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interviewFrance 2 — Les 4 Vérités· 10 décembre 2024 9 min

Négociations à l'Elysée, sans LFI ni le RN - Manuel Bompard est l'invité des 4 vérités du mardi 10 décembre 2024

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:02
Présentateur

— Bonjour à vous, Manuel Bompard. — Bonjour. — Alors votre voix est attendue ce matin, figurez-vous, parce que cet après-midi, il y a évidemment un rendez-vous important à l'Élysée, un nouveau ronde de négociations qui va avoir lieu pour tenter de trouver un compromis de gouvernement. Il y aura à peu près tout le monde, sauf vous et sauf le Rassemblement national. Est-ce que vous regrettez de ne pas avoir été invité ?

0:20
Manuel Bompard

— Non, puisque le président de la République nous avait invités hier à l'Élysée et que nous avions décliné cette invitation. Donc je n'aurais pas la mauvaise foi de vous dire aujourd'hui qu'il aurait dû nous inviter aujourd'hui.

0:31
Présentateur

— Vous n'y seriez pas allé de toute façon ?

0:32
Manuel Bompard

— Évidemment, parce que j'appelle tout le monde à revenir à la raison. Comment vous pouvez imaginer que vous allez constituer un gouvernement commun dans lequel vous allez avoir les partisans de la retraite à 60 ans comme nous, les partisans de l'abrogation de la retraite à 64 ans comme nous et ceux qui l'ont mis en place, dans lequel vous allez avoir les partisans du rétablissement de l'impôt de solidarité sur la fortune comme nous et ceux qui l'ont supprimé, dans lequel vous allez avoir, je peux prendre tous les sujets, les partisans de l'augmentation des salaires et du SMIC et ceux qui ne veulent pas de coups de pouce pour le SMIC. Je pense qu'il faut respecter la démocratie.

La démocratie, c'est des projets politiques différents et donner l'impression qu'on peut mettre tout ça autour de la table et faire une sorte de gloubi-boulga, de gouvernement avec une politique qui conduirait à ce que les uns et les autres renient les engagements qu'ils ont pris devant les électrices et les électeurs. Je pense que c'est pas sérieux.

1:22
Présentateur

Du compromis n'est pas arrivé en attendant une éventuelle nouvelle dissolution à l'été prochain pour que le pays, tout simplement, ne soit pas à l'arrêt.

1:28
Manuel Bompard

Mais monsieur, pour faire des compromis, il faut être deux. Ah oui, c'est mieux. Bon, la vérité, c'est que nous avons, nous, le nouveau Front populaire, cherché des compromis à l'Assemblée nationale. Monsieur Barnier a mis sur la table un budget dans lequel il a dit je vais faire 60 milliards d'euros d'économie. Nous avons déposé des amendements, nous avons mené le débat parlementaire. 150 de nos amendements ont été adoptés. 150 de nos amendements ont été adoptés par une majorité de députés à l'Assemblée nationale. Monsieur Barnier a pris les 150 amendements, il les a froissés et il les a mis à la corbeille.

Donc, maintenant, venir me dire, oui, mais il faut faire un compromis, mais encore une fois, pour faire un compromis, il faut être deux. Et la vérité, c'est que le président de la République, Emmanuel Macron, qui a perdu les élections européennes, législatives, ne veut pas abandonner, ne veut rien lâcher de son pouvoir.

2:13
Présentateur

Sauf que, oui, pour qu'il y ait un compromis, il faut être deux, mais ils seront encore plus que ça cet après-midi. Et peut-être qu'il y en aura des compromis. Quel jugement avez-vous sur vos amis, je mets les guillemets, parce qu'en ce moment, ça doit être compliqué, socialistes, écologistes, communistes, eux, ils y vont ?

2:29
Manuel Bompard

Je pense que je les appelle à ne pas céder aux sirènes et à la tentation du gouvernement, d'Union nationale et de la grande coalition, parce que ça conduirait à les voir renier les engagements programmatiques qu'ils ont pris l'année dernière devant les électrices et les électeurs. Donc, moi, je forme l'eux. J'espère qu'ils ne feront pas l'erreur de rentrer dans un gouvernement d'Union nationale et, par là même, de détruire le nouveau Front populaire. Puisque si, à la fin, vous vous retrouvez dans un gouvernement dans lequel vous avez Olivier Faure et Bruno Retailleau, je pense que tout le monde comprendra que ce n'est pas un gouvernement qui va faire la politique du nouveau Front populaire.

3:08
Présentateur

Même si c'est un Premier ministre de gauche, parce qu'eux, ils disent « on veut bien, mais à condition que le Premier ministre soit de gauche ».

3:12
Manuel Bompard

Mais alors, dans ce cas-là, il aurait fallu fixer comme préalable à toute discussion le fait que le Président de la République, Emmanuel Macron, reconnaisse enfin le résultat des élections législatives, nomme une candidate, la candidate que nous avons choisie en commun, Lucie Casté, pour diriger un gouvernement du nouveau Front populaire, et alors, le nouveau Front populaire aurait cherché à aller gagner des majorités sur ces textes de loi à l'Assemblée nationale. C'est ce que nous avons proposé initialement. Là, on n'est pas du tout dans la même démarche. On est dans la démarche de construire un programme commun allant de la gauche jusqu'aux républicains. Ce n'est pas sérieux.

3:47
Présentateur

Donc, pour que les choses soient claires, s'il y a des ministres socialistes, écologistes ou communistes qui entrent au gouvernement, c'est la fin du nouveau Front populaire ?

3:54
Manuel Bompard

– Évidemment que s'il y a un gouvernement d'union nationale avec des ministres issus de la gauche, c'est un gouvernement qui va mettre en place une politique qui s'inscrira dans la continuité de la politique macroniste. Et évidemment qu'à partir de ce moment-là, nous, nous combattrons la politique de ce gouvernement.

4:11
Présentateur

– Et s'ils ne rentrent pas au gouvernement, mais ils acceptent le principe d'une non-censure, il se passe quoi à ce moment-là ? – Mais c'est pareil ? – Mais c'est la même chose. Écoutez… – Donc c'est pareil, s'ils acceptent le principe de non-censure, mais qu'ils ne sont pas au gouvernement, ça reste la fin du nouveau Front populaire pour vous.

4:26
Manuel Bompard

– Mais non, mais la fin du nouveau Front populaire, c'est un scénario qui n'existe pas. Le nouveau Front populaire, c'est un programme que nous avons défendu devant les électrices et les électeurs, et c'est des candidatures communes. Dans tous les cas, le nouveau Front populaire va continuer à vivre. Et il va continuer à vivre avec ceux qui resteront fidèles à son programme et qui continueront à le défendre. Donc le scénario n'en déplaise aux macronistes, dont j'ai bien compris que sans doute leur principale priorité dans la vie, c'est de détruire le nouveau Front populaire. N'en déplaise aux macronistes, le nouveau Front populaire continuera, quel que soit le cas de figure.

Donc ce n'est pas le sujet.

4:56
Présentateur

– Vous nous avez dit tout à l'heure que c'était terminé.

4:58
Manuel Bompard

– Non, je vous ai dit qu'ils se mettraient, eux, à distance du nouveau Front populaire, puisqu'ils abandonneraient les revendications programmatiques, le programme qu'ils ont défendu devant les électrices et les électeurs. – Ce programme, il continuera à vivre, monsieur, il continuera à vivre avec ceux qui resteront fidèles. – Mais donc, ce qui sera défendu uniquement par vous ? – Mais pas seulement, vous savez, il y a beaucoup de gens, je ne crois pas que l'attitude ou les tentations qu'ont certains aujourd'hui d'abandonner ce programme soit très populaire parmi les électrices et les électeurs du nouveau Front populaire.

Vous savez, moi, ce week-end, j'étais dans ma circonscription à Marseille, je crois que les gens ont assez bien compris ce qui se passe, et je crois qu'ils nous demandent au contraire de rester fidèles aux engagements que nous avons pris devant les électeurs.

5:37
Présentateur

– Alors, on sent que les lignes sont quand même en train de bouger. Hier, Fabien Roussel a dit, bon, la bourgation de la réforme des retraites, on va voir, on va peut-être faire une conférence sociale, il est un peu rétropédé d'aller derrière, mais on sent que ça bouge. La bourgation de la réforme des retraites, honnêtement, c'est déjà du passé, pour les communistes comme pour les socialistes.

5:51
Manuel Bompard

– Je n'espère pas, parce que ce serait très grave. La vérité, c'est que ce sujet-là, et le sujet, la retraite à 64 ans, le projet d'Emmanuel Macron de passer la retraite à 64 ans, c'est le sujet qui a été l'objet des plus grandes mobilisations populaires dans ce pays depuis 50 ans. Je vous rappelle qu'il y avait 90%, plus de 90% des actifs qui étaient opposés, l'ensemble des organisations syndicales de salariés qui étaient opposés, et qu'il n'y avait même pas de majorité à l'Assemblée nationale pour le voter.

6:18
Présentateur

– Alors pourquoi ça bouge, selon vous ? C'est parce que s'ils veulent des postes du ministre, tout simplement ?

6:21
Manuel Bompard

– Mais je n'en sais rien, il faut leur poser la question à eux. – Vous avez un sentiment, vous imaginez ? – Mais moi, mon sentiment, c'est qu'il ne peut pas être question de renoncer à l'abrogation de la réforme des retraites et du retour à l'âge de départ à la retraite à 62 ans.

6:36
Présentateur

– Même si ce n'est qu'un gel de la réforme ?

6:38
Manuel Bompard

– Mais ça ne veut rien dire, un gel. Écoutez, il y a une majorité de députés à l'Assemblée nationale pour abroger cette réforme. D'ailleurs, il y a 10 jours, dans notre niche parlementaire, nous l'avions déposée, et les macronistes ont bloqué l'Assemblée nationale pendant toute la journée pour nous empêcher de voter sur ce sujet. Il y a une majorité des députés qui sont favorables à l'abrogation de la réforme des retraites. Pourquoi faudrait-il y renoncer ? Sur la base de quoi, alors que ce sujet est majoritaire dans le pays, il est majoritaire à l'Assemblée nationale ?

7:02
Présentateur

Pourquoi on devrait l'abandonner ? – Le pays continue de tourner malgré tout. La loi spéciale sera adoptée demain en Conseil des ministres. C'est ce qui vient d'être annoncé. Est-ce que vous en réjouissez, même si cette loi spéciale, on l'a vu tout à l'heure, elle va mécaniquement entraîner une hausse des impôts pour ceux qui en payent ? Peut-être une entrée dans l'impôt pour 400 000 personnes. – Je ne le crois pas.

7:23
Manuel Bompard

D'abord, évidemment qu'on a besoin de cette loi spéciale, puisqu'il faut garantir une continuité budgétaire, avant de pouvoir discuter un nouveau budget, sans doute en janvier ou en février. Maintenant, moi je souhaite, et mon collègue président de la Commission des finances, Éric Coquerel, a déposé un amendement en ce sens, je souhaite que cette loi spéciale, elle contienne aussi, je rentre un peu dans la technique, la réindexation du barème de l'impôt sur le revenu. – Manifestement, ce n'est pas possible juridiquement. – Non, je crois que c'est possible de le faire.

Je sais qu'il y a un débat constitutionnel, mais à partir du moment où l'ensemble des groupes politiques à l'Assemblée nationale sont favorables à cette mesure, et donc ne saisiront pas le Conseil constitutionnel sur ce sujet, je pense qu'il est possible de mettre dans cette loi spéciale l'indexation du barème de l'impôt sur le revenu. Moi j'y suis favorable, justement pour qu'on arrête avec cette comédie faisant croire aux gens que s'il n'y a pas de budget, ils vont payer plus d'impôts. La vérité, ce n'est pas vrai, puisque ça sera soit dans la loi spéciale, soit dans le budget de janvier ou de février, la réindexation du barème de l'impôt sur le revenu.

8:17
Présentateur

– Autre sujet rapidement sur la Syrie, faut-il suspendre les demandes d'asile des réfugiés syriens, comme c'est déjà le cas dans de nombreux pays autour de nous ?

8:23
Manuel Bompard

– D'abord, ce n'est pas de la responsabilité du ministère de l'Intérieur, c'est l'OFPRA qui examine les demandes d'asile, et moi j'en reste à la politique qui est celle de l'OFPRA aujourd'hui, c'est de dire on continue à examiner les demandes d'asile. D'abord, il faut dire quand même que ce qui risque de se passer, c'est plutôt dans l'autre sens, c'est des gens qui avaient fui la dictature de Bachar el-Assad, qui ont plutôt envie de revenir en Syrie. Maintenant, il faut rester vigilant, et rester vigilant, ça nécessite d'examiner ces situations-là, au cas par cas, comment on le fait pour l'instant, comment on l'a toujours fait, et qu'il faut continuer à le faire.

8:54
Présentateur

– Allez, vous avez entendu l'avertissement lancé par Manuel Bompard, ce matin à ses camarades, alliés, on ne sait plus trop, du nouveau Front Populaire, merci beaucoup. – Merci à vous, et bonne journée. – Merci à tous les deux, et merci également à Katia Tia pour la traduction en langue des signes.

9:08
Locuteur

– Sous-titrage Société Radio-Canada