L'invité de Bourdin Direct : Amélie de Montchalin - 09/04
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Vous écoutez RMC. RMC, le jour d'indirect, Jean-Jacques Bourbain.
Amélie de Montchalin, bonjour. Bonjour. Vous êtes ministre de la fonction publique. Nous allons revenir évidemment sur la disparition de l'ENA, le remplacement par l'Institut du service public, l'ISP. Amélie de Montchalin, mais je voudrais commencer avec évidemment la crise sanitaire. Plus de 10 millions de Français ont reçu une première dose de vaccin. Et parmi eux, des Français jeunes, souvent des fonctionnaires, qui ont reçu une première dose d'AstraZeneca. Des fonctionnaires qui doivent recevoir une seconde dose. Alors vont-ils recevoir une seconde dose ? Ils ne pourront plus recevoir une seconde dose d'AstraZeneca, puisque c'est interdit au moins de 55 ans.
Alors quelles secondes doses vont-ils recevoir ?
Eh bien, la Haute Autorité de Santé est en train de mettre en place le protocole sanitaire, les médecins également. Et évidemment, ce sera fait de manière sûre, de manière analysée, pour que nous ne fassions prendre de risques à personne. Depuis le début de cette crise, on a deux objectifs. Protéger la vie des Français et le faire en transparence. Nous avons dans cette crise, et je suis en tant que ministre de la Transformation Publique, jamais publié autant de données en toute transparence, tous les jours, sur tous les sujets. Et donc évidemment, les avis scientifiques, les avis médicaux seront publiés et seront suivis.
Donc ces personnes-là seront vaccinées avec Pfizer ou Moderna ?
Seront vaccinées avec les vaccins qui correspondent à leur âge, à leur risque, et correspondent aux préconisations sanitaires. Je ne suis pas, vous voyez, la ministre de la Santé. Et d'ailleurs, je pense qu'il est très sain.
Mais il vient de le dire, vous pouvez le dire.
Il est très sain que les ministres, il y a des décisions qu'on prend, et il y a des choses qui ne sont pas du ressort du politique. Vous dire quel vaccin on doit choisir, ce n'est pas mon métier.
Oui, enfin, il n'y en a que deux autres.
Et donc évidemment, ce seront des vaccins, d'abord indisponibles, et de sûr, adaptés à l'âge des personnes vaccinées.
Donc ARN messager, puisqu'il n'y en a que deux. Tout à fait. Tout à fait. ARN messager, quand ? Très vite. Alors, aujourd'hui... Parce que je pense que c'est personnel, 600 000 personnes à peu près.
Qu'est-ce qui s'est passé hier ? Deux choses. On a vacciné plus de 400 000 personnes dans la journée, et on a atteint 10 millions de vaccinés. Pourquoi on y arrive ?
Première dose.
Aujourd'hui. On y arrive aujourd'hui parce que les usines produisent. Parce que, d'ailleurs, aujourd'hui...
Non, non. Les usines françaises n'ont pas encore produit du vaccin administré aux Français.
D'accord. Aujourd'hui, elles produisent en France. Je parle des usines européennes, mondiales. Aujourd'hui, la semaine dernière, au début de semaine, elles ont commencé à produire en France. Et donc, nous pouvons aujourd'hui, d'abord, accélérer la campagne de vaccination et voir une des perspectives positives après un an d'efforts collectifs. Et donc, oui, ça accélère. Oui, il y a des doses. Et on le fait en toute sécurité, en transparence. Et parce que la confiance dans cette affaire est le gage de succès.
Vous êtes la ministre de tous les fonctionnaires. Je me mets à leur place. Et notamment celles et ceux qui travaillent dans les établissements scolaires et qui ont besoin de vaccination et qui demandent la vaccination. Je pense aussi à tous les personnels, au contact personnel public, au contact avec le public, qui demandent aussi la vaccination. Est-ce que ces personnels-là vont être vaccinés avant la fin du mois d'avril ?
Avant la fin du mois d'avril, il me semble difficile de vous dire que l'ensemble des personnes que vous me décrivez puissent être vaccinées. Parce que l'ensemble des personnes que vous me décrivez, c'est 2 à 3 millions d'agents publics. Donc, première chose, nous avons dit, l'ambition première, c'est de protéger la vie de ceux qui sont les plus exposés à des formes graves. Les personnes âgées et les personnes qui ont des facteurs de risque. Que vous soyez fonctionnaire ou pas, vous avez un facteur de risque, vous êtes prioritaire pour la vaccination.
Au fur et à mesure où les doses arrivent, évidemment, nous allons ouvrir, le président a précisé la semaine dernière, ouvrir l'âge à partir duquel on est vacciné. Et nous réfléchissons effectivement à ce que les personnes, quel que soit leur statut, leur employeur, je prends l'exemple des écoles. Dans une école, vous avez des enseignants.
Bien sûr.
Vous avez des personnels, des collectivités territoriales qui font tourner les cantines, qui sont dans les classes. Et donc, nous réfléchissons à une stratégie. Nous allons commencer en particulier.
Vous réfléchissez, vous réfléchissez, mais il faut réfléchir vite là maintenant.
Oui, mais moi je ne suis pas là pour vous annoncer aujourd'hui une stratégie. Si je n'ai pas la garantie d'abord que j'ai la logistique, que nous avons les doses, que je suis capable...
Donc c'est un problème de doses encore.
Oui, et de pouvoir expliquer très précisément à chacun comment les choses vont se dérouler. Nous avons déjà acté que nous commencerions le plus rapidement possible par tous les personnels des écoles qui sont en contact avec des enfants en situation de handicap.
J'ai vu cela.
Pour qui le respect des gestes barrières...
Et vous commencez quand ? La semaine prochaine ? Avec ces personnes-là ?
Le calendrier sera précisé. Là, nous de nouveau, nous n'annoncerons rien. En l'air, nous annoncerons quand nous aurons le calendrier. Quand nous aurons les doses. La logistique, la logistique. Oui, et la logistique, oui. Est-ce qu'on se fait vacciner dans son école ? Oui, je comprends. Est-ce qu'on se fait vacciner dans un centre municipal ? Est-ce qu'on se fait vacciner dans un centre dédié ? Ce sont des questions importantes parce que sinon, c'est de l'abateurisme. Et nous ne sommes pas dans une situation où les Français, et c'est normal, toléraient que nous annoncions des choses que nous ne sommes pas capables de préciser et de mettre en oeuvre tout de suite.
Question, Amélie de Montchalin. Beaucoup de Français ne veulent pas du vaccin AstraZeneca. Certains même ne veulent pas du vaccin Moderna. J'ai vu ce qui s'est passé en République tchèque. Confronté au même phénomène, que s'est-il passé en République tchèque ? Eh bien, on a rendu la vaccination obligatoire. Et la Cour européenne des droits de l'homme estime que c'est possible et que ça peut être nécessaire en démocratie. Qu'en pensez-vous ?
La première chose, je vous ai dit, transparence, confiance. Le choix que nous faisons, c'est de rendre l'ensemble des données publiques, connues, suivent, analysables, que les Français puissent savoir. Notre enjeu, c'est qu'effectivement, pour atteindre l'immunité collective, que nous puissions vivre sans toutes ces restrictions qui demandent beaucoup d'efforts, qui sont pénibles, qui sont fatigantes, que nous, gouvernement, notre enjeu, c'est bien sûr de pouvoir s'en débarrasser le plus vite possible de toutes ces règles énormes et contraintes. Nous devons vacciner le plus largement possible.
Nous n'y arriverons pas dans notre pays par la contrainte, mais il faut qu'on soit bien conscients que ceux et celles qui, à un moment donné, nous diront, oh, je n'ai pas très envie, ce n'est pas pour moi, je ne fais pas confiance, ils seront potentiellement d'une situation où ils mettront en danger à la fois la reprise collective
et... Parce qu'il y a ce risque social, ce risque de manque de solidarité sociale. Mais c'est pour ça que... Est-ce qu'il ne faudra pas, à un moment donné ou à un autre, rendre la vaccination obligatoire ? Je vous pose la question.
C'est un débat. Moi, je pense que si on a un enjeu de solidarité, si on a un enjeu de cohésion, si on a un enjeu de reprise, eh bien, c'est un enjeu qu'il nous faut traiter en tant que société. Donc, rendre obligatoire
la vaccination.
Et faire le pari de la responsabilité. Ce n'est pas un pari qu'on fait en l'air. Nous croyons, tous les jours, et on le voit. Vous savez, on nous a dit qu'on est un pays où les règles ne seront pas respectées. Les Français sont des gens libres. On est un pays où les règles sont respectées, même quand elles sont pénibles, même quand elles sont contraignantes. Vous le voyez aujourd'hui. On fait des efforts. Le télétravail, au départ, c'était difficile. Aujourd'hui, dans les administrations, je vous donne un exemple, 58% des agents sont en télétravail. 58% aujourd'hui. 18% dans les ministères centraux. 78% des agents publics des ministères centraux sont aujourd'hui en télétravail.
C'était impossible. C'est évidemment contraignant. Ce que je veux vous dire, c'est que la responsabilité, c'est ce qui nous guide. Si on ne fait pas le choix de la responsabilité individuelle et collective, alors ça veut dire qu'on n'est plus en démocratie. Et ça veut dire que dans ce cas-là, on prend un tournant de gestion de notre pays qui est, à mes yeux, et dangereux. La responsabilité, la solidarité sont les maîtres mots. Il faut qu'il y ait la confiance. Et la confiance, ça ne se décrète pas. C'est la transparence. C'est le fait que quand on a des doutes, on le dit. Dans tous les cas, nous continuons à agir en ce sens.
Le débat, le débat sur la vaccination obligatoire sera peut-être ouvert. Ce n'est pas impossible. Mais les demandes, nous verrons.
La société aussi va se poser des questions.
Exactement. Bien. Est-ce qu'il faut rembourser les autotests ? Est-ce que la Sécurité sociale doit rembourser les autotests ?
Alors, les autotests seront potentiellement remboursés pour des personnes qui doivent se tester très souvent dans des circonstances difficiles. Ce sera... Pas forcément les fonctionnaires, mais par exemple des gens qui vont travailler à domicile chez les personnes âgées.
Oui.
On a une réflexion sur le sujet. Donc, il y aura remboursement.
Il y aura remboursement de ces autotests. Pas pour tout le monde.
Pour certaines personnes, peut-être. Oui. Mais vous savez, aujourd'hui, nous sommes le pays d'Europe et du monde qui testons le plus par habitant 4 millions de tests par semaine au coin de la rue, remboursés par la Sécurité sociale. Aucun autre pays au monde ne le fait. Donc, on ne peut pas comparer l'Allemagne où cette politique n'existe pas. On ne peut pas se faire tester en Allemagne au coin de la rue en un quart d'heure, remboursés par la Sécurité sociale. Donc, évidemment, la politique est différente selon les pays, selon les stratégies. Mais je veux le dire vraiment, nous testons le plus au monde 4 millions de tests la semaine dernière. C'est une très bonne nouvelle.
Ça veut dire que les Français sont responsables et qu'ils suivent les cas contacts et que quand ils sont positifs, eh bien, ils s'isolent. C'est aussi une réponse efficace contre l'épidémie.
Amélie de Monchalin, pas de nouvelles primes exceptionnelles pour les fonctionnaires en première ligne comme il y a un an ?
Nous travaillons d'abord à protéger les agents. J'aurai évidemment un rendez-vous salarial comme tous les ans. Rendez-vous salarial où nous regarderons
quelles sont les priorités salariales. Est-ce que vous préparez une prime pour les fonctionnaires qui sont en première ligne comme il y a un an ?
Je ne prépare pas une prime aujourd'hui comme il y a un an. Je prépare des mesures très fortes que nous avons d'ailleurs prises dès hier. Hier, nous avons revalorisé les salaires des fonctionnaires de catégorie C, 380 000 fonctionnaires pour nous assurer que leurs salaires suivent l'évolution du public.
Pas de prime ? Donc pas de prime ? Vous dites ce matin qu'il n'y aura pas de prime ? Je dis qu'aujourd'hui
ce n'est pas la stratégie prioritaire. Donc il n'y aura pas de prime ? Si ce n'est pas la stratégie prioritaire, dites-moi, il n'y aura pas de prime ? La stratégie, c'est quoi ? Égalité entre les hommes et les femmes. Oui. S'assurer que le début de carrière est assuré. On le fait dans l'éducation, on a fait le Ségur de la santé, s'assurer qu'on travaille sur les petits salaires dans la fonction publique. On a commencé hier 380 000 agents. Très bien. C'est une discussion que je mène avec les organismes syndicales de manière rapprochée. Il y aura ce rendez-vous.
Il y aura des revalorisations ?
Il y aura des revalorisations qui seront des choix que nous faisons parce qu'il y a des priorités, parce que la crise monte des inégalités. Et donc moi,
notamment des petits salaires, mais pas de primes.
La prime, elle pose beaucoup de questions. À qui ? Comment ? Pourquoi certains ? Pourquoi pas d'autres ? Vous l'aviez versé. Donc, la première chose, je ne dis pas non, je dis que ça se fait dans la concertation. Sinon, ça veut dire que je serais là à vous annoncer des choses qui n'auraient pas été travaillées, pas été analysées. Ce n'est pas comme ça que je travaille.
Amélie de Montchalin, élection régionale et départementale, il y a débat. Il y a débat au sein de la majorité, au sens large. Richard Ferrand est pour le report, François Bayrou et pour le report et vous ?
Moi, je suis pour le fait qu'on ait ce débat, qu'on demande aux maires s'ils sont capables d'organiser les élections. Moi, je suis engagée pour les élections régionales en Ile-de-France. Je sais. Je pense que c'est un moment démocratique majeur parce que c'est important de pouvoir...
Vous êtes favorable au report ou pas ?
Moi, je suis favorable parce qu'il y a un débat et j'aimerais que les élections se tiennent, que se tiennent dans de bonnes conditions, sans polémiques, que chacun prenne ses responsabilités, qu'on ne refasse pas le sketch et le match du mois de juin et du mois de mars dernier où il fallait les tenir à tout prix et puis finalement, il aurait fallu les annuler à tout prix. Donc, il faut qu'on soit très conscients, très sérieux. Moi, je pense que ces élections doivent avoir lieu le plus tôt possible telles qu'elles sont prévues mais dans des conditions où on peut les organiser en confiance et en responsabilité.
Suppression de l'ENA, c'était une promesse d'Emmanuel Macron. Il tient sa promesse, on est bien d'accord. Suppression de l'ENA et remplacement par un nouvel institut, institut du service public, l'ISP. Mais quelle sera la différence ? Est-ce qu'on ne crée pas un nouvel ENA, en quelque sorte, Amélie de Montchalin ?
Vous savez, l'ENA est née en 1945.
Oui.
Dans une période où la France sortait de deux guerres, était à reconstruire et le but, c'était de faire émerger une élite qui puisse reconstruire le pays et le choix qui a été fait à l'époque, c'est de créer l'ENA. On est 75 ans après. Les défis ne sont pas les mêmes. On est dans une crise sanitaire, on a devant nous des chocs majeurs, le choc climatique. On a des bouleversements technologiques majeurs, numériques. On a des enjeux, on le voit aujourd'hui sur notre défense de notre modèle républicain, sur la laïcité. Le monde a changé. La France est un État qui s'est construit. La France, pardon, est un pays qui s'est construit autour de son État.
L'État, la nation, la France sont des choses qui marchent ensemble. La France a changé, le monde a changé, les défis ont changé. Ce que notre État doit apporter aux Français a changé. Et donc, qu'est-ce que nous faisons ? Nous refondons ce modèle de 1945. Nous ne disons pas qu'il y a des boucs émissaires, nous ne sommes pas là pour faire la guerre à quiconque, nous ne sommes pas là pour porter l'opprobre sur les uns et les autres. Nous sommes là pour refonder en profondeur un modèle.
Vous refondez avec un nouveau modèle, donc ?
Un nouveau modèle du début à la fin.
Quelle sera la différence ? Il n'y aura plus d'emploi à vie ?
D'abord, les fonctionnaires ont la garantie de l'emploi. Bon, ça, on n'y touche pas. En revanche, il n'y aura pas des carrières tracées par un classement qui concerne 80 personnes qui se battent pour 15 postes, mais qui ne sont pas des postes sous-en fait, qui sont des carrières. Et qui font qu'aujourd'hui, l'ENA d'aujourd'hui, la moitié de ceux qui sortent de cette école exercent comme premier métier et parfois comme métier toute leur vie, des métiers d'inspection, de contrôle et de jugement. Alors, pour clarifier les choses, qu'est-ce qu'on fait ? D'abord, on ne recrute plus les mêmes personnes.
On va faire émerger une nouvelle génération de jeunes talentueux, méritants, boursiers qui sont à l'université, qui ont fait des études très variées et qui seront préparés dans de bonnes conditions à ces concours. Nous réouvrons socialement, territorialement, l'ensemble de la jeunesse méritant de nos pays
au concours des écoles du service public. A sa place
au concours des écoles du service public.
Oui.
Ensuite, on forme différemment. On ne peut pas, aujourd'hui, considérer que sur des sujets aussi importants que la laïcité, que la transition écologique, que le numérique, que le rapport à la science, on vient d'en parler pendant plus de 10 minutes, sur comment le scientifique, le politique, l'administratif se parlent. Sur des sujets comme ça, d'abord, qu'il n'y ait pas de formation approfondie, exigeante, qui crée de l'excellence, mais surtout que, aujourd'hui, le directeur d'hôpital, l'administrateur d'une collectivité territoriale, le sous-préfet, le magistrat, ils ne sont jamais formés ensemble.
Donc, cet institut du service public, ce n'est plus une école pour 80 élèves qui sont classés pour choisir 15 carrières qui leur permettront de juger, de contrôler, et inspecter le pays sans aller être passés par le terrain. C'est un institut qui va former des milliers de jeunes aux fonctionnaires et de moins jeunes. Ça va faire de la formation continue. Dès la rentrée prochaine ? Ça va faire un tronc dès la rentrée prochaine.
À Strasbourg, toujours.
Dès la rentrée de la prochaine promotion qui passera ce concours, ce concours qui sera ouvert à des étudiants boursiers de toutes les universités. Eh bien, ils auront un tronc commun, commun à toutes les écoles de service public de l'encadrement supérieur. Ils auront, ensuite, on va investir dans la formation continue. Et puis, surtout, les carrières vont être différentes. C'est ça l'enjeu. Ils vont aller sur le terrain.
J'espère qu'ils iront sur le terrain.
L'ensemble de ces administrateurs de l'État de 2021 pour le futur commenceront leur carrière sur le terrain. Ils y retourneront. Il y aura de la mobilité obligatoire. On doit reconnecter notre haute fonction publique au 21e siècle,
au terrain, aux Français. L'objectif, c'est améliorer le fonctionnement de l'État. On est bien d'accord, Amélie de Montchalin. Mais pour améliorer le fonctionnement de l'État, ne faut-il pas, par exemple, supprimer certaines agences de l'État ? Combien y a-t-il d'agences de l'État ? 1 200 ? Plus d'un millier en perdant d'agences.
D'abord, il faut faire les deux.
Donc, est-ce que vous allez... Oui, d'accord. Mais est-ce que vous allez supprimer des agences de l'État ?
Nous allons réfléchir, supprimer. Nous avons supprimé, nous avons déjà supprimé un tiers de ce qu'on appelle les commissions théodules. Très bien.
Mais les agences de l'État, les commissions théodules. Bon, mais les agences de l'État, est-ce que vous allez en supprimer ?
Oui, on va supprimer, on va redonner la cohérence.
Je ne vais pas vous donner
un chiffre là non plus. Il faut faire les choses précisément parce que sinon, vous voyez, on donne des symboles, on n'est pas dans le symbol, on est dans l'efficacité. Vous savez, un haut fonctionnaire, c'est quoi ? C'est une personne qui s'engage pour faire vivre les valeurs de la République et pour appliquer des politiques. C'est tout notre logiciel d'action publique qu'on doit changer. Comment on le simplifie, comment on le rapproche du terrain, comment on fait confiance aussi aux agents publics, comment le politique pilote prend ses responsabilités. Ça, c'est notre enjeu.
Et donc, notre réforme, c'est une réforme d'efficacité, c'est une réforme de responsabilité parce qu'on va évaluer au cours de la carrière ses hauts fonctionnaires. Il n'y aura plus d'emplois à vie et de carrières toutes tracées. Moi, j'ai un appel à lancer à la jeunesse. C'est méritocratique de dire les choses ne sont pas tracées à 25 ans par votre classement parce que vous avez des gens très performants, très méritants qui aujourd'hui ont dit vous ne pouvez pas accéder à ce poste parce que vous n'appartenez pas au bon corps, parce que vous n'avez pas été bien classé à 25 ans. C'est injuste. Les fonctionnaires, les hauts fonctionnaires sont des hommes et des femmes engagés.
Aujourd'hui, ils voient bien que tout ne fonctionne pas toujours bien, que nous devons changer les choses, qu'il faut s'attaquer aux structures, qu'il faut beaucoup plus se connecter aux enjeux du monde du XXIe siècle, du monde des Français, du terrain et c'est une réforme positive. J'insiste sur ce point. C'est une réforme positive.
Amélie de Monchalin, je vais revenir sur EDF parce que ça vous concerne la réorganisation d'EDF mais juste une question sur cette image d'Ursula Wanderleyen. Vous êtes une femme politique. Est-ce qu'elle a subi un affront sexiste à Ankara ?
Elle a subi ce que beaucoup de femmes politiques vivent.
Oui.
Parfois tous les jours. Vous savez, il y a des endroits où je me rends. Ce n'est pas moi qui regarde, c'est toujours la personne qui est à côté qui est général, un homme. S'il est plus vieux que moi, c'est certain.
Mais qui le regarde ?
Je suis invitée, j'arrive quelque part. Parfois, c'est moi qui vais rencontrer quelqu'un et par contre, je tourne vers la personne qui m'accompagne. C'est un sexisme qui n'est pas forcément dans notre réalité méchant, politique. Et parce que la place des femmes en politique, ça s'est acquis. Ça a été compliqué. On n'est pas là depuis longtemps et il faut encore souvent qu'on prouve notre légitimité. Donc évidemment, ce qui s'est passé à Ankara, c'est un signe que cette bataille n'est pas finie et qu'il ne faut pas qu'on soit naïf. Certains ont d'autres modèles que nous, notre modèle d'égalité qui fait que dans ce gouvernement, vous avez la moitié des femmes.
Que dans notre groupe parlementaire, j'étais...
Est-ce que Charles Michel
est un mufle ? Et nous étions une commission des finances pour la majorité paritaire.
J'ai été choqué. Moi-même, j'ai été choqué par le comportement de Charles Michel. Est-ce que c'est un mufle ?
Je ne pense pas que ce soit un mufle. Je pense qu'il a été très gêné. Je pense qu'il s'est excusé. Mais je pense que ça nous apporte une vigilance collective. Rien n'est jamais acquis et certains peuvent se servir de certains symboles pour faire passer des messages à notre insu. Et il ne faut pas qu'on soit dans ces situations gênés. C'est un modèle, c'est l'égalité et c'est ce qu'on défend. Je la défend d'ailleurs pour la haute fonction publique. Que la réforme que nous proposons, c'est aussi la possibilité de donner à beaucoup plus de femmes, évidemment. Parité dans les écoles publiques. Parité dans les jurys.
Amener beaucoup plus de jeunes filles à préparer ces concours qui est beaucoup moins d'auto-censure. Il n'y aura pas de quota.
Il n'y aura pas de quota.
Mais vous voyez, aujourd'hui, quand on prépare les concours de la haute fonction publique à l'université, il y a 60% de femmes. Quand on les prépare dans certaines voies plus parisiennes, il n'y a plus que 35% de femmes. Moi, mon combat, c'est que toutes les jeunes femmes de ce pays puissent avoir leur place au service de l'intérêt général. Parce qu'elles sont des femmes, parce qu'elles en ont l'envie,
parce qu'elles en ont le talent. Mais c'est vrai, dans d'autres grandes écoles qui seront réformées. Je pense à Polytechnique, par exemple, ou d'autres.
J'assure. Déjà, vous savez, le grand chantier des écoles, le service public. C'est déjà un très grand chantier. On a beaucoup progressé. Nous sommes, juste, Jean-Rèque Bourdin, en 2020, au Conseil des ministres, le président a nommé 42% de femmes. Pendant des années, on était à moins de 25%, moins de 32%. Donc, ça progresse, mais c'est l'abandonnité politique.
La réorganisation d'EDF, projet Hercule, où en sont les négociations avec Bruxelles ? Parce que ça patine. Je rappelle qu'il y a trois entités qui seront créées. Est-ce que ce projet sera abandonné ? Parce que... Est-ce qu'il sera mis en place avant la fin du quinquennat ?
Je ne suis ni la ministre
de l'énergie.
Je suis d'accord. Ni la ministre qui convient les négociations. Donc, je ne vais pas vous dire aujourd'hui.
Vous étiez ministre en charge des affaires européennes, Amélie de Montchalin, et vous connaissez parfaitement EDF, puisque ça fait partie de l'espace public. Mais ce ne sont pas des agents
dont j'ai la responsabilité. Je sais. Notre enjeu, c'est quoi ? Notre souveraineté énergétique. Je viens de vous parler de la transition écologique. Je vais vous dire à quel point, par exemple, ça allait être mis au cœur de toute la formation de notre fonction publique. Donc, évidemment que ce sujet, il est majeur. Comment on fait l'investissement, la transition, la suite nucléaire ? Comment on fait la transition de notre énergie vers des énergies renouvelables ? Comment on fait des économies d'énergie ? Donc, derrière le projet Hercule, il y a des enjeux de structure, mais il y a des enjeux de souveraineté, il y a des enjeux industriels, il y a des enjeux de la vie quotidienne.
Combien coûte l'électricité ? Donc, il y a des négociations. De nouveau, je ne vais pas, moi, ce matin en parler. En détail, ce ne serait d'abord pas mon rôle. Et puis, je vous dirai des choses qui ne seraient pas forcément pertinentes.
Même si ça n'avance pas. Mais j'ai un mot pour terminer sur le nucléaire. J'avais Barbara Pompili, mercredi matin. Je lui ai posé une question. Est-il possible de se passer du nucléaire ? Elle m'a dit que c'est possible. Vous pensez que c'est possible de se passer du nucléaire ?
Il y a des pays qui n'ont pas de nucléaire. Mais nous, en France, on a du nucléaire. Et ça fait quoi ? Donc, ce n'est pas possible. Ça fait quoi, le nucléaire en France ? Aujourd'hui, on est le quatrième pays au monde le plus vert. Ce n'est pas moi qui le dis, c'est les chercheurs du MIT. Donc, vous voyez, c'est des gens qui ont regardé ça de manière très neutre. Aujourd'hui, c'est une chance en France. C'est une chance. Donc, c'est indispensable. D'abord, c'est un fleuron technologique. Ensuite, ce sont des emplois. Ensuite, c'est aussi notre indépendance énergétique. Nous sommes un pays qui exportons l'énergie très souvent vers nos voisins. Pourquoi ?
Parce que nous avons cette production en permanence. C'est une énergie qui ne crée pas de CO2. Donc, il y a d'autres enjeux. Il y a les enjeux des déchets. Donc, c'est indispensable. La stratégie du président, c'est 50% de nucléaire dans le visage énergétique.
Le nucléaire est indispensable.
Heureusement, parce que si c'est 50% de notre énergie, je peux vous dire qu'il est bien sûr indispensable. En 2021, qui est des pays qui n'est pas de nucléaire, c'est une réalité. Qu'aujourd'hui, en 2021, je vous dise le nucléaire n'est pas indispensable, ça veut dire qu'on coupe la moitié de nos ampoules, qu'on ferme la moitié de notre industrie. Donc, nous sommes un pays qui a fait des choix technologiques. C'est comme la réforme que je vous propose, que nous proposons avec le président de la République. Ça nous demande des choix, de la lucidité, de regarder l'avenir, d'être courageux.
Et donc, sur l'ensemble de nos sujets, nous devons avoir là aussi des hommes et des femmes prêts à affronter les défis du siècle qui vient, du siècle qui est d'aujourd'hui, de cette crise sanitaire d'où nous sortons. Et c'est donc une refondation positive pour les Français, pour notre pays.
Merci Amélie de Monchala. Il est 8h56. Vous êtes sur RMC et BFM TV.
Amélie de Montchalin