Roussel candidat : Pourquoi le PCF assume de partir sans Mélenchon
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Questions et réponses
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- 0:44OuverteRéponse directe
Ce projet, qu'en est-il ? À quoi ressemblera la campagne du Parti communiste ?
- 0:49OuverteRéponse directe
Avec une nouvelle candidature à gauche, y a-t-il un risque de délitement qui peut profiter à l'extrême droite ?
- 1:08OuverteRéponse directe
Vous entrez en campagne cette semaine. Qu'est-ce qui a motivé la candidature de Fabien Roussel pour cette présidentielle ?
- 2:46RelanceRéponse partielle
Lesquelles ?
- 2:56ComplaisanteRéponse directe
Moi, je vais vous parler d'un sujet qui me tient particulièrement à cœur, la question de la lutte contre le réchauffement climatique.
- 5:02OuverteRéponse directe
Oui, sur le plan climat du Parti communiste, il y a un refus de la décroissance.
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:01InvitéFait
« 6 septembre, Fabien Roussel a annoncé sa candidature à la présidentielle pour porter le projet du Parti communiste après un vote et en réunit plus de 24 000 personnes. »
- 0:26Invité politiqueFait
« Je suis maire d'une commune du Nord, je connais la France de l'intérieur. Et je sais les souffrances et les espérances de changement de nos concitoyens. »
- 1:34PrésentateurChiffre
« la gauche, toute mouillée, elle pèse maximum 32-33% des voix, si on se réfère notamment aux élections législatives de 2024 du nouveau Front populaire, où il y avait eu une alliance. »
- 1:57PrésentateurFait
« Et ces circonscriptions ont été acquises, parfois, dès le premier tour par le Rassemblement national. »
- 3:40PrésentateurFait
« Fabien Roussel, notamment à travers tout le travail qui a été effectué il y a trois ans maintenant, à travers l'élaboration du plan climat pour le Parti communiste, on porte un projet qui permet d'allier amélioration des conditions de vie, notamment des ouvriers, des travailleurs dans leur diversité, et lutte contre le réchauffement climatique. »
- 4:05PrésentateurFait
« en développant massivement les énergies renouvelables et le nucléaire, un mix énergétique nucléaire renouvelable »
- 4:14PrésentateurFait
« Je pense à la ligne grande vitesse entre Bordeaux et Toulouse qui permettrait d'être une véritable concurrence à l'utilisation de l'avion. »
- 4:20PrésentateurChiffre
« Je pense aussi au développement du fret fluvial, notamment avec le canal Seine-Nord-Europe par exemple, qui permettrait de diminuer d'un million le nombre de camions sur les routes. »
- 8:43Invité politiqueFait
« je pense personnellement que Jean-Luc Mélenchon est certainement le pire candidat de second tour. D'ailleurs, je vois bien que Jordan Bardella, Marine Le Pen et même M. Retailleau aujourd'hui font de Jean-Luc Mélenchon leur meilleur allié de second tour parce qu'ils savent qu'avec lui, ils sont sûrs de l'emporter. »
- 11:16PrésentateurFait
« Si on compare dans les années, par rapport aux sorties de la guerre, par exemple, là où l'extrême droite était plus bas que terre, en étant sorties de la guerre, est-ce que le racisme était plus présent dans nos sociétés ? Honnêtement, je le pense. »
- 12:04PrésentateurFait
« la dernière sortie de Jean-Philippe Tanguy dans cette rentrée, qui détourne le débat public sur la question du port du voile, est profondément insupportable. »
- 19:52PrésentateurPromesse
« Portons l'augmentation des salaires, portons le droit universel au travail, le travail pour tous. »
- 20:28PrésentateurPromesse
« nous défendons un droit au repos dès 60 ans »
Temps de parole
- Présentateur75 %
- Invité19 %
- Fabien Roussel4 %
- ?2 %
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Ce
6 septembre, Fabien Roussel a annoncé sa candidature à la présidentielle pour porter le projet du Parti communiste après un vote et en réunit plus de 24 000 personnes.
Oui, je suis candidat à
l
'élection présidentielle. C'est un choix largement réfléchi, mais aussi largement soutenu, à 72% dans mon parti. Mais surtout, ça fait des années que je parcours la France. Je suis maire d'une commune du Nord, je connais la France de l'intérieur. Et je sais les souffrances et les espérances de changement de nos concitoyens. Mais un vrai changement qui va redonner du pouvoir d'achat, va respecter les travailleurs. Et c'est pour cela que j'ai fait ce choix-là avec un programme, un projet de rupture pour notre pays.
Ce projet, qu'en est-il ? A quoi ressemblera la campagne du Parti communiste ? Avec une nouvelle candidature à gauche, y
a
-t-il un risque de délitement qui peut profiter à l'extrême droite
?
Où cette campagne permettra d'agrandir le socle électoral de la gauche ? Pour en parler, on reçoit tout de suite Léon Defontaine, porte-parole du Parti communiste.
Bonjour
Léon Defontaine,
merci d'être
avec nous.
Merci à votre invitation.
Je
l'ai dit, vous entrez en campagne cette semaine. Qu'est-ce qui a motivé la candidature de Fabien Roussel pour cette présidentielle
?
Déjà, c'est un choix
mûrement réfléchi. Les communistes ont voté trois fois quasiment sur cette élection présidentielle, si on démarre le processus. Et il y a une réflexion qui, je crois, est propre à l'ensemble des militantes et des militants de gauche, à l'aube de l'élection présidentielle de 2027. C'est comment on est capable d'empêcher l'arrivée de l'extrême droite au pouvoir. Et aujourd'hui, on part d'un constat, c'est que la gauche, toute mouillée, elle pèse maximum 32-33% des voix, si on se réfère notamment aux élections législatives
de
2024 du nouveau Front populaire, où il y avait eu une alliance. Et le NFP n'avait pas permis à la gauche d'obtenir une majorité absolue, de même pas obtenir une majorité des voix. Et pire que cela, il y
a
eu un considérable recul de la gauche dans les territoires ouvriers, notamment, moi, je pense au bassin minier, chez moi, dans les Hauts-de-France, par exemple. Et ces circonscriptions ont été acquises,
parfois,
dès le premier tour par le Rassemblement national. Et donc, on s'est tous et tous posé la question, et je crois que c'est les réflexions que nous aurons, notamment à la fête de l'humanité ce week-end, sur la manière dont on peut barrer la route à l'extrême droite. Et je crois qu'on a besoin d'avoir une candidature à gauche qui soit capable de remettre les questions sociales, la question du travail, de l'industrie, au cœur de son projet, pour justement aller parler à ces électrices, ces électeurs qui ne votent plus,
ou
pour certaines et certains d'entre eux, qui peuvent tomber dans un vote d'extrême droite parce que, tout simplement, ils vivent le déclassement et qu
'ils
ne voient pas, dans les discours politiques portés à gauche jusqu'alors, une solution pour répondre aux difficultés qu'ils rencontrent au quotidien. Et donc, c'est bien toute l'ambition de la candidature de Fabien Roussel, c'est d'élargir le socle électoral de la gauche et de permettre d'aller chercher aujourd'hui des gens qui ne voteraient pas à gauche de prime abord.
J'entendais hier soir le secrétaire général des jeunes communistes qui expliquait que la candidature de Fabien Roussel portait des idées qui n'étaient pas dans le débat public. Lesquelles
?
Moi, je vais vous parler d'un sujet qui me tient particulièrement à cœur, qui est probablement, en tout cas qui est à mon sens,
le
plus grand défi que nous avons devant nous, la question de la lutte contre le réchauffement climatique.
Et
aujourd'hui, quand on discute avec notamment des électrices et des électeurs qui ne votent plus ou qui peuvent voter à Rassemblement National, ils nous disent systématiquement qu'ils sont inquiets vis-à-vis du réchauffement climatique. On l
'a
encore vu cet été, les feux, les incendies, les vagues de chaleur, de canicules qu'on a connues à travers le pays. Mais ils nous disent systématiquement que l'écologie se fait à leur détriment, qu'on juge leur mode de vie, leur mode de consommation et même leur mode de production. Lorsqu'ils sont ouvriers, on dit que c'est à cause d'eux qu'il y a un réchauffement climatique. Et surtout, les solutions qui sont apportées sont systématiquement contraignantes.
Eh bien, Fabien Roussel, notamment à travers tout le travail qui a été effectué il y a trois ans maintenant, à travers l'élaboration du plan climat pour le Parti communiste, on porte un projet qui permet d'allier amélioration des conditions de vie, notamment des ouvriers, des travailleurs dans leur diversité, et lutte contre le réchauffement climatique. Comment ?
Eh bien, tout simplement en planifiant avec une électrification de notre énergie qui passe notamment par le doublement de la production d'électricité, donc notamment en développant massivement les énergies renouvelables et le nucléaire, un mix énergétique nucléaire renouvelable, mais aussi en développant des grands travaux qu'on juge utiles pour l'environnement. Je pense à la ligne grande vitesse entre Bordeaux et Toulouse qui permettrait d'être une véritable concurrence à l'utilisation de l'avion. Je pense aussi au développement du fret fluvial, notamment avec le canal Seine-Nord-Europe par exemple, qui permettrait de diminuer d'un million le nombre de camions sur les routes.
Je pense au Lyon-Turin, je pense à de nombreux autres grands travaux utiles que nous voulons appuyer. Finalement, nous voulons aujourd'hui nous planifier l'économie pour permettre de répondre aux défis sociaux, économiques,
et
celui qui me tient par suivre dans le cœur, le défi environnemental. Et aujourd'hui, Fabien Roussel, du coup, est le seul à porter un discours, je viens de désquisser en tout cas quelques grandes lignes, et c
'est
le seul à porter ce discours-là, et je suis persuadé qu'avec ce discours-là, nous pouvons aller discuter avec des électrices et des électeurs qui ont tourné le doigt à la gauche en pensant que si demain on votait à gauche, eh bien il y aurait pour conséquence une dégradation de leurs conditions de vie.
Oui, sur le plan climat du Parti communiste, il y
a
un refus de la décroissance. C
'est ça, je pense que le débat est là.
Assez clairement. Il y a une politique de production qui est assumée, vous venez de le développer. C'est une position qui est assez singulière pour le coup à gauche. Mais c'est quoi la limite de ça ? Quand vous entendez la dégradation du climat et les catastrophes qui nous attendent, est-ce qu'on peut faire autrement que la décroissance
? Moi
je pense, mais en effet c'est un des débats que nous avons à gauche, et c'est plutôt sain, moi, ce que je disais à Fabien Roussel et puis à d'autres candidats. Je dis pourquoi Fabien Roussel est candidat ? Tout simplement parce qu
'on
a des projets politiques différents, et que je pense que
c'est
plutôt sain de pouvoir les mettre en débat, discuter sereinement entre nous, et c'est bien l'objectif de l'élection présidentielle, c
'est
de présenter finalement des projets qui peuvent être différents. En l'occurrence, sur l'écologie, on en a un différent. Et on a une approche, moi, qui je crois est bien plus pragmatique. Moi j'ai un souci, c'est que depuis 25 ans maintenant, depuis le discours de Chirac, c'est en Australie je crois, j'étais tout jeune à ce moment-là, mais qui disait la maison brûle et on regarde ailleurs. En tout cas, depuis plus de 25 ans, les responsables politiques nous disent, il y a un défi climatique qui est là, ça doit devenir une urgence, ça peut même être pour certains présidents la grande cause du quinquennat.
On
l'a vu que souvent les grandes causes du quinquennat sont souvent des lettres mortes. Mais finalement, aujourd'hui, il y a un relatif consensus, même jusqu'à l'extrême droite, de dire qu'il faut lutter contre le réchauffement climatique. Moi je souhaite qu'on sorte des incantations et qu'on puisse dessiner un chemin, un plan. Et en l'occurrence, aujourd'hui, il y a, je crois, deux candidats qui présentent un plan pour le climat. Il y a le discours qui est porté par les écologistes et Jean-Luc Mélenchon notamment,
qui
s'apparente à la décroissance. Et il y a le discours, une forme de décroissance, et il y
a
le discours qui est porté par Fabien Roussel. Et aujourd'hui, moi je le dis, si demain on veut permettre de réindustrialiser le pays, si on veut notamment produire finalement ici, sur le territoire national, ce dont on a besoin sur le territoire national, je pense par exemple à l'automobile, les voitures, si on ne
veut
pas les importer de l'autre bout de la planète, si on veut produire de l'acier, on a eu le cas d'ArcelorMittal, et notamment si on veut nationaliser ArcelorMittal tout en répondant à l'impératif environnemental, alors on n'a pas d'autre choix que de produire massivement de l'électricité. Si on décide d'investir, sortir le plus rapidement possible de l'énergie nucléaire et d'investir uniquement dans les énergies renouvelables, et bien tout simplement, ce sont des énergies intermittentes, et il faut accepter que finalement, on produira moins d'électricité sur le territoire. Et moins d'électricité, ça veut dire
moins
de services publics, ça veut dire moins de trains qui roulent, ça veut dire moins d'industrie. Or aujourd'hui, si on veut répondre à l'opératif environnemental, un des sujets fondamentaux, c'est d'éviter d'importer de l'autre bout de la planète, ce qu'on pourrait faire ici. Et donc nous, c'est pour ça qu'on pose de manière très pragmatique le mix nucléaire renouvelable, parce qu'on a besoin de produire suffisamment d'électricité pour justement développer massivement le ferroviaire, développer une industrie bas carbone.
Si on veut permettre de développer des services publics de proximité, rouvrir des maternités, des hôpitaux, des commissariats, des écoles, évidemment, ça va être rentré dans les territoires, on aura besoin de produire de l'électricité et de
l
'énergie, mais pour ça, il
faut
qu
'elle
soit bas carbone. Mais on a une différence d'appréciation, notamment avec ce que peut porter Jean-Luc Mélenchon, et je pense que c'est plutôt sain d'avoir du débat
associé. Vous
venez de le dire, le mot qui va aller me servir pour cette relance, vous avez parlé d'un débat sain. Fabien Roussel a déclaré, à l'occasion de cette annonce de candidature, ne pas vouloir parler des autres candidats pendant cette campagne. Le lendemain, Yann Brossat, sénateur PCF de Paris, a déclaré qu'il ne voulait pas taper sur le reste de la gauche. Comparé à 2022, est-ce qu
'il
y
a
un changement de stratégie ? Parce qu'à l'époque, on entendait régulièrement, d'un côté Fabien Roussel et Jean-Luc Mélenchon, s'échanger des punchlines par un média interposé. Moi,
je pense personnellement que Jean-Luc Mélenchon est certainement le pire candidat de second tour. D'ailleurs, je vois bien que Jordan Bardella, Marine Le Pen et même M. Retailleau aujourd'hui font de Jean-Luc Mélenchon leur meilleur allié de second tour parce qu'ils savent qu'avec lui, ils sont sûrs de
l'emporter. Lui, il pense qu'au contraire,
il gagnera.
Je
pense qu'il n
'y a
rien de plus désespérant finalement que la gauche qui ne parle qu'à elle-même et qui ne parle qu'à ses militants pour convaincre tel ou tel militant de plutôt voter pour un tel ou de voter pour un tel. Encore une fois,
et
Jean-Luc Mélenchon l'a dit et je partage ce qu'il dit, l'enjeu de la gauche, ce n'est pas de pouvoir rassembler les 30% d'électeurs qu'on peut avoir. L'enjeu, c'est d'élargir notre socle électoral. Et donc, chacun, avec son projet politique, je pense que c
'est
susceptible de parler à une partie de la population. On verra qui sort en tête. Mais en tout cas, l'ambition, je pense, doit être celui-ci. C'est d'affronter directement la droite et l'extrême droite. C'est ce que j'ai tâché notamment de faire dans l'élection présidentielle. Débusquer le rassemblement national sur le fait que c'est un faussaire de la question sociale et qu'il ne répond en rien aux difficultés que rencontrent les classes populaires. Et de l'autre côté, être en capacité de proposer une alternative de gauche pour permettre de dire justement, notamment aux ouvrières et aux ouvriers, au monde du travail, dans sa diversité, qu'il
y a
une voix à gauche qui parle d'eux et qui parle des manières d'améliorer leurs conditions matérielles d'existence, d'augmenter leur pouvoir d'achat, de permettre de développer des services publics, de répondre à l'impératif environnemental également sans que ça se fasse à leur détriment. Et bien c
'est
l'ambition de Fabien Roussel. Et encore une fois, si on veut aller chercher des électrices et des électeurs qui sont soit abstentionnistes, soit qui votent rassemblement national aujourd'hui, on ne le fera pas par des petites punchlines, par médias interposés. On le fera par le débat respectueux. Et encore une fois, ne nous trompons pas d'adversaires. Notre adversaire, c'est l'extrême droite, c'est la droite, et c'est la résignation, les abstentionnistes.
Autre débat de fond, justement, sur l'électorat RN, qu'au PCF, il
y
a une analyse qui a assez répandue, à savoir que les classes populaires votent RN dans le cadre d'un déclassement vécu ou de difficultés économiques.
On
a l'impression que
la
centralité du paramètre raciste dans le vote pour le RN, pour vous, n'est pas la raison
principale.
La
question, pour moi, centrale, c'est la question du déterminant du vote. Qu'est-ce qui fait que quelqu'un dans l'isoloir va prendre plutôt tel bulletin que tel bulletin
?
Si on compare dans les années, par rapport aux sorties de la guerre, par exemple, là où l'extrême droite était plus bas que terre, en étant sorties de la guerre, est-ce que le racisme était plus présent dans nos sociétés ? Honnêtement, je le pense. Ça ne
veut
pas dire qu'il n
'y a
pas une résurgence d'une forme de xénophobie, de racisme aujourd'hui par rapport aux années 2000, par exemple, ou aux fins des années 90.
En
revanche, je pense que le racisme aujourd'hui dans nos sociétés est moins présent que dans les années, on
va
dire,
45,
après-guerre et 50. Pour autant, le déterminant du vote était la question sociale. Et c'est ce qui faisait que, notamment, la gauche était bien plus haute, et notamment le Parti communiste français. Évidemment qu'il faut aujourd'hui dénoncer avec force la banalisation de la xénophobie, du racisme. Et moi, je le dis aussi ouvertement, dénoncer celles et ceux qui veulent faire de la politique française, un débat ethnicisé, raciste, racialiste. Je pense que ça vient uniquement opposer les Français les uns contre les autres.
Donc
évidemment, il faut le dénoncer. Et d'ailleurs, par exemple, la dernière sortie de Jean-Philippe Tanguy dans cette rentrée,
qui
détourne le débat public sur la question du port du voile, est profondément insupportable. Elle doit être dénoncée pour deux raisons. Premièrement, parce qu'elle est profondément raciste. Et deuxièmement, parce que, encore une fois, le Rassemblement National, plutôt que de parler
des
premières préoccupations des Français, le pouvoir d'achat, l'école en cette rentrée, l'hôpital public, la santé, mais aussi la question environnementale qui fait un bond après cet été qu'on a connu, eh bien, elle vient agiter, encore une fois, la question du voile dans le débat public afin de faire polémique et de détourner le débat public. Eh bien, moi, je pense qu'il faut évidemment le dénoncer. Maintenant, moi, ce que je souhaite, c'est convaincre les électrices et les électeurs du Rassemblement National qui votent parce qu'ils ont été victimes des mondialisations, de l'intégration européenne forcée,
eh
bien, eux, je souhaite aller leur parler. Je souhaite aller discuter avec elles et eux et leur dire que si aujourd'hui ils sont dans cette situation, ce n
'est
pas de la faute du voisin par rapport à sa religion, par rapport à sa couleur de peau, c'est de la faute d'un système qui a été mis en place, parfois avec l'aval, voire même parfois en acteur principal, la gauche. Je pense notamment au quinquennat de François Hollande,
par
exemple, pour ne pas le citer. Et en effet, la gauche a une grande part de responsabilité là-dedans. Mais il y a eu d'autres voies à gauche qui se sont systématiquement opposées à ces traités et qui portent un autre projet politique. Donc l'enjeu, pour moi,
c
'est surtout aujourd'hui de refaire de la question sociale notre priorité, la question du travail, de la production comme étant une priorité, ce qui permettra finalement d'effacer peu à peu la question raciale
justement
du débat public. Et je pense que c'est ça qui fera reculer durablement les idées nauséabondes que nous connaissons dans notre pays. Encore une fois, si le racisme progresse ces dernières années, c'est aussi parce que finalement,
on
a d'ailleurs, avec la complicité de certains médias, fait de ce sujet un sujet central du débat public. Et bien moi, je souhaite qu
'on
fasse de la question sociale une question centrale du débat public.
C'est pas un peu la logique de l'universalisme qui fait disparaître les différences ? Cette logique-là, elle n'a pas finalement fonctionné. Est-ce que vous refusez les lectures intersectionnelles qui permettent, par exemple, de comprendre la spécificité d'un racisme vécu par une femme musulmane ou par une femme noire dans des contextes de domination ? C'est vis-à-vis de l'utilisation du terme de racialisation.
On
a l'impression que c'est finalement le discours un peu des années 2000, l'SOS racisme qui efface les différences mais qui du coup efface le racisme que peuvent vivre les personnes.
Bon,
l'intersectionnalité, c'est un vaste débat, y compris chez ceux qui se revendiquent de l'intersectionnalité. Donc moi, je ne me remondique pas intersectionnelle ou pas.
Je
veux dire, il y a tellement de définitions différentes qui ont été apportées. Angela Davis, elle-même, a évolué au fur et à mesure de son engagement politique et voilà, c'est un concept qui est mis en débat et tant mieux. Est-ce qu'il y
a
une spécificité aujourd'hui du racisme qui est subi par une femme musulmane ? Évidemment, évidemment. Mais pour autant, moi, je porte un projet universaliste dans le sens où je pense que la République, peu
importe sa
religion, peu importe sa couleur de peau, doit permettre d'apporter les mêmes droits pour toutes et tous. Je pense que c'est ça, ça doit être ça, notre idéal. C'est l'idéal républicain qui est aujourd'hui porté et pour ce faire, on doit lutter le plus férocement possible contre
les
discriminations, contre la xénophobie, contre le racisme présent et justement parce que ça vient contrarier la promesse républicaine qu'on a faite. Et après,
ce
que j'ai envie de dire, c'est qu'aujourd'hui, en fait, peu à peu, l'État social qu'on avait réussi à construire, tant bien que mal, dans le consensus gaulo-communiste aux sorties de la guerre, a reculé.
Certains, d'ailleurs,
veulent recréer.
François
Ruffin et
Dominique de
Villepin parlaient il y a quelques jours
dans le Conseil national de la résistance. Je ne sais pas si Ruffin est
communiste,
mais
en effet, oui, ça revient de t'entendre dans le débat public. Mais il y avait des choses bien quand même dans cet État social. Le recul de cet État social, de cette promesse républicaine finalement qui était apportée, qu'on habite dans les quartiers populaires, c'était une promesse qui,
d
'ailleurs, était quand même soumise à un certain nombre de difficultés et qui n'avait pas été tenue. Mais cette promesse de dire que, peu importe, si on habite dans le centre de Paris, qu'on habite en banlieue en Seine-Saint-Denis ou qu'on habite à Frivile-Escarbotin dans la campagne Picarde, finalement, on doit pouvoir bénéficier des mêmes droits, des mêmes accès aux services publics, des mêmes chances. Cette promesse n'a jamais été tenue et elle est de plus en plus mise à mal par les politiques libérales. Moi, je souhaite en refaire un sujet social. Si aujourd'hui,
on
a les habitants notamment de Seine-Saint-Denis, de certains quartiers populaires, mais même de quartiers populaires d'Amiens, on n
'est
pas obligé d'aller dans les banlieues des grandes métropoles, sont aujourd'hui discriminés. C'est parce qu'il y a des difficultés d'accès à l'emploi, des difficultés d'accès aux services publics, des difficultés de mobilité. Et donc, mener une politique universaliste, c'est avant tout leur dire qu'on va mettre en place des droits, des nouveaux droits, des accès aux services publics qui n'existaient pas. Et bien évidemment, c'est aussi prendre en compte les dimensions racistes qui peuvent exister aujourd'hui. Et oui, il y a des répercussions racistes. Je ne suis pas sûr qu'il y ait un racisme systémique aujourd'hui, par exemple, dans nos institutions.
Pour autant, il y a du racisme dans ces institutions et il faut agir le plus fermement possible contre des agents représentants du service public qui peuvent tomber et être eux-mêmes vecteurs de racisme. Encore une fois, je ne pense pas que ce soit une majorité. Par contre, dès qu'il y
a
des cas, il faut agir le plus fermement possible. Or, aujourd'hui, on a plutôt l'effet contraire avec des logiques de corporation qui fait qu'on va défendre un agent qui est tombé dans une forme de discrimination qui est profondément insupportable.
Je
voulais vous parler de la centralité de la question sociale et de l'importance de cette question.
Il
y
a
eu, en 2022, à l'occasion de la dernière candidature présidentielle de Fabien Roussel, c'était pas loin de cette période-là, c'était lors de la fête de l'UMA, une séquence qui avait créé une véritable polémique, même si le sens de la phrase originale a été un peu détourné, c'est cette question de la gauche des
allocs.
Ce n'était pas exactement ce que Fabien Roussel voulait dire, mais ça a donné une sorte de reprise d'un lexique de droite pour essayer d'y répondre avec une solution de gauche. Est-ce que cette stratégie de communication de reprendre
un
lexique qui est historiquement attribué à la droite pour y répondre par quelque chose qu'on juge plutôt à gauche, vous allez continuer d'utiliser cette méthode ou est-ce que c
'est
une méthode que vous revendiquez pour lutter contre la droite
?
Non, mais je pense
qu'il
y a
des sujets qui aujourd'hui deviennent... Vous n'allez pas nous reprocher à nous communistes de reprocher justement cette gauche sociale, démocrate voire libérale qui a mis en place des revenus de substitution à ceux du travail. On a toujours défendu le fait qu'il fallait revendiquer un droit au travail pour tous et permettre de vivre de son travail.
Après,
j'ai dit dès le début que la
femme a été détournée. Oui, oui, elle a été détournée.
Mais du coup, moi, je pense qu'il faut l'assumer clairement et je pense que c'est aussi comme ça qu'on va contester l'extrême droite. C'est un discours de gauche à la base.
C'est
le Rassemblement National qui a repris les discours qui étaient portés historiquement, notamment par le Parti communiste en disant qu'il fallait que le travail paye. Tout ça, en plus, derrière, le Rassemblement National finalement, en galvaudant et en finalement défendant son projet de société qui finalement, tout simplement, de rapprocher ce qu'ils appellent le salaire bouille du salaire net et de supprimer les cotisations sociales qui viennent supprimer la sécurité sociale. En fait, ils viennent baisser les salaires en réalité des travailleurs français. Mais on a besoin, nous, de reprendre en main justement le flambeau sur le fait que le travail doit payer.
Portons l'augmentation des salaires, portons le droit universel au travail, le travail pour tous. Ça, c'est, je pense, le projet de société que,
en
tout cas, nous, nous avons toujours porté, que nous souhaitons porter dans ce débat-là. Et pour le coup, ça a été des débats vifs, notamment avec une partie de la social-démocratie ou libérale, je ne
sais
pas comment on l
'a
qualifiée dans les années 80, qu'on a revécu sous le mandat de François Hollande, où finalement, ils viennent accompagner un système capitaliste qui organise lui-même le chômage, qui organise lui-même la précarisation d'une partie de la population. Et oui, moi, je l'assume complètement. Je souhaite aujourd'hui que l'ensemble des Françaises et des Français puissent soit être en formation, soit travailler, soit à la retraite, bien sûr, et nous défendons un droit au repos
dès
60 ans, et qu'ils puissent vivre dignement de ce travail.
Sur la forme spécifiquement, est-ce que c'est une méthode assumée de vos...
Moi, je crois qu'il y
a
eu aujourd'hui, je le dis, je crois que la social-démocratie a été en effet une gauche des allocs qui a préféré défendre des allocations et des revenus de substitution à celles du travail. Encore une fois, je pense que c'est aujourd'hui une vérité, et moi, j'en veux aujourd'hui notamment aux candidats de gauche, enfin aux candidats de gauche, aux présidents qui se sont indiqués de gauche, qui en effet ont finalement accompagné le chômage, les politiques libérales de chômage, et c'est celle-là qu'on dénonce en réalité lorsqu'on utilise ce terme. Après, encore une fois, je pense qu'il faut assumer le fait qu'aujourd'hui, la gauche soit la gauche du travail.
Je préfère être la gauche du travail que la gauche dit
des
allocations. C'est le reproche de 2022. Est-ce que vous considérez cette accusation comme illégitime parce qu'on vous reproche souvent d'avoir été le pourcent manquant qui aurait manqué
à
Jean-Luc Mélenchon ? Il y a deux choses que je trouve curieux là-dedans, parce que bien évidemment on était confrontés à cette rhétorique. La première,
c
'est Fabien Roussel a été la cible notamment de certains militants insoumis sans jamais qui cible Philippe Poutou
par
exemple
qui
aurait pu
ou
Yannick Jadot qui honnêtement je crois a un électorat bien plus perméable que celui qu'on a pu avoir. Et deuxièmement, je le dis aussi sans embâche,
c
'est que celles et ceux qui ont voté Fabien Roussel en 2022 n'auraient pas voté Jean-Luc Mélenchon. Et personne n'est propriétaire de ces électrices et de ces électeurs. Et encore une fois, l'enjeu c'est de pouvoir élargir le socle électoral. On a eu deux élections législatives dans lesquelles on a réussi à faire des rassemblements. Ces élections législatives n'ont pas permis à la gauche de gagner. Donc la question qui doit se poser à nous encore une fois, c'est comment on est en capacité d'élargir les socles électoraux de la gauche. La gauche a toujours gagné l'élection présidentielle, a jamais gagné l'élection présidentielle avec un candidat unique à chaque fois qu'elle l
'a
gagné. C'est parce que justement il y avait plusieurs candidats à gauche qui ont réussi à chercher et mobiliser des électorats. La victoire de Mitterrand en 81, elle est permise parce que Georges Marché il fait 16% à côté. La défaite de Mitterrand en 74, elle n'est pas permise parce que tout simplement Mitterrand est le seul candidat à gauche. Il arrive en tête à l'élection présidentielle mais il ne parvient pas à réunir suffisamment d'électeurs pour pouvoir se qualifier au second tour, pour pouvoir être en tête au second tour.
Donc encore une fois, on a besoin d'élargir.
Parce qu'il y
a
une
histoire
de
travail entre les communistes et
Jean-Luc Mélenchon. Oui mais moi ce n'est pas de ma faute.
Vous savez, je ne viens pas d'une famille de communistes et j'ai beaucoup écouté les discours de Jean-Luc Mélenchon en 2012 et je le dis aussi, il a participé à ma politisation et même à mon engagement auprès des jeunes communistes à l'époque en 2013. Ce n
'est
pas de ma faute si Jean-Luc Mélenchon a changé de discours et a évolué.
C'est droitisé.
Et il assume. Moi je pense qu'en tout cas aujourd'hui, je parlais de la question de la lutte contre le droit sur le plan climatique. Moi ça fait partie de ce pour quoi je m'engage aujourd'hui. Et je vois dans mon entourage, notamment chez les jeunes, beaucoup qui nous disent mais moi je voterai pour le candidat qui porte le projet environnement écologique dans lequel moi je m'y retrouve. Et ils me le disent clairement. Si Fabien Roussel n'était pas là, il ne voterait pas Jean-Luc Mélenchon. Parce que nous avons des discours différents. Donc l'enjeu c'est comment on est capable nous chacun avec notre discours d'aller chercher des électrices et des électeurs différents.
Et encore une fois, je ne crois pas que ce soit les 800 000 voix de Fabien Roussel qui ont manqué à Jean-Luc Mélenchon. Si vraiment on devait étudier précisément et regarder, déjà je le dis vraiment, l'électorat de Yannick Jadot je pense est bien plus perméable. Parce qu'ils ont un discours politique qui je pense est assez proche notamment sur une vision décroissante de l'économie. Ce n'a pas été le cas, vous l'avez souligné, de la part de Fabien Roussel. On a des projets politiques différents. C'est normal qu'on ait candidats différents. Encore une fois, après personne n'est propriétaire de ses électeurs. Et je pense qu'il ne
faut
pas insulter les électeurs lorsqu'ils font un choix. Et en l'occurrence, on ne sait pas ce qu'auraient fait les 800 000 électrices électeurs de Fabien Roussel s'ils n'étaient pas là. Et honnêtement, moi je ne crois pas, c'est une hypothèse, je ne crois pas qu'ils auraient voté pour Jean-Luc Mélenchon.
Avant de vous libérer, j'avais une dernière question plutôt d'actualité. Il y a eu un appel de militants proches de François Ruffin, oui, de militants proches de François Ruffin, mais aussi de François Ruffin lui-même qui a appelé à des discussions avec Fabien Roussel. Est-ce que c'est une possibilité ? Est-ce que c'est des choses que vous envisagez pour la présidentielle ? Je
suis un fervent défenseur du rapprochement. François Ruffin était mon député, là j'ai déménagé la mienne de circonscription, mais Fabien Roussel, enfin Fabien Roussel, François Ruffin, c'est dire, était mon député. Fabien Roussel était mon candidat et il l'est toujours en 2022, il l
'est
toujours en 2027. Aujourd'hui,
je
pense que ces deux candidatures portent une même ambition, c'est de permettre de refaire de la gauche, de la question sociale la priorité de la gauche, la question du travail, de se réadresser à ce que François Ruffin appelait les fâchés pas fachos. C'est peut-être un peu plus subtil que cela, mais on voit l'image qu'il y a derrière. On porte cette même ambition de reconstituer, réinventer la gauche sur la question du travail et la question sociale. Je le dis aussi, ce serait ridicule d'avoir deux candidatures et c'est pour cela que d'ailleurs, Fabien Roussel a, dès les universités, tendu la main à François Ruffin.
Aujourd'hui, moi, ce que je souhaite surtout, c'est qu'un dialogue puisse se construire. Le dialogue, aujourd'hui, n'existe pas en tant que tel. Je crois qu'il va exister dans les jours qui viennent. Moi, je pense qu'il faut déjà que les deux se parlent et regarder, en effet, s'il y a possibilité de faire un bout de chemin ensemble.
En tout cas, à la fête de
l'humain.
C'est
l'occasion, c
'est
l'occasion. En tout cas, merci Léon De Fontaine, porte-parole du Parti Communiste,
d
'avoir été avec nous. Et merci à vous de nous permettre de continuer de vous proposer ce genre de format. N'hésitez pas à nous laisser vos impressions en commentaire si vous nous regardez sur YouTube ou par e-mail si vous nous regardez à la télé. Si vous voulez nous aider à faire durer l'aventure, rendez-vous sur capsurdicap.lemédiatv.fr pour devenir l'un de nos 10 000 donateurs mensuels. Merci à vous. Très bonne soirée sur Le Média.
Fabien Roussel