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interviewRadio J — L'interview politique· 25 mars 2024 13 min

Laurence Rossignol - Le Barbier du matin du 25/03/24

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:06
Présentateur

La France est en alerte urgence attentat depuis hier soir, c'est la conséquence de l'attaque terroriste à Moscou, c'est justifié, ça vous rassure ?

0:17
Laurence Rossignol

On ne peut pas être rassuré du fait d'être en alerte attentat, pour autant ça me rassure du fait que les autorités et le ministère de l'Intérieur prennent la mesure et du moins le disent sur le risque d'attentat qui n'a jamais disparu depuis les attentats de 2015. Et donc on est en alerte attentat, le terrorisme islamiste frappe régulièrement et la France d'ailleurs est sans doute bien placée malheureusement pour savoir ce que c'est. Et je voudrais dire à cet instant ma grande compassion, ma solidarité avec les moscovites, avec la population russe qui vit sous une double contrainte, celle de la menace terroriste et celle d'un pouvoir de terreur également.

Les deux comme quoi, ce que ça révèle aussi en Russie, c'est que plus on restreint les libertés individuelles, plus le pouvoir d'État se comporte en argant de la violence légitime et moins la population est sécurisée et protégée.

1:18
Présentateur

Pouvoir mensonger aussi qui essaye depuis cet attentat de faire le lien avec l'Ukraine. Vladimir Poutine prend la parole, il ne cite pas les revendications de Daesh, il parle de l'Ukraine.

1:25
Laurence Rossignol

Oui parce que Vladimir Poutine ment, il fait taire, il intime les journalistes, les commentateurs, les gens qui disent la vérité au silence. Il les persécute pour pouvoir manipuler continuellement l'opinion alors qu'il semble selon tous les experts que ce qui s'est passé en Russie dans la nuit de vendredi à samedi est véritablement une attaque terroriste de l'État islamiste. Mais ça ne sert pas Poutine aujourd'hui de dire que la responsabilité est chez les théories islamistes, ce qu'il sert c'est d'essayer de pointer l'Ukraine. On peut être d'ailleurs inquiet parce que ce qu'on peut craindre c'est une accélération, une accentuation de la répression et de la brutalité du pouvoir de Poutine.

2:11
Présentateur

On pensait la capacité de projection de Daesh limitée depuis quelque temps, s'il n'en est rien, ça nous inquiète pour les Jeux Olympiques ?

2:19
Laurence Rossignol

Écoutez, oui, ça peut nous inquiéter pour les Jeux Olympiques. Je crois qu'en la matière, il faut faire confiance à notre ministre de l'Intérieur avec lequel j'ai bon nombre de divergences et que je ne manque pas d'exprimer. Mais on a intérêt quand même à considérer aujourd'hui que les mesures qui seront prises par le gouvernement français pour protéger le public, les athlètes aux Jeux Olympiques sont des mesures justifiées et que notre gouvernement est en capacité. J'espère que je suis moins à ces sujets précisément. D'ailleurs, j'ai moins d'informations et c'est bien normal depuis 2017.

J'espère que tout ce qui avait été mis en place pour la prévention de la radicalisation, pour identifier le risque terroriste est toujours actif et efficace.

3:07
Présentateur

On le voit dans votre ancienne région, les Hauts-de-France, des établissements scolaires piratés, des élèves qui reçoivent des messages de menaces islamistes. On a l'impression que le système est poreux.

3:16
Laurence Rossignol

Bien sûr, mais de toute façon, l'Internet permet aussi de démultiplier des menaces de type cybermenaces. Il y a des établissements scolaires qui sont continuellement, et il y en a dans le Val-de-Marne aujourd'hui, plusieurs lycées, sont continuellement sous menaces terroristes. Je ne sais pas, au moins sous menaces de menaces terroristes. C'est devenu un sport malheureusement assez pratiqué que de faire peur aux établissements, d'envoyer des alertes à la bombe. À chaque fois, la sécurité impose de vider l'établissement, de mettre les élèves à l'abri.

Des établissements dans lesquels les enseignants et les élèves travaillent presque un jour sur deux, parce qu'ils sont toujours sous protection. L'établissement est toujours sous protection. Et effectivement, la cyberdéfense est aujourd'hui un élément important de la lutte contre le terrorisme, et aussi contre les imbéciles, enfin les gamins, qui jouent à ça.

4:18
Présentateur

Qui cherchent la notoriété. Autre dossier international, Emmanuel Macron, très ferme hier avec Benjamin Netanyahou dans une conversation téléphonique. La France met une sorte de veto à toute initiative militaire à Arafat. C'est la bonne attitude à avoir avec le gouvernement israélien ?

4:32
Laurence Rossignol

Bien sûr. Bien sûr qu'on ne peut pas aujourd'hui laisser plus personne, aucun gouvernement aujourd'hui, ne donne à Netanyahou le blanc-seing pour continuer ce qu'il est en train de faire dans la bande de Gaza. Moi, je voudrais dire à cet instant que ma solidarité, elle va vers les Israéliens, qui tous les week-ends manifestent pour que la démocratie israélienne se remette en mouvement, malgré l'attaque terroriste du 7 octobre, malgré la guerre aujourd'hui sévéreux.

Et j'observe qu'au cours des 20-30 dernières années, alors que nous avions, en moins ce qui me concerne, une histoire de lien de travail avec les Israéliens qui défendaient la paix, la solution à deux États, depuis plusieurs années, les liens se sont distendus, comme c'était d'ailleurs affaibli le mouvement pour la paix en Israël. Et le mouvement pour la paix, il passe par un postulat très ferme. Nous voulons une solution à deux États qui garantissent à Israël des frontières protégées. Et ce n'est pas ce que j'entends aujourd'hui de plus en plus fréquemment, cette histoire d'État binational, dans lequel, dans un monde tout à fait fantasmagorique, tout le monde cohabiterait en toute sérilité.

5:51
Présentateur

Une partie de la gauche radicale prône ça.

5:52
Laurence Rossignol

Bien sûr, c'est pour ça que je le dis. C'est pour ça que je le dis, la solution politique, aujourd'hui, c'est de maintenir l'objectif d'une solution à deux États. Et ça passe par des élections rapides en Israël ? Et ce que je sais, c'est qu'aujourd'hui, le gouvernement de Netanyahou n'est pas en capacité de produire une solution politique pour Israël et pour aussi Gaza et les Palestiniens. Et comme Israël est une démocratie, c'est à la démocratie de reprendre ses droits. Alors, de ma place, en France, élue française, je ne peux pas dire quel est le processus qui doit exactement se mettre en place en Israël.

Je peux simplement dire que je soutiens les Israéliens qui manifestent pour que la démocratie reprenne ses droits aussi en Israël.

6:35
Présentateur

En France, les sujets de société ont pris une ampleur inédite dans les débats des dernières semaines, avec notamment l'entrée de l'IVG dans la Constitution. Vous vous êtes félicité de ce tournant progressiste du pouvoir, mais vous craignez une tactique du président Macron. Pourquoi ?

6:51
Laurence Rossignol

Non, mais j'observe que le président Macron est rentré dans une séquence dite sociétale. C'est-à-dire qu'immédiatement après la constitutionnalisation de l'IVG et cette victoire de la société, d'ailleurs, et du mouvement féministe, des militantes et puis des progressistes, de manière plus générale, sans plus attendre, le président a annoncé le dépôt d'un projet de loi sur la fin de vie. Très bien. Alors, j'observe ça avec un œil qui fait attention à la stratégie ou à la tactique qu'il pourrait y avoir et une partie de moi-même, qui est probablement celle qu'il emporte, consiste à dire, c'est bien, quels que soient ses arrières-pensées, en fait, ça ne m'intéresse pas.

Ce qui compte, c'est qu'on avance. Et même si le président a les arrières-pensées, très bien pour la constitutionnalisation, très bien pour la loi fin de vie. On prend parce que le pays les veut. Sur la fin de vie, vous avez votre opinion ? Vous savez ce que vous voterez ou ça reste ? Écoutez, je ne suis pas une spécialiste de ce sujet. Ce que je sais, c'est qu'aujourd'hui, dans les réformes de société, pour qu'elles réussissent, et on le voit déjà depuis le mariage pour tous, pourquoi le mariage pour tous, on y est arrivé malgré l'opposition d'une fraction militante ? Pourquoi on y est arrivé ?

Parce que les Français étaient prêts, parce qu'ils le voulaient, parce qu'ils nous le demandaient. La société était mûre ? La société était mûre. Sur la fin de vie, je considère que la société est mûre aussi, parce que c'est un sujet que les gens vivent dans leur intimité. Toute famille est exposée à un moment donné de sa vie à se poser la question, comment on aide ? Voilà, quelqu'un qui est condamné et dont l'issue est fatale. Donc la société est mûre, il faut s'appuyer sur la société pour réussir cette réforme, et je suis sûre qu'on va y arriver.

8:27
Présentateur

Est-ce que la société est mûre ? Est-ce que vous, vous êtes prête aussi à autoriser la gestation pour autrui éthique, bien sûr, pas commerciale ?

8:34
Laurence Rossignol

Je ne sais même pas ce que veut dire la gestation pour autrui éthique.

8:37
Présentateur

Une femme qui porterait un enfant pour son frère homosexuel, pour sa sœur stérile, vous voyez, sans relation de commerce, par proximité, par affection.

8:44
Laurence Rossignol

C'est extrêmement marginal. Ce n'est pas de ça dont on parle. Aujourd'hui, quand il y a des individus, des groupes qui demandent la GPA, ce n'est pas pour une solution intrafamiliale. C'est pour une solution commerciale. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, ce que l'on nous demande, c'est d'autoriser en France des conventions entre des parents d'intention et des mères porteuses. C'est simplement de commercialiser les êtres humains. La question qui est posée derrière, c'est est-ce qu'on peut vendre ou acheter un enfant ? Est-ce qu'on peut annexer le corps d'une femme pour lui faire porter un enfant qu'elle n'élèvera pas ? La réponse est non.

Il y a des principes qui sont l'inéliabilité du corps humain. Le corps humain n'est pas disponible. On n'a pas le droit de vendre ses reins. En France, on n'a pas le droit de vendre un rein. On n'a pas plus le droit de vendre un enfant. Par ailleurs, j'ajoute une chose, c'est que notre pays, dans un compromis qui est assez favorable aux parents et aux enfants, reconnaît et donne les mêmes droits aux enfants arrivés en France par GPA qu'aux enfants nés par les voies naturelles, si j'ose dire. Voilà. Donc, il n'y a pas de discrimination à l'encontre des enfants nés par GPA et élevés par des parents en France aujourd'hui.

Nous avons fait le choix des droits de l'enfant d'un côté, respect des droits de l'enfant et respect des droits des femmes et du refus de commercialiser la grossesse et la mise au monde d'un enfant.

10:10
Présentateur

Comment avez-vous vécu les déchirures dans le milieu féministe ? On l'a vu le 25 novembre, le 8 mars, avec des manifestantes qui ne voulaient pas qu'on puisse défendre la cause des femmes juives violées le 7 octobre.

10:19
Laurence Rossignol

Je l'ai vécu de manière douloureuse parce que je crois que pour une militante féministe, il y a un certain nombre de prérequis. Et les prérequis, c'est d'identifier le viol comme arme de guerre, comme arme terroriste. Et le fait que de fermer les yeux sur les viols du 7 octobre, en fait, fragilise toutes les femmes sur la planète. Voilà, toutes les femmes. Donc il y a quelque chose qui est indépendant des positions que les uns et les autres peuvent avoir sur l'issue du conflit israélo-palestinien.

Quand une armée, quand un groupe terroriste décide sciemment et volontairement de pratiquer le viol de masse, ce que j'appelle moi le viol génocidaire, c'est-à-dire qu'il faut tuer les femmes par le viol. Eh bien, quand quelqu'un décide de faire ça, quand un groupe décide de faire ça, le rôle des terroristes, c'est d'ouvrir les yeux et de les faire ouvrir à tout le monde. Et de dire ça, c'est le rôle des féministes. J'ai dit quoi ?

11:12
Présentateur

Le terrorisme, c'est pas le rôle des féministes.

11:14
Laurence Rossignol

J'ai dit le rôle des féministes, c'est de ne jamais invisibiliser le viol comme arme de guerre.

11:20
Présentateur

Un mot pour finir des européennes. La tête de liste, Raphaël Glucksmann pour Place Publique et le PS, monte un peu dans les sondages. 11%, 13%. Vous êtes optimiste ou vous dites attention, les sondages ne font pas l'élection ?

11:31
Laurence Rossignol

Les sondages ne font pas l'élection, ça c'est une évidence, mais les sondages disent à un moment donné quels sont les mouvements. Il se passe quelque chose ? Il se passe quelque chose.

11:38
Présentateur

Il se passe quoi ? C'est les écologistes qui n'ont pas une candidate très attirante ? C'est la crise à l'effi ?

11:43
Laurence Rossignol

Qu'est-ce qui se passe ? Il se passe que Raphaël Glucksmann est un bon candidat, qu'il a un bilan comme député européen qu'il a fait connaître tout au long de son mandat.

Il se passe que Raphaël Glucksmann a une position sur les questions justement européennes et la place de l'Europe dans les conflits qui aujourd'hui ont lieu autour de l'Europe et qui impactent l'Europe, qu'il y a effectivement toujours dans le pays une gauche qui est à la recherche d'un projet politique, qui soit un projet politique d'efficacité européenne, qui n'est pas l'Europe libérale que l'on connaît, mais l'Europe a changé depuis le Covid, disons-le, et Raphaël Glucksmann permet à cet électorat de retrouver une expression qui lui convient. Donc on sort un peu avec Raphaël Glucksmann de cette espèce de moment terrible que l'on connaît depuis 2017.

Laurence Ressignol, merci et bonne journée. Merci. Merci beaucoup Christophe Barbier. On vous retrouve demain matin à 7h45. Votre invitée sera la sénatrice Mélanie Vogel.

Laurence Rossignol - Le Barbier du matin du 25/03/24 — Laurence Rossignol · Pourquijevote