Conseil européen : conférence de presse à l'issue
Emmanuel Macron Au micro : Laurence Benhamou, Mathieu Coache, Jean-Baptiste Vey, Loïc SignorSource d'origineTranscription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 75 %Attaque 5 %Défensif 20 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 91 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 2:00RelanceRéponse directe
Hier, vous aviez dénoncé des réunions trop longues. Aujourd'hui, l'accord est trouvé. Comment expliquez-vous ce changement ?
- 4:00OuverteRéponse directe
Pourquoi Michel Barnier n'a pas été choisi ? Et Ursula von der Leyen a-t-elle été suggérée par vous à Merkel ?
- 6:00OuverteRéponse partielle
Aucun vert parmi les dirigeants. L'écologie n'est-elle pas une priorité ?
- 8:00FerméeRéponse directe
Qui a porté l'ambition de la parité dans les nominations ?
- 10:00OuverteRéponse directe
Christine Lagarde n'a pas d'expérience en banque centrale. Pourquoi ce choix ?
- 12:00OuverteRéponse directe
Le Parlement critique les choix. L'Allemagne s'est abstenue. Pourquoi ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:10E. MacronFait
« La proposition faite par le Conseil européen d'Ursula von der Leyen à la tête de la Commission, de Charles Michel comme président du Conseil européen et aussi du Conseil en format zone euro, de Josep Borrell comme haut représentant et de Christine Lagarde à la tête de la Banque centrale européenne, constitue une nouvelle équipe européenne, avec deux femmes et deux hommes. »
- 4:10E. MacronFait
« Les critères de compétence, d'expérience, de parité et d'équilibre politique géographique ont ainsi été remplis par le Conseil. »
- 6:10E. MacronFait
« Les verts n'ont plus le monopole de l'écologie. Tous les partis politiques aujourd'hui la portent avec plus ou moins d'intensité. »
- 8:10E. MacronFait
« Pour la première fois, l'Europe a signé un accord commercial où figure le respect intégral de l'Accord de Paris. »
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... -E.
Macron : Bonsoir à toutes et tous. Ce Conseil extraordinaire s'est donc terminé avec des annonces et des décisions importantes. Et il a permis d'arriver à une conclusion positive et consensuelle sur l'intégralité des nominations relevant, en tout ou partie, de la compétence du Conseil européen.
Et c'est, je crois, à cet égard, extrêmement positif pour l'Europe et pour les dirigeants qui sont investis à cette mission depuis dimanche midi. En effet, la proposition faite par le Conseil européen d'Ursula von der Leyen à la tête de la Commission, de Charles Michel comme président du Conseil européen et aussi du Conseil en format zone euro, de Josep Borrell comme haut représentant et de Christine Lagarde à la tête de la Banque centrale européenne, constitue une nouvelle équipe européenne, avec deux femmes et deux hommes, quatre personnalités qui se sont toujours illustrées par leur engagement extrêmement fort en faveur de l'Europe, des idées européennes et des missions qui leur sont aujourd'hui confiées ou qui leur seront confiées une fois que, pour les unes et les autres, les confirmations seront données. Les critères de compétence, d'expérience, de parité et d'équilibre politique géographique ont ainsi été remplis par le Conseil.
Je me félicite ainsi de la constitution d'une équipe nouvelle, intégralement francophone. Pour la première fois, en effet, la Commission européenne et la Banque centrale européenne sont dirigées également par des femmes. Ce profond renouvellement reflète, d'une part, les nouveaux équilibres politiques qui ont émergé suite aux élections européennes, et sera à même d'appliquer l'agenda stratégique que nous avons défini, puisque toutes ces personnalités épousent cet agenda et ses grandes lignes.
Les dernières heures ont été déterminantes pour construire cet accord positif, et ce sursaut des dernières heures a permis ainsi au Conseil d'exercer ses prérogatives comme il le devait et à temps, c'est-à-dire avant que le Parlement ne se réunisse pour les compétences qui étaient les siennes. Et à cet égard, je me félicite que le critère que j'avais posé deux jours après les élections européennes - que nous puissions être efficaces et décider le plus rapidement possible - puisse in fine, malgré des attentes et les difficultés de dimanche et lundi, être rempli. En effet, jamais le Conseil européen n'avait désigné aussi rapidement l'équipe intégrale.
Je rappelle qu'il y a 5 ans, nous avions mis plus de 3 mois à désigner en particulier le président du Conseil et le haut représentant, en l'espèce la haute représentante. Cet accord est aussi le fruit d'une entente franco-allemande, profonde - nous n'avons cessé, avec la Chancelière Merkel, de nous coordonner, d'oeuvrer ensemble - et d'une capacité aussi à travailler avec l'ensemble des partenaires européens de toutes les familles politiques. J'ai multiplié, depuis le lendemain des élections, les rendez-vous avec l'ensemble de ces familles et des groupes, en cherchant précisément à n'exclure personne et à aider à bâtir ce consensus.
Cette décision est aussi celle qui permet de ne pas diviser l'Europe ni politiquement ni géographiquement. Le Parlement européen aura désormais des votes à effectuer importants, et les prochains jours et les prochaines semaines seront déterminants pour la poursuite du mécanisme. La Commission se constituera aussi dans les prochaines semaines et les prochains mois, et des équipes de qualité seront là aussi à constituer.
D'ores et déjà, nous savons que Frans Timmermans et Margrethe Vestager auront les plus hautes responsabilités au sein de cette nouvelle Commission. Nous devons aussi tirer les conséquences des derniers mois. Ainsi, le nouveau président aura-t-il à prendre une initiative interinstitutionnelle pour réformer en profondeur les méthodes de travail, clarifier les règles de désignation pour éviter les malentendus ou les débats théoriques que nous avons pu avoir.
Et nous l'avons discuté dès aujourd'hui pour que dans 5 ans les choses soient beaucoup plus claires, rapides et en tout cas prédéterminées. Je souhaite aussi que la présidence finlandaise puisse engager dès à présent des travaux en ce sens avec le Parlement européen. Je veux saluer le Parlement européen et l'ensemble des parlementaires.
Celui-ci se met en place cette semaine. Les premières réunions se tiennent, et le travail aura à se déployer. Je pense que ce nouveau Parlement illustre aussi cette recomposition politique et a devant lui une tâche extrêmement importante.
Et en l'espèce, tout ce travail permettra de mettre en place cette conférence européenne que j'avais appelée de mes voeux, qui permettra un renouvellement démocratique, une plus grande efficacité aussi de nos travaux, et je veux saluer à cet égard l'engagement de Guy Verhofstadt en la matière, qui aura un rôle tout particulier sur ce sujet. C'est donc bien un acte II qui commence pour notre Europe, avec une nouvelle équipe, profondément renouvelée, de nouveaux visages, un nouveau souffle au service d'un nouvel agenda que nous avons défini ces dernières semaines. Je veux enfin, ici même, alors que je salue cette nouvelle équipe et ce souffle, rendre hommage à deux dirigeantes européennes qui tenaient aujourd'hui leur dernier Conseil.
Je pense à Theresa May et Dalia Grybauskaité, qui ont été avec nous depuis dimanche midi et qui, l'une et l'autre, quittent ce Conseil après ces bonnes décisions. Je vous remercie. Je vais donc maintenant répondre à toutes vos questions. -L.
Signor : Bonjour, M. le Président. Loïc Signor pour CNews.
Hier, à l'issue du premier échec de ces négociations, vous aviez dénoncé, je cite, "des réunions trop longues qui ne mènent à rien, des heures passées en palabres" et vous aviez ironisé sur un club de 28 qui se réunit sans jamais rien décider. Est-ce que vous êtes toujours d'accord avec ce constat que vous aviez développé hier, ou est-ce que vous parliez sur le coup de la colère ? Et vous aviez parlé d'une nouvelle gouvernance de l'Union européenne que vous vouliez modifier, réformer.
Comment vous comptez vous y prendre pour cet acte II de cette Union européenne que vous avez décrit ? -E. Macron : Alors, je ne retire rien de ce que j'ai dit hier, parce que c'était tout à fait vrai sur la réunion d'hier.
Je considère qu'aujourd'hui, nous avons su, en nous organisant en amont. Il y a eu tout un travail sur lequel, j'ai été particulièrement engagé depuis hier après-midi, qui a permis de préparer le Conseil d'aujourd'hui et qui a permis d'avoir des réunions plus efficaces. Je pense qu'on peut encore s'améliorer pour que les choses soient parfaitement d'aplomb.
Et donc je pense que le spectacle que nous avons donné dimanche et lundi n'était pas le meilleur, je le confirme, je ne vais pas enlever cela, et que ça a pu arriver par le passé. Nous avons trop la culture de la réunion longue et nous avons trop la culture de la réunion de crise. Je pense que le sursaut, comme je le disais, d'aujourd'hui permet de rectifier cette image.
Et je pense qu'aujourd'hui, nous avons montré un autre visage, parce que nous avons su préparer la réunion, parce que nous avons su trouver des compromis, chacun a véritablement construit des consensus et parce que nous avons réussi à déterminer l'ensemble de ces équilibres. Chacun a fait des efforts. Je pense que c'est une très bonne chose.
Maintenant, je pense en effet que nous devons réformer nos méthodes. C'est d'ailleurs ce que nous avons mis dans notre agenda stratégique, adopté au dernier Conseil, et nous avons beaucoup poussé pour cela. J'avais fait des propositions en ce sens dès le discours de la Sorbonne.
Pour moi, c'est le mandat du prochain président du Conseil européen pour nos réunions. Et dans les discussions que j'ai pu avoir avec Charles Michel, d'ores et déjà, c'est un des points sur lesquels j'ai le plus insisté, et d'autre part, c'est aussi l'idée de cette Conférence européenne qui va se lancer qui permettra de clarifier les règles pour rendre l'Europe plus démocratique et efficace. Il y a tout un travail interinstitutionnel à cet égard, c'est-à-dire entre le Parlement, le Conseil et la Commission, qui doit se faire dans les prochains mois. -P.
Verdeau : Bonsoir, M. le Président. Pascal Verdeau, France 3.
Deux petites questions. La première concernant une des cartes qui n'est pas apparue comme le joker que certains attendaient sur la table, la candidature de Michel Barnier. A quel moment cette candidature a-t-elle été évoquée ?
On a du mal à comprendre les réticences, notamment, néerlandaises et allemandes sur ce nom. S'agit-il de sa gestion du Brexit ? Et puis, si vous le permettez, côté coulisse, sur la nomination de Mme von der Leyen, certaines sources affirment que c'est vous-même qui auriez suggéré et soufflé il y a quelques semaines ce nom à Mme Angela Merkel. -E.
Macron : Il n'est pas toujours bon de tout révéler des coulisses ou de la cuisine. Sur Michel Barnier, je l'ai évoqué, dès le 28 mai, parmi les noms possibles. Michel Barnier a des grandes qualités et une expérience qui le rendaient éligible aux plus hautes fonctions.
Et d'ailleurs, il a aujourd'hui des fonctions très importantes en tant que négociateur européen pour le Brexit. Néanmoins, ces discussions sont le fruit de compromis, d'équilibres à la fois géographiques et politiques. Et il n'est pas apparu comme celui qui faisait consensus et qui a émergé de la famille conservatrice dans les dernières heures.
Et en effet, c'est Ursula von der Leyen qui a permis de bâtir davantage à la fois un équilibre aussi géographique entre la Commission et la Banque centrale européenne et des convergences au sein de la famille conservatrice. Sur ce sujet, il ne m'appartient pas de m'exprimer, c'est aussi un choix qui a été, je dirais, mûri entre différents dirigeants plutôt conservateurs qui est la famille politique de Michel Barnier. Je pense néanmoins que ça n'enlève rien à ses qualités, et je veux dire ici la reconnaissance e tous les membres du Conseil européen sur, justement, ses qualités, sur la très bonne gestion du dossier du Brexit, et je veux ici dire qu'il n'y a pas de réticences que j'ai entendues de tel ou tel.
Sur Ursula von der Leyen. C'est, pour moi une très bonne candidature, une très bonne proposition à la tête de la Commission européenne. Et en effet, je l'ai défendue avec beaucoup de force.
Ce n'était pas le choix allemand initial, comme vous le savez, qui était le choix de Manfred Weber et du soutien au Spitzenkandidat, ce qui a expliqué les dernières heures de discussion en Allemagne, mais je pense pour ma part que c'est une très bonne candidate. D'abord, parce que c'est une dirigeante d'expérience, qui a les compétences requises, c'est un critère que j'avais mis depuis le début. Elle est depuis plusieurs années ministre, de la Défense aujourd'hui, mais avant, des Affaires sociales.
Ensuite, parce que j'ai pu apprécier précisément ces deux dernières années son courage et sa détermination sur des sujets difficiles, y compris, et peut-être à commencer en Allemagne. Elle a porté les accords que nous avons définis avec la Chancelière Merkel et elle a tout fait pour la bonne coopération franco-allemande et la mise en oeuvre de nos projets de défense. Ceux-ci ne sont pas encore totalement aboutis, mais nous avons pu saluer les avancées, en particulier sur l'avion de combat du futur, lors du Salon du Bourget où Mme van der Leyen était présente avec Mme Parly.
Et donc, j'ai vu son efficacité, sa capacité à faire et aussi son courage pour ne pas être captive d'intérêts particuliers ou de pressions, ce qui, je pense, est une qualité pour un dirigeant, et en particulier, le futur président de la Commission européenne. Ensuite, c'est une femme qui a une culture européenne très profonde et profondément ancrée. Elle est née à Bruxelles.
Elle est fille d'un ancien fonctionnaire bruxellois. Et donc, je pense qu'elle a en elle l'ADN, si je puis dire, communautaire. Enfin, c'est une parfaite francophone, ce qui, à mes yeux, est aussi important, parce que nous avons toujours eu des présidents de la Commission francophones.
Nous avons maintenant une présidente francophone. C'est important aussi pour nous et pour ces règles de travail. Donc voilà, toutes les règles de fond, en tout cas, les critères qui justifiaient que la France puisse soutenir fortement et en effet, porter dans les dernières heures et les derniers jours cette candidature. -L.
Benhamou : Bonjour, M. le Président. Laurence Benhamou, AFP.
Dans cette répartition d'équilibre géographique politique, il me semble quand même qu'il y a une grande absence, c'est l'écologie. Aucun vert parmi les dirigeants de l'Union européenne. Est-ce qu'il ne s'agit pas d'un message finalement négatif qui montre que l'écologie n'est pas la priorité, alors que je pense que l'urgence climatique est évoquée dans beaucoup de pays, et même par la situation du climat elle-même ?
Merci. -E. Macron : Une réponse très simple.
Les verts n'ont plus le monopole de l'écologie. Tous les partis politiques aujourd'hui la portent avec plus ou moins d'intensité, mais l'agenda stratégique qui est le nôtre, que nous avons décidé, en dirigeants européens, ce que j'ai porté en campagne, moi-même, ce que nous avons mis comme le premier volet, c'est l'urgence climatique. Et je crois qu'il ne faut pas considérer que telle ou telle idée serait le monopole de tel ou tel parti.
Quel est le monopole, dans ces cas-là, des socialistes ou du groupe du Renouveau et de la Renaissance européenne, ou du groupe conservateur ? Non. Il est clair qu'autour de la table, il n'y a pas de dirigeants verts.
Mais c'est le fruit, si je puis dire, des équilibres démocratiques dans chaque pays. -L. Benhamou : La montée des verts aux élections... -E.
Macron : Mais elle est totalement prise en compte. Je vous renvoie à l'agenda stratégique. L'agenda stratégique que nous avons acté met l'urgence climatique au premier volet.
Les dirigeants qui sont autour de la table sont l'émanation de leurs élections nationales et ils ont fait des choix. Et les familles politiques qui se sont mises d'accord, sont celles qui ont porté à ces choix. Maintenant, mon souhait, c'est qu'au Parlement, à la Commission, au Conseil, nous n'ayons, non seulement aucun renoncement, mais beaucoup plus d'ambition européenne.
Et ce qui compte, c'est le fond. C'est le fond. Sur ces sujets, et à cet égard, je considère que dans notre responsabilité, il y a, premièrement, ce que nous devons faire dans notre agenda commercial, la France l'a rappelé, porté, obtenu d'ailleurs, dans le cadre de ce qui a été acté dans le Mercosur.
Je rappelle que pour la première fois, l'Europe a signé un accord commercial où figure le respect intégral de l'Accord de Paris. C'est la première fois. Donc ça montre cette volonté, c'est ce qu'on a imposé dans l'agenda, c'est ce qui m'a conduit à refuser de reprendre les négociations commerciales avec les Etats-Unis.
Ensuite, nous avons mis cette ambition climatique au coeur de notre agenda stratégique. Je défends pour ma part l'idée d'avoir un prix minimum du CO2, une taxation de CO2 aux frontières, nous avons pris des engagements clairs sur la finance verte et la mobilisation de nos financements en faveur du climat. Donc, l'agenda de notre Conseil et de la future Commission est climatique, et doit l'être.
Et mon souhait, c'est qu'il puisse y avoir, ce sera le choix de la future présidente de la Commission, un portefeuille extrêmement fort sur le plan climatique qui porte cela. Je pense que, par exemple, une figure comme Margrethe Vestager, qui fera partie des deux grandes figures de cette Commission, porte ces sujets avec force, les a toujours défendus, et je pense, pourra aussi pleinement illustrer cet engagement écologique. Allez-y, puis après. -M.
Coache : Bonjour, M. le Président. Mathieu Coache, BFM TV.
La parité ne faisait pas partie des premiers castings dont nous avons eu connaissance. Qui a porté cette ambition d'une parité ? Est-ce que c'est une règle qui va perdurer pour les prochaines nominations ? -E.
Macron : Ecoutez, nous avons été plusieurs à porter cette règle et plusieurs dirigeants sont attachés à cette règle. Dès le 28 mai, je l'avais mise dans les critères qui étaient importants, même nécessaires à mes yeux. Et donc, pour les quatre nominations qui relèvent pour tout ou partie du Conseil, cette règle de la parité absolue a toujours été envisagée, elle était à un moment sur d'autres postes, mais j'ai pu dire d'ailleurs dimanche après-midi en arrivant qu'elle devrait de toute façon être respectée.
Donc, il y a vraiment eu, là aussi, une forme de consensus au sein du Conseil pour défendre cette parité. Je pense que c'est important et je pense que dorénavant on ne peut plus faire différemment. Et donc, nous devons poursuivre avec cette méthode, parce que c'est ce qui correspond à la réalité de nos sociétés.
Nos sociétés sont paritaires, l'accès aux responsabilités doit l'être. -Bonjour, M. le Président.
Jean-Baptiste Vey, de l'Agence Reuters. On voit beaucoup de doutes s'exprimer sur la candidature de Mme Lagarde, en disant que ce n'est pas une banquière centrale, elle n'a pas d'expérience dans la banque, la politique monétaire, C'est une politique...
Quelle est votre...? -E.
Macron : Je pense que le débat qui a été le nôtre et l'appréciation qui a été celle du Conseil est que Mme Lagarde a en effet toutes les compétences et les qualités requises pour diriger la Banque centrale européenne. Elle a été pendant plusieurs années ministre de l'Economie et des Finances, à une époque particulièrement difficile, en affrontant des crises, en particulier la plus grande crise financière et de dettes souveraines des dernières décennies. Elle a ensuite été à la tête du Fonds monétaire international, ce qui me paraît qualifié très profondément pour avoir les qualités requises, d'une part, pour maîtriser la politique monétaire, d'autre part, pour avoir une crédibilité face au marché, devant, d'une part, les investisseurs et tous les commentateurs de marchés.
Quand vous regardez ce qui est l'agenda, la réalité de l'activité de la directrice générale du Fonds monétaire international depuis plusieurs années, c'est de réunir des banquiers centraux, c'est de pouvoir discuter avec des banquiers centraux, échanger avec eux, donner des analyses du FMI, des recommandations, c'est de mener une politique financière avec des états et des interventions sur les systèmes financiers de ces états, et donc de remplir des tâches dont la contiguïté ou parfois la similitude avec les tâches de banquier central sont quand même très fortes. Donc l'analyse à l'unanimité du Conseil a été que les capacités et compétences de Mme Lagarde sont, en effet, la qualifient totalement pour ce poste. -G.
Viscusi : Bonjour. Gregory Viscusi, agence Bloomberg. Est-ce que vous êtes inquiet pour le Parlement ?
Parce qu'il y a pas mal de noms du parlement socialiste qui ont critiqué ces choix qui étaient faits ici aujourd'hui. Et le fait que l'Allemagne s'est abstenue dans le vote, c'est un peu bizarre. Comment vous expliquez ça ? -E.
Macron : La Chancelière a eu à s'exprimer et a expliqué pourquoi elle s'est abstenue. Elle s'est abstenue, parce que la Chancelière Merkel est à la tête d'une coalition qui, compte tenu du fait que cet accord a émergé dans les dernières heures, n'a pas pu avoir formellement l'accord de son partenaire social démocrate pour un tel vote. Néanmoins, pour le poste de président ou présidente de la Commission européenne, il n'y a pas besoin d'une proposition formelle du pays d'origine, et on peut avoir le vote.
C'est des questions de politique interne allemande qui ont conduit à cette abstention, rien d'autre. Ensuite, il y aura des discussions au Parlement, et c'est bien normal. Et je crois ce que l'ensemble des dirigeants qui étaient autour de la table du Conseil européen ces dernières heures doit faire, c'est de porter, d'expliquer les équilibres, la force de l'accord ainsi trouvé et de convaincre leurs familles politiques, leurs parlementaires de voter en faveur de cet accord complet.
Cet accord est solidaire. Et donc, les parlementaires de telle ou telle sensibilité qui décideraient de ne pas soutenir tel choix s'exposeraient aussi à voir un manque de solidarité de leurs collègues sur tel autre. C'est un ensemble qui se tient comme un tout cohérent et ça a été le fruit de ce long travail.
Donc, je pense que maintenant, notre responsabilité, la responsabilité des dirigeants de groupe parlementaire, des dirigeants aussi de partis européens, c'est que nous puissions faire la pédagogie, le travail de conviction autour de cet accord et que les choses puissent s'apaiser et surtout que le travail maintenant concret puisse commencer. -Jean Quatremer, Libération. -E.
Macron : Je ne vous vois pas. -J. Quatremer : Ici. -E.
Macron : Pardon. -J. Quatremer : Première question sur les listes transnationales.
Est-ce que vous avez évoqué le sujet ? Est-ce que vous avez obtenu des assurances sur le fait qu'en 2024, on aurait ces listes transnationales ? Donc, lien nécessaire avec les Spitzenkandidaten.
Et deuxièmement, pour l'avenir, est-ce que vous avez déjà un nom en tête comme commissaire français ? Merci. -E.
Macron : Merci à vous. Ecoutez, pour le premier point, il n'y a pas d'assurance, parce qu'il n'y a pas l'unanimité au Conseil sur les listes transnationales. Ce que j'ai fait valoir depuis le premier jour, c'est qu'en effet un Spitzenkandidat pouvait réclamer avoir une légitimité, avoir le poste en particulier à la tête de la Commission si les listes avaient été vraiment transnationales.
Et j'ai plusieurs fois ici, expliqué, je crois, la cohérence de cet argument. Beaucoup de dirigeants souhaitent qu'on aille dans ce sens et nous l'avons évoqué cet après-midi. Plusieurs dirigeants l'ont mentionné.
Je pense que le travail interinstitutionnel que nous avons demandé au président du Conseil va en ce sens et tout particulièrement, la conférence européenne, sur laquelle je souhaite qu'il y ait un engagement fort et qui sera mené au Parlement européen, sur laquelle Guy Verhofstadt a commencé à s'engager, doit, en concertation avec toutes les familles politiques dans un travail qui n'est pas aujourd'hui d'ores et déjà achevé, mais aller dans cette direction. En tout cas, il faut que nous ayons une cohérence, qu'on achève ce travail intellectuel, institutionnel et quasi constitutionnel pour notre Europe qui permette aussi de clarifier nos traités. Aujourd'hui, nos traités nous disent que c'est une compétence intergouvernementale, avec une validation du Parlement.
Mais ils ne donnent pas au Parlement la possibilité d'orienter ou de contraindre ce choix. Et c'est normal, parce que les élections européennes restent des élections qui se font au niveau national. Et donc, il n'y a pas de leader européen à proprement parler qui émerge de ces élections.
Si nous voulons une Europe plus démocratique, comme je le dis depuis deux ans, il est clair que nous devons trouver une forme électorale qui permette de faire émerger, à côté de la souveraineté nationale et de la légitimité qu'ont les chefs d'Etat et de gouvernement des formes de légitimité démocratique européenne. Donc, je pense, pour ma part, que ça va dans le sens de listes vraiment européennes. En tout cas, je suis attaché à ce que poursuivions ce cheminement.
C'est un travail qui va donc commencer au Conseil et au Parlement. Je pense que le Parlement a un rôle très important à cet égard. Le Parlement sortant avait refusé, et la principale famille du Parlement sortant, qu'on aille dans ce sens.
Je souhaite qu'il puisse y avoir des cartes rebattues et qu'à l'aune des dernières semaines, on puisse aller dans le sens de ce renouveau qui aidera aussi à lutter contre les extrêmes et qui permettra de donner plus de clarté à nos concitoyens. Il faudra ensuite qu'il y ait des changements de traités qui permettent d'acter ces réformes er de clarifier nos règles. Voilà.
C'est ce processus qui est aujourd'hui lancé. Je n'ai pas encore réfléchi aux noms français. Je m'attacherai à ce qu'il puisse y avoir d'abord un dialogue avec, une fois que ça sera fait, la nouvelle présidente de la Commission européenne, mais en faisant les choses étape par étape.
Je vais d'abord m'attacher à ce que la conviction se fasse au Parlement européen et je veillerai aussi à l'aider à ce qu'il y ait tous les équilibres qu'elle devra construire sur le plan des compétences et du genre. Donc voilà. Je prendrai aussi ces contraintes, évidemment, à l'esprit.
Ensuite, pour ma part, je souhaite qu'on ait surtout des portefeuilles cohérents qui soient établis. Là aussi, depuis le début, je ne me suis pas attaché à servir les intérêts de façade de la France. Je pense que le rôle de la France est d'essayer de construire des équilibres, d'être au coeur de la construction de compromis positifs et efficaces.
Et je compte faire la même chose sur la composition de cette Commission. Je pense, que c'est plus important de savoir comment on va construire les bons portefeuilles, les clusters les plus pertinents que de savoir si on a tel ou tel symbole. Voilà.
Donc, je serais plutôt obsédé par ce point. Mais en temps voulu, je vous donnerai toute transparence sur le ou les noms qui seront proposés à la nouvelle présidente de la Commission européenne. -Bonsoir, M. le Président.
Lucas Zajdela, TF1 / LCI. Vous parlez de modification des traités que ce soit sur les Spitzenkandidaten ou que ce soit sur la façon de désigner les top jobs. Est-ce que vous pensez qu'il est possible d'envisager de modifier les traités alors qu'il faut l'unanimité ?
Vous pensez que c'est possible d'amener les 28 chefs d'Etat et de gouvernement derrière vous ? Première question. Deuxième question : sur le Brexit, vous étiez tenant d'une ligne assez dure, vous disiez plutôt pas de deal, qu'une prolongation au moment de la dernière prolongation, notamment parce que vous aviez peur que les Britanniques utilisent leur pouvoir de nomination pour faire pression sur l'Europe.
Est-ce que les faits ne vous ont pas démenti avec l'attitude de Theresa May aujourd'hui ? -E. Macron : Alors, sur la modification des traités, la clé, c'est d'abord de lancer le travail.
Modifier les traités n'est pas un objectif en soi. Il ne faut pas simplement se mettre dans une situation, qui a parfois trop souvent été la nôtre, de dire : aucune modification de traité n'est possible. Parce qu'à ce moment-là, vous décidez, en quelque sorte, de tout de suite vous mettre des limites.
Moi, ce que je veux, c'est une Europe qui soit plus efficace, plus ambitieuse, plus protectrice pour nos concitoyens, qui réponde à l'urgence climatique, qui rebâtisse un vrai modèle économique et social et qui soit souveraine dans le monde. Pour réussir cet agenda, il faut d'abord être clair dessus. On a commencé à l'être au dernier Conseil.
Ensuite, il faut la bonne équipe. L'équipe qu'on propose aujourd'hui et qu'on nomme est une bonne équipe. Ursula von der Leyen est une vraie Européenne, Charles Michel est un vrai Européen qui plus est, c'est un président du Conseil, qui est membre de la zone Euro et de Schengen et qui donc saura porter aussi des formats ambitieux.
Moi, j'ai toujours dit : il faut qu'on se réunisse au sommet zone Euro de manière beaucoup plus régulière et forte, c'est un dirigeant qui pourra aussi l'assumer, je le sais. Et donc, avoir cet agenda, c'est aussi, c'est-à-dire, on arrête d'être hypocrite, on a des réunions plus efficaces et on avance sur ce volontarisme. Une fois qu'on a fait ça, on peut déjà dans le cadre des traités actuels faire beaucoup plus qu'on ne fait et beaucoup mieux.
Et ensuite, si nous sommes amenés à modifier nos traités, ce qui peut être le fruit et la conclusion de travail sur le plan des méthodes, de la démocratie, comme sur le plan aussi de l'avancée qu'on devra, à un moment, faire un plan de fonctionnement de la zone Euro, et on le sait, que ce soit les traités ou un accord intergouvernemental à un moment donné, mais il ne faut pas s'interdire de le faire. Et donc, c'est à ce moment-là, en fonction du fond et de la matière, qu'on construit les conditions pour rassembler. Aujourd'hui, si je vous disais qu'on va modifier les traités demain, sans que je vous dise ce qu'il y a dedans, qu'elle est l'ambition qui sert cela, évidemment, tout le monde se lèvera en disant : "Je ne peux pas." Il faut faire les choses dans le bon ordre.
Mais ça n'est pas, en tout cas, un plafond de verre, ça n'est plus un tabou français, et le coeur, c'est l'ambition de fond et de réforme qui doit être la nôtre. Une fois qu'on sait servir une ambition, on se donne les moyens de la servir et on sait se donner les moyens de convaincre en portant un agenda positif. Sur le Brexit, je me permets de vous corriger.
D'abord, moi, j'ai dit qu'il ne fallait pas avoir peur d'un no-deal. Parce que si on a peur du no-deal, on est l'otage du camp d'en face. Et je pense que le mauvais raisonnement défendu par beaucoup trop, c'était de donner ce sentiment qu'on avait peur d'un no-deal, ce qui nous rendait captifs.
Deuxièmement, j'ai dit qu'on devait, en effet, arrêter de traîner. J'ai accepté le 30 octobre, pour éviter les ambiguïtés. Si j'avais eu peur que la Grande-Bretagne soit là, j'aurais refusé toute extension.
Mon problème n'était pas la présence de la Grande-Bretagne et en particulier de Theresa May dans la période de nomination. C'était la présence, une fois qu'on a commencé avec une nouvelle équipe. Parce qu'avec la nouvelle équipe qui s'installera le 1er novembre, vous allez discuter des perspectives financières du budget.
Est-ce que ça a du sens de discuter du budget européen avec, autour de la table, la Grande-Bretagne qui est en train de sortir ? Aucun. Aucun sens.
Donc, je considère que cette position est encore valable. Même plus qu'hier. Enfin, Theresa May, à qui je viens de rendre hommage, s'est toujours comportée de manière extraordinairement responsable et loyale autour de la table.
Nous ne savons pas comment se comporteront les dirigeants à venir. Et on peut se féliciter d'avoir réussi à conclure avec Theresa May à son dernier Conseil. Parce que je ne sais pas quelle sera la position britannique demain, moi.
Il y a des incertitudes. Donc, c'est une bonne chose, elle a poursuivi son cap. Donc, je pense qu'au contraire, la détermination qui a été la nôtre, le calendrier qu'on a rempli, nous met dans la bonne direction.
Nous avons un délai qui court jusqu'au 30 octobre. Je souhaite, pour ma part, qu'on puisse conclure avant, et après, nous serons devant un arbre de choix. Soit il y aura une conclusion conformément à notre accord, soit il y aura une nouvelle proposition profondément renouvelée, un fait politique nouveau qui justifierait d'un nouveau délai, mais à ce moment-là, dans un contexte profondément différent, soit à ce moment-là, on devrait aller vers le constat qu'il n'y a pas d'accord possible, et il ne faut pas avoir peur de ce scénario qui n'est pas le meilleur, mais qui reste toujours une option possible, mais qui serait, in fine, toujours la responsabilité britannique, je le rappelle.
Car à la fin, jusqu'à la dernière seconde, le gouvernement britannique a la possibilité de retirer l'article 50 et de décider de ne plus sortir. Allez-y. -J.
Brunsden : Merci. Jim Brunsden du Financial Times. Je sais que vous avez déjà répondu à une question sur l'abstention d'Angela Merkel aujourd'hui, mais plus profondément que ça, déjà, il y a une réaction très forte de la part du parti socialiste en Allemagne contre l'accord qui vient d'être fait ici aujourd'hui.
Est-ce que ça ne crée pas des inquiétudes pour vous que possiblement votre allié le plus important en Europe ait été affaibli par l'accord que vous venez de faire ici ? -E. Macron : Ecoutez, sincèrement, si quelqu'un, en Allemagne, peut me dire et m'expliquer que l'accord que nous venons de trouver, qui, pour la première fois depuis plus de 40 ans, donne à l'Allemagne la présidence de la Commission européenne est quelque chose qui affaiblit l'Allemagne, présentez-le-moi.
Si quelqu'un, en Allemagne, peut venir m'expliquer que le fait que le président de la République française ait soutenu avec force cette option, ait affaibli l'amitié franco-allemande, présentez-le-moi. Et donc, je pense que chacun doit, à un moment donné, regarder avec raison l'Histoire et les intérêts de l'Europe et aussi la réalité pour son pays. Les familles politiques avaient bâti des accords.
Je respecte profondément cela. Et je salue la solidarité des socio-démocrates allemands derrière le candidat Frans Timmermans qu'ils ont défendu jusqu'au bout. Frans Timmermans était un bon candidat, je l'ai dit dès le début.
C'est un homme profondément respectable qui a été très courageux dans les fonctions qui sont les siennes et continuera à avoir des fonctions les plus éminentes dans cette nouvelle Commission. Mais les équilibres au sein du Conseil ont conduit à ce que la candidature d'Ursula von der Leyen permette de bâtir ce consensus, je dirais même cette quasi-unanimité. Voilà.
Et ce qui est le fruit du Conseil européen et de sa compétence doit être aussi reconnu par toutes les familles politiques de chacun de nos pays. Sinon, quelle est l'Europe dans laquelle nous voulons avancer où chaque famille politique d'un pays pourrait dire : "Je ne reconnais pas les équilibres "que les dirigeants ont construits." Alors que ceux-là mêmes ont une légitimité démocratique.
Nous sommes en train collectivement sinon d'entrer dans une Europe où l'aventure collective devient l'exportation des problèmes domestiques. C'est déjà ce que nous vivons depuis trop de mois avec le Brexit. Donc, j'appelle chacun à la responsabilité.
Je m'emploierai dans les prochains jours et les prochaines semaines à faire tout ce qui en mon pouvoir pour aider la Chancelière Merkel à bâtir chez elle, avec tous les dirigeants, un consensus, mais je le dis avec beaucoup d'amitié aux socio-démocrates allemands pour qui j'ai à la fois respect, en effet, et amitié. C'est un bon accord pour l'Allemagne, c'est un bon accord pour eux, parce que Frans Timmermans aussi sera dans les premiers vice-présidents. Et je crois que c'est un bon accord pour l'Europe.
Les socio-démocrates allemands sont des Européens fervents, je le sais. Et donc ils se mettront, in fine, j'en suis convaincu, derrière cet accord. Mais voilà.
Je pense qu'il faut maintenant avancer et je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour le faire pour aux côtés de la Chancelière comme on l'a fait ces derniers jours ensemble et comme on le fait toujours ensemble. Je vais prendre deux dernières questions. (Question en anglais traduite en français) -Une question du Wall Street Journal.
Comment imaginez-vous l'avenir de la relation entre l'Union européenne... après le départ de M.
Jean-Claude Juncker, la relation entre l'Union européenne et les Etats-Unis ? Notamment sur les questions commerciales, vous avez évoqué le Mercosur. Quid du processus de ratification ?
Il y a déjà des parlementaires français et des membres du Parlement européen qui ont annoncé leur opposition à la ratification. -E. Macron : Sur la 1re question que vous m'avez posée.
Nous devons tous toujours avoir beaucoup d'humilité dans les fonctions et les missions qui sont les nôtres. Jean-Claude Juncker est un grand dirigeant européen, un grand dirigeant de la Commission européenne, et vous avez raison de dire qu'il a fait tout ce qui est en son pouvoir pour avoir une bonne relation avec le Président Trump, mais au-delà de ça, pour défendre les intérêts de l'Europe, et réussir aussi à ce que les conflits inutiles ne prennent trop de place. Et je salue son engagement et tout le travail qui a été le sien sur ce sujet, entre autres, ces derniers mois.
Mais la prochaine présidente de la Commission européenne mettra la même volonté de servir et elle mettra son talent. Et donc, je pense que les relations entre les grandes puissances de ce monde ne sont pas tant l'otage que cela de nos caractères. Parfois des décisions se prennent à des moments critiques de l'Histoire où nous jouons un rôle.
Après, je sais que Mme von der Leyen, et c'est précisément une des qualités qui sont les siennes, sait aussi le sens de l'Histoire et sait l'importance de servir l'Europe. Et donc, elle fera ce qui est en son pouvoir pour avoir une bonne relation avec les Etats-Unis d'Amérique, pour servir les intérêts européens et là aussi, éviter les conflits inutiles. Donc, je suis très confiant sur ce sujet.
Sur le deuxième point qui est le Mercosur, là aussi, il faut prendre les choses dans le bon ordre et dire les choses comme elles sont. Depuis plusieurs années, une discussion était en cours. Est-ce que la France est contre les accords commerciaux ?
J'entends beaucoup de commentaires ces derniers jours. Nous ne sommes pas et nous ne saurions être par définition de manière automatique contre des accords commerciaux ou des négociations commerciales. Parce que nous ne sommes pas des protectionnistes.
Parce que la réalité de notre pays n'est pas protectionniste. Que ceux qui disent "tout accord commercial est mauvais" m'expliquent dans ces cas-là comment ils vont s'habiller, comment ils vont s'alimenter, se déplacer. Que ceux qui me disent "l'agriculture française, "elle est contre les accords commerciaux" m'expliquent comment eux, ils vont exporter ce qu'ils produisent.
Si nous n'avions qu'une agriculture vivrière qui vive à cent pour cent, en effet, de ses débouchés français, je veux bien. Mais enfin, ce sont les mêmes qui viennent me demander : "M. le Président, aidez-nous à accéder au marché chinois. "M. le Président, aidez-nous à accéder au marché brésilien. "M. le Président, aidez-nous à accéder à tel ou tel marché." Mais le monde vit comment, quand on accède à un marché ?
Le marché veut accéder à nous. La réciprocité, c'est ce qui fait les relations internationales. Sortons de cette idée irénique où la France serait un pays formidable qui veut exporter mais ne veut pas importer, qui dit à des pays : "Laissez-moi accéder à votre marché, "mais alors vous, vous n'entrez jamais dans le mien." Ca n'existe pas, ça.
Certains dirigeants le font croire. J'ai eu l'occasion d'en débattre avec eux en d'autres temps, mais ce n'est pas vrai. Donc là-dessus, il faut savoir raison garder, un accord commercial, il n'est pas mauvais en soi.
Sur le Mercosur, nous avions des conditions. Nous les avons posées dès le début. Premièrement, la cohérence de l'agenda commercial et de l'agenda climatique.
On revient toujours à la même chose, au climat. Parce que la France l'a demandé avec force dès le début, nous avons obtenu la mention de l'accord de Paris, mais surtout de sa mise en oeuvre effective dans l'accord Mercosur. Ca veut dire que cet accord n'a été signé - je suis prudent, on n'est qu'au début - que parce que tous les pays membres du Mercosur ont confirmé leur adhésion à l'accord de Paris.
Le Brésil aurait dit "Je ne respecte plus l'accord de Paris" : pas d'accord possible. Et que nous avons mis dans l'accord cette mise en oeuvre effective. Ca veut dire que demain tel ou tel pays du Mercosur ne met pas effectivement en oeuvre l'accord de Paris, ne se met pas dans une trajectoire climatique respectueuse de celui-ci, l'accord ne serait plus valable.
Deuxième point, nous avons pris des dispositions pour les filières les plus sensibles, le boeuf ou le sucre, en particulier, pour les protéger, avec des quotas, ils sont dedans. Troisième point, nous avons mis le respect des normes sanitaires et environnementales européennes. Qu'est-ce que ça veut dire ?
Ca veut dire que là aussi, de manière très claire, lorsqu'on impose des règles à nos industriels, à nos agriculteurs, aux Européens, on ne doit pas laisser entrer des produits qui ne respectent pas les mêmes règles de l'extérieur. C'est dans l'accord. Et enfin, on a mis, pour la première fois, là aussi, à notre demande, et je salue le respect de la parole donnée du président Juncker - c'est avec lui qu'on a décidé ensemble -, une clause de sauvegarde.
Qu'est-ce que ça veut dire ? Ca veut dire que si cet accord commercial venait à déséquilibrer de manière très profonde une filière, nous avons la possibilité d'en suspendre l'application. Parce que ça n'est pas l'esprit de l'accord qui est ainsi signé.
Tout ça, ce sont des garanties très fortes et historiques, parce qu'on les a jamais mises jusqu'ici dans un accord. Maintenant, nous avançons dans ce sens, sans naïveté aucune, avec beaucoup de vigilance. D'abord, parce que moi, j'attends de voir dans les prochaine semaines, comment on va finaliser cela pour aller au bout de cet accord.
Ensuite, il faudra que toutes les garanties soient données dans le cadre de la ratification. Nos parlementaires auront un travail important à faire pour s'assurer que ces garanties sont là. Mais aussi s'assurer que les partenaires jouent le jeu.
Et puis, moi, je veux qu'on mette en place au niveau européen, et je le ferai au niveau français, un travail exemplaire, d'une part, d'évaluation, nous le lançons dès maintenant, évaluation des impacts dans tous les niveaux, et un travail de suivi indépendant et transparent. Il y a beaucoup de craintes sur ces accords commerciaux. Ce qu'on doit à nos sociétés, c'est la transparence, le suivi indépendant par des experts et l'information régulière.
Pendant trop longtemps, il y a eu une naïveté libre-échangiste, qui a parfois, en effet, été complètement contradictoire avec l'ambition climatique et qui a déséquilibré des secteurs. C'est terminé. Mais il ne faut pas non plus qu'il y ait de l'autre côté, une espèce de néoprotectionnisme qui s'installe en disant : "L'autre est forcément mauvais." C'est ce chemin que nous construisons.
D'une ouverture sans naïveté, exigeante, exigeante sur le plan de l'équilibre de nos filières économiques et agricoles, et exigeante sur le plan climatique. Voilà ce que c'est, cet accord. Et voilà pourquoi nous continuerons à le suivre avec beaucoup d'attention, de vigilance et de transparence.
Dernière question. -... de la radio allemande ARD.
Monsieur le Président, sur la table aujourd'hui, c'est le nom d'une Allemande, d'une Française, d'un Belge et d'un Espagnol, mais pas de grands noms de l'Europe de l'Est. Est-ce que ce n'est pas un problème pour vous ? -E.
Macron : Ecoutez, d'abord, ce n'est pas l'intégralité des noms qui feront l'Europe de demain. Nous avons tenu compte de tous les équilibres, des voix qui ont pu parfois s'exprimer, y compris en Europe de l'Est sur tel ou tel. Et il y a eu un consensus.
Donc, moi, je pense que la première chose qu'il faut retenir, c'est que tous les pays d'Europe de l'Est, comme du nord, comme du sud, ont voté pour cet accord. La deuxième chose, c'est que derrière cela, il y aura des postes importants à la Commission qui permettront aussi ces équilibres. Il y a au sein du Parlement des élections qui vont se faire qui permettront ces équilibres.
Nous n'épuisons pas les compétences à travers cela. Nous sortons d'un Conseil européen qui vient d'être présidé par un président polonais pendant 5 ans. Ce qui a montré cet équilibre pour l'Est.
Nous sortons d'un système où la BCE, le Parlement européen et leurs représentants étaient au sud, tenus d'ailleurs par le même pays qui était l'Italie. Donc je crois qu'il ne faut pas essayer d'avoir forcément un système totalement parfait, il faut qu'il y ait simplement une compréhension de cela, de ces équilibres. Nous l'avons dit, et c'est dans les minutes du Conseil d'aujourd'hui, tous les équilibres géographiques doivent être tenus.
Et donc, dans les vice-présidences de cette Commission à venir, dans les postes clés au Parlement européen, il est clair que ces équilibres devront être là. Je veux, à cet égard, par exemple, saluer pour la famille Renaissance européenne l'élection à la tête de son groupe de Dacian Ciolos, ancien Premier ministre roumain, qui montre aussi l'ouverture et les signaux que nous avons su donner. Voilà.
Donc, nous avons bien cela en tête, nous sommes vigilants et nous continuerons à oeuvrer en ce sens. Je tiens aussi à faire remarquer que la Commission sortante, si vous regardez les géographies de ses vice-présidents, avaient plutôt surpondéré le nord et l'est. Donc, ça montre qu'on a aussi des équilibres qui peuvent se tenir ainsi.
En tout cas, je porterai cette voix aussi, j'y serai vigilant, parce que comme vous, je pense qu'il faut que toutes les régions de l'Europe soient incluses. Très bien. Mesdames et messieurs, j'ai dit que c'était la dernière question.
Je dois mettre fin à nos échanges. En tout cas, je vous remercie pour votre attention. Je vous remercie aussi de l'attente qui a été la vôtre ces derniers jours.
Voilà. Et je vous remercie, parce que je sais que certains, parfois, ont raté les derniers trains pour être là. Donc, nous continuons, et cette nouvelle Europe se poursuit et nous allons oeuvrer avec le même esprit positif.
Merci à vous et bonne soirée. ...