Bruno Fuchs - Le Barbier du matin du 01/07/25
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bruno Fuchs, bonjour. Bonjour. Et bienvenue, député modem de la sixième circonstitution, si je ne me trompe pas, du Haut-Rhin. Il doit faire chaud, d'ailleurs, là-bas. Il fait très chaud, comme ici, d'ailleurs. Partout. Dans un climat où on a vu récemment des lois sur l'écologie être repoussées ou des mesures sur l'écologie être retardées, je pense, aux ZFE. Il y a une sorte de hiatus entre l'attitude des parlementaires et la réalité écologique ?
Non, d'abord, parce que la réalité écologique est quelque chose de moyen, de long terme. Ce ne sont pas les ZFE qui sont plutôt destinés à la qualité de l'air, plutôt que le réchauffement de l'air.
Même si quand il fait très chaud, on a souvent des problèmes de position. Exactement.
Mais l'origine, en tout cas, le point de départ de la réflexion, c'est plutôt la qualité de l'air. Et donc, c'est une question de santé avant d'être des questions écologiques. Et puis, les ZFE ne sont pas complètement encore éliminées, puisqu'il y a un passage au Sénat et que, dans un texte, c'est un ensemble de choses. Donc, on vote un ensemble dans lequel il y a parfois des choses qui vous irritent, mais vous faites la balance entre ce qui est positif et négatif. Donc, si vous votez pour, ce n'est pas forcément sur l'ensemble du texte.
Vous contestez cette idée que l'opinion devient moins écolo, parce que d'abord, ça coûte cher la transition écologique, et que du coup, la représentation nationale va dans le sens de l'opinion et freine la transition.
Oui, on peut dire les choses comme ça, mais je ne pense pas que fondamentalement, on soit moins écolo, sauf que ça fait beaucoup d'efforts et qu'on a cette formule, fin de la vie, fin du mois. Fin du monde, fin du mois, oui, bien sûr. Donc, du coup, il faut arbitrer entre les deux. Il y a des séquences, il y a des cycles. Au rebec, il y a des cycles. Et là, on a un cycle plutôt d'efficacité. Et puis, il faut quand même...
Ce que je peux, personnellement et politiquement, pour qu'on pousse très, très vite sur les questions de climat, mais il y a aussi quelque chose qu'il faut avoir en tête, c'est qu'on fait 1% des gaz à effet de serre et que la Chine, les États-Unis, l'Inde, la Russie, d'autres pays contribuent beaucoup, beaucoup plus. Donc, si nous, on fait des efforts désespérés en se faisant extrêmement mal, mais que ça n'a pas ou très faiblement d'impact, la solution n'est pas là. La solution est aussi d'aller faire le plaidoyer en Chine. Comme on l'a fait lors des COP successives. C'est ça qu'il faut faire aussi.
C'est compliqué de suivre l'Assemblée nationale en ce moment. La loi du visuel public, hier, rejetée d'emblée par une motion de rejet. Et on n'arrive pas à savoir si c'est un fiasco pour le gouvernement et la ministre de la Culture ou au contraire une ruse, parce qu'en renvoyant la loi au Sénat tel qu'en l'en était sorti, on gagne du temps.
En tout cas, ce n'est pas un fiasco. À l'arrivée, ce ne sera pas un fiasco. C'est peut-être un coup de 24 heures politique, en tout cas. Mais le texte n'est pas rejeté. Ce qui est rejeté, c'est la discussion du texte. Donc, la gauche, les filles écolos et les PS, décident de déposer une motion de rejet sur ce texte-là. C'est rejet de la discussion. On n'en parle pas. On n'en parle pas. Et le R.S. la votait, d'ailleurs, cette motion de rejet. Oui, pour d'autres raisons, justement. Mais si on a un peu de temps, je vais vous expliquer. Mais on n'en parle pas. Et ça, c'est quand même la négation de ce qu'est le Parlement, de ce qu'est même l'existence d'un parlementaire.
Vous venez pour débattre de texte. Vous n'êtes pas d'accord ? C'est dans le débat, justement, que vous faites avancer la discussion et la qualité d'un texte. Ne pas débattre, c'est un non-sens. C'est ce que font souvent les filles d'une motion de rejet. Là, c'est le cas. Le RN se dit, et on va être plus royaliste que le roi, on va surjouer le coup et on va voter cette motion de rejet, tout simplement, parce que le texte est prévu sur 48 heures et que la gauche a prévu des tas d'artifices pour que le texte ne puisse pas être débattu dans les 48 heures.
Donc, en accélérant, en rejetant le texte, on accélère finalement le renvoi au Sénat et donc on accélère la procédure et c'est le Sénat qui va une nouvelle fois discuter de ce texte. Difficile à lire pour les Français quand même. Mais ce n'est pas lisible. Après, ça a toujours été comme ça. Là, ce qui est plus compliqué, c'est que comme il y a trois grands groupes, il n'y a pas de majorité, les coups peuvent venir dans tous les sens. Avant, c'était beaucoup plus lisible, mais des coups de cette nature, ça a souvent été le cas. Mais à l'arrivée, le texte va être débattu au Sénat. Il reviendra à l'Assemblée et il y aura donc un texte, bien sûr, et plus rapidement.
Parce qu'on va éviter les 48 heures de faux débats à l'Assemblée. Et d'amendements et d'obstructions.
Il fera chaud à l'Assemblée cet après-midi parce qu'il y a une motion de censure qui va être votée en fin de journée. Elle n'a aucune chance d'être adoptée cette motion de censure.
Elle n'a pas de chance si le RN ne la vote pas.
Et le RN, pour l'instant, a annoncé qu'il ne la votait pas. Vous craignez une manœuvre de dernière minute et un coup de Trafalgar ?
Je ne pense pas que ce soit le moment pour le RN de voter la censure. Moi, ce qui m'étonne le plus, c'est cette motion de censure du Parti Socialiste. Quel sens a-t-elle ?
Parce qu'eux, ils disent qu'on nous vole un vrai débat sur les retraites à la rentrée.
On nous vole zéro débat puisqu'il y aura un texte à la rentrée. Le texte, c'est le résultat d'un dialogue social qui n'a pas été très très fécond depuis 2017. Le Premier ministre a fait ressortir l'intérêt et la qualité du dialogue social. Il n'a pas abouti complètement. Mais le dialogue social, c'est permanent. Ça va continuer. Il y a encore des chances que ça puisse avancer dans les semaines qui viennent. Et donc, quand on est OPS, qu'on a fait voter la loi Touraine, 43 annuités de cotisation. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, la moyenne, vous rentrez sur le marché du travail à 22 ans et 7 mois en moyenne. Après, sur les régions, c'est plus ou moins.
Plus 43, ça fait 65.
Ça fait 65. Voilà. Comment on peut aujourd'hui revenir à 62 ? Comment on peut aujourd'hui revenir à 42 annuités et proposer une motion de censure ? du gouvernement sur quelque chose qu'ils ont eux-mêmes mis en place de façon plus radicale il y a quelques années.
C'est de la démagogie du PS ou c'est au contraire une volonté de s'aligner sur LFI et de concurrencer la radicalité de LFI ?
On est plutôt sur cette logique-là. Je pense qu'il y a eu un congrès, qu'Olivier Faure change de ligne ou revient sur une ligne plus radicale, qu'il a besoin pour des questions purement électoralistes de refaire un front de gauche et donc il se cale sur la position de LFI. C'est un calcul complètement politicien de base d'oeuvre politicienne et qui montre que le PS n'est pas fiable aujourd'hui tout simplement. Le pacte de non-censure c'est vraiment fini ? Je ne sais pas, on verra, on verra. Ça je ne peux pas
le savoir à l'avance. François Hollande votera la censure cet après-midi parce qu'il n'est pas content de ce débat sur les retraites et néanmoins il dit on continue à être constructif ou pas ?
François Hollande il est lié aussi au Parti Socialiste, il ne peut pas être en solo au Parti Socialiste, il a essayé de prendre la majorité au Congrès et il n'y est pas arrivé donc il est obligé d'un dégage de légitimité mais quand vous regardez comme l'a dit le Premier ministre les déclarations et la façon de faire de la politique de Michel Rocard ou du Jacques Delors mais même de François Mitterrand qui disait qu'il vaut mieux essayer de contribuer à faire avancer le pays que d'être dans l'opposition systématique. Donc c'est pour moi incompréhensible cette position du PS sauf avoir une manœuvre purement électoraliste et ça c'est fâcheux.
On en profite aussi à gauche d'une certaine dispersion voire dislocation de ce qu'on appelle le bloc central de ceux qui participent au gouvernement et qui sont censés le soutenir. Ces derniers temps ça a été le cas. Est-ce que vous le ressentez à l'Assemblée ?
Oui je le ressens à l'Assemblée on a une mobilisation des parlementaires du centre notamment de PR qui est beaucoup plus faible que la moyenne.
Ils se désintéressent ? Ils sont démotivés ?
Soit ils sont dans leur circonscription pour travailler sur des sujets plus locaux qui sont quand même plus satisfaisants parce que localement vous avez plus facilement des résultats quand vous occupez de sujets locaux. Soit ils travaillent sur des propositions de loi soit sur des rapports. Il y a quand même beaucoup de commissions aujourd'hui qui font des rapports d'information qui sont sur le terrain. il n'y a pas que le travail à l'Assemblée aussi il y a beaucoup de travail sur le terrain de contrôle de l'action du gouvernement et de rapports d'information pour comprendre un sujet et faire des propositions justement pour changer un grand thème de la société française.
Il peut se remobiliser ce bloc notamment en vue du débat budgétaire ?
Il doit se remobiliser pour cela il faut que le Premier ministre les mobilise également mais il doit se mobiliser sinon effectivement la vie politique n'est plus compréhensible. Vous êtes électeur vous avez donné votre confiance à un certain nombre d'élus ils doivent se mobiliser dans le sens pour lequel ils ont été élus donc cette mobilisation elle est indispensable mais je pense que les vacances en tout cas la pause parlementaire va avoir lieu dans une dizaine de jours voilà il sera à temps après la rentrée que chacun reprenne ses esprits et revienne avec un autre fond de jeu une autre stratégie.
Pour l'instant l'état d'esprit pour la rentrée c'est censure-censure du côté du PS et Marine Le Pen qui pronostique une dissolution on entend même des voix y compris au sein du gouvernement dire notre temps est fini on sait qu'on est en sursis ça se terminera avant la fin de l'année.
Oui moi je ne comprendrais pas une nouvelle dissolution parce que déjà l'Assemblée est ingouvernable comme ça ou très difficilement sauf à faire des efforts de compréhension ce que font les Allemands ce que font les Hollandais ce que font les Suisses il y a très peu de pays européens dans lesquels il y a une majorité absolue d'un parti qui gouverne donc on est plutôt dans une incapacité en France à s'entendre à discuter et à trouver des points de compromis cette radicalité politique elle est défaste au pays et avec une dissolution on ne ferait qu'aggraver la situation aujourd'hui vous avez quand même là on se lamente dans un certain nombre de sujets mais vous avez quand même 90% des textes à l'Assemblée qui passent soit de façon consensuelle soit parce qu'il y a deux tiers des groupes qui votent pour et un tiers compte donc globalement la vie du parlement fonctionne elle fonctionne moins rapidement moins bien et sur les grands sujets politiques il y a des crispations et on le voit avec le parti socialiste et sa motion de censure parce qu'on surjoue en fait la posture politique mais en réalité c'est un parlement qui fonctionne qui sait fonctionner
parlons maintenant des affaires étrangères puisque vous présidez la commission est-ce que vous croyez au pronostic de Donald Trump on peut aller très vite vers un accord de cessez-le-feu à Gaza pourvu que le Hamas accepte les conditions c'est-à-dire exil les dirigeants et restitution des otages ou est-ce que c'est encore un effet de manche ?
Non je pense que c'est la vision du président Trump qui est une vision extrêmement active parfois un peu brutale mais aussi simpliste voilà c'est une vision simpliste et souvent improvisée donc l'intention est bonne mais il ne voit pas la complexité des choses il ne voit pas comment l'ensemble des acteurs sur le terrain réagissent et comment ils réagissent dans la durée ce qui est valable aujourd'hui on voit bien dans la durée ça peut évoluer donc cette position je pense qu'il est sincère en disant ça je ne suis pas sûr que la subtilité sur le terrain fasse qu'il n'y ait pas des modes de pensée un peu moins simples un peu moins 1-2-1-2 avec des gens un peu plus retorts et complexes dans leur façon de penser
y compris Benjamin Netanyahou
qui a intérêt à prolonger
la guerre
y compris le Hamas voilà y compris un certain nombre d'acteurs qui ont besoin de continuer à avoir ils vous disent blanc le jour rouge le lendemain noir le lendemain donc ce qui n'est pas la façon de voir du président Trump
avec néanmoins une situation qui s'est clarifiée ce qu'on a appelé la guerre des 12 jours l'affaiblissement de l'Iran ça ça doit permettre une avancée est-ce qu'on joue assez sur ce levier ?
je pense que l'avancée elle est quand même réelle on va quand même vers un point d'atterrissage peut-être pas exactement celui que vous le présente Trump mais il est quand même depuis le 7 octobre vous avez quand même le Hamas qui est extrêmement dévitalisé vous avez le Hezbollah qui n'est pas encore désarmé mais qui peut-être en passe de l'être la gouvernance de la Syrie a été recomposée et donc il était logique après avoir démantelé ou en tout cas commencé à démanteler une partie des proxys de l'Iran de s'attaquer au mal lui-même à l'Iran lui-même donc il y avait une logique aussi stratégique qu'Israël a suivi après la question des droits internationaux c'est une autre question mais la logique en tout cas on la comprend et une fois qu'on arrive à résoudre la question de l'Iran et bien là effectivement il y a une nouvelle donne qui se fait au Proche et au Moyen-Orient elle ne sera pas exactement celle du président Trump mais il y a une nouvelle donne qui apparaît bien évidemment mais je pense que l'atterrissage sera un peu plus lent que ce que souhaite le président Trump
est-ce qu'Israël a tort de résister sur l'ouverture à l'aide humanitaire à Gaza ?
je pense que c'est une oui c'est pas qu'elle a tort c'est que c'est absolument inconcevable de ne pas aider son prochain il y a des gens qui meurent de faim on le voit c'est absolument épouvantable il faut donc ouvrir l'aide humanitaire la France est pour ça chaque être humain devrait être dans l'idée d'ouvrir les corridors d'aide humanitaire pour son prochain on ne peut pas laisser mourir de faim des gens qui n'ont rien demandé je ne parle pas du Hamas je parle de grande partie de la population palestinienne qui est déjà morte qui continue de mourir des enfants des vieillards c'est quelque chose qui n'est humainement pas concevable
un mot de Boilem Sansal pour finir il connaîtra son sort judiciaire aujourd'hui il risque peut-être des années de prison à moins qu'une grâce présidentielle n'arrive vous êtes optimiste ?
non je ne suis pas optimiste je souhaite de tout mon coeur qu'il puisse être libéré il y a une deuxième affaire qui est née avant-hier avec ce journaliste français qui est dans la même logique en tout cas judiciaire je pense qu'en appel Boilem Sansal va être condamné 5 ans, 10 ans, 7 ans la question n'est pas tellement là la question est-ce que va faire le président Tebboune notamment de cette fameuse date un peu symbolique du 5 juillet de laquelle il y a un certain nombre de libérations de grâces qui sont prononcées habituellement et donc on en appelle tous à son humanité pour qu'il puisse effectivement prononcer une mesure d'élargissement de Boilem Sansal mais la condamnation on ne pourra pas y échapper en appel
Est-ce qu'il faut apaiser les relations avec l'Algérie notamment sur les OQTF pour espérer ce retour ?
Je pense qu'il faut jusqu'à présent nous enfin moi en tout cas j'ai tout fait pour apaiser pour discuter pour faire respecter bien sûr la position française mais pour reconnaître la capacité à dialoguer mais si en face on s'aperçoit qu'il ne respecte pas cette façon de procéder c'est-à-dire le dialogue et trouver les meilleurs intérêts et pour la France et pour l'Algérie parce que se couper l'Algérie c'est aussi beaucoup de conséquences négatives pour la France il faut voir ça notamment sur les OQTF aujourd'hui vous avez deux OQTF par semaine c'est-à-dire quasiment plus rien donc on se tire une balle dans le pied mais il faudra muscler les jeux si les Algériens ne veulent pas discuter Bruno Fuchs merci bonne journée Merci merci Christophe on vous retrouve demain et vos invités seront Olivier Perrault et Charlotte Belaïch auteurs du livre La Meute
Bruno Fuchs