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Discours / meetingUnion Populaire Républicaine· 22 janvier 2013 255 minAutoproduitActualité / polémiqueEurope & internationalInstitutions & électionsDéfenseÉconomie & entreprises

Qui gouverne la France et l'Europe ? - Version Intégrale

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 18 %Attaque 69 %Défensif 13 %

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 2:00Fait
    « « La France ne le sait pas, mais nous sommes en guerre avec l'Amérique. Oui, une guerre permanente, une guerre vitale, une guerre économique, une guerre sans mort... apparemment. » »
  • 4:00Fait
    « « Il vaut mieux avoir l’air bête 5 minutes que de le rester toute sa vie ». » »
  • 12:00Fait
    « « Je veux que le Canada fasse partie des États-Unis ». »
  • 16:00Fait
    « « L'Europe ne se fera pas d'un coup, ni dans une construction d'ensemble. Elle se fera par des réalisations concrètes créant d'abord une solidarité de fait. » »
  • 0:15Fait
    « La maison individuelle, c'est un pays indépendant et souverain. La copropriété avec 6 appartements, c'est l'Europe des 6. Et la copropriété avec 27 appartements, c'est l'Europe à 27. »
  • 2:00Fait
    « Plus il y a de monde, plus les intérêts contradictoires se multiplient et plus cela bloque toute décision. »
  • 4:00Fait
    « De Gaulle nous dit ceci dans sa conférence de presse du 15 mai 1962 : « On nous dit : « Fondons ensemble les 6 États dans une entité supranationale » ». »
  • 6:00Fait
    « La France, elle veut une Europe française. La France, elle veut une Europe qui protège les acquis sociaux. »
  • 8:00Fait
    « Le Royaume-Uni veut démanteler la politique agricole commune. Le Royaume-Uni veut une alliance étroite avec les États-Unis dans tous les domaines. »
  • 12:00Fait
    « « Vous savez ce que ça veut dire, la supranationalité ? La domination des Américains. L'Europe supranationale, c'est l'Europe sous commandement américain. » »
  • 20:00Fait
    « « Vive le Québec libre ! » »
  • 22:00Fait
    « « De Gaulle, c'est la France isolée. François Mitterrand, c'est l'Europe et l'amitié des peuples ». »
  • 0:15Locuteur 1Fait
    « Est-ce que la Suisse est un pays isolé du monde ? Est-ce que c'est la Corée du Nord ? Est-ce que la Norvège, qui n'est pas dans l'UE, est la Corée du Nord ? Non ! »
  • 0:30Locuteur 1Fait
    « La construction européenne, on n'a tout simplement plus le droit d'être contre ! Et bientôt, on n'aura même plus le droit d'en débattre. »
  • 1:00Locuteur 1Fait
    « Je ne veux pas jouer les prophètes de l'Apocalypse. Mais tous les Français comprennent que les choses vont de plus en plus mal. »
  • 3:00Locuteur 1Fait
    « Les historiens commencent à avoir un nouveau regard sur le passé et commencent à comprendre que mai 68 a probablement été la première révolution de couleur, comme les Américains ont fait en Géorgie, en Ukraine, etc. »
  • 4:00Locuteur 1Fait
    « La CIA est en réalité ravie que la statue De Gaulle, bête noire des Américains depuis 10 ans, soit enfin ébranlée. »
  • 6:00Locuteur 1Fait
    « En 1962, lorsque De Gaulle dénonçait le fédérateur extérieur, dans l'Europe des 6, il n'y avait que 4 langues officielles : le français, l'allemand, l'italien et le néerlandais. »
  • 7:00Locuteur 1Chiffre
    « En 2007, on était à 12%. On a dû tomber maintenant à environ 7 ou 8%. L'allemand et les autres langues sont encore plus basses. Et l'anglo-américain, c'est plus de 90% des documents. »
  • 9:00Locuteur 1Chiffre
    « Actuellement, nous avons en 2011 250 000 pages de réglementations européennes. Actuellement, la réglementation européenne s'accroît d'environ 100 pages de plus par jour ouvrable. »
  • 16:00Locuteur 1Fait
    « M. Barroso, quand il était jeune... En 1974, il était étudiant. Il était président de l'Union des étudiants maoïstes. »
  • 20:00Locuteur 1Chiffre
    « Les commissaires proches des vues américaines représentent plus de 80% du total. »
  • 22:00Locuteur 1Promesse
    « Il n'y a que deux solutions viables, possibles, intellectuellement qui tiennent debout. La première, c'est : on continue comme on est et, au bout du compte, c'est la destruction de notre pays dans un magma vassalisé par les États-Unis. Et la seconde, c'est qu'on en sorte ! »
  • 1:00Locuteur 1Fait
    « nous sommes systématiquement minorisés avec plus des trois quarts des commissaires qui sont alignés sur les vues américaines »
  • 5:00Locuteur 1Chiffre
    « abaisser le déficit public français sous la barre de 3% du PIB »
  • 9:00Locuteur 1Fait
    « réformer le marché du travail en simplifiant la protection de l'emploi »
  • 11:00Locuteur 1Chiffre
    « nous allons passer progressivement à 65 ans, puis 67, puis 70 ans pour le départ à la retraite »
  • 25:00Locuteur 1Fait
    « l'UE et l'OTAN sont les deux faces de la même monnaie »
  • 1:00Chiffre
    « 6 Français sur 10 ont trouvé cette campagne présidentielle décevante. 61% des personnes interrogées ont estimé que l'adjectif « décevante » s'appliquait bien à la campagne présidentielle de 2012. »
  • 2:00Fait
    « Article 50, alinéa 1 du TUE. Donc déjà, ne vous laissez pas avoir par ceux qui vous disent : « Ah, c'est impossible ». C'est pas impossible puisque c'est écrit. »
  • 4:00Chiffre
    « Joseph Stiglitz, prix Nobel d'économie américain, a dit – je crois que c'était le 30 mars 2012 – : « Les pays de l'euro qui sortiront les premiers de l'euro seront ceux qui s'en sortiront le mieux ». »
  • 6:00Fait
    « La réattribution à la Banque de France de son rôle de financement de l'État et des collectivités locales. Ça veut donc dire la suppression de l'article 123 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne. »
  • 8:00Promesse
    « Le rétablissement effectif du contrôle des flux de capitaux, de marchandises et de services, sans quoi il n'y a pas de lutte contre les délocalisations possible. »
  • 10:00Promesse
    « Le rétablissement d'une politique étrangère indépendante accompagnée d'une sortie de l'OTAN et du retrait de nos troupes engagées dans des guerres néocoloniales. »
  • 12:00Promesse
    « La sortie au plus vite de l'UE parce que toutes les mesures précédentes sont contraires aux traités européens. »

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0:00
François Asselineau

[Musique] Nous sommes actuellement le 27 avril 2012. Donc c'est : « Qui gouverne la France et l'Europe ? ». Je commence cette conférence en la plaçant sous l’intitulé ou sous l'auspice d'un proverbe chinois que j'aime bien, et qui dit : « Il vaut mieux avoir l’air bête 5 minutes que de le rester toute sa vie ». Qu'est-ce que ça veut dire, ce proverbe ? Ça veut dire que lorsque vous ne comprenez pas quelque chose, il ne faut surtout pas intérioriser votre absence de compréhension. Vous savez, c'est comme les enfants ou les élèves qui ont peur de ne pas savoir. Et ils intériorisent. Non.

Lorsque vous ne comprenez pas quelque chose, il ne faut pas hésiter – en tout cas, c'est ce que dit ce proverbe chinois – à poser une question, même si vous avez l'air bête. Parce qu’en réalité, l’expérience de la vie montre que ce sont les questions bêtes, entre guillemets, qui sont souvent les meilleures. Et comme vous allez le voir, au cours de cette conférence, nous allons poser ensemble 9 questions bêtes. Après 14 années passées à l’Élysée, et quelques semaines avant de mourir, François Mitterrand livra son testament politique aux Français : « La France ne le sait pas, mais nous sommes en guerre avec l'Amérique.

Oui, une guerre permanente, une guerre vitale, une guerre économique, une guerre sans mort... apparemment. Oui, ils sont très durs, les Américains. Ils sont voraces. Ils veulent un pouvoir sans partage sur le monde. C'est une guerre inconnue, une guerre permanente, sans mort apparemment, et pourtant une guerre à mort ». Ce n’est pas moi qui le dis. C'est François Mitterrand, quelques semaines avant de mourir, dans un ouvrage – qui s'appelle « Le dernier Mitterrand » – de confidences qu'il a faites au journaliste Georges-Marc Benamou, à l'époque journaliste au Nouvel Observateur. Et pour ceux qui auraient des doutes, je les renvoie à cette publication chez Plon qui a paru le 27 janvier 1997.

Normalement, dans un pays normalement constitué, la déclaration de quelqu'un qui a été chef d'État, président de la République pendant 14 années... Jamais un président de la République n'a été aussi longtemps à l'Élysée dans l'histoire de France. Eh bien normalement, une telle déclaration aurait dû valoir que l'on se pose des questions. Il aurait dû y avoir un grand débat national. Qu’est-ce que Mitterrand avait voulu dire, juste avant de mourir, comme une espèce de testament politique qu'il laissait aux Français ? Il n’en a rien été. Ça a fait l'objet d'un entrefilet dans un journal ou deux, dans le Monde, le Figaro. Et puis on a fait silence.

Alors la première question bête que je veux aborder avec vous, c'est : « Qu’a donc découvert François Mitterrand après 14 années passées à la tête de la France, et qui lui a fait dresser un diagnostic aussi sombre sur le fait que notre pays est en guerre – une guerre permanente à mort – et que les Français ne le savent pas ? ». Pour cela, il faut revenir... Je suis un amateur d'histoire, parce que l'Histoire permet de comprendre non seulement le passé mais aussi d'avoir une idée sur l'avenir, et aussi sur le présent. Il y a un proverbe africain – pas un proverbe chinois mais un proverbe africain – que j'aime bien citer.

Les Africains disent : « Si tu ne sais pas où tu vas, regarde d'où tu viens ». Ça permet ainsi de comprendre comment est née une situation, comment elle s'explique de nos jours, et quelles sont les évolutions à en attendre. Donc si vous le voulez bien, on va commencer cette conférence sur qui gouverne la France d’une façon qui va vous surprendre. On va revenir à la fin du XVIIIe siècle, en Angleterre, vers 1770, lorsque le roi George III, de la dynastie de Hanovre puisque vous savez que les Anglais sont allés chercher leur monarque en Allemagne... George III de la dynastie de Hanovre se trouve confronté vers 1771, 1770 à une crise budgétaire.

Il demande au gouvernement d'essayer de trouver un moyen de financer le budget du Royaume-Uni. Et qu'est-ce qui est inventé ? Eh bien c'est le Premier ministre de l'époque, William Pitt, qui va avoir l’idée qui va permettre de renflouer les caisses de l’État britannique. Quelle est cette idée ? Eh bien il va demander que l'on taxe davantage les produits de la compagnie des Indes britanniques, la British East India Company, qui va chercher des produits – notamment en Chine – et qui fait du commerce international. Cette compagnie des Indes britanniques, comme il y a la compagnie française des Indes orientales – par exemple – ou bien la compagnie des Indes néerlandaises...

Ce sont des compagnies quasiment multinationales. En tout cas qui ont le monopole du commerce extérieur pour chaque pays d'Europe concerné. Et la compagnie des Indes britanniques va donc chercher du thé, des soieries, de la laque, etc. en Chine, les transporte jusqu'au port de Londres ou sur les rivages britanniques. Et de là, fait de la réexportation vers les colonies britanniques. Et notamment cette colonie qui est en plein essor, et avec des gens qui commencent à être riches, qui est la Nouvelle-Angleterre qui est en Amérique du Nord, qui est la colonie britannique.

Et donc ce qui est décidé, c'est justement de taxer non pas les Britanniques qui vivent sur place mais de taxer les colons riches. Parce qu'on se dit : « Comme ça, ça ne se verra pas ». Les Britanniques sur place, le peuple anglais ne verra pas une augmentation de ses taxes. Mais en revanche, on va taxer les colons riches, et notamment les colons américains. C'est ce qui va donc donner naissance à cet évènement, qui est un évènement très important dans l'histoire du monde, qui est le 16 décembre 1773, que l’on a appelé la Boston Tea Party. De quoi s'agit-il ?

Vous voyez ici, ce sont des colons américains de la Nouvelle Angleterre – ils sont donc anglais d'origine – qui montent à bord d'un bateau de la British East India Company. Et ils prennent des caisses de thé et ils les balancent dans le port de Boston, dans l'océan Atlantique. Ils les balancent. C'est un geste de défi à la puissance britannique parce que, justement, ils refusent de payer les taxes qui ont beaucoup augmenté pour financer le budget britannique. Alors si je vous parle... En anglais, on a dit « Boston Tea Party ». Ça veut dire « la partie de thé de Boston ». C'est une révolte contre l'État central.

D’ailleurs, ceux d’entre vous qui s’intéressent en ce moment à l'histoire américaine contemporaine, vous savez qu'il y a des mouvements très à droite aux États-Unis, très anti-État fédéral qui s'appellent « Tea Party », justement, en référence à cet évènement historique. Alors cet évènement historique, pourquoi est-ce qu'il est important ?

Parce que c'est le coup d'envoi de la révolution américaine qui va – deux ans et demi après, le 4 juillet 1776 – déboucher sur la déclaration d'indépendance des États-Unis d'Amérique, puis la guerre des États-Unis d'Amérique de libération contre la Grande-Bretagne, que la France va soutenir puisque Louis XVI a envoyé La Fayette et Rochambeau, vous le savez. Et qui se terminera en 1784 par le traité de Versailles qui donne l'indépendance aux États-Unis d'Amérique.

Alors ce qui est important, donc, de constater, c'est que cette guerre d'indépendance – cette révolution américaine, comme on va l'appeler – qui intervient 16 ans avant la prise de la Bastille, elle va démarrer – donc – sur des choses totalement différentes de ce qu'a été le début de la Révolution française. La révolution américaine a commencé pour un problème de droit de douane. Nos ancêtres, en 1789, ont commencé la révolution. Ce n'était pas sur un problème de droit de douane. En 1788, il y avait eu une disette. Les gens avaient du mal à manger. Et puis c'était sur un fond de grogne politique et sociale de plus en plus importante puisqu'il fallait payer...

Justement, là aussi, le budget de l'État en France était extrêmement déficitaire. Et vous savez que depuis Charles VII, seul le Tiers-État devait payer les impôts. Donc les gens les plus riches de France – c'est-à-dire les aristocrates et le clergé – étaient exemptés de payer les impôts. Donc les Français se sont battus et ont lancé la Révolution française d'abord et avant tout sur un principe d'égalité. Tout le monde doit payer les impôts. Tout le monde doit voter les impôts. Tout le monde doit voter le budget. Et puis également, tout le monde doit pouvoir chasser. C'est important. Quand on meurt de faim, on a besoin de chasser. Or, le droit de chasse était réservé aux aristocrates.

Donc la révolution américaine a commencé pour un problème de droit de douane et elle a été lancée par des colons riches et esclavagistes. George Washington, qui est un planteur de Virginie qui va prendre la tête du mouvement, qui sera le premier président des États-Unis d'Amérique indépendants... George Washington meurt le 17 décembre 1799, quelques jours avant l'an 1800. Et quand il meurt dans sa plantation de Virginie de coton, il a 300 esclaves noirs à sa disposition. Donc la révolution américaine revendique une liberté. Mais la liberté qui est revendiquée est celle du commerce. Ça n'est pas du tout celle de leurs esclaves.

Alors que la liberté revendiquée par la République française était bien la liberté de tout être humain puisque nous avons eu la nuit de l'abolition des privilèges le 4 août 1789. Au même moment, la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen au mois de juin 1789. Et puis – je crois que c'est en 1791, 1792 – l'abolition de l'esclavage. La France – on a un peu tendance à l'oublier – a été le premier pays au monde à abolir définitivement l'esclavage. Pas seulement la traite des esclaves mais l'esclavage. Suivie par le Danemark, ensuite. Je rappelle que les États-Unis d'Amérique seront le dernier pays occidental – si l'on peut dire – à abolir l'esclavage.

Il faudra attendre la fin de la guerre de Sécession en 1869 pour qu'ils abolissent l'esclavage. Et puis le troisième élément, c'est que pour les Américains, l'instance, l'institution qui fixe les règles du commerce extérieur, c'est l'instance qui dirige les autres. Donc ils ont une vision commerçante de la liberté et une vision du commerce international qui finalement est assez étrangère à la vision française. Et en tout cas n'a pas du tout été à l'origine de la révolution que nos ancêtres ont menée. Alors ceci permet de jeter un œil sur la façon dont les États-Unis voient le monde. Il suffit de prendre un billet de 1 dollar.

Vous avez à l'avers le portrait de George Washington, le propriétaire des 300 esclaves noirs dont je parlais tout à l'heure que, d'ailleurs, les États-Unis continuent de célébrer comme si de rien n'était. La capitale s'appelle Washington. George Washington figure sur tous les billets de 1 dollar qui sont produits par milliards et milliards à travers la planète. Il y a même un État des États-Unis qui s'appelle l'État de Washington, sur la côte ouest. Donc il n'y a pas du tout...

Je le cite au passage parce que vous savez que nous n'avons pas, en France, célébré le bicentenaire d'Austerlitz au motif que Napoléon avait rétabli l'esclavage – donc – à la demande de Joséphine de Beauharnais, sous l'Empire, pendant quelques années. Donc nous, nous avons eu une relecture de l'Histoire qui a été largement médiatisée à cette occasion pour culpabiliser les Français sur leur histoire. Je ne suis pas là – évidemment – pour trouver des circonstances favorables à Napoléon en l'espèce. Mais il y a beaucoup d'anachronismes dans les reproches qui lui sont faits, néanmoins. Je dis simplement que cette espèce de volonté constante qu'il y a en France de se déprécier...

On a oublié de préciser que la France avait quand même été le premier pays au monde à abolir l'esclavage. Et on oublie de préciser que les Américains n'ont jamais fait ce travail quant à eux. Et puis, au revers de ce billet de 1 dollar que tout le monde a, il y a plusieurs choses qui sont intéressantes. D'abord, il y a cette inscription : « In God we trust ». Ça veut dire : « Nous plaçons notre confiance en Dieu ». Ça fait référence au fait que pour les Américains, il y a une destinée manifeste du peuple américain, et qu'il s'agit de bâtir une espèce de nouvelle Jérusalem sur terre. Pour les chrétiens, du moins pour les catholiques, nous avons affaire ici à un blasphème.

L’idée de mettre le nom de Dieu sur un billet de banque est quand même quelque chose qui dépasse l'entendement pour ceux, du moins, qui pensent à la parole – dans les évangiles – du Christ qui dit : « Il faut rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu ». Vous savez, au moment de la parabole sur le denier. Ce qui est intéressant également dans le revers de ce billet de banque, c'est le signe – le grand sceau – des États-Unis d'Amérique où l'on voit un symbole maçonnique avec la date 1776, parce qu'effectivement, les sociétés de franc-maçonnerie ont été largement à l'origine des principes révolutionnaires, à la fois aux États-Unis et en France.

Mais le plus intéressant est ailleurs. Il est dans cette bannière qu'il y a en dessous. Vous pouvez peut-être lire – c'est écrit en latin – : « Novus ordo seclorum ». C'est sur tous les billets de dollars qui circulent à travers le monde et qui se chiffrent donc en milliards et milliards et milliards. Ça n'est pas un détail. « Novus ordo seclorum », c'est du latin. Ça veut dire « le nouvel ordre des siècles », « le nouvel ordre du monde », « le nouvel ordre pour des siècles et des siècles ». Donc c'est une pensée typiquement impériale. L'Amérique estime avoir vocation à fixer un nouvel ordre mondial.

C'est d'autant plus impressionnant qu'à l'époque, au tournant du XIXe siècle, vers 1800, il y a aux États-Unis 7 millions d'habitants dont, d'ailleurs, de nombreux esclaves. C'est encore un tout petit pays. En France, par exemple, il y a 32, 34 millions d'habitants. Donc voilà un pays qui a 4 fois moins d'habitants que la France – il est vrai que la France est le pays le plus peuplé d'Occident – qui sort d'une guerre d'indépendance et qui, néanmoins, prétend avoir une vocation impériale. On va le voir en 1812 sur cet exemple. Il s'agit cette fois-ci d'Andrew Jackson. Andrew Jackson a été le 7e président des États-Unis d'Amérique.

Mais avant d'être élu Président, il a été le général en chef qui a mené une guerre contre le Royaume-Uni, parce qu'une fois que la guerre d'indépendance a été gagnée et s'est achevée par le traité de Versailles de 1784 sur l'indépendance des États-Unis d'Amérique, comme je le disais tout à l'heure, les États-Unis n'ont pas baissé la garde. Ils ont continué ensuite à chercher à – finalement – évincer la puissance britannique du continent nord-américain. Ils ont profité des guerres napoléoniennes pour aller porter la guerre au Canada puisque le Canada, c'était justement les colonies britanniques qui étaient restées fidèles à la couronne britannique. Et donc profitant... Vous voyez, 1812.

Ça commence à sentir le roussi pour Napoléon. 1812, c'est la campagne de Russie, la Bérézina. Mais en 1809, 1810, 1811, les Américains avaient compris que les Anglais étaient tellement occupés à organiser le blocus continental contre la France que c'était le bon moment pour attaquer les forces anglaises qui sont au Canada. Donc je le cite parce que pour avoir recours à une armée de conscrits, – il n'y avait pas d'armée de métier aux États-Unis à l'époque – Andrew Jackson a fait un discours qui est resté connu où il disait : « Nous allons nous prévaloir de notre droit au libre-échange et ouvrir le marché aux produits de notre sol afin d'égaler les exploits de Rome ».

Voilà quand même quelque chose d'extraordinaire. Ce petit pays de 7 millions d'habitants, encore une puissance totalement agricole, qui ne fait que des plantations de coton, qui prétend avoir le « droit au libre-échange » – vous voyez bien que c'est toujours le problème du commerce international dont on parlait tout à l'heure – pour « égaler les exploits de Rome », c'est-à-dire pour se transformer en empire... Alors comme cette guerre qu'ils vont mener contre les Britanniques ne va pas aboutir au résultat escompté... Les colons britanniques du Canada restent fidèles au Royaume-Uni. Et donc malgré un certain nombre de batailles...

L'une des plus célèbres étant lorsque les troupes anglaises du Canada sont descendues jusqu'à la capitale Washington et ont brûlé la résidence du président des États-Unis, qu'il a fallu ensuite repeindre en blanc parce qu'elle était entièrement noircie par les incendies. Et c'est depuis ce moment-là qu'on l'appelle la Maison Blanche : White House. C'est-à-dire depuis qu'il a fallu la repeindre après 1812 et ces conflits avec l'armée britannique. En définitive, tout ça aboutit au traité de Gand – en Belgique – où on est parvenu au statu quo. C'est-à-dire que les Américains ne sont pas parvenus à mettre la main sur le Canada britannique.

Alors à partir de ce moment-là, les Américains vont poursuivre le même objectif, mais d'une autre façon. Ils vont donc inventer... Et c'est très important de le comprendre puisque c'est un peu la même guerre qui nous est menée. C'est celle dont Mitterrand ne comprenait pas à quoi elle ressemblait. Ils vont inventer un nouveau type de conflit : une guerre qui ne dit pas son nom et qui est parfaitement résumée par ce compte-rendu de Isaac Andrews – agent secret des États-Unis d'Amérique – faisant rapport au département d'État le 13 mai 1854. Le département d'État, c'est le ministère des Affaires étrangères américain.

Cette lettre fait partie de documents historiques qui ont été exhumés dans un livre que je vous recommande – du moins, si le sujet vous intéresse – qui s'appelle : « Hors des griffes de l'aigle : quatre siècles de résistance canadienne à l'expansionnisme américain ». C'est un ouvrage qui a été fait par un chercheur canadien. Alors de quoi s'agit-il ? Il s'agit d'un agent secret américain qui œuvre au Canada pour essayer de mettre la main – au profit des États-Unis – sur le Canada par des moyens guerriers qui ne sont pas une guerre traditionnelle, qui sont une guerre d'un nouveau type. C'est de ça, qu'il s'agit.

Et dans ce rapport qu'il fait à son supérieur hiérarchique, on révèle ce qui est le type même de cette guerre. Alors voilà ce qu'il dit : « Dans le but d'aider les mouvements partisans de l'annexion et du libre-échange au Canada » : vous voyez que dans son esprit, le libre-échange avec les États-Unis et l'annexion du Canada par les États-Unis, c'est en fait la même chose. Et il s'agit d'aider les mouvements au Canada qui œuvrent dans cette direction. « J'ai versé 5 000 dollars à un rédacteur de journal » : ça veut dire : « J'ai corrompu la presse canadienne ». « J'ai versé 5 000 dollars à un procureur général » : ça veut dire : « J'ai donc corrompu la justice ».

« J'ai versé 5 000 dollars à un inspecteur général » : « J'ai corrompu l'administration ». « Et j'ai versé 15 000 dollars à un député », donc : « J'ai corrompu le niveau politique » « de l'Assemblée du Nouveau-Brunswick ». Le Nouveau-Brunswick, c'est une des provinces fédérales du Canada, qui existe toujours, d'ailleurs, qui se trouve actuellement – toujours – au sud-est du Québec et au nord de l'État du Maine. Et voici ce que poursuit notre agent secret : « J'ai pris par conséquent les mesures qu'exigeait la situation au Nouveau-Brunswick afin de modérer l'opposition et de tranquilliser l'opinion publique ».

Alors ça, ce sont des mots qui sont réellement très importants à bien prendre en compte. Cette guerre, elle est fondée sur l'idée de modérer l'opposition et de tranquilliser l'opinion publique, parce que l'on a acheté les médias et les hommes politiques du pays qui est la cible de cette guerre. « J'ai réussi à me rendre à Fredricton – c'est la capitale provinciale du Nouveau-Brunswick – avant la fin de la session de l'Assemblée législative et j'ai ainsi évité tout débat sur la proposition de traité de libre-échange à l'étude ou sur toute autre mesure législative néfaste ». C'est-à-dire qu'on va tranquilliser l'opinion publique dans ce type de guerre.

On va faire une guerre où on va proposer des mesures de libre-échange parce que le libre-échange va faire en sorte que l'on va modifier les structures économiques du pays. On va imposer un modèle économique, un modèle social au pays visé. Et pour tranquilliser l'opinion publique, surtout, surtout, surtout, il faut qu'elle ne soit pas au courant. Donc on modère l'opposition et on évite tous les débats de fond. C'est ce que nous vivons en ce moment. Vous l'avez vu, d'ailleurs – j'aurai l'occasion d'y revenir – sur la campagne présidentielle. Tous les vrais débats sont totalement occultés. On fait mousser d'autres petits débats. J'aurai l'occasion d'y revenir. Et voici comment conclut M.

Andrews. Il dit : « J'ai dépensé plus de 100 000 dollars pour convaincre d'éminentes personnalités d'appuyer l'annexion du Canada par les États-Unis ou, sinon, le libre-échange avec les États-Unis ». Vous voyez donc bien que, dans cette pensée, l'annexion du Canada par les États-Unis ou le libre-échange, c'est un peu la même chose. C'est-à-dire que le libre-échange avec les États-Unis va mener progressivement à l'annexion, d'une façon ou d'une autre. « Mais cette somme n'est rien en comparaison des privilèges qui vont être obtenus de façon permanente et du pouvoir et de l'influence que cela donnera à jamais à notre Confédération ».

Donc c'est – je crois – un texte qu'il faut bien avoir à l'esprit. Il est décisif, parce que nous sommes en 2012... Ça fait donc maintenant 158 ans – n'est-ce pas – que ce texte a été écrit. Et d'une certaine façon, on peut considérer qu'il donne toujours la clé de compréhension de la façon dont fonctionne cette guerre inconnue dont parlait François Mitterrand pour ce qui concerne la France – guerre inconnue menée par les États-Unis –. Alors cette stratégie n'a pas été un coup d'épée dans l'eau, si j'ose dire. On la retrouve tout au long de l'histoire américaine.

6 ans après, en 1860, c'est le consul américain à Montréal qui écrit à son supérieur hiérarchique – le secrétaire d'État américain Lewis Cass –, que l'on voit ici dans une statue en marbre au Sénat des États-Unis. Et il lui écrit : « Le traité de libre-échange entre les États-Unis et le Canada », parce qu'ils avaient réussi à imposer un premier traité de libre-échange. Traité de libre-échange, ça ne veut pas dire que tout circule librement. Ça veut dire que, déjà, on a démantelé certaines protections sur certaines spécialités douanières. Donc voilà ce qu'écrit le consul.

Il dit : « Le traité de libre-échange entre les États-Unis et le Canada est en train de transformer tranquillement mais sûrement », tranquillement mais sûrement, « les cinq provinces canadiennes en États de l'Union ». Avec une opinion publique qui ne comprend rien. En 1888, 28 ans après, nous avons le sénateur Sherman qui est un républicain de l'Ohio. C'est un homme très important à l'époque, puisqu'il est le président de la commission des Affaires étrangères du Sénat. Donc il est le n°2 de la diplomatie américaine après le ministre. Ça, pour le coup, ça n'est plus des documents confidentiels comme ceux que je viens de présenter. Là, il s'agit du rapport officiel du Sénat du 7 août 1888.

Il dit : « Je veux que le Canada fasse partie des États-Unis ». Vous voyez que c'est une constante dans l'histoire américaine. « L'union avec le Canada », dressez l'oreille, « L'union avec le Canada ne se fera pas en adoptant des lois hostiles mais plutôt en lui faisant des propositions amicales ». C'est une guerre qui va utiliser un ressort qu'on n'avait jamais tellement utilisé auparavant, qui est la guerre par la séduction. « Cette union est inévitable » : l'idée aussi de se prévaloir d'une espèce d'inéluctabilité historique.

« La seule politique de notre gouvernement est d'offrir au Canada la liberté des échanges commerciaux et de lui faire cette proposition de façon fraternelle afin que le peuple canadien y voie une invitation à faire partie de notre République ». Comme vous le voyez, en réalité, cette stratégie fonctionne et ne fonctionne pas. D'une certaine façon, elle fonctionne puisqu'effectivement, progressivement, le Canada entre dans l'orbite américaine. Mais elle ne fonctionne quand même pas parfaitement, puisque... D'ailleurs, il suffit de regarder. De nos jours encore, le Canada n'a toujours pas été phagocyté par les États-Unis.

Après la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis vont pousser encore plus loin cette stratégie vis-à-vis du Canada. C'est en 1948 où ils proposent un traité de libre-échange ultime, comme ils disent. C'est-à-dire que tout pourra désormais circuler totalement librement entre les États-Unis et le Canada, quelles que soient les spécialités douanières. Donc c'est finalement l'abolition des douanes. C'est ce que l'on va d'ailleurs imposer progressivement à l'Europe – je vais y venir dans un instant – dans le cadre de la construction européenne.

Et John Deutsch, qui – en dépit de son nom – est canadien, est le négociateur en chef du côté canadien de ce projet de traité de libre-échange ultime qui suscite, à l'époque, en 1948, une vive inquiétude dans la population canadienne. Et au Parlement d'Ottawa, voici ce qu'il dit : « Le prix à payer pour une union douanière avec les États-Unis est la perte de notre indépendance politique en ce sens que nous n'aurons plus le contrôle effectif de nos politiques nationales. Celles-ci seront décidées à Washington ». Vous voyez donc bien cette mécanique diabolique.

Sous couvert d'avoir un traité de libre-échange qui n'intéresse personne – parce que ça a l'air de sujets techniques –, au bout du compte, le gouvernement canadien reconnaît lui-même qu'il n'aura plus le contrôle des politiques nationales, qu'elles seront décidées à Washington. Ça revient à dire, en définitive, que la démocratie n'a plus de sens. C'est une attaque contre la démocratie dont il s'agit. Faut pas se faire d'illusions ! Alors à l'époque, ça avait suscité suffisamment de problèmes et de remous pour que le Premier ministre canadien de l'époque refuse ce traité de libre-échange. Petit bilan sur la façon dont se sont constitués les États-Unis d'Amérique...

Il n'y a pas d'exemple au monde d'un État qui s'est constitué de cette façon. D'abord, vous avez les 13 premières colonies. Et puis qui ont commencé à se répandre vers l'ouest en allant, d'ailleurs, procéder à un génocide des Indiens. Et puis conquérir, donc, des terres aux Indiens. Se les partager. Créer de nouveaux États. Se répandre. Et puis ensuite, ils sont passés à une diplomatie de l'argent et du commerce. En 1803, les États-Unis achètent la Louisiane à la France. La Louisiane, ça n'est pas l'État de Louisiana qui est ici actuellement. La Louisiane, c'est tout ceci. Ça va jusqu'au Montana, jusqu'au Wyoming, au Colorado, etc. Tout ceci. Toute cette partie.

C'est un épisode de notre histoire qui n'est jamais appris – bien entendu – à nos concitoyens, notamment nos jeunes concitoyens. Il ne faut surtout jamais qu'ils aient l'impression qu'ils sont les héritiers d'un grand pays. Mais une grande partie des États-Unis avait été découverte par des Français, par Cavelier de La Salle. Et donc toutes ces terres immenses – à peu près un tiers du territoire américain continental – appartenaient à la France. Donc Napoléon vend la Louisiane pour 20 millions de francs or au gouvernement américain. Il faut dire qu'il n'avait pas vraiment le choix puisque, Napoléon étant dans son blocus continental, il ne pouvait pas aller protéger ces territoires.

En réalité, d'ailleurs, aurait-il pu le faire qu'il n'y serait pas parvenu parce que le problème... Les États-Unis auraient très bien pu devenir francophones. S'ils ne l'ont pas été, c'est pour une raison tout à fait structurelle. C'est que la France a commencé sa transition démographique à partir de la Régence. C'est-à-dire que le nombre d'enfants faits par les femmes françaises a commencé à diminuer drastiquement. Et donc il n'y avait plus de surplus humain pour aller peupler les colonies nord-américaines. Alors qu'au même moment, les Anglais – plus encore les Irlandais –, eux, avaient un surplus humain considérable.

Donc il y avait un flux constant de population anglophone qui arrivait aux États-Unis, alors qu'il n'y avait pas de flux de population francophone. Donc les Américains achètent la Louisiane à la France en 1803. Ils vont acheter une partie de l'Arizona au Mexique en 1853. Ils vont acheter l'Alaska – qui n'est en fait pas ici mais qui est en dehors de la carte – à l'Empire russe en 1867, à Alexandre II, le tsar libérateur des serfs. Vous savez d'ailleurs que les Russes s'en mordront les doigts ultérieurement. Ils ont acheté l'île de Guam à l'Espagne en 1898. Guam se trouve à l'autre bout du Pacifique, au sud du Japon actuel.

Ils ont acheté les îles Philippines à l'Espagne en 1898 : un archipel au large du Vietnam à l'autre bout du Pacifique que vous visualisez sans doute sur la carte, qui porte le nom de « Philippines » du nom de Philippe II, le fils de Charles Quint. Ils ont acheté Porto Rico à l'Espagne en 1898. Ils ont annexé les îles Hawaï suite à des accords de libre-échange en 1898. Ils ont annexé les Carolines, les îles Mariannes avec des accords de libre-échange. Ils ont acheté les îles Vierges au Danemark en 1917. On n'a pas d'exemple historique d'un État qui se soit développé par l'argent, la corruption, le commerce international et les accords de libre-échange.

C'est très important, ce que je dis là, parce que c'est ce qui est en train de nous arriver à nous, puisque la construction européenne est un premier stade. Le deuxième stade, qui a commencé, même si personne n'est au courant.... Mais le Parlement européen l'a voté. C'est de passer au grand marché transatlantique qui est le moment où les États-Unis vont mettre définitivement la main sur le continent européen, de la même façon.

Donc nous voici maintenant arrivés en 1950 avec Robert Schuman, qui est ici dans le salon de l'Horloge au Quai d'Orsay et qui fait cette fameuse déclaration du 9 mai 1950 dont on est priés de considérer en France que c'est une formidable déclaration, que c'est un coup de génie. On fête l'Europe – vous savez – le 9 mai. C'est la déclaration Schuman. Dans cette déclaration Schuman... Alors je renvoie ceux qui sont intéressés à un dossier que j'ai mis en ligne sur notre site : « upr.fr » où je décortique qui était Robert Schuman, qui était en fait un homme très conservateur d'origine qui a eu un comportement extrêmement trouble sous l'Occupation. Il était né en Allemagne.

Il était né allemand, avant la Première Guerre mondiale. Sous l'Occupation, il a eu un rôle extrêmement trouble. Je vais y revenir dans un instant. Et ensuite, il a été 14 fois ministre sous la IVe République. Donc c'était pendant qu'il était ministre des Affaires étrangères qu'il a fait cette déclaration, dont vous verrez – si vous lisez mon dossier – qu'en fait, ça n'est pas du tout lui qui l'a écrite ni même inventée. Il n'a été qu'un porte-parole d'une déclaration qui a été conçue, écrite, rédigée au département d'État américain dans les services de Dean Acheson, et qui lui a été transmise par Jean Monnet. Donc que dit Robert Schuman ?

« L'Europe ne se fera pas d'un coup, ni dans une construction d'ensemble. Elle se fera par des réalisations concrètes créant d'abord une solidarité de fait. La mise en commun des productions de charbon et d'acier assurera immédiatement l'é tablissement de bases communes de développement économique, première étape de la Fédération européenne ». Ce qui est très intéressant dans cette déclaration dite Schuman du 9 mai 1950, c'est de la mettre en regard de la déclaration Sherman, dont je vous ai parlé tout à l'heure, de 1888 du sénateur républicain de l'Ohio.

Parce que ce qui est intéressant, c'est que nous avons non seulement la même idée sous-jacente, mais pratiquement même la même musicalité de la phrase. Entre 1888 et 1950, il s'est écoulé 62 ans, à croire que c'est la même plume qui a tenu les deux discours. « Je veux que le Canada fasse partie des États-Unis. L'union avec le Canada ne se fera pas en adoptant des lois hostiles mais plutôt en lui faisant des propositions amicales » : déclaration Sherman. « L'Europe ne se fera pas d'un coup, ni dans une construction d'ensemble. Elle se fera par des réalisations concrètes, créant d'abord une solidarité de fait » : déclaration Schuman.

« La seule politique de notre gouvernement est d'offrir au Canada la liberté des échanges commerciaux et de lui faire cette proposition de façon fraternelle, afin que le peuple canadien y voie une invitation à faire partie de notre République » : déclaration Sherman, 1888. « La mise en commun des productions de charbon et d'acier assurera immédiatement l'établissement de bases communes de développement économique, première étape de la Fédération européenne » : déclaration Schuman de 1950. En d'autres termes, la méthode dite Monnet-Schuman... Vous savez, du berceau à la tombe, en France, il paraît qu'il faut être extatique devant le génie prétendu de Jean Monnet et de Robert Schuman.

Ils ont droit à des collèges, à des avenues, à des places, des rues, des boulevards. Ils ont droit à une commémoration constante. En réalité, ça n'était qu'un simple plagiat. Plus exactement, ce n'étaient que des commanditaires – je vais en parler tout de suite –, puisque cette méthode Monnet-Schuman est exactement la méthode inventée et mise au point par les États-Unis après 1812, après l'échec – n'est-ce pas – du conflit avec le Canada, quand ils ont inventé ce nouveau type de guerre par l'intermédiaire du libre-échange. Alors tout cela m'amène à vous parler de cette révélation capitale qui a été cachée aux Français.

Que, d'ailleurs, les Français des années 1950 – du moins ceux qui écoutaient le Parti communiste à l'époque – savaient très bien puisque le Parti communiste développait des idées qui ne sont pas totalement, en l'espèce, sans rapport avec celles que je présente. Le Parti communiste français expliquait aux Français, dans les années 50, que la construction européenne était en fait une invention américaine. Le Parti communiste français n'existe plus. Ça n'est plus qu'un... Ça n'a plus rien à voir avec ce que c'était.

Mais il n'en demeure pas moins que le Parti communiste français des années 50 qui, lui, avait les analyses géopolitiques et stratégiques venues de Moscou expliquait très bien ce qu'était la construction européenne. Il se retrouvait d'ailleurs parfaitement avec la pensée de De Gaulle et les gaullistes dans les années 50 pour dénoncer cette mainmise. Donc en fait, je ne fais presque qu'enfoncer des portes ouvertes pour des gens qui ont plus de 60 ou 70 ans actuellement.

Mais malheureusement, pour tous les Français qui sont nés – disons – à partir de 1955 ou 1960, et à fortiori ceux qui sont nés après 1975 ou 1980 ou 1990, eh bien on ne leur a jamais dit la vérité, pourtant révélée de façon irréfutable, désormais, par cette révélation cachée aux Français dans un article du Daily Telegraph du 19 septembre 2000. C'est quoi le Daily Telegraph ? C'est un des plus grands journaux du monde. Un des journaux les plus sérieux. C'est « the Britain's biggest-selling quality daily ». Ça veut dire « le quotidien de qualité le plus vendu au Royaume-Uni ». Vous savez que les Britanniques lisent beaucoup la presse. C'est pas du tout un tabloïd.

C'est pas de la presse de caniveau, comme on dit. C'est un journal conservateur eurocritique qui a une qualité reconnue à peu près à l'égal du Times. Et donc dans ce numéro du 19 septembre 2000, le journaliste Ambrose Evans-Pritchard – qui est un des journalistes les plus célèbres du Royaume-Uni – a fait un article sensationnel puisqu'il est allé mettre son nez dans les documents « confidentiel défense », « secret d'État » du gouvernement américain qui ont été déclassifiés par l'administration américaine à l'été 2000, puisqu'il y a des lois de déclassification des documents « secret défense » qui imposent au gouvernement américain de publier au bout de 30 ans des documents secrets.

Alors que dans d'autres pays, comme en France, il faut attendre 50, 70 ans, voire 100 ans. Et donc il est allé faire un constat dont voici une traduction... Pour ceux qui sont intéressés, je les renvoie sur notre site où il y a le texte – en intégralité – de cet article. Donc qu'a dit Ambrose Evans-Pritchard ? « Des documents secrets du gouvernement américain qui viennent d'être déclassifiés montrent que la communauté des services secrets américains a mené une campagne tout au long des années 50 et 60 afin de promouvoir l'unification européenne.

Les dirigeants du Mouvement européen : Retinger, le visionnaire Robert Schuman et l'ancien Premier ministre belge Paul-Henri Spaak étaient tous traités comme des employés par leurs parrains américains. Le rôle des États-Unis fut camouflé comme pour une opération secrète. L'argent de l'ACUE », A - C - U - E. C'est un acronyme pour American Committee on United Europe : comité américain pour une Europe unie, ce qui est déjà tout un programme en soi.

« provenait des fondations Ford et Rockefeller » : c'est-à-dire des fondations privées, parce que les interventions des services secrets américains comme la CIA transitent souvent sous des faux noms ou des paravents privés comme les fondations Ford et Rockefeller. De nos jours, il y a toujours Ford et Rockefeller mais il y a aussi IBM, Microsoft, PricewaterhouseCoopers, Boeing ou UPS, etc., etc., qui sont des sociétés écran qui permettent de donner...

Par exemple de faire des fondations qui donnent de l'argent à tel ou tel club de réflexion pro-européen – j'en parlerai tout à l'heure – mais qui sont en réalité – en partie en tout cas – en parfaite connivence avec les services d'influence américains. Donc : « L'argent de l'ACUE provenait des fondations Ford et Rockefeller, aussi bien que de milieux d'affaires ayant des liens étroits avec le gouvernement américain. Le département d'État jouait aussi un rôle.

Une note émanant de la Direction Europe » – donc du ministère des Affaires étrangères américain – « datée du 11 juin 1965 conseille au vice-président de la Communauté économique européenne à l'époque, qui s'appelle Robert Marjolin, de poursuivre de façon subreptice », camouflée, « l'objectif d'une union monétaire », d'une union monétaire européenne. C'est très important à comprendre. Excusez-moi de... Ce sont des informations sensationnelles. L'euro, notre monnaie commune européenne, n'a pas du tout été une invention française ou franco-allemande ou même européenne. Ça fait depuis 1965, ça fait 47 ans que les États-Unis ont conseillé à la CEE de créer une union monétaire européenne.

Et cette note recommande, je cite... Je cite non seulement l'article, mais l'article cite lui-même la note en question. Cette note recommande d'empêcher tout débat jusqu'au moment où l'adoption de telles propositions deviendrait virtuellement inévitable. C'est fascinant : « empêcher tout débat ». Vous vous rappelez, c'était exactement le terme même utilisé par l'agent secret Isaac Andrews en 1854 quand il faisait rapport au département d'État. « J'ai empêché tout débat ». Donc la constante de cette stratégie de domination américaine, on la voit ici éclater. Elle prend tout son relief avec la mise en perspective historique que je viens de faire sous vos yeux. Nous en sommes là, d'ailleurs.

Nous sommes dans une période de notre histoire où la France fait donc l'objet – et nous allons le voir maintenant – de cette stratégie américaine, de cette guerre permanente et inconnue que Mitterrand a découverte. Et nous sommes dans cette situation que nous avons l'interdiction d'avoir des vrais débats. Tous les vrais débats sont empêchés. Et on va voir comment. Alors maintenant, nous savons à quoi nous en tenir sur les pères fondateurs de la belle idée européenne, comme on dit. Robert Schuman, qui est considéré comme un très grand homme... En réalité, je me permets de rappeler qu'il a voté les pleins pouvoirs à Pétain et la fin de la IIIe République. Il était député.

À Vichy, il a voté les pleins pouvoirs, quand même ! Alors que ça ne fait jamais partie de son historiographie habituelle que l'on cite dans les préaux des écoles. Deuxièmement, il a été membre du premier gouvernement Pétain à Vichy. À la Libération, d'ailleurs, les gens lui ont quand même demandé des comptes. Il a fait savoir qu'il n'était pas au courant. Il n'était pas au courant qu'il était membre du gouvernement. Ensuite, il a été le premier membre d'un gouvernement à aller rencontrer les autorités nazies à Metz. On ne sait pas, d'ailleurs, ce qu'il y a dit. Après ça, il a été – il est vrai – emprisonné par les nazis parce qu'il a fait acte de... Pfff. On ne sait pas très bien quoi.

Enfin en tout cas, il s'est échappé. Et il a passé le reste de la Seconde Guerre mondiale dans des couvents. À la Libération, il a été menacé d'indignité nationale puisque les communistes d'un côté, les gaullistes de l'autre voulaient sa peau, parce qu'ils savaient que c'était un type qui – en tout cas, c'est la réputation qu'il avait à l'époque – était un collabo. Sauf qu'à l'époque, c'est la période de l'épuration et De Gaulle souhaitait qu'on calme les plaies et que l'on n'entretienne pas un climat de guerre civile en France. Il le souhaitait d'autant plus que Pie XII et le Vatican étaient intervenus en faveur de Robert Schuman qui était proche des partis politiques démocrates-chrétiens.

Et donc De Gaulle lui a évité cette indignité nationale qui l'aurait empêché de poursuivre une carrière politique. Il en a d'ailleurs parfaitement profité. Je vous renvoie à mon dossier sur notre site puisqu'il a été 14 fois ministre (10 fois des Affaires étrangères, 4 fois d'autre chose) sous la IVe République, ce qui montre qu'il avait un talent particulier pour jouer les anguilles. Et c'est lui qui a – paraît-il – eu ce coup de génie de la déclaration Schuman du 9 mai 1950. Je vous renvoie à mon dossier pour que vous découvriez pourquoi tout cela est un conte de fées. Ce n'est évidemment pas lui qui a eu cette idée.

En tout cas, nous savons maintenant de façon sûre et certaine, depuis le 19 septembre 2000, qu'il était traité comme un employé par ses agents américains. Donc en fait financé par la CIA. Quant à Jean Monnet, il a passé toute la Seconde Guerre mondiale aux États-Unis. Il a été le délégué de Roosevelt auprès du général Giraud à Alger pour tenter de barrer la route à De Gaulle et favoriser les anciens vichystes ralliés aux Alliés, puisque c'est un des grands épisodes de la Seconde Guerre mondiale que les gens ne connaissent pas, que nos compatriotes jeunes ne connaissent pas. C'est que Roosevelt et les Américains voulaient maintenir Pétain et Laval à la tête de la France à la Libération.

Et que progressivement, ils ont été obligés de changer de pied. Après Pétain, Laval, ils se sont rabattus sur Darland. La résistance française a abattu Darland à Alger. Ensuite, ils se sont rabattus sur Giraud qui était un ancien pétainiste. Mais tout, tout sauf De Gaulle ! Puisque De Gaulle, c'était l'indépendance nationale alors que les États-Unis voulaient mettre la main sur la France à la Libération. Je rappelle d'ailleurs que les Américains ont maintenu une ambassade à Vichy jusqu'en novembre 1942, c'est-à-dire pratiquement un an après qu'ils fussent entrés en guerre eux-mêmes contre le Japon après Pearl Harbor, qui date du 7 décembre 1941.

Donc après qu'ils fussent entrés en guerre avec l'Allemagne et les puissances de l'Axe. Ça veut donc dire que les États-Unis ont refusé de reconnaître la France libre jusqu'en 1944. En tout cas, De Gaulle disait de Jean Monnet que c'était « un malade avant tout soucieux de servir les Américains ». C'est dans le livre « C'était De Gaulle » de Peyrefitte, tome 2, page 214. Alors nous savons maintenant aussi que Paul-Henri Spaak, ancien Premier ministre belge, était financé par la CIA, que le Mouvement européen était financé par la CIA, du moins jusqu'au 31 décembre 1969.

Je vous signale que le Mouvement européen continue d'exister, qu'il a appelé à voter « oui » à la Constitution européenne, « oui » au traité de Maastricht, qu'il s'est réjoui de l'adoption du traité de Lisbonne – qui est une félonie – alors que 55% des Français ont voté « non ». Et que ce Mouvement européen a été vice-présidé – pour sa filiale française, si j'ose dire – pendant plusieurs années par Daniel Cohn-Bendit. Alors il n'y a pas besoin d'aller chercher, finalement, midi à quatorze heures et d'aller regarder tant de documents « confidentiel défense » pour se convaincre de l'irréfutabilité des analyses que je fais. Ce ne sont pas... Et je sais que certains vont dire : « Ah !

C'est du conspirationnisme ! ». Ce n'est pas du conspirationnisme. Tout ce que je dis est sourcé, cité. Les références, tout le monde peut aller les voir. Mais en plus de ça, les évènements les plus récents, les déclarations plus ou moins récentes le confirment. Par exemple, qui a eu le premier l'idée d'une Constitution européenne ?

Qui a dit : « Rien ne pourrait nous être plus agréable que d'apprendre que les États d'Europe occidentale ont décidé de réunir dans une ville d'Europe – disons à Luxembourg – des délégués responsables, avec le mandat de rédiger l'acte constitutionnel de l'Europe, de désigner la capitale, et qu'à partir du 1e janvier, l'Europe occidentale fonctionnera comme fédération » ? Alors certains vont dire : « Mais c'est Adenauer, Paul-Henri Spaak, De Gaulle, etc. ». Eh bien non ! La réponse, c'est le général Dwight Eisenhower, américain, qui était commandant suprême des forces de l'Organisation du traité de l'Atlantique nord (OTAN) en Europe. En 1951, cette déclaration...

Avant d'être élu en 1952 président des États-Unis d'Amérique. Ceux d'entre vous qui veulent vérifier mes dires devront se reporter au magazine Paris Match n°136 du 27 octobre 1951, page 18. Ça n'est pas difficile de le trouver. Il suffit d'aller sur eBay – je fais de la publicité gratuite – et de taper : « Paris Match 136, 27 octobre 1951 ». Il y en a toujours en vente. Alors achetez-en et reportez-vous page 18. Mais de toute façon, nous avons aussi les scans de cette interview. Et dans cette interview, le général en chef des armées américaines en Europe dit : « Aucune décision ne pourrait mieux nous aider dans la tâche que nous poursuivons ».

De la même façon, qui demande fermement l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne (UE) ? Qui a dit : « Je suis ferme dans mon soutien à la candidature de la Turquie. Je crois très fermement que l'une des quatre ou cinq questions pour cette partie du monde est de savoir si la Turquie deviendra un partenaire de plein droit de l'UE » ? La personne qui a dit ça, c'est pas du tout un européen. Il s'agit du président des États-Unis William Clinton – Bill Clinton pour les médias – dans une conférence de presse à Ankara, capitale turque, le 15 novembre 1999, à l'issue de son entretien avec le président Süleyman Demirel que l'on voit ici, qui est décédé depuis lors.

Pour ceux qui seraient comme Saint-Thomas, je les renvoie à la dépêche de l'agence France-Presse du 15 novembre 1999 de 15h35. Et Bill Clinton disant : « Je continuerai à m'en faire l'avocat ». C'est d'ailleurs une photo qui a été prise lors de l'entretien à l'issue duquel Clinton a fait cette déclaration. Alors j'insiste sur un aspect quand même très important aussi. C'est que lorsque le président des États-Unis exige que la Turquie entre dans l'UE, il ne se trouve aucun État de l'UE pour protester, pour rappeler son ambassadeur à Washington. C'est ce qu'on fait en général. On rappelle son ambassadeur pour consultation, pour montrer un désaccord fondamental avec un État.

Est-ce qu'on imagine d'ailleurs la réaction qui serait celle de Washington si, par exemple, le président de la République française ou le président du Conseil italien se rendait par exemple à Caracas ou à Mexico et disait : « Je suis ferme dans mon soutien. Je veux que le Mexique entre dans les États-Unis d'Amérique ». Évidemment, aussitôt, Washington ferait un scandale mondial, rappellerait son ambassadeur à Paris ou à Rome ou à Madrid en disant que c'est une ingérence grossière dans les affaires intérieures des États-Unis. Il ne s'est trouvé aucun État d'Europe pour ne serait-ce même que protester face à ce type de déclaration.

On voit d'ailleurs au passage que ce sont les États-Unis qui exigent l'entrée de la Turquie. Et nous expliquerons tout à l'heure pourquoi les États-Unis veulent faire entrer la Turquie dans l'UE, parce que les Français ne comprennent pas. Ils ne comprennent absolument pas pourquoi la Turquie devrait entrer. Qui a invité officiellement l'ensemble des pays de la Baltique à la mer Noire – c'est-à-dire tous les pays de l'Est – à rejoindre l'OTAN et l'UE ?

Qui est-ce qui a dit : « Toutes les nouvelles démocraties de l'Europe, de la Baltique à la mer Noire et toutes celles qui se trouvent situées entre les deux doivent avoir la même chance pour la sécurité et la liberté, et la même chance de rejoindre les institutions européennes. Toutes les nations devraient comprendre qu'il n'y a aucun conflit entre l'appartenance à l'OTAN et l'appartenance à l'UE » ? Normalement, si l'UE avait un peu de sens, c'est une déclaration qui aurait peut-être pu être faite par le président de la République française, le chancelier d'Allemagne ou je ne sais pas quoi. Pas du tout. La personne qui a fait cette déclaration, c'est le président américain George W.

Bush – président des États-Unis – dans son discours à l'université de Varsovie, le 15 juin 2001. Et d'ailleurs, insistant en disant : « Nous faisons bon accueil à une Europe vraiment unie ». Donc si nous avons procédé à l'élargissement des pays de l'Est très rapidement... 10 pays nouveaux d'un coup en (NDLR : 2004) et 2 autres nouveaux pays en 2007 : la Bulgarie et la Roumanie, c'est parce que les États-Unis l'ont exigé. Qui a appelé les Français à voter « oui » à la Constitution européenne en 2005 ? Qui a dit : « Nous avons fermement soutenu le projet européen, son achèvement, ainsi que l'UE. De notre point de vue, la poursuite du succès de la construction européenne est importante » ?

Eh bien la réponse : il s'agit de Mme Condoleeza Rice, qui était secrétaire d'État américaine, donc ministre des Affaires étrangères américaine, interrogée sur le référendum en France. Elle a piétiné tous les usages diplomatiques, puisqu'elle a fait cette déclaration qui est une ingérence grossière dans les affaires intérieures françaises. Et elle l'a faite, de surcroît, alors qu'elle était en visite en Lituanie. C'était le 21 avril 2005, à l'issue d'un entretien avec le président lituanien M. Adamkus.

Donc on voit bien que dans tous les cas de figure, ce sont bien les États-Unis qui définissent quel doit être le périmètre de l'UE, qui font entrer des pays qu'ils estiment devoir faire entrer, etc., etc. Alors on en vient à la deuxième question bête : mais pourquoi donc les États-Unis d'Amérique poussent-ils tellement à la construction européenne ? Parce que, nom d'une pipe, quand je suis à l'école, quand je suis au collège, au lycée, quand j'écoute la télévision, la radio, quand je lis les journaux, quand je lis les professions de foi des uns et des autres, quand j'écoute les hommes et femmes politiques français, je suis convaincu d'une chose.

C'est que la construction européenne – paraît-il – a vocation à faire contrepoids aux États-Unis. Alors si ce que l'on me dit depuis que je suis né est vrai, mais comment se fait-il que les États-Unis poussent tellement à une construction dont l'objectif serait de leur nuire ? Ça n'a pas de sens. Or, comme il est incontestable que ce sont les États-Unis qui poussent à la construction européenne, il y a une seule conclusion logique à en tirer. C'est que ce que l'on vous dit est un mensonge. Et que si les États-Unis poussent à la construction européenne, c'est évidemment que ça les sert. Et que la construction européenne n'a donc pas vocation à leur faire contrepoids.

Sinon, tout ce que je viens de vous dire, toutes ces citations, toutes ces actions des États-Unis n'ont aucun sens. Alors pour comprendre pourquoi les États-Unis poussent à la construction européenne, eh bien il faut regarder un petit peu la stratégie. Et en particulier le stratagème des chaînes, qui est une invention chinoise qui a été étudiée dans toutes les écoles de guerre du monde, y compris aux États-Unis. Les Chinois sont des spécialistes de l'art de la guerre. Vous connaissez l'ouvrage de Sun Zi. Sun Zi qui vivait en -500 et qui a laissé un ouvrage sur la guerre qui est resté très célèbre, très fine analyse avec des préceptes stratégiques qui sont encore étudiés 2 500 ans après.

Mais il y a un autre ouvrage très intéressant qui s'appelle « Les 36 stratagèmes, manuel secret de l'art de la guerre ». On ne sait pas qui l'a écrit. On sait que ça a paru sous la dynastie Ming, c'est-à-dire aux alentours du XVe siècle après Jésus-Christ. C'est en fait le recueil de ruses de guerre qui ont été élaborées au cours des siècles et des millénaires, puisque vous savez que l'histoire chinoise remonte à très très ancien. Ça commence à -2000, -2500. Dans ces stratagèmes, qui sont en partie fondés sur le Yi King : le livre des transformations... Il y en a donc 36. Et celui qu'il est intéressant d'étudier, c'est celui-ci, qui est : « Lián huán jì ».

Lián huán jì, c'est le stratagème des chaînes. C'est le 35e des 36 stratagèmes classiques de l'art chinois de la guerre, définis sous la dynastie Ming. Et que dit ce stratagème ? Eh bien il dit qu'il consiste à pousser un ennemi à s'entraver lui-même – à s'entraver lui-même ! – dans des liens absurdes et autobloquants qui vont lui ôter toute mobilité stratégique et tactique et qui vont l'empêcher de pouvoir se défendre. Alors il y a un exemple qui est expliqué dans l'une des éditions de ces 36 stratagèmes, qui est l'exemple suivant. Nous sommes à l'époque des royaumes combattants.

Et donc il y a deux armées qui sont sur le Yang – c'est un des grands fleuves chinois – qui doivent se battre avec des navires quelques jours après. Et dans le premier camp, le général fait venir l'un de ses conseillers. Et le conseiller lui dit : « Je propose que nous mettions en œuvre le stratagème des chaînes ». Le général dit : « D'accord ». En quoi ça consiste ? Eh bien ce conseiller du camp A va se déguiser en paysan et va aller voir le camp B qui est plusieurs kilomètres en aval sur le fleuve. Il va voir le général comme si de rien n'était. C'est-à-dire il joue les espions. Et le général le reçoit et comme il voit ce paysan qui a l'air assez malin, il lui montre son armada.

Donc le paysan fait semblant d'être très impressionné. « Oh là là ! Vraiment formidable ! ». Et à ce moment-là, l'espion prend un air ennuyé, que le général du camp B note. Il dit : « Qu'est-ce qu'il y a qui ne va pas ? ». Et cet espion fait semblant d'être ennuyé en disant : « Écoutez. Tout va très bien. Je vois que vous avez une armée formidable. Simplement, il y a un petit problème. C'est que je trouve que vos navires tanguent beaucoup sur les flots du Yangtsé.

Et moi, si j'avais un conseil, je serais un peu inquiet parce que je crains qu'à cause de ce roulis et de ce tangage, vos marins, vos guerriers ne soient malades pendant toute la nuit et pour livrer bataille demain, qu'ils ne soient pas en état de livrer bataille face à l'armée adverse ». À ce moment-là, le général tombe dans le panneau et dit : « Ah bah oui ! Ça, je n'y avais pas pensé. Mais comment pourrais-je faire ? ». Et l'espion lui dit : « Oh. Moi, j'ai une idée. Mais bon, vous savez... Faites-en ce que vous voulez ». Alors il attire l'attention du général en question, qui le presse en disant : « Qu'est-ce que vous avez comme idée ? ». Et l'espion lui dit : « Voilà !

Moi, je vous suggère une idée. C'est que tous les navires de votre flotte, vous les mettiez tous côte à côte et que vous les ligotiez les uns avec les autres par des chaînes. Comme ils seront tous ligotés les uns aux autres avec des chaînes, ça va faire quelque chose de beaucoup plus stable. Et donc vos guerriers vont pouvoir bien dormir cette nuit. Ils seront frais et dispos pour mener bataille demain. Le général dit : « Quelle idée extraordinaire ! ». Je fais appliquer ça tout de suite. Et donc il décide en effet de ligoter tous les navires les uns à côté des autres par des chaînes puissantes pour stabiliser l'ensemble et que, donc, ces marins et ces guerriers puissent bien dormir.

Et le général dit : « Qu'est-ce que je peux faire pour vous remercier ? ». Le faux paysan dit : « Non, non. Rien du tout. Vous savez, moi... C'était simplement une idée de bon sens ». Et puis il s'en va et il regagne le camp n°A dont il émanait. Et il dit au général : « Ça y est. Le stratagème a marché ». Et que fait à ce moment-là le général ? Eh bien il part avec son armée et il va attaquer les navires. Et comme les navires sont tous ligotés les uns aux autres, ils ont perdu toute mobilité stratégique. Et donc on leur envoie du feu, etc. Et ils ne peuvent pas se défendre, parce qu'ils ont perdu toute mobilité. Et l'armée est complètement détruite.

Voilà l'illustration qu'il y a dans l'une des éditions de ce stratagème des chaînes. Alors c'est un stratagème qui est étudié dans toutes les écoles de guerre. Eh bien c'est son illustration que les Américains ont appliqué à la construction européenne. L'invention de la construction européenne, c'est le stratagème des chaînes. Alors il y a une autre façon de présenter les choses, pour vous présenter de façon plus moderne... Le propriétaire d'une maison individuelle est seul maître chez lui. Lorsqu'il veut repeindre ses volets et changer sa toiture, repeindre – par exemple – l'entrée en couleur bleu lavande, il le fait s'il veut, quand il veut.

Il suffit qu'il ait la volonté, qu'il ait l'argent pour se payer la peinture. Si maintenant, au lieu d'être propriétaire de sa maison individuelle, il est propriétaire d'un appartement dans une copropriété de 6 appartements, alors certes, il peut chez lui changer la couleur dans son appartement. Mais il ne peut plus changer les volets. Il ne peut plus changer la toiture. Il ne peut plus changer la couleur de la cage d'escalier parce qu'il lui faut obtenir l'autorisation des 5 autres copropriétaires. Donc déjà, les choses vont devenir beaucoup plus compliquées. Il va falloir obtenir l'autorisation des 5 autres.

Or, l'être humain étant ce qu'il est, et les Français étant ce qu'ils sont, d'ailleurs, il est bien rare de s'entendre merveilleusement bien avec ses 5 voisins, surtout lorsqu'il s'agit de choisir une couleur, par exemple. Et donc tout va devenir beaucoup plus lent, beaucoup plus compliqué. Et on va se tourner vers le syndic, qui n'habite pas dans l'immeuble et qui est celui qui va trancher les conflits à l'intérieur de l'immeuble. Mais si maintenant, au lieu d'être dans une copropriété avec 6 copropriétaires, on est dans une copropriété avec 27 copropriétaires dans un immeuble, à ce moment-là, plus personne ne décide de rien. Parce que c'est tellement compliqué...

D'ailleurs, les gens ne se connaissent pas. La personne qui habite au 3e, par exemple, connaîtrait bien des amis qui sont à 500 mètres, des parents qui peuvent être même – je ne sais pas – expatriés, un frère expatrié au Japon ou en Australie. Donc elle a des liens avec des personnes situées parfois très loin. Mais en revanche, il peut très bien ne pas du tout connaître le propriétaire du 15e étage. Il n'y a plus aucun lien. Et donc dans ces conditions, c'est le syndic extérieur qui décide de tout. Allons voir comment ça marche pour bien comprendre. Vous avez compris que la métaphore que je présente devant vous... La maison individuelle, c'est un pays indépendant et souverain.

La copropriété avec 6 appartements, c'est l'Europe des 6. Et la copropriété avec 27 appartements, c'est l'Europe à 27. Notez d'ailleurs le génie de la langue française. Dans les années 60, on disait « l'Europe des 6 ». Et maintenant, on dit « l'Europe à 27 ». C'est-à-dire qu'inconsciemment, dans notre inconscient collectif, quand on disait « l'Europe des 6 », c'était une Europe qui émanait de nous. « Des 6 », ça voulait dire qu'on avait le sentiment d'être encore un peu ceux qui voulaient cette affaire. Maintenant, quand on dit « l'Europe à 27 », c'est que c'est un truc qui dépasse la volonté de qui que ce soit. Pour bien comprendre comment ça marche...

Parce que je crois que c'est vraiment important. On est au cœur – au cœur – de l'explication de pourquoi ça ne marche pas, l'Europe, et pourquoi ça ne peut pas marcher. Ça a été conçu par les Américains pour que ça ne puisse pas marcher. Eh bien il suffit de prendre cet exemple d'un grand ensemble de 27 copropriétaires. Plus il y a de monde, plus les intérêts contradictoires se multiplient et plus cela bloque toute décision. Un immeuble à 27... Le propriétaire du rez-de-chaussée veut que l'on change la porte d'entrée qui refroidit le hall, parce que ça le concerne directement. Il habite au rez-de-chaussée. Mais ça, ce sont des travaux. Ça va coûter de l'argent.

Or, les propriétaires des étages supérieurs s'en contrefichent. Ils n'ont pas envie de dépenser leur argent pour changer la porte d'entrée qui refroidit le hall. Quand on habite au 6e, on a envie de dépenser son argent à tout autre chose. Le propriétaire du 2e étage, lui, se plaint des odeurs du vide-ordures qui remontent, mais qui ne concernent pas les habitants des 6e, 7e ou 8e étages. Le propriétaire du 4e étage a des problèmes de canalisation qui ne concernent que lui. Les propriétaires des étages supérieurs, eux, ils veulent rénover l'ascenseur. Évidemment, parce qu'ils l'utilisent constamment.

Mais en revanche, pour le coup, c'est les propriétaires du rez-de-chaussée et du 1e étage qui ne veulent pas dépenser leur argent pour rénover l'ascenseur puisqu'ils ne l'utilisent pas. Et puis vous avez le propriétaire du dernier étage qui veut que l'on rénove toute la terrasse parce qu'il a des infiltrations d'eau dans son salon. Mais ça, tous les autres copropriétaires s'en fichent. Ça va leur coûter très très cher. Ils s'en fichent éperdument que le propriétaire du dernier étage ait des infiltrations d'eau dans son salon. L'argent à dépenser, ils préfèrent le garder pour eux, par exemple pour aller passer une semaine aux Antilles.

On voit donc dans ces conditions où personne n'est d'accord – eh bien – qu'il y a nécessité de mettre tout le monde d'accord. C'est le syndic extérieur à l'immeuble qui doit tout trancher et qui va décider de tout. Alors si vous avez bien compris ça, à la limite, je pourrais arrêter ma conférence parce que vous avez compris le piège de la construction européenne conçu par les Américains, parce que vous avez compris toute la géopolitique dans laquelle nous sommes englués. Remplaçons l'immeuble à 27 par une UE à 27, la France comme propriétaire du 1e étage.

La France, elle veut une monnaie commune pas trop forte parce que la compétitivité de l'économie française n'est pas la même que la compétitivité de l'économie allemande, par exemple. La France, elle veut une Europe française. La France, elle veut une Europe qui protège les acquis sociaux. La France, elle veut une Europe sociale. Elle veut une Europe agricole. La France, elle veut une Europe où l'on parle le français. La France, elle veut une Europe qui s'oppose à l'hégémonie américaine. La France, elle veut une Europe qui coopère avec les pays en voie de développement du Sud. Ça, c'est ce que veut la France. Et beaucoup de Français se disent : « Moi, c'est ça, l'Europe que je veux ».

Presque tous, d'ailleurs. Vous avez tous les responsables politiques qui viennent vous dire : « Moi, je veux une Europe sociale. Moi, je veux une Europe qui fasse contrepoids aux États-Unis ». Ça, c'est tout ce qu'ils viennent vous dire à vous. Mais c'est pas à vous qu'ils devraient dire ça. C'est aux autres peuples. Mais les autres peuples, eux, la veulent tout à fait différemment. Le Royaume-Uni veut démanteler la politique agricole commune. Le Royaume-Uni veut une alliance étroite avec les États-Unis dans tous les domaines. Le Royaume-Uni veut être encore plus proche des États-Unis que ça n'est actuellement.

L'Allemagne, pour son compte, veut une monnaie forte, parce qu'elle a la hantise – c'est d'ailleurs la raison pour laquelle l'euro finira bien par exploser – de la réédition du scénario de 1923. Ils constatent qu'ils ne peuvent pas avoir la même monnaie que la Grèce, que l'Italie, que l'Espagne. Ils le constatent en ce moment. Ils veulent sortir de l'euro. Ce sont les États-Unis qui les empêchent puisque, comme je le rappelais tout à l'heure, ce sont les États-Unis qui – depuis 1965 – ont exigé qu'il y ait cette monnaie européenne. Vous avez les pays de l'Est : l'Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la Pologne, la Tchéquie, la Hongrie, la Slovaquie, la Roumanie...

Tous ces pays de l'Est veulent la protection militaire américaine. Ils veulent la protection militaire américaine contre la menace russe, parce qu'ils ont peur des Russes. Et on peut les comprendre. Ils ont été pendant plusieurs décennies sous la tutelle de l'Union soviétique. Ils veulent également... D'ailleurs, si nous étions polonais... Pensons aux Polonais. Pendant plusieurs fois au cours de leur histoire, leur pays a été divisé entre l'Allemagne et la Russie. Ils ont donc envie d'avoir des protecteurs. Et jusqu'en 1940, ils comptaient sur la protection du Royaume-Uni et de la France.

Puis lorsque Hitler a envahi la Pologne, eh bien nous, nous sommes à ce moment-là intervenus – comme vous le savez – pour défendre la Pologne. Mais comme vous le savez aussi, nous avons été écrabouillés. Donc depuis cette époque, les Polonais ont constaté que les Français et les Anglais ne pouvaient plus les protéger. Ils veulent donc le parapluie militaire américain. Par ailleurs, ils refusent tous une harmonisation sociale et fiscale avec les pays riches de l'Ouest pour mieux les concurrencer. Et puis ajoutons que le Luxembourg refuse la lutte contre les paradis fiscaux puisque, lui, c'est là-dessus qu'il fonde sa richesse.

Ajoutons que Malte, Chypre et la Grèce ne veulent pas de mesures trop contraignantes contre la pollution maritime puisque les grands armateurs – vous savez – qui ont des navires avec des pavillons de complaisance du Liberia, du Panama, du Vanuatu, eh bien ce sont justement des armateurs grecs, chypriotes, maltais. Nous avons donc exactement la même situation au niveau géopolitique que la situation que je montrais plaisamment au niveau de particuliers dans un même immeuble. Et de la même façon que pour un immeuble, tout ça est réglé par un syndic extérieur, il faut donc un syndic extérieur à l'Europe à 27 qui va décider de tout. Alors la question tombe sous le sens.

Qui est le syndic extérieur à l'Europe à 27 qui a le pouvoir... ? Quelle est la puissance qui a tellement de pouvoir qu'elle peut imposer à l'Europe qui ne s'entend en rien une politique parce qu'il y aura une majorité d'États qui se rangeront à son avis ? Poser la question, c'est y répondre. Il y a quelqu'un qui y avait déjà répondu... Dès le 15 mai 1962. C'était le président de la République française. C'était Charles de Gaulle. Donc De Gaulle nous dit ceci dans sa conférence de presse du 15 mai 1962 : « On nous dit : « Fondons ensemble les 6 États dans une entité supranationale » ». Remarquez bien qu'à l'époque, il s'agissait encore de l'Europe des 6, tout à fait embryonnaire.

« Ainsi, ce sera très simple et très pratique. Ce sont des idées qui peuvent peut-être charmer quelques esprits. Mais je ne vois pas du tout comment on pourrait les réaliser pratiquement, quand bien même on aurait 6 signatures au bas d'un papier. Il est vrai que dans cette Europe intégrée, comme on dit, il n'y aurait peut-être pas de politique du tout. Cela simplifierait beaucoup les choses. En effet, dès lors qu'il n'y aurait pas de France, pas d'Europe, qu'il n'y aurait pas une politique, faute qu'on puisse en imposer une à chacun des 6 États, on s'abstiendrait d'en faire ». On s'abstiendrait de faire une politique européenne.

« Mais alors peut-être ce monde se mettrait-il à la suite de quelqu'un du dehors qui, lui, en aurait une », de politique. « Il y aurait peut-être un fédérateur mais il ne serait pas européen. Et ce ne serait pas l'Europe intégrée, ce serait tout autre chose de beaucoup plus large et de beaucoup plus étendu avec – je le répète – un fédérateur. Peut-être est-ce cela qui, dans quelque mesure et quelquefois, inspire certains propos de tel ou tel partisan de l'intégration de l'Europe. Alors il vaudrait mieux le dire ». Charles de Gaulle, 15 mai 1962. Quand il parle de fédérateur extérieur qui ne serait pas européen, il dit ce que je viens de vous expliquer quand je parle d'un syndic.

Et quand il dit qu'il ne serait pas européen, tout le monde comprend que c'est les États-Unis d'Amérique qu'il vise. On peut mesurer le génie – quand même, faut le reconnaître – politique et stratégique de De Gaulle. Puisque le 15 mai 1962, c'est l'Europe des 6. Il n'y a encore pratiquement rien qui a été fait. Sauf que De Gaulle, il connaît les anglo-saxons. De Gaulle, il n'a jamais oublié la Seconde Guerre mondiale avec les conférences de Potsdam, de Téhéran, de Yalta où, à chaque fois, lui – le représentant de la France libre – a été mis de côté. Et où Roosevelt et Churchill se sont rencontrés avec Staline pour se partager l'Europe.

Et il sait très bien que l'Europe a été partagée en deux. Et il a très bien compris que la construction européenne – d'ailleurs, à l'époque, dans les années 50 et 60, c'est encore de notoriété publique –, c'est une conception américaine pour mettre la main sur l'Europe de l'Ouest de façon plus subtile que Staline l'avait fait en imposant des démocraties populaires par des coups d'État – comme vous le savez – dans tous les pays de l'Est. Mais ça revient au même. Ça revient à faire des colonies des États-Unis. Il l'a parfaitement compris. Alors il y a un petit problème. Je souligne au passage que cette conférence date du 15 mai 1962, c'est-à-dire un mois après le mois d'avril 1962.

Et en avril 1962, eh bien ce sont les accords d'Évian. C'est-à-dire que De Gaulle est arrivé au pouvoir en mai 1958. Ça n'est pas lui qui a signé le traité de Rome. En 1954, il y a eu une alliance avec les communistes pour faire échouer la CED, la Communauté européenne de défense. Le traité de Rome a été signé le 25 mars 1957 par le gouvernement Félix Gaillard de la IVe République. Lorsque De Gaulle arrive au pouvoir en mai 1958, il y arrive dans un contexte de quasi-guerre civile. Avec ce qui se passe en Algérie... On parle des évènements d'Algérie. C'est en fait une guerre coloniale. C'est en fait une guerre d'indépendance et de libération qui se double d'une guerre civile entre Français.

Donc lui, il ne va pas s'occuper de l'Europe. Il vient d'arriver. D'ailleurs, il n'y a encore rien qui a été fait. De 1958 à avril 1962, il règle la question algérienne. Plus ou moins bien. Ça, c'est une autre affaire. Ça se termine en avril 1962. Et aussitôt, un mois après, il prend à bras-le-corps la question européenne, parce qu'il a compris que c'est la question qui va devenir décisive. Et donc il le souligne. Il y a quelque chose qui est absolument fondamental à comprendre maintenant. C'est que le soir même – il fait cette déclaration, il doit être 16h, 16h30 – à 20h, les (NDLR : cinq) ministres MRP du gouvernement claquent la porte du gouvernement français.

Et De Gaulle, à 20h, se retrouve sans majorité. Parce qu'il y a quelque chose qu'on oublie toujours. C'est que De Gaulle n'était pas un dictateur. De Gaulle était un chef d'État qui avait besoin d'une majorité à l'Assemblée nationale. Or, les députés gaullistes représentaient un tiers des députés, comme les députés de gauche. Et les communistes, notamment, refusaient de soutenir De Gaulle. Ce qui est un crime à l'échelle des temps, parce que les communistes auraient dû soutenir De Gaulle pour des questions de liberté, d'indépendance nationales. Ils ne le faisaient pas. Donc De Gaulle, pour avoir une majorité, était obligé d'avoir recours au MRP, qui était un peu l'équivalent des centristes.

Le MRP, c'était le parti de Robert Schuman. Donc De Gaulle s'est retrouvé devant cette situation shakespearienne d'avoir compris que la construction européenne était une entreprise de vassalisation, de colonisation de la France. Et s'est rendu compte qu'il n'avait pas les moyens politiques d'en sortir. Voilà ce qui explique la politique – difficile à comprendre sinon – de De Gaulle vis-à-vis de l'Europe qui de temps en temps dit une chose et de temps en temps dit son contraire. Et vous avez actuellement des escrocs de la politique qui font croire aux Français que De Gaulle aurait été pour l'Europe. C'est faux ! De Gaulle n'était pas du tout pour l'Europe.

Simplement, il avait tout compris mais il n'avait pas les moyens politiques d'en sortir. D'ailleurs, il avait été encore plus clair avec Alain Peyrefitte, qui était le ministre de l'Information et qui le rencontrait plusieurs fois par semaine en tête-à-tête. Et Peyrefitte nous a laissés – dans trois tomes qui s'appellent « C'était De Gaulle », qui ont paru en 1997 – ces paroles – qu'il avait saisies sur le vif – de ses entretiens avec le général de Gaulle. Et voici ce que De Gaulle lui dit en 1963, quelques temps après cette conférence de presse : « « Vous savez ce que ça veut dire, la supranationalité ? La domination des Américains.

L'Europe supranationale, c'est l'Europe sous commandement américain. Les Allemands, les Italiens, les Belges, les Pays-Bas sont dominés par les Américains. Les Anglais aussi, mais d'une autre manière, parce qu'ils sont de la même famille. Alors il n'y a que la France qui ne soit pas dominée. Pour la dominer aussi, on s'acharne à vouloir la faire entrer dans un machin supranational, aux ordres de Washington ». De Gaulle ne veut pas de ça. Alors on n'est pas content. Et on le dit à longueur de journée. On met la France en quarantaine. Mais plus on veut le faire et plus la France devient un centre d'attraction ». Il avait tout compris.

Et cette analyse qu'il fait en 1963, on peut la faire 49 ans après sans en changer un seul mot. Si. On peut changer simplement le fait qu'au lieu d'être avec 5 partenaires, on est avec – désormais – 26 partenaires. En bon militaire et en parfait stratège, De Gaulle avait su décrypter très en amont le stratagème des chaînes conçu à Washington. Il avait compris que cette construction dite européenne permettrait aux États-Unis de ligoter la France et de vassaliser le continent européen en lui imposant un système absurde autobloquant.

Et bien que De Gaulle ait défini cela dès 1963, qu'il l'ait expliqué en public dès 1962 dans cette conférence de presse, eh bien actuellement, tout a été fait pour que les Français ne le comprennent pas. On diffuse de nos jours des analyses qui expliquent le contraire même aux Français. Que la construction européenne serait une ambition française, comme l'a écrit M. Alain Duhamel dans un livre paru chez Plon. Ou bien même – comme l'a fait le Parti socialiste (PS) – que la construction européenne aurait pour but de faire contrepoids aux États-Unis. Ça, c'est l'affiche qui avait été diffusée en 1992 – il y a 20 ans – par le PS pour appeler les Français à voter « oui » au traité de Maastricht.

« Faire l'Europe, c'est faire le poids ». On voyait une planète, une caricature avec un sumotori japonais, un lutteur de sumo japonais, et puis un joueur de catch américain avec une croix barrée de rouge pour montrer que grâce à l'Europe, eh bien nous allions pouvoir envoyer balader la menace japonaise, puisqu'à l'époque, le mauvais jaune, c'était le Japonais. Maintenant, pour les européistes, le mauvais jaune, c'est le péril jaune. C'est le péril chinois. Parce qu'au fond – j'y reviendrai d'ailleurs tout à l'heure –, la construction européenne est fondée sur des réflexes racistes comme on le voit dans cette affiche du PS, d'ailleurs.

Mais aussi – vous voyez – cette espèce de mythe – c'est un bobard – comme quoi la construction européenne va nous permettre de faire le poids face aux États-Unis. D'ailleurs, cette affiche a 20 ans. 20 ans après – c'est comme dans « Les Trois Mousquetaires » –, est-ce que vous voyez à quel point le fait d'avoir été ligotés par le traité de Maastricht, la monnaie européenne, la politique étrangère de sécurité commune du traité de Maastricht, comment – progressivement – nous sommes en train de devenir les larbins de l'OTAN et des États-Unis. Donc c'est le contraire exact qui est vrai. Alors on en arrive à une troisième question bête.

« Puisque De Gaulle avait compris le stratagème américain, pourquoi n'a-t-il pas fait sortir la France de la construction européenne et pourquoi a-t-il même parfois donné l'impression de la soutenir ? ». Eh bien pour une raison que je vous ai déjà expliquée. Il n'en avait pas les moyens politiques. Il avait besoin du soutien du MRP, qui était le parti de Robert Schuman. Donc il ne pouvait pas sortir de la CEE. Il ne pouvait pas la dénoncer. Donc il va élaborer une contre-stratégie que j'appelle « la contre-stratégie gaullienne et ses échecs ». En 1957, lorsque fut signé le traité de Rome, l'Europe des 6, c'était ça plus l'empire français colonial.

Et puis en 1962, après que De Gaulle a donné leur indépendance à tous les pays d'Afrique, l'Europe des 6, c'est ça. La France ici – mais même encore là – reste encore un pays qui est plus puissant que les autres pays de l'Europe des 6. L'Allemagne est coupée en deux. Elle sort de la Seconde Guerre mondiale. C'est une pestiférée internationale. Et l'Italie est également pestiférée à cause du régime mussolinien. Et en plus, c'est un pays dont tout le Sud est extrêmement pauvre. Donc De Gaulle a compris que la construction européenne est une manœuvre de vassalisation. Mais il a compris aussi qu'il ne peut pas en sortir. Il va donc avoir une réflexion de stratège.

Il va – comme tout bon stratège – examiner quels sont ses points forts, quels sont ses atouts. Or, quels sont les atouts de la France ? La superficie. Dans l'Europe des 6, la France est le plus grand pays. De très loin. Deux fois plus grande, à l'époque, que la République fédérale d'Allemagne de l'Ouest, parce que c'est seulement l'Allemagne de l'Ouest. Sa position géographique. La France est au centre, au barycentre géographique de l'Europe des 6. Son agriculture. C'est la plus puissante agriculture de l'Europe des 6. Son prestige intellectuel. En 1960, 1962, c'est l'époque de Camus, qui meurt dans un accident de voiture. C'est l'époque de Jean-Paul Sartre, de Simone de Beauvoir.

C'est Saint-Germain-des-Prés. Il va y avoir quelques années après... Ça va être le cinéma français. Jean-Luc Godard, Catherine Deneuve, Alain Delon. Tout ça fait le tour du monde. La France est également le seul pays – parmi l'Europe des 6 – dont la langue soit parlée sur tous les continents. On ne parle pas le néerlandais sur tous les continents, ni l'allemand ni l'italien. La France se trouve en plus dans le camp des vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale.

La France est le seul de l'Europe des 6 qui dispose d'un siège permanent au Conseil de sécurité de l'Organisation des nations unies (ONU), ce qui lui donne un droit de veto, ce qui la fait accéder au statut des 5 grandes puissances du monde : États-Unis, Union soviétique, Chine, Angleterre et France. Et enfin, la France a l'armement nucléaire. La première bombe A explose à Reggane, dans le désert du Sahara. Et De Gaulle, pendant toutes les années 60, va avoir l'obsession – à laquelle il va parvenir en 1966 dans l'atoll de Fangataufa – de faire exploser la première bombe H, la première bombe thermonucléaire. Ce qui fait accéder la France au rang de super grand nucléaire.

Ce que ne peuvent avoir aucun des autres États de l'Europe des 6. Donc au début de sa présidence, en 1962, 1963, lorsque De Gaulle a compris que la construction européenne est une manœuvre de vassalisation américaine et qu'il a compris qu'il ne peut pas en sortir, il se dit : « Mais, ma foi, si j'examine tous ces atouts, il y a peut-être un coup à jouer ». Le coup à jouer, c'est de constater que la France est de très loin la plus grande puissance de l'Europe des 6.

Et en plus, la cerise sur le gâteau, c'est qu'elle est dirigée par De Gaulle soi-même qui est une espèce de mythe vivant, un des très grands leaders de la Seconde Guerre mondiale qui va bientôt, d'ailleurs, être le seul puisque Roosevelt, comme vous le savez, est mort en 1945, Staline en 1953, et Churchill va mourir en 1964. Donc De Gaulle sera le dernier prestigieux chef vainqueur de la Seconde Guerre mondiale. Donc à ce moment-là, il va essayer de subvertir la stratégie américaine en tentant de transformer la construction européenne en une mécanique servant les intérêts français. Tout le génie de sa pensée est là.

Il a rêvé de transformer l'Europe qui était une Europe américaine en une « Europe indépendante s'enfonçant comme un coin entre les deux blocs ». C'était lui qui le disait. Il voulait une Europe européenne qui aurait été – évidemment – sous influence française, compte tenu de tous nos avantages comparatifs. C'était ça qu'il voulait. Il ne pouvait pas le dire. Il ne pouvait pas dire : « Je veux une Europe française ». Mais il savait qu'il y avait une Europe soviétique qui était les pays de l'Est. Il savait que les Américains voulaient une Europe américaine.

Et lui se proposait de cantonner l'Europe américaine au Royaume-Uni et qu'entre les deux, il y aurait une Europe qui serait une Europe française. De Gaulle rêvait de reconstituer l'Europe du Grand Siècle, de Louis XIV, à l'époque où toutes les cours d'Europe parlaient le français. D'ailleurs, on a beaucoup brocardé De Gaulle à l'époque pour se comparer à Louis XIV. Vous savez qu'avec Malraux, il a donné beaucoup d'argent pour refaire vivre le château de Versailles, puisque l'obsession de De Gaulle était de donner aux Français fierté dans leur propre pays. Donc il a essayé de subvertir cette construction européenne pour en faire une Europe française.

Mais pour que cette contre-stratégie gaullienne ait des chances de réussir... C'était un peu comme en aïkido – vous savez – ou dans les arts martiaux : utiliser la force de l'adversaire contre lui. Les Américains voulaient nous forcer à devenir une colonie américaine par une construction européenne. Lui se proposait de transformer cette construction européenne en une machine qui servirait à éjecter les États-Unis et à placer l'ensemble sous la puissance française. Mais il avait compris qu'il y avait deux choses absolument décisives pour que ça marche. Premièrement, empêcher à tout prix les Britanniques d'entrer dans cette construction européenne.

Sinon, c'en serait fini de son rêve d'une Europe indépendante des États-Unis sous influence française. Il le savait. Il l'avait vu. Il le dit à Peyrefitte. Churchill piquait des lèches incroyables à Roosevelt. Il a compris que le Royaume-Uni est devenu le cheval de Troie des États-Unis. C'est pour ça qu'il s'est battu bec et ongles pour que jamais le Royaume-Uni ne puisse entrer dans le marché commun. C'était le premier impératif pour que ça marche. Alors ça, il suffisait de le décider. Il avait mis son veto à l'entrée du Royaume-Uni. Donc tant qu'il était à l'Élysée, cette première condition marchait. La seconde condition, malheureusement, ne dépendait pas que de lui.

La seconde condition, c'est qu'il voulait parvenir à ce que les géopoliticiens appellent un découplage stratégique entre l'Allemagne et les États-Unis d'Amérique. C'est-à-dire que plutôt que l'Allemagne soit alliée aux États-Unis, que l'Allemagne accepte de devenir le n°2 en Europe, derrière la puissance française, comme ça avait été le cas aux XVIIe et XVIIIe siècles. À l'époque, c'était l'Allemagne prébismarckienne. Il y avait des Allemagnes. Donc voilà quelles ont été les deux pensées stratégiques de De Gaulle.

Et le point n°2, eh bien il a essayé de le mettre en place avec le traité de l'Élysée du 22 janvier 1963 où on le voit signer un traité – ici, De Gaulle – avec le chancelier Adenauer. Ici, c'est une photo du document officiel. C'est un document très court qui ne fait que 4 pages. Et qu'est-ce que, dans ce fameux traité de l'Élysée qui est à l'origine de ce moteur franco-allemand dont on nous parle encore maintenant... 50 ans après, on nous dit toujours : le moteur franco-allemand, le couple franco-allemand. Qu'est-ce que De Gaulle avait voulu faire ? Il avait voulu faire une Europe sous influence française et qui se dégagerait des États-Unis d'Amérique.

Le traité de l'Élysée du 22 janvier 1963, si vous le prenez... Vous trouverez le texte sur Internet. Il n'y a à aucun moment question des États-Unis d'Amérique. Jamais ! Le mot n'y figure pas. Ni de la Grande-Bretagne. Ni de la prétendue nécessité que nous aurions d'avoir une défense commune entre l'Europe et les États-Unis. Ni du GATT. Ni de l'OTAN. Ni de la prétendue nécessité d'abaisser des barrières douanières entre l'Europe, la Grande-Bretagne et les États-Unis. Il voulait faire une Europe européenne sous influence française. C'est ça qu'il a signé avec Adenauer. Seulement, voilà... Il y avait en Allemagne et en France des gens qui informaient les États-Unis.

Et tout cela était suivi de près à Washington. Tellement près que le président Kennedy, 3 jours avant la signature, convoque à la Maison-Blanche M. Knappstein, ambassadeur d'Allemagne, pour faire part de la fureur des Américains. « Le président Kennedy était visiblement de mauvaise humeur ». C'est une dépêche de M. Knappstein, ambassadeur de la République fédérale d'Allemagne aux États-Unis adressée le 19 janvier 1963 au ministre allemand des Affaires étrangères, à l'époque Gerhard Schröder. C'est pas le même que celui qu'on a connu récemment, qui était chancelier. C'était un autre. C'était un homonyme. Vous savez d'ailleurs que Kennedy sera assassiné le 22 novembre de la même année.

Mais là, on est le 19 janvier 1963. « Le président Kennedy était visiblement de mauvaise humeur. Il s'est livré devant moi de façon claire et insistante à une critique de la situation interne de l'Alliance atlantique. Et il a souligné le souci que lui donnait la conclusion du traité franco-allemand de l'Élysée », qui allait donc être signé 3 jours après. Parce que les Américains avaient compris que De Gaulle était en train de subvertir leur stratégie. Il était en train de faire une construction européenne qui ne serait pas à la botte des Américains parce que, justement, il n'y aurait pas l'Angleterre. Justement, il n'y aurait pas l'OTAN ni le GATT.

Et justement, il y aurait une alliance franco-allemande pour faire autrement. Fureur des Américains et le double jeu allemand, parce que que répond M. Knappstein à Kennedy ? « Pendant l'entretien, j'ai cherché de façon répétée, quoiqu'avec un succès très relatif, à modifier l'opinion du président américain sur ce traité. J'ai souligné la signification positive qu'il revêtait pour la vie politique de l'Europe et pour le futur de l'Alliance atlantique.

Je lui ai fait remarquer que cette étroite collaboration franco-allemande pourrait en définitive bénéficier à l'alliance tout entière, précisément pour ce qui concernait ces aspects de la politique de De Gaulle qui irritaient tant le Président ». Méditez ce texte un peu alambiqué, très diplomatique. On voit qu'en fait, ce qu'a dit l'ambassadeur d'Allemagne à Kennedy, c'est : « Ne vous en faites pas. Ça n'est pas De Gaulle qui est en train de gagner. Nous sommes en train – nous – de l'embobiner pour, en fait, l'amener là où il ne veut pas ». Et c'est ce qui s'est passé. Parce que vous savez qu'un traité, lorsqu'il est signé, il doit ensuite être ratifié.

Et donc le moment est venu de la ratification le 15 juin 1963 par le Bundestag. 6 mois après, les députés allemands, au moment de ratifier le traité franco-allemand de l'Élysée, ont d'abord voté ce que l'on appelle dans l'histoire le préambule interprétatif, que voici : « Manifestant la volonté de diriger l'application de ce traité vers les principaux buts que la République fédérale d'Allemagne poursuit depuis des années en union avec ses autres alliés et qui déterminent sa politique, à savoir : le maintien et le renforcement de l'Alliance des peuples libres.

En particulier une étroite association entre l'Europe et les États-Unis d'Amérique, la défense commune dans le cadre de l'alliance de l'Atlantique nord », de l'OTAN, « et l'intégration des forces armées des États membres du pacte, l'unification de l'Europe selon la voie tracée par la création des Communautés européennes, en y admettant la Grande-Bretagne, l'abaissement des barrières douanières par des négociations entre la Communauté économique européenne, la Grande-Bretagne et les États-Unis d'Amérique, ainsi que d'autres États dans le cadre du GATT ».

Et donc : « Conscient qu'une coopération franco-allemande conduite selon ces buts », tout ça, « sera bénéfique pour tous les peuples, alors le Bundestag ratifie la loi suivante », c'est-à-dire le traité. Alors en droit international, il faut savoir que ce préambule interprétatif fait partie intégrante du traité version allemande. Mais comme vous le voyez bien, le Bundestag a donc ajouté au traité tout ce que De Gaulle, justement, avait voulu éviter.

Le préambule interprétatif insista ainsi sur tous les éléments que De Gaulle avait justement exclus du traité : la subordination de la construction européenne à l'intégration militaire atlantique, la coopération avec les États-Unis et la Grande-Bretagne. En votant ce document, le Bundestag vida donc de substance, 6 mois après sa signature, la philosophie du traité de l'Élysée lui-même, se comporta comme un vassal de Washington et ruina toute possibilité de bâtir une « Europe européenne ». L'objectif stratégique que poursuivait De Gaulle avec le traité franco-allemand de l'Élysée fut donc anéanti 6 mois après sa signature. C'est extrêmement important à comprendre.

C'est que depuis 1963, on vit sur un mythe, en France : le mythe du couple franco-allemand. Ça, c'est ce que croit le grand public. Mais c'est comme si je disais – moi – que, par exemple, j'étais marié avec Monica Bellucci, si vous voulez. Mais non. Je ne suis pas marié avec Monica Bellucci ! Monica Bellucci sait qu'elle n'est pas mariée avec moi. Donc on dit aux Français que nous formons le couple franco-allemand. Mais les Allemands ne le reconnaissent pas ainsi. Pour les Allemands, eux, ce qui est important, c'est tout à fait autre chose. On va le voir tout de suite. D'ailleurs, De Gaulle en tirait la conséquence. Il a dit à Peyrefitte : « Les Allemands avaient été mon grand espoir.

Ils sont mon grand désappointement ». Alors qu'est-ce qui s'est passé ? Eh bien il s'est passé que les Allemands ont toujours préféré les États-Unis à la France. Et là, je vous parle d'un évènement de 1963. Vous allez dire : « C'est vieux ». Mais non ! En 2004, il y a 8 ans, le chancelier Schröder s'est rendu aux États-Unis. Il a été reçu par le président américain le 27 février 2004. Et ils ont tous les deux signé un document dont on ne parle pas non plus aux Français – jamais ! – qui est « Das deutsch-amerikanische Bündnis für das 21. Jahrhundert », ce qui veut dire « L'alliance germano-américaine pour le XXIe siècle ». Une alliance stratégique.

Pour l'Allemagne, l'alliance stratégique n°1, qui passe avant toute autre chose, c'est pas du tout l'Europe. C'est l'alliance germano-américaine. Et dans ce texte, il est écrit quoi ? « Nous renforçons notre attachement à l'égard de l'OTAN comme point d'ancrage de notre défense commune et comme forum incontournable des consultations transatlantiques. Nous soutenons le processus en cours d'intégration européenne et soulignons qu'il est important que l'Europe et l'Amérique travaillent ensemble comme partenaires au sein d'une communauté de valeurs. Nous saluons l'élargissement historique aussi bien de l'OTAN que de l'UE ».

En réalité, l'Allemagne est l'agent d'influence n°1 des États-Unis en Europe. Dans le cadre de ce qui se préfigure, dont j'ai déjà parlé tout à l'heure et sur lequel je reviendrai, qui est ce grand marché transatlantique, qui sera le nouvel étage de la fusée qui a vocation à mettre l'ensemble de l'Europe sous la tutelle directe des États-Unis d'Amérique. C'est la stratégie de 1854 de l'agent Andrews. Et ça, c'est signé le 27 février 2004. Et le 13 janvier 2006, à peine devenue chancelière d'Allemagne, Mme Merkel a été sifflée au rapport à la Maison-Blanche !

Et elle est allée reconnaître avec le président Bush que l'alliance germano-américaine pour le XXIe siècle : « Das deutsch-amerikanische Bündnis für das 21. Jahrhundert », était soutenue également par le CDU-CSU et pas seulement par la social-démocratie. Donc c'est l'ensemble de la scène politique allemande qui soutient cela. En d'autres termes, l'Allemagne ne veut pas d'une Europe indépendante des États-Unis. C'est le grand échec fondamental de De Gaulle. Il n'est pas parvenu à ce découplage. Il s'était illusionné. Les Pays-Bas ne veulent pas d'une Europe indépendante des États-Unis. L'Espagne ne veut pas d'une Europe indépendante des États-Unis.

Le Portugal ne veut pas d'une Europe indépendante des États-Unis. D'ailleurs, la grande base militaire des Açores... Le Royaume-Uni veut une Europe encore plus proche des États-Unis. La Pologne, l'Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la Bulgarie, la Hongrie, la Roumanie, la Slovaquie, la Tchéquie sont entrés dans l'UE après être entrés dans l'OTAN. Et ils réclament le parapluie stratégique et militaire américain. Enfin, en bref, qui est-ce qui est d'accord avec la France ? Comme disait De Gaulle : « La difficulté, c'est que les colonisés ne cherchent pas vraiment à s'émanciper des Américains ».

La construction européenne et l'OTAN sont les deux faces d'une même médaille : la face civile et la face militaire qui est la médaille de l'asservissement et de la colonisation par la grande puissance américaine. Point. Alors on en arrive à la quatrième question bête. Puisque sa tentative de bâtir une Europe indépendante des Américains avec les Allemands placée sous influence française a été sabotée par les 5 autres membres de l'Europe des 6, puisque De Gaulle s'est rendu compte que – comme il l'a dit – les Allemands étaient son grand espoir et qu'ils étaient son grand désappointement, puisque De Gaulle s'est rendu compte qu'il s'était fait avoir, que son stratagème ne fonctionnait pas...

Il a réussi à bloquer l'entrée du Royaume-Uni, mais n'a pas empêché que l'Allemagne joue toujours le jeu des Américains. Qu'est-ce qu'il a décidé de faire, sachant qu'il ne pouvait pas sortir de l'Europe puisqu'il y avait le MRP ? Ce qu'il a décidé de faire, c'est cette période extraordinaire des années 1963, 1964, 1965, 1966, 1967 : l'apogée du gaullisme et le triomphe mondial de la France, hélas provisoire. Alors voici un échange capital pour bien comprendre la situation qui s'est nouée à ce moment-là et dont nous sommes les héritiers. Peyrefitte dit à De Gaulle en tête-à-tête – c'est toujours rapporté par Peyrefitte – : « Est-ce que nous pourrons changer de fusil d'épaule ?

», puisqu'ils voient que les Allemands viennent de leur faire un coup de Jarnac avec l'affaire du préambule interprétatif. Et De Gaulle répond : « Mais bien sûr ! Croyez-vous que nous ayons besoin du Marché commun pour respirer ? En face de la manœuvre des Anglais, des Américains et des Allemands – et des Allemands –, notre manœuvre à nous, ce sera de dire : « La fin du Marché commun, ça ne nous contrarie pas ». Je n'avais pas été favorable à l'intégration européenne ». Je l'ai rappelé tout à l'heure. En 1954, il avait fait échouer la CED dans une alliance de circonstance avec le Parti communiste français.

« Mais dès lors qu'on avait signé le traité de Rome », 25 mars 1957, « j'ai pensé, quand je suis arrivé aux affaires... », en mai 1958, « qu'il fallait qu'on l'applique ». Bah oui. D'ailleurs, dans les institutions de la République, l'article 5 de notre Constitution fixe comme devoir au président de la République française... Le président de la République française est le garant de l'indépendance nationale, de l'intégrité du territoire et du respect des traités. Donc il considérait qu'il devait respecter le traité qu'il découvrait. Mais il poursuit en disant : « S'il n'est pas appliqué, la France s'en tirera très bien autrement ».

Peyrefitte est quand même un peu surpris par cette certitude du chef de la France libre, du fondateur de la Ve République. Et il revient à la charge et il lui dit : « Mais quand même, il y a une conviction répandue dans les esprits, surtout dans la jeunesse. C'est que sans l'Europe, la France ne sera plus rien ». 1963. Peyrefitte dit ça à De Gaulle. Et De Gaulle lui répond : « Il est possible que la fin du Marché commun, ce soit justement la fin de ce mythe. Ce serait heureux. Il a été forgé par les fumistes qui ont voulu faire croire à l'Europe supranationale. Nous avons voulu faire une politique d'entente avec les Allemands ». C'est le traité de l'Élysée dont je viens de vous parler.

« Si les Allemands nous glissent entre les doigts ». C'est le préambule interprétatif que je viens de décrypter avec vous. « Eh bien nous avons les moyens de nous retourner. Le monde est vaste et la France a un grand jeu à jouer ». Quelle belle phrase. « Le monde est vaste et la France a un grand jeu à jouer ». Et qu'est-ce que pensait à ce moment-là De Gaulle ? De Gaulle, il connaissait bien son histoire de France. Il s'est glissé dans les habits des grands Capétiens qui ont fait notre pays. Et tout particulièrement, il s'est rappelé l'épisode de François Ier, lorsque la France avait failli – déjà – disparaître. Nous sommes en 1519. En 1519, il y a Charles Quint. Il est né en 1500.

Il a 19 ans. Il est l'héritier de la famille des Habsbourg. Donc toutes ses possessions... Il possède les Pays-Bas. Il possède... On ne le voit pas – ici – bien mais une partie de l'Autriche. Il possède une partie de la Bourgogne. Il possède également le royaume des deux Siciles. Il possède la péninsule ibérique, enfin l'Espagne. Et sans compter les nouvelles découvertes au Mexique conquis par Cortes et, ensuite, ultérieurement, au Pérou par Pizarro. Et voilà qu'en 1519, eh bien Charles Quint se fait en plus de ça élire empereur du Saint-Empire romain germanique. Donc il a l'autorité en tant que suzerain sur tous les pays, territoires en marron.

Donc vous voyez que la France est pratiquement complètement encerclée, en 1519. Et en plus de ça, alors que François Ier a essayé de faire alliance avec le roi d'Angleterre Henri VIII, avec l'entrevue du camp du Drap d'Or, eh bien Henri VIII finit par choisir le camp de Charles Quint. Donc la France est complètement encerclée. La France risque de disparaître, d'être étouffée par la stratégie de l'encerclement de Charles Quint et de son empire. Alors que va faire à ce moment-là François Ier ? Il va nouer des alliances. D'abord avec les princes protestants allemands puisque, fort heureusement, un schisme vient d'éclater. Luther, en Allemagne, publie les « (NDLR : 95) thèses ».

Vous savez, sur son église à Wittemberg. Et donc il lance la réforme luthérienne. Et des princes – notamment dans l'équivalent actuel de la République tchèque – vont embrasser la nouvelle hérésie. Ça va donc placer Charles Quint dans une difficulté nouvelle par rapport à ses propres territoires. Et François Ier qui, pourtant, est le champion de la catholicité, qui est le très chrétien, fait alliance avec les princes protestants allemands. Et comme ça ne suffit pas, il va chercher une autre alliance. Et quand on est menacé d'être étouffé et de disparaître par une manœuvre d'encerclement, eh bien vous faites alliance avec le diable, s'il le faut. Et c'est quoi le diable en 1525, 1526 ?

Le diable, c'est l'empereur ottoman. C'est le grand turc. C'est le chef de l'islam. C'est celui qui menace l'Europe entière de submersion par la foi de Mahomet. François Ier décide de faire alliance avec Soliman le Magnifique pour desserrer justement – et il y parvient – cet encerclement de l'empire de Charles Quint qui va d'ailleurs... Après ça, Charles Quint se retirera dans un monastère, comme vous le savez. Et puis le protestantisme va se développer. Soliman va donner à la France les échelles du Levant, la protection des chrétiens du Levant. Et donc ce sont ces alliances de revers qui vont sauver l'indépendance de la France.

Au grand scandale de la chrétienté, le très chrétien – c'était la titulature officielle du roi de France : christianissimus – fait alliance avec les princes protestants allemands et avec le Grand Turc. Eh bien c'est à ça que pense Charles de Gaulle en 1963, lorsqu'il voit que les Allemands lui filent entre les doigts et vont faire alliance avec les États-Unis. Parce que De Gaulle, en 1963, il se retrouve – je reprends la même carte que pour Charles Quint – dans cette situation. Il se retrouve complètement encerclé par des forces qui sont anglo-américaines et sous influence américaine. Et donc il va faire comme François Ier. Il va faire alliance avec le diable, s'il le faut.

Et le diable en 1963, 1964, 1965, c'est qui ? Le diable, c'est d'abord les pays latino-américains qui sont anti-Yankees. Le diable suprême, à l'époque, c'est Mao Zedong. C'est la Chine populaire. Et puis l'autre grand diable de l'époque, c'est l'Union soviétique. Et donc De Gaulle va faire alliance, va nouer des liens avec tous ces pays à la grande fureur non pas de la chrétienté mais de ce que j'appellerais l'américanité. De Gaulle va reconnaître diplomatiquement la Chine de Mao Zedong, va inventer la politique de détente avec l'URSS au grand scandale des États-Unis d'Amérique.

Et donc nous allons avoir cette scansion incroyable d'évènements qui vont se succéder au long des années 1964, 1965, 1966, 1967. En janvier 1964, De Gaulle stupéfie la planète en reconnaissant la Chine communiste de Mao. C'était pas qu'il était devenu communiste ni maoïste. Pas plus que François Ier n'était devenu musulman. C'est simplement parce qu'il avait compris qu'il lui fallait des alliances de revers. Et on voit ici la page 8 du Canard enchaîné en disant : « C'est bien lui le Deus ex ma China », montrant l'admiration secrète que les gens, en France, avaient par rapport à ce coup de poker extraordinaire qu'avait fait De Gaulle en reconnaissant ce pays qui, comme vous le savez...

Il était interdit par les Américains de reconnaître la Chine de Mao. Depuis 1949, tous les pays occidentaux avaient l'interdiction par Washington de reconnaître la Chine de Mao Zedong. Comme aujourd'hui, les pays occidentaux n'ont pas le droit de faire des alliances plus poussées avec Cuba ou avec le Venezuela ou avec l'Iran. Donc lorsque De Gaulle reconnaît diplomatiquement la Chine de Mao en 1964, c'est exactement comme si le président de la République française décidait demain de se rendre à Téhéran pour signer un accord stratégique avec Téhéran et avec Ahmadinejad. C'est exactement la même chose ! En 1964, De Gaulle va faire deux voyages.

Au Mexique en avril et à l'automne dans tout le cône sud-américain. Et des dizaines de millions de Latino-Américains vont acclamer la voix d'une France souveraine et indépendante de tout bloc. Mexico accueille De Gaulle. C'est le Paris Match du 28 mars 1964. La couverture qui fait sa une sur l'accueil inouï réservé à De Gaulle par les Mexicains... Des millions, des millions, des millions de gens viennent acclamer De Gaulle parce que, justement, il est le porte-parole d'un Occident qui tient tête aux États-Unis, qui est le porte-parole de la liberté des peuples et des nations face à l'impérialisme américain. C'est ça que fait De Gaulle.

À l'époque De Gaulle, c'est comme aujourd'hui Hugo Chavez, mais à la puissance 100. Parce que c'est Charles de Gaulle. Parce que c'est le grand vainqueur de la Seconde Guerre mondiale. Ça, c'est à Mexico. Mais ensuite, en septembre... Ça, c'est la une de France Soir. On la voit pas très bien. « Happé, stoppé, acclamé, c'est De Gaulle à Caracas ». Vous voyez d'ailleurs une rue absolument noire de monde avec un cortège arrêté et puis des gens qui jettent par milliers, par millions des pages de bottin en signe d'accueil pour De Gaulle. C'est la une de France Soir du 23 septembre 1964.

Allez sur le site de l'Institut national de l'audiovisuel pour voir ces scènes d'hystérie collective lorsque le président de la République française est allé en Amérique du Sud. « Marée humaine » en Équateur, « Marée humaine à Quito pour le général de Gaulle ». Des millions de Brésiliens dans les rues et aux fenêtres pour accueillir De Gaulle qui vient justement porter cette parole d'un pays qui est indépendant de la domination américaine. C'est ça que De Gaulle a inventé pour échapper à la mainmise américaine et à la construction européenne dont il ne pouvait pas sortir. Et puis en 1965, De Gaulle met les pieds dans le plat.

Il met en garde les États-Unis contre ce que son économiste Jacques Rueff appelait « le déficit sans pleurs ». Il réclame le respect de l'étalon or et des accords de Bretton Woods. Et il fait rembourser en or les avoirs français en dollars. Il a compris que les Américains qui commencent à creuser des déficits, s'ils ne respectent plus l'étalon de change or, vont pouvoir créer une monnaie de singe avec laquelle ils pourront acheter toute la planète.

Il envoie des navires de la marine française bourrés de dollars accumulés par la France dans le cadre de ses excédents de balance des paiements avec les États-Unis et les envoie en face de New York en disant : « Donnez-nous l'or qui va en contrepartie ». Pas besoin de vous dire, évidemment, que les Américains vont décider la chute de De Gaulle. Et ça continue. en 1966, De Gaulle invente la politique de détente qui témoigne du refus de la politique des blocs. Regardez la signature de l'accord intergouvernemental. Jusqu'alors, on n'avait pas le droit non plus d'aller en Union soviétique, parce que jusqu'alors, c'étaient les États-Unis qui décidaient.

Et la France de la IVe République était devenue le larbin des Américains. Comme, actuellement, nous sommes le larbin des Américains. De Gaulle, lui, décide d'aller en URSS. Sur 25 ou 30 km, ce sont des milliers de Soviétiques qui se massent le long du parcours. Regardez ces couvertures de Match qui relatent deux semaines de suite le voyage et en particulier celle-ci qui est extraordinaire où l'on voit ici De Gaulle entouré par Leonid Brejnev, secrétaire général du Parti communiste de l'Union soviétique, Alexis Kossyguine, ministre des Affaires étrangères de l'Union soviétique et Nikolaï Podgorny, président du Soviet suprême. C'est-à-dire les trois dirigeants suprêmes à l'époque.

En 1966, on les appelait la Troïka, avant que Brejnev ne finisse par dominer les autres. Ils avaient succédé à Khrouchtchev, vous le savez. Donc les trois dirigeants suprêmes de l'URSS arrêtent toutes leurs activités pour s'entretenir avec De Gaulle autour de lui, comme le vieux sage à qui l'on demande conseil. Voilà ce qu'était la France à cette époque, en 1965, 1966. Avec la politique de la « Chaise vide », De Gaulle impose le droit de veto des États et donne un coup d'arrêt à la mécanique supranationale. Il décide tout simplement que les Français n'iront plus à Bruxelles et qu'ils ne verseront plus leur cotisation à l'UE.

Et puis dans la foulée, il décide de faire sortir la France du commandement militaire intégré de l'OTAN. Et il ferme les bases américaines en France. Coup d'éclat sur coup d'éclat sur coup d'éclat. D'ailleurs, il dit à cette occasion à Peyrefitte : « On reste dans l'OTAN parce qu'il y avait le pacte de Varsovie qui menaçait objectivement militairement la France ». Mais De Gaulle dit : « Lorsque le mur de Berlin se sera effondré, lorsque le communisme aura disparu, l'OTAN n'aura plus de sens. Donc l'OTAN devra disparaître ». En quoi il s'était trompé puisque le communisme et le pacte de Varsovie se sont dissous en 1991 et dans les années ultérieures.

Et que l'OTAN, loin de se dissoudre, s'est développé puisque, désormais, tous les pays d'Europe de l'Est sont entrés dans l'OTAN. Et l'OTAN nous emmène maintenant vers des guerres néocoloniales. En particulier en Afghanistan. J'y reviendrai plus tard. En septembre 1966, De Gaulle va à Phnom Penh, au Cambodge : pays de 4 à 5 millions d'habitants à l'époque. Et ce sont des centaines de milliers de Cambodgiens – c'est-à-dire une fraction importante de la population même du pays – qui viennent écouter De Gaulle au stade de Phnom Penh. On voit ici, d'ailleurs, la tête du prince Sihanouk qui dira à De Gaulle : « Vous êtes le Saint-Georges des temps modernes ». Parce que que vient dire De Gaulle ?

Il vient mettre en garde à Phnom Penh en 1966 les États-Unis d'Amérique qui sont présents au Vietnam – le pays d'à côté –. Et il les met solennellement en garde en disant : « Vous êtes en train de vous enliser et vous devez quitter le Vietnam ». Et puis en 1967, c'est tout un peuple en délire au Québec. De Gaulle va à Montréal. Enfin, il remonte le Saint-Laurent. Il va à Québec. Puis de là à Montréal. Et depuis le balcon de la mairie de Montréal, il lance : « Vive le Québec libre ! », qui sera brocardé – y compris en France – par tous nos médias qui sont déjà phagocytés par les intérêts américains mais qui, en revanche, suscite un véritable triomphe au Québec soi-même.

Il va d'un seul coup lancer et montrer à la face du monde le problème québécois et le problème de l'indépendance du Québec parce qu'en fait, il s'est retrouvé dans la problématique du Québec. Et puis enfin, c'est le triomphe en Pologne communiste en 1967 où, là aussi, il lancera cette formule d'une « Europe de l'Atlantique à l'Oural ». Ça veut dire quoi ? Ça veut dire simplement une Europe qui se permettrait de dégager de l'emprise américaine. Alors maintenant, nous en arrivons à la 5e question bête. De Gaulle étant en train de dynamiter leur stratégie d'asservissement de l'Europe et de la France, que firent les Américains ?

Les Américains ne sont pas restés les deux pieds dans le même sabot. C'est le chapitre 5 : la neutralisation de De Gaulle et du gaullisme par les Américains et leurs alliés français, parce qu'ils avaient des alliés. De Gaulle vient de faire son voyage en 1964 en Amérique du Sud. En novembre 1964, donc quelques jours après, Paris Match fait sa une sur ce titre : « Johnson sera dur face à De Gaulle ». La guerre est déclarée.

Parce que le voyage de De Gaulle en Amérique du Sud, avec les millions de personnes qui sont allées voir De Gaulle, évidemment, est compris par Washington comme – décidément – le fait que De Gaulle veut maintenir l'indépendance et la souveraineté de la France, ce qui n'entre pas du tout – mais pas du tout – dans les plans des États-Unis. Et donc nous allons voir arriver de façon croissante l'influence des services d'influence américains sur la scène politique française par l'intermédiaire des médias. On va avoir le lancement d'un magazine : « L'Express », avec JJSS derrière : Jean-Jacques Servan-Schreiber.

Pour la campagne présidentielle de 1965, il va titrer qu'il va lancer une campagne : « Monsieur X contre De Gaulle ». En fait, c'est quoi ? C'est la première fois qu'en France... Alors moi, j'étais tout gamin. J'ai un vague souvenir. Tout le monde ne parlait que de ça. C'est la première fois qu'en France, on faisait ce qu'on appelle – c'est une invention américaine de marketing – un teaser. To tease, en anglais, ça veut dire intriguer. Ça a donné le mot strip-tease. Un teaser, c'était de – justement – lancer une candidature fantôme. Ça n'est pas français. C'est une méthode américaine.

En fait, il s'agissait de lancer dans les pattes de De Gaulle aux élections présidentielles de décembre 1965 – les premières élections présidentielles au suffrage universel – Gaston Defferre. Lorsque les Français ont découvert que c'était Gaston Defferre, l'affaire a en revanche fait chou blanc. Mais derrière les Américains, il y avait aussi la médiatisation de Jean Lecanuet. Première fois qu'on voyait un homme politique avec un sourire comme dans une publicité américaine, avec : « En famille, écoutez Jean Lecanuet à la télévision ». Ça vous paraît désuet. Mais faut voir qu'à l'époque, c'était une grande innovation. Il n'y avait qu'une seule chaîne de télévision, d'ailleurs.

Et donc ces lancements marketing ont dérouté De Gaulle. De Gaulle pensait qu'il serait réélu dès le premier tour sans faire campagne. Il a fait preuve, dans ce cas-là comme d'autres fois, d'une trop grande sûreté de lui. Il n'a pas fait campagne. Il ne s'est pas rendu compte que le monde était en train d'évoluer et que les Américains étaient en train de lancer contre lui de nouvelles armes, des armes tout à fait nouvelles d'influence par les médias, par le « soft power », comme on dit, par la séduction, par la musique, par l'évolution des mœurs, etc. que lui, homme du XIXe siècle, ne voyait pas venir.

Ils ont lancé également une autre opération dont on est toujours la victime et qui ressort très bien quand on compare les deux affiches électorales de la campagne présidentielle de 1965 du second tour. Voici l'affiche de Charles de Gaulle : « Pour le succès de la France ». Tout simplement. Et quelle était l'affiche de son compétiteur du second tour, François Mitterrand ? Eh bien c'était cette affiche-là : « De Gaulle, c'est la France isolée. François Mitterrand, c'est l'Europe et l'amitié des peuples ». Vous vous rappelez, on a vu tout à l'heure que De Gaulle, en 1964, déplace des dizaines de millions de personnes à travers les continents. On l'a vu.

D'ailleurs, comme je le rappelle souvent, revenant de son grand périple en Amérique du Sud, Maurice Couve de Murville, le ministre des Affaires étrangères, fait un compte-rendu assez sobre et raconte quand même devant les ministres réunis le délire qu'a représenté ce voyage, l'immensité des foules qui se sont déplacées. Et De Gaulle conclura, majestueux, d'une seule formule, en disant : « Oui. C'est cela qu'on appelle, paraît-il, être isolé ». En réalité, la France n'était pas du tout isolée. Bien au contraire, puisqu'elle était soutenue par l'ensemble de la population du monde.

Exactement, d'ailleurs, de la même façon que lorsque Dominique de Villepin, en 2003, a fait le discours à l'ONU contre la guerre en Irak, pour s'opposer à la volonté américaine de faire la guerre en Irak. Mais au même moment, on a vu à travers le monde entier des files d'attente se créer devant les alliances françaises pour apprendre le français. À Buenos Aires, à Mexico, à Pékin, New Delhi, Moscou, Le Caire, Sydney, partout, il y avait des gens à travers le monde qui voulaient réapprendre le français parce que, d'un seul coup, ce simple discours avait redonné vie au logiciel France. Ce qu'attendent les autres peuples du monde de la France... C'est-à-dire d'être Astérix.

C'est-à-dire d'être le pays... Certes, nous ne sommes plus une hyperpuissance mais nous avons suffisamment d'influence dans le monde, ne serait-ce que par notre histoire, par le fait que nous sommes le pays de la Révolution française, le pays des droits de l'homme, que nous sommes quand même membre permanent du Conseil de sécurité. Le monde entier attend que la France dise « non » aux États-Unis, comme elle le faisait dans les années 65. En tout cas, comme vous le voyez, De Gaulle, c'était pas la France isolée. C'était tout le contraire.

Mais vous voyez que François Mitterrand était en fait l'agent antigaulliste et se prévalant de l'Europe et – prétendument – du fait que De Gaulle isolerait la France alors que c'était le contraire qui était vrai. Donc c'est le grand lancement, à partir de 1964, 1965, de ces opérations de désinformation et d'intimidation de l'opinion publique française. On nous a dit qu'être en dehors de l'Europe, c'était s'isoler du monde, être isolé du monde. Nous sommes ici dans le Jura, à quelques dizaines de kilomètres de la Suisse. Est-ce que la Suisse est un pays isolé du monde ? Est-ce que c'est la Corée du Nord ? Est-ce que la Norvège, qui n'est pas dans l'UE, est la Corée du Nord ? Non !

La Suisse et la Norvège, deux pays d'Europe qui ne sont pas dans l'UE, sont aussi ceux où l'on vit le mieux, selon toutes les statistiques des Nations unies. On nous dit que c'est être ringard, que c'est être contre la paix, que c'est être xénophobe, que c'est être raciste, etc., etc. En bref, c'est le grand triomphe de la propagande. La construction européenne, on n'a tout simplement plus le droit d'être contre ! Et bientôt, on n'aura même plus le droit d'en débattre. Et on évitera tout débat. Et c'est la situation dans laquelle nous sommes. Pourquoi est-ce que j'ai créé ce mouvement politique le 25 mars 2007, le jour même du 50e anniversaire du traité de Rome ?

C'est pour appeler les Français à en sortir et pour imposer qu'on ait le droit d'en reparler, qu'on ait le droit de débattre parce que nous sommes dans une démocratie. Dans une démocratie, on a le droit de parler de tout, de toutes les idées politiques et de les combattre s'il le faut. Alors en ce bas monde, tout se paye et l'on peut estimer de plus en plus... Les historiens commencent à avoir un nouveau regard sur le passé et commencent à comprendre que mai 68 a probablement été la première révolution de couleur, comme les Américains ont fait en Géorgie, en Ukraine, etc. au cours des années 2000. Oh certes, de Gaulle, qui était né en 1890, avait 78 ans en 1968.

Oh certes, il était dépassé par les évènements, parce qu'avoir 78 ans en 1968, c'est un peu comme en avoir 88 ou 90 à notre époque. À notre époque, les gens sont jeunes de plus en plus vieux, si j'ose dire. Mais De Gaulle n'avait pas vu les évolutions sociologiques de la France. De Gaulle n'avait pas vu le nombre d'étudiants de plus en plus importants, de gens qui sortiraient du système scolaire avec un diplôme. De Gaulle n'avait pas vu l'évolution des mœurs avec le développement, par exemple, de la mode des Beatles, etc.

Donc toutes ces évolutions qui allaient aller vers un éclatement du carcan des sociétés occidentales traditionnelles dont, d'ailleurs, le concile de Vatican 2 a été le point de déclenchement, l'un des facteurs déclencheurs, à partir de 1962... De Gaulle n'avait pas mesuré tout ça. De Gaulle avait maintenu une politique qui était rigide et donc a été dépassé par les évènements. Mais ce qui est quand même sûr, c'est que les Américains en ont profité pour rajouter, mettre le maximum d'huile sur le feu pour faire chuter De Gaulle. On a un livre qui est sorti en 2009 qui s'appelle « Des secrets si bien gardés » de Vincent Nouzille, paru chez Fayard.

Et regardez ce qu'il y est écrit dedans – on parle des évènements de mai 68 – : « La CIA est en réalité ravie que la statue De Gaulle, bête noire des Américains depuis 10 ans, soit enfin ébranlée. Des secousses domestiques parviennent à déstabiliser ce général intraitable sur le plan international. Il y a même des rumeurs comme quoi la CIA financerait les syndicats étudiants, dont l'Unef, pour causer du tort au gouvernement. Les Américains seront embarrassés par cette allégation jugée ridicule ». Jugée ridicule par eux. Bah évidemment !

« Selon un document américain confidentiel, ils feront savoir au gouvernement français que cette rumeur n'a aucun fondement et s'étonneront que les autorités aient pu lui donner quelque crédit ». Eh bah oui ! Parce qu'autour de De Gaulle... Son entourage a compris qu'il y avait derrière une grande puissance qui agitait tout ça. On a des milliers de témoignages. L'ambassadeur Harriman, l'ambassadeur des États-Unis, assistant aux manifestations dans le quartier latin avec un air épanoui, les radios : RTL, Europe n°1 qui étaient en dehors du territoire français qui appelaient quasiment les Français à l'émeute. C'est comme ça que ça s'est passé, mai 68.

Il y a un autre livre intéressant de Jean-Pierre Farkas, paru en 1998, qui s'appelle « Le pavé ». Et voici ce qu'il redit : « En juin 68, Cohn-Bendit déclare à Hervé Bourges : « Il semble que la CIA se soit intéressée à nous ces derniers temps. Certains journaux et associations américaines, filiales et intermédiaires de la CIA » »... Vous voyez qu'il est quand même bien documenté. Les journaux et associations américaines : Ford, Rockefeller, etc. « « Filiales et intermédiaires de la CIA, nous ont proposé des sommes importantes. Inutile de vous dire l'accueil que nous leur avons fait » ». Moi, j'aurais aimé qu'il dise l'accueil, justement, qu'ils leur ont fait. Quand on voit que M.

Cohn-Bendit est toujours sur la scène politique française après avoir été en Allemagne... En Allemagne, quand il est allé chez les Verts allemands faire une partie de sa carrière politique, il s'est fait remarquer pour prendre position, à la différence de tous les Verts allemands qui étaient infiltrés par le KGB soviétique, au moment de la crise des SS20... Cohn-Bendit a été le seul député vert allemand à militer en faveur de l'installation des Pershing américains. Le seul. Servant les intérêts stratégiques des États-Unis d'Amérique. Comme en 1968, il a servi les intérêts stratégiques des États-Unis d'Amérique.

Et comme maintenant, de nouveau, il sert les intérêts stratégiques des États-Unis d'Amérique en réclamant, par exemple, que la France cède son siège permanent au Conseil de sécurité à l'ONU. Rien ne pourrait plus faire plaisir aux États-Unis que de voir la France dégager du Conseil de sécurité. Ils pourraient à ce moment-là attaquer qui ils veulent sans avoir un nouveau discours de 2003, comme la guerre en Irak. Voilà les intérêts que sert objectivement M. Cohn-Bendit. Regardez cette photo au Parlement européen entre Nicolas Sarkozy et M. Cohn-Bendit. Est-ce que vous trouvez vraiment que ça a l'air d'être un opposant ? En attendant, quel a été le vrai bilan de mai 68 ?

Le vrai bilan de mai 68, c'est que De Gaulle a été sauvé par le Kremlin, par l'intermédiaire du Parti communiste français et de la CGT qui ont signé les accords de Grenelle pour arrêter la grève générale parce que le Kremlin avait compris que c'étaient les Américains qui étaient derrière, qui voulaient faire chuter De Gaulle. La CGT, donc, a signé. Elle a d'ailleurs été désavouée. Georges Séguy a été désavoué par sa base. Et il y a eu pendant 15 jours, 3 semaines, 1 mois de nombreux problèmes parce que la base ne voulait pas reprendre.

C'est un premier divorce qui va apparaître entre le Parti communiste français et la classe ouvrière, parce que la classe ouvrière française, à l'époque, est tellement victime des médias qu'ils prennent parti plutôt pour l'opposition à De Gaulle plutôt que pour ce qu'ont décidé le PCF et la CGT qui disent : « Il faut savoir terminer une grève ». D'ailleurs, on va voir se développer, après, dans les années 70, les mouvements style gauchiste : la CFDT, etc. Tous ces mouvements. Vous connaissez les mouvements trotskystes qui sont financés par la CIA. Tout le monde le sait depuis l'après Seconde Guerre mondiale. Comme FO. Le syndicat FO a été porté par les Américains.

Quoi qu'il en soit, à partir de l'automne 1968, De Gaulle cherche à s'en aller. Il avait dit : « Il vaut mieux partir 1 an trop tôt que 5 minutes trop tard ». Il se rend compte qu'il est dépassé par les évènements. Il a failli flancher. À la fin de mai 68, vous savez, il a failli s'en aller. Il est allé à Baden-Baden voir le général Massu qui lui a dit : « Il faut remonter sur le cheval ». Donc il est revenu mais le cœur n'y est plus. De Gaulle cherche un moyen de sortir. Il fait donc le référendum sur la décentralisation, la réforme du Sénat, la participation des travailleurs, etc. Tout cela fait échec. Et donc il n'a que 47 % de « oui ». Et il démissionne avec panache.

Et c'est Georges Pompidou – qui, entre temps, était passé par la banque Rothschild – qui est élu. Et c'est ça, le vrai bilan de mai 68. C'est l'élection de Georges Pompidou. Et c'est quoi, l'élection de Georges Pompidou ? Eh bien le 1e décembre 1969, 6 mois après être élu, Pompidou plante le deuxième coup de poignard dans le dos de De Gaulle. Le premier, c'était le préambule interprétatif du Bundestag. Le deuxième, c'est Pompidou qui va au sommet européen de La Haye le 1e décembre 1969 et qui dit : « Les demandes d'adhésion à la CEE de la Grande-Bretagne et de trois autres pays – Danemark, Irlande et Norvège – doivent être abordées dans un esprit positif ».

C'est-à-dire que Pompidou enterre en fait le deuxième élément fondamental que De Gaulle avait voulu apporter pour faire une Europe européenne. Pompidou va être évidemment accueilli très rapidement par les États-Unis. Alors tout cela, eh bien c'est la fin du gaullisme à laquelle on assiste avec Pompidou. Je ne parle même pas des autres. Mais tout cela pour faire un bilan qui est : « Qui façonne l'opinion publique en France ? ». L'audience moyenne de la télévision en France, c'est 3h30 par jour. 4h15 le dimanche. Selon les sources Médiamétrie, ça fait plus de 1 200 heures par an. Et maintenant, nous sommes entrés dans un univers qui est celui ici, que vous connaissez bien, d'ailleurs.

C'est l'univers où la population française est placée dans un état d'hypnotisme. C'est-à-dire que désormais, il n'y a plus de discours politique qui tienne. Il n'y a plus de raisonnement politique qui tienne. Maintenant, nous avons une population qui est complètement hypnotisée par un petit écran qui fait passer des messages subliminaux – vous le voyez, d'ailleurs – où l'on traite de tout sauf des vrais problèmes. On le voit d'ailleurs. Quelle place est laissée aux questions essentielles sur l'avenir de la France ? Qui vous parle comme je vous ai parlé ? Qui vous présente notre histoire récente ? Qui vous présente la stratégie de domination américaine sur l'Europe et sur la France ?

Qui vous parle de ce que la France a été un très grand État, une grande puissance indépendante et souveraine ? Qui est-ce qui vous en parle encore ? La place laissée aux questions essentielles sur l'avenir de la France... Aucune. Alors pourquoi aucune ? Eh bien aucune parce que, tout simplement, les médias sont détenus par quelques intérêts très circonscrits. TF1, par exemple, est possédée par Bouygues. Alors on entend les gens de gauche dire : « Ah ! On voit Sarkozy sur TF1 parce que Sarkozy est l'ami de Bouygues ». Mais ne vous inquiétez pas ! Sarkozy est l'ami de Bouygues. Mais Bouygues, il est l'ami aussi de François Hollande, de Moscovici. Il est l'ami de tout le monde.

Le problème, il n'est pas là. Le problème, c'est que Bouygues est possédé à hauteur de 20% de son capital par Capital Research and Management, American Funds, qui est un fonds de pension qui gère notamment les pensions, les retraites des fonctionnaires de Californie. Et donc TF1, jamais, ne peut relayer le type d'informations que je vous donne. De la même façon, le groupe Lagardère qui possède Europe 1, qui possède Paris Match, qui possède Aujourd'hui, qui possède Le Journal du Dimanche, qui possède une partie du journal Le Monde, qui possède une partie des NMPP (Nouvelles Messageries de la Presse Parisienne) qui permettent de faire monter ou de tuer un journal.

Il suffit de le mettre en devanture ou de le retirer de la devanture. Si vous retirez un journal de la devanture, il ne se vend pratiquement plus. Il perd 95% de ses ventes s'il n'est plus en devanture. Donc celui qui possède les NMPP a un pouvoir colossal sur la formation de l'opinion publique en France. Eh bien Lagardère, ça sonne bien français. Oui mais plus de 60% du capital de Lagardère sont détenus par des investisseurs institutionnels étrangers – comme on dit – et notamment des américains.

Alors la sixième question bête : puisque la contre-stratégie gaullienne d'Europe indépendante sous influence française a été sabotée par les Allemands, que De Gaulle et le gaullisme ont été neutralisés en France, eh bien qu'est-ce qu'il s'est passé ? Eh bah il s'est passé ce que nous constatons, ce que nous constatons maintenant. C'est-à-dire une tour de Babel ingérable devenue un glacis géopolitique américain. Et nous sommes en route vers le désastre absolu de notre nation. Je ne veux pas jouer les prophètes de l'Apocalypse. Mais tous les Français comprennent que les choses vont de plus en plus mal.

Tous les Français comprennent qu'il y a des choses qu'ils ne comprennent plus, qu'ils ne se reconnaissent plus dans leur propre pays. C'est cette guerre invisible, cette guerre inconnue dont parlait François Mitterrand que je vous ai décrite en long, en large et en travers depuis maintenant le début de cette conférence pour essayer de vous faire comprendre ce qui se passe. Et ça nécessite du temps pour le comprendre, parce que c'est une espèce de guerre nouvelle d'un type totalement nouveau. Il faut donc du temps pour le comprendre. Nous avions l'Europe des 6 en 1962. L'Europe des 9 en 1973, après l'entrée du Royaume-Uni, de l'Irlande et du Danemark.

Vous voyez, dans l'Europe des 6, la France était au centre des opérations. Avec l'Europe des 9, l'Europe se tourne vers le nord. Avec l'entrée de la Grèce, en 1981, puis l'entrée de l'Espagne et du Portugal, elle se rééquilibre vers le sud. Mais à chaque fois... La France, dans l'Europe des 12, elle pèse évidemment moitié moins que dans l'Europe des 6, surtout avec des grands pays entrés comme – par exemple – l'Espagne, le Royaume-Uni. Et puis l'Europe des 15 en 1995 avec la Suède, la Finlande et l'Autriche. Insensiblement, on va voir les pays anglophones ou ayant recours facilement à la langue anglaise se substituer à la France et à la langue française.

Et puis après l'Europe des 15 en 1995, on passe à l'Europe à 25 en 2004 avec 10 nouveaux pays de l'Est parce qu'à chaque fois, les États-Unis sont là pour faire entrer, faire entrer, faire entrer de plus en plus d'États. Et puis après, c'est l'Europe à 27 en 2007, avec l'entrée de la Bulgarie et de la Roumanie. En attendant l'Europe à 29 dans quelques mois... Nous sommes en avril 2012. Vous savez que la Croatie – ça y est. C'est fait. C'est décidé – va entrer dans l'Europe dans quelques mois. Ça sera le 28e. La Macédoine sera le 29e État. Il y a la Bosnie, l'Albanie qui sont sur les rangs. Et puis également la Moldavie. Et puis également l'Arménie, la Géorgie.

Et la Turquie, qui entrera probablement avant 2020. Ça sera l'Europe à 30. L'Europe à 33 avec peut-être l'Ukraine, la Géorgie et l'Arménie. Et à chaque fois, les États-Unis sont derrière pour faire entrer le maximum d'États. Vous comprenez à quel point, d'ailleurs, le bobard que l'on vous raconte sur le fait que l'union fait la force est une monstruosité. Il y a d'ores et déjà dans l'UE à 27... Nous sommes déjà 500 millions de personnes. Les États-Unis ont 308 millions d'habitants.

Si, effectivement, il fallait avoir le plus grand nombre d'habitants possible pour peser, alors les Américains feraient tout pour empêcher que l'UE se développe et ils feraient entrer dare-dare le Canada, le Mexique, le Venezuela, le Panama, le Costa Rica dans les États-Unis d'Amérique. Pas du tout ! C'est pas du tout ce qu'ils font ! Le long du Rio Grande, dans la frontière entre les États-Unis et le Mexique, ils tirent à vue sur les Chicanos qui veulent entrer aux États-Unis d'Amérique. Vous le savez, c'est une des frontières les plus dangereuses du monde.

Donc si les Américains ne veulent pas fusionner avec le Mexique alors qu'ils imposent à l'Europe d'accroître de plus en plus, ça veut bien dire là aussi qu'il y a une stratégie derrière qui est celle que je vous ai décrite. Il n'y a aucun autre moyen de vous expliquer ce qui se passe. Alors ce qui se passe aujourd'hui, c'est ça. Il y a 27 États dans l'UE. Je n'aurai pas l'impudence de vous demander, d'ailleurs, de me décrire tous ces États parce que la grande majorité des Français ne le savent même plus.

Il y a 27 États et il y a 23 langues officielles : l'allemand, l'anglais, le bulgare, le danois, l'espagnol, l'estonien, le finnois, le français, le grec, le hongrois, l'irlandais, l'italien, le letton, le lituanien, le maltais, le néerlandais, le polonais, le portugais, le roumain, le slovaque, le slovène, le suédois et le tchèque. Il y a désormais trois alphabets : l'alphabet romain, ελληνικό αλφάβητο : l'alphabet grec, кирилица qui est l'alphabet cyrillique introduit par la Bulgarie. Et 23 langues officielles, si vous êtes mathématicien, vous saurez que ça donne 506 combinaisons possibles de traduction. Avec des coûts de traduction phénoménaux.

Et comme vous le savez sans doute, on peut trouver facilement des interprètes français/anglais ou français/allemand. Ça, ça court les rues. Mais en revanche, trouver un interprète letton/finnois ou bien bulgare/néerlandais ou encore maltais/roumain, c'est déjà beaucoup plus difficile. Donc qu'est-ce qui se passe ? Eh bien on passe par l'intermédiaire de l'anglais. Et puis progressivement, l'anglais devient ce que les linguistes appellent une koinè. C'est-à-dire la langue vernaculaire. En 1962, lorsque De Gaulle dénonçait le fédérateur extérieur, dans l'Europe des 6, il n'y avait que 4 langues officielles : le français, l'allemand, l'italien et le néerlandais.

L'anglais n'existait pas puisqu'il n'y avait pas l'Angleterre. En 1962, 80 % des documents de la CEE étaient en français. C'est la raison pour laquelle De Gaulle pouvait encore imaginer d'avoir une Europe française. Qu'est-ce qu'il en est devenu ? Eh bien voici l'évolution de la langue de rédaction d'origine des documents à la Commission. En bleu, ce sont les documents en français. En rouge, c'est en anglais. Donc je vous ai dit : en 1962, le bleu représentait à peu près 80%. En 1996, nous étions tombés à 38%, tandis que les documents en anglais représentaient 46%. Et puis vous voyez quelle a été l'évolution depuis les 16 dernières années, notamment avec l'élargissement. Bah oui.

Parce que tout le monde préfère parler en anglo-américain. Donc désormais, la France est tombée... En 2007, on était à 12%. On a dû tomber maintenant à environ 7 ou 8%. L'allemand et les autres langues sont encore plus basses. Et l'anglo-américain, c'est plus de 90% des documents. En d'autres termes, le piège se referme inexorablement. Il ne peut pas y avoir d'autre Europe qu'une Europe américaine. La langue de travail de l'Union européenne devient exclusivement l'anglo-américain. La langue française subit une véritable déroute. Or, imposer sa langue, c'est imposer ses valeurs et sa vision du monde.

Vous avez vu, d'ailleurs, qu'on a reconnu en France que l'on pouvait déposer en France des brevets en langue étrangère, notamment en anglais. La pelote de fil qu'on va dérouler derrière, c'est que si on peut déposer des brevets en langue anglaise en France, ce qui viole rien moins que le traité de Villers-Cotterêts de François Ier de (NDLR : 1539) qui imposait que tous les actes officiels en France fussent en français... Donc on revient sur 4 siècles d'histoire ! On va déposer des brevets, désormais, en anglais en France.

Et si les brevets sont – en France en anglais – déposés, il faudra bien qu'il y ait des avocats qui puissent négocier ou traiter de ces brevets en langue anglaise en France ! La débandade du français dans les instances européennes est corrélée à la débandade de la stratégie de la France en Europe et de sa place dans le monde ! C'est pour ça que ce dont je vous parle... Les gens disent : « Ah ! Vous êtes un nostalgique. Vous êtes ci. Vous êtes ça ». Non ! Maintenant, nous sommes attaqués. C'est une guerre à mort, comme a dit François Mitterrand après 14 années à l'Élysée. Alors il faut ajouter à cela ce phénomène burlesque de ce stratagème des chaînes dont je parlais tout à l'heure.

Ça, c'est l'inflation normative communautaire. C'est le rythme de prolifération exponentiel – je dirais presque cancéreux, métastatique – du nombre de réglementations européennes. Ici, nous avons le nombre de pages au journal officiel des communautés européennes. Donc le nombre de pages des règlements. Vous voyez qu'entre 1957 et 1969 – départ de De Gaulle, d'ailleurs –, on était restés à quelques centaines de pages au total. Et vous voyez quelle est l'évolution avec les nouveaux traités qui ont transféré de plus en plus de pouvoir et les élargissements. Actuellement, nous avons en 2011 250 000 pages de réglementations européennes.

Actuellement, la réglementation européenne s'accroît d'environ 100 pages de plus par jour ouvrable. C'est-à-dire 12 pages supplémentaires par heure de travail. Une page de plus toutes les 5 minutes. Alors d'ailleurs, les Français disent : « On n'en peut plus de ces réglementations qui tombent sur les PME, sur les artisans, etc. On n'en peut plus de ces énarques ». C'est pas des énarques qui font la réglementation en France. Faut arrêter. Les lois, les règlements, désormais, ça vient essentiellement de l'Union européenne. D'ailleurs, en France, on est dirigés... Il n'y a plus d'énarques. Enfin, je veux dire : Sarkozy n'est pas énarque, M.

Fillon n'est pas énarque, Mme Lagarde n'était pas énarque, M. Baroin, aux Finances, n'est pas énarque. M. Thierry Breton n'était pas énarque. Mme Morano n'est pas énarque. Donc on entretient les Français dans l'illusion qu'ils seraient victimes d'une espèce de technostructure délirante française. Je ne dis pas qu'il n'y a pas des critiques à faire. Mais fondamentalement, ce que l'on cache aux Français, c'est ça. C'est qu'en fait, l'immense machine bureaucratique qui nous tombe dessus, ça vient de Bruxelles. D'ailleurs, voici l'armée mexicaine. Ce que j'appelle l'armée mexicaine, c'est... En matière de diplomatie, par exemple. Qui va s'occuper de politique étrangère maintenant ?

Eh bien vous avez M. Van Rompuy, nouveau président permanent du Conseil de l'UE. Je dis nouveau parce que vous savez que c'est une innovation du traité de Lisbonne. On avait dit au moment de la Constitution européenne : « Il faut que l'Europe parle d'une seule voix », comme si le problème de l'Europe était qu'il manquait une voix. C'est pas le problème. Si l'Europe est en permanence conflictuelle, c'est parce qu'elle se télescope les 27 intérêts nationaux divergents. Donc dire qu'il fallait qu'il y ait un bonhomme qui représente l'Europe, c'est se moquer du monde, parce que si on donne un bonhomme qui devient président permanent du Conseil de l'UE, qu'est-ce qu'il va se passer ?

Eh ben il va se passer que les chefs d'État et de gouvernement vont s'ingénier pour nommer à ce poste quelqu'un qui est un paltoquet, pour qu'il ne fasse d'ombre à personne. C'est ce qui se passe à l'Organisation des Nations unies. À l'ONU, tous les États ont des intérêts nationaux tellement divergents qu'ils nomment comme secrétaire général de l'ONU quelqu'un qui s'envole au moindre souffle de vent. Vous avez vu M. Ban Ki-moon, qui est le secrétaire général de l'ONU... On n'a jamais vu un secrétaire général de l'ONU aussi couleur de muraille, évanescent alors que, pourtant, la concurrence était rude. C'est pareil. À l'UE, on a nommé M. Van Rompuy, cet hurluberlu.

Tout le monde s'en fiche, d'ailleurs, de ce qu'il a été nommé. Mais il s'occupe de politique étrangère. Et il est le président du Conseil de l'UE. Il est flanqué d'une ministre des Affaires étrangères de l'UE qui, paraît-il, devait donner plus de poids à l'UE, qui est Mme Catherine Ashton, qui était une travailliste. Et puis comme vous le savez, l'Angleterre est une monarchie aristocratique. Et donc, comme elle avait bien manœuvré, elle a été anoblie par la reine d'Angleterre. Elle est devenue Lady Catherine Ashton of Upholland. Elle est baronne. C'est une baronne travailliste. Comme je le dis souvent, à quand les duchesses marxistes léninistes ?

Cette baronne travailliste, elle est la haute représentante de l'UE pour les affaires étrangères et la politique de sécurité. Elle est – de notoriété publique – totalement incompétente. Mais ce qui est certain, c'est qu'elle est complètement alignée sur les intérêts américains et atlantistes. Et puis faut y ajouter M. Barroso, le président de la Commission européenne qui s'occupe aussi d'affaires étrangères. Donc ceux-ci, ce sont déjà trois personnes qui s'occupent d'affaires étrangères au sein de la Commission européenne ou du Conseil. Mais il faut y ajouter d'autres personnes. Il faut y ajouter M.

Juncker, le Luxembourgeois, qui est le président de l'Eurogroupe qui s'occupe des questions monétaires internationales. Et il passe son temps à aller se rencontrer avec ses homologues. Il faut y ajouter cette curiosité. C'est qu'il y a un président non tournant de l'Europe. Il est nommé pour 2 ans et demi. Mais il y a un président tournant qui subsiste qui est celui qui change tous les 6 mois puisque tous les 6 mois, il y a un changement du pays qui fait la présidence du Conseil. Alors au lieu de supprimer ce poste – puisqu'on avait créé un poste de 2 ans et demi –, on l'a maintenu avec des prérogatives inférieures.

Donc vous avez un président qui tourne tous les 6 mois et un président du Conseil qui tourne tous les 2 ans et demi. On dirait un petit peu, vous savez, le système solaire... Les calculs d'astrologie pour savoir les planètes, à quels endroits elles en sont. Et puis n'oubliez pas qu'il faut y ajouter aussi les chefs d'État et les chefs de la diplomatie des autres pays. En France, par exemple, nous avons le président de la République française : M. Sarkozy, en ce 27 avril 2012 et M. Juppé, ministre des Affaires étrangères. Figurez-vous qu'ils font de la politique étrangère. C'est d'ailleurs l'un des intérêts principaux de la fonction de président de la République.

Et c'est l'intérêt exclusif du rôle de ministre des Affaires étrangères. Si on voulait que l'Europe parle d'une seule voix, il faudrait supprimer purement et simplement le poste de ministre français des Affaires étrangères. À quoi ça sert de le maintenir si on veut que l'Europe parle d'une seule voix ? Si on le maintient, c'est bien parce que la France a des intérêts nationaux qu'elle ne peut pas ignorer. Et il n'y a pas que la France, puisque Mme Merkel, la chancelière allemande, fait de même avec le ministre allemand des Affaires étrangères. D'ailleurs, je vais vous poser une petite question. Qui est le ministre allemand des Affaires étrangères ? Comment s'appelle-t-il ?

C'est quand même assez curieux. Nos ancêtres, nos parents, nos grands-parents, en 1935, si on leur disait : « Qui est le ministre des Affaires étrangères allemand ? », ils le savaient. Il s'appelle M. Ribbentrop (NDLR : il est ministre des AE de 1938 à 1945). Si on leur demandait qui était le ministre des Affaires étrangères anglais, ils le savaient aussi. M. Chamberlain (NDLR : de 1924 à 1929). Maintenant, on ne sait même plus. Alors on sait quel est le ministre des Affaires étrangères américain. Mme Hillary Clinton. Mais on ne sait même plus quel est le nom des ministres des Affaires étrangères, pour même pas dire le nom des chefs de gouvernement des États d'Europe.

C'est très intéressant comme remarque. Ça veut dire que loin... La construction européenne est censée nous rendre plus proches. Elle nous rend de plus en plus éloignés et indifférents les uns des autres. Le ministre des Affaires étrangères allemand s'appelle M. Guido Westerwelle. Il nous tire la langue sur cette photo. Il faut y ajouter le Premier ministre britannique et le ministre des Affaires étrangères britannique, qui s'appelle M. William Hague. Il faut y ajouter le Premier ministre espagnol : monsieur... Il s'appelle comment, d'ailleurs, le Premier ministre espagnol ? M. Rajoy. Et M. Garcia, qui est le ministre des Affaires étrangères espagnol. Il faut y ajouter M.

Mario Monti, le président du Conseil italien et M. Terzi di Sant'Agata, qui est le ministre des Affaires étrangères italien. Il faut y ajouter aussi le président polonais, le Premier ministre polonais M. Tusk. Il faut y rajouter le président Gasparovic de Slovaquie le président de Roumanie, M. Václav Klaus de République tchèque, leurs ministres des Affaires étrangères, etc., etc., etc.

Bref, si l'on additionne le nombre de chefs d'État, de chefs de gouvernement, de ministres des Affaires étrangères, de ministres des Affaires européennes plus les dirigeants des institutions européennes qui sont tous censés s'occuper des Affaires étrangères et qui sont tous censés parler d'une seule voix, eh bien nous parvenons exactement à plus de 100 responsables gouvernementaux qui parlent 23 langues différentes et qui sont tous censés parler d'une seule voix ! Voilà comment marche l'UE. Plus exactement comme elle ne marche pas. L'autoblocage est parfait.

C'est celui qui a été réfléchi, médité dès la fin de la Seconde Guerre mondiale par les États-Unis d'Amérique et qui parvient à quelque chose d'absolument convaincant. « Nous faisons bon accueil à une Europe vraiment unie », comme le disait George Bush à l'université de Varsovie le 15 juin 2001. En effet, ils ont de quoi rigoler. Il y a de quoi éclater de rire de voir les États-Unis qui nous forcent à intégrer de plus en plus d'États. Et plus on intègre d'États, et plus nous sommes ligotés dans un truc qui est ingérable. Et nous sommes en train de disparaître comme acteurs de l'Histoire. D'ailleurs, jamais depuis le Moyen-Âge les pays d'Europe n'ont pesé aussi peu qu'actuellement.

Il y a 7 ans, M. Sarkozy, dans le journal Libération, le 22 avril 2005, avait fait cette confidence : « Si vous votez non », au référendum de 2005, « ça ne vous fera même pas plaisir. Vous allez garder l'Europe telle qu'elle est. Et vous allez continuer à mourir. Ou alors votez oui. De toute façon, ça ne peut pas être pire qu'aujourd'hui. Vous voulez changer d'Europe ? Votez oui ». Alors moi, de cette déclaration je retiens plusieurs choses. Quand M. Sarkozy dit : « Si vous votez non, ça ne vous fera même pas plaisir », il ment. Moi, j'ai voté « non ». Ça m'a fait très plaisir, d'autant plus que 55% des Français ont voté non.

Ensuite, quand il disait en 2005 : « De toute façon, ça ne peut pas être pire qu'aujourd'hui », il mentait, puisque la situation en 2012 est beaucoup plus grave qu'elle n'était en 2005. Et d'ailleurs, si nous continuons comme ça, en 2019, elle sera encore beaucoup plus grave qu'en 2012. Mais surtout, ce que je retiens de tout cela, c'est que M. Sarkozy, qui n'était pas encore président de la République à l'époque, il le savait. Il savait ! « Vous allez garder l'Europe telle qu'elle est. Vous allez continuer à mourir. De toute façon, ça ne peut pas être pire qu'aujourd'hui ». Voilà ce que disent en confidence nos dirigeants. Alors là, je cite M.

Sarkozy mais je peux vous assurer que dans les allées du pouvoir, à l'UMP, au PS, au MoDem, tout le monde, les hauts fonctionnaires, les dirigeants politiques savent que c'est une catastrophe. Ils le savent parfaitement. Combien j'ai vu de gens, par exemple de hauts fonctionnaires ou de dirigeants dire : « Depuis l'élargissement de 2004, depuis qu'on est passés de 15 à 25 puis 27, ça ne marche plus du tout. On n'aurait jamais dû faire cet élargissement ». J'ai entendu plusieurs ministres, des hauts fonctionnaires me dire tous la même chose. Et quelle est la conclusion qu'ils en tirent ? On va passer de 27 à 28 avec l'entrée de la Croatie.

C'est-à-dire qu'ils font le diagnostic qu'on n'aurait jamais dû faire cet élargissement. Et ils laissent procéder à une nouvelle adhésion, ce qui prouve qu'ils n'ont plus les manettes. Ce qui prouve que ceux qui décident, ce sont d'autres qu'eux. Il n'y a plus en France quelqu'un qui décide de l'avenir de la maison France. La stratégie nous a été volée. Alors la question, c'est que tous les dirigeants européens savent pertinemment que l'Europe à 27 est ingérable et qu'elle nous conduit au désastre. Ils le savent ! Ils le savent ! Alors pourquoi le cachent-ils au peuple ? Eh bien tout simplement parce qu'ils manquent de courage, que ce sont des carriéristes.

Ils savent que s'ils l'avouaient en public, ils seraient aussitôt diabolisés dans les médias qui sont verrouillés par les intérêts euro-américains. C'est d'ailleurs ce qui m'est arrivé, puisque je me suis retrouvé dans un placard administratif à partir du moment où j'ai commencé à dire ce qui était la vérité. Alors la septième question bête : qu'est-ce qui assure aux Américains qu'ils continueront à être le syndic extérieur de l'immeuble Europe ? Eh bien la réponse, c'est l'infiltration de la Commission européenne par les relais d'influence américains. Le président de la Commission européenne, j'en ai déjà parlé, c'est M. Barroso, qui est portugais. M. Barroso, quand il était jeune...

En 1974, il était étudiant. Il était président de l'Union des étudiants maoïstes. En 1974, il y a la révolution des Œillets – comme on a dit – au Portugal. Sans doute, d'ailleurs, les Américains étaient peut-être un peu derrière. C'est pas impossible. La révolution des Œillets, la révolution du Jasmin, la révolution des Roses, etc., la révolution orange... Tout ça, ça sent un peu toujours la même pâte qu'il y a derrière. En attendant, ce sont quand même des militaires portugais qui se sont révoltés contre le gouvernement Sá Carneiro qui était le gouvernement dictatorial, le successeur de Salazar. Et donc ils réintroduisent la liberté des partis politiques.

Et parmi les partis politiques, il y a le Parti communiste portugais, inféodé à Moscou et au KGB. Les Américains prennent peur, parce qu'on est en 1974. On est pendant cette décennie 70 où l'Union soviétique va marquer beaucoup de points. En 1975, il y aura le Vietnam, le Cambodge, le Laos qui tomberont – si j'ose dire – dans l'escarcelle du camp socialiste. Donc les Américains prennent peur. Ils ont peur que le Portugal bascule dans le camp socialiste. Or, le Portugal, c'est notamment la base militaire des Açores qui est une base tout à fait stratégique.

Donc les Américains décident d'envoyer un ambassadeur de choc qui s'appelle Frank Carlucci, qui – en dépit de son nom – est américain et qui est un agent de la CIA. On le sait de façon certaine puisqu'après avoir été ambassadeur à Lisbonne, il a été directeur général adjoint de la CIA de la centrale de Lengley. Et Frank Carlucci arrive pour empêcher la prise de pouvoir par le PCP, par le Parti communiste portugais. Et selon le théorème : « Les ennemis de nos ennemis sont nos amis », eh bien il repère très vite Barroso qui est le président de l'Union des étudiants maoïstes.

D'ailleurs, beaucoup de mouvements maoïstes ont toujours été proches des intérêts américains puisqu'ils étaient les principaux opposants à gauche des partis communistes qui étaient inféodés à Moscou. J'ai parlé tout à l'heure de Cohn-Bendit qui était maoïste. J'aurais pu parler de Serge July, d'Edwy Plenel – directeur du Monde –. C'est pas moi qui en ai parlé. C'est Gilles Ménage, ancien directeur de cabinet du président Mitterrand qui, dans un prétoire de la République, a dit : « M. Edwy Plenel est un agent de la CIA ». Ça a fait un scandale. On a dit que M. Ménage déménageait – si j'ose dire –, qu'il avait perdu l'esprit.

Mais en attendant, Edwy Plenel a quand même quitté la direction du journal Le Monde. En attendant donc, l'ambassadeur américain repère Barroso et va en faire un protégé des intérêts américains. Le jeune José Barroso, à l'époque président de l'Union des étudiants maoïstes, va d'un seul coup bénéficier de fonds d'une bourse de la fondation Volkswagenwerk pour aller faire des études à Genève pendant quelques mois. Et ensuite, il traverse l'Atlantique. Il devient boursier de l'OTAN pour aller faire des études à Georgetown University.

Alors c'est quand même assez fort quand vous êtes président de l'Union des étudiants maoïstes de vous retrouver un an et demi après boursier de l'OTAN pour aller à Washington à Georgetown University, qui est un peu l'équivalent de l'ENA américaine. Une ENA où on formerait également les agents de la CIA puisque beaucoup d'anciens de la CIA ont été profs à Georgetown et réciproquement. Et puis après, on va orchestrer, les Américains vont commencer à orchestrer la montée en puissance de la carrière de M.Barroso selon la théorie américaine de la « self-fulfilling prophecy », c'est-à-dire de la prophétie autoréalisatrice. Donc M. Barroso va entrer, va commencer à faire de la politique.

Et il va se pointer au congrès de Davos, au sommet de Davos. Et d'un seul coup, tous les journaux européens, américains, etc., journaux économiques, vont tous faire le même type de papier en disant : « Il y a une étoile montante extraordinaire au Portugal. Un type (smack) fantastique qui est vraiment... Ça sera probablement un jour le Premier ministre du Portugal. Donc à force de dire ça, eh bien on entretient une espèce d'image qui s'entretient, qui s'entretient, qui s'entretient jusqu'à devenir réalité. On a vu ça récemment, d'ailleurs, en France. Avec une espèce d'orchestration sur le thème que M. Dominique Strauss-Kahn était un type fantastique en matière économique et financière.

Que c'était... On pouvait pas se passer de ses talents. Alors que les talents de M. Strauss-Kahn, j'aimerais qu'on me les montre. Aussi bien quand il était à la tête de la France qu'au FMI. Mais tout le monde, même à droite, répétait comme ça, comme si l'idée venait d'eux-mêmes. « Ah oui, c'est dommage. M. Strauss-Kahn, quand même... C'est vraiment un type très fort en matière économique, financière ». Mais ils n'avaient pas de bilan pour cela. Donc c'est ce qu'on a fait avec M. Barroso. À force de le dire, c'est devenu un fait. Donc M. Barroso a fini par devenir Premier ministre portugais. Et il est resté célèbre dans son pays pour un scandale.

Alors qu'il était Premier ministre, il a voulu, en 2003, vendre de gré à gré la société nationale de pétrole du Portugal, c'est-à-dire un des joyaux du patrimoine public portugais... Pour ceux d'entre vous qui ne savent pas ce que ça veut dire, ça veut dire : « Eh ben je décide de le vendre à qui je veux au prix que je veux ». C'est un peu comme si le président de la République française décidait de vendre le château de Versailles pour 15 000 € à un copain. Non. D'abord, on ne vend pas le château de Versailles. C'est le patrimoine public. Et secondement, si on veut vendre une société publique, au moins, on doit mettre ça aux enchères.

Et qu'il y ait le maximum de gens qui enchérissent pour vendre le plus cher possible. Non. Là, c'était la vente de gré à gré. Et à qui a-t-il voulu la vendre de gré à gré ? Au groupe Carlyle. Le groupe Carlyle dirigé par Frank Carlucci, lequel Frank Carlucci, après avoir été ambassadeur des États-Unis à Lisbonne en 1974 était devenu directeur général adjoint de la CIA puis termine maintenant sa carrière comme directeur général du fonds Carlyle, qui est un fonds d'investissement qui gère la fortune de la famille Bush, qui est une famille texane que vous connaissez peut-être. Vous connaissez pas la famille Bush ? Et qui est copine avec une famille saoudienne qui s'appelle ben Laden.

Et donc le fonds Carlyle gère les avoirs financiers de la famille Bush et de la famille ben Laden. Alors comme cela a fait scandale à l'époque, les députés – notamment du Parti communiste portugais – ont fait scandale. Eh bien l'affaire ne s'est pas faite. Il y a eu des élections. Et Barroso a été chassé par les Portugais. Chassé par la porte, il rentre par la fenêtre puisqu'il a été nommé par les dirigeants européens président de la Commission européenne en 2005. Donc ça fait maintenant 7 ans qu'il est président de la Commission européenne. Et tout le monde sait, dans les allées du pouvoir, que c'est un homme qui est très très proche des intérêts américains.

Le président de la Commission européenne a ce pedigree. C'est quelqu'un qui a beaucoup plus d'influence sur notre vie que le président de la République française que les Français élisent en croyant qu'ils élisent quelqu'un qui a du pouvoir. Dans cette petite galerie de portraits que je vous propose, je vous propose de jeter un œil sur cette dame, commissaire néerlandaise, commissaire européenne qui s'appelle Neelie Kroes. Elle est actuellement chargée de la société numérique. Mais dans la commission précédente où elle figurait déjà, elle était chargée de la concurrence où elle avait un poste tout à fait éminent. Elle avait un poste tout à fait éminent.

On l'a vu en 2005 lorsque le Premier ministre français de l'époque, M. De Villepin, a été confronté à l'affaire Arcelor-Mittal. Vous savez qu'Arcelor, c'est la sidérurgie française. Plus exactement franco-luxembourgeoise. Et qui a été rachetée par une société anglo-indienne avec M. Lakshmi Mittal, qui est un Indien à la tête de cette entreprise. Donc M. De Villepin, à l'époque, avait dit – il avait d'ailleurs 75% de la population française qui le soutenait – qu'il fallait garder Arcelor dans le giron franco-luxembourgeois, qu'il fallait rétablir du patriotisme économique et qu'il avait décidé de prendre un décret anti-OPA pour protéger les secteurs les plus sensibles des rachats étrangers.

J'étais à l'époque délégué général à l'intelligence économique au ministère des Finances. Et on avait commencé à me saisir ou me demander mon avis, venant de Matignon. Ça n'a pas duré 48 heures puisque Mme Kroes, commissaire chargée de la concurrence, qui était en voyage à Londres, a immédiatement – ayant eu vent des informations venant de Paris – convoqué la presse pour dire ceci : « Confrontés à l'insécurité et à une perte de confiance collective, certains politiques sont prompts à rechercher des politiques régressives de repli sur soi.

Ils veulent protéger des champions et des marques nationaux – ou même européens – des assauts du marché mondial pour relancer les canards boiteux de l'industrie. Nous ne pouvons pas nous permettre d'être complaisants face à la résurgence actuelle de la rhétorique protectionniste. Le risque est à la fois réel et urgent ». Donc la commissaire européenne s'est indignée que l'on puisse protéger des champions industriels nationaux et même européens ! Le fait que l'Europe protège une sidérurgie franco-luxembourgeoise est apparu comme un scandale. Il fallait absolument jouer le jeu du marché. Et donc que ça tombe aux mains d'une entreprise anglo-indienne. C'est comme ça que ça se passe à l'UE.

Le résultat, c'est que c'était le 14 septembre 2005. Elle a traversé le Channel. Elle est venue dire à M. De Villepin que son projet de décret devait être mis au panier, ce qui a été le cas. D'ailleurs, c'était contraire aux traités européens. Alors qui est cette dame qui a eu ce pouvoir de faire plier le Premier ministre français qui, sur ce dossier-là... Je suis pas là pour chanter les charmes de M. De Villepin dont je n'oublie pas que, par ailleurs, il a été le ministre des Affaires étrangères au moment de la Constitution européenne, qu'il a approuvée. Il a approuvé le principe de la Constitution européenne. Il a ensuite approuvé le principe de traité du Lisbonne.

Donc que l'on ne se méprenne pas sur mes propos. Mais moi, je dis ce qui est vrai. Et donc là, en l'espèce, M. De Villepin était soutenu par 75% des Français. Et donc qui est cette dame qui a eu ce pouvoir ? Eh bien c'est une Néerlandaise qui, avant d'être commissaire européenne, émargeait dans 40 conseils d'administration, essentiellement américains, de sociétés américaines. Avec notamment PricewaterhouseCoopers, qui est un cabinet d'audit et de consultance qui est un des paravents des services secrets américains. De source sûre je le sais. Deuxièmement de McDonald's. Parmi beaucoup d'autres ! Alors elle était, je crois, dans le conseil d'administration de Thales, une entreprise française.

Alors certains Français se rassurent en disant : « Mais elle était dans le conseil d'administration de Thales ». Ça veut rien dire. Ça veut pas dire... Thales, c'est une société d'origine française. Le capital duquel il y a des fonds d'investissement de nombreux pays, notamment américains... Mais surtout, elle était au conseil d'administration de sociétés du complexe militaro-industriel américain. Notamment Lucent Technologies et également Lockheed Martin qui fabrique les F-16. Lockheed Martin dont le slogan – baseline, comme on dit en américain – : « We never forget who we're working for ». Ça veut dire : « Nous n'oublions jamais pour qui nous travaillons ».

Bah écoutez, c'est formidable d'avoir au moins cette devise quand on est commissaire chargée de la concurrence. Alors pour peaufiner le pedigree de cette dame qui a fait plier M. De Villepin, qui a fait plier un Premier ministre de la République qui bénéficiait d'une majorité au Parlement et qui bénéficiait sur ce sujet de l'appui de 75% des Français, il faut savoir que Mme Neelie Kroes a été mouillée par un scandale qui était dans ses liens avec un monsieur qui s'appelle Jan-Dirk Paarlberg, qui était son amant. Et ce M. Paarlberg est un membre de son parti politique : le Parti populaire pour la liberté et la démocratie.

Jusque là, on s'en fiche complètement qu'elle ait eu des relations intimes avec l'un des membres de son parti politique. La question n'est pas là. La question, c'est que les tabloïds néerlandais ont découvert que ce type était membre de l'organisation criminelle d'un certain Willem Holleeder, l'ennemi public n°1 aux Pays-Bas, qui s'était spécialisé dans les extorsions de fonds, les faux et usages de faux, le blanchiment d'argent sale et les enlèvements crapuleux, notamment celui de papy Heineken, Freddy Heineken, 80 ans (NDLR : il en avait 60 lors de l'enlèvement), l'héritier des brasseries Heineken. Alors c'étaient des mauvaises fréquentations, dira-t-on. Ça peut se limiter à ça. Oui.

Sauf que ce que l'on a découvert par ailleurs, c'est que Mme Neelie Kroes avait menti sur la déclaration de son patrimoine personnel. Lorsqu'elle est devenue commissaire européenne, il faut déclarer le patrimoine que l'on a. Elle l'a déclaré. Et lorsque la police néerlandaise a fait des recherches, elle a découvert qu'elle avait plusieurs immeubles de bureau à Rotterdam qu'elle n'avait pas déclarés dans son patrimoine. Donc on lui a demandé : « Madame, comment avez-vous fait pour financer ces plusieurs immeubles de bureau à Rotterdam ? », qui est une des grandes villes des Pays-Bas, comme vous le savez. Et Mme Kroes a dit : « Je me rappelle plus ». Non mais elle avait un trou de mémoire.

Ça peut arriver. Tout le monde a 3, 4 immeubles de bureau. Moi, j'en ai 4, 5 à la Défense. Je sais plus très bien comment je les ai financés. C'était se foutre du monde, évidemment. Mme Kroes a donc été soupçonnée d'avoir directement participé à des opérations de blanchiment d'argent sale. Je me permets d'insister, hein, parce que ce qui est en train de se passer avec cette construction européenne où l'on manie des sommes de plus en plus colossales avec interdiction d'être contre, avec interdiction de critiquer, avec par ailleurs une complexité des circuits qui fait que 99,9% des peuples se désintéressent.

Vous avez un mérite extraordinaire de m'écouter, parce que ce que je vous dis est extraordinairement ennuyeux. Tout ce qui touche à l'Europe est emmerdant comme la pluie. C'est ça, la vérité. Et c'est fait pour, parce que pour la première fois dans l'histoire des peuples et des nations, nous avons une dictature qui est en train de s'installer par l'ennui et l'indifférence. C'est tellement ennuyeux que personne ne veut regarder. C'est beaucoup plus génial que d'envoyer des chars dans la rue. Et les gens n'y comprennent rien. C'est ça qui est génial. Mais qu'est-ce qui se passe dans ce genre de situation ? Eh bien ça attire évidemment les escrocs et les mafias.

Donc nous sommes en train de tomber... L'ensemble du continent européen – je pèse mes mots – est en train de tomber dans une dictature mafieuse. C'est les dérives de tous les régimes totalitaires. D'ailleurs, c'est comme ça qu'a fini l'Union soviétique. Par des mafias. La mafia du coton en Ouzbékistan, la mafia du camp Brejnev. Actuellement, en Corée du Nord, c'est la mafia de la famille de Kim et de ses descendants. C'est la même chose qui est en train de se produire en Europe. C'est la prise du pouvoir continental par des mafias, une oligarchie financière, bancaire et industrielle pour le plus grand profit des États-Unis d'Amérique.

Eux-mêmes, d'ailleurs, de plus en plus dans la main de la mafia. En attendant, eh bien je peux vous dire qu'en France, il y avait une instruction judiciaire qui a été ouverte pour savoir de quoi il retournait, parce que c'était un réseau international. Et puis un jour – tout ça, c'était donc en 2006 –, on n'a plus entendu parler de rien ! Voilà. Donc sans doute, elle a dû retrouver les emprunts qu'elle a faits à la Caisse d'épargne pour s'acheter ses immeubles. On n'a plus entendu parler de rien. En tout cas, elle a été rétrogradée dans la commission Barroso II. Elle est passée à un poste beaucoup plus honorifique, beaucoup moins important.

Ça veut donc dire que sans doute, il y avait des choses qui devaient sentir très très mauvais et qu'on l'a mise un petit peu moins en avant qu'elle ne l'était. M. Maroš Šefcovic, commissaire slovaque chargé des relations inter-institutionnelles et de l'administration. Pedigree : université Stanford, Hoover Institution de la Californie, Dale Carnegie & Associates. États-Unis. M. Šefcovic, qui est un Slovaque chargé de l'administration s'est rendu... Célèbre si l'on peut dire. Dans le petit Landerneau. Il a été interviewé par l'agence européenne euractiv.com qui est allée l'interviewer. Vous pensez comme tout le monde s'en fiche éperdument de M. Šefcovic. Vraiment.

D'ailleurs, je pense que personne n'avait jamais entendu parler de son existence avant que je ne vous en parle. C'est quand même un homme important, puisqu'il est commissaire européen chargé de l'administration. Et donc il a été interrogé le 6 mai 2010 par des journalistes de cette agence de presse. Et voici ce qu'il a dit. On l'interrogait sur les pétitions. Vous savez que la Constitution européenne reprise par le traité de Lisbonne avait dit : « Il y a un grand progrès dans la démocratisation de l'Europe. C'est que, désormais, les citoyens européens auront un droit de pétition ». Alors voici ce qu'a dit M.

Šefcovic : « La Commission européenne filtrera les pétitions des citoyens pour s'assurer que les initiatives stupides comme par exemple l'abolition de l'UE soient bloquées », a affirmé le vice-président de l'exécutif de l'UE. Bah voilà ! C'est-à-dire que si vous aviez demain 1 million, 2 millions, 3 millions, 5 millions de citoyens européens qui réclamaient un référendum pour abolir l'UE, eh bien la Commission européenne dirait : « Bah non. C'est une initiative stupide. On n'en parle plus ». C'est une démocratie – comme vous le voyez – bien tempérée. Le commissaire finlandais chargé des affaires économiques et monétaires M.

Olli Rehn, diplômé du collège Saint-Paul dans le Minnesota, de l'université de Berkeley. Auparavant, avant d'être chargé des affaires économiques et monétaires, il était chargé de l'élargissement. Donc il avait fait son travail. C'est-à-dire qu'il avait obéi aux instructions de Washington. Donc c'est lui qui a fait entrer la Bulgarie et la Roumanie comme demandé le 1e janvier 2007. Et puis quand il était encore commissaire chargé de l'élargissement, c'est lui qui avait dit qu'il était favorable à l'entrée de la Turquie dans l'UE. Bah évidemment. Il était chargé de l'élargissement. Donc il était sous l'instruction des États-Unis d'Amérique. Je vous signale, d'ailleurs, que nous avons...

Je vous renvoie à une autre de mes conférences qui s'appelle : « L'Europe, c'est la paie ». Mais ça s'écrit P - A - I - E, comme la paye. Parce qu'en fait, c'est une fantastique machine à pomper du fric et à le répartir entre les amis et les copains. Je vous signale que sur les 5 dernières années et les 5 qui viennent, au total, l'UE aura versé plus de 6 milliards d'euros à la Turquie pour la mise à niveau pour l'intégration. Donc ceux d'entre vous qui pensent que la Turquie n'entrera pas, la Turquie va évidemment entrer, puisque les États-Unis l'ont décidé. M. Siim Kallas, l'Estonien commissaire chargé des transports. Alors lui, c'est trois étoiles dans le Michelin, « vaut le voyage ». M.

Kallas est estonien. Et avant, l'Estonie, vous savez, c'était une république socialiste soviétique. Il a été membre du Parti communiste de l'Union soviétique pendant 18 ans, de 1972 à 1990. Et il a été ministre des Finances de la république soviétique d'Estonie de 1975 à 1979. Il a donc été ministre de Brejnev. Je répète. Ministre des Finances de la république d'Estonie de 1975 à 1979 sous Brejnev. Bien. Il a été mêlé à un scandale lorsqu'il était président de la Banque d'Estonie. L'Estonie a proclamé son indépendance au moment de la chute de l'Union soviétique. L'Estonie est devenue un pays indépendant. Et il a été président de la Banque d'Estonie. Bien.

Voilà qu'en 1994, 1995, il y a un audit. Et d'un seul coup, on ne trouve plus... Je sais plus si c'était 10, 20 ou 30 millions de dollars. C'était pas une grosse grosse somme. Enfin disons, ça arrondit les fins de mois, quand même. 30 millions de dollars, ça fait 25 millions d'euros. C'est déjà pas mal. Donc on a cherché, cherché, cherché. Les auditeurs ont cherché. Ils n'ont pas trouvé. Donc à la fin des fins, tous les regards se sont tournés vers le président de la banque centrale en disant : « M. Kallas, vous auriez pas vu par hasard passer 30 millions de dollars ? ». « Non », dit-il. « On n'a pas vu ».

Finalement, tout cela a aussi été enterré comme l'affaire de Mme Kroes parce qu'entretemps, eh bien M. Kallas, qui était auparavant un des chantres de l'Union soviétique est devenu un des grands chantres de l'OTAN. Il a négocié l'entrée de l'Estonie dans l'OTAN et dans l'UE. Il est devenu vice-président de la Commission européenne. Et il est très très proche de son ami, qui était le président Bush. Voilà. Je ne suis pas sûr qu'avant d'écouter cette conférence, vous saviez que ce monsieur, qui est vice-président de la Commission européenne, est un ancien ministre de Brejnev. J'ajouterais maintenant pour aller vite le commissaire espagnol M. Almunia, chargé de la concurrence.

Auparavant, il était chargé de l'euro. Lui, il a suivi le programme « Senior Managers in Government » de la Kennedy School of Government, de l'université de Harvard au Massachusetts, États-Unis d'Amérique. Je vous signale que M. Lewandowski, le commissaire polonais chargé du budget, est quant à lui diplômé de l'université de Harvard aux États-Unis. Je vous signale que le commissaire hongrois M. Andor chargé de l'emploi, des affaires sociales et de l'insertion est diplômé de l'université du Wisconsin aux États-Unis d'Amérique. Enfin, je vais pas vous passer tout ce petit monde en revue.

Je voudrais simplement faire avec vous ce qui est assez naturel de faire et que je suis – semble-t-il – le seul à avoir eu l'idée de faire. C'est un camembert statistique pour voir, parmi les 27 commissaires européens, qui pense quoi. La Commission, c'est le vrai gouvernement de l'Europe qui, d'ailleurs, au mépris de la séparation des pouvoirs chère à Montesquieu, mélange à la fois l'exécutif et le législatif puisque c'est à la fois le gouvernement mais elle a également le monopole de l'initiative des directives qui sont des véritables lois européennes. Le Français représente 1 sur 27. Ça fait 3,7%.

Prenez ce camembert statistique avec des précautions d'usage parce qu'en fait, ce que je vais vous dire dépend un peu de chaque sujet. En gros, selon les sujets, il y a souvent 3, 4 commissaires qui sont proches des intérêts français. L'italien, le portugais. En général les pays du Sud. Mais pas toujours. Le belge. Ça dépend. Donc on peut estimer en gros que sur chaque problématique, la France peut compter sur son commissaire et puis... Environ 3, 4 commissaires, ça fait 14%. Le commissaire allemand, il se trouve... Je ne fais pas du tout de germanophobie. J'aime bien les Allemands. Il se trouve que sur quasiment tous les sujets, nous sommes en désaccord.

Et ça n'est pas parce qu'on claironne à la télévision le couple franco-allemand... Je vous expliquais plus tôt dans cette conférence ce qu'il fallait en penser. Ça n'est pas parce que l'on vous dit ça que c'est vrai. D'ailleurs, on voit bien sur tous les sujets, notamment sur l'euro, le MES, le FSF, sur les affaires industrielles, etc., on voit qu'on est en désaccord systématique. Même sur la Libye, d'ailleurs, parce que la France est intervenue en Libye. Vous avez vu que l'Allemagne n'a pas voulu intervenir. Enfin sur tous les sujets, nous sommes en désaccord. Il faut ajouter à ça d'autres commissaires qui sont à priori – à priori – plutôt défavorables à la France. En gros, environ 6 ou 7.

Ce sont les commissaires des pays de l'Est. Que ce soit en matière diplomatique, d'alignement sur ci, d'alignement sur ça, l'harmonisation fiscale, salariale, etc., on se heurte aux intérêts de la Hongrie, de la Slovaquie, de la Pologne, etc. Donc ça fait à peu près 22,2%. Il faut y ajouter tous les commissaires ayant effectué des études aux États-Unis. Un tiers dans la commission Barroso I. Ceux qui avaient travaillé en plus pour des sociétés américaines. Il y en avait 2. Ça faisait 7,4%. Les anglophones de naissance, il y en avait encore 2 autres. Et puis ceux qui avaient effectué des études au Royaume-Uni, ça en faisait 1 – encore – en plus qui n'entrait pas dans les cases précédentes.

Donc en gros, on peut considérer qu'on a sur à peu près tous les sujets... Les commissaires proches des vues américaines représentent plus de 80% du total. Au moment du déclenchement de la guerre en Irak, la France était seule à être contre. Il y avait deux pays qui étaient neutres qui étaient la Belgique et l'Allemagne. Donc cette fois-là, il n'y avait que 3 au lieu qu'il y en ait comme ici 5. Donc on peut considérer qu'il y avait 88% des commissaires européens qui étaient alignés sur les positions américaines au sujet de la guerre en Irak. Voilà donc sur ce camembert... Alors encore une fois, ça varie selon les sujets. Mais c'est toujours un peu les mêmes proportions.

Ça veut dire qu'en gros, nous sommes systématiquement minorisés avec plus des trois quarts des commissaires qui sont alignés sur les vues américaines. Alors ça, c'est un message qu'il faut envoyer notamment à tous ceux qui proposent une autre Europe. Parce que de Mme Le Pen à M. Poutou, de l'extrême-droite à l'extrême-gauche en passant par tout le spectre politique français, tous les responsables politiques critiquent l'Europe. Mais aucun ne propose d'en sortir. Et ils proposent tous une autre Europe. « Moi, je veux une autre Europe comme ci, une autre Europe comme ça ». Nous avons ici une illustration parfaite du stratagème des chaînes dont je vous ai parlé.

C'est que c'est très gentil de vouloir une autre Europe à la française. Mais vous allez la faire avec qui ? Avec qui vous allez faire cette Europe sociale que M. Mélenchon se fait fort d'imposer aux autres quand on est systématiquement minorisés ? Avec qui Mme Le Pen va-t-elle renégocier je sais pas quoi, puisqu'on est systématiquement minorisés ? En plus, si Mme Le Pen arrive au pouvoir, alors la France sera amplement plus minorisée. Donc il n'y a pas de solution. Il n'y a que deux solutions viables, possibles, intellectuellement qui tiennent debout.

La première, c'est : on continue comme on est et, au bout du compte, c'est la destruction de notre pays dans un magma vassalisé par les États-Unis. Et la seconde, c'est qu'on en sorte ! Il n'y a pas d'autre possibilité que ces deux-là. Tant que les Français ne l'auront pas compris, n'auront pas compris cette problématique, eh bien nous continuerons à rester dans la version n°1. Et donc en rêvant d'une autre Europe... Vous savez que ça fait plus de 30 ans que le Parti socialiste fait des campagnes à chaque élection européenne en proposant de changer d'Europe. Eh bien nous aurons de plus en plus le développement de la situation catastrophique que je vous ai décrite.

Alors je vous ai parlé des commissaires européens, c'est-à-dire des icebergs. Mais il faudrait aussi que j'aie le temps – ce que, malheureusement, je n'ai pas – de vous parler de la partie immergée de l'iceberg qui est les fonctionnaires européens. Parce qu'il y a 27 commissaires européens. Mais des fonctionnaires européens, il y en a des centaines. Il y en a même plusieurs milliers. Or, vous savez que les prises de décision dans une structure administrative ou dans une société, c'est pas uniquement le patron. C'est que c'est tout au long d'une chaîne hiérarchique qu'apparaît une décision.

Et donc il est très important de regarder aussi qui sont les directeurs des différentes directions, quels sont ces hauts fonctionnaires. Je n'ai pas le temps de vous en présenter beaucoup. Je ne vais vous en présenter qu'un. Mais lequel ! Je vais vous présenter la personne qui a dirigé la France au cours des années 2000. C'est un fonctionnaire allemand qui s'appelle M. Klaus Regling. Il a été pendant pratiquement toutes les années 2000 le directeur général des affaires économiques à la Commission européenne. À ce titre, il a fixé la politique économique et sociale de la France. Lui avec les fonctionnaires qui l'entouraient.

Il y avait peut-être une secrétaire française, un cadre luxembourgeois, un autre cadre qui était espagnol, un autre polonais. C'est probable. Donc je ne veux pas dénoncer le fait – spécialement – qu'il soit allemand. Je veux simplement vous faire toucher du doigt le processus de fonctionnement.

Nous avons donc une technocratie qui n'a été élue par personne, qui n'a aucun lien national, qui ne correspond en rien à la volonté du peuple français qui – donc – édicte et qui a édicté par le rapport COM 2003 du 8 avril 2003 quelles devaient être les grandes orientations de politique économique de la France en vertu, d'ailleurs, de l'application des traités européens, notamment du traité de Maastricht et des successeurs qui prévoient justement l'obligation de faire converger les grandes orientations de politique économique – les GOPÉ – pour essayer de viabiliser l'euro, la monnaie européenne. Donc qu'est-ce qu'avait décidé M. Regling dans ce rapport en 2003 ?

Premièrement, abaisser le déficit public français sous la barre de 3% du PIB. Vous vous rappelez, on nous a bassinés avec ça pendant des années. Jusqu'à ce qu'en 2008, il y ait la crise économique et financière. D'un seul coup, comme il fallait sauver les banques, à ce moment-là, on n'en a plus du tout parlé. Donc moi, je me rappelle, en 2004, 2005, quand on avait un déficit de 2,9% du PIB, on disait : « Haro sur les fonctionnaires ». Paraît-il que c'étaient les fonctionnaires français qui ne fichaient rien et qui vivaient de façon sardanapalesque dans des espèces de palais des Mille et Une Nuits. C'étaient les ministères français.

Et puis à partir du moment où il y a eu la crise financière, alors là, on n'en a plus du tout parlé. On est passés de 2,9 à 3 ; 3,5 ; 4 ; 4,5 ; 5 ; 5,5 ; 6 ; 6,5 ; 7 ; 7,5 ; 8 ; 8,5% ! On est arrivés à 8,5% de déficit ! M. Sarkozy, en l'espace de 5 ans, a endetté la France de pratiquement 600 milliards d'euros. Jamais depuis Vercingétorix nous avions vu quelqu'un qui avait endetté la France d'une telle montagne de dettes en si peu de temps. Il s'agissait de sauver les banques.

Le deuxième point qui avait été défini, c'était réduire le coût de la main-d'œuvre, notamment pour les bas salaires, allant de pair avec le troisième point : réformer le marché du travail en simplifiant la protection de l'emploi et en imposant des schémas d'emplois et de carrières plus flexibles. Alors ça, c'est la langue de bois européiste. Comme il y avait une langue de bois soviétique, il y a une langue de bois européiste. Donc ça veut dire quoi ? Qu'est-ce que ça veut dire, à votre avis, « simplifier la protection de l'emploi » ? Ça veut dire qu'on peut foutre les gens à la porte du jour au lendemain.

C'était l'esprit même, d'ailleurs, du contrat première embauche – vous savez, le CPE – de De Villepin. Il y avait 2 millions de personnes qui étaient descendues dans les rues. Tout le monde avait dit : « Salaud, Villepin ! ». Mais Villepin ne faisait qu'appliquer les directives européennes. Ce qui, d'ailleurs, est un scandale. Parce qu'on peut pas se prétendre – comme il se prétend – gaulliste, pour l'indépendance de la France et être le toutou d'institutions qui imposent aux Français des choses que les Français ne veulent pas. Mais ça va très loin parce que, bien entendu, tout cela s'applique encore, hein.

Donc quel que soit le président de la République française, que ce soit un président UMP ou socialiste, il est obligé de simplifier la protection de l'emploi par notre appartenance à l'UE et à nos traités. Obligé d'avoir des schémas de carrières plus flexibles. Obligé de réduire le coût de la main-d'œuvre, notamment pour les bas salaires. C'est merveilleux, cette phrase. Enfin, merveille... Merveilleux de scandale. Il faut réduire le coût de la main-d'œuvre, notamment pour les bas salaires. Ça veut dire quoi ? Bah ça veut dire que les gens qui gagnent peu, il faut qu'ils gagnent encore moins. C'est ça que ça veut dire. Ça veut dire quoi ?

Ça veut dire qu'on va avoir des contrats de travail moins longs. Vous avez vu que vers la fin du gouvernement Fillon, M. Fillon avait dit qu'on réfléchissait à des contrats de travail de 8 heures par semaine. Donc l'avenir pour les Français, de plus en plus, c'est des contrats de travail... C'est des petits boulots. On va travailler 3 heures par jour ici, bien contents. Enfin on est en train de paupériser l'ensemble de la population. On est en train de détruire tous les acquis sociaux du XXe siècle et même de la fin du XIXe siècle. Et c'est pas uniquement quelque chose de droite. Je rappelle quand même que sous M.

Jospin, la gauche a supprimé l'interdiction de travail de nuit des femmes, qui avait été imposée en France par Roger Salengro. C'était une conquête sociale. Tout cela à la demande de l'UE. Je rappelle que M. Jean-Claude Gayssot, ministre communiste des Transports, a commencé à privatiser Air France, à la demande de la Commission européenne. Donc faut surtout bien comprendre à quel point tout cela vide de sens notre démocratie. Le point n°4, c'était réformer complètement notre système de retraite. Le point n°5 : élever l'âge effectif de la retraite. C'est depuis le début des années 2000 qu'il a été décidé... M. Jospin, Premier ministre socialiste, avec M.

Chirac, président de la République, conjointement, ont donné leur accord à ces grandes orientations de la Commission européenne. C'est-à-dire que nous allons passer progressivement à 65 ans, puis 67, puis 70 ans pour le départ à la retraite. Et les cotisations de 37 ans et demi à 38, 39, 40, 41, 42. On en est déjà à 41. Il faut voir que, désormais, en Allemagne, l'objectif maintenant, c'est vraiment le départ à la retraite à 70 ans. Alors tous les programmes que l'on fait miroiter aux Français sont des attrape-nigauds. Tous les programmes politiques sont vidés de sens par ces ins... Puisque nous appartenons, nous n'avons pas la possibilité de négocier.

Les traités européens nous font obligation d'obéir à ces décisions. Le point n°6 : enrayer la spirale des dépenses dans le secteur de la santé. Les déremboursements des médicaments. Vous savez que tous les 6 mois, on dérembourse de nouveaux médicaments. Et à gauche, on a crié contre le gouvernement Sarkozy, Fillon, etc. Mais bien sûr que c'est normal de protester. Mais ce qu'il faut bien voir, c'est que le mal vient... Enfin je ne suis pas là du tout pour défendre M. Sarkozy ou M. Fillon, bien entendu. Je dis simplement que quel que soit le gouvernement français, il appliquera les instructions venues de Bruxelles. D'ailleurs, M.

Mélenchon a fait sa campagne présidentielle sur cette thématique. Mais la proposition qu'il faisait aux Français, c'était de dire : « On va désobéir aux traités européens ». Ce qui, d'abord, est contraire à l'article 5 de la Constitution française puisque le président de la République doit respecter les traités. Et secondement, on ne prend pas en considération quelle aurait été la réaction de nos partenaires. On peut pas prétendre rester dans un dîner avec 26 autres convives et mettre les pieds sur la table et considérer que les autres vont s'en satisfaire. C'est pas vrai. Donc si vous n'êtes pas d'accord, ben vous quittez la table.

Mais on peut pas désobéir aux traités, faire un scandale et prétendre que les autres vont rester là. Parce que ça veut dire quoi ? Ça veut dire que c'est un pied de nez à leur souveraineté nationale à eux. Ça veut dire qu'on ne respecte pas l'accord que nous avions tous entre nous. Le point n°7 : mettre en concurrence les marchés de l'énergie, notamment gaz et électricité. C'est ce qu'a fait, d'ailleurs, le gouvernement Fillon début 2010 en ouvrant le marché du gaz à Goldman Sachs et à JP Morgan, ce qui est un véritable scandale puisque Goldman Sachs et JP Morgan se fichent éperdument de la qualité de service public.

Est-ce que vous croyez vraiment que Goldman Sachs est préoccupée par la façon dont on va servir du gaz à une habitante de Lons-le-Saunier ? La réponse est « non ». Ils ne sont là que pour dégager le maximum de cash. C'est une honte d'avoir ouvert le marché du gaz à JP Morgan ou à Goldman Sachs. Alors quand je vous dis tout cela, eh bien moi, je vous montre maintenant ceci. Ceci, ce sont mes compatriotes dont on se moque, dont les syndicats français se moquent éperdument. Parce que ça... Vous savez, tout au long de l'année 2010, 2011, on a fait circuler, descendre dans la rue des milliers, des dizaines de milliers de Français pour protester contre la réforme des retraites.

Il y avait la CGT, la CFDT, etc. Ça, ça se passe boulevard Beaumarchais, à Paris, près de la place de la Bastille. C'est pas très loin de chez moi. J'étais allé voir cette manifestation. J'avais récolté des tracts. Mais ce qui est fascinant dans tous ces tracts et dans toutes ces manifestations, c'est que les Français, les syndicats les faisaient descendre pour manifester contre Sarkozy et Woerth. Pas un seul tract ne disait qui a décidé la réforme des retraites. C'est la Commission européenne. Et quand vous en parlez à un dirigeant syndical, il vous dit : « Ah oui. C'est peut-être vrai. Mais de toute façon, on peut pas sortir de l'Europe ».

Je dis : « Mais pourquoi ne sortons-nous pas de ce carcan de dictature ? ». Aussitôt : « Mais vous êtes d'extrême-droite ». « Non. Je ne suis pas du tout d'extrême-droite, justement ». Mais quelle est la réponse officielle des syndicats ? « Non. Nous devons rester dans l'Europe et nous devons changer l'Europe. Nous devons avoir une autre Europe ». On reboucle sur ce que je vous ai dit tout à l'heure. « Mais vous allez la faire avec qui, cette autre Europe, quand vous avez 80% de nos partenaires qui sont complètement alignés sur la vision ultralibérale de l'économie, notamment tous les pays de l'Est ? Vous allez la faire avec qui ? ».

À force de dire aux syndiqués qu'il faut rester dans l'Europe et se battre pour une autre Europe, les syndicats, en fait, accompagnent la destruction de nos acquis sociaux. Et ça, c'est peut-être ce qu'il y a de plus terrible. C'est que l'ensemble du système médiatique, politique et syndical français est complice de la situation. Parce que les 5 plus grands syndicats français : la CGT, la CFDT, Force ouvrière, l'UNSA et la CFTC sont tous les 5 membres de la Confédération européenne des syndicats, la CES, dirigée par M. John Monks, qui est entièrement financée par la Commission européenne. J'aurai l'occasion de développer... Je l'ai déjà présenté dans mon programme présidentiel...

Mais de montrer comment la Commission européenne finance les syndicats français ou autres, notamment ces syndicats, pour qu'ils fassent passer à leurs troupes des formations sur la nécessité des réformes indispensables de structure. Donc nous n'avons plus de syndicats qui sont des syndicats qui défendent l'intérêt des salariés. Nous avons des syndicats jaunes. Moi, je les appelle les syndicats bleus à étoiles d'or. On a réinventé les syndicats jaunes. La vérité, c'est celle-là. Je parle pas de SUD, qui ne fait pas partie de la CES. Mais la vérité, c'est celle-là. C'est que la CGT n'a plus rien à voir avec ce qu'était la CGT des années 60.

D'ailleurs, les leaders syndicaux vivent très confortablement. La CGT, la CFDT, FO, l'UNSA et la CFTC sont en fait les relais de la construction européenne. Donc ils font descendre les Français dans la rue derrière des petits fanions en protestant contre Woerth, etc. Et puis au bout du compte, après avoir fait 2, 3 manifestations : « Bon allez, on range les drapeaux. Et puis, bon, camarades, on est bien obligés de... Voilà ». Ils ont en réalité servi de paratonnerre pour distraire la colère des Français et l'annihiler. C'est comme ça que ça se passe.

Donc comme au théâtre de Guignol, les responsables politiques et syndicaux incitent les Français en colère à s'en prendre à des marionnettes dépourvues de tout vrai pouvoir. « Méchant Sarkozy ! Méchant Woerth ! Méchant Jospin ! Méchant Villepin ! ». À tout cela, et comme si ça ne suffisait pas, il faut ajouter enfin les think tanks. C'est-à-dire des clubs de réflexion qui sont censés réfléchir à la place des peuples. Et pourquoi ? Parce qu'il n'y a pas de peuple européen. Donc à la Commission européenne, eh bien lorsqu'on veut un peu savoir ce que pense le peuple européen, comme il n'y en a pas, on l'invente.

Ce sont tous ces think tanks : le Groupe des Belles Feuilles, Heinrich Böll Stiftung, l'Institut Turgot, Kangaroo Group, Istituto Bruno Leoni, etc. Tous ces clubs de réflexion qui se sont créés... D'ailleurs, on retrouve très souvent les mêmes personnes. Avec des financements dont je vais vous montrer un exemple. Et qui viennent voir la Commission européenne. Qui sont reçus en grande pompe par tel ou tel commissaire. Et qui disent : « Alors que veulent les Européens ? ». Et donc ces clubs de réflexion disent : « Voilà. Les Européens veulent qu'il y ait plus de réformes, plus rapides. Nous voulons plus d'Europe ». Ils parlent à votre place et à la mienne. On va en prendre un exemple.

C'est le Center for European Reform : Centre pour la Réforme Européenne. Selon le journal anglais The Economist, ultralibéral, c'est un think-tank qui s'arrange pour être à la fois atlantiste et europhile. Je vois pas où est le problème, puisque c'est justement la même chose. Et selon le Financial Times, « a think tank with an increasingly influential role in the shaping of official policy ». Donc c'est-à-dire : « un club de réflexion avec un rôle d'influence croissant dans la formation des politiques officielles ». C'est très très important. Il y a pas seulement que les fonctionnaires des administrations européennes. Il y a aussi tous ces clubs de réflexion qui font leur lobbying.

Ce sont en fait le maki des lobbys européens. Alors c'est quoi, ce Center for European Reform ? Eh ben il est situé à Londres. Ça, c'est une saisie d'écran de sa page internet. Et si vous allez sur le site internet, vous trouvez la liste des gens qui financent ce think-tank. Ce think tank – un des nombreux qui sont censés représenter le peuple européen – exigeait plus de réformes libérales. Et qui finance ? Eh bien je vous l'ai agrandi.

Apax Partners : américain, German Marshall Fund of the United States : les reliquats des fonds Marshall : c'est-à-dire la CIA, Goldman Sachs : banque américaine, United Parcel Service : américain, Boeing : société américaine, United Technologies : société américaine, Morgan Stanley : banque américaine, Rolls Royce : ça n'est pas américain. C'est – vous savez – germano-anglais, puisque Rolls Royce a été racheté par BMW. Tiwewarner : américain, Unilever : néerlandais, Lockheed Martin : oh tiens, les revoilà ! « We never forget who we're working for ». Vous vous rappelez ? Lockheed Martin, américain.

The Economist : anglais, Citigroup : américain, Merrill Lynch : américain, Deutsche Bank : c'est allemand, JP Morgan : américain, British Bankers' Association : c'est britannique, BP : c'est britannique. Dans toute cette liste, il y en a quelques-uns que je n'ai pas repris mais il y a une seule société française – et encore, qui est Thales – qui fait partie du lot. La grande majorité des financiers de ce think-tank qui est censé représenter ce que veut le peuple européen qui n'existe pas, eh bien ce sont les sociétés américaines. Voilà comment ça marche. Alors d'ailleurs, nettoyons un peu ça et on va en garder deux. Hop ! Je les enlève. J'en garde deux.

Goldman Sachs et JP Morgan, on les retrouve partout. C'est justement à Goldman Sachs et à JP Morgan que le gouvernement Fillon a ouvert le marché du gaz français pour qu'ils dégagent le maximum de cash. Quant à Goldman Sachs, eh bien Goldman Sachs, on en parle de plus en plus. On en a beaucoup parlé, d'ailleurs, en novembre de l'année dernière. Pourquoi ? Eh bien parce que l'un des grands big boss de Goldman Sachs, c'est M.

Peter Sutherland, qui est un ancien commissaire européen de nationalité irlandaise qui est le président de Goldman Sachs International, président du groupe de Bilderberg, président pour l'Union européenne et Transatlantic Policy Network, c'est-à-dire de cet organisme qui est en train de mettre sur pied le grand marché transatlantique qui nous attend pour 2015. À peu près en 2015, en tout cas, nous allons commencer à devenir tous carrément des Américains. C'est ce M. Peter Sutherland qui a sous son autorité M. Mario Draghi, qui était l'ancien vice-président de Goldman Sachs Europe et qui vient d'être nommé en novembre 2011 président de la BCE à la place de M. Trichet.

C'était un subordonné de M. Peter Sutherland. Maintenant, c'est lui qui dirige la BCE à la place de M. Trichet. Il a sur notre vie quotidienne, puisqu'il est la personne qui coordonne les taux d'intérêt sur l'euro, la valeur externe de l'euro... Il a sur la vie quotidienne de 500 millions de personnes et notamment de 65 millions de Français une importance qui est cent fois supérieure à celle que peut avoir le ministre français des Finances. Il faut y ajouter également M.

Mario Monti, ancien consultant de Goldman Sachs, ancien commissaire européen qui a été nommé président du Conseil italien sans aucune élection en novembre 2011 lorsque l'oligarchie mafieuse qui dirige désormais le continent européen a pointé le pouce vers le bas – vous savez, comme Néron, dans les jeux du stade – en décidant la mort politique de Berlusconi. Le président du Conseil italien M. Berlusconi avait réussi à survivre à tous les scandales. Scandales de mœurs, avec ses liens avec des starlettes, des jeunes filles, scandales financiers avec de la corruption, etc. Il avait survécu à tout, Berlusconi. Il n'a pas survécu lorsque M.

Peter Sutherland a pointé le pouce vers le bas et que l'oligarchie, Goldman Sachs a décidé qu'il devait gicler. Et donc on a nommé M. Mario Monti, qui a été nommé sénateur à vie, et ensuite président du Conseil italien, sans avoir jamais été présenté à une seule élection. Jamais les Italiens n'ont voté pour ce monsieur. Ça s'appelle une dictature au sens étymologique du terme, parce que sous l'Antiquité, sous la Rome antique, la dictature, c'est lorsque – justement – il y avait des menaces étrangères. On suspendait les libertés publiques.

Et on remettait tout à un expert qui était censé mieux connaître que tout le monde ce qu'il fallait faire pour se défendre vis-à-vis des menaces étrangères et qui dictait ce qu'il fallait faire. Dictator. Je ne plaisante pas. C'est une dictature, au sens étymologique du terme. M. Monti n'a été élu par personne. Il a été nommé par une oligarchie qui a décidé que c'était lui qu'il fallait, parce que c'était lui, prétendument, l'expert. Il n'y a pas que M. Mario Monti, d'ailleurs, puisque ça a été également le cas en Grèce où M. Papandréou, le Premier ministre socialiste, compte tenu du désastre de la situation grecque qui, d'ailleurs, ne cesse de s'enfoncer dans l'anarchie... M.

Papandréou a eu un remords au dernier moment. Il a voulu organiser un référendum comme vous l'avez vu. Aussitôt, tout le monde lui est tombé dessus comme s'il avait fait un scandale. C'est presque comme s'il avait fait un coup d'État. Le Premier ministre grec a voulu faire un référendum pour demander au peuple grec s'il était d'accord avec le plan. Tout le monde lui est tombé dessus comme s'il avait voulu faire un coup d'État. Il a été viré en renonçant au référendum. Je ne sais pas si vous vous rendez compte de ce qui se passe. Mais enfin nom d'une pipe, il faut que les Français se révoltent ! Il faut quand même que... Ça suffit de rester comme ça assis devant sa télévision.

Alors l'oligarchie a nommé M. Papadímos, ancien conseiller de la banque fédérale de Boston, aux États-Unis, ancien gouverneur de la Banque de Grèce de 1994 à 2002, lorsque la Grèce s'est qualifiée – entre guillemets – pour l'euro grâce à des comptes qui avaient été falsifiés par Goldman Sachs avec lequel M. Papadímos avait travaillé. Ancien vice-président de la BCE, nommé Premier ministre grec sans aucune élection en novembre 2011, quelques jours avant que M. Mario Monti ne succède à M. Berlusconi dans les mêmes conditions. Donc ce sont des dictatures qui viennent de s'imposer en Grèce et en Italie.

Ces deux pays sont désormais dirigés par des dictateurs élus par personne et qui sont aux mains de la mafia, de l'oligarchie financière qui dirige désormais l'Europe. Voilà la situation dans laquelle nous sommes. Huitième question bête : quelles sont les conséquences géopolitiques de tout ce que je viens de vous montrer au cours de cette longue conférence qui tire maintenant à sa fin ? Eh bien la construction européenne est au service des intérêts géopolitiques nationaux américains. Ça n'est pas uniquement une construction pour une oligarchie financière, comme certains tendent à le croire. Ça sert bien les intérêts géopolitiques nationaux américains.

L'exemple magistral : pourquoi la Turquie doit-elle entrer dans l'Europe et pas la Russie ? C'est une question à laquelle vos députés sont incapables de répondre si vous la leur posez. Ils biaiseront. Ils diront : « Mais moi, je suis pas pour. Mais ci. Mais ça ». Mais c'est pas la question. Allez demander à votre député, quelle que soit sa couleur : « Monsieur le député ou madame la députée, j'ai un petit problème. La Russie est un pays d'Europe. Bah oui. Bah oui. La Turquie, ça se discute parce que c'est vrai que la Turquie a un passé en Europe. Mais enfin, c'est quand même pas principalement un pays d'Europe. Donc pourquoi la Turquie doit-elle entrer dans l'UE et pas la Russie ? ».

Alors vous verrez votre député qui tournera autour du pot, qui dira : « Oui. Mais je suis pas sûr que les Russes veulent. Oui mais les Turcs... Mais je suis pas d'accord », etc. Mais il n'aura pas d'explication. La bonne explication, c'est celle que je viens de vous montrer, que je vais préciser. La Turquie, c'est le plateau anatolien qui appartient à l'OTAN qui surveille le Caucase, qui surveille l'Iran pour le compte des Américains, qui surveille l'Irak et la Mésopotamie, les ressources en eau, la Syrie, qui surveille la protection de l'État d'Israël et qui surveille la Méditerranée orientale. C'est le flanc sud de l'OTAN.

Et les États-Unis veulent faire coïncider le périmètre de l'OTAN avec le périmètre de l'UE puisque je vous l'ai déjà dit plusieurs fois : l'UE et l'OTAN, c'est la même chose dans l'état d'esprit des Américains. L'UE, c'est la vitrine politique. Le revers de cette médaille, c'est l'OTAN : la vitrine militaire. Voilà. Et l'objectif... Ça n'est pas moi qui le dis. Il faut lire Zbigniew Brzezinski, conseiller diplomatique du président Carter, conseiller diplomatique pendant quelques mois du président Obama, américain, d'origine polonaise qui a écrit un livre qui s'appelle « The Grand Chessboard », en américain traduit en français : « Le grand échiquier ».

Et qui explique que toute la politique américaine consiste à maintenir une hégémonie mondiale puisque pour la première fois depuis le Big Bang, depuis la création de l'univers, c'est une puissance qui est située sur le continent américain qui domine l'univers alors qu'auparavant, c'était toujours une puissance eurasiatique. Premièrement. Deuxièmement, pour maintenir ce leadership absolu des États-Unis, il faut donc contrarier la réapparition d'une menace en Eurasie. Ça veut dire avoir sous domination l'ensemble de l'Europe. Ça veut dire refouler au fin fond des steppes toute puissance russe. Et donc il s'agit d'encercler la Russie par l'ouest et par le sud.

Voilà pourquoi la Turquie va entrer dans l'UE. Et voilà ce qu'aucun responsable politique français ne peut expliquer puisqu'expliquer cela, c'est expliquer ce que c'est que la construction européenne. Et s'ils le faisaient... D'abord, je pense que beaucoup n'ont pas compris. Mais ceux qui le savent savent que s'ils le disaient à la population, ils seraient morts médiatiquement. Alors voici maintenant ce qui faisait la grande puissance de la France : les pays de la francophonie. Si la France était et est encore... Mais chaque année qui passe est en train de torpiller notre pouvoir mondial, notre rayonnement mondial.

C'étaient les pays de la francophonie, que l'on voit sur ce planisphère en couleur bleu ciel. C'est-à-dire pour l'essentiel les anciennes colonies françaises. Pas toutes parce que, par exemple, l'Algérie a refusé encore d'entrer dans la francophonie. Mais globalement, ce sont les pays où l'on parle le français. C'est-à-dire globalement des anciennes colonies françaises. Y compris le Canada, parce que c'est le Québec qui va avec. Et il faut bien comprendre que plus... Avec la construction européenne, eh bien on est en train de couper la France de tout ce qui faisait notre puissance et notre rayonnement mondial.

Puisque plus nous nous enfermons dans cette espèce d'univers étriqué de l'empire euro-atlantiste, où l'on prétend que l'on doit fusionner avec des peuples comme l'Estonie, la Lettonie, la Lituanie... Je n'ai rien contre les Estoniens, les Lituaniens ou les Lettons. Mais nous n'avons aucun lien particulier avec eux. En revanche, nous avons des liens avec des pays d'Afrique très importants dont nous nous coupons progressivement, parce que la construction européenne est une construction, dans son essence philosophique, qui est une construction raciste. Creusez l'européisme.

Vous trouverez tout de suite – ou en tout cas très rapidement – le partisan de l'Europe qui vous dira : « Mais oui, mais si jamais on ne fait pas l'Europe, vous vous rendez compte, les Arabes ! Vous vous rendez compte, les Noirs, les Indiens, les Chinois ! ». Voilà la réaction qui, d'ailleurs, est une réaction débile. À de nombreux égards, j'ai déjà eu l'occasion de l'expliquer puisque, par exemple, en matière industrielle, eh bien le français Renault fait alliance avec le japonais Nissan pour mieux combattre l'allemand Volkswagen. Pareil lorsque, par exemple, Thomson se fait racheter par le chinois TCL pour mieux combattre l'allemand Siemens.

C'est-à-dire que le jeu des alliances industrielles capitalistiques mondiales se jouent complètement du périmètre de l'UE. En attendant, la preuve est ainsi faite que ce n'est pas sortir de l'UE qui isole la France. C'est d'y rester. Et on le voit depuis 1965. Vous vous rappelez ce que je vous montrais, l'affiche de Mitterrand. Mitterrand qui disait que De Gaulle, c'était la France isolée. Non, ça n'est pas vrai. La France est plus isolée que jamais, maintenant. Si vous avez des amis latino-américains, russes, dans le monde arabe, africains, en Chine, si vous avez vraiment des amis comme moi j'en ai, qu'est-ce qu'ils vous disent tous ?

Ils vous disent tous : « Mais qu'est-ce qu'est devenue la France ? Mais qu'est-ce que vous êtes devenus ? Est-ce que vous vous êtes regardés dans la glace ? Vous, le pays de Louis XIV, de Napoléon, des soldats de l'an II, de Clemenceau, de Foch, de De Gaulle, qu'est-ce que vous êtes devenus ? Vous êtes devenus les larbins des Américains ! C'est ça, votre avenir ? ». Donc j'insiste. Ça n'est pas sortir de l'UE qui isole la France. C'est bien d'y rester. Cet effacement rapide de la France, d'ailleurs, n'est pas perdu pour tout le monde. En voici un exemple parmi des dizaines d'autres.

Le 1e novembre 2006, le président chinois Hu Jintao a rencontré à Libreville le président gabonais Omar Bongo, qui est décédé depuis lors mais, maintenant, c'est son fils. Regardez cette affiche. Alors on va me dire : « Ah oui ! Vous, vous êtes pour la Françafrique ». Non, je suis pas pour la Françafrique. Je suis pour des rapports totalement rénovés entre la France et les pays d'Afrique. Mais ce que je dis, c'est que ceux qui, en ce moment, se battent contre la Françafrique ont plusieurs métros de retard. Parce que maintenant, c'est plus du tout comme ça que ça se passe. Dans les années 70, on avait Pompidou avec Bongo, quand il allait à Libreville.

Et puis à la fin des années 70, c'était Giscard avec Bongo. Et puis dans les années 80, c'était Mitterrand avec Bongo. Et puis après, dans les années 90, 2000, c'était Chirac avec Bongo. Et maintenant, c'est Hu Jintao avec Bongo. Voilà la situation dans laquelle est en train de nous amener l'UE : la disparition de notre pays de la scène mondiale. En d'autres termes, les autres pays se marrent, hein. Les Américains : « Nous faisons bon accueil à une Europe vraiment unie ». Et la Chine soutient l'intégration de l'UE et apprécie les efforts de l'UE pour jouer un rôle plus grand et plus constructif dans les affaires internationales. Eh ben oui.

Les Américains sont en train de récupérer toutes les anciennes colonies dont nous partons très vite puisque nous ne donnons plus... Nous sommes en train de tuer tout ce qui faisait nos atouts mondiaux. Chapeau ! Chapeau, la stratégie des dirigeants français ! On est en train d'emmener l'ensemble de la population française vers la pauvreté et en train de détruire tous nos atouts mondiaux ! Et pour le plus grand bénéfice de qui ? Des Américains ou des Chinois. Les Chinois, pendant des décennies, n'ont pas cru. Ils ont dit : « C'est pas possible. Ils sont quand même pas bêtes au point de tomber pieds et poings liés dans cette stratégie américaine ». Eh ben si !

Eh bien y a un moment à partir duquel ils se disent : « Ben très bien. Qui va à la chasse perd sa place ». Et si les Français sont sur le déclin... Puisque la France est en pleine décadence vu de Pékin, vu de Washington... Enfin les Américains, d'ailleurs, n'ont pas beaucoup de leçons à nous donner. Mais enfin vu des pays d'Extrême-Orient que je connais bien, eh bien nous sommes en pleine décadence. Il est temps d'aller rendre notre place. Alors la « théorie du choc des civilisations » de Huntington est schématique comme un western hollywoodien. C'est la clé de voûte finale de cette conférence.

C'est qu'en réalité, vous savez que je vous ai parlé de Brzezinski, qui explique donc l'encerclement de la Russie. L'autre théoricien, c'est Samuel Huntington, l'Américain qui a dit que le monde devait s'orienter vers ce monde multipolaire dont on nous a bassinés avec, donc, des grandes civilisations qui se partageraient la planète. C'est une vision criminelle, belliciste, raciste, religieuse et qui est poussée par les Américains dans une espèce de volonté de taxinomie délirante pour diviser le monde en quelques grands blocs. Premier bloc, celui qui est de couleur framboise écrasée, c'est le monde judéo-chrétien. Oh ! Comme par hasard, ce monde judéo-chrétien correspond pile poil à l'OTAN.

Ça tombe bien. C'est la justification théorique de la mainmise des États-Unis sur l'Europe occidentale. La couleur pistache, c'est le monde latino-américain. Pourquoi n'est-il pas judéo-chrétien ? On se le demande. Mais non, on ne se le demande pas. C'est tout simplement parce que ce sont des gens qui détestent les Yankees. Et donc on les a confinés dans un ghetto. Ici, le long du Rio Grande, j'ai déjà dit : « On tire à vue sur les immigrés clandestins ». Et puis après ça, vous avez les très très très méchants qui sont de couleur moutarde. Ce sont les musulmans. Alors dans la pensée américaine, eh bien on va mettre dans ce monde moutarde... Ça va depuis le Sénégal ou la Mauritanie...

Les pays du Sahel, les Arabes du Maghreb, les Arabes du Machrek, les Badawiyoune d'Arabie saoudite... Tout ça, ce sont des Arabes. Mais on met dans le même sac les Iraniens qui sont des Aryens, qui sont des personnes qui ne sont pas des Arabes. On met le monde turcophone. Les Turcs, ce sont des autres ennemis mais ce ne sont pas des Arabes. On y met les Pakistanais qui sont des Aryens. On y met les Bengalis du Bangladesh qui sont encore des différents. Les Somaliens. On y met le monde malais avec l'Indonésie et la Malaisie. Et ça se termine par ces tribus papoues de l'Irian Jaya. Donc on fait prévaloir une vision délirante, uniquement religieuse.

D'ailleurs comme si l'islam n'était qu'une seule et même religion, alors que vous avez l'islam sunnite, l'islam chiite, l'islam zaïdique (NDLR : inclus dans l'islam chiite). Vous avez des quantités de sectes. Et puis vous avez bien plus encore : des schémas historiques, anthropologiques totalement différents. On sait très bien que l'islam de Malaisie ou d'Indonésie n'a rien à voir avec l'islam de l'Afghanistan ou avec celui de la bande du Sahel, parce que ce sont des peuples différents, des langues différentes. Par exemple, dans tout le sud-continent, il y a le pouvoir de la shakti, le pouvoir de la femme nourricière.

Ce qui fait que nous avons le Bangladesh ou le Pakistan qui sont parmi les principaux pays musulmans du monde qui ont été parmi les premiers pays du monde à être dirigés par des femmes. Comme, d'ailleurs, l'Inde et le Sri Lanka qui... L'un est hindou majoritairement et l'autre bouddhiste. Donc on a des schémas anthropologiques qui prévalent tout ça mais les Américains s'en foutent ! C'est pas le problème ! Alors en plus de ça, après ça, c'est la civilisation africaine. Dans l'esprit de celui qui a conçu ça, c'est évidemment l'absence de civilisation. Donc on a mis dedans n'importe quoi.

On a mis le Sud ivoirien, qui est catholique et francophone, avec le Nigeria qui est musulman anglophone, avec Madagascar, dont les plateaux sont peuplés de gens d'origine malaise comme vous le savez, avec des pays relativement développés voire très développés, comme l'Afrique du Sud. On s'en fiche éperdument. Et puis alors on a mis l'Inde, la civilisation indienne, comme si l'Inde n'était pas un pays musulman, alors que c'est le deuxième pays musulman de la planète le plus peuplé après l'Indonésie. Je rappelle d'ailleurs au passage – comme vous le savez sans doute, mais c'est toujours bon à rappeler – que la majorité des musulmans ne sont pas arabes. C'est d'abord des pays...

Les pays les plus peuplés, c'est l'Indonésie puis l'Inde puis le Pakistan puis le Bangladesh. Nous avons ici ensuite la civilisation dite confucéenne, c'est-à-dire chinoise et ses prolongements. La civilisation japonaise, que les Américains ont eu la gentillesse de considérer comme une civilisation à part. Et puis les deuxièmes très très méchants qui sont couleur caca. Eh bien après la couleur moutarde, là, c'est le monde orthodoxe. Whouuuuu ! Ils sont très très méchants aussi. Faut vraiment les repousser au-delà.

En tout cas, tout cela pourrait prêter à plaisanteries si, comme je l'ai dit tout à l'heure, ça n'était pas la pseudo-justification théorique d'une volonté de faire un ensemble euro-atlantiste guerrier qui a vocation à vouloir diriger le monde et imposer des guerres néo-coloniales. Alors c'est évidemment extrêmement grave. Parce que cette construction européenne, qui tient encore un petit peu dans l'esprit des gens parce qu'on leur fait croire que l'Europe, c'est la paix... Non. L'Europe est en train de nous entraîner vers la guerre ! Et on le voit de plus en plus !

Je signale que l'Eurocorps, qui est l'embryon d'une armée européenne, comporte 5 membres permanents : depuis 1992 la France, l'Allemagne, l'Espagne, la Belgique et le Luxembourg. 4 autres pays qui participent à l'état-major : l'Autriche, la Grèce, la Pologne et la Turquie ! Ceux qui croient encore que la Turquie n'entrera pas dans l'Union, elle est déjà dans l'Eurocorps. Si vous allez sur le site internet de l'Eurocorps, vous verrez – c'est une saisie d'écran – que c'est marqué dessus : « EUROCORPS », « A force for the European Union and the Atlantic Alliance ». Je suis obligé de parler en américain puisque tout ce qui européen, en fait, est américain.

Ça, ça veut dire : « Une force militaire pour l'Union européenne et l'alliance atlantique ». C'est donc la confirmation de ce que je ne cesse de vous dire depuis le début de cette conférence : l'UE et l'OTAN sont les deux faces de la même monnaie. C'est la raison pour laquelle, d'ailleurs, lorsque Nicolas Sarkozy a fait que la France a réintégré le commandement militaire intégré de l'OTAN, c'est évidemment... Je considère ça comme un scandale. Mais c'est un scandale qui est tout à fait logique. Et je trouve tout aussi scandaleux ceux qui font semblant de s'en offusquer. Comme certains comme – par exemple – M. Mélenchon ou M.

Dupont-Aignan qui prétendent rester dans l'UE et l'un veut sortir de l'OTAN, l'autre du commandement militaire intégré. Mais ça veut dire qu'ils mentent. Il suffit de lire l'article 42 du TUE qui subordonne toute la défense de l'Europe à, d'abord... Ce qui a la prééminence, c'est l'OTAN. Donc il y a encore une fois... Le choix est extrêmement clair. Soit on est dans l'UE et donc dans l'OTAN – il faut participer à l'OTAN, tout –, soit on sort de l'UE et de l'OTAN. Mais on peut pas avoir un croisement entre les deux. On peut pas être dans l'UE sans être dans l'OTAN. Certes, on va me dire : « Oui. Il y a la Suède ou l'Autriche ». Mais ce sont des pays neutres.

Ce ne sont pas des pays qui entretiennent une armée comme l'armée française. Donc il y a une logique profonde aux décisions stratégiques. C'est donc un des grands tabous de notre société : l'Europe, c'est la guerre. C'est d'ailleurs ce à quoi on assiste. Nous sommes désormais présents, par exemple dans le cadre de l'ISAF... Nous sommes présents dans l'Eurocorps. Nous sommes présents en Afghanistan. Nous participons toutes les semaines à des crimes de guerre qui sont qualifiés de bavures dans les médias. En disparaissant progressivement dans l'UE-OTAN, dans ce que les médias appellent la communauté internationale... Vous savez que c'est un mot codé, « communauté internationale ».

Si vous lisez les journaux, vous découvrez un jour que la communauté internationale proteste contre les déclarations du président Chavez du Venezuela. Ah ! Donc ça veut dire que le Venezuela n'est pas dans la communauté internationale. Le lendemain, vous apprenez que la communauté internationale s'émeut des conditions de l'élection présidentielle en Russie. Ah ! Très bien. Donc la Russie n'est pas dans la communauté internationale. Après ça, la communauté internationale est inquiète de la situation des droits de l'homme en Chine. Ah ! Donc la Chine n'est pas non plus dans la communauté internationale. La communauté internationale est préoccupée par la situation en Iran, en Syrie, etc.

Donc de proche en proche, vous vous apercevez... Mais qui est dans la communauté internationale ? La communauté internationale, c'est un mot codé, une expression codée dans la langue de bois des médias sous domination actuelle. Ça veut dire les États-Unis et l'UE plus le Canada plus les obligés ou alliés des États-Unis comme par exemple le Qatar, le Costa Rica ou ce genre d'État. En tout cas, plus nous disparaissons dans l'UE et l'OTAN, plus la France apparaît aux yeux du reste du monde comme indigne de son histoire et se rend de plus en plus méprisable et odieuse aux trois quarts de l'humanité.

Maintenant, nous arrivons à la fin de cette très longue conférence en posant la dernière question bête : « À quoi sert votre bulletin de vote ? ». Eh bien votre bulletin de vote ne sert pas exactement à rien. Il sert à vous faire croire que vous êtes encore en démocratie. Il sert à vous enfumer. Parce que si on vous aviez retiré le droit de vote, vous seriez pas contents. Donc on vous a laissé le droit de vote. Mais on vous fait voter entre des personnes qui n'ont pratiquement plus aucun pouvoir réel, sauf sur des sujets de nature... Du style sujets de société : euthanasie, mariage gay. Ce genre de choses. Mais à part ça, sur tous les sujets stratégiques, ils n'ont pu rien avoir.

Que ce soit en matière économique, financière, industrielle, diplomatique, militaire, culturelle, rien ! Alors comment ça s'est passé ? Eh ben je me permets de vous rappeler rapidement, quand même, quels sont les pouvoirs qui nous ont été volés. L'UE possède une compétence dite exclusive. Ça veut dire que les États n'ont plus leur mot à dire. Quand on dit « les États », ça veut dire « les électeurs ». Sur quels sujets ? Premièrement sur l'union douanière et la politique commerciale commune. Ça veut dire notamment les délocalisations.

Je me suis répandu depuis des mois et des mois à expliquer aux Français que l'article 63 du Traité sur le fonctionnement de l'Union européenne (TFUE) interdit toute restriction aux échanges de capitaux. Ça veut dire qu'on ne peut plus lutter contre les délocalisations. Parce qu'avant, dans les années 60, 70, 80, quand une société... Si une société avait voulu construire une usine en Chine, il fallait qu'elle demande l'autorisation de la direction du trésor du ministère des Finances qui disait « non ». Voilà. Et si une société américaine voulait ou enviait de racheter une société française, fallait qu'elle demande l'autorisation au ministère français des Finances, qui disait « non ».

Qui pouvait dire « oui », mais qui disait en général « non ». C'est comme ça que ça se passait. Et la France n'était pas la Corée du Nord ou 1984. C'est pareil pour tous les autres États. Les délocalisations, c'est pas tombé du ciel ! C'est une décision qui a été prise délibérément par la Commission européenne et le US Trade Representative américain. Quand on fait croire aux Français que l'Europe nous protège... Vous savez, c'est l'Europe qui a créé la situation qui est en train de nous détruire. C'est ça qu'il faut bien comprendre. Donc l'article 32, l'article 63 du TFUE...

Je vous renvoie à mes conférences, la présentation de mon programme présidentiel, à la fois sous forme vidéo et sous forme de texte sur notre site. Eh bien cette politique échappe à la volonté des électeurs. Deuxièmement, l'établissement des règles de concurrence nécessaires au fonctionnement du marché intérieur. En particulier le démantèlement des services publics, la privatisation. La privatisation rampante d'EDF, de GDF, de La Poste, etc, tout ça est décidé par l'UE. C'est une compétence exclusive ! Donc ça veut dire que quoi que vous puissiez voter, sauf si – comme moi, je vous le propose – nous décidons de sortir de l'UE, de cette prison des peuples...

Mais si nous décidons d'y rester, ce qu'ont proposé, d'ailleurs, les 10 candidats à l'élection présidentielle de 2012, eh bien si nous décidons d'y rester, eh bien il faut s'attendre à la poursuite du démantèlement de nos services publics. Troisièmement, la politique monétaire pour les États dont la monnaie est l'euro. Donc ça veut dire les taux d'intérêts, toutes les grandes orientations de politique économique, le niveau de vie, la croissance, l'emploi, le chômage. Toutes ces questions qui sont au cœur, évidemment, des problèmes des Français. Tout cela ne dépend plus de votre vote. Voilà.

Et enfin, le dernier point, qui est un peu accessoire quand on part dans le Jura, qui ne l'est pas du tout quand on part – comme je l'ai fait – à Lorient ou à Quimper. C'est la conservation des ressources biologiques de la mer dans le cadre de la politique commune de la pêche. Donc notamment le revenu des pêcheurs. J'ai déjà expliqué... J'ai un peu de sang breton dans les veines. Eh bien je peux vous assurer que dans les années 60 – je connais bien la presqu'île de Crozon –, il y avait des ports de pêche à Morgat, à Camaret, et puis un peu en dehors de la presqu'île de Crozon à Douarnenez. Eh bien en tout cas, à Morgat, il n'y a plus de port de pêche.

À Camaret, il n'y a plus de port de pêche. À Douardenez, il n'y aura bientôt plus de port de pêche. Enfin, il y en a quand même un, maintenant, pour trouver un port de pêche. Et donc tous ces anciens ports de pêche se sont transformés en stations balnéaires espagnoles, avec des bistrots et on vend, vous savez, des gouaches ou des pastels où on représente des navires échoués sur une plage. Le deuxième volet, ce sont les sujets sur lesquels l'UE possède une compétence dite partagée.

Un nouvel euphémisme qui signifie en réalité que les États – c'est-à-dire les électeurs –, là non plus n'ont plus leur mot à dire sauf sur des sujets accessoires et sauf si l'UE le leur demande, ce qu'elle fait très rarement. C'est le marché intérieur, la politique sociale sous de très nombreux aspects, la cohésion économique, sociale et territoriale, l'agriculture, l'environnement, la protection des consommateurs, les transports, les réseaux transeuropéens, l'énergie, les questions de liberté publique, les questions de sécurité, la justice, l'immigration et les enjeux communs de sécurité en matière de santé publique. Ça veut donc dire, en gros... Bah à peu près tout.

Ça veut dire que que ce soit la politique vis-à-vis de l'immigration, sujet sur lequel on adore faire se battre les Français... Mme Le Pen, M. Le Pen, la SARL Le Pen & Co : M. Le Pen, Mme Le Pen, le gendre Le Pen, la petite-fille Le Pen font leur beurre – sans mauvais jeu de mots – depuis maintenant 29 ans sur la question de l'immigration. Personne ne dit que depuis le traité d'Amsterdam, les questions d'immigration ont été transférées – en matière stratégique – à l'UE. On l'a vu, d'ailleurs, lorsque le gouvernement de M. Fillon a voulu procéder à des expulsions massives de roms. Je ne prends pas parti, ni pour ni contre. Je parle simplement en termes juridiques.

Eh bien aussitôt, Mme Viviane Reding, commissaire européenne luxembourgeoise, a menacé la France de la déférer devant la Cour de justice de l'Union européenne parce que les expulsions d'étrangers sont décidées désormais au niveau européen. Pareil en matière de carte bleue. Vous savez que la politique de l'UE en matière d'immigration, c'est désormais d'aller faire son marché aux esclaves. C'est-à-dire d'aller dans les pays du Sud et de retenir, de choisir les gens diplômés. C'est immonde ! Pourquoi ça ? Bah parce qu'on s'est aperçu que quelqu'un qui a une licence en maths, par exemple... C'est quelqu'un qui a – admettons – 22, 23 ans et qui a son bac et qui a une licence universitaire.

En gros, ça coûte à peu près 200 000 € à fabriquer. Les gens qui nous dirigent raisonnent comme ça. Parce qu'il faut avoir un service de maternité. Il faut qu'il y ait une maman qui ait un bébé. Il faut assurer, donc, l'accouchement. Il faut assurer le bien-être de la maman. Ensuite, il faut nourrir le bébé, le loger, l'habiller. Puis après ça, il faut qu'il aille à l'école. Faut avoir un service d'éducation. Il faut le soigner. Puis il faut le faire grandir jusqu'à 20 ans. Puis faut qu'il aille à l'école, puis au collège, puis au lycée, puis à l'université. En gros, allez, 200 000 €. Bah si on va chercher un Sénégalais qui a une licence en maths, ça fait 200 000 € de gagnés !

C'est exactement le schéma des Américains avec la green card. Et c'est le schéma, maintenant, des Européens avec la blue card qui va décider, qui va chercher des personnes compétentes dans les pays du Sud. Ce qui est une honte, puisqu'il s'agit vraiment d'aller faire son marché aux esclaves. Et c'est évidemment empêcher les pays du Sud d'essayer de se développer. Parce que si on leur pique systématiquement toutes les élites qu'ils produisent, évidemment, ils ne se développeront jamais. On pourra maintenir, d'ailleurs, avec ces États des relations de domination. Alors ça, c'est sur l'immigration.

La façon dont j'en parle, qui est la vraie façon dont on devrait en parler, évidemment, personne n'en parle. À l'extrême-droite, on préfère faire mousser la viande hallal. Les OGM, c'est pareil. Les organismes génétiquement modifiés, 85% des Français sont contre. Mais ça nous est imposé par l'UE. Et d'ailleurs, si nous refusons... Nous avons été, d'ailleurs, déjà déférés devant la Cour de justice, avec une pénalité de 160 000 € par jour de retard dans la transposition des directives européennes sur la question. C'est-à-dire si on attend 100 jours, 160 000 par 100, ça fait 16 000 000 € parce qu'on a attendu 3 mois avant de transposer les directives européennes.

Les vaccinations massives, la privatisation d'EDF-GDF, la précarisation de l'emploi, les fusions-acquisitions, la préservation de l'environnement, les mandats d'arrêt... Vous savez qu'il y a le mandat d'arrêt européen qui est en train de ruiner nos libertés publiques dans un aspect fondamental. Les fonds structurels régionaux... Bref, tout cela... Je ne dis pas « est décidé exclusivement par Bruxelles ». Ça, c'est excessif. Mais très largement décidé par Bruxelles. En tout cas pour tous les sujets stratégiques. Les élus nationaux français, dans le meilleur des cas, n'ont plus qu'une faible marge de manœuvre.

Le troisième volet, eh bien c'est là où l'UE possède une compétence dite de coordination. Alors là, pour le coup, les États – donc les électeurs – conservent une marge de manœuvre. Les États ont une marge de manœuvre mais l'UE a un pouvoir d'appui, de publicité et de coordination. C'est quoi les sujets ? La protection et l'amélioration de la santé humaine, l'industrie, du moins pour ce qu'il en reste, puisque je rappelle que nous perdons actuellement 800 emplois industriels par jour et une usine par jour. La culture. La culture, ça veut dire par exemple qu'on a ce pouvoir extraordinaire. C'est de pouvoir organiser une exposition sur les impressionnistes au Grand Palais.

Le tourisme quoique la plupart, maintenant, des activités de promotion touristique soient faites en France par les comités départementaux ou régionaux du tourisme. C'est quand même pas un sujet d'une ampleur stratégique. L'éducation. Alors l'éducation, c'est un très grand sujet, bien entendu. Sauf que c'est un sujet doté d'une inertie considérable. C'est très très inertiel quand on prend des mesures en matière d'éducation. Ça s'étale sur des années et des années pour que ça fasse des évolutions. Et d'ailleurs, au passage, je signale quand même, en matière d'éducation, l'UE met son grain de sel puisque, de plus en plus, on va vers un manuel d'histoire franco-allemand, des choses comme ça.

C'est-à-dire en fait, comme dans tout pays totalitaire, une réécriture de l'Histoire. D'ailleurs, on parle de moins en moins de ce dont je vous ai parlé ce soir : par exemple de François Ier, Charles Quint. C'est de très très mauvaise... C'est pas du tout intéressant. Faut surtout pas en parler aux Français. Voilà. Il faut de plus en plus que les Français oublient quelle est leur propre histoire. C'est exactement le mythe de l'homme nouveau – Homo sovieticus – de l'Union soviétique. On voulait réécrire toute l'histoire antérieure selon la lumière d'une espèce de processus dialectique conforme à la pensée marxiste-léniniste.

Donc là, on réécrit toute l'histoire antérieure en fonction de l'idée de la construction européenne. C'est vraiment des choses tout à fait voisines. La formation professionnelle, la jeunesse, le sport, la protection civile et la coopération administrative. Tout ça, ce sont des sujets qui ne sont pas sans intérêt, bien entendu. Ce sont des sujets qui ont de l'intérêt. Mais vous voyez bien que ce sont des sujets soit très très inertiels comme l'éducation, soit des sujets relativement de deuxième ordre ou de troisième ordre par rapport à tout ce dont on vient de parler qui concerne le chômage, le taux de croissance, le taux d'intérêt, la politique en matière de services publics, etc., etc.

Le quatrième et dernier volet, c'est la politique européenne de sécurité et de défense. Donc le traité de Lisbonne nous contraint de plus en plus à essayer d'avoir la même politique étrangère. Tout à l'heure, je vous ai présenté l'armée mexicaine pour vous montrer à quel point c'était une gageure. Néanmoins, de plus en plus, on est pieds et poings liés – comme on l'était, d'ailleurs, sous la IVe République – aux directives venues de Washington. Aucun ministre français ne va à Cuba, parce que les Américains ne veulent pas qu'un ministre français aille à Cuba. Aucun ministre français ne va au Venezuela, parce que ça déplairait aux Américains.

Tous les Français s'indignent de la situation en Iran, parce que les Américains en ont décidé ainsi. Je signale quand même que je ne suis pas là pour défendre la situation en Iran. Mais enfin, il se trouve qu'on reproche à l'Iran de vouloir créer une bombe atomique. Ce qui, d'ailleurs, d'après les 17 agences de renseignement américaines... Paraît-il qu'elles ont confirmé que ce n'était pas le cas. Moi, je lis ce que j'ai vu dans l'Express. En tout cas, ce que j'observe, c'est que l'Iran est entouré de puissances qui ont la bombe atomique.

Que ce soit Israël, la Russie, le Pakistan ou bien les États-Unis ou la Chine – les États-Unis présents par des sous-marins à proximité –, tout le monde reproche à ce pays de vouloir avoir une bombe atomique alors que c'est justement ceux qui en possèdent. En tout cas, nous ne pouvons plus avoir de pensées divergentes. Vous avez vu que les Américains ont décidé d'un seul coup de refaire copain-copain avec la Birmanie. Donc d'un seul coup, tout le monde, tous les Européens, très gentiment, retournent en Birmanie alors que – c'était un sujet que je connaissais bien – on n'avait pas le droit d'aller en Birmanie parce que les Américains avaient décidé qu'on n'avait pas le droit. Etc., etc.

Nous sommes devenus complètement dominés par les États-Unis d'Amérique. Alors la conclusion de tout cela, c'est quoi ? Eh bien c'est que l'essentiel de nos lois et de nos règlements... Alors il y a des gens qui disent 80%. Il y a des gens qui disent « Mais non », etc. Ça dépend de ce qu'on appelle une loi. Il y a des lois qui sont de très très peu d'intérêt. Par exemple, la délimitation des eaux du Maroni entre la France et le Suriname, ça fait partie d'une loi. Mais c'est pas d'un intérêt... Si on déplace la frontière de 5 mètres ou de 15 mètres, c'est pas très important. Donc ça dépend de ce qu'on appelle une loi.

Mais tout ce qui est stratégique, désormais, ce sont les simples transpositions des directives européennes. Donc le président de la République, nos ministres, nos députés, nos sénateurs ne décident presque plus de rien de stratégique. Alors ils peuvent faire de la mousse. Ils peuvent faire mousser tel ou tel sujet. Comme on le voit... En général, ce sont des sujets – d'ailleurs – polémiques et clivants mais qui ne changent en rien l'évolution stratégique de notre pays vers la soumission à l'empire et vers la destruction de la France. Donc la vérité, c'est que la République française n'est plus qu'un fantôme. Notre démocratie n'est plus qu'une apparence.

Alors ce qui est nouveau, peut-être grâce – notamment – à Internet, peut-être aussi, je pense que j'ai pu personnellement contribuer à cette prise de conscience parmi nos concitoyens puisque notre mouvement se développe très rapidement et que nous avons des milliers, des milliers, des milliers de connexions sur notre site... Donc je pense que nous avons pu contribuer avec d'autres à cette prise de conscience et que de plus en plus de Français commencent quand même à se rendre compte du problème. Et puis il y a les faits. Comme disait Nietzsche : « Les faits et leur formidable éloquence ».

Parce qu'il y a 20 ans qu'on avait promis que l'euro et que l'UE apporteraient bienfaits, bonheur, prospérité, etc. Et les Français sont obligés de constater, comme les Grecs, comme les Italiens, comme les Espagnols que c'est le contraire qui est vrai et que chaque année est pire que la précédente. Et donc progressivement, eh bien les Français commencent à le comprendre. Je voudrais attirer votre attention sur un sondage Viavoice pour le journal Libération du 16 avril 2012, au sujet de l'élection présidentielle de 2012. 6 Français sur 10 ont trouvé cette campagne présidentielle décevante.

61% des personnes interrogées ont estimé que l'adjectif « décevante » s'appliquait bien à la campagne présidentielle de 2012. 57% l'ont trouvée ennuyeuse. 51% agressive. 45% compliquée. 32% constructive. 30% proche des vrais problèmes. Ça veut donc dire que 70% des Français considèrent qu'elle n'était pas proche des problèmes des Français. Ça veut donc dire que les Français commencent à réaliser que l'on se paye leur tête, qu'on leur fait une campagne décevante et qui ne concerne pas les vrais problèmes. Ça veut dire que nous sommes entrés dans une phase politique qui va aller de plus en plus vers une remise en cause générale de la situation. Les Français sont extrêmement mécontents.

Ils sont mécontents de cette campagne. Ils sont mécontents des candidats qu'on leur a présentés. Je vous ai rappelé qu'ils avaient été présélectionnés par les médias et qu'aucun des 10 candidats n'a dit ce que – moi – je voulais dire. Mais moi, je n'ai pas eu mes parrainages parce que je n'étais pas médiatisé. Et il y a 19% des personnes interrogées qui ont estimé qu'il y avait de bonnes raisons de s'abstenir particulièrement à cette élection présidentielle. Vous vous rappelez qu'au premier tour, il y a eu 20,5% d'abstention, d'ailleurs. Et parmi ces personnes-là, 38% d'entre elles estimaient que cette élection ne changera rien.

29% que les candidats ne sont pas à la hauteur et 27% que la campagne électorale n'a pas été convaincante. Alors que faire ? Eh bien que faire ? Nous, nous avons une solution. C'est celle pour laquelle j'ai créé ce mouvement politique : l'Union populaire républicaine. C'est de sortir de l'UE. Comment ? Eh bien en appliquant l'article 50 du traité de l'Union européenne qui, justement, prévoit comment ça marche. C'est-à-dire que tout État membre peut sortir de l'Union. Article 50, alinéa 1 du TUE. Donc déjà, ne vous laissez pas avoir par ceux qui vous disent : « Ah, c'est impossible ». C'est pas impossible puisque c'est écrit. C'est prévu. Donc si c'est prévu, c'est que c'est possible.

Et si c'est possible et si c'est prévu, alors on a le droit d'en débattre. Et vous vous rappelez ce que je vous ai dit. La stratégie américaine depuis 1854 : éviter tout débat. Nous, nous sommes là d'abord et avant tout pour poser les termes du débat et pour imposer qu'en France, on ait le droit de débattre de ce choix stratégique qui a été fait en 1950. Excusez du peu. Ça fait quand même 62 ans que l'on est dans la stratégie de la construction européenne qui ne marche pas. 62 ans depuis 1950. Il y a un proverbe chinois que j'aime bien qui dit : « Avoir toujours la même stratégie, c'est ne pas avoir de stratégie ».

L'alinéa 2 de l'article 50 précise que l'Union doit négocier et conclure avec cet État un accord fixant les modalités de son retrait. Donc on fait ça calmement. Il n'y a pas de crise d'hystérie et de crise de nerfs. On décide d'en sortir et on négocie avec les 26 autres partenaires, sujet par sujet, ce que l'on va faire. D'ailleurs, on peut très bien conserver des réglementations. Vous savez, la règle de succession des États, c'est que tant qu'une réglementation n'a pas été modifiée, elle se maintient. Si on sort de l'UE, il y aura le jour d'après. Le Soleil va se lever. La boulangère va vous vendre sa baguette. C'est pas l'apocalypse. D'ailleurs, on pourra maintenir...

On va pas recréer des... On va pas hérisser la France de frontières. Les gens qui vous disent : « Ah ! Vous voulez rétablir des frontières. Vous vous rendez compte ? ». Je leur réponds : « Mais les frontières, elles existent ». Elles n'ont été supprimées qu'avec la Belgique, l'Allemagne, le Luxembourg, l'Italie et l'Espagne. Mais pour tout le reste des pays du monde, il y a des frontières. Quand vous prenez un avion pour aller à New York, à Djerba, à Londres – qui ne fait pas partie de l'espace Schengen – ou à Tokyo ou n'importe où, vous présentez votre passeport à Roissy ou vous présentez votre passeport au bateau pour aller à Alger.

D'ailleurs, c'est le cas général de tous les pays du monde. Donc il n'y a pas de besoin de pousser des cris d'orfraie en disant : « Vous voulez rétablir les frontières ». Mais elles sont maintenues partout sauf dans le cas des pays frontaliers de l'espace Schengen. Je prends cet exemple pour montrer à quel point on a mis dans la tête des Français des espèces de réflexes pavloviens qui les empêchent de penser. Et puis l'article 50, alinéa 3. Les traités cessent d'être applicables à l'État concerné à partir de la date d'entrée en vigueur de l'accord de retrait ou, à défaut, 2 ans après la notification.

Ça veut donc dire que si au bout de 2 ans, on n'a toujours pas trouvé d'accord, on en sort de plein droit. Voilà. L'Union populaire républicaine : l'union du peuple pour rétablir la démocratie. J'insiste sur notre slogan. Si nous voulons sortir de l'UE – j'espère vous l'avoir prouvé au cours de cette longue conférence –, ça n'est pas par nostalgie. Ça n'est pas par xénophobie ou racisme. C'est tout le contraire. C'est tout le contraire parce que, justement, c'est la construction européenne qui est xénophobe et raciste dans l'âme. Ça n'est pas par nostalgie d'un monde perdu. Au contraire, nous sommes en plein dans le XXIe siècle et dans le IIIe millénaire.

Nous estimons que la France n'a pas à faire le distinguo des torchons et des serviettes entre le Maroc et la Slovaquie, ou entre l'Argentine et Chypre. Ça n'a pas de sens. Nous sommes dans un univers ouvert dans le monde entier. Le monde est vaste et la France a un grand rôle à y jouer, pour paraphraser ce que disait Charles de Gaulle en 1964 à Alain Peyrefitte. Nous sommes les seuls, je dis bien les seuls... Allez regarder les professions de foi aux présidentielles de Mme Le Pen, de M. Dupont-Aignan, de M. Mélenchon. Allez les regarder à la loupe pour voir ce qu'ils ont dit et ce qu'ils n'ont pas dit.

Délibérément, vous constaterez que nous sommes bien les seuls de toute la scène politique française – d'abord – à proposer aux Français l'analyse que je viens de développer, puisque c'est le silence total dans tous les autres mouvements politiques sur les origines, les tenants et les aboutissants de la construction européenne. Alors comment peut-on proposer aux Français d'être guéris d'une maladie dont on ne fait pas le bon diagnostic ? Nous, nous sommes les seuls à faire le diagnostic sur ce que c'est qu'en profondeur, la construction européenne. Et deuxièmement, nous apportons le bon remède.

Et nous sommes également les seuls à apporter le bon remède qui est la sortie unilatérale de l'UE et de l'euro de façon parfaitement sereine et juridique par l'article 50 du traité de l'Union européenne. Il n'y a aucune raison pour laquelle les autres pays pourraient s'offusquer du fait que nous mettions en œuvre une clause sur laquelle tout le monde est tombé d'accord puisque tout le monde a ratifié ce traité. Les 7 remèdes prioritaires que nous avons proposés, notamment que j'ai proposés lors de la présentation du programme présidentiel, qui dure très longtemps... Je vous y renvoie.

Les 7 remèdes prioritaires constituent à eux seuls le changement politique le plus puissant qui ait été présenté aux Français depuis 1958. D'abord, la sortie de l'euro le plus rapidement possible. Je rappelle que Joseph Stiglitz, prix Nobel d'économie américain, a dit – je crois que c'était le 30 mars 2012 – : « Les pays de l'euro qui sortiront les premiers de l'euro seront ceux qui s'en sortiront le mieux ». C'est pas moi qui le dis. C'est un Américain prix Nobel d'économie. Deuxièmement, la réattribution à la Banque de France de son rôle de financement de l'État et des collectivités locales.

Ça veut donc dire la suppression de l'article 123 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne. Troisièmement, la réappropriation par la France de son droit inaliénable à défendre elle-même ses propres intérêts à l'Organisation mondiale du commerce. C'est là que se négocient les droits de douane, les quotas, tout ce qui touche au commerce international. Quatrième point : le rétablissement effectif du contrôle des flux de capitaux, de marchandises et de services, sans quoi il n'y a pas de lutte contre les délocalisations possible.

Ni, d'ailleurs, on ne pourra pas préserver le niveau de vie des Français si on maintient les Français en concurrence frontale avec 1 milliard 300 millions de Chinois, 1 milliard d'Indiens, etc. Parce que si on les maintient dans cet état, nous allons avoir de plus en plus ce à quoi nous assistons déjà depuis plusieurs années. C'est-à-dire une toute petite couche de la population française qui va devenir de plus en plus riche et puis un appauvrissement général des classes moyennes et un effondrement vers la pauvreté absolue de 10 à 20% de la population. Ça a commencé. Ça va continuer.

Le cinquième point, c'est le rétablissement d'une politique étrangère indépendante accompagnée d'une sortie de l'OTAN et du retrait de nos troupes engagées dans des guerres néocoloniales. Parce que l'Europe, c'est la guerre. Et que moi, je suis, comme la plupart – j'espère – d'entre vous un homme de paix. J'ai des enfants. Je ne souhaite pas qu'ils voient les horreurs de la guerre. Donc que l'on ne vienne surtout pas nous dire que l'Europe, c'est la paix. Le sixième point, la sortie au plus vite de l'UE parce que toutes les mesures précédentes sont contraires aux traités européens. C'est l'article 50 du traité sur l'Union européenne qui a prévu cette sortie.

Et enfin le septième point, eh bien c'est l'adoption d'un programme inspiré de celui du Conseil national de la Résistance de 1944 mais adapté aux contraintes de la France du XXIe siècle. Alors je vous y renvoie. Je vous renvoie à la longue présentation que j'avais faite de ce programme. J'insisterai simplement sur le fait que j'avais prévu, et je prévois toujours – et l'UPR avec moi – la dépolitisation et la professionnalisation du Conseil constitutionnel et du Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA), l'éviction des grandes féodalités économiques et financières, comme on disait déjà du temps du CNR.

C'est-à-dire la démocratisation des grands médias, la renationalisation de TF1, la renationalisation des autoroutes, la renationalisation des réseaux d'adduction d'eau, le maintien dans le service public et l'inscription dans la Constitution française que EDF, GDF, TDF et La Poste doivent être des sociétés publiques et doivent le rester, et puis également la renationalisation de toute banque bénéficiant d'aides publiques. Je vous renvoie pour la suite à l'ensemble du programme qui comportait beaucoup d'autres éléments très importants, notamment en matière éducative, culturelle, diplomatique et militaire.

Je termine maintenant cette conférence – comme je le fais toujours – avec un petit clin d'œil sur la phaléristique, c'est-à-dire... Je suis un amateur de cette discipline qui consiste à collectionner les médailles, parce qu'elles sont un petit témoignage dans du métal d'un évènement historique. Ça, c'est une médaille que j'ai chez moi, qui est une médaille en bronze qui a été frappée à la révolution de 1848 lorsque les Français ont chassé Louis-Philippe le dernier roi, le roi des Français. Alors à l'avers, vous avez ici marqué « République française - 1848 » et puis vous avez ici une Marianne que j'aime bien – cette Marianne – parce qu'elle a un côté très populaire.

On voit une espèce de ménagère un peu en chair qui a ici des sabots et puis là, elle a une espèce de balai avec une serpillière avec laquelle elle vient de faire le ménage et de chasser la royauté. Donc c'est une vision d'une Marianne un petit peu originale et qui me plaît bien avec marqué autour – donc – « République française - 1848 ». Mais j'aime encore mieux le revers de cette médaille. Vous avez ici le faisceau des licteurs, symbole de la République romaine et de ses vertus. Vous avez ici deux épées entrecroisées qui sont le symbole d'un peuple en armes qui lutte pour sa liberté, avec « RF » pour « République française ».

Ici, vous avez une équerre, symbole de la maçonnerie, puisque la révolution de 1848 avait été empreinte d'idées des sociétés de philosophie. Ici, vous avez le bonnet phrygien, qui est le symbole de la liberté. Le peuple de Phrygie, sous l'Antiquité, c'était un peuple de l'Anatolie centrale qui s'était révolté contre l'empire romain. Mais surtout, le plus beau de cette médaille, eh bien c'est ce qui est écrit le long du listel et qui court tout ici et que je vais développer avec vous. Eh bien c'est marqué : « La France donne l'exemple aux nations ». Voilà. C'est une très belle citation, une très belle formule de nos aïeux de 1848. Parce que ça veut dire quoi ?

Eh bien ça veut dire que le reste du monde attend que le peuple français bouge. C'est ce qui s'est passé en 1789. En 1789, nos aïeux, quand ils sont allés prendre la Bastille, ils ne se sont pas concertés avec le peuple des États du Saint-Siège, des États de l'Église, avec ceux du duché de Wurtemberg, avec ceux du royaume des Deux-Siciles, avec ceux du royaume d'Espagne, du royaume de Prusse, du royaume d'Angleterre, du royaume de Danemark. Non. Qu'est-ce qu'ils ont fait ? Ils sont allés prendre la Bastille. Après, ils ont fait la Déclaration des droits de l'homme, la suppression des privilèges. Et tout ceci a créé un souffle qui a balayé l'ensemble de l'univers occidental.

Pareil en 1792 lorsqu'ils ont aboli la monarchie. Pareil en 1830. Pareil en 1848 lorsque les Français, en février 1848, ont chassé Louis-Philippe. Ils ont donné le signal à un formidable mouvement de libération qui a balayé tout le continent européen. Donc il ne faut jamais sous-estimer l'importance de la France dans l'imaginaire collectif mondial. Je dis souvent, sous forme de semi-boutade, que la France n'appartient pas qu'aux Français. Je prends le contre-pied – vous savez – de cette formule de Mauras qui disait : « La France aux Français ». Non. Bien sûr que la France appartient au peuple français.

Mais elle n'appartient pas uniquement au peuple français, parce que nous représentons un patrimoine moral, politique, historique de tout premier plan. Et dans les pays du monde arabe, dans les pays d'Amérique latine, dans les pays en Indochine, etc., en Russie, pendant des décennies... Et c'est encore vrai. Même encore maintenant, les peuples se disent : « Mais que pensent les Français ? Que font les Français ? ». Voilà. Il faut que nous retrouvions ce souffle épique qui est celui de notre peuple, celui avec lequel nous devons donner l'exemple aux nations.

Lorsque les Français auront décidé de sortir de l'UE, nous n'aurons pas de mesures de rétorsion, contrairement à ce que certains prophètes de malheur vous disent : « On va avoir des mesures de rétorsion ». Ça, c'est le manifeste de Brunswick en 1792, lorsque l'Europe voulait mater la Révolution. Mais non. Ce n'est pas comme ça que les choses se passeront lorsque les Français auront décidé de sortir de l'UE. La conséquence, ça sera que tous les peuples d'Europe nous imiteront. Nous aurons donné une nouvelle fois l'exemple aux nations. Je vous remercie pour votre attention. (Applaudissements du public)

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(Musique)