Fonctionnaires, retraites, genre, harcèlement scolaire, Bernard Cazeneuve... Ce qu'il faut retenir de l'interview de Manuel Bompard
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Bonjour Manuel Bompard. Bonjour. Les fonctionnaires seront augmentés d'un et demi pour cent dans quelques jours au 1er juillet et les plus bas salaires toucheront également une prime allant de 300 à 800 euros brut. Est-ce que vous saluez le geste du gouvernement ?
Non, enfin je salue tout ce qui va venir et toujours bon à prendre. Mais quand on est dans un contexte d'explosion des prix, avec une inflation qui atteint plus de 5% cette année, près de 15% sur les prix alimentaires, une augmentation du point d'indice à hauteur de 1,5% et quelques primes, en vérité il faut que tout le monde comprenne que ça se traduit par une baisse concrète de la rémunération réelle, donc du pouvoir d'achat des fonctionnaires. Dans un contexte où les fonctionnaires ont déjà perdu beaucoup de pouvoir d'achat ces dernières années, depuis 30 ans on estime que relativement à la hausse des prix, leur pouvoir d'achat a baissé de 17%. Donc ça c'est une réalité concrète.
Et donc ce geste du gouvernement, puisque c'est le terme qu'on utilise, il ne va pas permettre de compenser cette baisse massive de pouvoir d'achat.
Est-ce que les mesures qui visent en priorité les plus bas salaires jusqu'au milieu de la grille vous semblent quand même les moins mauvaises, puisque vous nous dites qu'il n'y a pas assez d'argent dans la balance ?
Dans l'insuffisance généralisée, vous pouvez me demander de savoir si c'est mieux de mettre un petit peu sur ci ou un petit peu sur ça. Vous, vous feriez quoi ? Vous les augmenteriez de combien ? Je pense que les revendications des organisations syndicales, c'était une augmentation du point d'indice de 10%. Je pense que c'est une proposition qui est une proposition raisonnable. Mais surtout, si on ne peut pas se retrouver à commenter, si vous voulez, chaque année, de savoir si le coup de pouce gouvernemental est suffisant ou pas, la proposition que moi je mets sur la table, c'est d'indexer leur rémunération sur l'inflation.
C'est-à-dire que la rémunération du point d'indice soit automatique à l'augmentation des prix. Uniquement pour les fonctionnaires ou pour tout le monde ? Non, non, pour l'ensemble des salariés, mais là en l'occurrence, on parle de la situation des fonctionnaires. Et vous saurez, ça aurait un mérite très important. Non seulement, bien sûr, ça leur permettrait de ne pas perdre du pouvoir d'achat quand les prix augmentent, mais ça permettrait de rentrer des cotisations sociales supplémentaires. Si depuis 30 ans, on avait indexé la rémunération des fonctionnaires sur l'inflation, on aurait 8 milliards d'euros de plus dans nos caisses de retraite. J'ai entendu, il me semble...
Là, c'est l'État qui les verse, donc c'est l'État qui verserait des cotisations en plus à l'État. Non, l'État ne verserait pas des cotisations en plus à l'État, il verserait une rémunération supplémentaire, donc il y aurait effectivement des cotisations en plus. Mais vous voyez bien que les 8 milliards d'euros de cotisations pour les retraites supplémentaires, dans un contexte où on veut voler deux ans de vie à la retraite aux Françaises et aux Français, parce que soi-disant, il y aurait en 2030 un déficit de 12 milliards, là je vous parle de 8 milliards qui peuvent rentrer comme ça dans les caisses de l'État.
En parlant de la réforme des retraites, une nouvelle fois, la motion de censure déposée par la gauche a été rejetée à l'Assemblée nationale. Est-ce que ça veut dire que la contestation contre la réforme des retraites s'est terminée ?
Non, la contestation contre la réforme des retraites, elle ne s'arrêtera jamais. Il y a eu une opposition massive au report de l'âge de départ à la retraite de 62 à 64 ans. Le gouvernement est passé en force, il a triché, ce qui s'est passé la semaine dernière à l'Assemblée nationale, en empêchant les députés de voter sur la loi d'abrogation de la réforme des retraites. C'est un passage en force, c'est un déni de démocratie insupportable. Donc Emmanuel Macron aura réussi... Ce n'est pas la Constitution ça ? Non, pas du tout. Quand vous empêchez... C'est idéal ? Quand vous empêchez d'interdire aux députés de créer de nouvelles dépenses, plutôt de voter des mesures non financées...
On va prendre les choses étape par étape si vous voulez, mais vous me demandez si tout a respecté la Constitution, je vous dis non. Par exemple, quand la présidente de la Commission des affaires sociales de l'Assemblée nationale a refusé les sous-amendements que nous avons voulu déposer en Commission, c'est une violation de la Constitution. Parce qu'aucun article de la Constitution, ni aucun article du règlement intérieur de l'Assemblée nationale, d'ailleurs, ne permet à une présidente de Commission de refuser aux députés le fait de déposer des sous-amendements. Donc non, ce n'est pas la Constitution.
C'est quoi votre option pour la suite ? Parce que la loi a été promulguée, les premiers décrets d'application ont été publiés. C'est quoi vos options pour la suite ? Vous dites que le combat n'est pas terminé ?
Le combat n'est pas terminé parce que tôt ou tard, cette réforme des retraites sera abrogée. Donc nos options pour la suite. Il y a de nouvelles niches parlementaires de nos différents groupes de la NUPES qui vont arriver à la rentrée. Nous redéposerons des lois d'abrogation pour obtenir enfin cette abrogation. À la fin de l'année, on aura une discussion sur le projet de loi de finances de la Sécurité sociale. Nous proposerons des amendements à l'intérieur de cette discussion pour revenir sur cette réforme des retraites. Et en tout état de cause, je vous le dis, aux prochaines élections nationales, nous défendrons l'abrogation de la réforme des retraites et le retour à la retraite à 60 ans.
Ce combat ne s'arrêtera jamais. Manuel Bompard, ce combat que vous prédisez comme étant sans fin jusqu'à la prochaine élection présidentielle, il ne sera pas...
Non, jusqu'à la victoire, Marc Chauvel. Jusqu'au fait que cette réforme soit retirée et jusqu'au fait que les gens puissent profiter de leurs meilleures années de vie à la retraite. Ou dans la rue aussi. Mais dans la rue, on voit bien que la contestation, elle va sans doute s'emparer d'autres sujets. Parce qu'après six mois de mobilisation avec les manifestations les plus puissantes de ce pays depuis 50 ans, et un gouvernement qui fait la sourde oreille, qui n'écoute personne, et qui passe en force et qui empêche les députés de voter, au bout d'un moment, les gens, c'est difficile pour eux de se mobiliser. Une nouvelle journée d'action, une nouvelle journée de grève, on perd du salaire.
Bon, les gens, c'est compliqué au bout d'un moment. Donc forcément, la contestation, elle va prendre une autre forme. Mais moi, je veux dire aux gens qui nous écoutent que leur mobilisation, elle n'est pas vaine. Que les manifestations auxquelles ils ont participé, que la mobilisation sociale qui s'est déployée dans ce pays, elle n'est pas vaine. Qu'on a remporté un certain nombre de batailles culturelles pour la retraite à 60 ans, par exemple. Une autre bataille culturelle, c'est le fait que tout le monde a vu dans cette période à quel point les institutions de la Ve République, elles permettaient à un homme seul de décider contre tout le monde.
Et donc, c'était des institutions antidémocratiques desquelles il fallait tourner la page. Ça, c'est des points d'appui qui ont été gagnés dans cette séquence et qui seront très utiles pour la suite. Donc, je ne crois pas que le président de la République ait remporté une victoire. Si c'est la question que vous me posez, je considère qu'au contraire, son dispositif a été déstabilisé. Et je pense que la crise sociale démocratique, la colère qui s'est déployée dans ce pays, ne va pas disparaître. Si vous misez sur ça, vous vous trompez. Les gens sont en colère. Il y a une colère sourde qui frappe le oui. Et cette colère, elle s'exprimera sur d'autres sujets. J'en suis convaincu.
Votre collègue insoumis, le président de la Commission des finances, Éric Coquerel, était sous le feu des critiques la semaine dernière, justement parce qu'il a jugé recevable la proposition de loi Lyot qui visait à abroger la réforme des retraites. Est-ce qu'il a pris une décision partisane ?
Pas du tout. Il a pris une décision qui est la mise en œuvre de la jurisprudence constante et de la pratique constante à l'Assemblée nationale depuis le début de la Ve République. Il n'a pas fait de la politique ? Pas du tout. Ce qui s'est passé la semaine dernière de la part de la présidente de l'Assemblée nationale, c'est inédit dans l'histoire de la Ve République. C'est-à-dire de refuser par amendement le rétablissement d'un texte de loi qu'elle-même avait jugé recevable. Parce que je rappelle quand même que la présidente de l'Assemblée nationale a jugé cette proposition de loi d'abrogation de la réforme des retraites recevable. Et ensuite, un article a été supprimé.
Et quand nous avons déposé des amendements pour rétablir cet article, elle a dit que cet article est irrecevable. C'est inédit dans l'histoire de la Ve République. Éric Contrel a exercé sa fonction d'une manière tout à fait convenable.
Aurent Bergé, la patronne des députés macronistes a laissé entendre que s'il ne revenait pas à un rôle plus neutre dans sa fonction de président de la Commission des Finances, il pourrait ne pas être renouvelé à la rentrée puisqu'il y a un vote et que la tradition depuis Nicolas Sarkozy veut que ce poste revienne à l'opposition.
Si c'était le cas, que diriez-vous ? D'abord, j'observe que les macronistes de manière générale, M. Macron, Mme Bergé, ont un grave problème avec les contre-pouvoirs. Dès qu'un contre-pouvoir leur déplait, dès qu'il dit quelque chose qui ne va pas dans leur sens, ils le mettent de côté. Ils l'ont fait avec le Conseil d'orientation des retraites où ils ont tapé sur les doigts du président du Conseil d'orientation des retraites parce qu'il avait donné les chiffres et que ces chiffres ne leur convenaient pas. Quand vous avez la palme d'or à Cannes qui profite de sa nomination pour dire quelque chose sur la situation de la culture en France, il lui tape sur les doigts.
Et quand le président de la Commission des Finances fait respecter la règle, il lui tape sur les doigts et ils veulent le remplacer. C'est inacceptable. La pratique... D'abord, là aussi, il y a une constitution. Et la constitution, elle dit que le président de la Commission des Finances doit être un député qui siège dans l'opposition. Et la coutume, la pratique, c'est plus une tradition que dans la... Non, non, c'est un article de la Constitution qui dit... La tradition, je vais vous dire, on va être factuel. Ce qu'il y a dans la Constitution, c'est que le président de la Commission des Finances doit participer d'un groupe qui s'inscrit dans l'opposition.
Ce qui est la pratique, c'est que pour respecter ça, les députés de la majorité ne participent pas à l'élection du président de la Commission des Finances et quittent la salle. Ça a toujours été le cas. Et si les députés macronistes, maintenant, veulent décider à la place des oppositions qui est le candidat de l'opposition qui va être à la présidence de la Commission des Finances, ça serait une nouvelle ligne rouge de franchi.
Manuel Bompard, coordinateur de la France Insoumise, invité de France Info. Il est 8h41. Sophie Echen pour le Fil Info.
Les eurodéputés sont réunis à Strasbourg aujourd'hui avant un vote demain pour décider comment réguler l'intelligence artificielle. Certaines voix appellent à ralentir sur son développement avec davantage de cadres. D'autres s'inquiètent justement d'une réglementation trop stricte qui pourrait entraîner un retard de l'Europe. Les suites de l'affaire Kenzo, ce petit garçon de 8 ans agressé dans une loge alors qu'il assistait à un match de foot entre Ajaccio et Marseille. Deux hommes se sont rendus d'eux-mêmes au commissariat d'Ajaccio hier pour donner leur version des faits. Ils sont en garde à vue. Deux autres suspects sont toujours recherchés.
Ils accompagnent et soutiennent chaque jour les élèves en situation de handicap. Les AESH se mettent en grève aujourd'hui. Ils réclament un vrai statut et de meilleurs salaires. Et puis le Paris Saint-Germain va-t-il se séparer de son attaque en star Kylian Mbappé ? Le joueur de 24 ans a annoncé qu'il ne comptait pas activer son année supplémentaire en option qui lui permettrait de rester au PSG jusqu'en 2025. Le club envisage long de le vendre dès cet été pour ne pas le laisser partir gratuitement en juin prochain.
Bonjour avec le coordinateur de la France Insoumise et député des Bouches-du-Rhône, Manuel Bompard. Sur ce même plateau il y a quelques semaines, votre collègue insoumis François Ruffin a déclaré qu'une possible proposition de loi sur le changement de genre à 16 ans ou sur la GPA ne devait pas être au cœur du projet de la gauche. Déclaration qui a suscité quelques remous et même un peu plus dans votre camp. François Ruffin s'est excusé dans la foulée. Est-ce que vous considérez qu'il doit progresser sur ces questions de société ?
Écoutez, je crois que c'était une maladresse et qu'il l'a reconnue lui-même. Et moi je n'ai pas l'intention si vous voulez d'entretenir pendant des semaines et des semaines les polémiques ou les divisions que vous cherchez à insérer à l'intérieur de la France Insoumise. Arrêtez de dire des choses pas. La question qui lui a été posée, c'est lui qui a répondu ça. Il n'a pas été poussé dans ses retours. Je vous réponds, mais je vous ai répondu de manière très claire. Je pense que c'était une maladresse et je pense qu'il s'en est expliqué lui-même.
Le changement de genre fait toujours partie du programme de la France Insoumise ?
Sur le fond, le fait d'inscrire dans la Constitution la possibilité de choisir librement son genre fait effectivement partie du programme de la France Insoumise. Et c'est une proposition forte qui s'inscrit dans notre vision politique. La France Insoumise, ça s'inscrit dans un courant qui est un courant humaniste. Et un des principes, le premier principe sans doute de l'humanisme d'ailleurs, c'est de pouvoir choisir librement la personne que l'on a envie d'être et pas de rentrer dans les cases que la société cherche à nous utiliser.
A quel âge ? Est-ce que ce sera 16 ans comme l'a fait la gauche en Espagne ?
Ou est-ce que ce sera 18, c'est la question des parents qui est posée derrière ? Ça dépend précisément de quoi on parle. Si c'est la question de la liberté de choisir son genre à l'état civil, oui, je pense qu'on peut discuter de l'âge, mais je pense que 16 ans, ça se discute, ça s'entend en tout cas à partir du moment où on considère qu'une personne à 16 ans, elle peut travailler, on considère qu'une personne à 16 ans, elle peut être jugée pour des actes qu'elle a commis. Si à 16 ans, on considère qu'une personne peut être jugée pour des actes qu'elle a commis, c'est donc qu'on considère qu'elle est maître d'elle-même.
Donc elle est responsable des actes qu'elle a commis, sans l'autorisation des parents. Mais je pense qu'après, il faut toujours essayer de faire en sorte que ça se fasse dans la discussion. Mais à 16 ans, oui, à 16 ans, on peut avoir des enfants sans l'autorisation de ses parents. À 16 ans, on va au tribunal sans l'autorisation de ses parents. Donc oui, je pense que c'est une option vers laquelle on peut s'orienter.
Et sur la GPA, votre idée est faite aussi ?
Non, mais sur la GPA, la position qu'a exprimée François Ruffin la dernière fois, c'est la position de notre programme. C'est-à-dire que nous ne sommes pas favorables aujourd'hui à l'instauration de la GPA. Par contre, nous sommes favorables à la généralisation de la PMA. Ça, c'est la proposition qui est dans le programme L'Avenir en commun, que Jean-Luc Mélenchon a défendu à l'élection présidentielle, et que nos différents candidats ont défendu au moment des élections législatives.
Emmanuel Bompard, est-ce que les abayas, ces robes longues et amples que portent certaines adolescentes dans certains collèges, dans certains lycées, ont leur place à l'école ?
Mais bon, je vois bien qu'à chaque fois que le thermomètre dépasse les 30 degrés, on ressort avec la nouvelle polémique sur les musulmans pour les cibler du doigt, les attaquer et essayer de détourner la tension médiatique. Et je pense qu'il faut comprendre qu'il y a des gens qui souffrent de ça. Et donc, moi, je n'ai pas l'intention de participer à une énième campagne de dénigrement des musulmans dans ce pays.
Parce que vous dites que c'est une tenue musulmane. Ce n'est pas ce que dit le système, le Conseil du culte musulman.
Non, non, attendez, attendez. Soyons précis. Je ne dis pas que c'est une tenue musulmane. Je pense qu'il y a des gens qui... Vous venez de dire que c'est un vêtement musulman. Non, non, non plus. Non, attendez, attendez. Je n'ai pas dit ça. Je dis que l'attention médiatique qu'on essaye de faire porter sur cette tenue vise, de manière peut-être indirecte, à stigmatiser les personnes de confession musulmane dans ce pays. Et j'en suis convaincu. Et je pense que tout le monde l'a ressenti comme tel. Maintenant, sur le fond, qu'est-ce que c'est une abaya ? C'est une robe ample. Qu'est-ce que vous voulez faire d'autre ?
Il y a une loi aujourd'hui qui a été adoptée en 2004 qui vise à interdire les signes religieux ostentatoires à l'école. Ce n'est pas seulement pour moi. J'ai entendu, par exemple, vous l'avez dit vous-même, le CFCM dire que ce n'est pas une tenue religieuse. Il peut peut-être y avoir des gens qui portent cette tenue avec une motivation religieuse. Et aujourd'hui, la pratique, c'est de discuter avec les personnes qui la tiennent pour vérifier si ça correspond à une motivation religieuse ou pas. Qu'est-ce que vous voulez faire d'autre ? Vous allez commencer à réglementer la longueur des jupes, l'ampleur des vêtements. Vous allez faire l'Iran à l'envers, vous allez faire la police du vêtement.
Non, vous ne pouvez pas parce que vous allez rentrer dans une logique dans laquelle vous ne sortirez jamais.
Le ministère demande aux chefs d'établissement d'évaluer eux-mêmes sur le terrain. Il s'agit d'un vêtement qui vient de l'idée religieuse ou pas.
Je comprends que ce soit difficile pour eux de le faire parce qu'ils ont sans doute parfois d'autres choses à faire. Parce que les difficultés de l'école, malheureusement, dans ce pays aujourd'hui, ce n'est pas les abaya.
Vous savez que les signalements sont de plus en plus nombreux et ils sont sous-estimés d'après le ministère. Juste sur le fond, parce que c'est intéressant, vous dites par l'intermédiaire des abaya, on vise les musulmans. Est-ce que vous, vous ne maintenez pas cette ambiguïté ? Un tweet de votre collègue Mathilde Panneau a suscité la polémique. Elle critiquait le fait que le journal Le Parisien, aujourd'hui en France, fasse sa une là-dessus. Le Parisien fait sa une sur la tenue des femmes musulmanes, c'est ce qu'elle écrit sur Twitter. Pour ce journal, comme pour beaucoup d'autres, l'islamophobie fait vendre.
Bah oui, c'est ce que je dénonce aussi, c'est-à-dire cette manière de lancer un intervalle régulier.
Parler d'islamophobie, c'est que vous considérez vous-même que ce sont des tenues religieuses. Et donc vous-même, vous maintenez cette ambiguïté entre la baya et les femmes musulmanes.
Vous pouvez défendre, je comprends la logique intellectuelle que vous voulez développer. Mais franchement, c'est nous prendre pour des imbéciles. Parce que si vous croyez que quand le journal Le Parisien met cette photo en une, il ne vise pas les personnes qui pratiquent la religion musulmane en France, franchement, vous n'allez pas me convaincre en tout cas. Donc bien sûr que c'est une campagne de dénigrement qui vise une communauté religieuse en particulier. Maintenant, honnêtement, on parle de l'école ? Vous voulez qu'on parle de l'école ? On a appris hier qu'il y a une étude qui a été sortie, un tiers des établissements scolaires, des écoles primaires.
Il y a de la miante à l'intérieur, ça c'est pas un sujet. Il y a plein d'écoles dans lesquelles il n'y a plus de profs, dans lesquelles les gens sont tout seuls. Les gens arrivent plus, les gamins arrivent plus à payer la cochine pour manger. Ça, c'est les vrais sujets concrets auxquels les gens sont confrontés. Il y a un autre vrai sujet.
Je préférais qu'on parle de ça. En ce moment, à l'école, même si la question des moyens est importante, Manuel Bompard, c'est celle du harcèlement. Bien sûr, ça c'est un sujet de suivi, comme nous, l'histoire terrible de cette adolescente de 13 ans, l'INSEC, qui a mis fin à ses jours il y a quelques semaines, après avoir été harcelée pendant des mois dans son établissement, puis sur les réseaux sociaux. Au-delà de toutes les oppositions politiques, que faut-il faire ?
Ce qu'il faut faire, c'est effectivement donner des moyens pour un vrai plan de lutte contre le harcèlement scolaire à l'école. Et donc, c'est quoi ces moyens ? C'est des moyens supplémentaires d'assistants d'éducation. Il n'y en a pas suffisamment. Ils sont souvent dans des situations précaires qui font qu'ils sont ou pas renouvelés chaque année. C'est davantage de moyens en termes médicaux, donc plus de psychologues scolaires, plus de personnel humain pour détecter les situations d'harcèlement.
Il faut faire en sorte que quand il y a ces situations qui frappent un nombre conséquent d'élèves, on parle de 1 sur 10, et ça encore, je crois qu'on dit que ces chiffres sont sous-estimés, et que les études de l'UNESCO vont plutôt autour d'un quart des élèves qui disent qu'ils sont victimes de harcèlement. Donc il faut un plan avec davantage de moyens humains. Et franchement, quand M. Papendiaï nous annonce comme grande réponse à la situation du harcèlement scolaire, d'annoncer le dimanche qu'il y aura une heure de formation sur le harcèlement cette semaine, franchement, ce n'est pas à la hauteur de la situation. Sur Facebook, sur Instagram, on fait quoi ?
De la même manière, je crois qu'il faut un plan dans lequel il y a des formations, dans lequel on informe les élèves sur attention à leur utilisation des réseaux sociaux.
Vous informe les élèves qui vont être harcelés sur les réseaux sociaux ? C'est le seul moyen de les protéger aujourd'hui ?
Non, mais je n'ai pas dit que c'était le seul moyen. Je n'ai pas réduit les propositions à ça, je crois. J'ai parlé d'investissement humain. Mais il faut qu'un gamin qui se sente harcelé aujourd'hui puisse aussi avoir un interlocuteur à qui parler, qu'il est un psychologue scolaire avec qui il peut avoir un échange et qui détecte un malaise, qui détecte une situation dans laquelle il n'est pas bien, pour ensuite pouvoir identifier qui sont les responsables de ce harcèlement. Voilà, qu'est-ce que vous voulez faire d'autre que d'essayer de rétablir du lien humain pour détecter ces situations et pouvoir lutter contre ? Mais oui, ça c'est un vrai sujet, c'est un fléau.
Et donc il faut des moyens, pas des trucs improvisés, comme le fait le ministre. Par exemple, on sait que les situations de harcèlement, c'est beaucoup au moment où on passe de l'école primaire au collège. Préparons la prochaine rentrée scolaire, parce qu'il y a une génération de gamins qui vont passer du CM2 au collège, faisant en sorte que quand ils arrivent en classe de sixième, ils soient pris en charge pour éviter ces situations de harcèlement.
Manuel Bompard, coordinateur de la France Insoumise, invité de France Info. Il est 8h51, Sophie Echen pour le Fil Info.
En Ukraine, au moins trois personnes ont été tuées dans de nouvelles frappes russes. Cette nuit, il y a plus de 20 blessés. Sur le front, la contre-offensive avance. L'armée de Kiev revendique désormais la reprise de sept villages. Le procès de Gabriel Fortin, le tueur de DRH, s'ouvre aujourd'hui devant la cour d'assises de la Drôme. Pendant trois semaines, il sera jugé pour tentative d'assassinat et trois assassinats. Ceux de deux anciennes DRH et d'une conseillère Pôle emploi, il encourt la prison à perpétuité. Plus d'un Français sur cinq consomme plus d'alcool que les seuils recommandés. Un peu plus de deux verres et demi par jour et par personne en moyenne.
Alors qu'on le sait, l'alcool, c'est maximum deux verres par jour et pas tous les jours. Santé publique France pointe tout de même une très légère amélioration. Et puis en football, c'est officiel. Bordeaux reste en Ligue 2 la saison prochaine. La Ligue de football professionnelle a rendu sa décision hier, onze jours après le match contre Rodez. Arrêté à la suite de l'agression d'un joueur par un supporter. Rodez donc se maintient. Par conséquent, Annecy redescend en national. France Info
Le 8.30 France Info Salia Braquia, Marc Fauvel
Toujours avec Manuel Bompard, le coordinateur de la France Insoumise. L'ancien Premier ministre Bernard Cazeneuve a lancé son mouvement ce week-end. Ça s'appelle la Convention. Il se présente comme une alternative à la NUPES. Est-ce que vous vous sentez menacé ?
Non, parce que je ne crois pas qu'il y ait dans le pays une nostalgie du hollandisme et une volonté de faire rentrer par la porte ce que les Françaises et les Français ont chassé par la fenêtre. C'est-à-dire une gauche qui a déçu, une gauche qui a trahi ses engagements et à tel point que le président de la République de l'époque, François Hollande, n'a même pas été en capacité de se représenter à l'élection présidentielle. Et je ne crois pas qu'il y ait dans ce pays des centaines ou des millions de gens qui disent « Youpi, Bernard est revenu », vous voyez.
Quand il dit « La gauche, pour se faire entendre, doit être une gauche sans décibel », est-ce que c'est quelque chose qui vous touche ? Est-ce que c'est une réflexion que vous avez en ce moment sur les Insoumis, sur le fait de faire un peu moins de bruit pour faire un peu moins peur ?
Non, parce que je pense que ça participe d'une campagne de dénigrement médiatique.
C'est Bernard Cazeneuve qui dit ça.
Oui, ce n'est pas parce que c'est Bernard Cazeneuve qui le dit, qui ne s'appuie pas pour le faire sur une campagne de dénigrement médiatique. Écoutez, les Insoumis, ils défendent leurs convictions. Ils défendent les électrices et les électeurs qui les ont élus à l'Assemblée nationale. Et quand on nous a élus à l'Assemblée nationale, c'est par exemple, quand on est dans une réforme, quand on est dans une situation dans laquelle le gouvernement veut imposer le report de l'âge de départ à la retraite de 62 à 64 ans, les gens qui nous ont élus, ils nous ont élus pour qu'on se batte contre, qu'on passe de manière ferme, de manière claire. De devoir faire du bruit à tous les sens du terme.
Mais arrêtez de dire que nous faisons du bruit. Moi, je veux dire, j'ai déposé des propositions de loi, j'ai déposé des amendements. Oui, nous disons les choses franchement. Je fais référence au bruit à la fureur. Oui, mais nous, nous ne prenons pas des gants pour dire les réalités qui n'ont sans doute peut-être pour certains pas leur place à l'intérieur de l'Assemblée nationale. Et nous sommes fiers de faire en sorte que nous faisons entendre la voix de ceux qu'on n'entend jamais. Voilà, des gens qui sont toujours oubliés, des gens dont personne ne parle.
Non, mais ça, c'est votre sujet. Mais on l'a vu. Ben non, c'est votre sujet aussi. C'est vous qui avez ces comportements-là. Est-ce que quand même, cette gauche-là, cette gauche radicale, cette gauche d'extrême-gauche que vous représentez, elle doit changer son comportement pour faire moins peur, pour rassurer en vue de la présidentielle ?
Non, mais je vous ai répondu.
Et pour séduire les électeurs, par exemple, à Noël Bompard ?
D'accord, mais je ne vais pas laisser passer dans vos questions des qualificatifs qui sont des qualificatifs qui ne correspondent pas à ce que nous sommes. La France Insoumise n'a rien d'extrême-gauche. Le programme politique que nous portons quand nous parlons du retour à la retraite à 60 ans, de l'augmentation du SMIC, du blocage des prix sur les produits de première nécessité, de la VIe République, de la transition écologique, ça, ce n'est pas un programme d'extrême-gauche. C'est un programme, si vous voulez, de gauche, mais ce n'est pas un programme d'extrême-gauche. Il n'y a rien d'extrême dans les propositions qui sont les nôtres.
Et si vous voulez qu'on parle de quelque chose qui est extrême, qu'on continuait la folie du libre-marché, de la folie libérale qui nous emmène dans le mur à un scénario, puisque maintenant le président de la République nous présente des scénarios à plus 4 degrés de réchauffement climatique, ça, c'est extrême. Ça, c'est extrémiste de laisser faire sans bouger, sans changer les choses. Ce qui est extrême, c'est quand il y a des Françaises et des Français qui n'ont plus rien à manger, qui sont obligés de se serrer la ceinture.
Moi, j'ai des témoignages de personnes maintenant qui finissent les plats de leurs enfants, parce qu'ils n'arrivent pas tout simplement à se nourrir, ils n'arrivent pas à se soigner, ils n'arrivent pas à se loger. Et laisser le monde comme ça, dans cette folie, ça, c'est extrême. Donc, excusez-moi de le dire avec un petit peu de vigueur, parce qu'après, on va me dire que je parle trop fort. Mais face à ces réalités-là, oui, je pense qu'avoir des gens qui protestent et qui le font de manière claire, de manière franche et de manière vigoureuse à l'Assemblée nationale, c'est une bonne chose pour nous.
Vous voyez que ce débat, il existe aussi chez les Insoumis, Manuel Bompard, quand François Ruffin se définit comme un social-démocrate. Vous, vous ne diriez pas la même chose, par exemple ?
Mais ne faites pas de faux procès à François Ruffin.
Mais il l'a dit sur ce plateau.
Non, il l'a dit qu'il se revendiquait comme social et démocrate. Bon, mais si vous voulez, on pourra rentrer dans les nuances de ces discussions. Je ne suis pas sûr qu'elles intéressent beaucoup vos auditrices et vos auditeurs.
Elle intéresse peut-être une partie de l'électorat qui est partie aujourd'hui chez Emmanuel Macron, le centre-gauche, qui aujourd'hui peut être... Par certains points, effrayée par l'ANUP ou par les Insoumis. Mais ce n'est pas vraiment mon sujet. Et qu'il faudra aller chercher pour arriver à 51%.
Non, mais d'abord, il faut arrêter de répéter cette histoire parce que le président de la République, Emmanuel Macron, il n'a pas gagné en faisant 51% des voix au premier tour de l'élection présidentielle. Et en 2017, alors qu'il avait une majorité absolue de députés à l'Assemblée nationale, il n'a pas fait 51% des voix au premier tour. Non, mais au second, il faut les faire. D'accord, mais moi, ce que je vous dis, c'est que dans ce pays, aux dernières élections présidentielles, il y a trois blocs d'égale importance qui ont fait 11 millions des voix.
Et il y a un quatrième bloc, c'est les abstentionnistes, c'est les gens qui sont non inscrits sur les listes électorales, qui sont mal inscrits, qui ne sont pas allés voter, qui n'en peuvent plus, qui ont l'impression que leur voix n'est pas entendue, qui fait 13 millions de suffrages la dernière fois. Donc moi, mon sujet, c'est de parler à ces gens-là. C'est de leur dire, oui, on peut changer les choses. De leur dire, oui, on peut tourner la page de la Ve République et faire en sorte que vous, citoyens, vous ayez un pouvoir de décision sur les politiques qui sont mises en place sur leur nom. Moi, c'est à ces gens-là que j'ai envie de parler.
Pas à des gens, après, chacun est libre de venir, mais ma priorité, c'est d'abord de m'adresser à ces gens-là qui voient le monde courir à sa perte et qu'on vit, qu'on change de manière radicale la société dans laquelle on vit. Et ça, je ne pense pas que ça soit une idée extrême. Je pense qu'au contraire, c'est une idée très largement populaire. Merci, Manuel.
Bon par un coordinateur de la France Insoumise, député des Bouches-du-Rhône, invité ce matin de France Info. Bonne journée à vous.
Manuel Bompard