Projet de loi industrie verte : Macron brasse encore du vent | Alma Dufour
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Pour ne rater aucune de nos vidéos, n'oubliez pas de vous abonner et d'activer la cloche. Alors qu'Emmanuel Macron a arboré tout fièrement il y a deux mois en mai son plan sur la réindustrialisation, le président de la République a annoncé dans le même temps le projet de loi sur l'industrie verte et dans le même mois le chef de l'État a reçu à Versailles les grands patrons internationaux pour développer l'investissement étranger au fameux sommet Choose France. Le projet de loi Industrie verte est donc examiné à l'Assemblée depuis ce lundi 17 juillet. Quel est ce plan sur l'industrie verte ? Est-ce enfin la fin de la désindustrialisation qui a détruit des villes et des familles ?
Est-ce l'heure enfin de la prise en compte des urgences sociales et environnementales dans notre économie industrielle ? Pour en parler, nous recevons Alma Dufour, députée LFI NUPS et chef de file à l'Assemblée nationale sur ces questions. C'est l'entretien d'action. Bonjour Alma Dufour. Bonjour. Alors Emmanuel Macron puis Bruno Le Maire ont donc présenté le projet de loi Industrie verte il y a deux mois qui est actuellement examiné par le Parlement. L'objectif affiché est d'être la plus grande puissance industrielle décarbonée d'Europe, on regarde en extrême.
Il faut aller plus loin. Et c'est sur ce point que je voulais terminer mon propos en m'appuyant sur le travail qui a été mené. Je les en remercie par Bruno Le Maire et Roland Lescure. Les consultations très larges avec plusieurs parlementaires ici présents qui ont travaillé à leur côté et élus et entreprises et entrepreneurs et salariés et syndicats pour bâtir le projet de loi Industrie verte. Je vais ici le redire. L'industrie française de 2030, très clairement, elle devra être décarbonée, respectueuse de la biodiversité, numérisée et transformée.
Et c'est ce défi, au fond, que nous voulons relever, que nous allons relever, c'est développer une filière bois dans ce sens, une filière ciment qui doit se décarboner et plus globalement toute la filière construction hors site qui va se déployer, une filière chimie, ça a été très bien dit, qui doit se transformer mais dont on ne peut pas se passer, une filière électronique qui doit elle aussi se renforcer, une filière hydrogène, batterie, capture de carbone qui doit émerger et en même temps tout ce qu'on a su faire sur la filière santé.
Alors on va revenir sur cet extrait avec vous, Alma Dufour, mais je vais d'abord présenter les principales propositions de ce projet de loi. Donc le crédit d'impôt Industrie verte dans le but d'attirer les investissements étrangers, miser sur la production de batteries, de pompes à chaleur, d'hydrogène vert, d'éoliennes ou de panneaux solaires, 1 milliard d'euros pour, je cite, dépolluer les friches industrielles pour préparer de futures installations, des subventions à la décarbonation pour les industries existantes à hauteur de 2,3 milliards d'euros de prêts directs ou de garantie par la Banque publique d'investissement BPI France.
Un plan d'épargne à venir climat qu'on pourrait faire ouvrir à son enfant et l'épargne une fois débloquée doit être affectée à des investissements, je cite, strictement et rigoureusement verts ou encore la garantie de neuf mois pour accélérer l'installation des industries. Et Bruno Le Maire a affiché fièrement 15 mesures pour verdir le budget de l'État ou conditionner les aides aux entreprises à une trajectoire plus vertueuse. Sans rentrer pour l'instant dans le détail vraiment du projet de loi, Alma Dufour, quelle a été votre première impression à l'annonce de ce projet de loi ?
Alors honnêtement, il faut rappeler quand même que ce projet de loi a été annoncé pour tourner la page des retraites. Donc on y a vu comme d'habitude une tentative de communication, de distraction de l'opinion publique, de changer le sujet médiatique et on ne l'a pas vraiment forcément pris si au sérieux que ça. Pourquoi ? Parce qu'en fait Emmanuel Macron nous habitue régulièrement à des grandes annonces qui en réalité, quand on arrive au moment des projets de loi ou au moment du budget, ne sont pas forcément suivies d'effet. Je vous donne un exemple, par exemple, il nous avait annoncé sur l'hôpital des mesures de recrutement massif qui ne sont toujours pas arrivées.
Quand vous demandez au directeur d'établissement hospitalier s'ils ont eu des nouvelles, ils vous disent « ah bah non ». C'est pareil pour la relance du rail, les 100 milliards pour relancer les petites lignes, etc., les travaux ferrés. On l'avait déjà en fait eu des annonces en 2019 qui n'ont été suivies d'aucun effet pendant 4 ans. Là, on revient et pareil, on demande à Clément Beaune des précisions, on demande aux régions si elles ont eu des échanges avec l'État sur ce sujet et tout reste excessivement vague à chaque fois.
Donc, vous nous pardonnerez d'être toujours un peu méfiant et sceptique quand le président sort d'une crise et fait des grandes annonces sur un sujet ou un autre, sur l'écologie, sur l'industrie, sur la santé. Ensuite, sur le contenu, parce que maintenant, on commence à y voir plus clair, puisqu'on a le projet de loi sur la table. Il faut rappeler que les principales mesures qui ont été annoncées, notamment le crédit d'impôt et le verdissement du budget, en fait, elles sont dans le budget 2024, donc on ne les a pas encore. Donc là encore, on ne sait pas exactement l'ampleur des changements qui vont être réalisés.
On ne sait pas si vous vraiment osez aller jusqu'à conditionner les aides publiques, contrairement à ce qu'ils ont fait depuis 6 ans, puisqu'ils ont arrosé les grands groupes d'argent public sans jamais y mettre aucune condition, ni sociale, ni environnementale. L'exemple le plus frappant, je veux dire, il y en a deux, c'est Sanofi qui a touché des subventions pour acheter des machines et réinvestir dans un site de production et qui, une semaine après, annonçait des licenciements sur ce même site.
Ou évidemment Airbus qu'on a sauvé pendant la crise et qui, avec sa filiale KLM, Air France, qui, avec sa filiale KLM, annonçait aussi un plan social et n'a absolument rien annoncé pour verdir suffisamment son bilan carbone. Donc voilà, ça, c'est des exemples emblématiques, mais c'est la même chose avec toutes les autres grosses entreprises. Et donc, on n'est pas du tout sûr aujourd'hui qu'il y aura un vrai changement de logique. Il faut qu'on attende la rentrée pour y voir clair.
Et qu'est-ce que vous pensez de l'extrait où il promet une économie décarbonée, respectueuse de la biodiversité, numérisée et transformée ?
Alors là, pour le coup, on peut vraiment vous dire ce qui se passe actuellement, parce que ça, ça aurait dû être dans le projet de loi Industrie verte discuté actuellement. Ce qui se passe, c'est que le mot vert, le mot décarbonation et le mot biodiversité sont des façades pour un projet de loi qui, en fait, peut bénéficier à tous les secteurs industriels de façon indiscriminée. C'est-à-dire qu'en fait, il nous refuse de définir ce qu'est l'industrie verte, ce qu'est la décarbonation. Il refuse de dresser des secteurs prioritaires, contrairement à l'extrait d'Emmanuel Macron qui vous dresse une liste de filières à développer, à soutenir notamment la santé en fin de discours.
En fait, dans le projet de loi, il n'y a rien sur les filières. Il y a en fait, la seule chose que ça va vraiment changer, c'est la possibilité d'accélérer encore les procédures d'implantation des industries, des usines. Mais quel que soit le secteur, en réalité, puisque ça va dépendre de décrets qui vont choisir de façon complètement arbitraire quelle usine peut bénéficier de cette procédure d'accélération. Je vous donne un exemple sur mon territoire. Il y a un projet d'extension d'un site de stockage de déchets dangereux. On est le seul site de stockage de déchets dangereux en Normandie, de toute la région. Ça fait déjà 20 ans qu'il aurait dû fermer.
Là, on nous propose de le réétendre encore. Et typiquement, vu comment le texte est rédigé, les élus locaux sont contre. Mais là, l'État pourrait reprendre la main et décider qu'un site de stockage de déchets dangereux fait partie des sites stratégiques à accélérer dans le cadre de ce projet de loi Industrie verte qui n'a de vert que le nom du coup. Donc en fait, il n'y a aucune priorisation, aucune fixation de filière, aucune stratégie. Et il refuse encore une fois de choisir et même de conditionner ce projet au respect des engagements climatiques dans le secteur de l'industrie.
Il n'y a aucune mention de l'accord de Paris, aucune mention des obligations de réduction des émissions de gaz à effet de serre du secteur industriel. Donc en fait, c'est encore une fois une très grande opération de greenwashing qui vise à servir les intérêts du privé en général.
On reviendra sur les intérêts du privé juste après. Il dit que pour bâtir ce projet d'Industrie verte, il a consulté, il a travaillé avec les syndicats et les parlementaires. Vous êtes parlementaire, est-ce que vous avez vu ce travail ?
Alors non, pas du tout. Alors ça, c'est toujours la co-construction version Emmanuel Macron. Le gouvernement qui met 11.49.3 et qui disait qu'on est méchant parce qu'on ne veut pas co-construire avec lui. Non, en réalité, tous les rapporteurs des différents chapitres sont de la majorité. Les discussions ont été quand même très limitées. Le texte était déjà ficelé. Et les trois quarts des amendements qu'on a tenté de déposer pour élargir le champ de discussion, c'est-à-dire sur est-ce que les sites Céveso-Seuil-Haut aujourd'hui sont protégés des inondations ? Il s'avère que non.
Les données climatiques montrent que la majorité des sites Céveso-Seuil-Haut de France sont en zone inondable désormais. Il n'y a rien là-dessus dans le texte. Est-ce qu'on va davantage avancer sur la protection de la santé des riverains et des travailleurs alors qu'on sait que les pollutions chimiques font des ravages chez les ouvriers ? On a vraiment des statistiques très, très, très, très, très, très critiques. 37% de plus de certains cancers, par exemple en Seine-Maritime, chez moi, sur mer, c'est pareil, 2,5% de chances, fois plus de chances de mourir d'une leucémie aiguë. Enfin voilà, c'est de ça qu'on parle. Il n'y a rien sur la santé.
Il n'y a rien sur la formation des travailleurs, etc., etc. Et le trois quarts de nos amendements ont été déclarés irrecevables parce que le texte est volontairement étriqué pour que les parlementaires ne puissent pas l'amender et construire des majorités alternatives à celles du gouvernement.
Dans les propositions de ce projet et le discours du président, on parle beaucoup de décarboner, vous avez commencé à le dire. Bruno Le Maire en est très enjoué. Il a tweeté d'ailleurs lundi, le projet de loi Industrie Verte constitue un tournant pour notre économie car il poursuit une ambition stratégique, l'accélération de la réindustrialisation de la France tout en décarbonant notre économie. Le Monde écrit d'ailleurs que le projet de loi permet de réduire l'empreinte carbone française de 41 millions de tonnes de CO2 à l'horizon 2030, soit 1% des émissions totales.
Reporters, nos confrères indépendants, titre « La loi Industrie Verte rate son village écolo » avec un risque qui serait de soutenir des activités neutres en carbone, notamment grâce à la compensation, mais par ailleurs polluante ou gourmande en eau, pointe Thomas Outeyakoumar de la Fondation pour la nature et l'homme. Est-ce que c'est des réserves que vous partagez également ?
Totalement. En fait, il y a deux choses. Il y a accélérer les technologies de la transition écologique, donc les transports ferrés, les énergies renouvelables, les voitures électriques dans une certaine mesure, l'hydrogène, etc. Ça, ça viendra peut-être dans le projet de loi, le budget de 2024. On verra s'il y aura des crédits d'impôts suffisants parce que vu les sommes annoncées, en réalité, pour développer des filières comme ça, ce n'est même pas vraiment suffisant. Donc il y a un vrai problème aussi de masse financière qui sont prêts à investir. La deuxième chose, c'est que ce projet de loi-là, comme j'ai dit, permet d'accélérer tout type d'implantation industrielle.
À partir du moment où le gouvernement décide qu'elle est stratégique. Donc je vous parlais d'un site de stockage de déchets dangereux. Niveau écologie, on peut quand même se poser la question de l'impact. Mais aussi, par exemple, moi je ne sais pas s'ils décident qu'une usine d'armement, c'est stratégique, qu'une usine Coca-Cola, c'est mieux de l'avoir en France qu'à l'étranger, ça peut être stratégique aussi.
En fait, ce projet de loi risque effectivement, en ne se fixant pas de priorité, effectivement peut-être d'attirer un peu plus d'usines et encore on doute qu'ils permettent vraiment de relocaliser, mais de façon indiscriminée, quel que soit l'impact en termes d'émissions de gaz à effet de serre final. Et au contraire, il risque même éventuellement d'aggraver le bilan carbone de l'industrie en France qui stagne en fait depuis des années alors qu'il aurait dû réduire. Et encore une fois, il n'y a aucune conditionnalité à la baisse des émissions, aucun secteur prioritaire. Donc on ouvre les vannes au tout venant alors que c'est le moment de prendre un virage écologique.
Et donc c'est assez inquiétant effectivement et les ONG ont raison de le dire.
Puis au-delà de la question environnementale, il y a aussi la question sociale parce que même si on attire des entreprises de l'étranger, est-ce qu'elles ne vont pas faire comme on voit depuis 20 ans, venir, prendre le savoir-faire et puis prendre les aides publiques et repartir ? C'est justement pour rentrer un peu plus dans le projet de loi. L'exécutif, on l'a dit, parle beaucoup d'énergie décarbonée, de géopolitique aussi, avec la politique des Etats-Unis de privilégier leur industrie nationale.
Le chef de l'État mise sur une décarbonation des transports et de l'industrie, je le cite, avec comme objectif affiché de prendre la tête de la course des véhicules électriques avec trois projets de gigafactory. Il annonce une autonomie de la production des batteries en 2027 et une capacité d'exportation même en 2030. Et le chef de l'État met en avant l'usine de Dunkerque. Même ton sur l'hydrogène ou encore le bois avec des filières qu'il veut sécuriser jusqu'aux amonts de la production. D'abord, que penser de ces orientations misées sur les batteries, faire des grosses usines, les gigafactories, etc.
Alors, c'est intéressant parce que, vous savez, j'ai déposé plein d'amendements sur le secteur automobile, justement, qui sont tous irrecevables parce que, en fait, le texte ne parle pas. Des secteurs, comme je l'ai dit, ne parlent pas des filières. Donc, en fait, nous, on n'est pas contre relocaliser la production de batteries en France. Il faut être clair. À un moment donné, on veut que la priorité soit donnée aux transports ferrés, aux petites lignes de métro, de RER du quotidien, aux mobilités douces.
Néanmoins, dans plein de territoires, le temps que ça arrive, il va falloir aussi décarboner la mobilité et la voiture individuelle dont on ne pourra pas complètement sortir dans les 30 prochaines années. Et effectivement, la voiture électrique est une technologie plus propre, sous réserve de deux choses. Déjà, qu'elle soit légère, parce qu'en fait, les analyses de l'ADEME, par exemple, démontrent que plus elle est lourde, plus sa fabrication et l'ensemble de son cycle de vie pollue à un stade, à un moment donné, où, en fait, finalement, c'est kiff-kiff que d'avoir une grosse voiture à essence. Donc, il faut qu'elle soit légère et puis, évidemment, il faut qu'elle soit abordable.
Parce que c'est un vrai sujet aujourd'hui, c'est que la majorité des Français ne peuvent pas se payer des voitures électriques au prix auquel elles sortent en France et même ailleurs. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, la moitié des bonus écologiques partent dans des Dacia, qui sont le véhicule électrique le moins cher du marché, qui est fabriqué en Chine. C'est le seul véhicule Renault qui est fabriqué en Chine. Donc, on a un vrai sujet d'adéquation de la politique sociale et environnementale sur ce sujet-là. Donc, nous, on n'est pas contre les gigafactories.
Ce qui nous hérisse le poil, c'est qu'ils se cachent, comme d'habitude, derrière des exemples qui les mettent en avant et ils oublient de parler vraiment du secteur automobile dans son entier. Quand on regarde le secteur automobile dans son entier, la réalité, elle est beaucoup, beaucoup, beaucoup plus triste. C'est-à-dire que, depuis les années 2000, on a perdu un tiers des emplois dans l'automobile en France. Et là, les projections, en fait, les usines existantes continuent de supprimer des emplois.
Elles sont même certaines au chômage partiel quasiment une semaine sur deux parce que, justement, les constructeurs français décident de faire du moyenne gamme ou du haut de gamme qui ne se vendent pas parce qu'ils étaient plutôt sur un secteur pour les classes populaires à la base. Donc, par exemple, la Mégane électrique ne se vend pas, la Zoé ne se vend plus. Donc, on a des salariés de ces usines-là qui fabriquent des voitures électriques qui sont excessivement inquiets pour leur avenir. C'est le cas chez moi à Cléon, l'usine Renault qui fait les moteurs.
Et donc, si on observe le même rythme, si on continue sur le même rythme de suppression d'emplois dans les usines existantes, on pourrait finir par perdre 70 000 emplois dans la décennie. Ça, c'est la réalité sociale du secteur. Donc, ils se cachent derrière trois usines, trois Gigafactory à Dunkerque et ils oublient de parler des stratégies des constructeurs. En fait, Renault et Stellantis ne sont pas du tout d'accord aujourd'hui pour réorienter leur production vers des véhicules légers et moins chers. Ils ne veulent pas ça. Eux, ils veulent continuer à générer de plus en plus de marge et de plus en plus de profits.
Et là-dessus, pour l'instant, on n'a aucune réponse sur ce que le gouvernement compte faire pour faire, un, baisser le prix des voitures électriques made in France et deux, les faire écologiques donc plus légères. Il n'y a rien. On sait qu'ils envisagent de réorienter le bonus dans le budget 2024 mais on n'est pas sûr du tout. Et en fait, ils nous disent oui, mais on est en négociation avec l'Allemagne. Peut-être que oui, peut-être que non. Et nous, on a peur qu'ils se couchent encore une fois comme ils l'ont fait depuis dix ans sur le sujet. Se coucher donc devant les multinationales en fait ? Devant les multinationales et aussi au niveau européen devant les intérêts d'autres nations.
C'est-à-dire que l'Allemagne, par exemple, refuse qu'on mette, qu'on taxe les importations de voitures chinoises par exemple. Pourquoi ? Parce que eux, au contraire, leur marché est davantage haut de gamme, leur production et ce qu'ils veulent, c'est pouvoir exporter des voitures haut de gamme à l'international, y compris en Chine. Donc en fait, par exemple, l'Allemagne a été un de nos pires ennemis sur le secteur automobile puisqu'ils avaient une stratégie industrielle complètement différente de la nôtre. Et en fait, ils nous empêchent de protéger notre industrie automobile depuis dix ans. Ils ont aussi préféré miser sur les particules fines plutôt que sur le climat.
Ils ont aussi saboté la réglementation sur le climat en permettant, en favorisant en fait les véhicules plus lourds, ce qui est contraire au changement climatique. Et là, pareil, la filière française s'est fait avoir. Et on voit aussi sur le sujet, là je vais faire un grand écart, mais parler d'un sujet plus large, c'est le sujet de l'énergie. Vous savez qu'en ce moment, on est en train de démanteler le monopole d'EDF, de sortir des tarifs réglementés de vente de l'électricité. Pour les entreprises, c'est déjà fait, mais là on le voit aussi pour les particuliers. Et ça, c'est aussi fait sous la pression de l'Allemagne.
C'est aussi fait parce que l'Allemagne, elle, peut se permettre de subventionner ses industries à coût d'argent public. Elle a mis 200 milliards dans son bouclier tarifaire l'année dernière. Nous, on a plus de problèmes de dette. Nous, on avait un avantage compétitif qui s'appelait EDF. Et donc là, pareil, le marché européen est fait d'une telle façon que là encore, les intérêts de la France sont vraiment, vraiment niés. Et on attend du gouvernement qu'il assume ce qu'il dit en France au niveau européen, ce qu'il ne fait pas du tout. En fait, il se cache derrière l'Europe, mais au final, il ne nous défend pas nos intérêts dans les réformes qui arrivent.
Il y a une autre tendance aussi chez l'exécutif, c'est vraiment de miser sur l'investissement étranger. Vous écrivez d'ailleurs Emmanuel Macron confond les intérêts du CAC 40 avec la réindustrialisation du pays. Ils ont déjà promis une dizaine de milliards d'euros d'investissement étranger. D'ailleurs, l'usine à Dunkerque est concernée par un investissement étranger, ce que je disais tout à l'heure avec le risque de venir, de prendre et de repartir. On l'a vu ces dernières années, dans l'automobile notamment aussi. Est-ce que vous pouvez nous expliquer du coup cette petite phrase ?
En fait, c'est vraiment... Mais Sarkozy avait commencé à faire ça pour essayer de sortir et en fait, leur stratégie, c'est encore une fois tout et tout et tout pour les grands groupes et c'est un puits sans fond. C'est-à-dire qu'ils ont quand même mis 100 milliards déjà pendant le Covid pour le plan de relance. 100 milliards. Même la Cour des comptes dit en fait, cette politique, elle est vraiment inefficace. Il faut l'arrêter tout de suite parce qu'il n'y a aucun contrôle des effets réels sur la décarbonation, sur comment utiliser l'argent, si ça crée des emplois, etc. C'est vraiment... On arrose tout le monde sans aucune contrepartie.
Ils ont continué avec la suppression des impôts de production. Les 16 milliards par an d'impôts de production qu'on nous fait payer avec la réforme des retraites. Là, pareil, ils les ont supprimés pour tous les secteurs industriels confondus mais aussi pour la finance, pour TotalEnergie, pour BNP Paribas, pour la publicité, pour tout le monde. Et là, maintenant, ils reviennent et ils disent on va conditionner maintenant qu'il n'y a plus rien à conditionner. C'est de ça qu'on parle en fait. Ils ont déjà... Le CICE, c'est déjà devenu une baisse de charge pérenne, pas conditionnable. Les impôts de production sont déjà supprimés, pas conditionnables.
Donc en fait, finalement, alors que ça fait six ans qu'on leur demande de faire ça, que les ONG leur demandent de faire ça, que les syndicats leur demandent de faire ça, ils ont beau jeu d'arriver et dire maintenant on va conditionner alors qu'il n'y reste quasiment plus rien à conditionner. Ça, c'est la première chose. Et pour vous donner l'exemple, effectivement, vous parlez des entreprises qui partent avec l'argent public, j'ai parlé de Sanofi. Un autre exemple qui, je pense, vraiment va permettre de bien comprendre, on avait la dernière usine de masques qui fabriquait des masques en France, qui pouvait fabriquer jusqu'à 5 millions de masques par semaine.
qui a été délocalisé en Tunisie par l'actionnaire américain Honeywell qui l'avait racheté. Et non seulement ils avaient bénéficié des subventions publiques du CICE, d'à peu près beaucoup de choses pour cette usine, mais ils sont partis déjà en licencieant une centaine de personnes, mais en détruisant les machines qui servaient à produire des masques. Vous imaginez un an après ce qu'on aurait fait avec ces machines au moment du Covid ? Là, vraiment, c'est très concret. Et des cas comme ça, on en voit tout le temps. Et effectivement, je vais donner un dernier exemple. Depuis 1995, en fait, on a perdu la moitié des entreprises qui étaient contrôlées en majorité par l'État.
On a perdu une moitié de ces entreprises. On est passé de 2600 à 1500 et quelques. Et on a perdu un tiers, deux tiers des emplois dans ces industries. Ce qui veut bien dire ce que ça veut dire. C'est-à-dire que quand les industries passent sous contrôle étranger, quand c'est des très grands groupes qui viennent et qui investissent, ils n'ont pas forcément nos intérêts à cœur et ils suppriment des emplois, voire ils délocalisent et ils détruisent des machines. Donc, ça ne peut pas suffire en fait cette stratégie. Pourquoi pas avoir des investisseurs étrangers ? On a besoin de capital mais il faut qu'il y ait des conditionnalités et il faut qu'on se protège.
J'ai proposé aussi un amendement pour interdire de détruire les machines quand un investisseur s'en va. Ils ont refusé. Malgré l'exemple des usines de masques, ils ont refusé. C'est-à-dire que même dans des secteurs stratégiques comme la santé, ils n'ont toujours pas changé de logique. Ils préfèrent qu'on détruise des chaînes entières pour produire des masques ou des médicaments exploser plutôt que de se fâcher ou de faire peur aux investisseurs étrangers.
C'est là où on a un vrai problème de logique parce qu'en fait les demandes des grands groupes sont des puits sans fonds et vous aurez beau vous mettre à quatre pattes après à plat ventre, ça ne suffira jamais et ils trouveront toujours un plus offrant ailleurs et ils pourront toujours vous la faire à l'envers.
Justement, la stratégie exécutive c'est vraiment de continuer sur l'aspect investissement étranger et sur la compétitivité coûts et d'être toujours les moins chers on veut vous attirer on veut vous attirer. Ils sont vraiment campés sur cette position avec réduire les taxes, réduire le coût du travail aussi et Bruno Le Maire dans l'Assemblée cette semaine a dit à d'ailleurs à une de vos collègues de la France Insoumise de Sofia Chikirou vous faites peur nous nous rassurons on va regarder un extrait. Votre politique celle que vous proposez Madame Chikirou est un repoussoir la nôtre attire les investisseurs vous faites peur nous rassurons voilà toute la différence entre nos politiques.
Vous nous dites que la politique industrielle française a mené à un effondrement de l'industrie de 24 à 11% c'est vrai mais c'est le produit de cette même politique qui a été adoptée depuis plusieurs décennies singulièrement depuis 1981 plus de taxes plus d'impôts moins de richesses moins de salariés moins d'usines moins de travailleurs moins d'ouvriers ça arrive très souvent qu'on vous pointe cette critique d'être toujours dans l'opposition de ne pas être pragmatique de ne pas regarder les faits etc qu'est-ce que vous répondez à Bruno Le Maire ?
Je réponds déjà que lui ça fait quand même une dizaine d'années qu'il est aux affaires en fait Bruno Le Maire donc il ne peut pas dire parce qu'il y a trois investisseurs étrangers qui acceptent de créer des méga factories à Dunkerque qu'il ne peut pas se défaire se débarrasser de son bilan en tant qu'élite politique et au gouvernement et dans plusieurs gouvernements successifs depuis une dizaine d'années je trouve que c'est quand même très très très gonflé en réalité on le voit en fait les faits nous donnent raison les chiffres nous donnent raison eux ce qu'ils font c'est se cacher derrière des anecdotes d'ailleurs ils nous refusent aussi des objectifs de relocalisation ça on a passé une journée entière à débattre de ça pourquoi ils font ça pourquoi ils refusent des indicateurs des objectifs parce que du coup ils peuvent continuer à se balader à la télé à parler des gigafactorés à raconter à peu près n'importe quoi et les journalistes n'ont pas les données chiffrées pour arriver à suivre ce qu'ils racontent et si c'est vrai mais en réalité les chiffres qu'on avance sont réels la production industrielle manufacturière donc en dehors de la chimie et des matières premières qui sont en fait les seuls secteurs qui restent vraiment en France a baissé depuis l'élection d'Emmanuel Macron en 2017 donc ça c'est un fait quand on prend les données INSEE on voit que les grands groupes effectivement détruisent des emplois alors que ceux qui créent de l'emploi en France sont les PM et pourtant les grands groupes payent moins d'impôts que les PM parce qu'ils arrivent avec les crédits d'impôts avec les optimisations fiscales etc.
en payaient moins et donc du coup toute leur logique de dire nous devons attirer nous devons attirer les grands investisseurs les grands groupes etc. n'a fait que se retourner contre nous depuis 30 ans en fait et on le voit et donc donc encore une fois nous ce qu'on dit c'est que c'est eux qui sont c'est leur logique qui est au pouvoir depuis 30 ans c'est pas la nôtre c'est pas la nôtre et ils n'ont fait que démanteler progressivement les règles les impôts etc.
et ça n'a donné rien parce que comme je l'ai dit c'est un puissant fond je vous donnerai l'exemple c'est l'exemple du secteur du ciment je ne sais pas si vous savez mais en fait l'Union Européenne on a laissé aussi l'Union Européenne gérer la décarbonation des industries depuis 10 ans avec le marché carbone donc les secteurs industriels européens se plaignaient d'un déficit de compétitivité et demandaient des quotas gratuits ils les ont obtenus des quotas de CO2 gratuits jusqu'en 2021 ils en avaient donc ça n'avait aucun effet sur le climat comme je l'ai dit leurs émissions elles stagnent depuis 10 ans il ne se passe rien est-ce que ça les a empêchés de délocaliser ?
Non il y a 7 fours de cimenterie qui avaient bénéficié de quotas gratuits qui ont fermé en France ces 10 dernières années c'est ça la réalité donc encore une fois quand on voit l'effet les chiffres on voit que c'est une grande arnaque et qu'ils participent à cette arnaque et pas parce qu'ils sont bêtes parce que aussi eux-mêmes font souvent des allers-retours entre le privé et le public et qu'il y a une collusion d'intérêts entre ces grands groupes et l'État qui vont continuer à répéter ce discours alors qu'ils savent très bien dans la réalité que c'est faux je donne un exemple Bruno Le Maire quand vous lui parlez en off de ce qu'il pense de Stellantis et de son rapport il va vous dire Stellantis ils sont horribles pour 30 centimes ils sont prêts à délocaliser en République tchèque mais face à l'hémicycle face aux journalistes il dira que tout va bien que les négociations sont fructueuses qu'il suffit de se comprendre qu'il ne suffit de ne pas faire peur alors qu'il sait très bien que c'est faux
c'est vrai que nous aux médias on avait montré qui était factuel pour le coup que les aides parce qu'on parle beaucoup des impôts qui tabassent les entreprises on parle très peu des aides publiques qui les nourrissent énormément qui peuvent du coup contrebalancer et c'est pour ça d'ailleurs qu'il y a des entreprises qui viennent en France
et le taux d'imposition effectif en France c'est pour ça qu'il y a une telle différence entre PME et grands groupes et c'est pour ça qu'ils ont créé un fossé énorme entre les grands acteurs et les petits et c'est pour ça qu'à raison les PME en France ils en sont trop taxés on n'arrive pas à s'en sortir mais donc eux ils regardent les taxes ils ne regardent pas qu'en fait les grands groupes eux arrivent à en payer moins grâce aux crédits d'impôt et l'OCDE le dit le taux d'imposition sur les entreprises en fait en France est moindre que dans d'autres pays d'Europe justement parce que même s'il est plus élevé fiscalement les crédits d'impôt sont tellement énormes 200 milliards par an que ça compense et au final on n'est pas du tout l'enfer fiscal pour les grandes entreprises qui prétendent que l'on est et puis il y avait
d'autres faits qui pour le coup vous donnent raison c'était France Stratégie qui avait bien montré que le CICE etc. n'avait pas du tout aidé à créer des emplois ou encore Marianne qui avait fait le compte que les groupes du CAC 40 entre 2008 et 2018 ont réduit de 150 000 personnes le nombre de leurs salariés en France dans le même temps les mêmes parviennent à augmenter de 4% de leurs effectifs dans le monde entier et de 52% dans les pays émergents donc soit 466 000 salariés
ce que je vous disais c'est ce que donne l'INSEE aussi sur 10 ans c'est en tout 245 000 emplois détruits par les grands groupes et 275 000 emplois créés par les PME donc en fait encore une fois si on arrive à créer de l'emploi dans ce pays c'est pas du tout à cause de ceux qu'on met constamment en avant comme les grands pourvoyeurs d'emploi je vois qu'on a ces débats dans les médias on vous dit à Bernard Arnault Bernard Arnault il fait vigilé français à Bernard Arnault on oublie de parler Total qui s'est fait un fric monstrue et qui a pas cessé de fermer des raffineries depuis 10 ans mettant les gens au chômage après leur avoir filé des maladies parce que c'est ça une raffinerie et effectivement et en fait quand on prend du recul on regarde les chiffres les données brutes factuelles en fait effectivement ça nous donne raison
il y a Emmanuel Macron qui mise vraiment sur la compétitivité de notre industrie on va l'écouter
aussi avoir une industrie compétitive nous allons donc tenir la ligne des baisses d'impôts confirmer la baisse de la CVAE offrir de la visibilité aux industriels pour qu'ils bénéficient d'une électricité décarbonée à des prix compétitifs et ça s'appuie sur des politiques ciblées d'aide quand il y a des envolées à très court terme ce qu'on a assumé une politique de réforme du marché européen qui est indispensable parce qu'elle va permettre d'éviter la volatilité parce que compte tenu de notre structure de production et de nos coûts de production il n'y a aucune raison qu'on ait de la volatilité nous en France et donc la réforme du marché de l'électricité européen nous permettra de réduire la volatilité des prix et de les rapprocher des coûts de production et de notre mix électrique simplement il faut faire le pont jusqu'à début d'année prochaine quand elle rentrera en vigueur et c'est le déploiement de notre stratégie propre qui est de continuer d'avoir de la production souveraine décarbonée nucléaire et renouvelable
Alors qu'est-ce que vous pensez des propositions qu'on vient d'entendre ?
Alors c'est intéressant parce que là il parle du vrai sujet maintenant pour l'industrie c'est le sujet de l'énergie et alors ce qu'il raconte est vraiment absolument l'inverse de ce qu'ils ont fait de ce qui est en train de se passer donc c'est hilarant mais franchement honnêtement ça devient vraiment fatigant d'avoir un président qui est à ce point-là double face et qui est à ce point-là capable de dire des choses et de faire l'inverse dans le dos des français qu'est-ce qui s'est passé sur l'énergie ?
Donc il dit on a fait des aides ponctuelles pour je ne sais pas si vous avez suivi mais en fait en dehors des TPE que ce soit les TPE qui consommaient beaucoup comme les boulangers ou les PME industrielles ou même les entreprises de taille intermédiaire ils se sont retrouvés dans une situation absolument catastrophique les faillites elles ont augmenté d'environ 40% depuis un an notamment dans l'agroalimentaire 86% c'est aussi ça qui a contribué beaucoup à l'inflation au supermarché il y a les grands groupes d'une part qui s'en sont mis plein les boches mais il y a aussi des PME industrielles qui n'avaient pas vraiment le choix que de répercuter le coût de l'énergie sur leurs factures et du coup non nous on était en lien avec toutes les fédérations de PME industrielles et toutes disaient que la situation était quand même très critique dans certains secteurs on a peur pour certaines industries qui sont des bastions du made in France textile notamment qu'elles ferment en fait qu'elles ne passent pas l'année on parle de factures qui ont augmenté x5 x10 mais vraiment des trucs qui sont insoutenables et ils n'ont rien fait c'est à dire qu'ils ont fait un espèce d'amortisseur électricité qui ne marchait pas qui prenait en charge à peine 10% voire 20% dans le meilleur des cas des factures mais des factures qui avaient augmenté x5 vous voyez que ce n'est pas tenable ils ont refusé notre proposition de retourner aux tarifs réglementés de vente de l'électricité pour les entreprises on l'a fait voter contre leur avis à l'Assemblée nationale par deux fois là maintenant la proposition est bloquée au Sénat donc je remercie les sénateurs de ne pas faire avancer le dossier je vais le dire clairement parce qu'on l'a bloqué pour les PME pour les collectivités pour les bailleurs sociaux enfin c'était le moment et eux ils ont essayé de tout faire pour saboter la discussion en nous promettant que le marché européen que la réforme du marché européen allait bien se passer sauf qu'elle se passe très très mal elle se passe très très mal comme j'ai dit ça acte qu'on va supprimer le blocage des prix de l'électricité que chacun va être en négociation pour fixer en fait sa facture d'électricité donc évidemment quand vous êtes un grand groupe vous avez plus de marge de négociation sur les fournisseurs d'électricité que si vous êtes une PME industrielle les PME industrielles elles sont terrifiées par cette réforme parce qu'elles n'auront jamais le pouvoir de négociation des grands groupes et ça va encore aggraver la distorsion de concurrence dont je parlais tout à l'heure sur la fiscalité et en plus il dit que notre industrie va être compétitif grâce à ça mais en fait comme je le disais tout à l'heure il oublie que l'Allemagne elle va arroser d'argent public son secteur industriel alors que nous on pouvait avoir une énergie moins chère grâce au monopole d'EDF et aux tarifs réglementés EDF produit encore 80% d'électricité en France enfin je veux dire si on voulait faire un monopole nationalisé et faire le blocage des prix on pourrait c'est ce qu'on faisait depuis 50 ans ça marchait très bien c'est depuis que l'Union Européenne s'obstine à casser EDF qu'on est dans cette situation nous en France enfin il faut être très très clair là-dessus et donc nous notre avantage compétitif était celui-là et ils le détruisent et on n'a pas du tout le même argent public à mettre dans des subventions que l'Allemagne donc ils savent qu'on est perdant pareil pour les Etats-Unis qui vont subventionner massivement leur industrie et on ne va pas pouvoir faire pareil donc là vraiment c'est vraiment l'inverse de ce qu'ils disent c'est qu'on est les dindons de la farce et on risque vraiment de perdre encore en compétitivité internationale avec les grandes nations qui s'opposent à nous
il a mis aussi en avant pour la compétitivité la réforme des retraites le fait qu'on va travailler plus le fait que notre droit du travail est aujourd'hui plus souple c'est ça aussi qu'il a mis en avant dans le terme compétitivité il y a tout de même des propositions concrètes pour faire un peu l'avocat du diable comme par exemple que les batteries faites ailleurs qu'en Europe ne seront pas soutenues on parlait de la Dacia tout à l'heure il n'y aura plus de bonus automobile pour une voiture avec batterie produite en Chine par exemple ou encore la dépollution des friches industrielles ça peut être des bonnes propositions
alors justement nous ce qu'on disait c'est que sur le bonus écologique sur le fait de le réserver aux voitures made in France ou made in Europe on préfère made in France mais voilà nous on n'est pas contre on est pour il n'y a aucun sujet par contre je doute qu'on en arrive vraiment là j'ai dit attendons l'automne et voyons ce qu'il y a vraiment dans le budget de l'Etat parce que ça ce sera dans le budget de l'Etat moi franchement je suis comme Saint-Thomas maintenant avec eux tant que je n'ai pas vu je ne crois rien de ce qu'ils disent parce qu'honnêtement on a été tellement déçus à tellement de reprises que j'attends mais nous on serait favorable à ça il n'y a aucun sujet la question c'est que c'est que la moitié du chemin comme j'ai dit il faut aussi que les véhicules qu'on fabrique en France ils soient écolo il faut qu'ils soient plus légers donc là on n'a pas vraiment de garantie qu'ils vont réorienter les aides sur des véhicules suffisamment légers et la deuxième chose c'est qu'il faut que les français puissent se les payer parce que si les gens s'achètent des Dacia avec le bonus écologique c'est parce qu'ils n'ont pas les moyens de s'acheter autre chose enfin on va être très clair et avec les zones à faible émission on a forcé une grosse partie des classes moyennes et certaines classes populaires à se racheter un véhicule de force et donc quand tu n'as pas le choix tu n'as pas le choix et donc le risque qu'on a si on n'agit pas si on ne force pas les constructeurs ou on ne les convainc pas de baisser les prix c'est qu'on va se retrouver encore une fois avec des voitures made in France certes mais qui ne seront toujours pas vendues et donc on ne pourra plus acheter non plus des voitures chinoises mais ça ne fera pas qu'on achètera pour autant les voitures faites en France
Est-ce que dans ce projet-là vraiment tout est à jeter je voyais Renan Lescure le ministre de l'Industrie mettre énormément en avant par exemple le recyclage des matériaux de base pour quelques grands groupes
Non mais enfin tout n'est pas à jeter mais franchement le remède est pire que le mal comme j'ai dit accélérer les implantations industrielles de façon indiscriminée quel que soit le secteur ce n'est pas bien ne pas conditionner les aides et les accélérations de procédures au fait que l'entreprise ait démontré qu'elle réduisait ses émissions de gaz à effet de serre ce n'est pas bien ne pas fermer les marchés publics la commande publique aux entreprises qui ne réduisent pas suffisamment leurs émissions de gaz à effet de serre ce n'est pas bien enfin là c'est plein d'occasions ratées ne pas parler de l'adaptation des sites Cveso aux inondations c'est nul pareil pour la santé en fait c'est le seul projet qu'on va avoir sur l'industrie en 4 ans probablement 4 ans qui nous reste donc non en fait pour nous c'est vraiment une cata c'est une cata et il y a des choses qui sont franchement délétères ce fait de réserver de pouvoir accélérer de façon indiscriminée toutes sortes de projets ça c'est vraiment mauvais donc nous on s'oppose à ça et après voilà il y a quelques micros avancés et le fonds Friche le fait de reconvertir les Friche c'est une très bonne chose rappelons quand même que les 1 milliard ce n'est pas de l'argent nouveau il y avait déjà 500 millions dans le fonds Friche depuis le plan de relance c'est de l'argent recyclé du plan de relance qui vous emballe dans un beau papier cadeau et les sommes ne vont pas du tout suffire donc c'est déjà une première étape nous ce qu'on va demander dans le budget c'est vraiment une augmentation beaucoup plus importante parce qu'on doit cesser d'artificialiser les sols on a énormément de Friche à recycler à dépolluer et donc c'est le moment d'accélérer pour plus que les élus locaux bétonnent des champs pour implanter des usines alors qu'ils pourraient le faire sur des terrains bâtis déjà
vous dites les aides ne sont pas conditionnées des choses comme ça c'est pour eux ils promettent l'inverse de soutenir des industries dites vertes après le problème c'est qu'on n'a peut-être pas la définition de ce qu'est une industrie verte
alors bon déjà voilà moi je me méfie parce qu'ils nous ont montré qu'ils ne voulaient rien définir du tout dans ce projet de loi là sur les aides sur les crédits d'impôts à venir ils ont annoncé 5 secteurs là ok c'est pareil nous on n'a pas de sujet à ce que l'Etat soit soutenant avec les éoliennes avec les pompes à chaleur avec l'hydrogène dans une certaine mesure si on ne vend pas le rêve de qu'on va tous rouler avec des bagnoles à hydrogène parce que c'est impossible physiquement on n'aura jamais assez d'électricité pour faire assez d'hydrogène pour ces voitures là donc nous ça ne nous pose pas de problème ce qu'on critique c'est qu'encore une fois ils ont supprimé les grosses grosses demandes financières c'est à dire ils ont déjà supprimé les impôts de production le plan de relance s'est déjà passé ils ne nous disent pas ce qu'ils vont faire des 60 milliards de crédits restants à décaisser en fait tout ce qu'ils pouvaient vraiment conditionner le CICE c'est déjà pérennisé il nous reste le crédit d'impôt recherche on ne sait toujours pas s'ils envisagent de le conditionner ou pas nous ce qu'on dit c'est que ça ne va pas du tout assez loin c'est que maintenant ils font les malins ils disent ah oui on va conditionner les aides enfin ils ont dépensé un pognon de dingue sans aucune contrepartie et maintenant ils arrivent ils disent on a changé d'idée alors qu'il ne reste quasiment plus rien à dépenser et encore une fois les 2 milliards de crédits d'impôt par an pour les secteurs de la transition écologique franchement c'est peu enfin c'est peu par rapport aux enjeux c'est peu par rapport aux enjeux ils auraient dû avoir une approche beaucoup plus ciblée sur les impôts de production par exemple
et vous donc vous proposez un contre-projet si j'ai bien compris est-ce que vous pouvez nous expliquer un petit peu
alors le contre-projet vu qu'en plus la moitié le 3 quart de nos amendements était irrecevable il a bien fallu qu'on articule qu'on puisse articuler une vision ailleurs que dans l'hémicycle parce que c'est aussi un problème c'est qu'aujourd'hui en France le parlement franchement notre pouvoir est réduit à peau de chagrin et donc du coup nous c'est très simple enfin c'est très simple enfin notre projet il s'articule sur deux visions qui sont radicalement opposées aux leurs c'est déjà qu'on ne va pas pouvoir tout faire d'un point de vue climatique et énergétique on est limité c'est à dire que on est pour la relocalisation mais de secteurs qu'on définit comme stratégiques c'est à dire la santé les médicaments c'est essentiel enfin là on est passé de 400 pénuries de médicaments en 2016 à 3700 en 2022 enfin là ça devient vraiment vraiment chaud moi j'ai des citoyens qui m'écrivent pour me dire j'ai pas trouvé mon médicament j'ai un lupus enfin en pharmacie je sais pas quoi faire enfin ça devient le quotidien des français ça devient vraiment flippant donc évidemment santé automobile c'est un secteur vraiment clé électronique dans une certaine mesure parce qu'on peut pas s'en passer même si on aimerait bien parce que voilà ça fait partie de toutes les technologies dont on a besoin donc nous on est pas du tout hostile à la relocalisation au contraire on veut parce que plus on sera résilient moins on sera vulnérable à la spéculation parce que quand on importe dans une situation de tension entre offre et demande bah c'est les marchés qui vous font payer très très cher votre vulnérabilité c'est ça qui s'est passé avec l'énergie avec d'autres produits donc nous on est pour ça mais par contre on peut pas tout faire et il faut choisir pourquoi ?
parce que déjà on doit aussi en même temps réduire nos émissions de gaz à effet de ça et franchement c'est pas de la tarte l'état le gouvernement qui refuse de choisir et de conditionner quoi que ce soit est incapable de respecter l'accord de Paris il a été condamné deux fois le secteur industriel dans son ensemble la seule fois où ils ont respecté leur trajectoire c'était pendant le Covid c'était pendant qu'ils arrêtaient de produire il n'y a pas de décarbonation dans l'industrie et il y a aussi la question de l'électricité parce que pour décarboner il faut faire en fait en gros quand on dit décarboner industrie c'est faire passer de la consommation de gaz à de la consommation d'électricité en grande majorité c'est ça qui se joue donc il faut beaucoup beaucoup d'électricité j'ai un site chez moi qui s'appelle Boréalys qui produit des engrais à partir de gaz pour remplacer ce gaz là par de l'hydrogène il faudrait un tiers de réacteurs nucléaires en plus c'est un site industriel bon il est très gros ok mais ça vous donne les ordres de grandeur donc quand vous savez ça et moi je suis pour qu'on décarbone ce site les engrais même si ça pollue c'est quand même stratégique il vaut mieux les fabriquer chez soi que les importer tant qu'on en a besoin mais on va pas pouvoir tout faire parce que non seulement il y a le climat mais en plus on risque d'avoir des coupures d'électricité et c'est pas moi qui le dit c'est l'autorité de sécurité nucléaire qui dit qu'en fait d'ici 10 ans la situation va devenir tendue parce que si on accélère trop sur la décarbonation les énergies renouvelables en attendant vu qu'on n'aura pas de nouveaux réacteurs nucléaires avant 2040 on va se retrouver dans une situation très compliquée donc ça c'est la première chose première logique pour nous c'est prioriser planifier, prioriser et la deuxième logique c'est protéger le protectionnisme parce que tout ce qu'on a dit depuis le début de l'interview c'est que cette logique de toujours être incitatif incitatif incitatif de toujours offrir plus, plus, plus, plus plus au grand groupe ça marcherait si on était les seuls à le faire le problème c'est que l'ensemble des pays du monde sont engagés dans cette compétition et donc rien n'empêche votre voisin comme c'est le cas comme je disais avec l'Allemagne ou avec les Etats-Unis de faire plus que vous de plus de cadeaux encore que vous et c'est comme ça depuis les années 80 on voit qu'il n'y a pas de fond et donc à un moment donné dans un secteur notamment fragile difficile avec une grosse compétition internationale comme les médicaments 80% des molécules chimiques sont produites en Chine et en Inde le textile l'électronique vous ne pouvez pas relocaliser sans protectionnisme sans tarif douanier sans taxe carbone sans importations sans limitation quota sur les importations vous n'y arrivez pas je prends l'exemple du textile le différentiel de coût de production entre le Bangladesh et la France il est tellement énorme et les prix sont de plus en plus cassés enfin là on a importé 42 vêtements par habitant en France cette année enfin même si vous mettez 2 milliards dans le secteur textile en France pour fabriquer des usines acheter des machines mais vous allez vous faire elles ne tiendront pas 2 ans la nouvelle plateforme de e-commerce qui débarque après Chine après une autre elle vous ravage une usine en 6 mois parce qu'il n'y a pas d'encadrement et donc voilà donc c'est nos deux nos deux piliers en fait priorisés parce que l'écologie est planifiée pour la relocalisation
est-ce que ces piliers sont compatibles avec l'emploi parce que quand on quand on s'intéresse au secteur de l'industrie c'est vrai qu'il y a beaucoup d'ouvriers dans l'industrie qui ont peur pour leur emploi et qui disent j'ai peur de l'écologie parce que j'ai l'impression que ça va détruire mon emploi
alors ça c'est terrible parce que ça c'est vraiment l'argument des grands groupes et des médias et des médias qui ont foncé dedans depuis 10 ans moi je me souviens de plateaux sur LCI où c'était écologie versus emploi faut-il choisir c'était ça le bandeau et en fait parce que j'étais dans une ONG avant et donc je travaillais sur ces questions là et c'était vraiment le discours ambiant c'était de dresser l'écologie et l'emploi face à face comme si en fait l'écologie va aller forcément détruire de l'emploi alors déjà en solde net c'est pas vrai c'est à dire qu'il y a des reconversions à faire mais le bilan final d'une transition écologique réussie est positif en emploi même si c'est pas forcément extrêmement on double pas le nombre d'emplois en France parce qu'on va devoir réduire des activités mais c'est quand même positif ça vaut le coup de le dire quand même et ensuite on entend ça alors qu'en fait il y a plein de secteurs qui se sont servis de l'écologie pour détruire des emplois en France mais en fait pour délocaliser l'automobile l'automobile les raffineries on n'a pas cessé de consommer de l'essence en France Total s'est caché derrière l'écologie pour farmer des raffineries en France et pour les implanter au Moyen-Orient la réalité c'est ça ils ont encore des projets qui sont complètement incompatibles avec l'accord de Paris on a perdu 30 000 emplois dans les raffineries en France est-ce qu'on a réduit les émissions de l'essence dans les voitures non c'est les seules émissions qui continuent d'augmenter donc là on a un vrai sujet donc c'est des fake news en fait et sur l'électrique c'est terrible sur la voiture électrique c'est horrible parce qu'ils ont déjà perdu un tiers de leurs emplois alors qu'on n'a même pas vraiment commencé la transition vers les véhicules électriques qui va poser vraiment des sujets sur l'emploi mais donc en fait ils nous ont saboté toutes les chances de faire une transition écologique et sociale réussie mais moi je pense au contraire que ça peut être une arme ça peut être une arme à partir du moment où on est protectionniste c'est-à-dire que la voiture électrique c'est mauvais pour l'emploi si vous laissez les constructeurs dire bah en fait moi je veux gagner plein plein d'argent sur la production de voitures et donc tout ce qui est pas trop cher je vais le faire ailleurs et je vais faire que du haut de gamme en France c'est ce qui se passe déjà si vous laissez faire ça c'est sûr que passer à l'électrique ça va détruire les emplois en France si par contre vous dites non on doit produire en France des véhicules légers accessibles à tous bah là vous rééverez des lignes de production et vous maintenez les emplois à minima voire vous en créez d'autres mais c'est pour ça qu'il faut du protectionnisme au contraire c'est le protectionnisme qui permet de faire rimer écologie et sociale
merci beaucoup merci pour avoir fait le tour de la question avec nous je vous rappelle vous êtes député LFINUPS et chef de file sur ces questions-là donc vous travaillez en ce moment à l'Assemblée sur ce projet de loi et merci à vous d'avoir suivi cet entretien d'actu qui entre dans notre programmation d'été comme à chaque fin de saison nous réduisons quelque peu la voilure avec notamment la mise en pause de nos directs mais l'actualité ne s'arrête pas alors nous non plus nous continuons à vous fournir dans ces moments importants nos reportages enquêtes entretiens plateau d'analyse de débat et de décryptage au quotidien vous le savez l'intégrité de notre projet éditorial unique dans le paysage audiovisuel français dépend toujours de votre soutien et de vos dons si nous voulons en survivre à l'été et être prêts pour le grand virage de la saison 7 du Média qui nous attend plein de choses il nous faut mobiliser au moins 100 000 euros de dons et on est déjà à 70 000 alors merci beaucoup rendez-vous sur lemédiatv.fr slash soutien d'ici là restez connectés aux médias grâce notamment à la diffusion de nos programmes en 24-7 sur Youtube chaque geste compte alors vos j'aime partages et pubs autour de vous c'est également indispensable spectateurs, abonnés, donatrices et sociaux je vous dis à très vite
Alma Dufour