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interviewPublic Sénat — Bonjour chez vous !· 16 décembre 2025 23 min

François Patriat : « Les solutions alternatives à l’abattage des troupeaux sont désastreuses »

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Vous écoutez Bonjour Chez Vous, un podcast de Public Sénat. – Patricia, merci beaucoup d'être notre invité, sénateur de la Côte d'Or, président du groupe RDP Renaissance, ici au Sénat et ancien ministre de l'Agriculture, évidemment. On va en parler avec vous, on est ensemble pendant 20 minutes pour une interview en partenariat avec la presse régionale, représentée par Christelle Bertrand du groupe La Dépêche. Bonjour Christelle. – Bonjour Auriane, bonjour François Patrien. – Bonjour.

– Et François Patrien, on commence donc par cette colère des agriculteurs, vous l'avez vu, alors, colère liée à la question de la dermatose, mais aussi au Mercosur, sur lequel l'Europe doit se prononcer cette semaine. Est-ce que la France pèse encore suffisamment pour s'opposer à cet accord ?

0:46
François Patriat

– Je crois que la France pèse beaucoup, puisque si la France n'avait pas été là, je pense que la signature du Mercosur serait déjà intervenue. C'est parce que la France résiste, et elle résiste à juste titre, même si on voit bien que dans le Mercosur, il y a des avantages et des inconvénients pour l'industrie française, ou même pour une partie de l'agriculture française. Je pense au lait en particulier et au vin, que je connais bien. Donc la France pèse parce qu'elle a réussi, je crois, à mobiliser autour d'elle encore des partenaires européens qui permettent de dire ce qu'a dit le Président de la République cette semaine.

1:19
Présentateur

– Non mais là, elle demande un report du vote, la France. Elle obtiendra un report du vote ?

1:22
François Patriat

– Je pense que si l'Italie se joint à nous et qu'on a d'autres partenaires, oui, je pense.

1:26
Présentateur

– Mais ça fait beaucoup de sites. Vous l'avez, la minorité de blocage, la France-là ?

1:28
François Patriat

– Je pense qu'on peut, oui, je pense.

1:29
Présentateur

– Vous vous espérez encore ? – Je pense, oui. – Est-ce que, du coup, les sénateurs examinent une proposition de résolution européenne pour empêcher la ratification de l'accord avec le Mercosur ? Quelle est l'utilité du coup ? C'est quoi ? C'est symbolique ?

1:43
François Patriat

– Non, c'est montrer qu'il n'y a pas une unanimité en Europe, que certains pays comme l'Allemagne, on peut en parler que pour l'automobile, comme l'Allemagne aujourd'hui, poussent parce que c'est leur industrie qui voit leur intérêt particulier, sans voir l'intérêt général de l'Europe aujourd'hui. Donc je crois qu'il y a intérêt à réveiller le maximum de pays autour de nous, une prise de conscience pour voir que ne cèdons pas à la facilité, ne cèdons pas non plus à la démagogie, c'est pas ça. Je crois qu'il faut qu'un accord doit être équilibré, avec surtout des garanties.

Pour l'instant, on peut dire tout ce qu'on veut, s'il n'y a pas les garanties, qu'il y aura une équité de traitement et que tout sera vérifié par rapport aux importations, c'est difficile d'accepter.

2:18
Présentateur

– Oui, mais pour vous, Emmanuel Macron, il pèse encore depuis la dissolution avec la crise politique, avec les difficultés budgétaires ? Il est encore entendu dans l'Union européenne ?

2:24
François Patriat

– Écoutez, moi je pense que, contrairement à ce que pensent beaucoup de Français aujourd'hui, à l'extérieur de notre pays, le Président il est respecté et je crois qu'il pèse encore et il a sur le plan international le rôle qu'il assume totalement aujourd'hui et je crois qu'il est reconnu, aller chez nos voisins aujourd'hui, aller dans l'étangé, vous verrez ce qu'on dit.

2:40
Présentateur

– Et si Mercosur est signé cette semaine, ce sera aussi l'échec d'Emmanuel Macron ?

2:44
François Patriat

– Je crois que ce sera un échec européen, parce que ce qu'on aura cédé pour quelques avantages.

2:48
Invité

– C'est elle. – François Patria, vous avez été ministre de l'Agriculture, comment est-ce que vous jugez aujourd'hui l'action de l'actuelle ministre de l'Agriculture, Annie Gennevar, depuis le début de la crise actuelle ? Est-ce qu'elle aurait pu éviter les barrages en agissant plus rapidement ?

3:05
François Patriat

– Non, je pense que dans cette affaire, il y a la raison et l'émotion. La raison, c'est de suivre les avis scientifiques. Moi, j'ai connu, en tant que vétérinaire, j'ai connu la fièvre rafeteuse. C'est le même modèle viral aujourd'hui. Donc, je pense que scientifiquement, et d'ailleurs le syndicat majoritaire et la filière bevine aujourd'hui soutient l'action de la ministre de l'Agriculture en ce que l'abattage, et pour des raisons évidentes, l'abattage systématique doit être recommandé, parce qu'il y a deux choses. Le délai d'action d'un vaccin, après la vaccination, il faut plusieurs semaines parfois, enfin trois ou trois semaines autour. Et deux, l'incubation est longue.

Ce qui veut dire que si on n'abat pas les troupeaux, cette période à la fois, la vaccination ne résout rien parce qu'on peut vacciner des animaux déjà atteints. Et d'autre part, si on n'abat pas, on a des animaux non apparents, non cliniques, qui peuvent transférer la maladie.

4:05
Invité

– Mais là, les agriculteurs demandent un élargissement de la vaccination

4:07
François Patriat

pour éviter la propagation. – Alors on est d'accord, on est bien d'accord, que là, c'est ce qu'a décidé la ministre hier.

On l'a déjà fait, vous savez, moi j'habite le département de la Côte d'Or, c'est-à-dire que Bateau est à côté, elle est dans le Jura, elle est à côté, donc elle est tout près, elle est arrivée, et on a réussi, qu'on le veuille ou non, et moi je n'ai pas entendu ce genre de réaction, même s'il y a de l'émotion, je comprends qu'il y a de l'émotion, mais ce rang de réaction dans l'Est de la France, quand il y a eu, il y a un climat en Occitanie, avec les difficultés du monde agricole qu'on a connu déjà il y a deux ans dans ce secteur, mais je pense qu'il faut être ferme et que la raison l'emporte.

Donc je ne crois pas qu'Annie Gennevar ait perdu du temps, je crois qu'elle a pris la bonne décision quand il fallait, c'est difficile à faire entendre, c'était arrivé sur un cheptel, et il y en a un deuxième cheptel dans l'eau d'aujourd'hui, qui intervient, immédiatement, vous avez vu, dix animaux dans le cheptel, abattus immédiatement, on aura circonscrit, je pense, la maladie. Le problème, c'est que si on vaccinait tout le pays, on ne peut plus l'exporter. À ce moment-là, on ne pourrait plus l'exporter. Donc ça veut dire… – Parce que les bêtes sont considérées comme suspicieuses. – Voilà, que la filière bovine vit de l'exportation, surtout en élevage à l'étang.

Dans les élevages à l'étang, on exporte aujourd'hui les brutards, les jeunes animaux de l'année, on les exporte, en Italie en particulier. Si on n'exporte plus, c'est désastreux pour la filière. Donc je pense qu'en réagissant comme ils le font aujourd'hui, ceux qui appellent à des solutions alternatives, qui n'ont pas d'efficacité sanitaire, ils mettent en danger l'ensemble de la filière, et c'est ce que la ministre ne veut pas, et elle a raison.

5:36
Invité

– Vous dites qu'il y a un climat particulier en Occitanie, qu'est-ce que vous voulez dire par là ?

5:39
François Patriat

– Je veux dire par là qu'il y a beaucoup de petites exploitations qui ont subi des difficultés. On a bien vu au moment de la crise bovine qui s'est passée il y a deux ans, leur revenu moyen par habitant, ce sont des exploitations qui ont un équilibre fragile, qui sont en difficulté souvent. Mais par contre, là je reviens un instant sur ce qu'il faut, c'est que pour que cet abattage soit accepté, il faut d'abord une indemnisation juste du cheptel, deux, il faut prendre… – Ce n'est pas le cas là ? – Ce n'est pas suffisant pour vous ? – Non, c'est juste aujourd'hui. Vous savez que le prix des animaux a beaucoup monté depuis.

La filière bovine a bénéficié d'une hausse des prix qu'il ne faudrait pas casser justement aujourd'hui, parce que la filière est en plein essor actuellement. Bon, donc il faut que c'est fait. Deux, l'État prend aussi en compte les frais annexes, les infections, etc. Et ce qu'il faut aussi, je crois que… Il y a peut-être quelque chose à faire là de mieux, c'est sur les pertes d'exploitation, parce que pendant le moment où vous remplacez votre cheptel, vous avez des pertes. À ce moment-là, je crois qu'il faut que l'État prenne mieux en compte les pertes d'exploitation qui sont faites. Là, il y a un effort à faire, pour faire mieux passer, je crois, l'abattage.

6:39
Invité

– Depuis janvier 2024, les crises agricoles se succèdent quand même. Donc on a l'impression aujourd'hui, c'est la dermatose nodulaire, mais il y a eu d'autres problèmes les années précédentes. Donc ça laisse penser qu'il y a des problèmes sous-jacents plus graves et plus profonds. Vous, ministre de l'Agriculture, qu'est-ce que vous proposeriez aux agriculteurs pour améliorer un petit peu leurs conditions et éviter ces crises récurrentes qui reviennent tous les ans entre décembre et janvier ?

7:07
François Patriat

– Alors les crises, elles ne sont pas toujours sanitaires. – Non, justement. – Il y a aussi le problème du loup, on va éviter aujourd'hui, à l'instant. Bon, les cheptels aujourd'hui avec le loup… – Non mais est-ce que là, la crise agricole,

7:15
Présentateur

elle est politiquement difficile à gérer pour le gouvernement ?

7:17
François Patriat

– Ça a toujours été difficile, attendez, quand j'ai dit mille agricultures, il y avait les problèmes de la viticulture, parce qu'il y a le problème des viticulteurs aussi aujourd'hui, qui sont sous-jacents, dans le sud-ouest. Vous me disiez pourquoi le terrain… Là-bas, tout le sud-ouest est touché par une crise viticole importante aujourd'hui. Il y a des crises économiques, des crises conjoncturelles, des crises sanitaires, des crises structurelles, il y a tellement de crises… – Mais la situation des agricultures… – Vous savez, c'est un ministère de crise, voilà.

7:37
Présentateur

– Mais là, c'est Annie Gennevard qui est plutôt sur le terrain. Est-ce qu'à un moment, Sébastien Lecornu doit aussi y aller, doit prendre la parole, doit aller rencontrer les agriculteurs ?

7:47
François Patriat

– Écoutez, moi, je pense, vous savez, j'ai dit d'autant plus qu'Annie Gennevard n'appartient pas à ma famille politique, il n'y en a pas un souci. Elle est là aujourd'hui, mais je pense qu'elle assume totalement, avec beaucoup de raisons, beaucoup de calme, beaucoup de… Elle s'appuie sur les avis scientifiques, sur les avis des conseils vétérinaires de France, sur les avis de la profession. J'ai entendu les leaders syndicaux dire qu'il fallait faire comme tel. J'ai même, dans mon département, un responsable agricole et non et non des moindres, qui a été président de la FNB, j'en ai parlé avec lui, il m'a expliqué, etc. Il est sur la position de la ministre.

Donc, à un moment, quand la crise est trop grave, on demande toujours à quelqu'un, on ne met pas dessus, d'y aller. Mais moi, je trouve que… Je crois qu'il faut surtout, aujourd'hui, calmer le débat. – Mais sauf que le débat, il ne se calme pas.

8:30
Présentateur

Vous voyez, la colère des agriculteurs, elle est toujours là, les mobilisations, elles sont toujours là. Hier, elle n'a pas forcément rassuré. Annie Gennevard, est-ce que vous craignez que ça devienne un dossier politiquement compliqué pour Sébastien Lecornu ?

8:44
François Patriat

– Non, ce que je pense, c'est qu'au bout du compte, la démonstration sera faite, comme elle a été en Savoie, que l'abattage peut permettre de se reconstruire. Je pense que non, je pense que les choses… J'entends bien la colère qui monte et qui se développe pour d'autres raisons, pour des raisons politiques. On le voit bien, j'ai la coordination rurale, soutenue par l'extrême droite, etc. J'entends bien. Il y a d'autres raisons, beaucoup moins invoables, de la situation agricole. Mais bien entendu. Quand on voit aujourd'hui des députés du Rassemblement national aller poser des gerbes dans une exploitation où on a battu les animaux, vous imaginez la récupération politique ?

Ce n'est pas digne, ce n'est pas à la hauteur.

9:21
Invité

– Vous pensez que les agriculteurs sont quelque part manipulés par le Rassemblement national ?

9:25
François Patriat

Ce n'est pas manipulés, c'est l'inverse, c'est que ce n'est pas manipulés. C'est le Rassemblement national, c'est l'extrême droite de ce pays, une partie de la droite qui utilise ça aujourd'hui pour faire de la politique. C'est différent.

9:38
Présentateur

– On va parler du budget qui a donc été voté hier par le Sénat, modifié par la majorité sénatoriale de la droite et du centre. Est-ce que comme Roland l'escure, vous jugez ce budget inacceptable parce que le déficit est à 5,3 désormais ?

9:51
François Patriat

– Il a tout à fait raison. Nous avons voté ce budget. Et hier, j'ai appelé à la raison, au compromis. Je n'étais pas de ceux qui fustigeaient tout en disant le Sénat a travaillé sur un budget. Ce budget, on a travaillé pendant 165 heures. Il y a eu plus de 5 000 amendements. Bien, très bien. On arrive au bout, un budget qui ne présente pas les nécessaires urgences que nous avions citées, c'est-à-dire plus d'économies, pas forcément d'impôts en plus. Ce que je note, c'est qu'on n'arrive pas dans ce pays à faire passer les économies.

Je répète ce que j'ai dit sur votre plateau il y a quelques semaines en disant je pense que les Français ne comprennent pas aujourd'hui que les efforts qu'on leur demande sont sans commune mesure avec ce qu'on pourrait leur demander demain si nous ne faisons pas les économies nécessaires. Rester à plus de 5 aujourd'hui, ça veut dire que moins de 3 en 2029, ce n'est pas possible. On ne peut pas être quand même les mauvais élèves de l'Europe. Tous les autres pays arrivent, et pas en mettant des impôts en plus comme propose la gauche aujourd'hui. Ils arrivent à faire des économies. Nous, nous n'arrivons pas à le faire.

Donc, ce budget, j'attends de la commission mixte paritaire que de part et d'autre, on prenne conscience que un, l'objectif des moins de 5 doit être atteint, pas plus de 5, en tout cas moins de 5, et que deux, pour ce faire, on doit faire des concessions de part et d'autre. S'il faut remettre sur l'IS les 4 milliards qu'on a prévus pour les mettre, mais qu'on fasse des économies à côté, qu'on mette l'année blanche, en excluant bien entendu les bas salaires pour les bas revenus, mais qu'on mette l'année blanche qui permet de gagner 4 milliards aussi.

11:21
Invité

Mais François Patria, c'est la droite qui a écrit ce budget. Ça veut dire qu'elle est moins bonne gestionnaire finalement que ne peut l'être la gauche ?

11:28
François Patriat

Non, parce que si ça avait été la gauche, on ne ferait pas ça, qu'on aurait 6,5,7. Donc, rassurez-vous. Ou en tout cas, on aurait plus d'impôts. Et on casserait la mécanique d'un pays qui a besoin de la mécanique fonctionnelle pour s'en sortir. Voilà. Donc, ce que je pense, c'est qu'on n'est pas arrivés à faire les économies qu'on pouvait souhaiter. En tout cas, l'économie était différente.

11:53
Présentateur

Ça vous a surpris, la majorité de la droite et du centre ?

11:55
François Patriat

La copie, moi je soutiens… Plutôt du genre à baisser le déficit ? Non, mais je soutiens la copie du budget tel qu'elle avait été écrite par le gouvernement, qui était à 4,7, avec des amodiations. Et on a voté des amendements pour revenir sur certains points d'économies demandées par le gouvernement, mais en faisant des économies ailleurs. Bon, on n'a pas été entendus sur ce sujet. On voit bien que, oui, la France a besoin d'un budget. Alors, comme le choix nous est donné, vaut mieux, certains ont dit, un mauvais budget, pas de budget.

Si c'est pour un mauvais budget qui donne un signal à la fois à nos prêteurs, à nos voisins, à l'Europe et aux Français, pour demain, qu'on n'avance pas et qu'on n'y arrive pas, je pense qu'il faut à tout prix, il faut vraiment que le gouvernement… Alors, je ne sais pas ce qui va se passer demain, dans les deux jours. Si on arrive à faire un peu d'économie supplémentaire, on n'augmente pas trop les impôts de compensation et qu'on arrive à 4,8, 4,9, en tout cas moins de 5, ce sera une avancée, parce qu'on aura progressé par rapport à l'an dernier.

Mais quand on arrive aujourd'hui, avec le budget de la cycle sociale, où on a arrivé à 20 milliards de déficit, alors qu'on devait arriver à 17, la copie du départ, c'était 11 prélèvements supplémentaires et 17 milliards d'économies. On n'en est pas là. Je crois qu'il faut se rapprocher de cela. Après, tous les scénarios sont envisagables. Effectivement, j'entends bien tous ceux, ils ont peut-être raison, qui demandent un 49,3, qui demanderait à Sébastien Lecournu de revenir… – Vous, vous le demandez ? – Moi, je ne le demande pas. C'est au gouvernement de juger de peser. – Oui, mais vous dites qu'ils ont peut-être raison.

13:24
Présentateur

– Comment ? – Vous dites qu'ils ont peut-être raison.

13:26
François Patriat

– Oui, ils ont peut-être raison.

13:26
Présentateur

– C'est Gérard Larcher, c'est Elisabeth Borne, l'ancière Premier ministre, qui disent, pour faire passer le budget, il faut revenir au 49,3. Est-ce que vous, vous dites la même chose à Sébastien Lecournu ?

13:34
François Patriat

– Il faut regarder. Ordonnances, compliquées, parce que la crise arrive très vite, mais ce serait peut-être la façon de faire des économies. Deux, loi spéciale. Qu'est-ce qui ira mieux dans nos débats, si on échoue dans les deux jours, le 15 janvier que le 20 décembre ? Je ne vois pas. Donc, on aura les mêmes difficultés, on aura repoussé d'un mois. Donc, dans le même temps, si on veut que la France ait un budget, peut-être que, oui, je crois qu'Elisabeth n'a pas tort, en disant, peut-être que la solution du 49,3, qui permettrait d'avoir un budget avant le 31 décembre, ce budget serait voté.

Dans le 49,3, le gouvernement mettrait les économies qu'il souhaite, ou en tout cas les prénoms qu'il va, ça pourrait se solutionner. Maintenant, les oppositions hurlaient pendant des mois, des années, en disant que c'était un scandale, une dictature, etc., le 49,3.

14:27
Présentateur

– Mais il a tort que Sébastien Lecournu de s'arc-bouter sur pas de 49,3, pas de 49,3 ?

14:32
François Patriat

– C'est-à-dire qu'il fait la démonstration aujourd'hui que s'il n'y a pas de directives très strictes et des mesures prises en dehors du Parlement, les parlementaires sont incapables de prendre la responsabilité, surtout à la veille des années électorales. Personne ne veut, vous avez compris. – Mais quand il y a eu de la démagogie ? – Bien entendu. – De la part des sénateurs ? – Je pense que beaucoup de parlementaires se moquent de l'intérêt général aujourd'hui et préfèrent défendre leur intérêt.

14:59
Invité

– Ça n'a pas été vrai sur le budget de la sécurité sociale. Ça n'a pas été vrai sur le budget de la sécurité sociale. Tout le monde a fini par trouver, par accepter une forme de compromis pour qu'il soit voté. – À quel prix ? – Il n'y a pas assez d'économie.

15:11
François Patriat

Même dans le budget de la sécurité sociale, il n'y a pas assez d'économie. – Je pense qu'on en est revenu sur un certain nombre de mesures d'économie qui étaient demandées dans la santé. Et puis, je crois qu'on ne pourra pas continuer à faire payer le social de ce pays par le travail. Il faudra trouver une autre source de financement, notamment la consommation. – Alors là, pour… – C'est-à-dire que moi, je l'ai dit clairement… – Augmenter la TVA, qu'est-ce qu'il y a ? – Je l'ai dit au six jours. Moi, je n'étais pas… Cette forme de budget, je pensais… J'en avais parlé avec Michel Barnier, avec François Bayrou.

Moi, je pense que faire comme d'autres pays autour de nous, je crois qu'un ou deux points de TVA, c'était un point de CSG, et puis des économies, une année blanche à côté, permettraient d'avoir un budget. Mais on voit bien que tout le monde recule, tout le monde a peur de l'ancienne TVA sociale. Je pense que c'est malgré ce qu'on dit… – Ça y compris dans votre camp. – Si on exonère tous les produits de première nécessité non concernés par une hausse de la TVA, ça permettrait aujourd'hui d'avoir un budget qui donne les ressources, de permettre de faire des économies en même temps, graduellement, et d'avoir un budget en équilibre. Ce n'est pas le choix qui…

16:08
Présentateur

– Mais là, ce matin, vous dites que la priorité, c'est un budget au 31 décembre, et donc pour ça, il faudrait se résoudre à en passer par le 49.3.

16:16
François Patriat

– On va voir ce qu'il va dire à la CMP.

16:18
Présentateur

– Vous pensez qu'elle peut être conclusive ?

16:20
François Patriat

– Je pense que la CMP peut être conclusive. – C'est l'accord entre députés et sénateurs.

16:24
Invité

– Oui, si elle est conclusive, la question est, est-ce que le Parti Socialiste décide de laisser passer ce budget ? Ou pas ? Eux demandent une mesure de justice sociale pour au moins s'abstenir. – Vous savez qu'ils n'en ont pas eu assez ?

16:38
François Patriat

– Ils en ont eu trop ? – Je trouve qu'ils en ont eu beaucoup, quand même. – Mais eux, c'est ce qu'ils réclament. – Qu'est-ce qu'ils ont ? Ils ont voté le budget, ok. Mais qu'est-ce qu'ils ont proposé comme avancé de leur côté ? Alors, ils réclament aujourd'hui, dites-moi.

16:50
Invité

– Ou une taxation des entreprises, ou une taxation des revenus. De votre point de vue, quel pourrait être le point d'atterrissage sur une mesure de justice fiscale ?

16:58
François Patriat

– Je vous l'ai dit, peut-être rétablir, je vous dis, c'est agir sur les revenus, sur l'IS, pardon. J'ai l'attesté ce qu'il est revenu, l'IS sur l'impôt sur les sociétés. Je crois qu'il y a 4 milliards à récupérer là. On peut trouver ces 4 milliards, mais il faut trouver dans le même temps 4 milliards d'économies à côté. – Est-ce que ce budget, il a fracturé ? – Il faut trouver 10 milliards. – 10 milliards, il y a un point d'équilibre. – Il y a peut-être 4 milliards à rétablir que le Sénat a supprimé. Il y a peut-être là, mais il y a aussi 4 milliards à trouver à côté. Je pense que, allez, on va dire 5-5.

Il faut faire 5 000 en prélément supplémentaire et 5 milliards d'économies pour arriver au 10, voilà.

17:32
Présentateur

– Est-ce que ce budget, il a fracturé ce qui restait du socle commun ? Qu'est-ce que vous avez pensé, par exemple, de la position d'Edouard Philippe ?

17:38
François Patriat

– Le socle commun au Sénat, Edouard Philippe n'y est pas. – L'Assemblée, ça ne s'est pas non plus très bien passé. – Vous imaginez quand même, moi j'ai vu une réunion du socle commun hier au Sénat, avec Gérard Larcher, il y avait les disciples d'Edouard Philippe, Claude Malheur était là, ils ont voté le budget. – Donc les LR, vous les mettez encore comme socle commun ? – Au Sénat hier, le socle commun a fonctionné.

18:00
Présentateur

– Avec les LR ?

18:00
François Patriat

– Oui, tout le monde a tous voté le budget. – Vous considérez aujourd'hui que Corizon fait toujours partie du socle commun ? – Oui, parce que… – C'est toujours un allié ? – Dans le vote d'hier et dans la déclaration de Claude Malheuré, qui est à mon estime et à mon amitié par ailleurs, il n'y a pas de… Hier, nous sommes réunis, socle commun hier au Sénat, on est tombés d'accord pour dire que c'était insatisfaisant, qu'il fallait faire autre chose, qu'il faut que toutes les choses soient sur la table, dès aujourd'hui, pour que chacun des participants à la CMP puisse voir où est la marge de manœuvre qu'il y a aujourd'hui. – C'est-à-dire pour vous qu'un chef de parti

18:30
Présentateur

qui s'abstient sur le budget de la Sécurité sociale, qui fustige le budget, qui demande le départ d'Emmanuel Macron, c'est encore un allié ?

18:38
François Patriat

– Attendez, Édouard Philippe, ce n'est pas le socle commun, je veux dire. Le socle commun, c'est les parlementaires dans les assemblées. – Bon, vous savez, je me suis exprimé très clairement… – Au horizon, ce n'est pas le socle commun à l'Assemblée ? – Je me suis… – Et au Sénat ? – Eh bien, écoutez, les parlementaires, aussi bien à l'Assemblée qu'au Sénat, n'ont pas écouté les directives d'Édouard Philippe. Philippe disait qu'il fallait voter contre le but de s'abtenir. Beaucoup de ses députés ont voté à l'Assemblée nationale et les sénateurs élés ont voté ici. Donc je ne fais pas le procès à eux.

Par contre, je l'ai déjà fait ici, je ne suis pas d'accord du tout avec Édouard Philippe sur la position qu'il a mise à deux reprises. Déjà, il y a un an, en disant, je suis candidat à l'élection présidentielle à un moment où le président avait une difficulté, cette fois-ci, alors qu'il souhaite être candidat en 2027 et qu'il sera peut-être le sentiment du socle commun, je ne sais pas, mais en 2027, et que lui-même, un partisan de la rigueur, de mesures difficiles, aspiré à une fonction qu'il aurait lui-même dégradée, je me dis malheureusement.

Donc moi, je veux dire que j'ai très très mal reçu la demande de démission du président de la République, anticipée, je trouve que ce n'est pas une bonne manière. Ça peut être une façon d'accélérer les choses parce qu'on pense qu'on est en tête de notre chose, mais voilà, je suis en désaccord sur ce profond. – Sur les municipales… – Mais ça, il n'y a rien à voir avec le vote au Sénat.

20:01
Présentateur

– Sur les municipales, il y a le baromètre d'Oxa pour Public Sénat et la presse régionale qui sort ce matin qui dit que 59% des Français seraient prêts à voter à ces municipales pour faire barrage à la France insoumise. Ils ne sont que 44% à dire la même chose pour le Rassemblement national. Est-ce qu'aujourd'hui, il y a un nouveau front républicain, selon vous ?

20:19
François Patriat

– Je me suis déjà essayé d'exprimer aussi sur ce sujet. On s'est beaucoup bossé sur la dissolution de 2024. Je pense qu'à mon avis, l'erreur, c'était le front républicain. Avant les élections, j'ai vu beaucoup de gens me dire, tu sais, moi, je suis centriste, mais le front national, etc., etc., et tout, je dis non, tu ne peux pas voter pour lui. Mais on les a obligés à voter pour des gens d'extrême-gauche. Donc, aujourd'hui, le racisme, etc., pas le racisme, mais l'antisémitisme ressort. – Non, mais là, que les gens, il n'y a plus de Français

20:48
Présentateur

qui disent que c'est contre LFI que contre le RN. Qu'est-ce que vous en dites ?

20:51
François Patriat

– Je pense que… Je pense que c'est… Aujourd'hui, le débat droite-gauche n'est plus entre la droite et la gauche. Il est entre l'extrême-droite et l'extrême-gauche. Et je combats les deux de la même façon. De la même façon. Je trouve que l'extrême-gauche, aujourd'hui, en tout cas, le schéma dans lequel s'engage la France insoumise est insupportable, est extrémiste. Il y a des relents d'antisémitisme dessous, on l'a dit. Il y a l'appel au chaos, au désordre. Et ça, de quoi inquiéter les Français qui, aujourd'hui, ne sont pas très politiques, mais qui disent ce que propose le Front National, c'est le chaos, c'est le désordre, c'est l'insurrection.

Après tout, les gens du RL, ils se tiennent bien, ils mettent des cravates à l'Assemblée, etc., et tout. Ils paraissent plus acceptables comme tels. Regardons, ils le font des choses, les arrières-pensées, parce que le RN fait feu de tout bois, il a des positions de gauche alors qu'il a d'extrême droite, il défend des... tout est son contraire. Donc voilà, ce que je vois bien, ce que vous me dites, ça existe sur le terrain. Je vois des gens sur le terrain, et ça m'inquiète beaucoup, et je leur en parle, qui me disent, effectivement, qu'ils préfèrent voter par quelqu'un, aujourd'hui, de la droite ou de l'extrême droite, plutôt que de voter à France insoumise.

Ça existe, je le déplore, mais je pense que les deux sont à combattre de la même façon.

22:00
Invité

– Comment ça doit se traduire, ça, en termes d'alliances pour les élections municipales ? C'est-à-dire que les candidats Renaissance doivent se maintenir dès qu'ils le peuvent, partout où ils le peuvent ?

22:10
François Patriat

– Je pense que d'abord, les candidats Renaissance doivent se trouver aujourd'hui, on voit bien où nous sommes positionnés en termes de sondage, une partie. Je pense que nous devons, le plus possible, trouver des alliances avec les forces, entre guillemets, républicaines.

22:25
Invité

– Ça va d'où, les forces républicaines, selon vous ?

22:27
François Patriat

– Moi, c'est vrai, ça va, écoutez, ça va des républicains aux partis socialistes. Voilà, voilà. Et moi, je pense que chez moi, on peut trouver des accords avec la gauche et à la droite, trouver des accords dans notre ville avec la droite qui est républicaine.

22:43
Présentateur

– Merci beaucoup, François Patria. – Retrouvez l'intégralité de nos podcasts sur la plateforme Public Sénat. – Sous-titrage Société Radio-Canada