Le RN censure le budget ? - Jean-Philippe Tanguy est l’invité des 4 vérités du 19 octobre 2024
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonjour, je suis Thomas Soto et vous écoutez les 4V, un podcast de France Télévisions. Bonne écoute.
Bonjour Jean-Philippe Tanguy. Bonjour, merci pour votre invitation. Merci d'être avec nous ce matin. Vous êtes la voix, vous êtes au cœur de la grande affaire politique de cet automne. Je veux bien sûr parler de la discussion du budget à l'Assemblée nationale. Alors les travaux en commission vont se terminer aujourd'hui. Lundi, l'examen du texte arrive dans l'hémicycle et il y a eu déjà beaucoup de choses qui ont été adoptées contre la volonté du gouvernement. La dernière en date, la proposition du nouveau Front populaire de taxation des multinationales, une proposition que vous, ORN, vous avez votée. Est-ce que ça préfigure de ce qui se passera plus tard ?
Ce qui se passera plus tard, plus exactement, vous êtes prêts à voter contre ce budget avec la gauche et donc à faire tomber le gouvernement ?
Vous savez, il y a beaucoup d'informations intéressantes dans ce que vous dites là. La première chose, c'est que nous avons voté pour une taxe sur les surprofits, proposition qui initialement venait de Marine Le Pen. Et nous pensons qu'il faut une taxation des surprofits. Ce sont les profits abusifs qui ont pu être faits sur le dos des consommateurs ou des contribuables avec la crise de l'énergie, avec la crise de l'hyperinflation. Nous, on a proposé une autre méthode qui est une taxe des rachats d'actions. On va l'avoir aujourd'hui. Mais ce qu'on voulait, c'est qu'il y ait au moins une mesure pour pénaliser ces entreprises, pas les entreprises honnêtes. Même si elles viennent de la gauche.
Oui, mais nous, on a toujours voté les bonnes mesures d'où qu'elles viennent. Surtout que là, ça s'inspirait vraiment philosophiquement d'une mesure de Marine Le Pen. Par contre, ce que j'ai aussi dit lors de cette commission finance, c'est qu'on ne peut pas multiplier les taxes. Donc à la fin, quand ça reviendra en séance, il faudra un impôt sur ces multinationales, ne serait-ce que pour déjà éviter les impôts sur les consommateurs. Parce que la bonne nouvelle quand même de cette commission finance, c'est que le Rassemblement National, avec un amendement du Rassemblement National, a fait annuler la taxe sur l'électricité. C'est quand même 6 milliards que M.
Barnier voulait imposer aux Français.
Qui reviendra sans doute dans l'hémicycle. Mais je me permets de réitérer ma question. Vous êtes resté quand même impréci, voire ambigu sur ce que vous ferez au final. Parce que c'est ça qui compte sur ce budget. Jordan Bardella a dit que vous ne le voteriez pas. Vous vous avez dit, attention, c'est quand même important, c'est grave de voter une censure. Que ferez-vous ? Puisqu'on voit, on l'a encore vu hier, que vous êtes prêt à mêler vos voix à celle du nouveau Front populaire. La question est claire en fait.
Oui, mais c'est-à-dire, si ce budget, c'est un 51e déficit. Vous savez que ça fait 50 ans qu'on est en déficit. Aujourd'hui, les dépenses continuent à augmenter plus vite que l'inflation. M. Barnier avait promis de ne pas mettre d'impôts sur les classes moyennes et les classes populaires ou les TPEPME, il y a des impôts partout. Donc si c'est pour aller vers ce mauvais choix, on pourra aller vers une censure.
On pourra aller ou on ira ?
On n'hésitera pas. Vous savez, on n'a jamais hésité à censurer des mauvaises décisions pour la France. Nous, on a fait un contre-budget que j'ai présenté au nom de Marine Le Pen et Jordan Bardella mercredi pour montrer qu'on pouvait faire autrement. Qu'on pouvait mieux baisser les dépenses tout en évitant des impôts pour les classes moyennes et populaires et même leur rendre du pouvoir d'achat en baissant la TVA sur l'énergie et les produits de première nécessité. Donc soit on entend nos remarques, soit on entend nos propositions. Mais M. Barnier aujourd'hui, il a complètement disparu. Il n'a répondu à aucune des propositions. On n'est pas encore dans l'émission.
Oui, mais bon, il aurait pu répondre publiquement. Mais vous dites, soit on entend nos propositions, soit on fait quoi ? Pardon, excusez-moi, je prolonge la question. Mais vous avez raison d'être précis. On n'hésitera pas à censurer. Mais vous savez, la censure, c'est un acte grave, parce que ça voudrait dire qu'il faudrait reprendre le budget à zéro. Mais il faut mieux reprendre les choses à zéro, repartir d'une autre...
Il y aura le budget en l'État. Si en décembre, le budget n'est pas voté, il n'y aura pas de nouvelles discussions budgétaires.
Il y aura deux choses en même temps. Il y aura l'ancien budget qui se prolonge, mais on continuera à discuter d'un nouveau budget pour la dernière.
Il y aura sans doute un gouvernement qui tombera. Donc vous êtes prêts à ce que ce scénario se produise dans les prochaines semaines ?
Oui, mais on ne peut pas accepter, si vous voulez, le scénario du pire. Ce serait encore une année de déficit, une année d'endettement et une année d'impôt. C'est ce que j'ai appelé le tonneau des Danaïdes. C'est dans la mythologie grecque, ce tonneau qu'on n'arrive jamais à remplir parce qu'il a un trou. Aujourd'hui, le gouvernement, c'est le tonneau des Danaïdes. Ils veulent faire plus d'impôts pour les Français dans un trou qui n'a pas de fin. Donc tant qu'on n'écoutera pas la Rassemble Nationale et d'autres bonnes idées pour réduire les dépenses, on n'y arrivera pas.
Et donc, on a entendu, là, vous êtes prêts, le cas échéant à voter la censure. On aborde un autre sujet, celui de l'immigration. Hier, en visite à Menton, à la frontière italienne, Michel Barnier a estimé, parce que c'est une idée notamment défendue par Bruno Rotaillot, que le transport de migrants à un pays tiers, comme le fait l'Italie, veut le faire l'Italie en Albanie, par exemple, n'est pas transposable en France, notamment pour des raisons juridiques. Qu'en dites-vous ?
Écoutez, je ne sais pas pourquoi le Premier ministre a dit cela, puisque l'Italie est dans l'Union Européenne, ils sont dans l'espace Schengen comme nous, c'est un État de droit, de droit latin en plus, comme nous. Donc c'est un système juridique tout à fait transposable.
Peut-être parce qu'il y a des garde-fous différents dans la législation française.
Saincèrement, j'ai un peu regardé, quand j'ai vu cette annonce, je ne vois pas pourquoi il justifie cela. Je pense que M. Barnier, dans des contradictions, parce que par contre, ce que l'on sait déjà, c'est qu'il a réduit, il veut réduire pour l'année prochaine, de moitié les moyens financiers pour le contrôle de l'immigration clandestine. Donc on a beaucoup de mots forts de M. Rotaillot et M. Barnier, mais si ce gouvernement choisit de réduire de moitié les moyens pour lutter contre l'immigration clandestine, tout ça, ce sont des mots creux. Donc moins de mots, moins de M. Rotaillot et plus d'actes.
Des mots qui séduisent néanmoins l'opinion, y compris dans votre électorat. Il y a la perspective d'une nouvelle loi sur l'immigration. Que feriez-vous de plus aujourd'hui ? Alors vous venez de dire que par exemple, vous mettriez plus de moyens, mais dans le discours et les actes qui vont commencer maintenant à être établis, c'est la même politique que vous, sans vous, qui est appliquée aujourd'hui. C'est ce que disent en tout cas le nombre de vos électeurs.
Bien sûr, M. Rotaillot arrive et reprend nos idées et nos mots. Donc c'est normal que nos électeurs le soutiennent partiellement. Mais nous aussi d'ailleurs, s'il va dans ce sens-là, on le soutiendra. Cette loi immigration, on l'appelle de nos voeux. Si elle est devant le Parlement, on la votera. L'année dernière, on avait voté des dispositions qui malheureusement ont été censurées pour des raisons qu'on n'a pas le temps de développer de forme par le Conseil constitutionnel.
Mais si ces propositions reviennent, notamment pour limiter le coût de l'immigration, réserver un certain nombre d'aides aux Françaises, aux Français ou aux étrangers qui ont travaillé au moins 5 ans dans notre pays, évidemment on le votera. Ce sera aussi une des solutions pour le budget.
Mais sur le plan politique, est-ce qu'il ne fait pas la démonstration qu'on peut faire la politique que vous préconisez sans faire pour autant, comme l'a fait par exemple Éric Ciotti, alliance avec votre parti ?
Vous savez, je crois que les Françaises et les Français ont déjà connu ce genre de belles paroles avec M. Sarkozy. Beaucoup de gens reprennent nos idées, mais dans les actes sur la longue durée, ça va toujours au contraire. Regardez un exemple, M. Rotaillot a dit qu'il appliquerait la circulaire valse, même en la réduisant, il l'appliquera quand même, pour régulariser les clandestins, essentiellement pour des motifs familiaux. C'est en débat. Oui, enfin, il a dit qu'il le ferait. Donc il n'y a aucune raison de régulariser des personnes qui sont rentrées de manière illégale sur le territoire.
Dernière question, procès des assistants parlementaires du RN Marine Le Pen. On l'a vu cette semaine, c'est montré combative. Alors son système de défense, c'est de dire que le RN serait la bête noire du Parlement européen, que le parquet est de mauvaise foi. Mais vous, vous doutez de la neutralité des juges, vous aussi, lorsque Mme Le Pen dit que le parquet serait de mauvaise foi, par exemple ? Écoutez... C'est un procès politique, comme elle a l'air de le laisser entendre ? La justice n'est pas aveugle et indépendante ?
C'est malheureusement un procès politique, intenté par nos opposants au Parlement européen, nos opposants socialistes, qui parallèlement ont reçu des valises de billets du Qatar en flagrant délit. Et j'aimerais qu'il y ait un procès plus rapide que nous sur ce sujet-là, qui est beaucoup plus grave. Voilà, Marine Le Pen s'est vaillamment défendue. Moi, je suis très fier d'elle. Elle ne se laisse pas accabler par des accusations mensongères. Et ce qui a été prouvé, et d'ailleurs reporté par le journal Le Monde, c'est qu'en fait, le procès est en train de montrer que c'est le Parlement européen qui a fait des faux en écriture pour ces contrats. Pas seulement, vous le savez, M. Tanguy.
Madame Le Pen dit zéro preuve, zéro élément probant. Si notamment la présidente du tribunal établit des preuves, que direz-vous ? Que c'est mensonger ?
Pour le moment, je n'ai pas vu de preuves établies. Par contre, je l'ai vu en faux en écriture. Vous savez, ce qu'il y a derrière cela, c'est tous ceux qui ont contesté le fonctionnement bureaucratique de l'Union européenne. M. Bérou, qui a connu ce propre procès, qui a été innocenté. M. Mélenchon, qui arrivera après, vous avez raison, mais M. Bérou lui-même a été innocenté, et les autres font appel. M. Mélenchon, dont le procès arrivera avec ses amis. Nous, aujourd'hui, ce sont les trois forces politiques qui pensent différemment, mais qui se sont toujours battus contre la corruption des technocrates européens. Je vois qu'ils essaient de se venger sur nous.
J'espère que la justice de mon pays nous donnera raison. Merci, M. Tordi. Une bonne journée de vous.
C'est la suite de Télématin. Merci à vous. Merci beaucoup à tous les deux. Merci à Cathy Atia, qui a traduit cette interview en l'ambécile. C'était Les 4 V, un podcast de France Télévisions. S'il vous a plu, n'hésitez surtout pas à vous abonner. Vous pouvez également retrouver tous les replays en vidéo sur france.tv.
Jean-Philippe Tanguy