateur

Monsieur Nunez, ce qui interpelle lorsqu'on regarde ces images, c'est qu'on ne voit quasiment pas de force de l'ordre, contrairement aux manifestations, notamment les dernières, contre la réforme des retraites. Et puis on voit ces visages cagoulés sur la voie publique. Or, selon la loi anti-casseurs, ces visages cagoulés sont interdits. Pourquoi ces personnes n'ont pas été interpellées ?

2:17
Laurent Nuñez

Alors d'abord, deux choses. Je ne peux pas vous laisser dire que les forces de l'ordre n'étaient pas présentes. Elles n'étaient pas visibles. Et lors des manifestations contre la réforme des retraites, elles ne sont pas visibles non plus. Elles n'interviennent que lorsqu'il y a des exactions. Pardon de vous le dire, mais j'applique la désescalade pour tous les types de manifestations. Donc les forces de l'ordre sont toujours à distance. Elles l'étaient samedi, elles le sont pour les manifestations contre les retraites. Malheureusement, les casseurs font que nous sommes contraints d'intervenir. Pour répondre précisément à votre question, oui, certaines personnes avaient le visage dissimulé.

Oui, effectivement, c'est un délit d'avoir le visage dissimulé. C'est une infraction, pardon, des contraventions d'avoir le visage dissimulé sur la loi publique. Et c'est même un délit dans le cadre de la loi anti-casseurs lorsqu'il est établi qu'on se dissimule le visage en vue de commettre des exactions et des violences et des troubles à l'ordre public. Ce n'était pas le cas ce jour-là. Je suis désolé d'avoir à vous le dire, mais néanmoins, encore une fois, nous allons observer, évidemment, revisionner les bandes pour essayer de déterminer s'il y a eu des gestes, des propos qui rentrent sous le coup de la loi.

À ce stade, ça n'est pas le cas, mais nous allons évidemment le faire et regarder tout ça de très très près, comme nous le faisons systématiquement après les manifestations.

3:20
Présentateur

Que répondez-vous à ceux qui vous critiquent personnellement, notamment à gauche, et qui estiment que la préfecture de police est finalement plus tolérante avec l'extrême droite qu'avec l'extrême gauche ?

3:33
Laurent Nuñez

D'abord, c'est totalement faux. C'est absolument inacceptable à mes yeux. Ce genre de propos est totalement inacceptable. J'ai été directeur général de la sécurité intérieure, j'ai été coordonnateur national du renseignement de la lutte antiterroriste et je suis aujourd'hui préfet de police. Depuis 2017, la détermination des pouvoirs publics et l'action que j'ai menée, évidemment, sous cette autorité du pouvoir politique, elle a frappé très dur contre l'ultra-droite. Je veux vous rappeler que depuis 2017, nous avons plus d'une dizaine de dossiers qui ont été ouverts et qui sont gérés par le parquet national de l'antiterrorisme, au titre du terrorisme.

Nous avons dissous plusieurs structures d'ultra-droite. Donc il est faux de dire que nous faisons preuve de clémence, de complicité face à l'ultra-droite. C'est complètement faux. Et je veux vous rappeler, évidemment, l'ultra-gauche, quand il y a des violences et des exactions, nous intervenons. Mais attendez, des manifestations d'individus cagoulés qui défilent derrière des banderoles et qui professent, qui tiennent des propos qui sont anti-républicains, anti-démocratiques, il en existe aussi à l'ultra-gauche. Je vous renvoie aux mouvements ou manifestations qu'organise la mouvance antifasciste. Jusqu'à preuve du contraire, il se déroule de la même façon.

Et donc, nous n'intervenons pas, nous n'interdisons pas, et nous encadrons, nous intervenons uniquement quand il y a des violences et des débordements. Donc il ne s'agit pas, pour moi, de renvoyer deux aux ados ces deux mouvances, mais simplement de rappeler une évidence. Il n'y a pas deux poids, deux mesures dans le traitement que nous appliquons. Et tout ce qui a été fait depuis 2017 est là pour le démontrer.

4:52
Présentateur

On parle du retour du GUD qui s'était autodissou, ce mouvement d'extrême droite bien connu. Est-ce que vous surveillez cela de près ?

5:01
Laurent Nuñez

Bien évidemment, mais nous surveillons la mouvance d'ultra-droite de très très près. Nous sommes tous les responsables administratifs de haut niveau, responsables de la sécurité dans ce pays, ont eu l'occasion, à l'occasion d'une commission d'enquête à la demande de la France insoumise à l'Assemblée nationale qui visait précisément la façon dont nous traitions les mouvances d'ultra-droite. Nous avons eu l'occasion de rappeler, c'était en 2018-2019, moi-même j'étais entendu, nous avons rappelé tout le dispositif que nous mettons en place pour lutter contre les subversions violentes et notamment évidemment l'ultra-droite.

Je vous dis 10 dossiers, plus de 10 dossiers ouverts au titre de l'antiterrorisme, de nombreux mouvements dissous. C'est évidemment pour nous une priorité et le mouvement que vous avez cité est également une priorité. Oui, il ne nous a pas échappé que sans doute à la fin de l'année 2022, ils tentent de se reconstituer. Évidemment que nous serons là pour les en dissuader et pour intervenir. Évidemment.

5:52
Présentateur

Reste avec nous, M. le Préfet Nunes, parce qu'on va demander à Maxime Ranchetteur du service police-justice de BFM TV justement de savoir à qui on a affaire précisément lors de ce défilé, Maxime. Pour le déterminer, on a plusieurs éléments qui tous vont dans le même sens. Déjà, on a nos confrères de Mediapart qui ont identifié au moins deux personnes qui appartiennent, qui étaient membres du GUD, ce groupe Union Autodéfense qui était un groupe d'étudiants très violent, qui a eu très mauvaise réputation et qui est connu pour avoir commis beaucoup d'actes violents dans les années 90. Il y a aussi les slogans.

Lorsqu'on écoute le son des vidéos qu'on peut voir sur les réseaux sociaux, on entend scander « Europe, jeunesse, révolution ». C'est le slogan du GUD, de l'ex-GUD tout simplement. Il y a aussi ces drapeaux noirs avec des croix celtiques. Magali Chalet vous en parlait tout à l'heure. Les croix celtiques, elles sont identifiées comme un symbole de la suprématie de la race blanche, donc un symbole associé à l'extrême droite. Et puis de toute façon, le sujet de la manifestation, on rend hommage à Sébastien, un jeune Sébastien Desieux, qui est mort il y a 29 ans lors d'une manifestation d'extrême droite contre l'impérialisme américain. C'est évident qu'ici, on est membre de l'extrême droite.

Il fuyait la police, il tombait d'un toit, c'est ça ? Il fuyait la police, exactement. C'était une manifestation contre l'impérialisme américain. Il y avait à peu près 400 personnes. La manifestation avait été interdite d'ailleurs. Et il est monté sur un toit rue des Chartres en essayant de fuir la police. Il a glissé, il est tombé, il est décédé quelques jours plus tard. Cette manifestation est organisée depuis près de 30 ans, disait Alain tout à l'heure. Sauf que là, il y avait un peu plus de monde que la dernière fois. C'est peut-être pour ça aussi que tout le monde réagit. Plus de 500 personnes.

Laurent Nunes, comment vous expliquez que ce rassemblement ait rencontré cette année un succès un peu plus important que les années précédentes ? C'est pour ça d'ailleurs aujourd'hui qu'on en parle.

7:36
Laurent Nuñez

Oui, la préfecture de police a comptabilisé 550 personnes. Vous avez raison de souligner que c'est plus que l'an passé. L'an passé, c'était 360. On a des militants qui sont venus très probablement de toute la France. Donc on va évidemment travailler à tout cela. Il y a... Je ne veux pas y voir un engouement pour la mouvance. Ce n'est pas le sujet. Le sujet, c'est qu'on soit concentré, qu'on puisse continuer à travailler sur cette mouvance. Vous savez, ne pas interdire une manifestation, ça ne veut pas dire cautionner ce qui s'y dit. Ça veut dire que le préfet de police considère que les conditions juridiques ne sont pas réunies.

Et il n'y a rien de pire pour ces gens-là que de gagner au tribunal administratif contre l'État. C'est ce qui s'est passé en février. Et donc il n'y a rien de pire que ça. Donc nous continuons à travailler contre ces mouvances. Évidemment, quand elles commettent des exactions. Mais encore une fois, samedi, c'était une manifestation qu'ils ont encadrée de manière extrêmement rigoureuse. Ils se sont bien gardés de commettre des exactions. Et en tout cas, s'il y avait des débordements qui nous auraient échappés, nous allons évidemment travailler à la vidéo et les poursuivre au judiciaire. Vous savez, j'ai d'ores et déjà sur ce que vous disiez tout à l'heure.

J'ai déjà saisi Mme la procureure de la République de Paris sans attendre du fait que certains individus, enfin la plupart d'ailleurs, manifestaient visage dissimulé.

8:43
Présentateur

Monsieur le préfet, du côté de la mairie de Paris, il y a une adjointe socialiste qui a dit le seul changement dans cette histoire, c'est la complicité tacite dont cette extrême droite bénéficie de la part de ceux qui ont décidé d'affronter la gauche en priorité.

8:58
Laurent Nuñez

Non, écoutez, il n'y a pas de complicité tacite de ma part ni de celle du gouvernement ni de celle du ministre de l'Intérieur. Enfin moi, encore une fois, nous n'avons pas de leçons à recevoir dans les combats que nous avons menés et que nous continuerons et que nous continuerons de mener contre l'ultra-droite. On n'a pas de leçons à recevoir encore une fois. Nous travaillons de manière très sérieuse en renseignement, en judiciaire quand nous le pouvons et nous avons évidemment des moyens accrus en judiciaire et nous sommes très déterminés et y compris pour certains gros piscules.

9:27
Présentateur

Oui, mais pardon, mais pour vous aujourd'hui, l'ultra-gauche, l'extrême-gauche est plus violente que cette ultra-droite qui a défilé ?

9:35
Laurent Nuñez

Je n'ai absolument pas dit ça. Vous savez, moi je ne définis pas

9:39
Présentateur

de degré dans la dangerosité. Non, mais votre fonction vous amène à savoir précisément la dangerosité. Est-ce qu'aujourd'hui, pour vous, l'extrême-gauche ou l'ultra-gauche est plus violente que l'ultra-droite, l'extrême-droite ?

9:54
Laurent Nuñez

L'ultra-gauche sait parfois se montrer violente. Elle l'a démontré en marge des manifestations retraites dont elle est venue d'ailleurs polluer le message en commettant de nombreuses exactions et qui nous ont conduits évidemment à intervenir. Et nous intervenons pour dissuader les troubles à leur public et non pas pour interdire des manifestations. Encore une fois, je vous renvoie à ces manifestations qui sont organisées par la mouvance antifasciste où les individus sont cagoulés et ont aussi des slogans qui sont des slogans qui peuvent s'apparenter comme étant des slogans anti-démocratie représentative. Ils veulent mettre à mal le système.

Pour autant, pour autant, je ne considère pas que j'ai matière à interdire ces rassemblements. Et donc nous faisons comme ça a été fait samedi avec ce gros puscule d'ultra-droite. Nous les encadrons et nous veillons à ce que ça se passe le mieux possible. Mais vous dire lequel des deux est le plus dangereux, je n'irai pas sur ce terrain-là. Moi, mon travail, c'est d'éviter des troupes à l'ordre public, d'éviter des menaces pour la sûreté de l'État et nous y travaillons. Et il ne faut pas s'arrêter au fait de savoir si on a interdit ou pas une manifestation. Vous savez, moi je considère que les conditions juridiques n'étaient pas réunies. C'est une décision que j'assume totalement.

Et je vous dis qu'en février, quand ces mouvements d'ultra-droite ont gagné au tribunal administratif contre mon arrêté d'interdiction, ce n'était pas non plus une bonne chose. Donc voilà, nous allons continuer de manière déterminée à suivre et à lutter contre les exactions quand elles sont commises par ces mouvements d'ultra-droite.

11:17
Présentateur

On reconnaissait quand même que c'est une drôle d'image qu'on donne à chaque fois de Paris. Alors, quand ce n'est pas l'ultra-droite, c'est l'ultra-gauche aussi et les Black Blocs. Enfin, quelle image de la capitale ? Vous n'y êtes pour rien. Mais enfin, on peut imaginer tout à l'heure Alain Duhamel qui n'habite pas très loin de là où sont passés ces manifestants était effrayé selon ces termes. Parce que c'est vrai, des images assez effrayantes.

11:38
Laurent Nuñez

Je comprends. Mais je comprends. Je comprends parfaitement qu'on puisse être choqué par cette manifestation. Peu de gens partagent des idées de ces gens-là. Peu de gens partagent ça. Je comprends parfaitement qu'on puisse être choqué. Tout comme je comprends évidemment parfaitement qu'on puisse être choqué par les exactions qui sont commises par les groupuscules ultra, par les casseurs en marge des manifestations retraites. Moi, mon travail, c'est d'éviter que ça se produise. Qu'il n'y ait pas de violence, qu'il n'y ait pas d'exaction. Voilà, ça, c'est mon travail et je vais continuer à le mener avec beaucoup, beaucoup, beaucoup de détermination.

12:07
Présentateur

Christophe Barbier. Monsieur le Préfet, face à cette extrémisation des extrêmes, si j'ose dire, est-ce que vous manquez de textes législatifs ? Est-ce que vous avez besoin de nouvelles lois ou de précisions dans la loi pour pouvoir limiter encore plus le défilé de ce genre de personnages ?

12:22
Laurent Nuñez

Non, non, non. Parce qu'on a beaucoup de moyens pour travailler en renseignement. Évidemment, ce n'est pas le lieu de développer tout cela. On a effectivement la possibilité d'interdire les cortèges quand il y a des violences, quand il y a eu des exactions précédentes qui, moi, me permettent de justifier du trouble à l'ordre public. Et puis, il y a... Voilà. Donc, je n'appelle pas à une modification des textes. Je crois, mais par contre, à l'application rigoureuse de la loi. Et chaque fois qu'évidemment, une manifestation est susceptible d'engendrer, de créer des troubles à l'ordre public, je prends mes responsabilités et je l'interdis. Et quand ça n'est pas le cas, je ne l'interdis pas.

Mais pour autant, M. Barbier, vous le savez bien, vous êtes un observateur avisé, nous sommes très attentifs sur la mouvance d'ultra-droit. Très, très attentifs.

13:06
Présentateur

— La loi sur les visages couverts, sur les cagoules, elle est mal appliquée. On n'arrive pas à arrêter tous ces gens-là. Est-ce qu'il faudrait durcir les peines, passer d'infraction à délit pour dissuader plus ceux qui viennent le visage cagouler ?

13:18
Laurent Nuñez

— Il y a deux choses. Il y a le fait d'avoir le visage dissimulé dans l'espace public. Puis il y a une deuxième chose. Depuis la loi de 2019, enfin, c'est une discussion qui avait été discutée, c'est de se dissimuler le visage en vue de commettre des troubles à l'ordre public. Alors évidemment, c'est plus difficile à établir. Et là, on rentre sur le terrain du délit. Mais en général, vous savez, les individus qui se dissimulent le visage et qui commettent des exactions, quand on intervient en judiciaire parce qu'ils ont commis ces exactions, en général, vous savez, en judiciaire, on a beaucoup de moyens. C'est pas le lieu de les développer.

Mais prenez toutes ces personnes qui ont été interpellées en marge de la manifestation contre les retraites et reconnues coupables d'avoir jeté les projectiles sur des forces de l'ordre dont certains ont été gravement blessés. Tôt ou tard, nous les retrouvons parce que nous avons des moyens d'investigation qui nous permettent, même quand un individu est cagoulé, on arrive à le retrouver. Donc voilà, il faut relativiser, évidemment, tout ça. Et bien se dire que c'est plutôt... Enfin, on a aussi des règles qui sont protectrices de nos libertés. Et moi, je ne vais pas plaider pour qu'on revienne sur ces règles qui sont aussi protectrices des libertés. Moi, mon travail, il est compliqué.

Pourquoi il est compliqué ? Parce que je suis sur une ligne de crête. D'un côté, je dois évidemment assurer la protection et la sécurité de nos concitoyens, la sûreté de l'État et de l'autre, garantir les libertés individuelles dont la liberté de manifester qui est quand même une des libertés les plus fondamentales.

14:35
Présentateur

Est-ce que vous avez retrouvé l'homme qui a jeté le cocktail Molotov sur ce policier ?

14:42
Laurent Nuñez

Non, pas encore. Mais vous savez, c'est la direction régionale de la police judiciaire de Paris qui est saisie et tout est mis en œuvre pour retrouver cette personne au même titre qu'a pu être retrouvé l'auteur qui avait jeté un pavé à un de mes effectifs qui s'était effondré. Tout le monde avait vu ces terribles images. L'auteur a été retrouvé, il a été condamné. Et il était cagoulé. Donc ne vous inquiétez pas, individus cagoulés ou pas, nous saurons les retrouver en judiciaire. Et c'est vrai pour les casseurs qui peuvent plutôt se rattacher à la mouvance d'ultra-gauche au cas d'espèce que les militants d'ultra-droite quand ils commettent des exactions.

15:16
Présentateur

Une dernière question. Vous avez beaucoup insisté durant cet entretien sur la liberté de manifester. Aujourd'hui, est-ce qu'elle n'est pas entravée cette liberté de manifester avec des casseroles aujourd'hui, M. le Préfet, quand on maintient les gens à même un kilomètre d'élu ou du président de la République ? Est-ce que c'est... On n'en fait pas trop ?

15:34
Laurent Nuñez

Non, on n'en fait pas trop. Vous savez, la sécurité du président de la République, c'est important. Moi, sur Paris, je n'ai pas eu à prendre ce type d'arrêté. Contrairement à ce que je peux lire, entendre, je n'ai pas pris ce type d'arrêté sur ma zone de compétence. Paris est la petite couronne. Je n'ai pas eu où se présentent un certain nombre d'individus sur des manifestations qui ne sont pas déclarées, avec des casseroles qui font du bruit. Et je demande aux forces de l'ordre d'intervenir pour créer un cordon entre ces manifestants et l'autorité ministérielle que nous voulons protéger.

Et d'un côté, l'avis du gouvernemental continue, de l'autre, la liberté d'expression, elle est là, elle existe, puisque nous permettons alors même qu'ils n'ont pas déclaré à ces individus de manifester. Et ils le font, c'est vrai, le plus souvent avec des casseroles. Moi, le seul arrêté que j'ai pris, et je ne le regarde pas, il a été certes annulé par le tribunal administratif, mais dont axe. C'est un arrêté qui visait à interdire une manifestation revendicative dans le périmètre d'une manifestation sportive, le soir de la finale de la Coupe de France, parce que traditionnellement, ça ne se fait pas.

On n'autorise pas une manifestation revendicative là où il y a un grand rassemblement de personnes, parce que c'est susceptible de générer des troubles à l'ordre public. Il s'agissait donc de distribuer des tracts, des cartons rouges, des sifflets. J'avais interdit cette manifestation, dont axe. L'arrêté a été annulé, le juge administratif ayant considéré que certes, il pouvait y avoir un trouble à l'ordre public, mais comme les sifflets étaient interdits dans le stade, finalement, il suffisait de les empêcher aux portes du stade d'entrer avec des sifflets. Voilà, c'est le seul arrêté qui a été pris, qui a été annulé. J'en ai pris acte, même si, évidemment, je le regrette.

Mais voilà, on ne peut pas dire qu'il y a une entrave à la liberté d'expression, je le dis et je le redis, sans les forces de sécurité intérieure, sans les dispositifs policiers que nous déployons, il n'y aurait pas de manifestation intersyndicale. Vous avez tous pu constater lors des 12 dernières manifestations organisées par l'intersyndical et 13 avec le 1er mai, que les casseurs venaient perturber ces manifestations et sans l'intervention des forces de sécurité intérieure, ces manifestations ne seraient pas possibles. Donc, je ne peux pas laisser dire que nous entravons la liberté de manifester, la liberté d'expression. C'est complètement faux. Tout le monde peut s'exprimer.

Il y a des règles, évidemment, à respecter. Moi, je suis là pour les faire appliquer et les choses se passent relativement bien et les organisations syndicales sur les grandes manifestations le reconnaissent elles-mêmes.

17:46
Présentateur

Merci, M. le Préfet de police, Laurent Nunes, du Plex assuré par Philippe Vigneault. Merci d'avoir été en direct sur BFM TV.

L'interview du préfet de police de Paris, Laurent Nuñez, en intégralité — Laurent Nuñez · Pourquijevote