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interviewPublic Sénat — Bonjour chez vous !· 25 mars 2026 24 min

Audrey Linkenheld : « Les maires veulent des outils pour lutter contre les commerces de ‘façade’ »

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Vous écoutez Bonjour Chez Vous, un podcast de Public Sénat. Comme tous les jours, on commence par la une de la presse régionale. Trois titres qu'on va regarder ensemble. D'abord la une du Midi-Libre, flambée du gasoil, des professionnels aux abois. La hausse du pétrole qui se traduit par des prix inédits à la pompe. Les pêcheurs, transporteurs, agriculteurs payent déjà le prix fort et l'impact pourrait être majeur pour l'économie. La deuxième une, c'est celle de Ouest France. Sur les cyberattaques, quels risques pour les élèves et les enseignants, les hackers qui convoitent les données des collèges et lycées. Une nouvelle attaque informatique à viser l'éducation nationale.

Et puis la dernière une, c'est celle de Sud-Ouest. Énergie renouvelable, friture sur la ligne. Alors la Nouvelle-Aquitaine, c'est la première région de France en termes de production d'énergie verte, mais ça concerne évidemment toutes les régions. Problème, là-bas, les réseaux de distribution ne peuvent pas suivre. Les projets des collectivités encouragées ces dernières années sont freinés ou mis à l'arrêt. De quelle une avez-vous envie de nous parler ?

1:01
Invité

– De la première, parce que je pense que le sujet n'est pas clos. Vous avez rappelé les débats qui ont eu hier, notamment à l'Assemblée nationale, mais je pense qu'ils vont se poursuivre cet après-midi au Sénat. Et je crois que la proposition d'un chèque énergie reste une proposition qui doit être discutée sérieusement. Quand on utilise les termes de choc pétrolier, on ne peut pas en face dire qu'on ne fait rien ou qu'on se contente d'aider un certain nombre de secteurs économiques sans s'intéresser aux Français eux-mêmes.

1:30
Présentateur

– Ça vous alarme ce terme ? Il a eu raison de l'employer, Roland Lescure ?

1:32
Invité

– Il a eu raison s'il considère qu'il décrit la situation et on sait que si la guerre se prolonge, alors on risque d'être dans une situation économique difficile, notamment du fait de l'énergie. Mais en face du terme, il faut encore une fois proposer des mesures. Nous, nous avons, avec Olivier Fierre proposé, il y a déjà quelques semaines, ce chèque énergie qui n'est pas l'idée d'aider tout le monde de la même manière. On tire les enseignements, justement, de la période précédente de 2022, mais on aide d'abord ceux qui en ont le plus besoin, ceux qui travaillent, ceux qui ont les revenus les plus modestes, sans peser trop lourdement, effectivement, sur une situation budgétaire.

– Mais on a les moyens de le faire.

2:12
Présentateur

Hier soir, au 20h, Edouard Philippe disait si on avait réduit les déficits, si on s'en était occupé avant, on aurait pu aider les Français, là on n'a pas les moyens. Il n'a pas raison ?

2:19
Invité

– Je ne crois pas, non, parce qu'il ne suffit pas de poser un diagnostic. On a eu des débats budgétaires difficiles qui ont montré qu'on savait être responsable, qu'il fallait effectivement réduire les difficiles, mais on a aussi proposé des solutions pour une répartition plus juste. Et là, il s'agit de justice sur le plan économique, sur le plan écologique, sur le plan social, que ce ne soient pas toujours les mêmes qui trinquent, alors qu'on sait qu'il y a des solutions de recettes et de meilleure répartition des dépenses, il faut les utiliser.

2:49
Présentateur

– Alors, il n'y a pas eu d'annonce pour l'ensemble des Français, mais il y a quand même eu des annonces ciblées pour les agriculteurs, pour les pêcheurs qui ont été faites par le gouvernement. Vous les soutenez, ce sont les bonnes mesures ?

2:56
Invité

– Oui, bien sûr, c'est des bonnes mesures. Les mesures sectorielles, on sait que ce sont les secteurs qui sont les plus énergivores, en tout cas en matière de carburant, mais pour les Français, c'est pareil. Il y en a pour lesquels c'est plus difficile que pour d'autres. Quand on a les moyens d'absorber la hausse du prix du carburant, on n'a pas besoin d'un chèque. Quand en revanche, le taux d'effort, il est plus important à la fin du mois, alors il faut aider parce qu'il n'y a pas d'autre solution, c'est soit payer son gazole, son essence, soit réduire ses autres dépenses alimentaires, par exemple, qui sont des dépenses de base ou des dépenses de logement.

3:28
Présentateur

– Et il en sera question, n'en doute pas cet après-midi, aux questions d'actualité au gouvernement à partir de 15h. On va parler des municipales. Comment vous qualifiez ces municipales pour l'EPS ? C'est quoi, c'est une élection en demi-tente ? C'est un succès ? C'est un échec ?

3:42
Invité

– On a un solde positif, je dirais, entre les victoires et les défautes. Moi, je suis élue de Lille, je ne peux qu'être satisfaite du résultat de cette élection municipale. – Lille qui a été conservée en par l'EPS. – Tout à fait. Le Parti socialiste reste finalement la première force politique territoriale. On est présents dans les grandes villes, comme Lille, mais pas seulement. On est présents dans les villes moyennes, dans le périurbain, dans la ruralité. On est la première force politique en termes… – Moins que les LR. – Pas en termes d'affichage, moins que la droite, peut-être, mais la droite ne s'affiche pas nécessairement. On a des diverses droites, on a des Républicains.

Nous, on affiche aussi la couleur et je pense que c'est sain pour le débat démocratique. Donc, de ce point de vue-là, nous sommes évidemment satisfaits. Après, l'effet loupe ne doit pas faire oublier qu'on est dans une situation où l'abstention reste très forte, en particulier pour une élection locale où on y était moins habitué, parenthèse du Covid refermée. On est face à une situation où le Rassemblement national continue de progresser. Et moi, je suis élue d'une région où on a vu tomber plusieurs villes aux mains du Rassemblement national, notamment dans le Pas-de-Calais. Tout ça, ça doit nous interroger, notamment à l'approche des échéances de l'année prochaine.

4:56
Présentateur

– Et on va y revenir, c'est la presse régionale qui va vous interroger là-dessus. Mais l'entre-deux-tours au Parti socialiste, il a été marqué par ces alliances dans plusieurs villes, entre le PS, entre la France Insoumise, après que la direction a répété à de nombreuses reprises qu'il n'y aurait pas d'alliance LFI-PS. Est-ce que, comme Olivier Faure, vous les comprenez, les candidats qui ont fait ces alliances, ou vous les dénoncez ?

5:15
Invité

– Alors, là aussi, je parlais d'effet loupe. On parle beaucoup, on aime bien parler de ces sujets-là, à gauche, le Parti socialiste, la France Insoumise. Mais pour moi, il y a des sujets bien plus graves, je viens de les nommer, et notamment la question de l'union des droites. Vous en avez parlé tout à l'heure, de ce qui se fait un peu à bas bruit entre la droite classique et l'extrême droite. Nous avions dit qu'il n'y aurait pas d'accord national. Il n'y a pas eu d'accord national. Il y a eu, ici ou là, des choix locaux. Et moi, je suis bien placée pour savoir, en tant qu'élue locale, en tant que sénatrice qui voit aussi, si c'est en 47 communes, que chaque situation est différente.

Et moi, je ne permettrais pas de porter de jugement dans des situations difficiles sur le choix que vous pouvez faire certains collègues. – Ça n'a pas été le cas à Lille.

6:00
Présentateur

À Lille, il y a eu une alliance PS écologiste contre, entre guillemets, la France Insoumise. Vous auriez accepté, vous, qu'il y ait une alliance entre le PS et l'affiché ?

6:08
Invité

– La question ne s'est pas posée jamais. Nous avons toujours tendu la main aux écologistes avec lesquels on a travaillé par le passé, avec lesquels on va retravailler. Je pense qu'on avait en commun cette volonté de porter des sujets écologiques et sociaux. Et puis, d'une certaine manière, je crois de faire de la politique. Moi, c'est plutôt ça qui m'interroge et je ne partage pas la manière parfois très populiste, très démagogique, sans parler des excès de langage de Jean-Luc Mélenchon, de la France Insoumise. Mais je n'en fais pas non plus le sujet numéro un de tous les débats politiques.

6:38
Présentateur

– Comment s'est passé le bureau national du PS hier soir ?

6:41
Invité

– Alors, je l'ai suivi par intermittence, mais on va dire que le débat était présent jusque tard dans la nuit. Mais je crois que c'est aussi la force d'un parti démocratique. Il faut savoir se parler, il faut savoir se dire les choses. et les choses ont été dites.

6:53
Présentateur

– Et notamment sur les conséquences que doit tirer la direction de ces municipales et de ces alliances. On va écouter ce qu'en dit votre collègue sénateur de l'Hérault, Yssane Bourgi, il était hier au micro de Jérôme Rabier.

7:02
Invité

– Un premier secrétaire et une direction national qui l'ouvre, très clairement, qui dit une chose avant le premier tour, qui laisse faire d'autres choses complètement contraires entre le premier et le second tour. – Qu'est-ce que vous dites ? – Je pense que dans ma réponse précédente, vous avez vu qu'il y a une différence de tonalité entre Yssane Bourgi, que j'aime beaucoup, que je connais depuis longtemps, qui est mon voisin d'hémicycle. Chacun sa manière de faire. On n'a pas tout à fait les mêmes analyses, même avant ces élections municipales. Mais en revanche, ce qu'on a en commun, c'est la manière dont on a envie, demain, de continuer à diriger nos villes.

Montpellier, en l'occurrence, pour lui, pour Lille, il n'y a pas de différence. – Est-ce qu'il y a une fracture ?

7:42
Présentateur

Et Karim Boimran aussi, il faut qu'Olivier Ford démissionne, c'est un échec total.

7:46
Invité

Est-ce qu'aujourd'hui, il y a une fracture au PS ? – Je ne dirais pas ça. Et en tout cas, moi, je ne fais pas partie de ceux qui considèrent que pour être entendus par les Français, pour leur faire comprendre que nous pouvons être une solution d'alternance, une alternative à la situation d'aujourd'hui, que le meilleur moyen pour ça, c'est de se chamailler entre nous, qu'on fasse évidemment une analyse lucide et froide de la situation, oui, que chacun regarde aussi sa part de responsabilité. Mais je ne crois pas que les Français aient aujourd'hui envie d'entendre des socialistes qui se disputent. Ce n'est pas ça qu'ils attendent.

Ce qu'ils attendent, c'est des propositions concrètes, comme le chèque énergie dont on a parlé et comme peut-être l'encadrement des loyers commerciaux.

8:22
Présentateur

– Et dont on va parler, mais d'abord, on va aller voir les municipales à Lille, dans le Nord, dans le Pas-de-Calais, avec Aurélien Vurli. Bonjour Aurélien, merci beaucoup d'être avec nous, journaliste à RCF Hauts-de-France. Aurélien, on va donc revenir sur ces municipales et l'élection d'Arnaud Deslandes, qui a donc été réélu maire de Lille, au terme d'une campagne, qui a vu la gauche lillois se livrer à une campagne sans merci.

8:43
Invité

– Une campagne très difficile, avec trois listes de gauche, les insoumis, les verts et les socialistes qui sont partis séparés, mais les socialistes qui, comme d'habitude à Lille, finissent vainqueurs. 50-50 socialismes à Lille, sur la liste sur laquelle vous avez été élu, Audrey Linkeneld, mais c'est allié aux écologistes, vous le rappeliez, que vous avez retrouvé le défroi, les écologistes qui avaient été dans l'opposition pendant six ans.

Stéphane Bally et son équipe, qui a hésité entre les insoumis et les socialistes, pour s'allier au second tour, certains militants expliquent qu'ils auraient préféré s'allier aux insoumis après six ans dans l'opposition, et même une campagne assez rude, une campagne de rupture vis-à-vis des socialistes. Stéphane Bally, qui qualifiait la majorité s'en tente d'about de souffle quelques jours avant le premier tour. L'écologiste qui avait vu s'échapper le défroi en 2020 pour 227 voix près était devenu alors l'opposant pendant six ans aux socialistes. Une question ce matin, Audrey Linkeneld, comment se passe la réconciliation avec les verts ?

Est-ce que vous allez réussir à gouverner ensemble pendant ces six prochaines années ? Je pense qu'on y arrivera sans aucun doute. Vous savez, moi je suis élue à Lille depuis 2008, j'ai connu la période où on dirigeait déjà ensemble. Il se trouve que j'avais comme délégation les questions de climat et d'énergie portées par Stéphane Bally précédemment. Donc je sais très bien quelles sont les convergences entre nous. Je sais aussi quelles sont les différences d'appréciation sur certains sujets. Mais je crois que ce qui nous importe, c'est vraiment ce projet commun, écologique, social, au service des Lillois. Et je crois qu'on a tous envie de travailler d'abord pour l'intérêt général.

Et finalement, au-delà de ces phrases de campagne qu'on a pu entendre et qu'on peut regretter. Parce que je pense que, évidemment, quand on a des phrases un peu définitives, après c'est plus compliqué de se retrouver. Mais là, on est tous déterminés à agir pour les six ou sept ans qui viennent.

10:40
Présentateur

Une élection, Aurélien, qui a aussi vu, on en parlait avec vous, Audrey Linkeneld, une confirmation de la percée du RN dans le bassin minier.

10:46
Invité

Une des plus grandes percées de l'histoire du parti, résumait le président du RN, Jordan Bardella, portant à 14 le nombre de villes dans le giron du parti à la femme dans le bassin minier. Il récupère des bastions socialistes comme Liévin, Ouani, des villes communistes également, des villes remportées au second tour, signant à certains endroits la fin du front républicain. Des votes qui se sont retournés contre les élus socialistes. À Liévin, commune de 240 000 habitants, c'était le sénateur socialiste Jérôme Darras qui essayait de reprendre la mairie, mais c'est le RN qui l'a conquise. Dani Peva qui a conquis Liévin.

Dani Peva qui s'est formé auprès du RN à l'Assemblée nationale, au Parlement européen et dans la communication à Hénin-Beaumont. Le RN qui a envoyé des éléments formés. Quasiment tous sortent des assemblées d'élus, de l'Assemblée nationale, du Sénat, du Parlement européen, de la communication, d'Hénin-Beaumont, où certains étaient élus au Conseil départemental. Une question, Audrey-Alain Nkenel, que vont faire les socialistes ? Comment faire pour reconquérir de votre côté ces mairies qui ont été perdues ? Est-ce que vous avez l'espoir que ça puisse marcher ? Alors, d'abord, me réjouir que, heureusement, il y a des communes qui tiennent.

Je pense, dans le bassin minier, à la ville de Douai, où ça s'est joué à peu, mais où Frédéric Chéreau, le maire, a été réélu. Et dire aussi que ces défaites face au RN, bien sûr, il peut y avoir ici ou là des considérations locales, mais je pense que c'est d'abord le signe d'une vague qui est plus nationale et que la réponse, pour moi, elle est d'abord dans ce qu'on apporte au niveau national face aux préoccupations des Français. Je ne crois pas que la réponse soit nécessairement dans l'amélioration des projets locaux. Si on prend l'exemple de Douai, ça n'est pas ça le sujet.

Et on a vu à Douai aussi cette union des droites, en tout cas cette incapacité à faire le front républicain, puisqu'il avait en face de lui un député du RN, mais aussi une candidature de droite qui s'est maintenue. Et pour autant, ça s'est joué à quelques voix, à quelques centaines de voix. Donc je pense que la réponse, elle est évidemment d'être présente auprès des habitants dans nos territoires, là où on en est en capacité, mais surtout d'apporter des réponses au niveau national qui permettent d'éviter cette vague qui renverse des mers qui, pour beaucoup, n'ont pas démérité.

13:17
Présentateur

Merci beaucoup Aurélien Vurli d'avoir été avec nous depuis Lille. On passe à l'actualité du Sénat. Comment sauver nos petits commerces et éviter la désertification des centres-villes ? Vous avez rédigé une proposition de loi à ce sujet-ci. Vous allez nous éclairer. Le texte est donc examiné aujourd'hui au Sénat. Il vise à soutenir les commerces de proximité menacés de disparition dans de plus en plus de vies.

13:38
Audrey Linkenheld

Il s'agit des commerces du quotidien, alimentation, habillement, livres, papeterie, pharmacie. Tous ces commerces qui constituaient jusqu'à récemment le cœur de nos villes sont en train de disparaître. Quelques chiffres pour comprendre. Entre 2015 et 2020, la France a perdu plus de 10 000 commerces de détail et d'artisanat plus proches du Nourian sur la seule année 2024. On a recensé 10 134 suppressions de postes dans le commerce local après l'industrie. Il s'agit du deuxième secteur le plus touché par les licenciements.

14:07
Présentateur

La faute à qui ? La faute à quoi ?

14:09
Audrey Linkenheld

Parmi les causes de ce déclin, il y a évidemment la concurrence d'Internet. Pas une semaine sans que la presse locale ne s'en fasse l'écho. Regardez par exemple ici en Haute-Marne, deux boutiques ont dû fermer le rideau la semaine dernière. L'une vendait des instruments de musique, l'autre proposait des produits locaux et du made in France. Mais les clients boudent les échoppes, ils prennent les objets en photo pour ensuite aller les retrouver moins chers sur Internet. C'est un phénomène qu'on constate partout sur le territoire Orian.

14:34
Présentateur

Il y a donc urgence à agir selon les sénateurs.

14:36
Audrey Linkenheld

Alors des choses ont déjà été faites. En 2018, la loi Elan a instauré les programmes Action Cœur de Ville et Petite Ville de Demain. L'idée était notamment de rendre certaines zones plus attractives pour le commerce. Insuffisant, selon vous, Madame la Sénatrice, qui proposait donc plusieurs mesures pour inverser la tendance. Parmi elles, l'encadrement des loyers et des baux commerciaux. L'objectif est de lutter contre la spéculation immobilière. Très concrètement, comment ça fonctionnera ? Comment ça fonctionnerait ?

15:03
Invité

Alors d'abord dire que, évidemment, le constat que vous posez est juste, que vous avez raison de dire qu'il y a plusieurs facteurs à ces difficultés commerciales, à cette vacance commerciale qui touche nos villes, à ce phénomène qu'on commence à appeler la décommercialisation, comme on a connu la désindustrialisation. Il y a la concurrence du commerce en ligne, des plateformes, il y a encore les zones commerciales en périphérie. Et il y a cette question des loyers commerciaux, dont plus de la moitié des commerçants qui sont interrogés disent que le niveau élevé des loyers est une des causes de la vacance.

Il y a déjà eu des tentatives, vous avez parlé de la loi Elan de 2018 sur les installations commerciales, mais il y a eu aussi la loi Pinel de 2014 qui était déjà une tentative de rééquilibrer en matière de beaux commerciaux la relation entre le bailleur et le locataire. Les commerçants sont à 80% des locataires.

15:55
Audrey Linkenheld

Donc vous dites que ça ne suffit pas, il faut aller plus loin ?

15:58
Invité

Voilà, parce que cette loi a fixé des éléments de plafonnement, mais ce qu'on nous dit sur le terrain, c'est que bien souvent c'est détourné, que ça ne produit pas ses effets. Et donc nous nous proposons d'aller plus loin par deux éléments. D'abord d'objectiver la situation, parce que même si on a des chiffres, même si on a des constats de terrain, ce qui est nécessaire aujourd'hui, c'est d'avoir des observatoires locaux des loyers commerciaux, ça n'existe pas, alors que les collectivités sont prêtes à le faire, communes intercommunalités, les chambres de commerce sont prêtes à y travailler.

Donc mettons en place des observatoires locaux des loyers commerciaux, et sur cette base, sur la base des loyers de référence, d'abord ça donne plus de transparence dans la relation bailleur-propriétaire, et quand c'est nécessaire, parce que la vacance est trop forte, parce que le déséquilibre est trop fort, alors on encadre les loyers commerciaux, comme on a pu le faire pour les loyers d'habitation.

16:50
Audrey Linkenheld

Alors qui fixera ce plafond ? Comment ça fonctionnera très concrètement dans le détail ?

16:54
Invité

– Alors l'idée c'est, l'observatoire donne la référence à partir des loyers de marché, des loyers pratiqués, donc on parle bien de la situation telle qu'elle est, ce qui veut dire qu'on essaie de freiner la hausse, pas d'aboutir à une baisse des loyers, puisqu'on part de l'existant, et ce sera ce que nous proposons en tout cas, un arrêté du préfet, comme on fait aujourd'hui pour les loyers d'habitation. On s'est inspiré finalement de ce qui existe et ce qui marche déjà, appliqué à la situation des beaux commerciaux.

17:25
Audrey Linkenheld

– Il y a une autre mesure, vous souhaitez que les maires puissent contrôler davantage l'installation des grandes surfaces sur leurs communes, comment ça fonctionnerait ?

17:33
Invité

– Alors là aussi, on essaye effectivement de donner plus de pouvoir d'agir aux maires sur les installations commerciales, pour les grandes surfaces, mais pas nécessairement et pas seulement j'ai envie de dire, parce que nous avons fait le constat que même en matière de commerce de proximité, parfois il y a des commerces qui s'installent, qui ne sont pas nécessairement ceux dont on a le plus besoin en matière de proximité et de diversité. Je pense par exemple à ces commerces de façade qu'on voit fleurir, dans lesquels il n'y a jamais aucun client. On a beaucoup parlé ici au Sénat de la loi sur le narcotrafic, elle a déjà montré comment des commerces pouvaient servir de lieu de blanchiment.

Là aussi, les maires nous demandent des outils, on a commencé avec la loi narcotrafic, là on en propose un deuxième, pour permettre aux maires à un moment donné d'empêcher ces installations.

18:21
Audrey Linkenheld

Il peut fermer certains commerces qui blanchissent de l'argent, c'est ce que vous dites ?

18:25
Invité

Fermé, c'est déjà le cas, sous certaines conditions, là c'est plutôt d'éviter qu'ils s'installent quand on sait qu'en fait derrière, c'est un commerce de façade et pas une librairie, pas un commerce de bouche, pas un service qui est vraiment utile à nos habitants, parce que voilà, le constat, c'est que le commerce c'est la vie, c'est ça qu'on a envie d'encourager.

18:41
Présentateur

Et on va justement voir ce qu'en pensent les maires. Bonjour Alain Chrétien, merci beaucoup d'être avec nous, vous êtes maire d'horizon de Vesou, le vice-président de l'Association des maires de France en charge du commerce et de l'économie. Vous avez entendu Audrey Lincoln-Leld et on l'a vu pendant cette campagne municipale, c'est un vrai sujet de préoccupation pour les maires, pour les élus, cette désertification des centres-villes et le fait de sauver nos commerces de proximité.

19:06
Invité

Bonjour, bonjour à toutes et à tous. Oui, bien sûr, c'est tout ce qui va dans le sens de conforter le centre-ville, mais ça nous intéresse et cette proposition nous intéresse aussi. Il s'agit, comme vous l'avez dit, de réduire la concurrence déloyale avec les plateformes parce que nos commerçants, ils ont des charges supplémentaires. Effectivement, il y a aussi la taxe foncière et nous proposer, madame la sénatrice, de la supprimer pour les commerçants locataires. Ça aussi, c'est une très bonne chose. Ça va plus loin que le rapport Macarez qui avait été remis au gouvernement il y a quelques mois où simplement on proposait de faire une expérimentation.

Donc, tout ce qui va dans le sens du soutien aux commerces de proximité, ça nous intéresse.

19:44
Présentateur

Audrey Lincanel.

19:45
Invité

Oui, alors, effectivement, le gouvernement avait commandé un rapport, le rapport Macarez, qui est la maire de Saint-Quentin, qu'elle a rendu avec deux autres personnes. Ce rapport faisait 34 recommandations, parlait effectivement de la question des loyers, mais il n'en a rien été dans les mesures du gouvernement. On n'a pas retrouvé ces éléments-là. C'est une des raisons pour lesquelles on a décidé de prendre l'initiative parlementaire. Une initiative qui, je crois, est très bien accueillie par les associations de collectivité. Je remercie M. le maire pour son accueil. Il n'est pas le seul. On a eu un accueil favorable, un accueil favorable aussi des acteurs du commerce.

Et donc, j'espère que tout à l'heure, nous aurons un consensus, au moins sur cette question de l'objectivation de la situation, de l'objectivation des niveaux de loyer, pour permettre, sur cette base-là, aux collectivités volontaires, il ne s'agit d'imposer rien à personne. La situation est diverse dans notre pays, mais quand un maire veut qu'il puisse se saisir de ses outils pour essayer de répondre à ces commerçants qui n'en peuvent plus face à des niveaux de loyer qui sont en fait décorrélés de l'activité économique.

20:48
Présentateur

On a vu ces démesures, l'encadrement des loyers, c'était dans de nombreux programmes pour les municipales. Alors, il y a ce que peuvent faire les maires, Alain Chrétien, mais est-ce que les maires, ils doivent aussi sensibiliser leurs habitants ? Est-ce qu'il y a aussi une responsabilité du consommateur ? On l'a dit, qu'il préfère aller sur Internet plutôt que d'aller dans ces commerces de centre-ville.

21:07
Invité

Vous savez, c'est l'addition de plusieurs mesures qui fera que le centre-ville soit redynamisé. Cette mesure en est une, elle n'est pas mauvaise du tout, mais c'est aussi le réaménagement urbain, c'est plus de sécurité, c'est plus... Aujourd'hui, quand on vient dans un centre-ville, c'est pour, comme on dit, vivre une expérience. Donc, c'est une politique globale, et il faut qu'on incite aussi les habitants à revenir habiter en centre-ville. Vous savez un centre-ville qui fonctionne ? C'est un centre-ville où on habite, où on consomme et où on travaille.

Et quand on additionne ces trois fonctions-là, eh bien, on a un centre-ville avec un cercle vertueux où les gens habitent au-dessus des commerces et descendent en bas des commerces pour faire leur course de proximité, on peut même économiser une voiture, et donc ça économise beaucoup d'argent et c'est bon pour le pouvoir d'achat. Et donc, c'est un cercle vertueux qu'il faut remettre en place et cette proposition va dans le bon sens.

22:01
Présentateur

Effectivement, c'est tout un schéma à revoir et à dynamiser, Audrey Aline Canel. Oui, c'est ça.

22:07
Invité

On a parlé du pouvoir d'achat. Bien sûr, c'est un des éléments aussi qui fait qu'aujourd'hui, le commerce de proximité souffre parce que quand on va sur Internet, c'est parce que parfois, on préfère la modernité du numérique, mais c'est souvent aussi parce que c'est moins cher, paradoxalement. Voilà, donc il faut qu'on fasse passer ce message à nos consommateurs que la défense du commerce de proximité, elle passe par nous tous, par nos propres modes de consommation.

Mais il faut, comme ça vient d'être très bien dit, que nos centres-villes et je dirais même nos centres-bourgs soient suffisamment attractifs pour qu'on ait envie d'y aller, attractifs pour les commerçants eux-mêmes parce qu'aujourd'hui, on est aussi face à des situations où les commerçants eux-mêmes se relocalisent dans les périphéries parce que là-bas, les loyers sont moins chers, alors qu'ils étaient prêts auparavant à accepter qu'ils soient un peu plus élevés parce que c'est le centre-ville, parce que c'est une expérience premium. Voilà, donc tout ça, c'est une action, j'ai envie de dire, multifactorielle que portent les élus locaux avec l'ensemble de leurs partenaires.

23:09
Présentateur

– Et vous nous dites, espérez un consensus, vous pensez qu'il va passer cet après-midi, votre texte ?

23:12
Invité

– Je suis optimiste, plus que je ne l'étais au sortir de la commission des affaires économiques – C'était un peu compliqué en commission. – Ou c'était, disons, un peu schématique, mais je crois que depuis, chacun a réfléchi, peut-être que la suspension parlementaire a fait son effet, peut-être que ces élections municipales, dont vous avez très bien dit qu'elles ont souvent parlé de ce sujet-là, a aidé, mais je crois qu'on peut trouver un consensus, peut-être pas sur tous les articles, mais au moins sur cette question, encore une fois, d'observer et d'agir pour les loyers commerciaux.

23:43
Présentateur

– Et Alain Chrétien, j'imagine que vous allez suivre cette séance avec attention. Merci beaucoup, merci d'avoir été avec nous, maire horizon de vous, les vice-présidents de l'association des maires de France en charge du commerce et de l'économie. Merci beaucoup, Tray-Linconel, d'avoir été notre invité. Steve, on se retrouve dans 20 minutes. – Retrouvez l'intégralité de nos podcasts sur la plateforme Public Sénat. – Sous-titrage Société Radio-Canada

24:11
Locuteur

– Sous-titrage Société Radio-Canada

Audrey Linkenheld : « Les maires veulent des outils pour lutter contre les commerces de ‘façade’ » — Audrey Linkenheld · Pourquijevote