Canicule : premiers décès à cause de la chaleur ?
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et un afflux de patients à l'hôpital. - Depuis début juin, on a plus 10 % d'activité, avec 300-330 passages par jour, ce qui est exceptionnel pour la période. Les patients peuvent présenter une atteinte jusqu'au coma. - A.-E.Lemoine: Une vague de chaleur, c'est plusieurs milliers de morts.
C'est l'avertissement qu'a lancé votre collègue la ministre de la Transition écologique, A.Pannier-Runacher. Vous craignez un bilan de cet ordre? - Y.Neuder: C'est toute la mobilisation et l'anticipation pour éviter...
On sait qu'il y aura des décès liés à la canicule. Il y a des pathologies dont les gens sont porteurs, comme l'insuffisance respiratoire, cardiaque, rénale...
C'est des équilibres très précaires. Il faut être vigilant sur ces patients. Il faut pouvoir s'hydrater, ne pas faire de bêtises. - A.-E.Lemoine: Pas d'effort. - Y.Neuder: Oui.
Tout effort est proscrit. C'est interdit pour ce type de patients, et d'une façon générale. Je suis surpris de voir aussi qu'il y a beaucoup de 15-40 ans qui ont consulté.
Cette tranche d'âge consulte aussi beaucoup. Ils ont eu des problèmes de santé car ils ne se rendent pas forcément toujours compte...
Les personnes âgées et les enfants sont plus vulnérables. On a identifié le risque, mais la chaleur frappe tout le monde. On ne fait pas d'effort physique.
Quand je vois des performances sportives se faire pendant des heures caniculaires...
Il ne faut pas en faire pendant cette période. - A.-E.Lemoine: Pourquoi ces gens plus jeunes consultent? - Y.Neuder: Ils ont des symptômes de malaise, d'évanouissement, de maux de tête, car ils ne se sont pas suffisamment protégés.
Il faut mettre des casquettes. Ce n'est pas toujours apprécié par tout le monde, même pour les enfants. C'est parfois difficile de faire mettre des casquettes aux enfants.
Les jeunes également. Il faut limiter, voire arrêter la consommation d'alcool pendant des températures comme celles-ci. - A.-E.Lemoine: L'arrêter totalement? - Y.Neuder: Je le conseille.
C'est très difficile à doser. L'impact n'est pas le même. On n'a généralement pas faim.
L'idée n'est pas d'interdire l'alcool, mais il faut vraiment modérer sa consommation. Il faut boire de l'eau, même quand on n'a pas soif, au moins un verre d'eau par heure. Ca vaut pour tout le monde.
Pour les personnes qui ont du mal à boire de l'eau, on peut mettre du sirop, du sucre pour rendre ça plus agréable. - A.-E.Lemoine: On vous a signalé une augmentation des admissions dans les hôpitaux, dans les services d'urgences? - Y.Neuder: J'ai des chiffres qui montrent qu'il y a une augmentation soutenue.
Vous avez vu l'exemple de Nice. C'est aussi un début de vacances, dans des zones touristiques. Il faut faire la part des choses.
C'est l'essence de ce plan canicule rouge. Ca permet d'avoir davantage d'informations. Nous avons des retours 2 fois par jour des ARS.
Ca nous permet d'envoyer des informations aux établissements et aux professionnels de santé, qui reçoivent des messages en direct. - A.-E.Lemoine: Quel genre de messages? - Y.Neuder: Quels types de comportements avoir, ce qu'on a remarqué, les conduites, les bonnes pratiques, qui sont toujours nécessaires à rappeler...
Chaque établissement est propre à définir son capacitaire, d'enclencher son plan blanc. Ca permet d'avoir une augmentation plus importante, notamment en lien avec l'Arcom sur les médias TV, radio, les réseaux sociaux. - A.-E.Lemoine: Demain, ça se calme.
Beaucoup de départements repassent en orange. - Y.Neuder: La canicule peut prendre plusieurs formes.
Elle peut être rapide, précoce et parfois tardive. L'an passé, elle a été tardive. Parfois, elle peut être en plateau.
Là, c'est un phénomène en plateau. Dans mon département de l'Isère, je ne suis pas en zone rouge, mais cela fait 13 jours que nous sommes en zone orange, dans des températures beaucoup plus élevées. On n'a plus le répit nocturne.
La nuit, on refroidit ses appartements, ses maisons. La température reste strictement identique, là. Il y a des conseils qui peuvent paraître stupides, mais je crois qu'il faut revenir aux fondamentaux.
Les grandes serviettes mouillées, la nuit, se les étendre sur le corps, les mettre sur ses enfants, ça permet de récupérer la nuit et de retrouver le sommeil. - A.-E.Lemoine: Vous l'avez fait vous-même?
C'est le conseil d'un père de famille? - Y.Neuder: D'un père de famille cardiologue qui sait l'impact de la fraîcheur.
Cela permet de vasodilater les vaisseaux. Cela réduit le débit cardiaque et cela évite les accidents. - A.-E.Lemoine: Cela suffit de donner de l'eau potable et des équipements de travail adaptés à ceux qui travaillent dehors pendant une canicule?
Pour l'instant, c'est ce que prévoit le décret. - Y.Neuder: Bien sûr.
C'est une affaire collective, une affaire de tous. Quand on est dans une activité professionnelle, comme les couvreurs, les charpentiers, les métiers du bâtiment, de l'agriculture, il faut renouveler...
Les employeurs, que ce soit les collectivités, qui ont changé les horaires de leurs professionnels qui travaillent dans les parcs, sur les voiries...
C'est un aménagement. C'est une responsabilité collective. C'est le rôle de l'Etat de donner des consignes, d'envoyer des alertes.
Après, c'est une organisation, comme aller chercher les plus vulnérables jusqu'au dernier kilomètre. J'étais avec l'Association des maires ruraux de France. Avec leurs centres communaux d'action sociale, leur registre au niveau des secrétariats de mairie, ils peuvent identifier...
Des maires me disaient qu'ils avaient passé le matin à téléphoner à des personnes vulnérables qui se sont fait connaître. J'invite les personnes vulnérables à se faire inscrire, les plus de 65 ans, porteurs de pathologies...
Est-ce que dans notre village, on a des gens seuls? C'est cette solidarité qu'il faut enclencher. - A.-E.Lemoine: Vous dites que c'est l'affaire de tous, mais aussi de l'Etat, notamment de prendre en charge la rénovation thermique des écoles.
Près de 2000 écoles fermées partiellement ou totalement. Ce n'était pas possible de les fermer définitivement? C'est bientôt les vacances, le 5 juillet. - Y.Neuder: L'école, c'est la responsabilité des communes.
On a un pays organisé...
Les écoles primaires, c'est les communes. Les collèges, les départements. Les lycées, c'est les régions.
Ce n'est pas en pleine canicule qu'il faut le faire. On doit s'interroger sur la qualité énergétique de son bâtiment, que ce soit l'hiver, pour faire des économies d'énergie, et l'été, pour protéger. - A.-E.Lemoine: E.Borne pouvait décider de fermer toutes les écoles dès aujourd'hui. - Y.Neuder: Bien entendu, mais est-ce qu'on est sûrs que ces enfants sont dans des meilleures conditions thermiques chez eux?
Il y a beaucoup d'enfants qui sont dans de très mauvaises conditions thermiques, dans des immeubles où il n'y a pas de transversale, on ne peut pas faire des courants d'air...
Peut-être qu'à l'école, il peut y avoir une pièce mieux réfrigérée. Si l'école est plus dangereuse que de rester chez eux pour les enfants...
Ce n'est pas aussi simple que ça. Parfois, l'école protège. - E.Tran Nguyen: L'autre question dans toutes les têtes, c'est s'il faut un grand plan climatisation.
C'est ce que demande M.Le Pen, qui promet de le faire si elle accède au pouvoir. Seulement 7 % des écoles sont climatisées, 1 foyer sur 4.
Il y a aussi la question de savoir si c'est écolo ou pas, la climatisation. Question posée à J.-M.Jancovici, lui-même ingénieur spécialisé dans l'énergie et grande voix du climat. - J.-M.Jancovici: La clim, ce n'est pas l'horreur.
En ce moment, on a un problème de surplus d'électricité tous les jours à midi car on a des panneaux solaires allemands et français qui produisent trop d'électricité par rapport à ce qu'on utilise. Si on rajoute des clims qu'on fait tourner quand il fait très chaud... - Ce n'est pas grave? - J.-M.Jancovici: Ce qui est plus ennuyeux, c'est que ça rejette de la chaleur à l'extérieur.
Si vous avez beaucoup de clims partout, ça crée un surplus de chaleur dans la rue. - E.Tran Nguyen: Conclusion: on fait quoi?
On investit massivement dans des climatiseurs car ça sauve des vies? C'est ce que M.Le Pen a redit à l'Assemblée il y a quelques heures.
Au risque d'aggraver la situation quand on nous dit que ça réchauffe l'extérieur? - Y.Neuder: La vérité est probablement au milieu.
On doit s'adapter au changement climatique. Cela passe par des bâtiments adaptés, avec une meilleure isolation. Cela fait partie du développement.
On peut installer des endroits de rafraîchissement au sein de chaque école avec des blocs de climatisation. C'est une solution hybride. Cela pourrait permettre de passer ces phases caniculaires.
Il faut organiser et envisager, dans tous les projets de rénovation thermique ou de nouvelles constructions, cette situation-là. J'ai été maire pendant une vingtaine d'années. On ne construit plus les bâtiments comme avant.
On fait attention à avoir des auvents pour protéger du soleil. On fait attention à l'orientation. On végétalise les cours.
C'est un ensemble d'organisations. Dans une crèche, on prend plus de risque à laisser des enfants à haute température que de mettre un bloc clim. Je l'avais fait quand j'étais président de l'intercommunalité.
C'est des solutions pratico-pratiques au niveau local. Il faut envisager les choses différemment. Cela nous interroge sur le réchauffement climatique. - A.-E.Lemoine: Merci, Y.Neuder, ministre chargé de la Santé et de l'Accès aux soins.
Vous êtes cardiologue. Les effets de la canicule sur les corps, notamment le fait que ça peut provoquer des infarctus, vous l'avez constaté dans l'exercice de vos fonctions. - Y.Neuder: Oui.
Un phénomène en amène d'autres. Il y a aussi des pics de pollution, une augmentation de l'ozone...
Ca provoque des décompensations respiratoires chez les patients qui ont des difficultés respiratoires. Cela provoque des décompensations cardiaques, avec des patients qui s'hydratent trop ou pas assez. Pour les patients insuffisants rénaux, c'est difficile.
Vous buvez moins, vous vous déshydratez beaucoup plus. Votre fonction rénale en pâtit. Si on se met à beaucoup moins uriner, il faut faire attention.
Si les urines deviennent très jaunes...
Même quand on n'a pas soif, il faut boire un verre par heure et savoir diminuer ses médicaments, parfois, notamment les diurétiques, qui font faire pipi. On a déjà suffisamment de déshydratations spontanées du fait de la chaleur. - A.-E.Lemoine: Les patients doivent eux-mêmes décider de réduire... - Y.Neuder: Je ne suis pas en train de dire ça non plus.
C'est en lien avec leurs professionnels de santé.
François Bayrou