Affaire Benalla : Macron assume tout #cdanslair 25.07.2018
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 10 %Attaque 60 %Défensif 30 %
Questions et réponses
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- 1:26OuverteRéponse partielle
Est-ce qu'elle a été habile, cette sortie hier d'Emmanuel Macron, devant les députés de sa majorité uniquement ?
- 2:45RelanceRéponse directe
Sur la forme, Christophe Barbier, être devant les siens, c'est de ne pas prendre de risques, c'est de faire passer le message qu'on veut, non ?
- 4:23OuverteRéponse directe
Jérôme Fourquet.
- 5:46FerméeRéponse directe
François, vous avez bon mot. Plutôt habile cette sortie hier soir ?
- 8:03OuverteRéponse directe
Vanessa Chlaeser.
- 10:53ComplaisanteRéponse directe
Alors, six jours après l'éclatement de l'affaire Benalla, le président s'est enfin décidé à parler, une allocution d'une demi-heure, donc hier soir, devant les députés, on l'a dit, de La République En Marche.
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:18PrésentateurFait
« Emmanuel Macron a parlé et assuré qu'il était le seul responsable dans cette affaire Benalla. »
- 0:22PrésentateurFait
« Ça n'est pas la République des fusibles, a ajouté le chef de l'État. »
- 13:26PrésentateurFait
« Alexandre Benalla n'est pas mon amant dans mes références. »
- 11:40PrésentateurFait
« Alexandre Benalla, 300 mètres carrés, à l'Allemagne. »
- 11:42PrésentateurFait
« Alexandre Benalla n'a jamais gagné 10 000 euros. »
- 11:50PrésentateurFait
« Alexandre Benalla, lui non plus, n'a jamais été mon amant. »
- 12:02PrésentateurFait
« Alexandre Benalla, d'un jour, n'a jamais eu ses fonctions dans la durée. »
- 13:26PrésentateurFait
« Le seul responsable de cette affaire, c'est moi. Et moi seul. »
- 32:16InvitéFait
« Monsieur Benalla a touché, pour le mois de mai, son salaire intégral. »
- 38:03PrésentateurFait
« Donc, voilà, je suis votre chef, je ne me cache pas. »
- 38:29PrésentateurFait
« Emmanuel Macron a dit hier, c'est quand même étonnant que des gaullistes qui ont le sens de l'État chevillé au corps s'associent à l'extrême gauche ou à l'extrême droite pour mettre en difficulté le président de la cinquième. »
- 38:48PrésentateurFait
« Il y a une espèce de coalition des aigris et des battus qui se met en place pour me nuire à moi qui a comme ambition de transformer le pays. »
- 40:52PrésentateurChiffre
« L'opposition était inaudible, notamment les Républicains, qui étaient quand même un grand parti de gouvernement, est inaudible depuis un an, a disparu, il était à 8% dans les temps. »
- 41:10PrésentateurFait
« Macron avance là-dessus, l'assurance chômage, la formation professionnelle, l'immigration, etc. »
- 41:47PrésentateurFait
« M. Kraz, qui prête la main à Benalla pour taper sur les manifestants. »
- 41:56PrésentateurFait
« Tout le système s'est effondré. »
- 42:18PrésentateurFait
« Il y a quand même chez Macron la conscience que son système est fragile et qu'il faut peut-être mettre des gens un peu plus costauds à certains rouages. »
- 42:41PrésentateurFait
« Voilà, s'ils ne sont pas contents, qu'ils viennent me chercher, c'est moi. »
- 43:32PrésentateurFait
« Il y a eu des morts à l'Élysée. Il y a eu Félix Faure, c'était il y a plus longtemps. »
- 43:53PrésentateurFait
« L'Élysée avait transmis ces documents à la justice. »
- 44:36PrésentateurFait
« Si on peut sortir renforcé d'une telle histoire, c'est Édouard Philippe, qui lui n'était absolument pas concerné par l'affaire. »
- 46:13InvitéFait
« Les députés et les sénateurs ont été réhabilités dans un rôle de contre-pouvoir où on ne les avait pas vus depuis longtemps. »
- 46:50InvitéFait
« Dès le jeudi, une enquête était ouverte. Dès le vendredi, des mises en examen avaient été opérées. »
Temps de parole
- Présentateur66 %
- Invité24 %
- ?4 %
- Invité 23 %
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Bonsoir à tous. Emmanuel Macron a parlé et assuré qu'il était le seul responsable dans cette affaire Benalla. Ça n'est pas la République des fusibles, a ajouté le chef de l'État. Alors cette sortie peut-elle calmer les esprits alors que certains députés demandent à auditionner le chef de l'État ? L'affaire Benalla marque-t-elle un tournant dans le quinquennat d'Emmanuel Macron, mais aussi dans notre vie démocratique avec le recours à ces commissions parlementaires capables d'obtenir des auditions publiques ?
Et
c
'est
le sujet de cette émission de ce C'est dans l'air que nous avons décidé d'intituler ce soir « Affaire Benalla, Macron assume tout ». Alors pour répondre à vos questions SMS et Internet, nous avons le plaisir d'accueillir sur ce plateau Christophe Barbier. Vous êtes éditorialiste à L'Express en une de votre magazine cette semaine. Affaire Benalla, Macron sur le grill. Et puis je signale votre livre « La forteresse assiégée, les populismes contre l'Europe », c'est chez Plon. Nous accueillons Vanessa Schneider, vous êtes grand reporter au journal Le Monde, ainsi que pour M Le Mag. En une de votre journal aujourd'hui « Affaire Benalla, la riposte Macron ».
Nous accueillons Jérôme Fourquet, directeur du département d'opinion de l'institut de sondage IFOP, auteur du Nouveau Clivage, aux éditions du CERF. Et enfin François-Xavier Bourmeau, vous êtes grand reporter au service politique du Figaro, votre journal qui titre aujourd'hui « Affaire Benalla, Macron assume l'entière responsabilité ». Alors première question, est-ce qu'elle a été habile, cette sortie hier d'Emmanuel Macron, devant les députés de sa majorité uniquement ? Est-ce que ça, non pas d'éteindre l'incendie, mais de réduire l'intensité du feu ? Alors
c'était, on a envie de dire, il était temps. Déjà on l'a attendu très très longtemps, cette déclaration d'Emmanuel Macron, 8 jours. Je ne
suis
pas sûre que le public choisi était forcément adéquat, c'est-à-dire de le faire devant les siens, avec toute cette brochette de ministres derrière lui, puisque non seulement il n'avait aucun risque d'être questionné, d'être contredit, mais d'apparaître comme ça, entouré des siens, ça donnait un signal de forteresse assiégée. Après il dit « j'assume », donc le message, je pense que c'était ce que beaucoup de gens attendaient d'entendre. Il n
'a
pas pu s'empêcher de faire une dernière petite provocation, je les attends, qu
'ils
viennent me chercher, qui est un peu court de récré, petit cow-boy. Il fait de temps en temps ce genre de choses, c'est un petit peu la phrase de trop. Après j'imagine qu'on reviendra dans les détails
de ce qu'il a
dit, des attaques à la presse, et puis du détail de ce qu'il a expliqué.
Sur
la forme, Christophe Barbier, être devant les siens, c'est de ne pas prendre de risques, c'est de faire passer le message qu'on veut, non ? Oui, il était dans une posture de communicant. Il n'était pas interviewé, il n'était pas contredit, il n'était pas sur la défensive, il était devant un public conquis. Il communiquait. Il était temps en effet, et en même temps, il a été d'emblée le meilleur communicant de toute la majorité depuis une semaine. Ça a été un désastre à tous les niveaux, la communication.
Le porte-parole de la présidence, les responsables du groupe parlementaire, à part peut-être le président de l'Assemblée qui a fait ce qu'il a pu, et la présidente de la commission des lois, tout le monde a été balayé par cette affaire et a été renvoyé à ses études. Macron a montré hier que lui,
il
maîtrisait la communication. Un petit peu trop habile peut-être, parce que c'est bien, c'est courageux, ça a du panache de venir dire je suis le seul responsable, j'assume. C'est assez moderne de prendre toutes les rumeurs qui circulent sur Internet et de le tordre leur coup, jusqu'à dire Benalla n'est pas mon amant, c'est-à-dire venir sur le terrain de la vie privée et des rumeurs les plus nausées abondes. Mais encore faut-il que derrière, il réponde à toutes les questions. Quand il nous dit que Benalla n'avait pas d'appartement de 300 mètres carrés, certes, mais il y avait quand même visiblement un appartement qui lui était destiné. Et ça, ça pose un problème.
Sur le port d'armes, sur le badge pour l'hémicycle, sur la voiture, il ne nous donne pas de réponse. Donc son habileté était peut-être un peu trop fine,
un
peu trop de subtilité.
Vous
avez vu les coutures.
Ah
oui, on voit les coutures, et puis on voit aussi les contradictions. Parce que c'est le même président qui nous dit, j'assume, je suis le seul responsable, il n
'y a
pas de fusible dans ma République, et qui nous disait 48 heures plus tôt, j'ai demandé au secrétaire général de l'Elysée de me proposer une réorganisation de l'Elysée, c'est-à-dire mon cabinet dysfonctionne. Donc ça veut bien dire qu'il y avait des défaillances dans son entourage. Alors il y
a
des défaillances, il faut corriger, voire sanctionner, ou il n'y
en
a pas. Et donc il assume tout parce que tout le monde a fait son travail en dessous de lui. Là, il y
a
une contradiction. Jérôme Fourquet. Ce qu
'on
voit aussi, c'est que le moment choisi, il est peut-être bien, parce qu'il a peut-être fait un peu mariner les gens, mais on peut penser aussi qu'on attendait que la pression retombe un peu du côté de l'Elysée, que les premières éditions ont eu lieu pour lancer un petit peu la contre-offensive. On constate également que c'est à partir de ce moment-là que l'avocat de M. Benalla a aussi fait entendre son point de vue, que la vidéo du début des affrontements ou des événements de la place de la contre-escarpe est sortie. C'est-à-dire qu'on voit les deux jeunes gens lancer des verres contre les CRS, ce qui pourrait, non pas justifier, mais expliquer.
Qui
donne un contexte un petit peu différent, qui leur fait changer de statut.
Ils
ne sont pas simplement des badauds qui sont pris à partie par les forces de l'ordre ou les membres de l'Elysée, mais des gens qui étaient assez véhéments. Donc Emmanuel Macron, en choisissant ce moment-là, il essaye aussi, comme l'a dit Christophe Barbier, d'inverser un petit peu le cours des choses et de reprendre la main. Il a souvent dit qu'il voulait rester maître des horloges. Il a sans doute constaté avec ses collaborateurs que la pression politique et médiatique était trop forte dans la première séquence de la crise.
Donc il a laissé passer l'orage pour ensuite aller enclencher cette contre-offensive, qui là aussi est une contre-offensive pas forcément très risquée, puisqu'on jouait à domicile, ce n'était même pas des sympathisants ou des militants de La République En Marche, mais des élus. Et donc il n
'y a
pas eu la possibilité pour des contradicteurs
ou
des journalistes de le relancer sur les sujets qui fâchaient. François, vous avez bon mot. Plutôt habile cette sortie hier soir
?
Habile, il faudra en juger après en regardant les résultats. Est-ce que cette intervention vise à atteindre son objectif, qui est de réussir à tourner la page de cette crise ? En tout cas, cette intervention du chef de l'État, elle a été pensée en amont, dès dimanche soir à l'Élysée, et elle s'articulait autour de trois grandes étapes. La première, il fallait purger l'Assemblée nationale, qui était devenue le point de fixation de la crise, là où tout se passait, là où il y avait le spectacle quotidien de cette crise, avec les députés qui déambulaient dans les quatre colonnes et qui s'attaquaient à l'Élysée. Ensuite, le deuxième point, il fallait, pour l'Élysée, recontextualiser.
C'est ce qu'on a commencé à voir avec les images, que vous évoquiez, qui sont sortis pour remettre d'une part la scène de l'agression
dans
le contexte des Black Box et de la journée du 1er mai à Paris, et aussi, d'un autre côté, recontextualiser cette séquence pour Emmanuel Macron à l'international. Lui était en Australie, on y reviendra peut-être tout
à l'heure. Mais vous
dites que ça a été pensé, imaginé, dès dimanche soir, cette séquence, etc. Parce qu'on a l'impression hier que tout le monde était pris de court, personne ne savait qu'Emmanuel Macron allait s'exprimer ainsi devant les députés
de la République en marche.
Alors, Richard Ferrand l'avait invité déjà pour s'exprimer devant les députés de la République en marche, comme il l'avait fait l'année dernière, pour clore la session parlementaire. Donc la question était en suspens, et en fait, le mystère avait été maintenu sur cette visite d'Emmanuel Macron pour créer un effet de souffle, un effet de surprise jusqu'à la dernière minute. Les
députés étaient
surpris quand même, ils ne s'attendaient pas forcément à avoir...
Ça
commençait à circuler parmi certains députés. Juste, dernière chose, le dernier point de cette stratégie de contre-attaque de l'Élysée d'Emmanuel Macron, c'était justement de parler, c'était de donner à entendre la parole du chef de l'État, mais pas dans un cadre qui l'expose au risque de faire une Léonarda, si vous voulez. C'est-à-dire d'avoir dans la seconde qui
suit... Léonarda, donc, c'est l
'échange dramatique entre François Hollande. Donc c'est une contre-attaque d'Emmanuel Macron qui s'est construite en trois étapes au moment où...
Donc très pro, quoi,
vous dites.
En tous les cas, pensez.
Il y a vraisemblablement eu un peu d'ajustement dans les jours qui ont suivi la réunion de dimanche à l'Élysée. Mais en tout cas, la contre-attaque s'est bâtie au moment où l'opposition, les oppositions à Emmanuel Macron, commençaient à perdre un peu de carburant dans la critique du chef de l'État. Vanessa Chlaeser.
Non, l'Élysée essaye de nous faire croire que tout ça a été une stratégie très pensée, qu'il avait prévu
de parler ce jour-là,
que c'est le message que font passer, oui, les proches du chef de l'État. C'est pas comme ça que ça s
'est
passé. En réalité, Emmanuel Macron n'avait aucune intention de s'exprimer au début de l'affaire. Il pense que cette affaire va faire juste un petit peu de mousse et va nous occuper les uns et les autres quelques heures, au maximum quelques jours. Et l'affaire a pris une toute autre tournure. Il ne s'attendait pas du tout à ce qu'il y ait les commissions d'enquête parlementaires, qui ont été assez désastreuses, avec cet enchaînement d'auditions, de déclarations, parfois contradictoires, qui a à la fois embrouillé l'esprit de l'opinion, qui faisait douter de tout, qui favorisait évidemment l'émergence des rumeurs les plus folles
et les plus
insensées.
–
Pourquoi est-il allé dire hier soir, moi ça m'a surpris, « Alexandre Benalla n'est pas mon amant dans
mes références », ça a circulé
ça ?
Parce qu'il
réveille le souvenir de l'affaire Mathieu Gallet, là
? –
Alors là, pour le coup, c'est pensé, c'est assez habile. C'est une façon de nous discréditer, nous, journalistes, et le travail des médias en général, en mêlant des informations qui ont été révélées par la presse et des rumeurs de caniveaux, en l'occurrence, qui circulent ici ou là, ou d'autres choses qui ont pu circuler sur des sites parodiques.
–
C'est-à-dire qu'il met sur
le même point le fait qu'il a eu un appartement… – Il fait mine de
mettre sur le même plan, parce que j'imagine que lui-même fait bien la différence entre les rumeurs de caniveaux auxquelles personne ne croit ou pas grand monde, des choses qui ont été sorties dans des sites satiriques, comme le fait que M. Benalla ait possédé les codes nucléaires, c'était une blague d'un site qui a
été
repris en effet par un député peu attentif, mais bon, la plupart des gens qui l'ont lu ont compris que c'était une blague, et Emmanuel Macron fait mine de mettre toutes, à la fois, les informations, les rumeurs nauséabondes et des blagues sur le même plan pour discréditer le travail de la presse. C'est habile, mais ce n
'est
pas évidemment suffisant, et comme le disait Christophe Barbier,
il
y
a
des
points
très précis selon lesquels des explications devront être données. Donc,
pour
revenir à ce que je disais précédemment, je ne pense pas qu'il y ait eu de stratégie de la part de l'Élysée, Emmanuel Macron ne voulait pas parler, il a été contraint, acculé à parler, il ne le souhaitait pas, parce que l'affaire a pris une toute autre tournure, et que ce déballage parlementaire, à la fois au Sénat, à l'Assemblée nationale, la quirielle de révélation, les oppositions qui s'emparent de la thématique, l'ont poussé finalement à sauter la fin, ce qu'il espère être en tout cas la fin de l'affaire.
Alors, six jours après l'éclatement de l'affaire Benalla, le président s'est enfin décidé à parler, une allocution d'une demi-heure, donc hier soir, devant les députés, on l'a dit, de La République En Marche, une allocution en principe privée, mais
qui
a été filmée, et c'est donc bien évidemment retrouvée dans la presse, extrait de cette prise de parole, avec Victoria Rouxel et Michel Bouilly.
Beaucoup
se disaient pourquoi le président de la République ne parle pas.
D
'abord, on n
'est
pas obligé de parler tout le temps,
et
j'ai plutôt pris ce pli qui consiste à choisir les moments où je parle et à ne pas me les faire dicter,
et
je continuerai à procéder d'un certain nombre.
Alexandre Benalla
n
'a jamais détenu
le
code nucléaire.
Alexandre
Benalla, 300 mètres carrés,
à
l'Allemagne. Alexandre Benalla n'a jamais gagné 10 000 euros, Alexandre Benalla, lui non plus, n'a jamais été mon amant.
Alexandre
Benalla,
d'un jour, n'a jamais
eu
ses
fonctions dans la durée. Alexandre Benalla,
c
'est quelqu'un qui nous a accompagnés pendant la conférence, avec beaucoup de courage et d'engagement.
Et
c'est quelqu'un qui a permis, à un moment,
sortant de nulle part, n'étant protégé et aidé,
ce
qui est sans doute normal, ni par l'État, ni par les services publics,
il
était légitime d'avoir des gens qui organisent. les déplacements,
les
réunions publiques.
Il
a été engagé par le mouvement.
Il
m
'a
accompagné avec beaucoup d'engagement.
Et
quoi qu'il advienne,
et
quoi qu'il se passe dans cette affaire,
je
n'ai pas à oublier cet engagement, ou à ne pas me souvenir de
ce
qu'il a fait.
Il
s'est passé le 1er mai.
Et
grave. Sérieux.
Et
a été pour moi
une
déception.
Une
trahison.
Non,
il n'y a eu qu
'il
que ce soit protégé ou soustrait aux règles, aux droits de la République. Car c'est ce que nos concitoyens attendent de nous. Et s'ils cherchent
un
responsable,
dites
-leur, dites-leur chaque jour, vous l'avez devant vous. Le seul responsable de cette affaire, c'est moi.
Et
moi seul.
Qui
est au courant et qui a validé, c'est moi.
On
ne peut pas être chef par beau temps et vouloir s'y soustraire lorsque le temps est difficile. S'ils veulent un responsable, il est devant vous. Juste un mot, Vanessa Schneider, avant qu'on passe aux questions SMS. Vous vous étonniez du fait que c'était plutôt bien filmé. Ce n
'est
pas une vidéo téléphone
portable.
Oui,
c
'est peut-être un téléphone portable. En tout cas, c'est quelqu'un qui a l'habitude de l'utiliser et qui avait
prévu de
l'utiliser. Donc, oui, ces propos avaient évidemment vocation à être diffusés. C'était un faux huis clos.
Oui. Sur les photos de la scène qui circulent sur Internet, on voit que
c
'est une caméra qui filme le président. Donc, c'est quelque chose qui est très organisé.
C
'est comme le pognon dingue. Vous savez, on voyait Macron dans une réunion livrer son analyse sur les dépenses sociales. Tout ça,
c
'est des choses qui sont pensées. Quand ce n'est pas avant, comme c
'est
le cas ici, c'est juste après. Tiens, ça, c'est formidable. On a le son, on a l'image, on va la diffuser. Avec un protocole qui est un peu toujours le même. On organise une fuite de réseaux sociaux pour faire croire que c'est spontané. Puis après, on transmet une version un peu plus officielle, un peu plus léchée. Tout ça, c'est de la communication. Alors,
Macron, puisqu
'il
n'a pas
de papier, et on voit bien qu'il déroule les formules qu'il a ciselées pendant un certain temps. L'expression « je suis le seul responsable », dès la fin de matinée, elle tournait dans Paris. Donc, c'est bien que tout cela avait été quand même préparé. Non pas de manière stratégique, parce qu'en effet, ils étaient sur la défensive depuis quelques jours et ils couraient après les événements. Mais dans l'urgence, quand même, dans les dernières heures, il y avait un seul pompier qui pouvait en partie éteindre l'incendie, c'était Macron. Et il y est allé. Oui, mais il dit « je suis responsable
». Et
alors, c'est le sens d'ailleurs de la question SMS. Emmanuel Macron se dit « le seul responsable, est-ce pour étouffer l'affaire, pour l'interrogation ? »
De
toute façon, il ne risque rien. N'est-il pas intouchable ?
Ah ben,
c
'est toute la question. Ça a un certain panache de dire « je suis responsable ». C'est assez rare, il faut le souligner quand même, c'est rare que les hommes politiques disent « je suis responsable de quelque chose ».
En
général, ils ajoutent « mais pas coupable » derrière.
Oui, mais
c'est quand même très rare. On le fait quand on est acculé, et le moins possible. Et là, il retourne la situation à son avantage, en effet, en disant « je suis responsable » et quelque part, c'est « vous voulez me piéger, c'est moi qui vais vous piéger ». Et quand il dit « je les attends », il sait très bien, Emmanuel Macron, qu'il ne peut pas, alors même s'il y a un débat chez les constitutionnalistes, qu'il ne peut pas, ou extrêmement difficilement, être auditionné par les commissions, à l'Assemblée nationale ou au Sénat. Il sait que personne ne peut le contraindre à répondre à des questions extrêmement précises. Donc, il y a du jeu là-dedans, évidemment.
Je pense que vous avez des bons mots. Oui, et ça renvoie à ce qui s'est passé il
y a
à peu près un an, quand il va faire son discours à l'occasion du 14 juillet et qu'il explique aux militaires « je suis votre chef ». Là, on voit qu'il bombe le torse un peu de la même façon. Ça renvoie aussi à ce que disait Chirac sur
«
un chef,
c
'est fait pour cheffer ». Il est devant ses troupes et il se pose en chef, c'est-à
-dire
responsable, il assume. Mais effectivement, derrière la constitution, il y
a
un débat de constitutionnalistes qui s'est ouvert pour savoir s'il pouvait témoigner devant les commissions d'enquête parlementaires. Vraisemblablement, si Emmanuel Macron décide de ne pas y aller alors qu'il est convoqué, il n'ira pas. Là, ils invoquent en ce moment le principe de séparation des pouvoirs pour quand même expliquer que tout ça ne
se passera pas. Parce qu'un chef
de l'État n'a pas pénétré l'Assemblée nationale, n'a pas l'exécutif et séparé du législatif.
Oui, ce qui est de moins en moins vrai, mais
la constitution, ce n'est pas le gouvernement. C'est
une des contradictions, d'ailleurs. Si on rapporte ça à ce qu'il déclare il y a à peu près deux semaines devant le Congrès, en expliquant, voilà, maintenant, je vais pouvoir venir tous les ans vous répondre dans le cadre de mon intervention.
Parce qu'au Congrès, on a bien
le chef de l'État devant les députés. Voilà, mais ça,
c
'est une réforme
de...
Jusqu'à aujourd'hui, le chef de l'État, au Congrès, une fois qu
'il
a
parlé, il s'en va.
C'est dans la Constitution. Et Macron a proposé, et ça a été fait dans la foulée, qu'on change pour qu'il puisse rester, écouter ce que les groupes parlementaires ont à lui dire et éventuellement, même, leur répondre. Alors, ce qu'on peut faire au Congrès...
Ça ressemble à une édition, pardonnez-moi.
C'est plus un dialogue ou un débat au Congrès qu'une audition, avec des questions presque comme dans un interrogatoire de police. Et là, vous êtes sommé de répondre en jurant de dire la vérité, toute la vérité. Au Congrès, comme dans toute enceinte politique, vous n'êtes pas obligé de dire la vérité. Il est même parfois recommandé de ne pas la dire et on ne peut pas vous poursuivre pour les propos que vous avez tenus dans l'hémicycle. Mais toutes les barrières sont en train de tomber. Parce qu'il
y a
une règle aussi qui veut que quand il y a une enquête judiciaire, on voit bien qu'aujourd'hui,
on
a à la fois une enquête judiciaire et deux commissions d'enquête à l'Assemblée et au Sénat. Avec certains députés qui disent qu'il
faut
qu'on auditionne Benalla. Il va sortir du cabinet du juge d'instruction et il va aller à l'Assemblée dire devant les caméras de télé ce qu'il a dit sous couvert du secret dans le juge d'instruction. C'est quand même un peu compliqué. Les commissions d'enquête sont maintenues. Elles l'étaient déjà dans l'affaire Cahuzac ou dans l'affaire Tapia-Dizas, alors qu'il y avait la justice qui s'en était saisie sous divers régimes. Et donc, on est dans un moment de confusion des pouvoirs.
Alors
Montesquieu parlait toujours de l'équilibre des pouvoirs plus que de leur séparation. Comme si parfois, il pouvait y avoir des échanges, des rencontres, pourvu que ça participe du bon équilibre de la démocratie. Est-ce qu'on peut considérer que pendant que le juge enquête sur l'affaire Benalla, il est bon que la commission d'enquête parlementaire pose des questions devant le grand public avec caméra de télé ? Est-ce qu'on peut considérer qu'il est bon pour la démocratie que Macron, sans être traité comme un repris de justice, réponde à la commission d'enquête ? S'il ne peut pas aller dans l'hémicycle, ou à la commission des lois ? Que la commission des lois vienne à lui.
Que le bureau de la commission, ou bien le rapporteur, Yom Larivé et la présidente, Yael Broun-Pivet, aillent à l'Élysée avec une liste de questions. Macron pourrait transformer sa provocation qu'il vienne me chercher en courage. Je vous invite, allez, venez à l'Élysée mardi matin
avec toutes les questions.
Chiche, chiche.
Il y a
beaucoup de députés qui...
Il ne s'agit pas d'aller le
chercher avec un panier à salade, mais peut-être qu'il pourrait soit recevoir, soit accepter de répondre par écrit à une liste de questions. Puisqu'il n'a rien à cacher, puisqu'il est responsable, qu'il soit dans des conditions confortables, parce qu'il ne s'agit pas de transformer ça en jeu de massacre, que le président de la République s'associe au travail de transparence des parlementaires, sans pugnacité. Il ne
s
'agit pas de mettre Macron face à Marine Le Pen ou face à Jean-Luc Mélenchon, qui font de la politique politicienne avec une affaire et une commission d'enquête. Et c'est leur droit. Mais on comprend que le chef de l'État veut se préserver de cela. C
'est une
cartouche qui peut se réserver et finalement que ça se retourne en sa faveur. Oui, l'opinion trouverait ça courageux d'avoir un Macron qui reçoive Guillaume Larrivé et Yaël Braun-Pivet, les deux animateurs de la commission d'enquête, pour répondre à des questions sans caméra, pour que ça ne
se
transforme pas là aussi en spectacle.
C'est tout de
même
assez peu probable.
C'est peu probable. Mais
on ne sait jamais comment peut tourner cette affaire. Et puis on peut penser peut-être qu'après la commission d'enquête, il accepte un dialogue et qu'il accepte de répondre. On verra bien. De toute façon, un jour ou l'autre, Macron va se retrouver dans une interview télévisée. Et il y aura des questions sur l'affaire Benalla. Il n'y coupera pas. Il n'y coupera pas. Jérôme Fourquet. Il y
a
quand même une autre dimension.
C
'est que dans les propos qu'il a tenus,
il
a dit « je suis responsable devant les Français
».
C'est-à
-dire
que quand les Français vous demandent, à vous députés, dites-lui, dites-leur, le responsable, il est là, il est devant vous. Et quelque part, il en jambe, il passe au-dessus des parlementaires en disant « moi si j'ai des comptes à rente, c'est uniquement avec le peuple souverain et pas avec vous parlementaire ». En ça, il renoue quand même avec les fondements de la cinquième. Donc il se représidentialise de cette manière-là. Ça lui fait aussi gagner du temps. Parce que bien évidemment, quelque part, se dire « les Français seront les seuls maîtres et les seuls juges », ça vous renvoie aux prochaines élections.
– Alors, il a aussi dit dans son discours « pas de fusibles, ça n'est pas la République des fusibles ». Il a dit « je ne donnerai pas de tête
». Ce
qui veut donc dire que cette affaire Benalla va se terminer de sa belle mort, j'allais dire. Et bon, il y aura des réorganisations, mais il n
'y
aura pas de démission à la clé. – Alors,
il
y a une gestion du temps, là, on voit bien. Emmanuel Macron sait qu'on arrive dans l'été, les Français sont déjà partiellement partis en vacances, d'autres vont partir en vacances. Donc il s'agit aussi, avec cette intervention, d'essayer de clore l'affaire. Ce qui n'était pas le cas la semaine précédente, avec cet enchaînement d'auditions et de commissions et de rebondissements. Donc il y a une gestion du temps où il s'agit en effet de mettre fin en se disant « bon voilà,
j
'ai parlé, tout le monde a parlé, en gros, on part ». Quand il dit « pas de fusibles », je pense que c'est une remarque qui peut être entendue favorablement de la part de l'opinion publique, qui a souvent l'impression qu'on désigne des coupables qui ne sont
pas forcément
ceux qui portent la réelle responsabilité des faits. Donc
Emmanuel
Macron n'a pas envie de se séparer
de
Gérard Collomb, son ministre de l'Intérieur,
pour
tout un tas de raisons, parce que Gérard Collomb est un des poids lourds de la campagne et du gouvernement, que ce gouvernement n'a pas énormément de têtes d'affiches qui ont ce curriculum vitae à afficher, et que Gérard Collomb est responsable par ses fonctions de sujets brûlants comme le terrorisme, donc on ne bouge pas un ministre de l'Intérieur
comme ça. Il a perdu quelques plumes quand même. – Ça n'est plus l'homme le but renseigné de France. – Oui,
mais visiblement, il s'agit en tout cas de le protéger. Qui aurait pu sauter sinon ? Le préfet de police. Cette affaire a jeté un trouble au sein de la police. On l'a bien vu, il y
a
eu des remous, des déclarations contradictoires, donc il s'agit pour Emmanuel Macron aussi d'apaiser de ce côté-là. On se souvient de ses relations tumultueuses avec les armées.
Il
ne
s
'agit pas d'ouvrir un front avec les forces
de
l
'armée. C'est une décision qu'il ne regrette pas, mais il sait qu'elle a été quand même diversement appréciée. Donc refaire tomber des têtes, ça serait quelque chose de risqué. –
Je
pense
que vous avez bon mot. – Et elle est intéressante cette réflexion, cette phrase d'Emmanuel Macron sur le fusible.
–
Pas de fusible, qu'est-ce que ça veut dire au-delà de l'idée que le chef protège ses troupes ? Derrière, ça veut dire que depuis une semaine, la position de l'Elysée sur l'affaire Benalla n'a pas bougé d'un pouce. On en reste toujours à la déclaration de Bruno Roger Petit qui est « on a eu cette affaire, on l'a sanctionnée, fin de l'histoire ». C'est exactement ce que voulait le porte-parole de l'Elysée en faisant cette intervention, c'est-à-dire clore immédiatement le début de polémique. Sauf que ça s'est embrasé, ils avaient mal anticipé,
et
ça s'est déplacé sur l'Assemblée nationale. Mais quand il dit qu'il n
'y
aura pas de fusible, ça veut bien dire qu'au bout du compte, il ne
va
rien se passer. Le lampiste a payé, enfin le lampiste, le responsable. Alexandre Benalla a été licencié. Mais pas pour la vidéo, pour un fait qui a été commis après la révélation de cette vidéo. Donc l'Elysée n'a pas bougé de position depuis une
semaine. –
Pour
avoir
cherché à obtenir des vidéos auprès des militaires,
auprès
des policiers. – À quoi sert un fusible ? Ça sert à éviter que toute l'installation, tout le système grille. Et quand il y a une surtention dans un système électrique, le fusible est une protection. En disant qu
'il
n
'y a
pas de fusible, Macron dit à l'opinion, moi je peux supporter les tensions. Vous pouvez m'envoyer du 220, du 2000 volts, il n
'y a
pas de problème, je supporte les tensions. Il essaye de se re-jupitériser, si j'ose dire. La foudre c'est lui, et il est un paratonnerre qui peut supporter la foudre. Je ne suis pas sûr que, derrière l'aspect positif, en effet l'opinion peut trouver ça en effet courageux, je ne
suis
pas sûr qu'à terme, ça ne se retourne pas contre lui, parce que que va-t-on découvrir ? On ne le sait pas. On a quand même toute une série d'interrogations en suspens, que l'enquête, et probablement l'enquête judiciaire, parce que l'enquête politique de la commission d'enquête a ses limites, l'enquête judiciaire va peut-être mettre à jour des choses qui vont devenir plus ennuyeuses pour le président de
la
République. – Concernant cette affaire Benalla ? – Concernant cette affaire Benalla et concernant toutes les privautés dont Benalla a bénéficié. Est-ce qu'il y
a
eu des mails ? Est-ce qu
'il
y
a
eu des incidents ? Est-ce qu'il
y a
des gens qui, quand même, secouant l'esprit de cour, ont protesté, ont alerté leur hiérarchie
? – Ça commence à sortir
d
'ailleurs.
–
Parce que
s'il n
'y
a qu'un seul responsable, tout le monde est coupable. Des CRS sur le terrain qui n'interviennent pas pour empêcher Benalla de frapper, jusqu'aux gendarmes de l'Elysée, qui visiblement depuis des mois, en avaient assez de ce type qui leur donnait des ordres et qui leur parlaient mal. Il n
'y
en a pas un qui moufte. Il n'y
en
a pas un qui a le courage de dire à son chef, dans un rapport officiel, ou bien directement au président, ça ne va pas, il faut nous débarrasser de ce gars, il est dangereux, il dérape. – Personne n'ose, parce que quand vous avez la carte de visite Elysée, tout le monde se couche, comme au temps de Louis XIV. On est dans un système français où l'esprit de cour fait des ravages. François Ruffin vient de relire, pour le débat constitutionnel, Montesquieu. Et il me disait qu'il avait trouvé cette phrase dans Montesquieu, « L'esprit de cour dégrade l'être humain ». Et c'est à ça que nous assistons.
Nous assistons depuis le début de la commission d'enquête à des gens qui disent, « Ah, ce n'est pas moi ». Alors le ministre de l'Intérieur nous dit, « C'était l'Elysée qui devait gérer son collaborateur ». Le préfet de police dit, « C'était le ministère de
l
'Intérieur ». Le directeur de la police nationale dit, « Ah ben non, c'était le préfet de police de Paris. Je ne donne pas de leçon à mon collègue préfet de police ». Tout le monde, à la fois, se défaussait et restait avec des œillères. C'est ce système-là de fonction de Mitterrand.
– Cet esprit de cour,
vous ne l'avez pas revu
depuis
quand ? Il était comparable à quelle époque ?
– Mitterrand, c'était pareil. Les gendarmes de l'Elysée les
écoutent, c'était pareil. Et peut-être pire sur les faits commis, parce que Benalla, c'est inexcusable, mais avoir écouté des gens illégalement sous Mitterrand. –
Mais sous Hollande, par exemple, il y avait cet
effet de cour où il y avait moins de dérapages. – Hollande a peut-être de ce côté-là réussi son projet, être un président normal, mais il y avait perdu aussi beaucoup d'autorité. Et donc, est-ce qu'il n'en a pas payé à une autre rançon
? –
L'esprit de cour, il est inhérent à tout pouvoir. Il est peut-être plus fort sous
Emmanuel Macron,
puisque Emmanuel Macron a tenu à instaurer d'emblée un système extrêmement vertical, ce qui n'était pas forcément à la volonté de son prédécesseur. Donc, en créant un système comme ça, très vertical, où tout remonte à lui, où il décide de tout, forcément, tout remonte à lui, dont la responsabilité. –
Jérôme Fourquet
? –
Ce qu'on disait tout à l'heure, personne n'a protesté officiellement. Peut-être que certains policiers ou gendarmes ont fourni un certain nombre d'éléments à la presse. pour donner l'identité du monsieur qui se cachait sous sa visière, sans quoi, sans doute, les lignées de la presse n'auraient pas forcément remonté l'identité de ce monsieur. Donc ça, c'est aussi nouveau. C'est le seul contre-pouvoir. Quand la pression est trop forte, on cherche des dérivatifs. Et la presse est là également pour ça. Mais ce qui est intéressant aussi, c'est de voir ce que cette affaire nous dit du rapport d'Emmanuel Macron à l'État.
Puisqu'on a vu qu'il avait très fortement malmené les corps intermédiaires, les élus locaux, les syndicats. Alors maintenant, il essaye un petit peu de se rabibocher avec eux. Mais dans cette affaire Benalla, hormis la dérive individuelle de cet individu, qui avait sans doute le pouvoir qui lui était monté à la tête, il y avait la volonté de réorganiser le service de sécurité présidentielle et quelque part d'avoir la haute main depuis l'Élysée sur ce service présidentiel avec la possibilité pour Emmanuel Macron de placer des hommes à lui. Et donc ce qui interpelle aussi, on l
'a
vu avec le général de Villiers, c'est cette volonté d'Emmanuel Macron de tout contrôler, d'avoir des hommes qui soient parfaitement fidèles et liés corps et âme à leur patron. Il
avait
théorisé même, c'était le spoil system.
Voilà, à l'américaine. Et
donc, si on poursuit dans le parallèle, la volonté de créer un secret de service à l'américaine en lieu et place du GSPR français. Donc ça aussi, ça a sans doute contribué à renforcer cet effet de cour en disant, voilà, Macron place ses hommes et ses hommes sont tout puissants. Sur l'effet de cour, je parlerais peut-être plutôt d'un effet de corps. On a souvent dit que Emmanuel Macron avait conquis l'Élysée avec un commando, une équipe très resserrée autour de lui et dans une adversité record.
Et quand ces gens-là, donc l'équipe politique d'un côté, qui sont restés extrêmement proches d'Emmanuel Macron, et l'équipe de sécurité que dirigeait Alexandre Benalla sont arrivés à l'Élysée, ils ont eux-mêmes dit qu'ils avaient fait le casse du siècle. Et ils sont restés tous extrêmement soudés. Ils ont débarqué à l'Élysée. Quand vous faites le casse du siècle, vous découvrez le butin. Et ce butin, vous êtes un peu effaré. Et donc, certains se servent un peu plus.
C
'est plus un esprit de corps qu'un esprit de cour. Parce que ce ne sont pas vraiment des courtisans. Les courtisans viennent de l'équipe qui arrive après, le deuxième cercle.
Oui, mais on le voit bien d'ailleurs quand ils arrivent à l'Élysée. Forcément, je rebondis sur ce que disait Jérôme Fourquet, il y a un effet de... Ce sont des personnages qui sont détestés par les autres. Un Alexandre Bédala qui arrive, qui est jeune, qui n'est pas du serail, qui arrive dans la foulée du président élu et qui obtient un certain nombre de privilèges que certains attendent probablement depuis longtemps. Évidemment, ça suscite des jalousies, des détestations, des inémitiers et des dénonciations.
Alors, sans surprise, l'opposition aujourd'hui a vertement critiqué la prise de parole du chef de l'État hier. Objectif, maintenir la pression le plus longtemps possible sur le gouvernement en déposant par exemple une motion de censure Pierre Millet-Bellando, Gladys Laffitte et Mathieu Vibault.
Il
est 21 heures passées hier soir lorsqu'est diffusée la déclaration d'Emmanuel Macron.
Les
réactions ne tardent pas. Toute la soirée sur les réseaux sociaux, l'opposition se mobilise. Preuve qu'avec l'affaire Benalla, les politiques ne comptent plus leurs heures, qu'ils soient de gauche. Emmanuel Macron se dit seul responsable. Donc, des coups de Benalla, de son usurpation de fonction, de son rôle dans d'autres manifs, du court-circuitage de la hiérarchie policière, voire de police parallèle, chiche qu'il parle devant la commission d'enquête. Ou très à droite.
Qu
'il vienne me chercher. Macron, pas très fair-play quand la Constitution, ce que nous ne contestons pas, le protège précisément de toute obligation de rendre des comptes.
face
à Emmanuel Macron, un fonds commun, donc, est inédit. C'est comme si, pour l'occasion, les vieux clivages politiques n'existaient plus.
Quand c'est la démocratie qui est en cause, il n'est pas anormal de discuter, y compris avec des groupes qui ne sont pas familiers. Et puis après, chacun reprend sa propre identité, et sur des débats de fond, on sera forcément sur des positions différentes. Mais là, en l'occurrence, c'est bien la démocratie qui est en jeu. Et c'était la vérité que nous devions rechercher ensemble.
Une unité sûrement renforcée par cette nouvelle révélation de Patrick Stroda, directeur de cabinet d'Emmanuel Macron. Contrairement à ce qu'avait certifié l'Elysée, Alexandre Benalla avait bien été payé lors de sa mise à pied.
Monsieur
Benalla a touché,
pour
le mois de mai, son salaire intégral.
En
revanche,
les
15 jours de suspension
se
feront l'objet d'une retenue
sur
les droits à congé qu'il avait en reliquat au titre de l'année 2007.
Voilà
qui devrait attiser un incendie que l'exécutif a pourtant tenté d'éteindre dans l'après-midi. Face aux médias, Benjamin Griveaux, porte-parole du gouvernement, mais surtout cette fois-ci, d'Emmanuel Macron. Il ne faut pas confondre l'exemplarité et l'infaillibilité. Personne ne peut raisonnablement croire que personne ne ferait jamais d'erreur,
que nous
serions parfaitement infaillibles. C'est, je crois, ce qu'il a souhaité rappeler, ce qu'il a dit.
Et
il le garantit. Non, Emmanuel Macron n'ira pas en personne devant la commission d'enquête, ce qu'exigeait pourtant une partie des députés.
Je
n
'ai
pas bien compris. Monsieur Griveaux, c
'est
le porte-parole de l'Elysée. Il me semblait qu'il était au gouvernement. Donc une fois de plus, c'est la confusion des
genres
et de la séparation des pouvoirs. Donc je ne
vois
pas en quoi c'est lui qui répond à la place de monsieur Macron. Donc j'attendrai que
monsieur Macron s'exprime si on arrive à faire en sorte que cette commission lui demande de venir. Ça, c'est notre bataille.
Car
l'opposition veut prolonger le débat avec une arme parlementaire. La motion de censure portée par le groupe Les Républicains.
Cette
mesure qui permet en théorie de renverser le gouvernement devrait seulement le forcer à s'expliquer devant les élus.
Nous
déposons cette motion de censure, non pas pour faire tomber le gouvernement. C'est pertinemment qu'il ne tombera pas avec une motion de censure. Nous sommes minoritaires à l'Assemblée. Mais nous voulons qu'il vienne s'expliquer comment le Premier ministre a pu laisser une telle dérive se faire.
Pour
pouvoir être déposée, une motion de censure doit réunir 58 signatures. Un pari d'ores et déjà gagné pour le groupe Les Républicains qui compte 103 membres. Alors, question SMS. Quel est l'intérêt de proposer une motion de censure ? N'est-ce pas du temps perdu au détriment du travail de l'Assemblée
?
L'opposition a trouvé un os à ronger. Elle ne
va
pas le lâcher de sitôt. On voit en effet que l'opposition, qu'elle soit de droite, de gauche, d'extrême droite, d'extrême gauche, n'a jamais parvenu jusque-là à vraiment déstabiliser le gouvernement de quelque façon que ce soit. Elle est inaudible, soit par manque de leaders, soit par manque d'organisation. En tout cas, on l
'a
vu dans les débats successifs, elle a eu énormément de mal à se faire entendre. Donc, ce caillou dans la chaussure d'Emmanuel Macron, évidemment, tombe à point nommé au bout d'un an où l'opposition se rongeait les os à attendre ce qu'elle allait être la fenêtre pour attaquer. La motion de censure, ça fait partie des outils classiques de l'opposition. On sait généralement, pertinemment, qu'elle a assez peu de chances d'être votée.
Il faut qu'il y ait
une majorité des députés pour la voter et le gouvernement tombe.
C'est le moyen de montrer son opposition de façon un peu théâtralisée, mise en scène, où tous les groupes peuvent s'exprimer, où il y a des réponses du gouvernement et de refaire un débat politique.
C
'est une des façons,
je pense,
de prolonger encore. Donc, Emmanuel Macron voulait clore la séquence. Il va devoir attendre encore un tout petit peu.
Jean-Mefourquet. Pour compléter ce que Vanessa Cheniner vient de dire, les oppositions, parce qu'il faut les mettre au pluriel, jusqu'à présent, c'était opposé au gouvernement, mais dans des sens opposés. On le voit par exemple sur la loi Asile-Immigration. La droite estimait qu'on n'allait pas assez loin. Et la France insoumise, qu'on était déjà beaucoup trop loin. Ce
qui est très
pratique. Voilà.
Et
donc, ça servait. Ces oppositions contradictoires servaient pleinement le projet macronien en disant, voilà, vous avez les deux extrêmes qui s'affrontent. Et nous sommes le point d'équilibre de la société française. Là, pour la première fois, toutes les oppositions peuvent converger ensemble sur la même critique.
C
'est ça qui fait mal, premièrement. Néanmoins, je pense qu'Emmanuel Macron compte aussi, et sa majorité, sur le sens où la petite musique qu
'il
y a derrière la question de votre téléspectateur, en disant, est-ce qu
'il
n'y
a
pas maintenant des choses plus importantes à s'occuper que de prolonger la guéguerre politicienne, même si on ne pense pas moins de la gravité de cette affaire, en disant, voilà, on est un peu dans le théâtre classique, avec une motion de censure dont on sait qu'elle ne va pas aboutir, alors qu'il y a beaucoup de pain sur la planche et qu'il faudrait peut-être maintenant se remettre au travail. Je pense aussi, dans le choix du moment d'intervention d'Emmanuel Macron, qu'ils estiment que le vent est peut-être un petit peu en train de tourner, pas forcément complètement en leur faveur, puisque ça va avoir des dégâts sur l'image du président de
la
République, mais sur une espèce de phénomène de lassitude d'une partie des Français.
Ce qui
serait intéressant, c'est de voir non seulement ceux qui votent la motion de censure, mais surtout ceux qui la signent, qui la déposent. Est-ce qu'on aura sur le même texte la signature de Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon, Christian Jacob et Olivier Faure ? Ce sera intéressant de voir si toutes les oppositions acceptent de se retrouver sur le dépôt de la motion de censure. Et ensuite, Macron, en parlant hier à ses députés, il était en terrain conquis, en tout cas confortable, mais il y
a
eu quand même quelques fausses notes parmi les députés. Il y a des députés en marche qui ont dit, « On n
'a
pas été élus pour ça. Le Nouveau Monde, ce n'était pas Benalla. »
Et
donc, ceux-là vont peut-être un peu grogner. En tout cas, il faudra voir s'il n
'y a
pas des abstentions du côté de la majorité. Vous les avez sentis un mot mal à l'aise, d'ailleurs. Les ministres étaient hier en randonnion derrière le chef de l'État, quand il s'est exprimé face aux députés. Ils étaient tous là derrière
?
Ils ont rigolé aux blagues. Hier,
ça allait. La semaine dernière, ils étaient dans leurs petits souliers. C'était aussi le but
de cette réunion. C'était aussi de redonner du tonus à l'équipe gouvernementale et aussi à la majorité parlementaire. Donc, voilà, je suis votre chef, je ne me cache pas. Et donc, je vous demande maintenant d'en faire autant et de repartir à l'assaut. Ce qui est intéressant sur le fait de savoir si toutes les oppositions vont signer cette motion de censure, c'est que ça permet à Emmanuel Macron de réentonner cette opposition entre l'Ancien Monde et le Nouveau Monde. Parce que, justement, avec l'affaire Benalla, les oppositions et la presse ont eu beau jeu de dire, «
Mais
regardez, on retombe dans les turpitudes du passé, donc la promesse d'un nouveau monde est nulle et non avenue. » Et
là,
Emmanuel Macron a dit hier, c'est quand même étonnant que des gaullistes
qui
ont le sens de l'État chevillé au corps s'associent à l'extrême gauche ou à l'extrême droite pour mettre en difficulté le président de la cinquième. Et donc, on essaye là aussi de dire, voilà, il
y a
une espèce de coalition
des
aigris et des battus qui se met en place pour me nuire à moi qui a comme ambition de transformer le pays.
François
-Xavier Bourmeau. Oui, et à l'Élysée, ils attendent ça avec gourmandise, d'ailleurs, de voir qui va voter cette motion de censure. Parce que rien qu
'à
la perspective de voir Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon, Olivier Faure et Christian Jacob main dans la main pour la voter, ils se régalent, effectivement. Ça souligne que la coalition des oppositions, en fait, est baroque et qui a en fait eu dans cette affaire un effet de rage de la part d'opposants politiques qui, depuis un an et demi, n'arrivent pas à accrocher Emmanuel Macron sur quoi que ce soit. Que ce soit Jean-Luc Mélenchon dans la rue, que ce soit la droite dans l'hémicycle, rien n'a jusqu'à présent accroché sur Emmanuel Macron. Ils se sont tous rués sur cette affaire en pensant enfin tenir un angle d'attaque. Et qu'est-ce qui leur arrive ?
Eh
bien, ils se retrouvent, Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen, ensemble, à voter une motion de censure.
C
'est baroque et l'Élysée compte sur ce... Enfin, qu'ils votent ce texte ensemble pour faire apparaître ces contradictions.
Oui.
Cette motion
de censure, elle peut avoir aussi pour effet de ressouder cette majorité parlementaire qui a un peu... Elle n'a pas tangué, mais elle a été prise de doute. De doute, évidemment, par rapport en premier au comportement de
M.
Benalla,
mais
aussi parce que les déclarations contradictoires, le silence d'Emmanuel Macron, les ministres qui ne se sont pas forcément exprimés tout de suite ou en tout cas de la meilleure façon qui soit. Donc, cette majorité était un peu prise par le doute, ne savait pas comment répondre aux questions. Un député, il rentre en circonscription le week-end, évidemment, lui a parlé de quoi ? De l'affaire Benalla. Tout le monde parlait de l'affaire Benalla aux députés. Donc, il n'avait pas forcément les outils pour répondre. Donc, cette motion de censure peut avoir pour effet, du point de
vue
de la majorité, de recréer une cohésion autour du président de la République.
Et à l'inverse, est-ce que cette affaire Benalla marque... L'opposition était inaudible, notamment les Républicains, qui étaient quand même un grand parti de gouvernement, est inaudible depuis un an, a disparu, il était à 8% dans les temps. Est-ce que ça peut être le réveil de la droite qui pourrait se refaire une virginité ? Ou est-ce que vous pensez que... Une protestation ne fait pas un programme. Alors là, ils protestent, et ils ont des raisons, parce que cette affaire est purement scandaleuse, dans un cocktail en effet politique qui n'a pas que du confort. Mais à l'automne, les Français vont attendre les idées de M.
Wauquiez sur la réforme des retraites, parce que Macron avance là-dessus, l'assurance chômage, la formation professionnelle, l'immigration, etc. Et donc, l'opposition ne pourra pas se reconstruire sur cette affaire Benalla. Mais elle a pu en effet revenir dans le débat, réexister, grâce à Benalla. Grâce à Benalla, et grâce aussi à l'effondrement du système En Marche. Les ministres, aux abonnés absents la semaine dernière. Le porte-parole de la présidence, en ce que vous avez l'a dit, un échec. Le secrétaire d'État des relations avec le Parlement, Castaner, qui se trouvait être, aïe, c'était peut-être une erreur, président du parti,
c
'est-à-dire employeur de l'autre, qu'on voit sur les images, M. Kraz, qui prête la main à Benalla pour taper sur les manifestants. Donc il était un peu embêté, l'employeur d'un des suspects qui se retrouvait à devoir aller au Parlement, où on ne
l
'a d'ailleurs pas beaucoup vu. Tout le système s'est effondré. Même François de Rugy a dû concéder la commission d'enquête et la publicité des débats. Et pourtant, lui, il a à peu près tenu la route. On a vraiment l'impression que, dans En Marche, quand tout va bien, tout le monde brille. Et quand ça va mal, il
n
'y
a
que Macron qui tient à peu près la route. Et ça, c'est une vraie alerte. Et quand on entend Griveaux, cet après-midi, nous dire « À la rentrée, on annoncera des changements ». C'est bien la preuve que derrière le côté « il n
'y a
pas de fusibles, il n
'y a
pas de lampistes ». Il y a quand même chez Macron la conscience que son système est fragile et qu'il faut peut-être mettre des gens un peu plus costauds à certains rouages. Les électeurs d'Emmanuel Macron ne pourraient pas avoir la tentation de retourner dans leurs anciennes écuries, c'est-à-dire chez les Républicains ou au PS ? C'est l'ambition de l'opposition.
Donc
on verra ce qu'il lancera. Mais c'est un petit peu le pari et le défi qu'Emmanuel Macron leur a lancé en disant « Voilà, s'ils ne
sont
pas contents, qu'ils viennent me chercher, c'est moi ». Et donc seuls les Français seront juges. Donc on verra, notamment dans les prochains jours quand d'autres sondages viendront être publiés, qu'elle est déjà, ce sera une première indication, l'évolution de la cote de popularité d'Emmanuel Macron dans son propre électorat ou dans ceux qui l'ont rallié en cours de route.
On
avait l'air de dire que cette affaire était sur la phase descendante, que peut-être d'ailleurs que la motion de censure qui sera rejetée lundi pourrait d'une certaine façon clore, d'autant qu'après c'est des vacances. Néanmoins, là, on apprend en ce moment qu'il y
a
une perquisition du bureau de M. Benalla. Jusqu'à présent, rien n'exprime. Mais c'est à l'Élysée. C'est le bureau de Benalla à l'Élysée. Donc il y a une perquisition à l'Élysée en cours en ce moment. – C'est quand même normal. Le juge d
'instruction,
il va chercher à savoir si Benalla est allé sur le terrain en ayant vraiment une autorisation. Est-ce qu'il l
'a
demandé par mail ? Tout ça, c'est dans son bureau, dans son ordinateur. Alors évidemment, c'est assez inédit de voir pendant la Vème République une perquisition. Il y
a
dû avoir des actions de la justice au sein de l'Élysée. D'abord, il y a eu des morts à l'Élysée. Il y
a
eu Félix Faure, c'était il y
a
plus longtemps. Mais au moment de la mort de François de Gros-Souvre, il y
a
eu une enquête sur ce suicide. Il y
a
eu aussi, au début du mandat Hollande, rappelez-vous, une demande par la justice de pièces, de documents concernant des volets de l'affaire Sarkozy. Et l'Élysée avait transmis ces documents à la justice. Donc c'était, si j'ose dire, une espèce de perquisition par courrier. Et Sarkozy avait protesté en disant que ces documents n'auraient plus dû être à l'Élysée, ils auraient dû être versés aux archives nationales. Il y avait eu tout un débat. D'ailleurs, on retrouvait au cœur de ce débat, attaqué par les sarkozistes, le commandant Bio Farina, qui est encore là en poste à l'Élysée. Donc vous voyez, ce n
'est
pas la première fois que la justice a des choses à demander à l'Élysée et les obtient. Est-ce qu'on peut, ou c'est un peu tôt, déjà dresser un bilan de cette affaire, qui n'est pas vieille, qui n'a qu'une seule, est-ce qu'il
y a
des gagnants et des perdants ? Je ne
sais
pas, on pense à Gérard Collomb, on disait qu'il a peut-être perdu quelques plumes, même si Emmanuel Macron veut le garder. Évidemment, la macronyme, est-ce qu'il y
a
des gagnants, des contre-pouvoirs, je ne sais pas ? Il y
a
peut-être un seul qui a paru renforcé, si on peut sortir renforcé d'une telle histoire, c'est Édouard Philippe, qui lui n'était absolument pas concerné par l'affaire, ça se passait à l'Élysée, se voit interpellé par l'Assemblée nationale et répond aux questions du gouvernement, en personne, à toutes les questions, un par un. Applaudi par les députés, debout. Oui, mais bon, là,
il y avait
vraisemblablement eu des consignes, mais il se sort bien de
l
'exercice, il se sort bien de
l
'exercice et il accepte, après tout, de prendre sur son dos une motion de censure en plus, alors que lui, pour le coup, là, il n
'est
vraiment pas du tout dans l'histoire.
Dans
le film. Oui,
je suis assez d'accord
avec ça. Édouard Philippe, c'est vrai qu'il a tenu pendant une heure avec un feu roulant de questions venant partout. On voit qu'il a fait preuve de solidité dans ses réponses, s'il n
'a
pas semblé désarçonner. À la fois, il a défendu l'Élysée tout en répondant le plus précisément possible aux questions. Sinon, qui peut sortir gagnant ? Vous évoquiez les contre-pouvoirs. En effet, l'Assemblée nationale. L'Assemblée nationale qui est décriée, dont on dit que les députés ne servent à rien, l'Assemblée n'a pas de pouvoir. Dont
on devait réduire le nombre d'un tiers. Et
dont on va probablement réduire le nombre d
'un tiers. Vous croyez que ça va se faire
finalement
maintenant
? On verra bien. Et eux-mêmes, les députés, ceux plaignant, et notamment ces nouveaux députés En Marche qui découvrent un peu le système, de la faiblesse de leurs moyens d'intervention et de la difficulté avec laquelle ils ont de peser vraiment sur les décisions et même sur les lois. Donc là, avec ces commissions qui ont été mises en place, les députés et les sénateurs ont été réhabilités dans un rôle de contre-pouvoir où on ne les avait pas vus depuis longtemps. On voit que la justice fonctionne également.
Quand on regarde la chaîne et que la presse a fait son devoir, quand on regarde ce qui s'est passé chronologiquement, tout ça s'est fait à la fois avec régularité, enchaînement, et chacun a pris ses responsabilités. Il
y
a eu des révélations mercredi dernier du Monde. Dès le jeudi, une enquête était ouverte. Dès le vendredi, des mises en examen avaient été opérées. Des gardes à vue, puis des mises en examen le dimanche. Donc les contre-pouvoirs
ont bien fonctionné. Et ont bien fonctionné.
François-Xavier Bourbeau.
Je
dirais aussi que dans les commissions d'enquête, ça a mis en lumière des personnages qu'on ne voit absolument jamais, les hauts fonctionnaires, qui sont apparus comme des grands professionnels, des personnes assez carrées qui maîtrisent leur dossier, et qui sont plutôt précis sur les détails, même si, sur l'audition de Patrick Soutroda, il y
a
eu quelques zones d'ombre au départ. Enfin, en tout cas, les hauts fonctionnaires qui ont été amenés à témoigner, que ce soit dans la police ou dans les cabinets, sont apparus quand même plutôt carrés. On voit ça. On voit des professionnels répondre précisément à des questions précises. Et en même temps, on a vu l'ampleur du corporatisme. C'est-à-dire, dans cette haute fonction publique, tout le monde couvre tout le monde, tout le monde est solidaire face à une tempête où le peuple, ou ses représentants, exigent d'en savoir plus. Il y
a
quand même aussi un phénomène de défense de la machine. La machine est infaillible. Ça ne peut être qu'une dérive individuelle. Et ça, c'est tout de même un tout petit peu frustrant. Mais c'est vrai qu'il
y a
des conquêtes démocratiques. Par exemple, il
y
a dix ans encore, on disait, mais ce n
'est
pas seulement le président qui ne répond pas aux commissions d'enquête. C'est la présidence. C'est l'exécutif. L'Élysée est une sorte de bloc qui est nimbé de la protection dont profite le président lui-même. Maintenant,
c
'est fini. Désormais, tout collaborateur du président qui sera convoqué devra y aller. Quand on voit Alexis Collaire qui va aller au Sénat demain, le bras droit du président, ça veut dire que cette jurisprudence, désormais, elle va toucher tous ceux qui vont travailler l'Élysée. Alors, depuis lundi matin, la salle de la commission des lois concentre tous les regards, car c'est ici que se tiennent les auditions de la commission d'enquête de l'Assemblée nationale. Des auditions qui semblent intéresser les Français. Près de 800 000 téléspectateurs ont suivi l'audition de Gérard Collomb, par exemple, lundi. Alors, quels sont les pouvoirs de ces commissions d'enquête ? Que peut-on en attendre ?
Élément de réponse avec Jérémy Normand, Gladys Laffitte et Mathieu Vibault.
Des
députés quasi abasourdis devant l'effervescence que suscite leur commission d'enquête parlementaire.
Depuis
lundi, c'est dans cette salle qu'ils interrogent sous serment les personnages clés de l'affaire Benalla.
Des
auditions retransmises en direct devant près de 800 000 téléspectateurs.
Une
tribune inespérée pour une opposition revigorée.
Madame
la Présidente, si on veut commencer dans la sérénité, il faut que chacun d'entre nous soit installé correctement. Ce n
'est
pas sérieux.
Monsieur Gosselin ! Face aux réponses parfois évasives du ministre de l'Intérieur, les députés entendent bien profiter de l'événement, quitte à agacer les témoins auditionnés.
On
a l'impression que tout se passe à l'insu de votre plein gré.
Est
-ce que j'ai rencontré le Président de la République ? Oui, je l'ai rencontré ce week-end. Avons-nous parlé des faits le moins possible
?
La discussion est simple.
La
vérité, rien que la vérité. Les faits, rien que les faits. Mais difficile parfois d'éclairer les faits dans cette salle où les égaux politiques affleurent à chaque prise de parole. Et en premier lieu, entre les deux co-rapporteurs, respectivement En Marche et Républicain. Merci, Madame la Présidente et co-rapporteurs.
Je
voudrais maintenant en venir
au
terme. Excusez-moi, mon cher co-rapporteur. Je sais que vous avez beaucoup, beaucoup de questions à poser, mais je voudrais que cela puisse se faire avec l'accord des autres groupes parce que ça va nécessairement entraver. Je ne pense pas, Madame la Présidente, que nous perdions du temps en évoquant ces questions. Je regrette que ces demandes n'aient toujours pas été examinées par notre commission.
Et
donc l'audition, en effet, pourra avoir un caractère public. Une commission sous tension et pour cause. Ce sont les députés de l'opposition qui ont exigé sa création la semaine dernière. Un pouvoir de contrôle de l'exécutif, essentiel, selon le député Philippe Gosselin.
Il
ne
s
'agit pas de se substituer à la justice, c'est très clair. Chacun essaye, et je fais la même chose, chacun essaye de garder la distance supplémentaire sans s'auto
-persuader
de telle ou telle chose.
Moins
d'une semaine après les révélations du monde, l'Assemblée nationale a ainsi ouvert sa sixième commission d'enquête depuis le début de l'année. Une réactivité qui tranche avec la gestion de l'affaire Cahuzac cinq ans plus tôt.
Fin
avril 2013, les députés créent une commission d'enquête pour évaluer les responsabilités du gouvernement dans la gestion de l'affaire. Mais même sous serment, l'attitude de l'ancien ministre du budget agace les membres de la commission qui dénoncent une entrave au travail parlementaire.
Je
vous demande, M. Cahuzac, de bien peser vos déclarations car là, nous sommes sous le coup de la loi pénale, du faux témoignage. Ni l'ironie ni la menace ne me feront dire des choses dont je n'ai aucun souci. Je n'accepte pas, M. Cahuzac, que vous me parliez sur ce ton. Six mois plus tard, le rapport d'enquête ne donne lieu à aucune mesure. L'opposition dénoncera l'inefficacité de la commission. Avril 2006, deux ans après l'éclatement de l'affaire Doutreau et ses erreurs judiciaires,
la
commission d'enquête parlementaire rend son rapport après plus de 200 heures d'audition et 221 personnes entendues.
Un
rapport voté à l'unanimité, 80 propositions pour réformer la justice et en premier lieu la fin du juge d'instruction seul décisionnaire.
Donc
s'en est terminé non seulement du juge d'instruction seul, s'en est aussi terminé du juge d'instruction qui sort de l'école.
Mais
lorsque le gouvernement rend sa propre copie stupeur dans les couloirs de l'Assemblée, seules dix propositions sont retenues, l'opposition dénonce une réforme à minima.
Tout
ça est quand même dommage parce que la réforme de la justice mérite mieux
que
cette précipitation et ce travail bâclé.
Dans
l'affaire Benalla, la commission d'enquête de l'Assemblée s'est donné un mois pour faire la lumière sur les responsabilités.
Une
mission particulièrement délicate car les parlementaires ne peuvent tant piéter sur l'enquête judiciaire en cours actuellement.
Alors
justement, question internet, quelles peuvent être les conséquences des auditions de la commission d'enquête parlementaire
?
Il y a beaucoup plus à attendre
évidemment
de la part de la justice qui apportera des éléments très précis aux questions qui sont posées, à savoir qui est responsable de quoi, d'aimeler un peu l'imbruglio. Où elle est utile la commission d'enquête parlementaire ?
C
'était politiquement d'écouter les justifications des uns et des autres. Donc il s'agit d'un travail qui est assez complémentaire, je dirais.
Il
y a eu des dysfonctionnements à l'Élysée. Qui a donné l'autorisation à Benalla d'aller sur le terrain ? Qui a pris la sanction en en parlant à qui ? Comment tout le système de décision, débat, sanction s'est articulé ? Et ça,
ça
peut être intéressant de voir comment un cabinet, qui est en permanence sous tension, fonctionne ou dysfonctionne. Il y
a
eu aussi des dysfonctionnements dans tout l'appareil des forces de l'ordre. C'est-à-dire qu'entre le ministère de
l
'Intérieur, la préfecture de police, la gendarmerie, le GSPR, on se parle, on ne se parle pas, on s'échange les soucis. Et ça, ça n'a pas vraiment bien marché. Si la commission d'enquête arrive à obtenir des améliorations de ce fonctionnement-là, on n'aura pas perdu notre temps. Puis la commission d'enquête permet aussi de voir comment ça marche une commission d'enquête. Pour que justement, par rapport à Outreau ou à Cahuzac, ça soit plus utile à chaque fois la fois suivante. Normalement, en session extraordinaire, il n
'y a
pas de commission d'enquête. Il a fallu retrouver une ordonnance de 58 qui permet à la commission des lois de se constituer en commission d'enquête. Normalement, une commission d'enquête, c'est 30 personnes. Quand c
'est
la commission des lois, c'est tout le monde. Tout le monde peut venir poser des questions, même si on organise une sorte de bureau. Tout ça est peut-être à moderniser, à améliorer, à affiner, pour que ça soit plus rapide et plus efficace. Et puis, commission d'enquête, on les voit quand c'est des affaires spectaculaires comme Cahuzac ou Benalla, mais il y
a
eu une commission d'enquête sur les ravages du loup, il y
a
eu une commission d'enquête sur la canicule de 2003, et une commission d'enquête sur la vache folle. Lactalis, je crois, aussi. Lactalis, j'en passe, c
'est
des meilleurs. C'est aussi un système d'information sur des phénomènes de société.
Est
-ce qu'il n
'y a
pas… Parce qu'Emmanuel Macron dénonce le risque de voir ces commissions d'enquête s'ériger en tribunal populaire, et donc les députés devenir des juges. Vous parliez tout à l'heure de l'équilibre des pouvoirs chers à Montesquieu.
Est
-ce que là, il
n
'y
a
pas le risque de voir le Parlement prendre trop de pouvoir, aller contrôler l'Elysée et se prendre pour le pouvoir judiciaire ? Ah oui,
c
'est-à
-dire
que si par exemple Benalla va devant la commission d'enquête, on sera quand même dans une confusion totale. Il se retrouvera devant des députés qui lui poseront des questions, comme s'il se retrouvait déjà dans un tribunal correctionnel devant un juge. Là, il faudra quand même s'interroger sur ce qu
'on
est en train de faire.
Mais prise de pouvoir, on en est très loin. On en est très loin
de la prise de pouvoir du législatif sur l'exécutif, tout simplement parce que la commission d'enquête parlementaire n'a pas de pouvoir de sanction, d'aucune façon.
Le fait que ce soit en filmé, parce qu
'il
y
a
eu un débat huis clos ou filmé, alors on disait oui, mais alors quand on est filmé, on a des postures, on ne dit pas tout à fait la même chose. Même si c'est assez civilisé, je trouve, par rapport à l'Assemblée nationale, les échanges sont plus courtois, plus constructifs et moins dans l'opposition systématique. Est-ce que ce n
'est
pas propre à ces commissions d'enquête que d'être plus coopératifs dans la forme
?
Là, on n'est plus uniquement dans l'ajoute politicienne ou politique.
C
'est-à-dire que même si on n'est pas devant le tribunal, on est quand même censé dire la vérité. Et comme il
y a
une enquête judiciaire en parallèle, je pense que les principaux protagonistes, en tout cas ceux qui sont appelés à répondre aux questions, font quand même attention à ce qu'ils racontent.
Et puis on est sur la question que vous posiez du huis clos. On est dans une société qui demande de plus en plus de transparence. Ça aurait été incompréhensible, je pense, de la part de l'opinion, voire suspect, s'il avait été décidé que les débats se feraient à huis clos. –
Et cette affaire n'est-elle pas révélatrice aussi de la société de la transparence totale ? De la vidéo de Benalla à Place de la Contre-Escarpe… –
Des vidéos,
de toutes les vidéos.
– Jusqu'à aujourd
'hui, cette commission filmée, non ? – Vous avez des vidéos tournées par des passants, vous avez une vidéo tournée par un militant de la France insoumise, qui est là d'évidence pour manifester avec virulence. Vous avez les vidéos des caméras de surveillance, qui après font l'objet d'ailleurs d'une information judiciaire. Donc on est dans une société où tout est filmé. Ce qui d'ailleurs signe l'inconséquence totale de Benalla. Penser qu'ils pouvaient comme ça aller faire le coup de poing pour se faire plaisir et que ça passerait inaperçu, c'est vraiment, on n'aurait rien à comprendre au nouveau monde.
– Mais
c'est même inquiétant dans cette transparence totale. – Ça rend des services, ça permet de mettre à jour quelque chose qui est scandaleux, un collaborateur du président qui se retrouve à faire le coup de poing. Et transparence oblige, on l
'a
vu aussi ce collaborateur sur des photos où il fait du ski avec le président,
il
fait du vélo avec le président, c'est quand même aussi cette société la transparence.
–
Et si encore une fois, M. Benalla n'avait pas été reconnu sur les images, il n'avait pas été identifié par le monde, il serait toujours en poste actuellement à l'Élysée malgré les méfaits qu'il a commis.
–
Voilà, tout de suite, les questions Internet et SMS.
Alors
à quel moment Emmanuel Macron s'est-il senti trahi ? Le 2 mai dernier ou depuis cette semaine ? C'est vrai qu'elle a été l'oncle la trahison, non ?
–
C'est surtout le terme « employé » qui est… En fait, il le met sur un plan personnel,
il
ne souligne pas les dysfonctionnements ou le délit possible, il le met sur un plan personnel et ça rejoint… – Ce
qui s'est passé a été pour moi une
trahison, voilà,
c'est
ce
qu'il a dit. – Oui, oui,
comme s'il avait été personnellement, il parle de déception également, personnellement déçu et trahi, il le met sur en effet un plan personnel, ce qu'on a rappelé tout à l'heure, c'est-à-dire cette bande qui a accédé au pouvoir et où les liens interpersonnels étaient extrêmement forts. Mais là,
il
ne
s
'agit pas de déception personnelle, il s'agit de délits et de fautes graves qui ont été, en tout cas, pas suffisamment sanctionnées.
– Il s'est peut-être senti déçu le 2 mai, donc suspension, et puis trahi le 18 juillet quand il
y
a l'histoire des bandes vidéo qui circulent et donc licenciement, mais ça ne tient pas bien comme explication. – François-Xavier Bormo, vous l'y achetez ?
–
Oui, le 2 mai, il est en Australie en train de bâtir un axe Paris-New Delhi-Canberra pour contrer l'hégémonie chinoise dans la région et le 3 ou 4 mai suivant, il est sur l'île d'Ouvéa pour un déplacement extrêmement compliqué. On l'imagine mal se sentir trahi et déçu à ce moment de tension-là. Et on voit bien que la déception date plutôt de la publication par le monde de l'identité de Benalla.
–
Va-t-on vers une hyper-présidence à l'américaine
? En
tout cas, ces commissions d'enquête, c'est très américain ça, où les parlementaires sont très sévères et traduisent les patrons de Facebook, etc. – Oui, mais donc du coup, ça ne va pas dans le sens d'une hyper-présidence à
l
'américaine.
–
C'est
plutôt une
parlementaire,
un système parlementaire. – Voilà,
congrétisation peut-être à l'américaine. Mais donc on voit qu'effectivement, il y
a
une bataille aussi sur l'équilibre des pouvoirs, ce qui était une certaine habileté de la part de l'opposition, c'était de faire le lien entre cette affaire Benalla,
ce
qu'elle révèle du mode de fonctionnement politique d'Emmanuel Macron, et la réforme de la Constitution. en disant, attention, mesdames et messieurs, la majorité vous a vendu la réforme de la Constitution comme juste un régime minceur pour diminuer de 30% ou de 40% le nombre des parlementaires. En fait, ça va bien au-delà, il y a toute une modification de l'équilibre des pouvoirs, et sous-entendu, on va vers un renforcement du pouvoir présidentiel, ce qui n'est pas sans danger, quand vous voyez aujourd'hui les turpitudes qui peuvent exister à l'Élysée, si on reprend le vocabulaire de
l
'opposition. – En tout
cas,
c'est ce que disait Vanessa Schneider avec cette affaire, peut-être que le Parlement a sauvé sa peau, en disant, vous voyez, nous sommes un contre-pouvoir
utile… – Il a montré son utilité. – C'était l'idée qui vous
monte à la tête. – Ça a déjà retardé au moins quelques jours les débats sur la réforme constitutionnelle, et ça va rendre sans doute plus difficile un compromis avec la majorité de droite au Sénat sur un certain nombre d'arbitrages.
–
Qu'il vienne me chercher, président de la République ou caïd de banlieue ?
– Un
petit côté Sarkozy dans cette assertion, un peu comme Sarkozy avait dit à un pêcheur quand il était sur le terrain, « Descends,
c
'était un homme ». Il y a un côté caïd de banlieue, mais qui est devant son clan, qui est devant sa meute de député, donc on peut comprendre qu'il est ce langage-là. Et puis, si ce n
'est
pas un lapsus, un dérapage verbal, une boulette,
ça
veut dire que ça a un sens, qu'il vienne me chercher. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire, présentez-vous contre moi en 2022, et on verra si M. Mélenchon, Mme Le Pen, peuvent me battre. Ou bien,
est
-ce que ça veut dire, transmettez-moi des questions, proposez-moi un mode de dialogue pour que je vous dise, en tant que responsable de ce qui s'est passé,
pourquoi on
a eu raison de la sanction du 2 mai, on a eu raison de la sanction du 19 juillet, etc. Permettez-moi de me faire entendre par mes explications, mais sans me convoquer comme un repris de justice devant votre tribunal politique. Peut-être qu'il y avait là un message subliminal. Ça donnait plutôt l'impression d'être dans l'ivresse de la soirée. –
Et puis, on ne sait pas, il y
a
une ambiguïté sur le « il ». À qui s'adresse-t-il ? Est-ce que ce sont les médias qui viennent me chercher ou est-ce que ce sont les parlementaires ? C'est deux choses très différentes. En tout cas, on sent dans cette formulation et dans le « il » que ce ne sont pas des gens, dans les deux cas de figure, qu'il tient en haute considération.
– Chaque fois qu'Emmanuel Macron utilise des expressions familières comme ça, c'est pour s'adresser, faire passer un message derrière. Il y avait les feignants, on se souvient, il y avait les feignants, il y avait le pognon de dingue, là, qui viennent me chercher, c'est aussi une façon de s'adresser en français pour leur dire « vous avez vu, on m'agresse ». Et donc, de se poser en victime, ils ne se victimisent pas, mais en agresser dans cette histoire. – Quelle pourrait être la vengeance de Benalla ? En sait-il beaucoup ou suffisamment pour ébranler l'édifice
? –
Ça fait partie un peu des fantasmes qui circulent depuis la semaine dernière. Benalla
a changé… – Pas fantasme, il était sur lui. – Il était chargé
de la protection, mais également dans des moments de vie privée, au Touquet. Alors, avait-il ou non les clés de la villa du Touquet, au ski, à la Monji, en faisant du vélo, etc. Donc, est-ce que là, il a pu être témoin d'un président plus détendu ? Est-ce qu'il a pu, dans cette activité-là, récupérer des photos, des documents ? Qu'est-ce qu'il a à vendre, que ce soit innocent ou nuisible, pour exister après avoir été l'Élysée ? Est-ce qu'il pourra faire un jour un livre qui s'appellera « Merci pour ce moment » et qui racontera ses 11 mois ou 12 mois passés à l'Élysée ? C'est ça qu'on attend.
–
Ça fait réfléchir. L'avocat de Benalla dit « Il va parler
». Donc,
on va voir. Il va raconter sa version des faits sur le 1er mai. Et puis, pourquoi, selon lui, le président l'a trop sévèrement puni ou pas assez ?
Il
a intérêt, avant de passer devant la justice, de faire plutôt amende honorable et de ne pas mouiller le président, de ne
pas
dire « Je vais me venger, je dirai ce que je sais ». Il aggraverait plutôt son cas. Mais avec quelqu'un de fougueux, c'est le terme de son avocat, l'expression dans une interview est périlleuse quand même. Il a intérêt à mesurer ses mots. – On
voit quand même
que depuis quelques jours, le portrait qui est dressé par ceux qui ont travaillé avec Alexandre Benalla, ne correspond en rien au portrait qui était apparu dans les premiers jours de l'affaire, c
'est
-à
-dire
un cow-boy à la maleste et au coup de gâchette facile. Vous écoutez le témoignage de Patrick Straudat, vous écoutez ce que dit Emmanuel Macron hier devant les députés de La République en marche. Quand vous écoutez une autre personne, je vous plaît, de la sécurité à l'Élysée qui explique qu'il n
'a
jamais eu de problème avec Alexandre Benalla, vous voyez quand même quelqu'un qui n'était pas par hasard à côté d'Emmanuel Macron et qui n'avait pas volé son poste, qui ne s'était pas incrusté pour aller
entrer à l'Élysée. – Il y a des témoignages très
contradictoires sur
la personnalité de Benalla. – Après, vous avez
les témoignages sur ceux qui ont eu à travailler avec lui dans la sécurité, dans la police, qui eux sont totalement dans l'autre sens. Mais ceux qui ont eu à travailler autour d'Emmanuel Macron avec Alexandre Benalla, pour l'instant, protègent son
image. – Il était débrouillard,
il était efficace, il trouvait des solutions.
– Emmanuel Macron, d'ailleurs, lui rend hommage assez longuement hier. Donc, quelque part, il le ménage. Est-ce qu'il sait des choses ou pas ? Personne ne peut le
savoir autour de cette table. – Il était sorti de
nulle part,
il
était protégé par personne, il s'était fait tout seul. C'était aussi le parcours individuel de
Benalla qui voulait saluer. – Bien
sûr, et puis son engagement pendant la campagne, parce qu'Emmanuel Macron a commencé seul ou quasi seul. Donc, évidemment, ceux qui ont été là dès le début étaient particulièrement, il est reconnaissant envers ceux qui l'ont accompagné depuis le début. Après, est-ce qu'il sait des choses ou pas ? Nous n'en savons rien. Ce qui est vrai, c'est que, généralement, les personnes chargées de la sécurité, comme les chauffeurs, sont ceux qui entendent le plus de choses au cas
des
politiques. Il arrive que certains fassent des livres, ça s'est vu par le passé,
en effet,
après coup. Mais ce sont des personnes qui sont à la fois visibles et invisibles, que les personnalités politiques ont tendance à oublier, parce qu'ils sont tout le temps là, qui sont dans les voitures, qui entendent les coups de téléphone, qui savent un peu ce qui se passe. Donc, c'est toujours des personnes qui peuvent susciter de l'inquiétude quand on a quelque chose à se reprocher ou des fantasmes, parce que souvent, les livres dont vous parlez sont assez décevants quant aux révélations qui sont faites.
Alors, justement, comment Macron compte-il assumer ? Puisqu'il dit « j'assume tout ». Bon, et alors ? Point. Normalement, ça doit donner, après toutes les enquêtes, en fonction de ce qui sera sorti des différentes enquêtes, ça doit donner au minimum une réorganisation de l'Elysée, au maximum un remaniement gouvernemental, et sans doute entre les deux, une autre manière de vivre les relations entre l'Elysée, les services de police, le ministère de l'Intérieur. Puis peut-être essayer de sortir de cette présidence jupitérienne, Louis XIVienne, où dès que quelqu'un dit « je suis de l'Elysée », tout le monde se couche. On en a vu les limites avec cette affaire
d'Elysée-là.
Ah
oui, Jupiter,
redescend sur Terre. Exactement.
Et puis lui, en disant ça, il dit, c'est de la fin de la récréation aussi, de dire « d'accord, j'assume tout, maintenant vous me laissez tranquille, tout le monde part en vacances, et on passe à autre chose ». Rendez-vous dans
les
urnes.
Rendez
-vous dans les urnes. C'est-à-dire que
si le peuple souverain a des choses à me reprocher, il le fera dans les urnes. Et avant, on aura vos sondages, Jérôme Fourquet. Voilà, mais ce
ne
sera que des sondages. Merci beaucoup, c'est la fin de cette émission. Elle sera rediffusée ce soir à 22h35. Rendez-vous demain à la même heure pour un nouveau C'est dans l'air. Merci de votre fidélité et à demain.